Skip to main content

Full text of "Précis de la géographie universelle; ou, Description de toutes, les parties du monde sur un plan nouveau d'après les grandes divisions naturelles du globe; précédée de l'histoire de la géographie chez les peuples anciens et modernes"

See other formats


Google 


This  is  a  digital  copy  of  a  book  thaï  was  prcscrvod  for  générations  on  library  shelves  before  it  was  carefully  scanned  by  Google  as  part  of  a  project 

to  make  the  world's  bocks  discoverablc  online. 

It  has  survived  long  enough  for  the  copyright  to  expire  and  the  book  to  enter  the  public  domain.  A  public  domain  book  is  one  that  was  never  subject 

to  copyright  or  whose  légal  copyright  term  has  expired.  Whether  a  book  is  in  the  public  domain  may  vary  country  to  country.  Public  domain  books 

are  our  gateways  to  the  past,  representing  a  wealth  of  history,  culture  and  knowledge  that's  often  difficult  to  discover. 

Marks,  notations  and  other  maiginalia  présent  in  the  original  volume  will  appear  in  this  file  -  a  reminder  of  this  book's  long  journcy  from  the 

publisher  to  a  library  and  finally  to  you. 

Usage  guidelines 

Google  is  proud  to  partner  with  libraries  to  digitize  public  domain  materials  and  make  them  widely  accessible.  Public  domain  books  belong  to  the 
public  and  we  are  merely  their  custodians.  Nevertheless,  this  work  is  expensive,  so  in  order  to  keep  providing  this  resource,  we  hâve  taken  steps  to 
prcvcnt  abuse  by  commercial  parties,  including  placing  lechnical  restrictions  on  automated  querying. 
We  also  ask  that  you: 

+  Make  non-commercial  use  of  the  files  We  designed  Google  Book  Search  for  use  by  individuals,  and  we  request  that  you  use  thèse  files  for 
Personal,  non-commercial  purposes. 

+  Refrain  fivm  automated  querying  Do  nol  send  automated  queries  of  any  sort  to  Google's  System:  If  you  are  conducting  research  on  machine 
translation,  optical  character  récognition  or  other  areas  where  access  to  a  laige  amount  of  text  is  helpful,  please  contact  us.  We  encourage  the 
use  of  public  domain  materials  for  thèse  purposes  and  may  be  able  to  help. 

+  Maintain  attributionTht  GoogX'S  "watermark"  you  see  on  each  file  is essential  for  informingpcoplcabout  this  project  and  helping  them  find 
additional  materials  through  Google  Book  Search.  Please  do  not  remove  it. 

+  Keep  it  légal  Whatever  your  use,  remember  that  you  are  lesponsible  for  ensuring  that  what  you  are  doing  is  légal.  Do  not  assume  that  just 
because  we  believe  a  book  is  in  the  public  domain  for  users  in  the  United  States,  that  the  work  is  also  in  the  public  domain  for  users  in  other 
countiies.  Whether  a  book  is  still  in  copyright  varies  from  country  to  country,  and  we  can'l  offer  guidance  on  whether  any  spécifie  use  of 
any  spécifie  book  is  allowed.  Please  do  not  assume  that  a  book's  appearance  in  Google  Book  Search  means  it  can  be  used  in  any  manner 
anywhere  in  the  world.  Copyright  infringement  liabili^  can  be  quite  severe. 

About  Google  Book  Search 

Google's  mission  is  to  organize  the  world's  information  and  to  make  it  universally  accessible  and  useful.   Google  Book  Search  helps  rcaders 
discover  the  world's  books  while  helping  authors  and  publishers  reach  new  audiences.  You  can  search  through  the  full  icxi  of  ihis  book  on  the  web 

at|http: //books.  google  .com/l 


Google 


A  propos  de  ce  livre 

Ceci  est  une  copie  numérique  d'un  ouvrage  conservé  depuis  des  générations  dans  les  rayonnages  d'une  bibliothèque  avant  d'être  numérisé  avec 

précaution  par  Google  dans  le  cadre  d'un  projet  visant  à  permettre  aux  internautes  de  découvrir  l'ensemble  du  patrimoine  littéraire  mondial  en 

ligne. 

Ce  livre  étant  relativement  ancien,  il  n'est  plus  protégé  par  la  loi  sur  les  droits  d'auteur  et  appartient  à  présent  au  domaine  public.  L'expression 

"appartenir  au  domaine  public"  signifie  que  le  livre  en  question  n'a  jamais  été  soumis  aux  droits  d'auteur  ou  que  ses  droits  légaux  sont  arrivés  à 

expiration.  Les  conditions  requises  pour  qu'un  livre  tombe  dans  le  domaine  public  peuvent  varier  d'un  pays  à  l'autre.  Les  livres  libres  de  droit  sont 

autant  de  liens  avec  le  passé.  Ils  sont  les  témoins  de  la  richesse  de  notre  histoire,  de  notre  patrimoine  culturel  et  de  la  connaissance  humaine  et  sont 

trop  souvent  difficilement  accessibles  au  public. 

Les  notes  de  bas  de  page  et  autres  annotations  en  maige  du  texte  présentes  dans  le  volume  original  sont  reprises  dans  ce  fichier,  comme  un  souvenir 

du  long  chemin  parcouru  par  l'ouvrage  depuis  la  maison  d'édition  en  passant  par  la  bibliothèque  pour  finalement  se  retrouver  entre  vos  mains. 

Consignes  d'utilisation 

Google  est  fier  de  travailler  en  partenariat  avec  des  bibliothèques  à  la  numérisation  des  ouvrages  apparienani  au  domaine  public  et  de  les  rendre 
ainsi  accessibles  à  tous.  Ces  livres  sont  en  effet  la  propriété  de  tous  et  de  toutes  et  nous  sommes  tout  simplement  les  gardiens  de  ce  patrimoine. 
Il  s'agit  toutefois  d'un  projet  coûteux.  Par  conséquent  et  en  vue  de  poursuivre  la  diffusion  de  ces  ressources  inépuisables,  nous  avons  pris  les 
dispositions  nécessaires  afin  de  prévenir  les  éventuels  abus  auxquels  pourraient  se  livrer  des  sites  marchands  tiers,  notamment  en  instaurant  des 
contraintes  techniques  relatives  aux  requêtes  automatisées. 
Nous  vous  demandons  également  de: 

+  Ne  pas  utiliser  les  fichiers  à  des  fins  commerciales  Nous  avons  conçu  le  programme  Google  Recherche  de  Livres  à  l'usage  des  particuliers. 
Nous  vous  demandons  donc  d'utiliser  uniquement  ces  fichiers  à  des  fins  personnelles.  Ils  ne  sauraient  en  effet  être  employés  dans  un 
quelconque  but  commercial. 

+  Ne  pas  procéder  à  des  requêtes  automatisées  N'envoyez  aucune  requête  automatisée  quelle  qu'elle  soit  au  système  Google.  Si  vous  effectuez 
des  recherches  concernant  les  logiciels  de  traduction,  la  reconnaissance  optique  de  caractères  ou  tout  autre  domaine  nécessitant  de  disposer 
d'importantes  quantités  de  texte,  n'hésitez  pas  à  nous  contacter  Nous  encourageons  pour  la  réalisation  de  ce  type  de  travaux  l'utilisation  des 
ouvrages  et  documents  appartenant  au  domaine  public  et  serions  heureux  de  vous  être  utile. 

+  Ne  pas  supprimer  l'attribution  Le  filigrane  Google  contenu  dans  chaque  fichier  est  indispensable  pour  informer  les  internautes  de  notre  projet 
et  leur  permettre  d'accéder  à  davantage  de  documents  par  l'intermédiaire  du  Programme  Google  Recherche  de  Livres.  Ne  le  supprimez  en 
aucun  cas. 

+  Rester  dans  la  légalité  Quelle  que  soit  l'utilisation  que  vous  comptez  faire  des  fichiers,  n'oubliez  pas  qu'il  est  de  votre  responsabilité  de 
veiller  à  respecter  la  loi.  Si  un  ouvrage  appartient  au  domaine  public  américain,  n'en  déduisez  pas  pour  autant  qu'il  en  va  de  même  dans 
les  autres  pays.  La  durée  légale  des  droits  d'auteur  d'un  livre  varie  d'un  pays  à  l'autre.  Nous  ne  sommes  donc  pas  en  mesure  de  répertorier 
les  ouvrages  dont  l'utilisation  est  autorisée  et  ceux  dont  elle  ne  l'est  pas.  Ne  croyez  pas  que  le  simple  fait  d'afficher  un  livre  sur  Google 
Recherche  de  Livres  signifie  que  celui-ci  peut  être  utilisé  de  quelque  façon  que  ce  soit  dans  le  monde  entier.  La  condamnation  à  laquelle  vous 
vous  exposeriez  en  cas  de  violation  des  droits  d'auteur  peut  être  sévère. 

A  propos  du  service  Google  Recherche  de  Livres 

En  favorisant  la  recherche  et  l'accès  à  un  nombre  croissant  de  livres  disponibles  dans  de  nombreuses  langues,  dont  le  français,  Google  souhaite 
contribuer  à  promouvoir  la  diversité  culturelle  grâce  à  Google  Recherche  de  Livres.  En  effet,  le  Programme  Google  Recherche  de  Livres  permet 
aux  internautes  de  découvrir  le  patrimoine  littéraire  mondial,  tout  en  aidant  les  auteurs  et  les  éditeurs  à  élargir  leur  public.  Vous  pouvez  effectuer 
des  recherches  en  ligne  dans  le  texte  intégral  de  cet  ouvrage  à  l'adressefhttp:  //book  s  .google .  coïrïl 


^ 

H 

m 

] 

i 

r""          -^. 

Y.     , 

V 

1 
1 

1 

t/r 

/M/ 


PRECIS 

LA  GÉOGRAPHIE 

UNIVERSELLE. 

TOME  VIII. 


PRECIS 


DE    LA 


GÉOGRAPHIE 


UNIVERSELLE^    ... 


OU  : 

»ESGRIPlIO]V  DE  TOUTES  LES  PARTIES  DU  MONDE 

SUR  UN  PLAN  NOUVEAU, 
d'après  les  grandes  divisions  naturelles  du  globe  ; 


rSBCBDBB 


DE    L^HISTOIRE   DE   LA  GEOGRAPHIE   CHEZ   LES    PEUPLES   ANCIENS   ET    ftlODEaNKS, 
ET   D^UNE   THÉORIE   GENERALE   DE   LA  GÉOGRAPHIE   MATUBMATlv{UK, 

PHYSIQUE   ET    POLITIQUE; 


ACCONFACIIBB 


Ue      CARTBfl,     DB     TABLBAUX     AlfALTTIQUBS  ,     STKOFTIQUBS  ,     STATUTIQCB5     BT     KLKMBNTAIBKt  , 
Br  d'vKB  TABCB  ALFHABBriQUB  DBS  NOMS  DB  LIBUX,  DB  MOHTAOHB8  ,  DB  BITtîtllB*  ,  elc. 

PAR  MALTE-BRUN, 

NOUVEIiIiE  lÊDITIOW , 

Revue,  corrigée,  mise  dans  uo  nouvel  ordre,  et  augmcnCée  '  ■■   '   ^-- -A  ^    I 

de  toutes  les  nouvelles  découvertes,  , 

■  :te  , 
|ïor  iîl.  J.-J.-n.  I^uot, 

ltrm)>re  de  plusieurs  Sociétés  savantes  ,  nationale*»  rt  étrangères  ;  continuateur  de  ret  ourrjge, 
ft  l'un  de»  collaborateurs  de  rEucyclopédic  nictiiodiquc  et  de  l'Kncvclupéilie  modenic  ,  etc. 

TOME  HUITIÈME. 

DEScRipTion  ne  l'aste  occidentale. 


PARIS, 


AIMÉ  ANDRÉ,  LIBRAIRE-ÉDITEUR.. 

RUK    CHRISTINE  ,    K»    I  . 

V*  LE  NORMANT,  RUE  UE  SEINE,  N'  K. 

1835. 


PRECIS 


DE    LA 


GÉOGRAPHIE 


UNIVERSELLE^  :.:... 


OU  ' 

DESGRIPIIOIV  DE  TOUTES  LES  PARTIES  DU  MONDE 

SUR  UN  PLAN  NOUVEAU, 
d'après  les  grandes  divisions  naturelles  du  globe  ; 


rSBCBDKB 


PE   L^UISTOIRE   DE   LA  GÉOGRAPHIE   CHEZ   LES    PEUPLES   ANCIENS   ET    MODERNES, 
ET   d'aune   THEORIE   GENERALE   DE   LA  GEOGRAPHIE   MATUBMATlv{UK, 

PHYSIQUE   ET    POLITIQUE; 


ACCOMPACIIBB 


lie     CARTB5,     DS     TABLBAUX     AlfALTTIQVBS  ,     STKOFTIQUBS  ,     STATUTIQUBS     ET     ELKMBNTA1BK5  , 
UT  D*UKK  TABCB  ALFHABBTIQUK  DBS  NOMS  DB  LIBUX,  DB  MOHTAOHB8  ,  DB  BIVtKRBS  ,  e(C. 

PAR  MALTE-BRUN, 

NOUVEIiIiE  ÉDITIOW , 

Revue,  corrigée,  mise  dans  UD  nouvel  ordre,  et  augmcnCée  -      '       '    ^    ''   i    ^/  / 

de  toutes  les  uouvelles  découvertes, 


par  Û\.  J.-J.-n.  I^uot, 

M<*iulire  de  plusieurs  Sociétés  savuutes  ,  nationales  ot  ét^ang^res  ;  continuateur  de  cet  nurrjge, 
et  l'un  de»  col lalio rate urfc  de  rEncjrclopédic  niétliodic|uc  et  de  l'Kucjrclopédie  iiiodonie  ,  ei(>. 

TOME  HUITIÈME. 

DESCRIPTION    DE    LASTE    OCCIDENTALE. 


-  '*' 


PARIS, 

MTVIÉ   ANDRÉ,  LIBRAIRE-ÉDITEUR.; 

RUK    CHRISTINE  ,    K®    1  . 

V'  LK  NORMANT.  RUE  1)R  SEINE,  N'  K. 

1835. 


»#o<»o  »  a<oooaoa>ooooaioooooooo>ooo»>ooo»oooo<»0'<»oo-oooo»aooo  0*0  0  00  «00  •<»• 


AVERTISSEMENT 


DU  CONTINUATEUR 


SUR  CE  HUITIÈME  VOLUME. 


La.  description  de  l'Asie,  telle  qu'elle  était  connue 
en  1 8 1 1 ,  époque  à  laquelle  elle  parut  dans  ce  Précis  , 
est  si  différente  de  ce  que  l'on  sait  aujourd'hui  sur 
cette  antique  et  importante  partie  du  globe,  que 
nous  avons  dû  nous  résoudre ,  d'après  les  conseils  de 
MM.  Klaproth ,  Reinaud  et  d'autres  savans  dont  les 
lumières  nous  ont  été  si  utiles,  à  refaire  presque  en- 
tièrement tout  ce  qui  concerne  les  régions  que  nous 
offrons  dans  ce  volume ,  et  à  être  extrêmement  sé- 
vère sur  le  choix  4es  passages  du  texte  de  Malte- 
Brun  qui  pouvaient  être  conservés.  Nos  additions  et 
nos  changemens  sont  tellement  nombreux ,  que  plus 
des  deux  tiers  du  volume  nous  appartiennent. 

Nous  avons  consulté  non-seulement  des  ouvrages 
que  Malte-Brun  n'avait  pu  connaître  et  les  publica- 
tions les  plus  récentes,  mais  aussi  plusieurs  voyageurs 
et  savans  distingués.  Les  voyages  de  M.  Fontanier 
et  de  M.  Schulze ,  dans  la  Turquie  d'Asie  ;  ceux 
de  M.  Botta  et  de  M.  J.  Buckingham  dans  la  Syrie 
et  la  Palestine;  ceux  de  J.  Burckhardt,  de  M.  Riip- 
pell  et  de  MM.  L.  de  Laborde  et  Linant  dans  TArabie; 
ceux  de  M.  A.  Jaubert,  de  M.  Ker-Porter*,  de  Moi  ier, 
d'Ouseley,  de  Johnson,  de  Rinneir  en  Perse,  et  le 


VI  AVERTISSEMENT      DU    COITTINUATEUR. 

Mémoire  de  M.  de  Hammer  sur  ce  royaume;  les 
voyages  de  Pottinger  et  Christié;  de  M.  Burnes,  de 
Mountstuart-Elphinstone ,  chez  les  Afghans  ;  de 
G.  de  Meyendorff ,  de  M.  Mouraviev,  de  M.  de  Hum- 
boldt  dans  leTurkestan;  et  plusieurs  autres  ouvrages 
plus  ou  moins  récens ,  tels  que  les  nombreux  Mé- 
moires de  M.  Klaproth  sur  cette  partie  de  l'Asie, 
nous  ont  offert  une  foule  de  matériaux.  Mais  nous 
avons  dû  en  user  avec  modération,  pour  ne  point 
dépasser  les  bornes  que  nous  nous  sommes  imposées 
dans  ce  Précis. 

Les  conseils  de  plusieurs  autres  savans  nous  ont 
encore  été  d'un  grand  secours  :  ainsi  un  voyageur 
français,  M.  de  Rienzi,  qui  a  passe  de  longues  années 
en  Asie,  et  qui  en  est  revenu  tout  récemment,  a  pu 
nous  donner  quelques  détails  sur  l'Arabie;  et 
M.  Jouannin,  premier  secrétaire  interprète  du  roi,  a 
bien  voulu  jeter  un  coup  d'œil  sin*  notre  description 
de  la  Perse,  pays  qu'il  a  parcouru  et  dont  il  connaît 
si  bien  les  mœurs,  la  langue,  les  resso4irces  et  la 
civilisation. 


--^•P^^ 


PRECIS 


n  E 


LA  GÉOGRAPHIE 


DNIVERSELLE. 


ao>o»»oo»0i00.ooooa»ooo^o»»oo'00»oo»o<»o»oo«ox«<«o»»ooooooa< 


LIVRE  CENT  VINGT-UNIÈME. 


Description  de  l'Asie.  —  Gëndralitës  sur  cette  partie  du  Monde. 
•—Montagnes,  fleuves,  mers  et  golfes.  —  Tempe'rature. -^Pro- 
ductions. —  Habitans. — État  civil  et  politique. 


«  Rien  ne  prouve  que  les  anciens  peuples  asiatiques  aient 
reconnu  ces  grandes  divisions  du  globe  que  nous  appelons 
parties  du  monde,  ni  qu'ils  aient  désigné  celle  où  ils  de- 
meuraient sous  le  nom  diAsie.  La  conjecturée  du  savant 
Bocharty  d  après  laquelle  ce  nom  viendrait  d'un  mot  hé- 
breu ou  phénicien  (i) ,  qui  dénote  le  milieu^  n'a  donc  aucun 
fondement  historique.  11  faut  en  dire  autant  des  spécula- 
tions de  quelques  étymologistes  sur  le  rapport  mystérieux 
qui  semble  exister  entre  le  nom  de  l'Asie  et  le  mot  As^  par 
lequel  plusieurs  nations  européennes  désignent  en  général 
une  divinité  (^).  Tenons-nous  à  des  faits  certains  :  le  nom 
d'Asie  désignait,  selon  Hoînère,  Hérodote  et  Euripide (3) , 
une  contrée  de  la  Lydie  qu'arrosait  le  Caystre,  et  où  même 

• 

(0  Bochart,  Pîialeg,,  IV,  c.  33.  — (»)  Comp.  Bayéi'y  Comment.  Pe- 
tropolit.  V,  334.  —  W  Voyez  notre  vol.  I,  pag.  4^  ;  ajoutt'Z  Eiuip. 
Bacch».  y.  G4. 

VllI.  1 


a  LIVRE    CENT    VINGT-CNIEME. 

des  géographes  d'un  âge  postérieur  connaissuient  une  tribu 
A'Asiones  et  une  ville  A'j4sta.  XI  paraît  naturel  que  les  Grecs 
aient  étendu  peu  à  peu  ce  nom  d'une  seule  province  à 
toute  l'Asie  mineure ,  et  ensuite  aux  autres  contrées  orien- 
tales ,  à  mesure  qu'ils  en  eurent  connaissance.  C'est  ainsi 
que  les  Français  ont  étendu  à  toute  la  Germanie  le  nom 
du  duché  A' Allemagne  ;  c'est  ainsi  que  l'ancien  canton 
A'fla/ia,  resserré  dans  un  coin  de  la  Calabre,  a  donné  son 
nom  à  la  grande  péninsule  dont  il  ne  formait  qu'une  por- 
tion peu  considérable. 

■  Les  limites  de  l'Asie  sont  en  partie  naturelles  et  con- 
stantes, en  partie  susceptibles  d'être  contestées.  Au  sud- 
ouest,  le  détroit  de  Babel-Mandeb  et  le  golfe  d'Arable  la 
séparent  de  l'Afrique ,  k  laquelle  l'Isthme  de  Suez  la  rattache 
sur  un  seul  point.  Vers  l'occident,  la  mer  Méditerranée, 
l'Archipel ,  les  détroits  des  Dardanelles  et  de  Constanti- 
nople ,  la  mer  Noire  et  le  détroit  de  Caffa ,  forment  la  sé- 
paration de  l'Asie  et  de  l'Europe  ;  mais  depuis  le  détroit  de 
Caffa  ou  K.efa  jusqu'à  celui  de  Vaïgatch ,  près  de  la  Nou- 
▼elle-Zemble  ou  Nouvelle-Zemlé,  la  frontière  devient  in- 
certaine. On  suit  communément  l'opinion  de  la  plupart  des 
anciens,  qui  regardaient  le  Tanaïs,  aujourd'hui  le  Don, 
comme  la  limite  naturelle  des  deux  parties  du  monde  ;  mais 
le  cours  tortueux  de  ce  fleuve,  dont  les  anciens  n'avaient 
que  des  idées  vagues,  a  conduit  les  géographes  dans  un 
labyrinthe  d'opniions  contradictoires!')-  Les  uns  ont  tiré 
une  ligne  de  l'embouchure  du  Don  à  celle  de  la  Dvina, 
dans  la  mer  Blanche  ;  les  autres  ont  dirigé  cette  ligne  sur 
l'embouchure  de  l'Obi  j  l'un  et  l'autre  système  n'a  pour 
base  que  le  bon  plaisir  de  ceux  qui  les  ont  proposés.  Les 
académiciens  de  Pétersbourg  ont  enfin  démontré  le  prin- 
cipe désormais  Incontestable ,  que  la  chaîne  des  monts 

Cl  Vojnx  le«  cirlci  <le  Sanmn  .  ,\e  DelisU,  tV llommm ,  ric. 


ASIE  :  Généralités.  H 

Ourals  ou  Ouralieos  marque  la  sépai-aùon  naturelle  de  l'Eu- 
rope et  de  l'Asie  septentrionale.  Déterminé  à  lier  cette 
limite,  aujourd'liui  gcnéralemenl  adoptée,  avec  les  droits 
imaginaires  iju'un  ancien  préjugé  accordait  au  fleuve  Ta- 
naïs ,  le  savant  Pallas  a  essayé  de  tracer  une  ligne  de  dé- 
marcation qui,  en  suivant  le  contour  do  ces  vastes  plaines 
«alines  dont  la  mer  Caspienne  est  bordée  au  nord ,  laisse 
en  Asie  les  gouvernemens  russes  d'Orenbourg  et  d'Astra- 
khan, et,  franchissant  le  Volga  à  Tzaritsyne,  vient  se  con- 
fondre avec  le  Don  ('].  Cet  arrangement  de  Pallas  offre 
l'inconvénient  de  partager  le  cours  d'un  grand  fleuve  entre 
deux  parties  du  monde,  et  de  ne  se  rapporter  en  général 
qu'à  des  circonstances  naturelles,  à  la  vérité,  mais  trop 
peu  marquantes  pour  avoir  de  l'influence  sur  la  géo- 
graphie, v 

On  pourrait  fixer  la  frontière  de  l'Asie  par  la  ligne  qui 
termine  l'isthme  du  Caucase  au  cours  du  Manytch  et  de  la 
E.ouma  (3).  On  pourrait,  avec  quelque  raison  aussi,  la 
fixera  la  ligne  qui,  partant  de  l'extrémité  méridionale  de 
la  chaîne  de  l'Oural,  suivrait  en  ligne  directe  la  rive  droite 
de  l'Oural  jusqu'à  la  rive  gauche  du  Volga ,  descendrait  au 
sud  avec  ce  fleuve,  le  traverserait  au  coude  qu'il  forme 
pour  aller  se  jeter  dans  la  mer  Caspienne ,  passerait  aux 
sources  du  Manytch,  et  longerait  le  Terek  jusqu'à  son 
embouchure.  On  placerait  ainsi  en  Asie  de  vastes  terrains 
qui  entourent  la  mer  Caspienne,  et  qui  sont  au  niveau  ou 
au-dessous  même  du  niveau  de  l'Océan.  Mais  il  est  encore 
plus  rationnel  et  plus  conforme  aux  principes  géographiques 
de  choisir  pour  limite  la  ligne  de  partage  des  eaux  ;  celte 
ligne  est  nécessairement  la  crête  du  Caucase.  Ainsi ,  depuis 
cette  chaîne,  les  côtes  occidentales  de  la  mer  Caspienne 

CO  Cominentarii  Petropol.  I,  Plan  d'une  description  de  la  Russie. 
fuUas,  Observ.  sur  les  montagnes,  de. 

(')  CAait  ceire  limite  qu'aTaif  adoptée  Mnlle-Brun. 


r 


4  r.lVllE    CENT    VIKGT-ONlîiMF. 

nous  marqueront  la  frontière  de  l'Europe  jusqu'aux  bouches 
de  la  grande  rivière  d'Iaïk ,  à  laquelle  Catherine  II  a  donne 
le  nom  plus  géographique  d'Oural,  Ce  fleuve,  en  nous 
conduisant  aux  montagnes  du  même  nom,  complétera  le 
système  des  limites  naturelles  que  nous  cherchons  à  dé- 
terminer. 

■■  Depuis  le  détroit  de  Vaîgatch,  la  mer  Glaciale  borne 
l'Asie.  Cette  partie  du  monde  est  parfaitement  séparée  de 
l'Amérique  septentrionale  par  le  détroit  de  Bering.  A 
commencer  par  ce  détroit,  le  grand  Océan  (ou  l'océan 
Pacifique)  forme  la  limite  orientale  de  l'Asie.  Les  îles 
Alcoutiennes ,  et  celles  qui  en  sont  voisines,  doivent  ap- 
partenir à  l'Amérique,  n'étant  qu'un  prolongement  de  la 
presqu'île  d'Alaska. 

"  Mais  quelle  frontière  donner  a  l'Asie  vers  le  sud-est.'' 
Faut-il  suivre  les  anciens  erremens?  Faut-il  dire  que  les 
îles  Mariannes,  les  Philippines,  les  Moluques,  Célèbes, 
Bornéo  et  Java,  font  partie  de  l'Asie,  tandis  que  la  Nou- 
velle-Guinée et  la  Nouvelle-Bretagne  ne  lui  appartiennent 
pas?  Il  n'y  a  aucune  limite  naturelle  dès  qu'on  entre  dans 
cet  immense  archipel  qui  s'étend  entre  le  grand  Océan  et 
l'Océan  Indien.  Nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  voir 
dans  le  détroit  de  Malacca  et  dans  le  passage  entre  les 
Philippines  et  l'île  Formose,  la  frontière  la  plus  naturelle 
de  l'Asie.  Toutes  les  îles  ù  l'est  de  cette  séparation  ,  jusqu'à 
la  Nouvelle-Zélande  et  aux  îles  de  la  Société,  forment 
évidemment  une  cinquième  partie  du  monde,  de  laquelle 
la  Nouvelle-Hollande  est  le  tronc  principal.  Un  coup  d'œil 
sur  une  carte  moderne  de  la  mer  du  Sud  suffira  pour  con- 
vaincre tout  homme  instruit  de  la  vérité  de  celte  idée,  et 
des  avantages  qui  résulteront  de  son  adoption  pour  la 
distribution  nréthodique  des  descriptions  géographiques. 

«  Au  sud ,  l'Océan  Indien  sépare  l'Asie  de  l'Afrique ,  en 
sorte  que  les  îles  Maldives  appartiennent  à  l'Asie;  celles 


ASIE  :  Généralités.  5 

de  France,  de  Bourbon  et  de  Malié,  à  l'Afrique;  quoique 
{ dans  ridionie  des  oommercans  et  des  navigateurs  français , 
on  parle  quelquefois  de  ces  dernières  îles  comme  si  elles 
faisaient  partie  des  Indes  orientales.  L'île  de  Socoiora,  qui 
incontestablement  appartient  à  l'Afrique,  est  cependant, 
dans  beaucoup  d'ouvrages,  décrite  comme  étant  en  Asie. 

■  Circonscrite  dans  les  bornes  que  nous  venons  d'in- 
di^er,  l'Asie  offre,  avec  ses  Iles,  une  surface  qu'on 
peut  évaluer  à  2,100,000  lieues  geogiap biques  cairees,  ou 
t^,i58,525  myriamèlres,  c'est-à-dire  plus  de  cinq  fois  la 
iluperficie  de  l'Europe,  La  plus  grande  longueur  de  cette 
<:;partie  du  monde,  prise  obliquement  depuis  l'isthme  de 
Suez  jusqu'au  détroit  de  liéring,  est  de  aSgo  lieues,  ou 
io63  myriamètres.  Prise  sous  le  3o^  parallèle  de  Suez  a 
rjjïanking,  sa  longueur  n'est  que  de  960  myriamètres;  sous 
lie  40*^  parallèle,  du  détroit  des  Dardanelles  à  la  Corée,, 
■y^e  est  de  g65  myriamètres;  et  sous  le  cercle  polaire,  de 
:S69  myriamètres.  La  larg«ur'  du'  nord.au:Sud  se  mesure 
«ntre  le  cap  Comorin  dans  l'Inde,  et  le  cap  Taïmoura  en 
iSibérie,  et  s'élève  à  68a  myriamètres.  Sa  plus  granile  lar- 
geur depuis  le  cap  Severo-Vostotchnoï  jusqu'au  cap  Rn- 
mania,  à  l'extrémité  de  la  presqu'île  de  Mtilacca,  est  de 
iSaS  lieues  ou  de  812  myrianjètres.  Il  résulte  de  ces  diy 
mensîons  que  la  principale  masse  du  continent  de  l'Asie 
<est  située  dans  la  zone  tempérée  septentrionale.  Ce  qui  se 
|.irouve  dans  la  zone  torride  nous  paraît  former  ^  du  total  : 
«seulement  ~  se  trouve  au-del.i  du  cercle  polaire;  mais 
^'autres  circonstances  physiques  étendent  presque  sur  la 
(bioiUé  de  ce  continent  l'influence  du  froid  polaire. 
lA  '■  I^UF  nous  former  une  idée  exacte  des  températures 
m  opposées  qui  régnent  en  Asie,  commençons  par  décrire 
•ses  principales  cbaînes  de  montagnes ,  qui  nous  serviront 
lenftuite  à  distinguer  les  grandes  régions  phy.siquos  dans  les- 
quelles la  nature  ellc-niênic  a  partagé  cet  [opartie<lu  monde.  ». 


\ 


6  LIVRE    CEHT    VIMGT-tlNIEalE, 

M.  de  Humboldt  divise  en  quatre  systèmes  les  montagnes 
de  l'Asie  centrale:  celui  de  V Altaï,  celui  du  TAian-c/uin , 
celui  du  Kouen-loun  et  celui  de  X Himalaya,  Mais  d'après  les 
renseignemens  mêmes  qu'il  donne  sur  leur  direction ,  tout 
nous  porte  à  les  considérer  seulement  comme  quatre  par- 
ties distinctes  d'un  même  système  (i)i  que  nous  nppelons 
Himalayen. 

Le  système  Himalayen  est  non  seulement  le  plus  consi- 
dérable de  l'Asie,  mais  du  monde  entier.  Examinons  sépa- 
rément les  parties  qui  le  composent. 

C'est  seulement  depuis  le  voyage  que  M.  Al.  de  Humboldt 
a  fait  en  182g  dans  l'Asie  septentrionale,  que  les  observa- 
tions de  ce  savant  ont  jeté  quelque  lumière  sur  les  mon- 
tagnes auxquelles  on  donne  le  nom  d'Altaï.  On  les  a  regar- 
dées à  tort  comme  formées  de  deux  chaînes  distinctes 
auxquelles  les  géographes  européens  ont  donné  arbitraire- 
ment les  noms  de  Grand  et  de  Petit- Altaï,  distinction 
inconnue  aux  habitans  des  régions  qu'occupent  ces  mon- 
tagnes. 

(■}  fjl  i83(i,  noua  avons  insëré  dam  la  contiDualion  que  nous  avons 
faite  de  la  Géographie  physique  lia  l'fi'iicj'c/opeifl'e  méthodique ,  à  l'article 
Système  ,  une  clas^ificniion  de  toutes  les  montagnes  du  globe,  dan» 
laquelle  nous  partagions  les  montagnes  de  l'Asie  en  quatre  grands  sys- 
tèmes :  VHimalayen,  l'Indien,  Is  Caucaàque  et  X Arabique,  rtous  igno- 
rions à  cette  époque  le>  observations  que  M,  de  Humboldt  venait  de  faire , 
par  lesquelles  il  est  évident  que  les  monts  Durais  ne  se  rallachent  à 
aacuii  de  ces  systèmes.  En  ce  sens  notre  classificalion  doit  être  modiliëe. 
M.  A.  Balbi,  qui  s'est  montré  li  susceptible  en  se  plaignant  dans  son 
Abrégé  de  Géographie  de  ce  ijue  nous  ue  l'avions  pas  assez  fréquemment 
cité  dans  le  Traité  étémeiUaïre  de  Géographie  que  nous  ovons  rédige  en 
commun  d'après  le  plan  de  Malte-Brun ,  aurait  dû  prévenir  te  public , 
dans  son  Atrégé  foblié  en  i833,  qu'il  nous  empruntait  notre  division 
des  montagnes  de  l'Asie,  sauf  les  rectiGcationa  indiquées  par  M.  de 
Huroboldt  dans  ses  Fragment  de  Géologie  H  de  Climatologie  atia- 
tiquei,  et  sauf  quelques  noms  qu'il  a  cru  devoir  changer.  Ainsi  il  appelle 
cet  syatémes  Altaï-HimaUja  ,  Indien,  T'auitt-CaucastVn  Arabii/tK  et 
Ouralien.  ■  «  "-.u     "  '  'I  1     i[i  i.t.iH. ...  .1,,, 


y 


ASIE  :  Généralités.  -^ 

Xje  groupe  de  l'Altaï  entoure  les  sources  de  l'Irtyche  et 
du  leniseï  :  à  l'est  il  prend  le  nom  de  Tangnou ,  relui  de 
monts  Sayaniens  entre  les  lacs  Kousoukoul  et  Baïkal;  plus 
loin  celui  de  Haut-Kentaî  et  de  monts  de  Daouriej  enfin 
BU  nord-est  il  se  rattache  au  lablonnoï-khrebet  (  chaîne  des 
Pommes)  et  aux  monts  Aldan,  qui  se  prolongent  le  long 
de  la  mer  d'Okhotsk. 

Selon  les  géographes  chinois,  ainsi  que  le  prouve  la 
description  de  l'Altaï,  traduite  de  la  grande  Géographie  de 
la  Chine  par  M.  Klaprolh ,  l'Altaï  s'étend  sur  une  longueur 
3000  li,  ou  environ  35o  lieues;  plusieurs  branches, 
dont  quatre  principales,  s'en  détachent.  Ainsi  Ton  voit,  par 
passage,  que  les  Chinois  comprennent  aussi  sous  la 
'dÂiominiition  d'Altaï  un  groupe  de  montagnes  ;  car  l'Altaï 
'proprement  dît  occupe  à  peine  un  espace  de  7  degrés  de 
longitude  de  l'ouest  à  l'est,  c'est-à-dire  une  longueur  de 
ïiS  lieues.  11  s  étend,  dans  sa  largeur  moyenne  ,  entre  le 
lio''  degré  de  latitude  et  le  5i'  3o';  mais  en  y  comprenant 
les  chaînes  qui  en  dépendent ,  il  occupe  l'espace  qui  sépare 
\b  48"  et  le  Si"  parallèle, 

■I  Lenomd'Allaïestturc;en  mongol  on  le  nomme  Altaiin- 
;DDla ,  c'est-à-dire  Mont-d'Or;  les  anciens  Chinois  l'appellent 
.&în-chan ,  nom  qui  a  la  même  signification.  Il  est  probable 
.^e  cette  dénomination  de  Mont-d'Or  lui  vient  de  l'abon- 
i4ance  de  ce  métal ,  abondance  qui  était  beaucoup  plus 
^prande  jadis  qu'aujourd'hui ,  à  en  juger  par  la  quantité  qu'on 
4n  trouve  dans  les  anciens  tombeaux  que  l'on  remarque 
jiAans  les  vallées  qui  se  dirigent  vers  l'Irtyche  supérieur. 
*  C'est  dans  la  chaîne  que  les  géographes  nomment  Grand- 
lAltaï  que  se  trouve ,  sous  le  46^  parallèle ,  une  cime  appelé* 
m  mongol  sommet  de  l'Altaï  (  Alta-iin-nîro)  :  est-elle, 
cx>mme  l'indique  son  nom,  le  point  culminant  du  groupe? 
cent  ce  que  l'on  ignore  encore.  Elle  aurait  alors  au  moins 
11,000  pieds  de  hauteur,  puisque  le  sommet,  appelé  lyiktou 


O  LIVRE    CEST    ViWGT-tlNIEME. 

(Mont-de-Dieti),  et  en  kalmotik  Alastau  (Mont-Chauve), 
sur  la  rive  gauche  de  la  Tchouïa,  puraît  s'élever,  suivant 
M.  lîuiige,  à  jirès  de  10,800  pieds;  la  cime  d'italitzkoï  a 
10,068  pieds,  et  le  Tagtau  environ  gSoo.  Le  Tangnou 
doit  âtre  aussi  très-haut,  puisqu'il  est  toujours  couvert  de 
neige.  Ces  montagnes  paraissent  d'autant  plus  élevées,  que 
les  plaines  qui  leur  servent  de  hase  le  sont  peu;  ainsi, 
celles  qui  s'étendent  au  sud  du  lac  Dzaïsang,  et  au  nord 
du  lac  Balkachi,  ne  sont  pas  ù  plus  de  1800  pieds  au-dessus 
du  niveau  de  l'Océan.  Au  nord  du  lac  Dzaisang  elles  n'ont 
que  i5oo  pieds,  et  plus  loin,  sur  les  hords  de  l'Irtyche, 
elles  n'ont  que  1100  pieds;  enfin,  près  de  Barnaoul,  sur  la 
live  gauche  de  l'Obi,  elles  n'ont  pas  370  pieds. 

Entre  le  5o*  et  le  Cig"  parallèle,  se  prolonge  de  l'est  à  . 
l'ouest,  sur  une  étendue  de  260  lieues  environ ,  une  chaîne 
qui  va  se  terminer  dans  la  steppe  des  Kirghiz,  tandis  que 
sur  nos  cartes  on  étend  cette  chaîne  de  l'Altaï  sous  les 
noms  d'Aghidin-tsano  ou  AIghidin-chamo  jusqu'aux  mon- 
tagnes de  l'Oural.  Ce  qui  a  fait  naître  cette  erreur  dans  le 
tracé  d'un  prolongement  imaginaire  qui  s'étend  à  l'ouest, 
presque  au  double  de  la  réalité,  c'est  qu'au  milieu  de 
collines  de  5  à  (>oo  pieds  de  hauteur  s'élèvent  brusquement, 
çà  et  là,  à  1000  ou  1200  pieds  au-dessus  de  la  plaine,  des 
sommets  isolés  qui  trompent  le  voyageur  peu  accoutumé  à 
mesurer  les  inégalités  du  terrain,  et  qui  lui  font  croire  à 
l'existence  d'une  chaîne  importante. 

Ce  que  cette  chaîne  altaïque  offre  de  i-emarquable  inté- 
resse principalement  la  géognosie  ;  elle  a  été  soulevée  à 
travers  une  fissure  qui  forme,  suivant  M.  de  Humboldt,  la 
ligne  de  partage  des  eaux,  entre  les  alTluens  du  Sara-sou 
au  sud ,  dans  la  steppe ,  et  ceux  de  l'Jrtyche  au  nord.  C'est 
de  cette  fissure,  qui  suit  la  même  direction  sur  une  étendue 
de  16  degrés  de  longitude,  que  sont  sortis  ces  granités 
disposés  en  couches  sans  alternances  de  gneiss,  et  sans 


ASIE  :  Généralités.  <) 

même  faiie  aucun  passage  à  cette  roche.  Ces  schistes  argi- 
leux et  traunialiques(grauwaclie),  en  contact  avec  les  dîa- 
bases,  renferment  des  pyroxènes,  des  roiiches  de  jaspe, 
des  roches  calcaires  compactes  de  transition ,  et  devenues 
grenues;  enfin  une  partie  des  mêmes  su  bstîinces  métalliques 
que  l'on  trouve  dans  le  Petit-Altaï,  d'où  part  celte  fissure, 
c'est -à-dii-e  la  galène  argentifère  (  montagne  de  Kourgan- 
tagh),  Ja  malachite,  le  cuivre  natif  et  tn  dîoptase  (  Allyn- 
touhé  ou  colline  d'Or).  D'un  autre  côté ,  c'eat-à-dire  au  nord 
du  lac  Dzuisang,  entre  la  forteresse  de  Boukhtarma  et  la 
petite  ville  d'Oust-Kanienogorsk,  rirlyche  traverse  la  chaîne 
que  les  géographes  appellent  le  Petit-Altaï,  et  remplit  une 
iiimiense  fissure ,  un  véritable  filon  ouvert,  ou ,  plus  exacte- 
ment, une  faille.  C'est  dans  cette  vallée  longitudinale  que 
M.  de  Hnmbokit  a  trouvé  le  granité  répandu  sur  les  schistes 
argileux. 

A  l'est  de  l'Irtychc,  et  non  loin  des  hords  de  l'Obi,  s'é- 
tendent plusieurs  rameaux  de  l'Altaï.  Celui  que  les  Russes 
■  nomment  Kolyvan  est  composé,  suivant  les  détails  publiés 
dans  le  Journal  des  Mines,  imprime  à  Saint-Pétersbourg 
en  i83t ,  de  stéascliiste ,  de  schiste  argileux,  de  calcaire, 
de  quarz  et  de  diorite  ;  on  y  trouve  aussi  des  grès  houil- 

I'  lers.  Les  sté.ischistes ,  les  scliistes,  le  calcaire,  le  quarz  et  la 
diorite  sont  riches  en  liions  d'argent  ot  de  plomb  :  tes  mon- 

■  tagnes  que  forment  ces  roches  n'atteignent  pas  plus  de  a8oo 
piedsj  leurs  flancs  sont  couverts  de  dépôts  diluviens  auri- 
fères. Deux  autres  rameaux,  les  niAits  Salaîr  et  les  monts 
Khoksoun ,  composés  à  peu  près  des  mâmea  roches  que  les 
monts  Kolyvan  ,  renferment  paiement  des  richesses  métal- 
liques :  les  premiers  des  sables  aurifères,  et  les  seconds  des 
mines  d'argent.  M.  de  Humboldt  porte  à  70,000  marcs  la 
quantité  d'argent  fin  que  fournissent  lf:s  exploilalions  de 
l'Altaï,  et  à  i<)oo  marcs  celle  de  l'or  de  lavage;  mais  il 
est  probable  que    ces  produits  :uif;mciiteronL  par  la  dé- 


fi  LIVRE   CENT    VINGÏ-TINIBM  E. 

s'y  trouve  que  des  cols  qui,  depuis  les  temps  les  plus 
anciens ,  ont  ëte  fréquentes  par  les  armées  et  les  caravanes  : 
l'un ,  au  sud ,  est  entre  Badahkcban  et  Tchitrnl  ;  l'autre ,  au 
nord,  est  à  l'est  d'Ouehi  aux  sources  du  Sihoun. 

La  chaîne  du  Uolor,  en  unissant  le  Thian-chan  au  Kiien- 
litn  ou  Kouen-loun ,  appelé  aussi  Koulkouu,  forme  avec 
ces  deux  chaînes  un  seul  groupe.  La  partie  la  plus  voisine 
du  Bolor  porte  le  nom  de  Tksoung-Hng ,  c'est-à-dire  monts 
des  Og nous  rm  montagne!)  Bleues.,  car  T/tsoiing^  en  chinois, 
signifie  à  la  fois  ognon  et  bleu  ;  mais  la  significa  lion  d'ognon 
est  la  plus  exacte,  puisque  l'ognon  sauvage  est  très-com- 
mun dans  ces  montagnes;  il  y  forme  même  des  touffes  sur 
lesquelles  il  est  dangereux  de  marcher,  surtout  dans  les 
chemins  escarpés,  parce  qu'elles  rendent  le  pied  glissant 
et  font  tomber  les  voyageurs  et  les  hôtes  de  somme.  Ces 
montagnes  sont  remplies  de  glaciers  et  couvertes  de  neiges 
profondes.  Les  routes  qui  les  traversent  sont  raides  et  diffi- 
ciles. Le  Thsoung-ling  est  riche  en  rubis ,  en  lapis-lazuli  et 
en  turquoises. 

L'Hindou- A o/t  paraît  être  la  continuation  occidentale  du 
Thsoung-ling  ou  du  Kouen-loun;  c'est  une  chaîne  consi- 
dérable qui  part  du  mont  Bolor  et  se  continue  de  l'est  à 
l'ouest  jusqu'au-delà  de  Téhéran,  au  sud  de  la  nier  Cas- 
pienne. , 

Du  Thsoung-ling ,  le  Kouen-loun  se  dirige  de  l'ouest 
à  l'est,  sous  le  nom  d'Oneoula,  au-del;i  des  sources  du 
Houang-ho  o\i  fleuve  Jaune ,  et  pénètre  avec  ses  cimes  nei- 
geuses dans  la  Chine  proprement  dite.  Au  nord ,  et  presque 
sous  le  méridien  de  ces  sources ,  se  trouve  le  K/ioufrhaunoor 
ou  /ftf  B/eii,  qui  n  plus  de  aS  lieues  de  longueur  et  7^  de 
circonférence  :  il  donne  son  nom  au  pays  au  milieu  duquel 
il  est  situé ,  et  aux  montagnes  qui  le  bordent  au  nord  ,  et  qui 
vonts'appuycr  sur  la  chaîne  neigeuse  des  iV'ïHt/in/*,  hi/iatt- 
r/ifrn  et  Aln-rlian-iioln ,  en  chinois  Uolrin,  (pii  s'élèvent  nu 


ASIE  :  Généralités.  i3 

Dord  du  Houang-ho.  Entri;  ces  chaînes  ei  celles  du  Thian- 
chan ,  les  montagnes  du  Tangotit  boroent  au  nord  le  haut 
désert  de  Gobi. 

Au  sud  de  la  chaîue  du Bolor  s'étend  c&}\eA%\' Himalaya, 
qui  se  dirige  généralement  du  nord-ouest  au  sud-est.  Mais 
bien  qu'il  ne  soit  pas  parallèle  au  Kouen-loun,  il  s'en  rap- 
proche tellement  sous  le  70"  degré  de  longitude,  qu'il 
semble  ne  former  qu'une  seule  masse  avec  l'Hindou-kho  et 
le  Thsoung-hng.  Le  sommet  le  plus  remarquable  de  l'Hi- 
malaya est  le  Tchnmoidari,  qui  parait  dépasser  de  plus  de 
20  mètres  la  hauteur  du  Dhavaladgin ,  qui  en  a  8556.  On 
le  distingue  des  plaines  du  Bengale  à  plus  de  8u  lieues  de 
distance.  Le  nom  de  Dbavaladgiri  signifie  Mont-Blanc;  il 
est  composé  des  deux  mots  sanscrits  dltavala,  blanc,  et 
àgiri,  montagne.  Le  Djavnhir  vient  ensuite  :  il  a  7847  mè- 
tres. M.  Bopp  présume  que  dans  ce  nom  la  finale  hir  rem- 
place dgin,  Djava  signifie  vitesse.  Tout  le  monde  sait 
aujourd'hui  que  les  cimes  de  l'Himalaya  sont  les  plus  hautes 
du  globe  ;  mais  la  température  de  certaines  locahtés  y  in- 
dique de  profonde.'i  dépressions  du  sol  :  ainsi  la  douceur  des 
hivers  et  la  culture  de  la  vigne  dans  les  jardins  de  H'iassa 
annoncent  l'existence  de  vallées  profondes  et  d'affaisse- 
mens  circulaires.  Du  mont  Aaïlas,  en  tibétain  Gang-desri 
(mont  couleur  de  neige  J,  Je  mont  Kentaisse  des  cartes  de 
d'Anville,  partent  la  chaîne  de  Kara-Koroum-Padicha 
(jui  se  dirige  au  nord-ouest,  les  chaînes  neigeuses  de  Hor 
ou  Khor,  el  de  Zznng  ou  Dzaiig.  Le  Hor  se  rattache  au 
Kouen-loun  en  passant  près  du  Tengn-noor  (  lac  du  Ciel  ) , 
plus  considérable  encore  que  le  Khoukhou-noor.  Le  Zzang, 
,  plus  méridional,  borde  la  longue  et  profonde  vallée  dans 
l  laquelle  coule  le  Dztiiig-bo  ou  Tsampou,  (leuve  qui,  selon 
LjU.  Klaprotli,  est  identique  avec  l'Iraouaddy. 

Au  sud  du  mont  Kaïlas,  à  l'est  du  Djavahir,  et  à  la  nais- 
■  aance  delà  chaîne  du  D^ang,  on  remarque  deux  lacs  situés 


r 


l4  LIVHE    CENT    VINGT-UHIÈME. 

à  peu  de  distance  l'un  de  l'autre.  Le  plus  méridional ,  appelé 
Manassorovar  o\i  MaphaiH-dal/ù ,  long  de  5  lieues  et  large 
de  4i  est,  aux  yeux  des  Hindous,  le  lieu  de  pèlerinage  le 
plus  sacré;  les  Tibétains  y  viennent  de  très-loin  pour  y 
jeter  une  partie  des  cendres  de  leurs  amis.  On  recueille 
sur  ses  bords  le  meilleur  borax  du  Tibet  ;  ses  environs  sont 
riches  en  lapis  et  en  dépôts  diluviens  aurifères  très-riches, 
que  le  gouvernement  tibétain  ne  laisse  point  exploiter.  Ses 
eaux  limpides  s'écoulent  dans  l'autre  lac  au  pied  du  Kailas. 
Celui-ci,  nommé  Rauana-krada  ou  Lanha,  est  plus  consi- 
dérable :  il  a  8  lieues  de  longueur  sur  3  de  largeur ,  mais  il 
n'offre  rien  de  remarquable. 

Entre  les  méridiens  de  Gorkha  et  de  H'iassa,  la  chaîne 
de  l'Himalaya  envoie  au  nord ,  vers  la  rive  droite  du 
Dzang-bo,  plusieurs  rameaux  couverts  de  neiges  perpé- 
tuelles dont  le  plus  haut  est  le  Yarla-Chamboi-gangri , 
c'est-à-dire ,  en  tibétain ,  la  montagne  neigeuse  dans  le  pays 
du  Dieu  existant  par  lui-même.  Cette  cime  est  à  lest  du  lac 
Yamrouk-youmdzo ,  ou  plus  correctement  Y ar-hrok-you- 
mtkso^  que  nos  cartes  nomment  Pa/(e,  probablement  du 
nom  d'une  ville  située  au  nord,  que  les  Tibétains  nomment 
Bhaldi;  ce  lac  ressemble  à  un  anneau ,  parce  qu'une  île  en 
occupe  le  centre  et  presque  toute  l'étendue. 

La  chaîne  de  l'Himalaya  est  composée  de  granité,  de 
gneiss,  demicaschite  avec  disthène,  et  d'amphibolîtes con- 
nues sous  les  noms  de  diorite  et  de  granstein  primitif .  Lors- 
qu'on examine  la  constitution  géognostique  de  cette  impor- 
tante chaîne ,  entre  les  méridiens  du  lac  Manassarovar  et  le 
glacier  des  sources  du  Gange,  on  est  frappé,  dit  M,  deHum- 
holdt,  de  la  ressemblance  parfaite  qu'elle  offre  avec  celle 
des  Alpes  dans  les  environs  du  mont  Saint-Gotliard  (')■ 

Le  système  himalayen  s'étend  jusqu'aux  exti'emités  orien- 

(')  M.  Al.  dt  Humboldi  :  De  (juclqucs  phénomènes  physiques  et  géo- 
logiques qii'nffrcnl  les  Cordilièrei  (les  Ancien  de  Qiiilo  et  la  purlie  otfi- 


ASIE  ;  Généralitéi.  i5 

taies  Je  l'Asie,  ait  sud-est  comme  au  nord-est.  C'est  une  de 
ses  chaînes  qui  va  former  la  presqu'île  de  Malacca,  tandis 
qu'une  autre  se  termine  au  bord  du  May-kang  ou  May- 
kaoung  sous  le  nom  de  Kimoys.  A  1  est ,  une  autre  chaîne 
auJt  sommets  neigeux  traverse  la  Chine  et  donne  naissance 
à  nie  de  Formose.  C'est  probablement  un  prolongement 
semblable  appartenant  au  Thian-chan  qui  va  former  la 
presqu'île  de  Corée  et  les  îles  du  Japon. 

Cet  immense  système  présente  des  volcans  dans  quelques 
points  et  des  roches  volcaniques  à  l'ouest  comme  à  l'est ,  au 
nord  comme  au  sud.  Nous  avons  vu  que  le  volcan  <\'Aral- 
toubè  appartient  au  groupe  de  l'Altaï  ;  le  Pé-chan  on  Mont- 
Blanc,  appeléaussi  Ho-ckan  et  Aglde,  c'est-à-dire  montagne 
(le  Feu,  dépend  de  la  chaîne  du  Thian-chan  :  on  le  nomme 
aujourd'hui  Khalar;  mais  son  nom  turc  est  Echik-lack, 
ou  tête  de  chamois.  Des  relations  qui  ne  sont  pas  très- 
anciennes,  entre  autres  celles  des  missionnaires,  nous  mon- 
trent ce  volcan  vomissant  sans  interruption  du  feu  et  de 
la  fumée.  Au  sud  de  cette  montagne,  les  flancs  du  Thian- 
chan  sont  remplis  de  cavernes  et  de  crevasses  d'où  l'on  tire 
une  grande  quantité  de  sel  ammoniac  ;  suivant  une  des- 
cription de  l'Asie  centrale,  publiée  à  Peking  en  1777,  ces 
ouvertures  sont  remplies  de  feu  au  printemps,  en  été  et  en 
automne,  de  sorte  que  pendant  la  nuit  la  montagne  paraît 
comme  illuminée  par  des  milliers  de  lampes.  Alors  per- 
sonne ne  peut  s  en  approcher.  Ce  n'est  qu'en  hiver ,  lorsque 
la  grande  quantité  de  neige  amortitle  feu,  que  les  indigènes 
travaillent  à  ramasser  le  sel  ammoniac.  Ce  sel  se  trouve  dans 
>  les  cavernes  sous  forme  de  stalactites  (i}-  A  l'ouest  et  à 
45  milles  du  Pé-chan,  entre  la  chaîne  du  Thian-chan  et  celle 

dentale  de  l'Himalxya  ;  Mémoire  lu  a  l'académie  des  sciences  de  l'Insititul 
les  7  et  14  mars  iSiS. 

(0  Passage  cité  par  M.  de  Humboldt  dan»  ses  Fragroen»  de  géologii'  *l 
de  climatologie  asiatiques. 


6  L[Vr.£    CEST    VIlïGT-DNtKilir. 

del'AJa-tau, le  lac  appelé  en  kabiiouk  7  emourtou, c'esL-n-iiivti 
le  l'eri'ugineiix,  en  kirghiz  Touz  Koul,  en  chinois  YanrHai 
ou  le  lac  salé,  et  en  turc  Issi-Koul,  le  lac  clïâud,  a  i^  à 
iS  lieues  de  longueur  sur  6  à  7  de  largeur.  Au  sud  de  la 
cliaîne  du  Thian-chan  se  trouve  le  volcan  de  Tour-fan,  ap- 
pelé aussi  Ho-tckeou  du  nom  d'une  ville  jadis  située  auprès 
et  aujourd'hui  détruite. 

Depuis  que  M.  de  Huniboldt  a  fait  remarquer  qu'il  n'existe 
aucmiechaîneservantdeliaison  entre  TAItaï  et  l'Oural,  cette 
chaîne  doit  être  considérée  comme  formant  un  système, 
auquel  nous  donnerons  le  nom  d'ouralie/i ,  que  nous  avions 
donné  à  l'ensemble  des  rameaux  del'Oural  lorsque  nous  le 
considérions  comme  un  groupe.  Ce  système  se  compose  des 
monts  Ourals  proprement  dits,  qui  se  distinguent  du  nord 
au  sud  en  Monl-Poycis ,  Ouinl  Verkholourien,  Oural  d'Ieka- 
terinbourg  et  Oural  BaclJdnen.  Les  rameaux  qui  s'en 
détachent  sont  peu  élevés  et  portent  les  noms  de  monts 
Obtckei-sfrt,  Iliiieii,  Goul/erlirwk ,  en  Europe,  et  ceux  de 
Moughodjar  e\.  d'Oust-Ourl  en  Asie. 

On  a  considérablement  exagéré  la  hauteur  des  cimes  de 
ce  système.  Non  seulement,  dit  M.  Ferry  ('),  qui  l'a  par- 
courue, la  chaîne  entière  est  peu  élevée  an-dessus  du  ni- 
veau de  la  mer,  mais  elle  le  paraît  encore  moins  qu'elle  ne 
l'est  réellement.  Cette  illusion  est  l'efl'et  de  la  grande  lar- 
geur de  la  chaîne  qui  couvre  partout  un  espace  de  plus  de 
5o  lieues.  On  uy  trouve  point  les  précipices,  les  cascades,  les 
torreiis,  les  grands  traits  qui  caractérisent  les  montagnes 
très-élevées.  On  peut  ajouter  que  des  opérations  récentes 
de  nivellement  ont  réduit  à  iia3  mètres  ta  hauteur  de 
lo'ij  toises  que  l'on  avait  l'habitude  d'accorder  au  Pau- 
diiiskoi-Kamen.  Cependant  les  recherches  géologiques  faites 


(I)  Vojci  l'article  Ourah  {monts),  ibns  la  Gto(((Hpliit  pliysiqui!  ilc 
rKncjclopédie  mëtliodifiui! ,  l'ini.  V. 


ASIE  ;  Généralités.  ly 

en  1828  par  MM.  E.  Hoffmann  et  G.  tle  Helmersen  dans  la 
partieméridionaledes  monts  Ourals,  prouvent  que  la  chaîne 
occidentale  qui  est  la  plus  élevée  atteint  35oo  à  4ooo  pieds 
{  II 37  à  1299  mètres). 

Cette  partie  des  monts  Ourals  est  composée  de  trois 
chaînes  parallèles  dirigées  du  nord-est  au  sud-ouest,  et  sé- 
parées par  deux  vallées  dont  la  plus  large  est  celle  de  l'Ou- 
ral ou  de  rialk.  La  chaîne  occidentale  est  composée  de  gra- 
nité, de  gneiss,  de  micaschiste  et  d'une  roche  essentielle- 
ment siliceuse  appelée  quarzite,  La  £e/ûi'n ,  rivière  de  200a 
aao  lieues  de  cours,  la  traverse  pour  aller  se  jeter  dans  la 
Kama;  il  en  est  de  même  de  VOuJà  qui  parcourt  un  espace 
d'environ  i3o  lieues  et  qui  est  le  principal  affluent  de  la 
Belaïa.  UOuï,  rivière  de  70  lieues,  et  plusieurs  autres  moins 
considérables  traversent  les  monts  Umen.  ISIaik  ou  \ Oural 
est  un  fleuve  dont  le  cours  tortueux  a  plus  de  700  lieues  de 
longueur.  Dans  sa  partie  supérieure ,  ses  bords  sont  hérissés 
de  rochers  escarpés  et  très-hauts ,  formés  de  serpentines  et 
de  diorites  aurifères  ;  mais  en  s'approchant  de  la  mer  Cas- 
pienne ils  deviennent  plats  et  ses  eaux  serpentent  à  travers 
des  steppes  arides  et  couvertes  d  efflorescences  salines.  C'est 
par  plusieurs  bras,  dont  trois  principaux,  qu'il  se  jette  dans 
la  mer.  Aux  approches  de  l'hiver,  ce  fleuve  devient  extrê- 
mement poissonneux.  On  croît  que  l'Oural  est  le  Rhymnur 
des  anciens. 

Dans  la  chaîne  orientale  dominent  des  gi'anites  riches  en 
beaux  minerais  de  fer  et  de  cuivre.  Les  monts  llmen,  com- 
posés principalement  de  granite-gneiss  au  milieu  desquels  se 
trouvent  des  syénites,  des  pegmatites,  des  quarziles  et  des 
calcaires  grenus,  ont  été  signalés  depuis  peu  comme  ren- 
fermant de  très-gros  zircons  et  corindons  :  quelques  uns  de 
oeux-cî  en  prismes  hexaèdres  ont  jusqu'à  3  pouces  de  dia- 
mètre. Sur  les  bords  de  la  Belaïa,  entre  la  chaîne  occiden- 
tale et  moyenne,  et  sur  le  côté  oriental  des  monts  Irendik^ 
Vlll.  -1 


\ 


ï8  LIVRE   CEIÎT    VINGT-DBIÈME. 

on  remarque  l'association  des  roches  de  talc  schistes,  dio- 
rites  et  serpentines.  Ces  dernières  roches,  dans  plusieurs 
localités ,  renferment  des  dépôts  de  cuivre  et  d'or  ;  cest  à 
leur  décomposition  et  à  celle  du  schiste  siliceux  que  sont 
dues  les  alhivions  qui  fournissent  par  le  lavage  la  plupart 
de  l'or  que  l'on  tire  de  cette  contrée.  Elles  sont  ordinaire- 
ment situées  dans  des  vallons  entourés  de  sommités  de  dio- 
rite ,  roche  qui  passe  à  la  serpentine.  Quelques  montagnes 
que  nous  n'avons  point  encore  nommées,  telles  que  celles  de 
Ouackkovsk,  sont  granitiques;  celles  de  Tackkou-targavsk 
et  celles  de  Maldakavsk  sont  composées  de  diorites,  de 
schiste  talqueux  et  de  granités  à  grain  fin. 

Les  mines  de  fer  sont  extrêmement  abondantes  dans  les 
monts  Ourals  :  une  seule  localité  suffira  pour  en  donner 
iine  idée.  La  montagne  de  Blagodat,  située  dans  la  chaîne 
orientale ,  sur  le  versant  asiatique ,  est  une  butte  conique 
d'environ  240  mètres  de  hauteur  au-dessus  de  la  petite 
rivière  de  la  Kouchvn.  "Sa  forme  arrondie,  son  sommet 
■>  conique  et  son  isolement,  la  rendaient  remarquable  avant 
"  que  l'on  eût  commencé  l'exploitation  des  mines  qu'elle 

■  recelait;  et  les  travaux  que  l'on  y  a  faits  lui  donnent  une 
«  forme  encore  plus  pittoresque.  Près  de  la  moitié  du  cône 
«  a  conservé  ses  arbres  et  sa  verdure;  une  partie  de  l'autre 
«  moitié  est  dépouillée  de  la  forêt  qui  la  couvrait,  et  sillon- 

■  née  de  chemins  pour  les  diverses  exploitations;  le  reste 

■  de  la  montagne,  depuis  le  pied  jusqu'au  sommet,  est 
«  taillé  en  gradins  d'une  hauteur  prodigieuse ,  et  disparaîtra 
1  peu  à  peu  sous  les  marteaux  des  mineurs.  Mais  des  siècles 
«s'écouleront  avant  que  l'on  soit  dans  le  cas  d'attaquer  les 
J  parties  de  la  montagne  qui  sont  encore  intactes.  Cepen- 

■  tlant,  comme  les  forges  de  la  Roucliva,  de  la  Toura  et 

■  plusieurs  autres  tirent  de  Blagodat  le  minerai  qu'elles 

■  travaillent,  la  quantité  de  fer  que  cette  montagne  fournit 
■•  chaque  jour  s'élève  à  plus  de  1000  quintaux  et  à  peu  près 


ASIE  :   Généralités.  iq 

•>  le  double  de  minerai.  La  musse  métallique  dont  la  mon- 
1  tagne  est  presque  entièrement  formée,  s'enfonce  au-des- 
'  sous  du  niveau  de  la  rivière  à  une  profondeur  que  la 
ti  aonde  n'a  pas  pu  mesurer  ;  lorsqu'en  suivant  le  mode 

■  actuel  d'exploitation,  la  montagne  sera  totalement  rasée, 
dloin  que  la  mine  soit  épuisée,  elle  n'aura  pas  même  donné 

•  la  moitié  du  métal  qu'elle  contient  (<).  ■  i 

A  l'est  des  monts  Moughodjar  commence  une  région 
sranarquable  en  ce  qu'elle  est  dépourvue  de  montagnes  et 
lie  collines ,  et  qu'elle  est  couverte  de  petits  lacs  jusqiie 
tiir  les  bords  de  l'Irtyche,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  naissance 
de  l'Altaï.  Cette  région  comprend  deux  groupes  principaux 
de  ces  lacs  :  celui  du  Balek-Kotd  et  celui  du  Kwini'Koul 
tu  sud  du  précédent;  elle  indique,  d'après  M.  de  Gens, 
yhft  ancienne  communication  d'une  niasse  d'eau  avec  le  lac 
yUc-Sakal,  encore  plus  au  sud,  et  dans  lequel  se  jettent  le 
Shurgaï  et  le  Kanùchloï-Irgkiz,  rivières  peu  importantes, 
ainsi  qu'avec  le  grand  lao  Aral.  *  C'est ,  ajoute  M,  de  Hum- 

■  boldt  W,  comme  un  sillon  que  l'on  peut  suivre  au  nord- 
test  au-delà  d'Omsk  entre  VJthim  et  l'Irtyche  à  travers  la 
«  steppe  de  ilaraba ,  où  les  lacs  sont  si  nombreux ,  puis  ou 
mord  au-delà  de  l'Ob  à  Sourgout,  à  travers  le  pays  des 

■  OstJaks  de  lîerezof  jusqu'aux  côtes  marécageuses  de  la 
«mer  Glaciale.  Les  anciennes  traditions  que  les  Chinois 

■  conservent  d'un  grand  lac  ji mer  dans  l'intérieur . de  la 

■  Sibérie,  lac  que  traversait  le  cours  du  leniseï,  se  rap- 
"  portent  peut -être  au  reste  de  cet  antique  épanchement 

•  du  lac  Aral  et  de  la  mer  Caspienne  au  nord-est.  Le  dfls- 
•<  sèchement  de  la  steppe  de  Baraba  que  j'ai  vue  en  allatit  de 
-Tobolsk  à  Barnaoul,  augmente  constamment  par  là  cul- 

■  ture;  et  l'opinion  que  M.  Klaproth  a  énoncée  relative- 

.J>J  Ftrry  !  Article  Onrals  (  moula  ) ,  dans  la  Géographie  physique  de 
l'ib^tlopéilie  méthniiiqur:. 

W  Fragmi'ni  de  géolonic  et  dp  climatologif  asiatique.  - 


1 


ao  LIVRE   CEffT    VltfGT-UNtÈME. 

■  ment  à  la  mer  amère  des  Chinois  est  de  plus  en  plus 
«confirmée  par  les  observations  géognostiques  faites  sur 
«  les  lieux.  Comme  s'ils  eussent  été  assez  heureux  pour  de- 
«Tiner  l'ancien  état  de  la  surface  de  notre  globe  lorsque 

■  les  cours  d'eau  et  l'évaporation  ne  présentaient  pas  les 
-mêmes  phénomènes  qu'aujourd'hui,  les  Chinois  nomment 

■  la  plaine  salée  qui  entoure  l'oasis  de  Hami,  au  sud  du 
-  Thian-ehan,  la  mer  desséchée  {  Han-Hai  )  10-  ■ 

Le  systetHe  cavcasique  se  compose  de  deux  groupes 
distincts  :  celui  du  Caucase  au  nord ,  et  celui  du  Taurus  au 
sud.  Le  premier  s'étend  depuis  la  mer  Caspienne  jusqu'à 
la  mer  Noire;  il  est  formé  d'une  chaîne  dirigée  du  sud- 
est  au  nord- ou  est.  Un  de  ses  rameaux  au  sud  va  se  ratta- 
cher au  second  groupe ,  composé  des  monts  Taurus  qui  se 
dirigent  vers  l'ouest ,  et  des  monts  Ehend  qui  prennent  ta 
direction  du  sud-est.  On  peut  y  rattacher  aussi  le  groupe 
du  i/ian,  bien  qu'il  en  soit  séparé  par  la  vallée  qu'arrose 
l'Oronte.  Si  le  versant  européen  ou  septentrional  du  Cau- 
case ne  présente  que  des  vallées  étroites  arrosées  par  de 
nombreux  cours  d'eau,  il  n'en  est  pas  de  même  du  versant 
asiatique  ou  méridional  :  sur  celui-ci  le  bauin  du  A'owr, 

(0  M.  Ktaproth  (Mémoires  relatifs  à  l'Asie,  t.  II,  p  343)  donne 
l'extrait  ilu  Yuan  Kian  loui  han,  grande  cacyrtopédic  raisonnëe,  com- 
posée d'»  près  l'ordre  de  Khang  hi  par  les  liltéraleura  du  Han  linj'aan, 
et  publia  en  1711  en  i5o  volumes.  En  voici  un  passage  :  '  Lieoutchhin 
«  est  éloigné  de  loooli  ù  l'ouest  de  Kbamil.  La  contrée  est  traversée  par 
n  une  rivière  considérable,  mais  le  terrain  est  sablonneux  et  aride,  et 
n  manque  d'herbe  et  d'eau;  de  aorte  que  les  chevaux  et  les  bœufs  arec 
1  lesquels  on  traverse  le  pays,  périssent  d'imnitian.  De  grands  venll 

■  s'élèvent  tout  k  aoup ,  et  cnoevclissent  les  hommes  et  les  chevaux  sous 

■  les  cables.  Pendant  toute  la  jouroce ,  de  mauvais  rsprlls  et  des  démons 
«  aériens  tracassent  le  voyageur.  On  appelle  cette  contrée  Haii'hal  ou 
n  la  mer  Salée.  La  rivière  mcntioBnéc  coule  vers  l'occident ,  et  se  perd 

■  dans  les  sables  mouvans.  Une  chaîne  de  petites  colliues  s'étend  le  long 
•<  de  son  cours  ;  on  dit  qu'elle  a  dté  formée  par  les  sables  accumulés  par 
«  les  tourbillons.  Au  nord  du  chemin  est  le  ffo  yan  ehan  ou  le  mont 

■  Enflammé ,  qui  est  de  couleur  de  feu.  " 


ASIE  :  Généralités.  ai 

dirigé  de  l'ouest  Â  l'est  vers  la  mer  Noire ,  n'a  pas  moins 
de  t5o  à  i8o  lieues  de  longueur.  Â  l'opposé  se  trouve 
celui  du  Rioni  dont  les  eaux  se  déchargent  dans  la  mei- 
!Noire,  et  qui  a  environ  5o  lieues  de  longueur. 

Le  massif  du  Caucase  se  divise  dans  toute  sa  longueur 
en  plusieurs  bandes  parallèles;  la  plus  hauts,  celle  du 
milieu,  dont  les.cinies  sont  couvertes  de  neiges  éternelles, 
est  granitique;  les  deux  autres  sont  composées  de  schiste 
argileux  auquel  sont  subordonnées  des  masses  de  porphyi-e 
dont  la  structure  est  basaltique.  Aux  bandes  schisteuses 
Succèdent  des  itandes  calcaires  dans  lesquelles  on  remarque 
des  nions  métalliques. 

Le  système  nrahique,  entièrement  séparé  du  précédent, 
comprend  les  différens  groupes  qui  s'élèvent  au  milieu  des 
r^éserts  sablonneux  de  l'Arabie.  Ces  groupes  sont  au  nombre 
lâe  trois:  i"  celui  du  mont  Si/iaï,  le  moins  important  par 
ton  étendue,  mais  le  plus  considérable  par  son  élévationj 
S°  celui  de  Tehama,  dont  la  principale  branche  s'étend 
'Vénéralement  du  nord  au  sud,  et  qui  projette  vers  le  nord- 
iest  plusieurs  rameaux;  3"  celui  d'Oman,  qui  borde  lelit- 
'toral  du  golfe  d'Oman  et  du  golfe  Persique.  Le  second 
'^|roupe  passe  pour  être  généralement  granitique. 
I  Le  système  indien  est  séparé  de  l'himalayen  par  le  cours 
•<hl  Gange.  Ses  principaux  groupes  sont  les  monts  Nilghenj, 
lies  Châties  occidentales  y\ç&  Ghattes  orientales  et  les  monts 
Fîndkia.  On  peut  regarder  comme  appartenant  à  ce  sys- 
tème les  montagnes  de  l'île  de  Ceylan. 

«  Pour  nous  former  une  idée  exacte  des  températures  si 

t. opposées  qui  régnent  en  Asie,  commençons  par  distinguer 
Ifes  cinq  grandes  régions  physiques  entre  lesquelles  la  nature 
a  partagé  cette  partie  du  monde.  » 

La  région  centrale  est  un  assemblage  de  plateaux  et  de 
plaines  compris  principalement  entre  les  monts  Bolor  à 
Touest,  le  Thian-chan  cl  l'Altaï  au  nord,  les  monts  Hima- 


■   I ouest,  le  T 


23  LiVUE    CEST    VIHGT-UMIEME. 

laya  au  aijd  et  l'Âla-chan  à  l'est.  On  y  remarque,  à  l'occi- 
dent, le  plateau  de  la  Petite  Bouhharie ,  au  sud  celui  du 
'lïbet  occidental  et  celui  du  Tibet  oriental,  à  l'est  celui  de 
la  Mongolie,  et  au  nord  celui  de  Bickbalik  et  celui  de  la 
Dzoungai-ie.  On  peut  y  comprendre  aussi  le  -vaste  désert 
de  Gohi  ou  de  Chamo,  dans  lequel  on  ne  voit  que  des  lacs 
salés,  de  petites  rivières  qui  se  perdent  dans  des  sables, 
et,  pour  rappeler  le  souvenir  de  la  végétation,  quelques 
pâturages  ou  quelques  buissons  chétifs.  Dans  toute  cette 
région,  située  entre  le  28°  et  le  So"  parallèle,  l'hiver  est 
très-long  et  l'été  fort  court  :  cette  saison  y  développe  une 
chaleur  insupportable,  augmentée  encore  par  ta  répercus- 
sion des  sables  dans  les  déserts. 

"  Deux  grandes  régions  s'appuient ,  l'une  au  sud,  l'autre  au 
nord,  à  la  précédente.  Semblable  h  un  magnifique  parterre 
de  Heurs,  sur  lequel  l'art  du  jardinier  a  concentré  les  rayons 
du  soleil,  la  région  méridionale  ou  YInde,  garantie  des 
vents  glacés  du  nord  par  les  montagnes  du  Tibet,  s'incline 
fortement  vers  les  tropiques  et  l'équateur.  Arrosé  par  de 
nombreux  et  larges  fleuves ,  son  riche  sol  reçoit  toujours 
les  feux  du  soleil ,  et  s'imprègne  des  exhalaisons  d'une  mer 
que  l'hiver  jamais  n'enchaîne, 

■  Quel  contraste  entre  ces  contrées  fertiles  et  les  tristes 
solitudes  de  la  région  septentrionale,  de  cette  vaste  Sibérie 
qui,  tout  entière  penchée  vers  le  pôle  et  vers  la  mer  Gla- 
riale,  n'aspire  jamais  la  douce  haleine  des  vents  du  tro- 
pique, et  dont  l'atmosphère  ne  reçoit  des  mers  voisines 
que  des  particules  chargées  du  froid  polaire  ! 

■  La  nature  a  donné  à  chacune  de  ces  régions  un  carac- 
tère physique  que  l'industrie  humaine  ne  réussira  jamais  à 
changer,  ou  seulement  à  modifier  d'une  manière  sensible. 
Tant  que  durera  l'équilibre  actuel  du  globe,  les  glaces 
t'amoncelleront  dans  les  embouchures  de  l'Obi  et  de  la 
Lena;  les  vents  siffleront  dans  les  déserts  de  Chami-,  et  le 


ASiB  :   Généralités.  a3 

Tibet  ne  verra  point  les  neiges  de  ses  Alpes  disparaître 
devant  les  rayons  du  soleil  qui,  à  si  peu  de  distance,  bi-ûle 
les  régions  du  tropique.  Ainsi  le  T:itare  est  appelé  à  la  vie 
agricole  et  pastorale, comme  le  Sibérien  àla  chasse.  L'Inde, 
en  apparence  plus  heureuse ,  doit  en  grande  partie  à  son 
climat  cette  mollesse ,  cette  indolence  qui  appelle  les  bri- 
gands étrangers  et  la  tyrannie  domestique. 

■  Il  nous  reste  encore  à  considérer  deux  grandes  ré- 
gions ,  Von'enlale  et  Xovcidentale.  La  première ,  qui  se 
confond  insensiblement  avec  la  région  centrale,  présente 
trois  parties  distinctes.  Une  large  chaîne  de  montagnes, 
couvertes  en  partie  de  neiges  éternelles,  s'étend  du  plateau 
de  Mongolie  jusqu'en  Corée.  Au  nord  de  ces  montagnes, 
l'Amour  se  tourne  d'abord  vers  le  sud-est,  mais  bientôt 
vers  le  nord-esl.  Cette  dernière  exposition  est  la  plus 
froide  possible  dans  la  zone  tempérée  boréale.  D'ailleurs 
le  sol  paraît  y  être  très-élevé.  Ces  contrées ,  désignées  com- 
munément sous  le  nom  de  Tatarie  chinoise,  ressemblent 
à  l'Asie  septentrionale  ,  (quoiqu'elles  soient  situées  sous  les 
latitudes  de  la  France.  La  masse  du  froid  qui ,  pour  ainsi 
dire,  couve  sur  la  Tatarie,  et  d'un  autre  cùté  la  tempéra- 
ture constante  du  Grand-Océan,  jointe  à  une  exposition 
directement  orientale,  donnent  à  la  Chine  propre  un  cli- 
mat moins  chaud  que  celui  de  l'Asie  méridionale  ;  ce  vaste 
pays,  quoiqu'il  dépasse  un  peu  le  tropique  et  ne  s'élève 
guère  au-delà  du  40"  degré  de  latitude  boréale,  renferme 
tous  les  climats  européens. 

■  La  troisième  partie  de  la  région  orientale  de  l'Asie  est 
fermée  par  cette  prodigieuse  chaîne  d'îles  et  presqu'îles 

rvf^caniques  qui  s'élèvent  à  peu  de  distance  du  continent, 

(  présentent  comme  une  immense  haie  contre  laquelle  la 

limeur  de  l'Océan  vient  se  briser.  Voisine  d'un  côté  des 

I  it^ons  du  tropique,  de  l'autre  du  froid  plateau  de  l'Asie 

mttale,  et  envitpnnée  d'un  élément  ,tumvUii«i(x  et  incQnr 


N 


24  LlVIiE    CENT    VIWGT-UHIÈMIÎ. 

stant,  cette  région  maritime,  inséparable  du  continent 
asiatique,  présente  nécessairement  d'innombrables  Taria- 
tions  de  température. 

•  La  cinquième  grande  ivgion  de  l'Asie  se  détache  plus 
qu'aucune  des  autres  de  la  masse  du  contînenL  La  mer 
Caspienne,  le  Pont-Euxin,  la  Méditerranée  et  les  golfes 
Persique  et  Arabique  donnent  à  Y  Asie  occidentale  quel- 
ques ressemblances  avec  tine  grande  péninsule.  On  pour- 
rait, avec  quelque  degré  de  Térilé,  dire  que  cette  région 
est  aussi  opposée  à  la  région  orientale  que  celle  du  midi 
l'est  à  celle  du  nord.  L'Asie  orientale  est  en  général  hu- 
inide^  l'occidentale  est  sèche,  et  même  en  quelques  en- 
droits aride;  l'une  a  le  ciel  orageux  et  souvent  nébuleux; 
l'autre  jouit  de  vents  constans  et  d'une  grande  sérénité 
d'atmosphère  ;  l'une  a  des  chaînes  de  montagnes  escarpées, 
que  séparent  des  plaines  marécageuses;  l'autre  est  compo- 
sée de  plateaux  en  grande  partie  sablonneux,  et  peu  infé- 
rieurs en  élévation  aux  chaînes  de  montagnes  qu'ils  portent 
sur  leur  dos,  et  de  plaines  basses,  dont  nous  parlerons 
bientôt.  Dans  l'Asie  orientale,  on  voit  les  (leuves  de  long 
cours  se  suivre  de  très-près,  tandis  que  dans  l'Asie  occi- 
dentale il  n'y  en  a  que  deux  ou  trois  d'un  volume  consi- 
dérable, mais,  en  revanche,  beaucoup  do  lacs  sans  écou- 
lement. Enfin,  la  proximité  de  l'immense  foyer  de  chaleur 
que  renferme  l'Afrique ,  donne  à  une  grande  partie  de  l'Asie 
occidentale  une  température  bien  plus  chaude  que  celle 
dont  jouit  même  l'Asie  méridionale.  ■ 

C'est  ici  que  nous  devons  faire  remarquer  que  tout  l'es- 
pace compris  entre  les  monts  Alatau ,  Tckingistan  et 
Mougodjar,  jusqu'aux  bords  de  la  mer  Caspienne  et  jusqu'au 
dernier  coude  que  forme  le  Djihoun  on  l'Amou  avant  de 
se  jeter  dans  le  lac  Aral ,  c'est-à-dire  toute  la  contrée  qu'on 
a  toujours  appelée  jusqu'à  présent  plateau  de  la  Tatarie, 
loin  de  pouvoir  être  considéré  comme  un  plateau,  forme 


ASIE  :   Généralités.  a  5 

au  contraire  une  vaste  Répression  dans  laquelle  le  niveau 
de  la  mer  Caspienne  et  celui  du  lac  Aral  sont  les  parties 
les  plus  basses  :  de  telle  sorte  que  les  eaux  de  la  mer  Cas- 
pienne sont  à  3oo  pieds  au-dessous  du  niveau  de  l'Océan , 
et  celles  du  lac  Aral  à  1 92  pjeds  (■)■  Mais  cette  dépression 
ne  cesse  point  au  bord  oriental  de  la  mer  Caspienne ,  elle  se 
continue  en  £urope  :  Astrakhan  est  à  5o  toises  au-dessous 
des  eaux  de  l'Océan;  les  bords  de  ce  "vaste  bassin  se  relèvent 
insensiblement  :  d'un  côté  en  suivant  les  rives  du  Terek,  du 
Manytch,  de  la  Sarpa  et  du  Volga,  jusqu'aux  collines  qui 
s'étendent  depuis  ia  rive  gauclie  de  ce  fleuve  jusqu'à  Oren- 
bourg,  de  sorte  que  cette  ligne  est  exactement  au  niveau  de 
l'Océan,  tandis  que  tout  le  terrain  qui  s'étend  à  l'est  de 
cette  ligne  s'incline  vers  la  mer  Caspienne  W- 

"  La  formation  de  ce  creux ,  de  celte  grande  concavité 

■  de  la  surface,  dans  le  nord -ouest  de  l'Asie,  me  paraît,  dit 
«  M.  de  Humboldt,  être  en  rapport  intime  avec  le  soulève- 

■  ment  des  montagnes  du  Caucase,  de  l'Hindou-Kho  et  du 

■  plateau  de  la  Perse ,  qui  bordent  la  mer  Caspienne  et  le 

■  Maveralnahar  au  sud  ;  peut-être  aussi  plus  à  l'est,  avec 

■  le  soulèvement  du  grand  massif  que  l'on  désigne  par  le 
-  nom  bien  vague  et  bien  incorrect  de  Plateau  de  l'Asie 
"  centrale.  Cette  concavité  de  l'ancien  monde  est  un  pajs- 

■  cratère,  comme  le  sont  sur  la  surface  lunaire  Hîpparque, 

■  Arcbimède  et  Ptoléniée,  qui  ont  plus  de  3o  lieues  de 
«diamètre,  et  qu'on  peut  plutôt  comparer  à  la  Bohême 
«  qu'à  nos  cûnes  et  cratères  des  volcans  (5).  » 

M,  de  Humboldt  pense  que  ce  grand  affaissement  de 


(■)  Ces  faits  sont  alteslëa  par  Icn  mesures  Laroraétriijuea  àc  MM.  HofT- 
manu ,  Helmerscn ,  de  Humboli)  t  et  Gustave  Rose. 

W  Vojez  ce  que  nous  avons  dît  lom.  VI,  pag.  .IgS.  Voyeï  ausEï  notre 
carte  physique  et  géologique  de  l'Europe.  J.  H. 

(^)  De  Humholdl  :  Kiagmeiu  de  géologie  et  de  climatologie  ssiatiriues, 
pag.  10  et  suiiantes. 


i 


A 


a6  LIVRE    CEMT    VIWGT-UNlÈME. 

l'Asie  occidentale  continuait  autrefois  jusqu'à  l'embouchure 
de  lObi  et  à  la  mer  Glaciale  par  ime  vallée  qui  traversait 
le  désert  de  Kara-Koum  et  les  nombreux  groupes  d'oasis 
des  steppes  des  Rirgbiz  et  de  Baraba.  Son  origine  lui  paraît 
plus  ancienne  que  celle  des  monts  Durais.  Une  chaîne 
dont  la  bauteui'  est  si  peu  considérable ,  dit-il,  n'aurait-elle 
pas  entièrement  disparu,  si  la  grande  fissure  de  l'Oural 
ne  s'était  pas  formée  postérieurement  à  cet  affaissement  ? 
Par  conséquent,  ajoute-t-il,  l'époque  de  l'affaissement  de 
l'Asie  occidentale  coïncide  plutôt  avec  celle  de  l'exhausse- 
ment du  plateau  dlran,  du  plateau  de  l'Asie  centrale,  de 
l'Himalaya  du  Kouen-loun,  du  Thian-chan  et  de  tous  les 
groupes  de  montagnes  dirigés  de  l'est  à  l'ouest;  peut-être 
aussi  avec  celle  de  l'exhaussement  du  Caucase  et  du  nœud 
de  montagnes  de  l'Arménie  et  d'Eraeroum.  Enfin  aucune 
partie  du  monde,  sans  même  en  excepter  l'Afrique  méri- 
dionale, n'offre  une  masse  de  terre  aussi  étendue  et  soule- 
vée à  une  si  grande  hauteur  que  l'Asie  intérieure. 

•  Pour  donner  plus  de  précision  à  ces  esquisses  générales 
des  régions  physiques  de  l'Asie,  il  est  utile  de  classer  les 
rivières  de  ce  continent  d'après  leurs  bassins  respectifs; 
c'est  ce  que  nous  avons  fait  dans  le  tableau  suivant,  dans 
lequel  on  indique  aussi  la  longueur  approximative  du  cours 
de  cliaque  fleuve  et  de  leurs  principaux  affluens  (')■ 

Bassin  de  la  mer  Glaciale;  peiice  septentrionale  du  plateau 
de  la  Mongolie. 

L'ÛBoui-'Oai 347  33o  ^iï 

tl'lrtjehe ^lo  aSn  SRi 

f heTobol Bo  95  îi3 

(0  Lc9  fleures  «ont  en  hajoscui.»  ;  leari  RBluenn  devant  dri  accolndct; 
le»  sEfluena  de  ceui-ci  en  ilalitpies;  lei  i^ivièTW  snr  le  inénip  alipiemeiil 
que  lu  flcuvet. 


ASIE  :   Généralités. 


Le  IniiEl 

j  La  TouDgouska  supérieure.. 

I  La  Toungouska  mojeDne 

I  La TouDgouaka  inférieure... 

LePia»ma 

La  Qiatanga , 

L'Oleoek 

!'  Le  Viliouï 
LoVilim 
L'Aldan 
.L'Olekma 

L'Ikdicbiiiia 

La  KoTlu* 


oi  calcul*.      j^gnp^. 


Bassin  seplenlnonal  du  -  Grand' 
Océan;  pentes  orientales  dt  ta 
Sibérie  et  du  plateau  de  la  Mon- 
golie, 

L'Anadjr 


LeK 

L'Aiiona  ou  Siibili. 

iLe  SouQgari 
UChilla... 


£assin  de  la  mer  de  Chine  .faisant 
partie  du  bassin  du  Grand- 
Océan;  pente  orientale  du  pla- 
teau du  Tibet. 

Le  Hoisc-Ho  (le  fleuve  Jaune) 

LeTlKG-TsiD-Kliire  (le  fleuve  Bleu}... 

Idtm  en  remootaiit  jusqu'il  la  iourcc  du 
Rin-cha-Kiang 


l Le  Yaloung-Kiang 

LeHan-Klang 

Le  Ta-KiaDs  •  qui  prendà  OmtoQ  le  ni 
de  fleuve  TcBou-KiiBu 


Pentes  méridionales    i 
du  Tibet. 


a)J 


t 

4^ 

4K 

i3 

381 

3oo 

67S 

'" 

LIVRK   CENT   VINGT-OMIÈME. 


Le  GiiraE aSo  160  58S 

LeM«Hii>HDT ..  ..5  aSg 

Le  GooiTiHi go  134  17g 

jLcVourJa »  4S  101 

<.  Le  Mandjera "  63  i3g     ■ 

Le  KisRJH 86  106  a38>     1 

LeNïBBÏDAH 81  110  j47  .1  J 

L'IïDDS  ou  Sind 11)5?  170  607     ' 

Pentes  et  bassins  de  l'intérieur  de 

a  )  Bassin  du  lac  Aral.  , 

Le  Sjr  ou  Sioun 110  iGo  3Go     ' 

L'Amour  ou  Djioun 145  3oa  4^0     ' 

b  )  Dam  la  Petite  Boukkarie ,  enU-e  les  '^ 

monU  Bolor,  Thian-chan  et  Kaulkoum . 

Le  Yarkand 100  iio  37« 

c  )  Bassin  du  lac  Baïkat, 

Le  Selenga 76  100  alS     < 

Pentes  de  l'Asie  occidentale  ou  du 
Caucase  j  de  VArarat.  du.  Tau- 

rus,  etc.  1 

a)  fers  la  mer  Caspienne. 

Le  KoirBouMx.TiRi 4^  ^''  ''" 

{LVras 41  ;S  «70 

b  )  fert  le  golfe  Persique. 

L'Edphbatb  (jusqu'flQ  golfe) iBS  iiS  Sob 

jLc  Tigre 100  i3o  aga 

c  )  fers  le  golfe  jfrabitjue.  O 

d)  Fers  la  Méditerranée  et  l'Jfchipel.  .^ 

L'OroDie 38  36  81 

U  Buïuk-Meîendcr 40  3?  83 

c  )  fers  la  mer  iVoire, 

Le  SiKABiA  (Sangariiis) 40  ^5  79    '* 

LeKisii.-\iiM^s.(Jfafys) 54  -6  171    '^' 

Le  Rioni  ou  Phasis ai  i3  Sa 

«  Kn  faisant  entrer  dans  le   compte  toutes  les  rivièrei 


ASIE  :   Généralités.  ag 

marfjuées  sur  les  cartes  d'Asie,  nous  avons  estime  ainsi  qu'il 
suit  la  proportion  des  volumes ,  ou ,  pour  parler  plus  exac- 
tement, des  superficies  des  eaux  courantes  de  cette  partie 
du  monde. 

Le  total  pris  pour  unitë I'ûo 

Le,  fleave.  Je  Sibérie  (  ^"jî^;/  ;■""'"  ""';'■  "/^\ 

—  delà  Chine  et  de  lo  Tatarie  chinoiac o,i5 

— de  toole  l'Iode o.a? 

—  du  centre  de  l'Asie 0,08 

—  de  la  Tiirniiie  d'Aeie 0,10 

—  de  la  Perse  (avec  rAni'^nie) 0.06 

• — de  l'Arabie,..,. o,o3 

■  Four  conclure  de/Ces  données  si  un  tel  pays  est  plus 
sec  qu'un  autre,  il  faut  avoir  égard  aux  surfaces  respec- 
tives. L'Arabie,  par  exemple,  est  ceriainement  beaucoup 
plus  sèche  que  la  Perse  ou  la  Turquie;  mais  l'Inde  et  la 
Chine  ne  sont  p.ns  moins  copieusement  arrosées  que  la 
Sibérie  ;  c'est  la  moindre  étendue  des  surfaces  qui  cause  la 
différence  entre  le  volume  des  eaux. 

«  Le  continent  de  l'Asie,  étant  une  masse  de  terres  très- 
considérable  et  peu  entrecoupée  de  mers,  doit  naturelle- 
ment contenir  dans  son  intérieur  de  grands  amas  d'eau.  Elle 
entoure  même  en  grande  partie  le  plus  grand  lac  connu;  nous 
voulons  parler  de  la  mer  Caspienne.  En  général ,  les  lacs  de 
l'Asie  se  distinguent  par  leurs  eaux  salées,  saumâtres  ou  sul- 
fureuses ;  il  y  en  a  aussi  beaucoup  qui  n'ont  point  d'écou- 
lement. Déjà  l'Asie  mineure  nous  oflre,  à  cet  égard,  un 
échantillon  du  grand  continent  dont  elle  fait  partie.  L'in- 
térieur de  l'Anatolic  et  de  la  Caramanie  renferme  une 
suite  de  lacs  salés  et  sans  écoulement  ;  celui  de  Tazla  ou 
Touzla,  appelé  aussi  Salato,  est  d'une  longueur  très-con- 
sidérable: il  a  i4  lieues  de  longueur  sur  2  de  largeur. 
En  remontant  vers  les  parties  les  plus  élevées  de  l'Asie 
occidentale,   nous  voyons  les  lacs  de  Wan  et  HOurmia 

(plJes  eaux  salées  ou  jiaïupâtrç^  s'étendent  sur  un  y,9ste 


4 


3o  LIVRE    CEWI    VIHGT-UHIÈHE. 

espace  ;  ils  ont  environ  60  lieues  de  circuit,  Dana  la  Syrie, 
plusieurs  lacs  de  cette  nature  se  succèdent  le  long  de  la 
chaîne  du  Liban  et  de  l'Anti-Liban;  l'un  des  plus  célèbres 
phénomènes  de  ce  genre ,  c'est  le  lac  Asplmltite ,  ou  la  mer 
Morte,  dans  la  Palestine,  qui  a  les  eaux  bitumineuses,  et 
qui  recouvre  une  étendue  de  60  à  jo  lieues  carrées  (12a 
i5  myriamètres  carrés  }. 

«  V Arabie  entière  ii'a  d'autres  lacs  que  ceux  formés  par 
le  confluent  des  eaux  de  pluie  ou  de  sources ,  qui  se  per- 
dent ou  s'imbibent  dans  le  sable.  Mais  toutes  ces  eaux  ont 
extrêmement  peu  d'étendue.  Les  déserts  de  la  Perse,  si 
semblables  d'ailleurs  à  ceux  d'Arabie ,  nous  offrent  le  même 
genre  de  lacs,  mais  plus  grands.  Celui  de  Zéreh ,  dans  l'Af- 
ghanistan, couvre  une  étendue  de  i4o  lieues  carrées,  et  re- 
çoit une  rivière  dont  le  cours  est  de  i5o  lienes(66  myria- 
mètres ) ,  sans  compter  d'autres  petites. 

"  \je,  penchant  occidental  de  l'Asie  est  couvert  de  lacs 
salés  et  sans  écoulement.  La  mer  Caspienne  occupe  une 
étendue  de  i6,85o  lieUes  carrées,  ou  3r39  myriamètres. 
C'est  le  plus  grand  lac  salé  qui  soit  connu,  et  on  peut 
hardiment  dire  qu'il  y  ait  sur  le  globe.  Le  lac  ou  la  mer 
d'Aral,  de  1280  heues  carrées;  le  lac  Amer  (  Kouli-deria 
ou  Adgi-Kouyotissi),  qui  communique  à  la  mer  Caspienne; 
ceux  A'Afcsahttl,  de  Balkhack-noor ,  ou  Palcati,  et  un  nom- 
bre de  moindres  lacs  salés  ou  du  moins  saumAtres,  dis- 
tinguent cette  région  creusée  en  entonnoir.  .1 

L'opinion  qui  considère  le  lac  Aral  comme  une  antique 
dépendance  de  la  mer  Caspienne  nous  paraît  fondée  sur 
des  traditions  et  sur  des  faits  physiques  :  d'abord  le  niveau 
des  eaux  du  premier  à  186  pieds  au-dessous  de>  l'Ooéïiu  ; 
le  témoignage  des  anciens  qui  placent  l'embouchure  de 
l'Oxus  el  de  l'Iaxarles  dans  la  mer  Caspienne;  l'ancien  lit 
de  la  mer  dont  M.  Mouraviev  a  reconnu  les  traces  entre 
le  lacet  la  Caspienne;  enfin  le  fait  attesté  par  tes  Ki^hiz 


ASIE  :  Généralités.  3r 

au  colonel  Meyendorff  que  le  lac  continue  à  diminuer 
d'étendue,  confirment  également  i;ette  opinion.  Les  collines 
de  288  pieds  qui  s'élèvent  entre  le  lac  et  la  mer  Caspienne 
ne  sont  point  une  difficulté  réelle  à  cette  réunion,  puis- 
qu'en  supposant  les  eaux  plus  hautes ,  ces  collines  ne  for- 
meraient que  de  petites  îles  (')■ 

La  présence  de  lacs  salés  ne  serait  point  une  preuve 
suffisante  pour  attester  l'ancien  séjour  de  la  mer  sur  les 
contrées  de  l'Asie  occidentale  :  il  y  a  d'ailleurs  de  ces  lacs 
salés  bien  au-delà  des  limites  que  la  mer  Caspienne ,  dans  sa 
plus  grande  extension,  aurait  pu  atteindre.  Cependant 
nous  avons  vu  que  les  Chinois  conservent  la  tradition  d'un 
grand  lac  ^mer  situé  dans  cette  région  de  lacs,  entre  le 
Tobol  et  l'Obi,  région  qui  ne  devait  faire  qu'une  seule  mer 
avec  la  Caspienne  et  le  lac  Aral. 

■  \,es  penchons  septentrionaux  de  la  Tatarie  offrent  aussi 
«n  grand  nombre  de  lacs.  Le  lac  Tckanj',  qui  n'a  point 
d'écoulement,  et  qui  a  3o  Ueues  de  longueur  sur  20  de 
largeur,  est  aussi  saumâtre,  et  c'est  peut-être  le  cas  de 
toutes  les  eaux  stagnantes,  lorsqu'elles  se  décomposent  en 
s'arrêtant  sur  un  sol  imprégné  de  matières  salines, 

"  Ces  amas  d'eau  stagnante  se  retrouvent  à  un  niveau 
plus  élevé  sur  le  vaste  plateau  de  la  Mongolie  et  du 
Tibet.  Ces  hautes  plaines,  entourées  de  montagnes  qui 
forment  le  pays  des  Kalmouks  ,  renferment  beaucoup 
de  lacs  sans  écoulement  qui  reçoivent  de  petites  rivières. 
Le  Dzaisang,  lac  qui  se  trouve  près  des  montagnes  d'oii 
"SOTtentrirtyche  et  l'Obi ,  reçoit  une  rivière  dont  le  cours  est 
'de  70  à  80  lieues.  La  plaine  élevée  entre  les  monts  de  Mon- 
■golie  et  ceux  du  Tibet,  entre  les  deux  sommets  de  l'Asie, 
est  remplie  de  rivières  souvent  assez  considérables  qui  se 

0)  Vojez  ce  que  iiou)  .ivoiis  ilil  dans  la  note  t)  de  la  page  iSi  Ju 
tome  i"  <lp  cet  ouvrage. 


3li  LIVHB    CEST    VIMGT-UHliME. 

perdent  dans  le  sable,  on  qui  alimentent  des  lacs  sans 
écoulement ,  comme  le  Yarkand,  qui  forme  le  lac  de  Lop. 

«  Le  Tibet,  ou  le  plateau  méridional  et  le  plus  élevé  de 
l'Asie,  est  singulièrement  riche  en  lacs,  dont  un  grand 
nombre  n'a  point  d'écoulement.  Le  Tengri  a  3oo  lieues  car- 
rées de  surface.  Sur  deux  alignemens,  l'un  au  nord,  de 
80  lieues,  l'autre  à  l'ouest,  de  160  à  170  lieues,  on  trouve 
33  autres  lacs  qui  n'ont  point  d'écoulement,  ou  qui  cou- 
lent l'un  dans  l'autre.  Au  nord-est  du  Tibet ,  on  remarque, 
entre  autres,  le  Hoho-nor  ou  Khoukkou-noor,  lac  de  260 
lieues  de  longueur,  et  de  120  de  largeur,  dans  une  situa- 
tion très-élevée,  et  qui  n'a  point  d'écoulement. 

n  Le  phénomène  des  lacs  sans  écoulement  est  donc  com- 
mun à  toutes  les  parties  occidentales  et  centrales  de  l'Asie, 
mais  non  pas  au  nord  de  la  Sibérie,  ni  à  la  Chine,  ni  à 
l'Inde.  Les  parties  basses  de  la  Sibérie  présentent  d'im- 
menses marais  presque  contigus.  Les  grands  lacs  de  ta 
Chine  se  trouvent  dans  les  contrées  basses  et  marécageuses 
du  milieu,  et  ne  sont  remarquables,  pour  la  géographie 
physique,  que  par  leur  rapprochement  :  ils  semblent  confir- 
mer la  tradition  des  Chinois,  selon  laquelle  une  partie  de  ce 
pays  aurait  étérécemmentlaisséeàsecpar  la  mer,  ou  plutôt 
par  deux  longs  golfes  formés  par  les  deux  lleuves  Hoang-ho 
et  Yaa-tseu-kiang.  Les  deux  presqu'îles  des  Indes  n'ont 
guère  de  lacs  remarquables,  encore  moins  des  lacs  san.^ 
écoulement  ;  preuve  manifeste  que  leur  terrain  a  partout 
de  la  pente.  » 

Ainsi  que  l'a  fait  remarquer  M.  de  Humbotdt,  l'Asie 
continentale  n'offre  à  l'irradiation  solaire  qu'une  très-pe- 
tite portion  de  terres  placées  sous  la  zone  torriJe.  Ses  par- 
ties situées  dans  la  zone  tempérée  ne  jouissent  consequem- 
ment  pas  de  l'effet  des  courans  ascendans  que  la  position 
de  l'Afrique  rend  si  bienfaisans  pour  l'Europe.  Sa  position 
orienlale  par  rapport  à  cette  partie  du  monde  est  encore? 


ASIE  :  Généralités.  33 

une  cause  puissante  de  fioîd.  De  vastes  systèmes  de  mon- 
tagnes dirigées  de  l'est  à  l'ouest,  et  d'une  élévation  consi- 
dérable, s'opposent,  suc  de  grandes  étendues,  à  l'accès  des 
vents  méridionaux;  des  plateaux  élevés  qui  s'étendent  du 
sud-ouest  au  nord-est  en  traversant  et  bordant  de  basses 
régions,  accumulent  et  conservent  les  neiges  jusqu'à  la  fin 
de  l'été ,  et  agissent  par  des  courans  descendans  sur  les  pays 
voisins  dont  ils  abaissent  la  température.  "  Ils  varient,  dit 

■  M.  de  Humboldt,  et  individualisent  les  climats  à  l'est  des 

■  sources  de  l'Oxus,  de  l'Alatau  et  du  Tarbagata'i  danj 
•  l'Asie  centrale,  entre  les  parallèles  de  l'Himalaya  et  de 
.  TAltaï. . 

«  C'est  à  cette  conformation  du  terrain  iju'il  faut  attri- 
buer ces  vents  à  période  constante  qui  régnent  même  dans 
l'intérieur  de  l'Asie.  Nous  ne  parlons  pas  des  moussons  de 
rinde,quidépendent  du  mouvement  annuel  du  soleil,  mais 
de  cette  longue  durée  du  même  vent  qu'on  observe  encore 
dans  les-contrées  éloignées  du  tropique.  Elle  vient  de  ce 
qu'il  n'y  a  point  de  golfes  ni  de  mers  dont  les  exhalaisons 
et  les  courans  puissent  altérer  la  nature  du  vent  ou  chan- 
ger sa  direction.  Les  vents  glacés  de  la  Sibérie  remontent 
jusqu'aux  sommets  du  centre,  et,  s'ils  sont  assez  élevés 
pour  dépasser  les  premières  chaînes ,  ils  peuvent  s'étendre 
jusqu'aux  sommets  du  Tibet.    I.e  vent   d'est,  chargé   de 
brouillards,  couvre  dans  le  même  instant  toute  la  partie 
basse  de  la  Chine.  Mais  à  mesure  que  l'on  s'enfonce  dans 
la  zone  tempérée,  toute  régularité  dans  les  mouvemens 
si  intimement  combinés  de   l'Océan  et  de  l'atmosphère, 
I     cesse  peu  à  peu.  Ainsi,  au  Japon,  l'on  voit  le  froid  et  la 
B    chaleur,  les  orages  et  le  calme  se  succéder  presque  avec  la 
I   même  rapidité  que  dans  la  Grande-Bretagne.  La  Chine  est 
K  soumise  à  ces  variations  moins  sensibles  que  la  Hollande 
I  éprouve,  soit  par  l'humidité  des  vents  maritimes,  soit  par 
■  ^  siccité  de  ceux  qui  ont  passé  sur  les  terres.  Enfin ,  si  l'on 
■,  VIU. 


34  LIVRE    CEHT    VIHGT-ONIÈMK. 

pénètre  des  pays  orientaux  tempérés  Vf.rs  le  centre,  les 
saisons  deviennent  toujours  plus  constantes,  mais  aussi  en 
proportion  plus  froides.  Ce  sont  exactement  les  mêmes 
changemens  qu'on  éprouve  en  allant  de  l'occident  à  lo- 
rient  en  Europe.  " 

MM.  G.  Rose  et  A.  de  Humboldt  ont  constaté  par  un 
grand  nombre  d'expériences  deux  faits  qui  sont  caracté- 
ristiques de  l'Asie  septentrionale  :  le  premier,  c'est  la  sé- 
cheresse de  l'atmosphère;  le  second,  la  basse  température 
du  sol.  La  sécheresse  est  surtout  très -remarquable  à  l'ouest 
de  l'Altaï,  entre  l'Irtyche  et  l'Obi,  lorsque  les  vents  du  sud- 
ouest  ont  long-temps  soufflé  de  l'Asie  centrale,  où  les  pla- 
teaux n'ont  cependant  pas  200  toises  d'élévation  au-dessus 
du  niveau  de  l'Océan  (1).  Quant  au  froid  qui  règne,  même 
pendant  l'été,  dans  les  mêmes  régions  à  5  ou  6  pieds  de  pro- 
fondeur au-dessous  de  la  superficie  du  sol ,  il  n'est  pas 
moins  extraordinaire  :  les  deux  savans  que  nous  venons 
de  nommer,  observèrent  aux  moisde  juillet  et  d'août  1829, 
à  midi,  pendant  que  la  température  de  l'air  était  de  5  à  3o 
degrés  du  thermomètre  centigrade,  plusieurs  puits  peu 

(0  Voici  la  description  que  M.  de  Humboldt  donne  de  cea  expériences 
failc»  comparatiTement  avec  ïappareilph^chroméniqueùe  M.  August, 
et  rhygrométre  de  Deluc  :  a  Dans  la  steppe  de  Platoviikai'a  nous  nvons 
1  trouvé  \cpoint  de  la  rosée ,  4°,  3  au-deesous  du  point  de  la  congélation  ; 
"  c'éUit  le  5  août ,  ^  une  heure  après  midi,  la  température  de  l'air ,  a. 
«  l'ombre,  étant  aJ",  7.  La  différence  des  deux  tliermoraclrcB  sec  et. 
■'  humide,  s'élevait  à  ii=,  7,  lorsque,  dans  l'état  ordinaire  de  l'atmo- 
«  sphère  (l'hygromètre  de  Saussure  se  soutenant  entre  74°  ^t  So°J,  cette 
1  différence  des  ibermoinètres  ne  s'élève  iju'à  5°  ou  6",  a  { le  point  de  la 
«  rosée  étant  iG",  a  011  ij".  S).  Dana  la  sleppe  de  Plnlovekai'a ,  la  lempé- 
•  rature  de  l'air  aurait  dii  se  rcTroidir  de  18''  avant  de  déposer  de  la 
«  rosée.  L'air  entre  Barnaour  et  la  célèbre  mine  du  Sclilangenberg,  dans 
«  une  lone  renrermée  entre  les  Si"  '/i  et  53"  de  latitude,  ne  contenait 
«  par  conséquent  que  'y, „  de  vapeurs,  ce  qui  correspond  à  ^8°  ou  30" 
"  de  rbfgromctre  à  cheveu.  Cest  sans  doute  la  plus  grande  sécheressv 
>'  ^ui  ait  été  observée  juiqu'ici  dans  lut  bauei  régions  de  la  terre.  •• 
(  Fragment  de  géologie  et  de  climatologie  asinliqucs,  pag.  378.  ) 


ASIE  :   GénéralilcS.  35 

profontls  dont  les  eaux  étaient  »  i"  4'  et  2°  5',  observations 
qui  ont  été  faites  vers  le  54"  parallèle  ;  c'est-â-ttire  sous  la 
latitude  dp  l'Ecosse  méridionale.  Cette  température  reste 
la  même  pendant  les  froids  rigoureux  de  l'hiver.  M.  Ad. 
Erman  a  trouvé  entre  Tomsk  et  Krasnoïarsk ,  sur  le  chemin 
de  Tobolsk  à  Irkoutsk,  par  56  degrés  de  latitude,  les  sour- 
ces à  0°  et  y?i',  quand  l'atmosphère  était  à  plus  de  a4°  au- 
dessous  de  zéro:  mais  bi  quelques  degrés  plus  au  nord,  le 
sol  reste  gelé  en  tout  temps  à  12  ou  i5  pieds  de  profon- 
deur. A  Bogoslovsk ,  par  55  degrés  de  latitude,  M.  de  Hum- 
iKildt  a  même  trouvé  à  6  pieds  de  profondeur,  une  couche 
de  terre  congelée,  épaisse  de  9  à  10  piedsj  enfin  à  Iakoutsk 
le  phénomène  de  la  glace  souterraine  est  général  et  perpé- 
tuel, malgré  les  chaleurs  de  l'été  qui  souvent  sont  insup- 
portables. 

«  Mais  dans  l'Asie  septentrionale  il  se  présente  un  autre 
phénomène,  qui  devient  surtout  sensible  si  l'on  compare 
cette  région  avec  les  parties  de  l'Europe  situées  sous  les 
mêmes  latitudes.  Pourquoi  le  froid  de  l'Asie  septentrio- 
nale s'accroît-il  toujours  en  allant  vers  l'est?  Cette  aug- 
mentation est  telle  que,  sur  les  côtes  de  la  Manche  de 
Tatarie,  situées  sous  les  latitudes  de  la  France,  l'hiver 
commence  dès  le  mois  de  septembre.  Plusieurs  causes 
concourent  sans  doute  à  produire  ce  phénomène.  D'abord 
il  s'élève,  entre  la  Corée  et  les  pays  sur  le  fleuve  Amour, 
de  vastes  montagnes  couronnées  de  glaciers;  un  second 
amas  de  montagnes  plus  larges  encore  sépare  l'Amour 
de  la  Lénaj  toutes  les  côtes  du  nord-est  présentent  d'hor- 
ribles escarpemens.  On  peut  ajouter  que  les  mers  qui  en- 
vironnent ces  contrées  glaciales  sont  presque  toujours 
couvertes  de  brouillards  épais  et  froids  qui  interceptent  et 
amortissent  les  rayons  du  soleil.  Une  troisième  cause  pour- 
rait se  trouver  dans  le  manque  absolu  dhabitans,  et  par 
conséquent  de  culture.  Dans  la  Sibérie  orientale,  d'après 


36  LIVRE    CEMT    VISGT-UHlèME. 

les  recensemens  officiels,  on  compte  à  peine  un  individu 
par  lieue  caiTce.  Néanmoins  ces  causes  ne  suffiraient  peut- 
être  pas,  s'il  n'y  avait  ici  lieu  d'appllqu«r  une  règle  géné- 
rale que  nous  avons  indiquée  dans  la  Théorie  des  Climats{i), 
Il  faut  considérer  la  masse  d'air  étendue  sur  un  continent 
comme  un  ensemble  dont  la  modification  générale  dépend 
de  toutes  les  modifications  partielles.  Si  un  continent  s'é- 
tend loin  dans  la  zone  torride,  la  masse  d'air  échauffée 
réagit  sur  la  masse  tempérée,  lui  communique  une  partie 
de  son  calonque,  et,  en  le  dilatant,  la  force  par-là  de  s'é- 
tendre un  peu  plus  au  nord,  et  ainsi  de  resserrer  les  limi- 
tes du  froid  ;  en  sorte  que  les  pays  se  refroidissent  vers  les 
pôles ,  non  seulement  en  raison  directe  de  leurs  latitude», 
mais  aussi  en  raison  inverse  de  la  masse  des  pays  ciiauds 
qui  leur  sont  contigus  au  sud.  Voilà  pourquoi  le  voisinage 
de  l'immense  masse  de  terres  brillantes  de  l'Afrique  rend 
\tL  température  de  l'Arabie,  de  la  Syrie  et  de  la  Mésopota- 
mie plus  chaude  que  naturellement  elle  ne  devrait  l'être. 
Parune  raison  contraire,  l'Amérique  septentrionale  éprouve 
jusqu'aux  environs  du  tropique  des  froids  très -yif&i  car  la 
masse  de  ce  continent,  ^ui  s'étend  au-delà  du  tropique, 
n'est  rien  en  comparaison  avec  le  reste  :  donc  il  n'y  a  ici 
aucune  masse  d'air  chaud  qui  puisse  réagir  sur  les  masses 
tempérées  et  froides;  l'action  de  la  masse  froide  n'est  pas 
même  contre- balancée.  Si  nous  regardons  l'Asie,  nous  la 
voyons  toujours  aller  en  se  rétrécissant  depuis  la  Chine  jus- 
qu'au détroit  de  Bering  ;  elle  n'a  plus  ici  aucun  pays  chaud; 
l'air  naturellement  froid  de  ces  contrées  est  encore  refroidi 
par  l'influence  de  la  mer  Glaciale,  que  le  grand  Océan  ne 
peut  pas  contre -balancer,  parce  que  la  mer  Glaciale  dé- 
gorge beaucoup  de  glaçons  par  le  détroit  de  Déring;  ces 
glaçons,  arrêtés  entre  les  îles  Aléouliennes  et  les  autres 

CO  Vol.  II,  pag.  Sijet 


ASIE  :   Généralités,  37 

îles  de  la  mer  Je  Bering,  occasionnent  les  froids  brouil- 
lards dont  la  mer  est  ici  couverte,  et,  par  le  mouvement 
général  de  l'Océan,  se  portent  de  l'est  à  l'ouest,  c'est-à-dire 
de  l'Amérique  vers  l'Asie,  où  ils  s'accumulent  dans  les 
golfes. 

■  Cette  redoutable  immobilité  de  la  nature  physique , 
ces  climats  qu'aucun  effort  d'industrie  ne  saurait  améliorer 


sensiblement,  ces  retours  réguliers  des  saisons,  cette 


per- 


pétuité des  mêmes  cultures,  et  par  conséquent  de  la  même 
manière  de  vivre ,  ont  dû  influer  sur  le  caractère  moral  des 
peuples  asiatiques ,  tant  en  modifiant  uniformément  leur 
système  nerveux  et  musculaire,  qu'en  frappant  leur  imagi- 
nation par  le  retour  des  mêmes  sensations.  Elle  a  dû  con- 
tribuer à  rendre  le  Tatare  vagabond  aussi  invariable  dans 
son  penchant  pour  la  vie  pastorale,  que  l'indien  l'est  dans 
sa  servile  indolence,  et  le  Chinois  dans  son  infatigable  in- 
dustrie. Les  nations  éternelles  ne  naissent  guère  sous  les 
climats  variables.  Mais  ce  serait  se  tromper  grossièrL- 
ment  que  d'attribuer  à  cette  seule  cause  l'immobilité 
de  caractère  que  l'on  observe  citez  les  nations  asiatiques. 
Hippocrate,  qui  n'a  entrevu  qu'une  partie  des  faits  physi- 
ques, s'est  bien  gardé  de  leur  accorder  une  influence  ex- 
clusive. 

■  Si  les  peuples  de  l'Asie,  dit-îl  (>) ,  sont  sans  courage , 
•  sans  énergie ,  d'une  humeur  moins  belliqueuse  et  d'un 
«  caractère  plus  doux  que  les  Européens,  c'est  en  grande 

■  partie  à  la  température  toujours  égale  du  climat  qu'il  faut 
-  l'attribuer.  On  ne  connaît  guère  ici  de  différence  de  cba- 

■  leur  et  de  froid  ;  les  deux  températures  se  fondent  l'une 

■  dans  l'autre.  L'âme  n'éprouve  point  ces  vives  secousses , 
t  ni  le  corps  ces  changeniens  subits  qui  donnent  au  carac- 

(0  Hippac.  df  .'\i;rili.  sqiiij ,  brii ,  S  83-88,  édition  (msis  Don  p«» 
U-aduction)  île  M.  Coray.  ■'   .     i   ■  '  ■         l'i'        '    '  ■ 


38  LIVRE   CBHT  VIMCT-UNIÈME. 

■  tère  une  vigueur  agfreste  et  une  fou^e  indocile Mais, 

■  ajoute-t-il,  une  autre  raison  Je  l'inertie  des  Asiatiques 

■  est  la  nature  de  leurs  lois  politiques;  ils  sont,  pour  la 

■  plupart,  gouvernes  par  des  monarques  absolus  :  et  par- 
«  tout  où  l'homme  n'est  ni  maître  de  sa  personne,  ni  par- 

■  ticlpant  au  pouvoir  législatif,  mais  soumis  à  des  despo- 

•  tes,  il  a  soin  de  ne  pas  passer  pour  courageux,  parce 

■  qu'il  sait  que  cela  l'exposerait  à  de  plus  grands  dangers. 

-  Les  sujets  y  sont  contraints  daller  à  la  guerre,  d'en  sup- 

•  porter  toutes  les  peines,  et  de  mourir  même  pour  leurs 
«  maîtres,  loin  de  leurs  enfans,  de  leurs  femmes  et  de  leurs 
<■  amis.  Tous  leurs  exploits  ne  servent  qu'à  augmenter  et 
«  propager  la  puissance  de  leurs  despotes;  les  dangers  et  la 
«  mort,  voilà  les  seuls  fruits  qu'ils  recueillent  de  leur  bra- 
■■  voure.  Ajoutez  qu'ils  sont  nécessairement  exposés  à  voir 
«  leurs  terres  se  changer  en  déserts ,  tant  par  les  dévasta- 

-  tions  de  la  guerre  que  par  la  cessation  des  travaux  :  de 

■  sorte  que,  s'il  se  trouve  parmi  eux  des  esprits  courageux, 

•  ils  sont  détournés  de  l'usage  de  leurs  forces  par  la  nature 

•  de  leurs  institutions  politiques.  Une  preuve  de  ce  que 
«  j'avance,  c'est  que  parmi  les  Asiatiques  mômes,  ceux  qui 

•  jouissent  de  quelque  liberté  politique,  et  qui  par  consé- 

-  quent  travaillent  pour  eux-mêmes,  sont  les  plus  belli- 
1  queux  de  tous,  " 

■  Si  Hippocrate  se  croyait  obligé  de  faire  des  exceptions 
parmi  le  petit  nombre  de  pays  et  de  peuples  asiatiques 
que  l'on  connaissait  de  son  temps,  et  dont  les  Sarmates, 
dans  les  plaines  au  nord  du  Caucase,  étaient  les  plus  sep- 
tentrionaux, comme  les  Indiens  du  Pendjab  en  étaient  les 
plus  orientaux,  que  sera-ce  donc  aujourd'hui  que  nous 
connaissons  en  Asie  une  étendue  de  3o  degrés  de  plus  en 
latitude,  et  80  de  plus  en  longitude?  Il  faudrait  tout  l'en- 
thousiasme d'un  médecin  ou  d'un  helléniste,  étranger  à  la 
géographie  physique ,  pour  prétendre  qu'Hippocrate  a  de- 


ASIE  :  Généralités.  39 

■vine  d'avance  l'influence  morale  du  climat  de  la  Sibérie, 
du  Tibet  ou  de  la^ Chine,  contrées  dont  il  ignorait  l'exis- 
tence. Comment  Hippocrate  aurait-il  pu  dire  des  innom- 
brables tribus  des  Tat  ares  et  des  Mongols,  qu'ils  sont  moins 
belliqueux  que  les  Européens?  Mais  le  sens  que  ce  grand 
écrivain  donne  au  nom  d'Asie,  diffère  entièrement  de  celui 
dans  lequel  nous  le  prenons;  il  comprend,  dans  l'Europe  , 
les  Sonnâtes  ('} ,  et  place  expressément  les  Egyptiens  et  les 
Liby^ensKR  Asie  (5).  Il  est  donc  évident  qu'il  entendait  par 
.Asie  la  partie  méridionale  et  orientale  du  monde  alors 
connu,  et  qu'il  appliquait  le  nom  A'Europe  à  l'autre  moitié, 
septentrionale  et  occidentale.  Hippocrate,  comme  Homère 
et  tant  d'autres  anciecs,  ne  distinguaient  que  (/ew.r  parties 
du  monde;  il  les  oppose  constamment  l'une  à  l'autre, 
comme  le  froid  au  chaud,  la  sécheresse  à  l'humidité,  la 
stérilité  à  la  fertilité.  Ce  point  de  vue  étant  «ne  fois  bien 
saisi,  on  entend  Hippocrate  sans  difficulté;  on  voit  com- 
inent  il  a  pu  dire  que  l'Asie  ,  en  général ,  jouit  d'un  climat 
plus  doux  que  l'Europe,  et  que  tout  y  vient  plus  beau  et 
plus  grand  (5);  on  aperçoit  aussi  d'un  coup  d'œil  tout  ce 
-qu'il  y  a  de  vague  et  d'arbitraire  dans  les  applications  que 
"  lf!S  physiologistes  ont  faites  d'un  livre  dont  ils  méconnais- 
saient la  thèse  la  plus  essentielle. 

■  Nedisonsdoncpointque  les  Asiatiques,  en  général, sont 
des  peuples  efféminés  et  voluptueux;  disons  que  tel  est  le 
caractère  de  quelques  nations  de  l'Asie  méridionale;  mais 
excluons  de  ce  nombre  l'Arabe  vagabond  et  le  frugal 
Druse,  ie  féroce  Malais  et  les  tribus  indomptables  des 
Narattes. 

"  Nous  conviendrons  pourtant  que  les  peuples  de  l'Asie 
doivent  à  quelques  circoBSiances  géographiques  des  idéesi 
politiques  et  morales  très- différentes  de  celles  qui  régnent 

■  C>)  DeAcr.  aqu.  Im.  5  H9  -'')  /W-  S  7G.  — '.»)  Ihid.  <  -■>,  73. 


4o  LIVBE    CEMT    VINGT-DNIÈME. 

en  Europe.  La  vie  nomade  et  patriaicale  est  prescrite  par  la 
nature  elle-même  à  beaucoup  de  nations  asiatiques  j  le 
pouvoir  illimite  du  père  de  famille  devient  donc  nécessaire- 
ment le  type  du  pouvoir  des  monarques.  L'absence  des 
grandes  villes,  peuple'es  d'une  bourgeoisie  industrieuse, 
empêche  qu'il  ne  naisse  chez  ces  nations  aucune  idée  de 
pacte  social  ni  de  liherté  politique.  Dans  d'auties  régions 
de  l'Asie,  la  fertilité  uniforme  du  sol  et  la  douceur  con- 
stante du  climat,  en  récompensant  trop  rapidement  le  plus 
léger  travail ,  a  étouffé  presque  dès  sa  naissance  l'énergie  de 
l'esprit  humain,  qui ,  pour  ne  pas  se  ralentir,  a  besoin  d'être 
stimulée  par  le  besoin  et  les  obstacles.  L'une  et  l'autre  ma- 
nière de  vivre  entraînent  l'âme  et  le  corps  vers  une  paresse 
qui,  devenue  héréditaire,  semble  annoncer  chez  les  races 
asiatiques  une  infériorité  générale  d'activité  et  de  courage. 
Cette  lenteur  d'esprit,  en  perpétuant  quelques  maximes 
vertueuses,  pacifiques  et  hospitalières,  éternise  aussi  l'em- 
pire des  religions  superstitieuses,  sous  le  joug  desquelles 
on  voit  languir  surtout  l'Asie  orientale  et  centrale;  tandis 
que  le  christianisme  grec  pénètre  lentement  par  le  nord , 
et  que  le  mahométisme  reste  encore  debout  dans  les  ré- 
gions occidentales.  Maintenue  par  le  même  esprit  de 
routine  dans  toute  l'Asie,  le  Japon  seul  excepté,  la  po- 
lygamie avilit  les  liens  de  famille,  et  désenchante  la  vie  en 
privant  le  beau  sexe  de  considération  et  d'inlluence,  en 
même  temps  que,  contraire  aux  lois  de  la  nature  ('),  elle 
fait  décroître  la  population  et  dégénérer  les  races. 

■  Cette  immobihté  du  caractère  même  n'est  pas  un  phé- 
nomène parllcuber  à  l'Asie;  partout  où  la  nature  est  plus 
puissante  que  l'industrie,  soit  en  bien ,  soit  en  mal ,  l'homme 
reçoit  du  climat  une  impulsion  invariable  et  irrésistible.  Le 
pasteur  des  Alpes,  le  pêcheur  de  l'Archipel,  le  nomade 

(0  Comp.  »ol.  11.  p»g.  Gi7  e(  65i.  .    ,, ,  ,, 


ASIE  :  Généralités.  ^i 

Lapon,  l'agriculteur  de  Sicile,  ont-ils  changé  de  caractère f 
Seulement  en  Asie,  les  nations  occupant  plus  d  étendue,  les 
phénomènes  de  civilisation  et  de  bnrbarie  frappent  davan- 
tage nos  regards. 

»  Cette  même  circonstance  nous  aide  à  expliquer  pour- 
quoi les  grands  empires  sont  plus  communs  en  Asie  qu'en 
Europe.  Il  ne  suffit  pas  de  dire  que  les  grandes  plaines  dont 
l'Asie  est  parsemée  ouvrent  aux  conquérans  une  carrièi'e 
plus  faciiej  cela  n'est  vrai  que  pour  les  parties  centrales; 
mais  combien  de  montagnes  inaccessibles,  combien  de  lar- 
ges fleuves  et  de  déserta  immenses,  n'offrent  pas  à  d'autres 
nations  asiatiques  des  boulevards  naturels  et  des  barrières 
éternelles!  Dès  qu'une  nation  asiatique  n  voulu  profiter  de 
ses  locahtés,  elle  s'est  montrée  aussi  difficile  à  conquérir 
que  les  peuples  européens.  Les  Druses,  les  Kourdes,  les 
Marattes  n'en  sont  pas  les  seuls  exemples;  nous  pouvons 
en  citer  un  plus  illustre  :  la  chaîne  des  monts  de  l'Assyrie, 
au  nord'CSt  de  Babylone,  franchie  sans  dithculté  par 
Alexandre ,  devint  pour  l'empire  des  Parthes  un  boulevard 
devantlequel  échouèrent  les  légions  de  ïrajan  lui-même. 
Les  grandes  conquêtes  en  Asie  ont  une  autre  cause;  c'est, 
comme  nous  venons  de  le  dire ,  la  grande  extension  de  la 
même  nation.  Les  capitales  de  l'Hinduustan,  de  laClûne 
ou  de  la  Perse,  s'étant  rendues  à  un  conquérant,  Tim- 
mense  multitude  de  tribus,  liées  par  l'usage  d'une  langue 
commune,  se  soumet  machinalement  au  même  joug.  Ces 
grands  empires  une  fois  établis,  leur  succession  devient 
presque  interminable  par  des  raisons  purement  murales 
cl  politiques.  Les  nations  de  l'Asie,  trop  nombreuses  et 
trop  disséminées,  ne  connaissent  point  le  ressort  du  vé- 
ritable patriotisme  ;  elles  ne  fournissent  à  leurs  chef» 
que  des  troupes  sans  zèle  et  sans  énergie;  elles  changent 
(le  maître  sans  regret  et  sans  secousse  prolongée.  J^es 
•ouverains  asiatiques,  enfermés  dans  leurs  sérails,  n'oppo- 


l\-î  LIVRE    CENT    VI>GT-UmÈME. 

sent  qu'un  vain  faste  à  l'audace  des  conquéraiis  :  ceux-ci, 
à  peine  assis  sur  le  trône,  se  plongent  bientôt  dans  la 
niênie  mollesse  qui  avait  causé  la  chute  de  leurs  prédé- 
cesseurs. L'organisation  des  armées,  composées  en  très- 
grande  partie  de  cavalerie ,  et  le  manque  de  places  fortes, 
ouvrent  le  champ  à  des  invasions  subites.  Tout  concourt 
à  rendre  fucile  la  conquête  totale  de  ces  vastes  empires 
de  l'Orient. 

<<  Mais  cet  état  de  choses  est  si  peu  fondé  sur  la  géogra- 
phie physique  de  l'Asie,  que  nous  voyons  aujourd'hui 
l'Inde  divisée  en  plus  de  cent  souverainetés,  la  Perse  dé- 
membrée en  partie,  et  la  Turquie  d'Asie  prête  à  se  dissou- 
dre, Lhistoire  ancienne  nous  montre  toutes  les  régions  de 
l'Asie  originairement  partagées  en  beaucoup  de  petits 
royaumes,  dans  lesquels  la  volonté  du  monarque  trouvait 
des  bornes  dans  les  droits  de  la  nation  :  l'Asie  a  même  vu 
naître  plusieurs  républiques.  La  résistance  qu'opposèrent 
Tyr  et  Jérusalem  aux  conquérans  du  monde,  n'était  pas  due, 
quoi  qu'en  dise  Montesquieu  (i),  à  Xhérdisme  de  la  servi- 
tude. Les  Persans  de  Cyrus  n'étaient  pas  des  esclaves,  les 
Scythes  parlèrent  au  vainqueur  de  Darius  le  langage 
d'hommes  libres. 

•  L'étonnante  rapidité  des  révolutions  politiques  en  Asie 
tient  réellement  à  un  fait  dépendant  de  la  géographie  phy- 
sique. ■  Dans  cette  partie  du  nmnde,  dît  Montesquieu  W, 
"  les  nations  sont  opposées  aux  nations  du  fort  au  faible; 

■  des  peuples  guerriers,  braves  et  actifs,  touchent  immé- 
•  diatement  des  peuples  efféminés,  paresseux,  timides;  il 

■  faut  donc  que  l'un  soit  conquis,  et  que  l'autre  soit  con- 
"  quérani  :  voilà  la  raison  principale  de  la  liberté  de  l'Eu- 

■  rope  et  de  l'esclavage  de  l'Asie,  ■  11  faut  combiner  cette 
remarque  juste  et  profonde  avec  une  autre  vérité ,  prouvée 

(')  tsprit  lies  Lois.— (')  /iirf.  .  liv.  WU  .  di.  „i.  wu«tti.'Up» 


► 


ASIE  ;   Généralttés .  43 

par  la  géographie  physique,  savoir,  que  l'Asie  n'a  point  de 
zone  tempérée ,  point  de  milieu  entre  les  <  liinats  très-froids 
et  très-chauds.  Les  peuples  esclaves  habitent  la  zone 
chaude;  les  peuples  conquérans,  les  régions  élevées  et 
froides.  Ces  peuples  sont  les  Tatares,  les  Afghans,  le» 
Mongols,  les  Mandchoux  et  aulres,  compris  vulgaire- 
rnenC  sous  le  nom  de  Tatares  chez  les  modernes ,  et 
sous  celui  de  ScjiAes  d'Asie  chez  les  anciens.  C'est  ici  une 
tout  autre  nature  physique  et  morale  :  le  courage  anime 
leurs  corps  forts  et  nerveux;  le  bon  sens  est  attaché  à  leurs 
fibres  gi'ossières;  point  de  sciences,  debeajx-arts,  de  luxe; 
des  vertus  sauvages,  une  morale  brute,  à  la  vérité,  mais 
profondément  gravée  dans  les  cœurs;  de  l'iiospitalité  envers 
l'étranger,  de  la  loyauté  envers  l'ennemi,  une  (idélité  à  toute 
épreuve  envers  leur  nation  et  leurs  amis;  à  cùté  de  ces 
bonnes  qualités,  l'amour  de  la  guerre,  ou  plutôt  du  pillage, 
de  la  vie  nomade  et  de  l'anarchie.  Tels  étaient  les  Scythes, 
tels  sont  les  Tatares.  Ils  bravèrent  la  puissance  de  Darius; 
ils  donnèrent  une  grande  et  sublime  leçon  à  Alexandre-le- 
Grand  j  ils  entendirent  le  bruit  des  armes  victorieuses  de 
Rome,  mais  ils  n'en  sentirent  pas  le  poids,  plus  de  vingt 
fois  ils  ont  conquis  l'Asie  et  l'Europe  orientale; ils  ont  fondé 
de&Etats  en  Perse,  dans  l'Inde,  en  Chine,  en  Russie.  Les  em- 
pires de  Tamerlan  et  de  Tchinghz-Khan  embrassaient  la 
moitié  de  l'ancien  continent.  Cette  vaste  pépinière  des  na- 
tions semble  aujourd'hui  épuisée,  il  ne  reste  que  très-peu  de 
Tatares  formellement  indépendans,  mais  ils  sont  les  maîtres 
de  la  Chine,  et  plutôt  les  alliés  ou  les  vassaus  que  les  sujets 
de  la  Russie. 

Nous  remarquerons  ici  les  limites  des  deux  zones  dans 
lesquelles  l'Asie  est  partagée,  par  rapport  à  son  climat  et 
à  ses  productions.  Si  l'on  tire  une  ligne  le  long  du  Caucase, 
autour  des  bords  méridionaux  de  la  mer  Caspienne  ,  le  long 
des  montagnes  qui  bornent  en  partie  la  Perse  vers  Cache- 


44  LIVRE   CENT   vmGT-CNlÈME. 

mire ,  à  travers  le  Tibet  j  ensuite ,  en  tournant  au  nord-est , 
à  travers  les  parties  septentrionales  jusqu'au  nord  de  la 
Corée,  alors  on  aura  à  peu  près  tracé  la  limite  entre  les 
climats  chauds  et  froids  de  l'Asie.  Il  est  naturel  que  les 
frontières  de  l'une  et  l'autre  zone  se  confondent  quelque- 
fois. C'est  aussi  sur  les  frontières  que  se  trouvent  quelquefois 
des  climats  semblables  à  ceux  de  l'Europe,  surtout  dans 
l'Asie  occidentale.  Généralement  parlant,  la  limite  indi- 
quée marque  le  passage  rapide  du  froid  à  la  chaleur.  Le 
rii  et  le  maïs  servent  d'aliment  aux  nations  méridionales; 
le  millet  et  l'orge  à  celles  de  la  zone  froide;  sur  la  limite 
on  trouve  des  pays  à  froment.  La  nature  offre  aux  régions 
méridionales  des  fruits  déUcieux,  et  en  partie  des  aromates 
piquans  ;  les  contrées  septentrionales  sont  privées  même 
des  productions  des  vergers  de  l'Europe  boréale.  La  région 
où  habitent  les  rennes  marque,  dans  le  nord  et  le  nord- 
est  (i) ,  le  vaste  espace  qui  est  et  qui  sera  long-temps  inac- 
cessible à  toute  culture.  Les  Tatares,  les  Mongols,  et  en 
partie  les  Persans,  doivent  au  grand  nombre  de  chevaux 
qu'ils  possèdent  leur  goût  pour  les  courses,  le  brigandage 
et  la  guerre.  Dans  tout  l'Occident,  le  chameau  sert  à  multi- 
plier les  communications  commerciales  et  les  relations 
mutuelles  des  peuples.  L'éléphant,  utile  à  l'agriculture,  et 
jadis  si  redoutable  à  la  guerre,  a  influé  sur  l'antique  civili- 
sation de  rinde.  La  Chine,  privée  en  grande  partie  du 
secours  de  ces  divers  animaux,  y  a  suppléé  par  ces  millieis 
de  barques  dont  ses  rivières  sont  peuplées.  Le  défaut  de 
bois  de  construction  a  obligé  l'habitant  du  plateau  central 
et  du  nord  de  l'Asie  à  se  loger  dans  des  tentes  couvertes 
de  peaux  ou  d'étoffes,  les  unes  et  les  autres  provenant  de 
ses  troupeaux.  Une  nécessité  semblable  a  produit  le  même 
résultat  en  Arabie,  Au  contraire,  dans  l'Inde  et  d'auties 

fij  Voj«  noire  Vd,  ll.liv.XLV,  Oéogi-aphie  loohgique.  • 


Asir  1  Généralités.  ^5 

contrées  ricbes  en  bois,  mais  surtout  en  bois  de  palmiers, 
l'usage  des  maisonnettes  légères  a  ete  trouvé  aussi  con- 
forme à  la  paresse  des  indigènes  qu'à  la  douceur  du  climat. 
L'un  et  l'autre  genre  d'habitations  n'offrant  rien  de  stable, 
rien  de  solide ,  les  villes  d'Asie  disparaissent  comme  les 
empires  dont  elles  sont  les  centres  momentanés.  Ce  carac- 
tère général  des  habitations  asiatiques  exclut  nécessaire- 
ment le  goilt  des  meubles  précieux,  des  tableaux,  des 
statues j  ainsi,  les  beaux-arts  n'y  feront  jamais  de  grands 
progrès.  D'un  autre  côté ,  l'uniforme  influence  d'un  climat 
qui  détermine  impérieusement  les  genres  de  culture  et 
d'atimens  propres  à  cliaque  région ,  l'influence  non  moins 
irrésistible  des  religions  superstitieuses,  des  lois  despo- 
tiques et  des  mœurs  sei-viles,  bannissent  de  l'àme  de  l'Asia- 
tique ces  vives  et  libres  émotions  qui,  en  Europe,  exaltent 
un  cœur  ami  des  lettres  et  des  sciences.  Ainsi  les  diverses 
régions  de  l'Asie  offrent  partout  d'antiques  ébauches  d'une 
civilisation  à  laquelle  les  avantages  et  les  désavantages 
physiques  impriment  un  caractère  ineffaçable  j  mais  aussi 
partout  cette  civilisation  s'est  arrêtée  à  un  degré  bien 
inférieur  à  celui  qu'ont  atteint  les  peuples  de  l'Europe 
moderne,  u 

L'Asie,  comme  nous  l'avons  dit  ailleurs,  se  vante  d'avoir 
donné  à  l'Europe  ses  céréales  ainsi  que  la  plupart  de  ses 
plantes  potagères  et  de  ses  arbres  fruitiers.  Cette  assertion 
est  sans  doute  fort  exagérée;  mais,  si  l'on  doit  entendre 
par-là  que  la  culture  des  végétaux  les  plus  utiles  à  l'homme 
a  été  importée  de  l'Asie  en  Europe,  et  non  pas  les  végétaux 
eux-mêmes ,  on  ne  fera  qu'énoncer  une  opinion  très-pro- 
bable, fondée  sur  une  autre  opinion  qui  ne  l'est  pas  moins: 
c'est  que  l'Asie,  attendu  l'élévation  de  quelques  unes  de  ces 
régions ,  doit  avoir  été  le  plus  ancien  point  de  centre  de  la 
civilisation.  La  rhubarbe,  objet  d'un  grand  commerce ,  est 
originaire  de  cette  partie  du  monde  :  elle  croît  spontané. 


40  LIVRE    CENT    VINGT-DBlÈSIE. 

ment ,  çâ  et  là ,  au  milieu  des  déserts  du  plateau  central , 
ainsi  que  le  polystichum  harometz,  plante  singulière  que 
l'on  s  classée  parmi  les  fougères,  et  dont  la  tige,  couverte 
de  long»  poils,  et  la  racine  tortueuse,  prennent  sous  les 
ciseaux  des  formes  bizarres,  imitent  même  celle  d'un  ani- 
ma! ,  et  lui  ont  valu  le  surnom  d'agneau  de  Tatarie. 

La  région  septentrionale  offre  plusieurs  zones  de  végé- 
tation bien  différentes  :  près  des  sources  du  fleuve  Amour, 
le  chêne  et  le  noisetier  sont  faibles  et  languissans  ;  le  tilleul 
et  le  frêne  cessent  vers  l'Irtychei  le  sapin  ne  dépasse  pas 
le  60*  parallèle;  d'épaisses  forêts  de  bouleaux,  d'ormes, 
d'érables  et  de  peupliers  bordent  le  cours  des  fleuves.  Li; 
pin  cimbro  {^pinus  cimbra),  qui  couronne  en  Europe  la 
cime  des  monts,  s'élève  au  milieu  des  plaines  humides  de  la 
Sibérie,  où  il  atteint,  suivant  Gnielin,  une  taille  gigan- 
tesque ;  mais  il  n'étale  toute  sa  magnificence  que  sur  les 
terres  à  l'ouest  de  l'Ienisseï  :  à  lest  de  ce  fleuve  il  diminue 
de  grandeur,  et  vers  le  bord  de  la  Lena  il  ne  dépasse  guère 
la  taille  des  arbustes.  Le  peuplier  blanc  est  tellement  com- 
mun en  Sibérie  que  PuUas  s'étonnait  que  le  coton  qu'il 
porte  n'y  fût  pas  utilisé  ;  le  peuplier  haumier,  qui  dans  nos 
jardins  n'est  qu'un  arbrisseau,  élèi'e  majestueusement  sa 
tige  et  répand  dans  les  airs  les  molécules  odorantes  de  ses 
bourgeons  résineux.  La  Sibérie  ne  produit  ni  pommes  ni 
poires  :  les  fruits  insipides  du  poirier  sauvage  de  la  Daourie 
{pyrus  baceata)  et  du  poirier  à  feuilles  de  saule,  sont  di: 
la  grosseur  d'une  cerise;  l'abricot  du  même  pays  est  d'un 
goût  aigrelet.  Le  merisier  à  grappes  (  cerasusptuliis'),  qnî 
croît  dans  la  Sibérie  méridionale  jusqu'au  Kamtschatka, 
porte  un  petit  fruit  douceâtre;  celui  d'un  autre  arbre  (pru- 
nus fruticosa  ) ,  commun  dans  les  steppes,  sert  à  faire  une 
sorte  de  vin.  On  tire  aussi  des  baies  de  plusieurs  ronces  et 
de  diverses  airelles  une  boisson  agréable.  Un  grand  nombre 
de  plantes  ornées  de  (leurs  brillantes  sont  indigène»  de  la 


ASIE  :  Généralités.  4^ 

Sibérie:  le  muguet,  la  violette,  l'ellëbore  noir,  le  vératre 
blanc ,  l'iris  jaune-blanche  (  iris  ochroleuca  ) ,  l'îris  des  près 
(î>M  sibirica),  l'anémone,  la  potentille,  la  gentiane  des 
marais  et  l'élégant  astragale  des  montagnes  offrent  en  beau- 
coup d'endroits  l'assemblage  des  couleurs  les  plus  variées, 
ou  répandent  des  parfums  dont  le  mélange  rappelle  les 
contrées  les  plus  méridionales.  Le  joli  robinier  caragan , 
le  dapbné  altaïijue,  dont  les  rameaux  velus  portent  des 
fleurs  d'un  beau  blanc,  l'amandier  nain,  la  gentiane  altaï- 
que,  l'oeillet  superbe  (  dianthus  superbus^  que  l'on  cultive 
dans  nos  jardins ,  et  la  valériane  croissent  sur  les  flancs 
des  monts  Altaï,  tandis  qu'à  leurs  pieds  fleurissent  l'aster 
de  Sibérie  aux  fleurs  bordées  d'un  violet  pourpré ,  la  tulipe 
sauvage  et  le  rosier  à  feuilles  de  pimprenelle.  Sur  les  autres 
montagnes  on  trouve  la  gentiane  croisette  et  la  gentiane 
des  neiges  j  mais  c'est  en  Daourie  que  la  flore  sibérienne 
étale  ses  principales  richesses  :  les  monts  se  couvrent  de 
deux  espèces  de  rhododendrons,  l'un  à  fleurs  rouges  et 
l'autre  à  fleurs  jaunes,  d'églantiers,  de  spirées  à  feuilles  de 
millepertuis,  à  feuilles  crénelées,  à  feuilles  d'ormes,  à 
feuilles  lisses ,  à  feuilles  de  saule  et  à  feuilles  de  sorbier  ; 
dans  les  plaines  croissent  les  anémones  pulsatiles,  vingt 
espèces  de  potentilles  et  de  centaurées,  la  pivoine  offici- 
nale à  fleurs  d'un  beau  rouge,  la  pivoine  an  orna  e  dont  la 
racine  sert  de  nourriture,  la  pivoine  à  fleurs  blanches  dont 
la  graine  infusée  dans  l'eau  bouillante  donne  une  sorte  de 
tîère,  et  la  pivoine  à  feuilles  menues  ornce  de  fleurs  cou- 
leur de  pourpre. 

Ces  nombreux  végétaux  et  plusieurs  autres  encore  ne 
dépassent  point  les  limites  tie  la  Daourie;  ceux  qui  crois- 
sent dans  les  monts  Altaï  continuent  à  se  montrer  sur  les 
hauteurs  qui  bordent  l'Obi.  En  remontant  l'Irtycbe  on 
retrouve  quelques  plantes  des  régions  élevées  de  l'Europe; 
■  inais  dès  qu'on  passe  l'Ienisseï  la  végétation  devient  plus 


■^ 

H 


48  LIVRE    CEMT    VINGT-UKIÈME. 

pauvre,  et  enfin  au-delà  du  cercle  polaire  jusqu'au  bord  de 
l'océan  Glacial ,  aux  chétifs  arbrisseaux  succèdent  des 
mousses  et  des  lichens. 

Suivant  M.  Guillemin,  la  plupart  des  plantes  qui  carac- 
térisent la  Tégétation  du  nord  de  l'Asie  appartiennent  aux 
familles  des  crucifères,  des  cypéracées,  des  gentianées,  des 
graminées,  des  légumineuses ,  des  ombelUjeres,  des  renan- 
culacées,  des  rosacées  et  des  synanihérées.  Le  genre  spirœa 
est  presque  entièrement  indigène  de  la  Sibérie  ;  il  en  est 
de  même  du  genre  astrsigalus. 

La  végétation  de  la  Mantchourie,  de  la  Corée  et  du 
nord  de  la  Chine,  diffère  essentiellement  de  celle  de  la 
Sibérie  et  du  plateau  central.  De  magnifiques  forets  bor- 
dent le  fleuve  Amour;  au  pied  des  montagnes  qui  limitent 
ces  contrées  au  sud ,  croissent  le  mûrier,  l'abricotier  et  le 
pêcher;  leurs  flancs  sont  garnis  des  mêmes  arbres  qui 
peuplent  les  forêts  de  l'Europe  centrale  ;  les  pins  couron- 
nent leurs  sommets;  les  plaines  basses  se  couvrent  de 
rosiers,  de  lis  et  de  muguets;  les  bords  des  ruisseaux  sont 
garnis  de  saules,  d'érables  et  de  bouleaux;  la  lisière  des 
grands  bois  est  ornée  de  pommiers,  d'azeroliers  et  de 
massifs  de  noisetiers.  Les  mêmes  plantes  se  présentent  dans 
la  Corée  accompagnées  de  citronniers  et  d'orangers  ;  sur 
les  montagnes  croissent  le  ginseng  à  cinq  feuilles  {panax 
quinquefolium) ,  dont  la  racine  est  considérée  par  les  Chi- 
nois comme  un  précieux  analeptique  et  comme  un  excel- 
lent aphrodisiaque,  et  le  panic  millet,  dont  on  obtient 
par  la  fermentation  une  liqueur  enivrante,  et  dont  la 
graine,  réduite  en  poudre,  fournit  au  peuple  son  principal 
aliment. 

La  flore  japonaise,  malgré  la  présence  de  plusieurs 
végétaux  de  l'Inde ,  tels  que  les  genres  amoninm  canna , 
earissa,  dioscorea  laurus ,  etc.,  présente  une  singulière 
analogie  avec  la  flore  européenne  :  on  y  rencontre  des 


ASIE  :  Généralités.  49 

allîum,  des  campa/ml/a,  descarex,  des  euphorbia,  des  in'*, 
des  veronica,  etc.  Les  principales  espèces  pai'ticulières  au 
Japon  sont  le  rhus  vernix,  célèbre  par  le  vernis  qui  en 
découle,  le  lilium  japonicum,  le  sophara  japonica  et  le 
spirœa  japonica ,  toutes  célèbres  comme  ornemens  de  nos 
jardins. 

La  région  méridionale  de  l'Asie  offre  deux  zones  de 
végétation  importantes.  La  seule  flore  chinoise,  si  elle  était 
plus  connue,  pourrait  être  l'objet  d'une  longue  descrip- 
tion. Un  arbre  à  cire,  qui  n'est  pas  cependont  le  myrica 
cerifera,  et  l'arbre  à  suif  (^croton  sebiferum')  offrent  à 
l'industrie  une  matière  recherchée  pour  l'éclairage  ;  le  sumac 
vernis ,  le  mûrier  blanc  et  le  mûrier  à  papier,  le  camphrier 
(  laurus  camphora),  le  camelUer  à  feuilles  étroites  (^cameUia 
sasanqua),  donc  la  feuille  fournit  par  la  décoction  un 
parfum  recherché  pour  la  toilette  des  Chinoises,  et  dont  la 
graine  donne  une  très-bonne  huile ,  le  jujubier,  le  cannel- 
lier,  la  pivoine  en  arbre  {^pœonia  moutan  ) ,  à  laquelle  sa 
beauté  a  fait  donner  par  les  Chinois  le  surnom  de  reine  des 
fleurs;  V hortensia,  qui  fut  long-temps  l'une  de  nos  princi- 
pales plantes  d'agrément  ;  le  magnifique  aster,  connu  sous 
le  nom  de  reine  Marguerite;  la  jolie  primevère,  introduite 
depuis  peu  dans  les  jardins  de  l'Europe  sous  celui  de 
primula  sinensis;  la  magnifique  légumineuse  à  Heur  couleur 
de  lilas  que  l'on  cultive  dans  nos  parterres  et  que  l'on  ap- 
pelle ^^««e*(ne/MÛ;plusieurs  espèces  de  magnollers,  entre 
autres  le  pourpre  et  le  yulan ,  recherchés  comme  ornemens 
Aes'yaLtA\'a&,\keme}'ocallis japonica,  qui  ressemble  au  lis  par 
la  forme  et  le  surpasse  en  beauté;  enfin  un  grand  nombre 
de  rosiers,  le  thé  [thca  viriiiis)  et  ses  diverses  variétés, 
■ont  les  principaux  végétaux  de  la  Chine  sous  le  rapport 
de  l'élégance  et  de  l'utilité.  Nous  ne  devons  point  oublier, 
parmi  ceux  qui  constituent  une  branche  importante 
de  commerce,  XiUininm  anisetum,  qui  fournit  l'anis  étoile 
VIII.  4 


5o  LIVRE    CENT    VINGT-DHIÈME. 

que  l'on  emploie  dans  la  préparation  de  la  liqueur  appelle 
anisntte. 

Dans  la  presqu'île  de  Maiacca,  des  forêts  où  croissent 
l'aloès,  le  bois  de  santal,  la  casse  odorante  [cassia  odo- 
rata  )  et  plusieurs  autres  arbres  précieux,  conservent  toute 
l'année  leur  brillante  verdure;  tandis  que  dans  les  plaines 
et  les  vallées  l'air  est  embaumé  par  les  exhalaisons  d'une 
Innombrable  quantité  de  fleurs.  Le  teck ,  arbre  dont  le  bois 
dur  et  presque  inaltérable  est  si  utile  dans  les  construc- 
tions ,  et  dont  les  fleurs  passent  pour  un  bon  remède  contre 
l'hydropisie ,  fait  l'ornement  des  forêts  de  la  Cochincbine, 
de  la  presqu'île  de  Maiacca  et  des  bords  du  Gange.  Le 
plaqueminier  bois  d'ébène  [diospyros  eberium),  est  indi- 
gène de  la  Cochincbine  ;  dans  toute  l'Indo-Chine ,  le  bana- 
nier, l'aloès,  le  calaba  qui  fournît  la  résine  employée  en 
médecine  sous  le  nom  de  àaume- marie,  le  nauclée  d'orient, 
dont  te  bois,  d'un  beau  jaune,  est  employé  à  faire  des 
meubles,  rivalisent  en  élévatiou  et  en  l>eauté. 

Dans  l'Hindoustan,  le  bambou  qui  forme  d'épaisses  forêts , 
s'élève  quelquefois  à  60  pieds  de  hauteur  et  produit  un  suc 
utilisé  en  médecine  j  l'indigo  croît  spontanément  dans  le 
Goudjérate,  Le  cocotier  doit  être  rite  parmi  les  arbres  les 
plus  précieux  de  l'Inde;  outre  l'aliment  et  la  boisson  que 
fournit  la  noix  de  coco ,  le  brou  filamenteux  qui  l'entoure 
sert  à  calfater  les  navires  et  à  faire  des  cordages.  Le  figuier 
des  pagodes  (ficus  religiosa),  dont  le  tronc  atteint  10  à 
i5  pieds  de  circonférence,  est  en  vénération  chez  les  Hin- 
dous, parce  qu'ils  croient  que  Vichnou  est  né  sous  son 
ombrage;  le  figuier  des  Indes  (Jicus  indica),  dont  les  im- 
menses rameaux  retombant  à  terre  y  poussent  de  nouvelles 
racines ,  et  forment  dune  seule  tige  une  vaste  forêt ,  excite 
l'admiration  des  voyageurs.  Nous  devons  encore  citer  plu- 
sieurs végétaux  bien  connus  :  le  balisier,  le  gingembre,  le 
cardamome  et  le  curcuma.  Le  poivre  noir  (piper  lugnim  ) 


ASIE  :   Généralités,  5 1 

«t  le  bétel  [piper  bétel  )  croissent  sur  la  côte  de  Malabar. 
ÏjB  laurus  campkora  qui  donne  le  camphre,  et  le  laurus 
einnamomum  qui  fournit  la  cannelle,  peuplent  les  forêts 
de  l'île  de  Ceyian.  L'Inde  possède  dans  la  famille  des  légu- 
mineuses un  grand  nombre  de  plantes  utilisées  dans  la 
pharmacie  et  dans  les  arts  :  telles  sont  le  tamarinier  (  tama- 
rindus  indica),  dont  le  finit  est  purgatif;  fe  moringa  olel- 
^™,  qui  fournit  l'huile  de  ben;  plusieurs  espèces  de  casses, 
enâii  le  cœsalpinia  sappan,  qui  donne  une  teinture  qui 
nvalise  avec  celle  du  bois  de  Brésil.  A  côté  de  ces  végétaux 
remarquables,  l'Inde  voit  croître  la  plupart  des  arbres 
fruitiers  de  l'Europe.  Ceux  qui  peuplent  les  forêts  ap- 
partiennent principalement  aux  genres  avicennia ,  œgi- 
ceras,  rhizopkora.  Près  des  habitations,  les  habitans  de 
J'Inde  cultivent  pour  leurs  fruits  les  mangifera ,  les  eugema , 
\t&  elate  et  les  arlocarpus  et  le  mangouste  (garcirua  maa- 
gostana  )  qui  donne  le  fruit  le  plus  délicieux.  Nos  serres  se 
sont  enrichies  du  daphne  indica ,  dont  l'odeur  est  si  suave , 
et  nos  parcs  doivent  leur  plus  bel  ornement  au  beau  m-AV- 
laoniev  [œsciLÎus  hippocastaniim)  si  répandu  aujoui-d'hui , 
et  qui  croît  naturellement  dans  l'État  du  Neypâl. 

Quoique  la  Perse  ait  perdu  presque  toutes  ses  antiques 
forêts,  la  végétation  y  offre  encore  de  grandes  richesses  ; 
celle  de  sa  région  méridionale  et  maritime  se  couvre  d'une 
partie  des  plantes  de  llIindousCan  :  les  vallées  de  Schiraz 
sont  garnies  de  platanes ,  d'azeroliers ,  de  saules  pleureurs 
et  de  peupliers  d'une  hauteur  extraordinaire;  à  l'ombre 
de  ces  arbres ,  l'anémone  étale  ses  teintes  d'écarlate  et  de 
'bleu;  le  jasmin,  ses  Heurs  d'une  éclatante  blancheur;  tes 
'  tulipes  et  les  renoncules,  leurs  couleurs  variées.  Au  nord- 
est  les  montagnes  sont  ombragées  de  lauriers,  de  buis  et 
de  térébinthes. 

Les  plaines  élevées  de  la  Perse  et  de  la  Tatarie  produi- 
sent une  foule  de  plantes  salines.  Vers  les  bords  de  la  mer 


5a  LIVRE    CENT    VIKGT-UNIÈME. 

Caspienne  et  de  la  Méditerranée  la  végétation  prend  une 
■physionomie  européenne,  et  les  forêts  reprennent  leur 
vigueiir;  en  grimpant  à  travers  des  bosquets  d'églantiers 
et  de  chèvrefeuilles  sur  les  flancs  inégaux  des  collines,  on 
est  bientôt  entouré  d'acacias,  de  chênes,  de  tilleuls  et  de 
châtaigniers;  au-dessus  d'eux,  les  sommets  se  couronnent 
de  cèdres ,  de  cyprès-  et  d'autres  arbres  verts  ;  le  frêne  pro- 
duit la  manne,  et  le  sumac  croît  en  abondance.  L'indigo- 
tier à  feuilles  argentées  (  indigofera  argentea  )  croît  sans 
art  siu'  les  bords  du  Jourdain;  sur  ceux  de  l'Oronte 
J'olivier  s'élève  à  la  hauteur  des  hêtres;  le  mûrier  blanc 
fait  la  richesse  du  pays  des  Druses.  Dans  les  plaines  qui 
entourent  le  Liban  on  trouve  réunis  tous  les  fruits  de 
l'Europe. 

L'Arabie  ofïre  eRcore  une  autre  nuance  de  végétation; 
les  palmiers  ombragent  de  nombreuses  oasis;  les  plaines 
sablonneuses  produisent  les  mêmes  plantes  salines  que 
l'Afrique  septentrionale ,  mais  les  côtes  de  la  mer  présentent 
un  aspect  plus  riche  et  plus  varié.  Les  ruisseaux  qui  des- 
cendent des  montagnes  entretiennent  sur  leurs  bords  une 
verdure  agréable;  un  grand  nombre  de  plantes  de  l'Inde 
et  de  la  Perse  y  sont  indigènes  :  tels  sont  le  tamarinier,  le 
coioiiniei',  le  bananier,  la  canne  à  sucre  et  diverses  espèces 
de  melons  et  de  courges.  Mais  l'Arabie  heureuse  se  glorifie 
de  deux  arbres  précieux  :  le  cafeyer  (  coffœa  arabica'^  et 
le  baumier  (  ainyris  &pobalsamum  ).  Dans  les  terrains  sa- 
blonneux on  voit  croître  spontanément  le  palmier  éventait 
(^  corypha  iimbraculifera'),  arbre  commun  dans  les  Indes 
orientales,  et  le  mimosa  nilotica,  qui  fournit  la  gomme 
arabique  et  qui  se  trouve  en  abondance  sur  le  sol  africain. 
Ainsi,  sous  le  rapport  de  la  végétation,  l'Arabie  se  lie  à 
l'Afrique  et  à  l'Asie  orientales. 

Pour  rendre  plus  complète  cette  esquisse  de  la  végéta- 
tion, nous  devons  dire  que  le  riz,  originaire  de  l'Inde, 


I 


ASIE  :  Généralités.  53 

esL  le  principal  ulinient  des  peuples  de  l'Asie  méridionale; 
que  le  millet  et  l'orge  sont  la  nourriture  de  ceux  de  la  zone 
septentrionale ,  et  que  ce  n'est  que  sur  la  limite  des  régions 
que  l'on  trouve  les  pays  de  froment. 

Le  règne  animal  est  tellement  riche  eu  Asie,  qu'il  est 
indispensable  d'en  donner  une  idée.  Sur  les  côtes  méri- 
dionales les  zoophftes  brillent  des  plus  vives  couleurs  : 
ici  ce  sont  des  coralinées  roses,  vertes,  jaunes,  bleues,  ou 
d'une  teinte  pourprée;  là  des  gorgones  étalent  leurs  rami- 
fications en  forme  d'éventail  k  côté  des  rameaux  violets 
de  l'alcyon  plexaurée;  plus  loin,  la  marée  en  se  retirant 
laisse  sur  le  rivage  une  foule  d'actinies  que  leurs  couleurs 
variées  ont  tait  nommer  anémones  de  mer,  et  qui  donnent 
à  la  plage  l'aspect  d'un  brillant  parterre  de  fleurs:  l'holo- 
thurie trépan  est  recherchée  à  la  Chine  comme  aliment 
aphrodisiaque. 

Les  mei'S  qui  baignent  le  continent  indien  nourrissenl 
les  mollusques  conchifères  les  plus  remarquables  par  l'élé- 
gance de  leurs  formes  et  la  richesse  de  leurs  couleurs:  tels 
sont  parmi  les  bivalves  la  donace  à  réseau;  la  cythérée 
dont  les  Chinois  et  les  Japonais  se  servent  dans  leurs  jeux; 
celle  que  l'on  a  surnommée  impudique;  la  belle  cythérée 
pourprée  et  celle  qui  sous  le  nom  spécifique  de  cedo-iudli 
fait  l'ornement  des  collections;  la  jolie  venus  levantine; 
l'élégante  buccarde  cœur-de-vénus;  l'arche  bistournée,le 
tridacne  gigantesque,  dont  les  deux  valves  qui  servent  de 
bénitiers  dans  l'église  de  Saînt-Suipice  à  Paris  ne  donnent 
qu'une  faible  idée  de  la  taille  de  cette  coquille;  la  pinta- 
dine,  qui  fournit  les  plus  belles  perles  fines  et  la  nacre  em- 
ployée dans  les  arts;  ta  précieuse  houlette;  le  peigne  man- 
teau-ducal; les  plus  belles  espèces  du  genre  spondyle, 
l'huître  rayonnée  de  8  à  9  pouces  de  diamètre;  la  pla- 
cune  vitrée  que  les  Chinois  emploient  comme  vitre.  Au 
nombre  des  univalves  nous  citerons  l'ombrelle  de  l'Inde; 


54  LIVKE    CKHT    VINGT-DMIÈME. 

Ja  jolie  espèce  appelée  bulle  fasciée;  l'anostonie  déprimée; 
la  jolie  stomatelle  rouge;  la  scalaire  surnommée  précieuse; 
les  espèces  de  troque  les  plus  recherchées;  le  monodonte 
connu  sous  le  nom  de  pagode  ou  de  toit-chinois;  le 
beau  turbo  marbré  et  celui  qui  doit  à  son  intérieur  d'un 
jaune  éclatant  le  surnom  de  bouche  d'or;  la  fasciolaire 
orangée  remarquable  par  sa  coloration;  le  rocher  tète  de 
bécassine;  le  grand  triton  émaillé,  qui  atteint  quelquefois 
i6  pouces  de  longueur;  le  rostellaire  bec-droit;  le  pté- 
rocère  araignée;  l'éclatant  casque  rouge;  la  belle  harpe 
ventrue ,  dont  les  côtes  pourprées  se  détachent  sur  un  fond 
lilas;  la  mitre  papale,  la  plus  grande  et  la  plus  belle  de 
son  genre;  la  volute  impériale,  non  moins  rare;  la  belle 
porcelaine  argus  ;  enfin ,  la  précieux  cône  appelé  cedo- 
nulli. 

Si  ces  mollusques  méritent  d'être  cités,  quelques  uns 
uomme  servant  à  la  nourriture  de  l'homme,  d'autres 
comme  objets  de  luxe  ou  comme  utiles  dans  nos  arts,  nous 
ne  devons  point  oublier  parmi  ceux  qui,  dépourvus  de  co- 
quilles, habitent  les  mers  de  l'Asie,  la  sèche  tuberculeuse, 
si  importante  pour  les  Chinois,  qui  fabriquent,  avec  la 
matière  colorante  qu'elle  sécrète,  la  substance  connue  sous 
le  nom  d'encre  de  la  Chine. 

Une  grande  variété  de  zoophytes,  tels  que  les  polypiers 
pierreux,  les  polypiers  corallîgènes,  les  holothuries  et  les 
actinozoaires ,  gai'nissent  les  côtes  de  l'Asie  méridionale  et 
orientale,  ainsi  que  celles  des  îles  qui  en  dépendent. 

Les  crustacés  des  mers  méridionales  de  l' Vsie  sont  les 
squilles  ou  mantes  de  mer,  animaux  armés  de  longues 
arête.s  et  d'épines,  et  dont  la  chair  sert  communément  de 
nourriture;  le  palémon  carcin,  espèce  comestible  ornée  de 
belles  couleurs  bleues.  Les  langoustes,  mouchetées  de 
blanc  sur  un  fond  bleu;  la  niaïa  à  crête  et  la  maïa  pipa, 
qui  pone  ses  œufs  sur  son  dos;  le  itiittule  vainqueur,  dont 


ASIE  :   Généralités.  55 

le  corps  Mil Dchâlre  est  parsemé  de  points  rouges,  et  le  crabe 
bronzé,  sont  les  plus  remarquables  des  ■animaux  de  cette 
classe. 

Parmi  les  poissons  des  mers  asiatiques,  se  trouvent  des 
squales  de  grande  taille,  deskalisles,  des  aleutères,  des 
chetodons,  des  labres  et  des  murenoplus.  Le  plus  célèbre 
des  poissons  d  eau  douce ,  celui  qui  fournît  une  uourriture 
abondante  et  délicate  est  le  gouramy.  Le  Gange  nourrit 
une  espèce  particulière  de  dauphins,  connue  de  Pline  sous 
le  nom  de  platynista. 

L'Asie  est  aussi  la  patrie  d'un  grand  nombre  de  reptiles 
remarquables  :  l'Euphrate  possède  une  tortue  particulière 
qui  offrirait  aux  habltans  de  la  Turquie  asiatique  un  ali- 
ment succulent,  si,  par  un  préjugé  religieux,  ils  ne  repous- 
saient sa  chair;  sur  la  cote  de  Curomandel  vit  la  plus 
grande  tortue  terrestre  que  l'on  connaisse,  c'est  celle  que 
l'on  a  surnooimée  la  tortue  indienne:  sa  carapace,  d'un 
brun  foncé,  a  plus  de  trois  pieds  de  longueur.  Le  Gange 
et  le  Brahmapoutre  sont  peuplés  d  une  innombrable  quan- 
tité de  crocodiles  vulgaires,  et  principalement  de  ceux  à 
long  bec,  qui  appartiennent  au  genre  gavial.  L'île  de  Ceylan 
passait  chez  les  anciens  pour  être  la  patrie  de  ce  serpent 
appelé  amphisbène,  dont  le  corps  desséclié  et  réduit  en 
poudre  fut  long-temps  regardé  comme  le  meilleur  spécl- 
£que  contre  les  fractures,  parce  que  l'on  prétendait  que, 

I lorsqu'on  coupait  ce  reptile  en  deux,  leurs  moitiés  se  réunis- 
saient, malgré  tous  les  efforts  pour  les  empêcher  de  le  faire; 
mais  aujourd'hui  le  nom  d'amphisbène  est  réservé  à  un 
genre  qui  liabite  l'Amérique.  Dans  les  marais  de  l'Asie 
jiiéridionale ,  Xhjdrophis  obscur  et  Vhydrophis  à  bandes 
bleues,  espèce  de  serpens  aquatiques,  dont  la  blessure  est 
dangereuse,  poursuivent  les  poissons  et  les  autres  habltans 
des  eaux.  C'est  au  Goromandel  et  au  Malabar  que  l'on 
trouve,  dans  les   bois  et  sur  tes  chenil  us,  ce  redoutable 


56  LIVBÉ    CEHT    VIHGT-UHIÈME. 

naja^  surnommé  la  -vipère  à  lunettes,  dont  la  morsure 
donne  en  quelques  instans  la  mort,  que  les  jongleurs  in- 
diens apprivoisent,  et  qu'ils  font  danser  au  son  de  la  flûte, 
avec  laquelle  ils  prétendent  le  charmer;  tandis  que  le 
peuple  réserve  à  ce  reptile  une  sorte  de  culte,  que  le  su- 
perstitieux Hindous  lui  porte  des  alimens  dans  les  lieux  qu'il 
fréquente ,  que  les  brahmines  le  conjurent,  et  font  de  sa  re- 
présentation le  principal  ornement  de  leurs  pagodes.  Les 
autres  reptiles  les  plus  répandus,  surtout  dans  les  régions 
méridionales ,  sont  les  crocodiles  bi-carénés ,  les  monstrueux 
pythons,  et  Voiilar^limpê  dont  la  pîqûi-e  donne  la  mort  avec 
des  douleurs  atroces. 

Le  gibbon,  l'un  des  plus  paisibles  singes,  habite  la  côte 
de  Coromandel  ;  le  doue ,  le  plus  remarquable  des  qua- 
drumanes par  les  vives  couleurs  de  son  pelage;  et  le  /V«- 
sitiite  masqué  par  la  longueur  de  son  nez  se  trouvent  à  la 
Cochincbine;  diverses  espèces  du  genre  ma caçwe  peuplent 
les  bords  du  Gange,  le  Bengale  et  l'île  de  Ceylan.  La  Si- 
bérie et  le  Tibet  sont  la  patrie  de  deux  ours  différens  de 
ceux  d'Europe;  dans  la  presqu'île  de  Malacca,  une  autre 
espèce  se  nourrit  de  miel ,  de  fruits  et  de  fourmis  blanches. 
C  est  dans  les  forets  qui  couronnent  les  montagnes  de  la 
Sibérie  que  se  réfugient  plusieurs  animaux  précieux  pour 
leur  fourrure  :  ces  martes,  ces  •  hermines ,  ces  renards  ar- 
gentés, et  cet  écureuil  samommé  petit-gris.  Les  Chinois 
font  avec  les  Russes  un  commerce  lucratif  de  la  dépouille 
des  loutres  du  Kamtschatka.  L'Arabie  et  la  Perse  nourris- 
sent un  /ion  au  pelage  isahelle.  Le  chacal  ne  chasse  que  de 
petits  animaux  ;  le  guépard,  animal  carnassier,  que  l'homme 
n'a  point  à  redouter,  habite  les  contrées  au  sud  du  bassin 
du  Gange;  tandis  que  l'audacieux  tigre,  la  panthère,  et  le 
léopard  tacheté  de  noir,  sont  la  terreur  de  toute  l'Asie  mé- 
ridionale. 

C'est  de  l'Inde  et  de  la  Perse  qu'à  la  faveur  des  navires 


ASIE  :  Généralités.  S-j 

marchands  le  sumiu/ot,  ou  le  gros  rat  gris,  émigra  au 
XVIII'  siècle  en  Europe,  où  il  a  presque  détruit  l'espèce 
indigène  noire.  C'est  dans  les  contrées  les  plus  méridionales 
de  l'Inde  que  Vit  le  plus  grand  et  le  plus  intelligent  des 
éléphans,  espèce  toute  différente  de  celle  d'Afrique,  et 
que  l'on  voit  ces  éléphans  albinos  si  recherchés  par  les 
princes  indiens.  Le  rhinocéros  qui  vit  au-delà  du  Gange  se 
distingue  de  celui  d'Afrique  par  son  nez,  armé  d'une  seule 
corne,  par  sa  taille  plus  grande  et  ses  formes  plus  massives. 
Les  deux  espèces  de  chameaux,  celle  à  une  et  celle  à  deux 
bosses,  paraissent  appartenir  plus  particulièrement  à  l'Asie 
qu'à  l'Afrique.  Le  chevrotain porte-musc,  célèbre  par  le  pro- 
duit odorant  qu'il  sécrète ,  dirige  ses  pas  timides  dans  les 
lieux  les  plus  solitaires  des  contrées  montueuses  de  l'Asie. 
Plusieurs  des  nombreuses  espèces  d'antilopes  sont  indigènes 
de  ce  continent.  L'Asie  nourrit  encore  différens  bœufs 
sauvages,  tels  que  le  zébu,  qui  habite  ses  contrées  les  plus 
chaudes^  Varni,  qui  se  tient  dans  les  hautes  montagnes  de 
IHindoustan  ;  \e  gour,  espèce  de  bœuf  qui  habite  par  trou- 
pes de  quinze  à  vingt  les  forêts  de  l'intérieur;  le  yack, 
qui  aime  à  se  vautrer  dans  la  fange,  et  dont  la  queue 
touffue  sert  d'étendard  aux  Orientaux.  L'espèce  de  mouton 
appelée  argali,  dont  la  corne,  suivant  Gmelin,  présenterait 
une  longueur  de  5  à  6  pieds  si  sa  courbure  était  dévelop- 
pée, et  dont  la  force  pourrait  résister  à  celle  de  dix  hom- 
mes, est  très-répandue  dans  les  steppes  de  la  Sibérie  et  de 
la  Tatarie.  La  chèvre ,  dont  le  poil  soyeux  donne  aux  châles 
de  Cachemire  une  souplesse  particulière,  habite  les  mon- 
"tagnes  du  Tibet.  On  connaît  encore,  suivant  M.  Lesson, 

I  -dans  les  plaines  de  ces  mêmes  montagnes,  six  espèces  de 
CBT^  observées  depuis  peu  d'années  j  telles  sont  Xhippélaphe 
dAriatote,  le  cerf  de  WalUch  et  celui  de   Dui-aucel;  des 

I  OMtiU^es  bleues  dont  les  cornes  ont  mis  eu  question ,  parmi 
les  auteurs  anglais,  l'existence  fabuleuse  de  la  limrne;  ie 


^1 


^ 


58  LIVHE    CENT    VINGT-UNIÈME. 

chitckara,  élégant  quadrupède,  qui  porte  quatre  cornes. 
Dans  les  forêts  dn  Bengale,  ou  trouve  aussi  ces  charrnaniî 
axis  mouchetés  de  blanc  qui  appartiennent  au  genre  Cert 
et  dont  la  femelle  ne  porte  point  de  bois;  dans  les  forêts 
d'Orissa,  ce jungligau ,  souche  des  bœufs  de  l'Inde,  comme 
ïurus  est  celle  des  bœufs  de  l'Europe;  dans  l'Inde,  au-delà 
du  Gange,  le  buj)2e  à  la  peau  noire  et  demi-nue,  qui  aime 
à  se  vautrer  sur  les  rivages  fangeux  de  la  mer  et  des  fleuves  ; 
et ,  dans  la  presqu'île  de  Malacca ,  le  tapir  bicolore  qui  rap- 
pelle lazoologie  américaine.  Enlin,  sur  les  bords  du  Gange, 
le  tigre,  rayé  de  noir,  se  tapit  au  milieu  des  roseaux  d'où 
il  guette  l'homme  pour  le  dévorer, 

L'Asie  nourrit  des  oiseaux  de  grande  taille  et  d'autres 
ornés  du  plumage  le  plus  riche  et  le  plus  varié.  Ce  sont  les 
gigantesques  vautours,  les  aigles  et  \es  faucons  ;  des  essaims 
de  perroquets  brillans  de  raille  couleurs;  des  ioris  au  plu- 
mage cramoisi;  \a perrucfte  -verte,  le  cacatoès,  d'un  blanc 
éclatant;  le  couroucou  aux  plumes  dorées;  le  drongo  aux 
plumes  d'azur,  et  le  calyptotnène  vert  qui  rellète  la  teinte 
de  lemeraude.  Dans  le  NeypAI  on  trouve  ces  faisans  si 
riches  en  couleurs  et  cespaons  magnifiques  que  nous  avons 
naturalisés  en  Europe.  La  presqu'île  de  Malacca  possède  ce 
beau  crfptonix  et  ce  magnifique  luen  dont  l'immense  queue 
est  semée  de  mille  yeux,  qui  l'ont  fait  surnommer  argus. 

Enfin  les  eniomologisies  savent  combien  sont  variés  les 
insectes  de  l'Asie  :  tous  ceux  qu'on  a  rapportés  de  ses  con- 
trées orientales,  et  particulièrement  de  la  Chine,  sont  dif- 
férens  de  ceux  de  l'Europe  et  de  l'Afrique  ;  une  partie  des 
papillons  que  Linné  désigne  sous  le  nom  de  troyens  sont 
propres  à  l'Hindoustan;  le  genre  antlUe  se  trouve  au  Ben- 
gale; la  Chine  méridionale  donne  naissance  au  papillon 
priamus  et  au  bombyx  atlas. 


ASIE  :  Généralités. 
TABLEAU 


i    DES    MOHTACHEa 


fVMea-iin-niro 

j    , . .  1 ,  .               I  Ulriktou  ou  Jlas-u 
«paJelAlU,, •,i.'&,V«l.l 


il^  Bokhda-oola 

Groupe  du  Thian-chan  ...  j  Le  volcan  appelé  Pi-chan 

(Poiot  culmioanL  des  monls  Bolor... 


(jroupe  de  l'Himalnja. 


fLe  Tchamoutari 

I  Le  Dhavutadgiri 

1  Le  Djavahir 

{Picconnusousladénoi 
I  Idem .  Idem 

I  Idem.  Idem 

\Idem.  Idem 


3373? 
3So8 
3ï7o 
3oS5 


83  75? 
8555 

;845 


Groupe  du  Taurus 1 

Groupe  de  l'anti-Taurui- 

Groupedu  Liban 

Groupe  des  idodU  Elveiid . 


Le  moiit  Jn^s 4871? 

Le  Liban 33t3 

VÀrarat 5i6j 


4677 


I  Pointe  culminang 'V°  ^    ^600 


Point  culminant  des  Ghattes  occi- 

\      dentales 3900? 

:iupc  des  Glialtra  orcid.-  Le  Taddiandamalla 1730 

I  Le  .^nurc^uni-fiel.  point  culminant 

desmorUi  Nit-ghtrriei i68o 


6o  IIVRE    CENT    VINGT-UHIÈME, 

TABLEAU 

DES  sivisioirs  1 


I.  Région  du  Caucate j  G Éorsle    Grande  Abasie.  Im^rc- 

(Anatolie.  Caramanie.  Slvas.  Tr^- 

\\.  Eigioii  d'Asie  mineure !      bisonde.    Iles   de  Chypre,   de 

(      Rhodes,  etc. 

i  t^rmémc.  Kourdistan.  Mésopota- 

III.  Jtégiond'Eufihnue  et  eùi  Tigre.}      mie  ou  Al-Djésireh.  Bahylonje 

(     ou  Irac-Arabj. 

IV.  Bégion  du  mont  Liban |  Syrie  avec  Palestine, 

V.  Bégion  ^Arabie {Arabie. 

VI.  Bégion  de  Perse [Perse. 

/Grande  Boukharte.  TurkeKtau  oc 

Vil.  Bègio„del-0^>etdulacA,^l.\     ^''^°'='-  ?'"P"^  '^'^  ^^S";"- 
^  1.  jï  u  .        Turcomanie      ou     pajs      des 

Trouchmèncs. 

vm.  j,.j,i„  A «.„,„  „„«, f  "tkhïi..*'""'"'"'   '■"'"■ 

IX.  BigiondetOèi  et  de  l'Ienisseï,.,  [  Sibérie  occideulale. 

X.  Bégion  du  Nord-Est 1  ^^  Silërieorientule.avec  le  fUmt- 

^  (      schalka  comme  appendice. 

VI    n  >   '       In  1  (Tatarie,   dite  chinoise,  avec  la 

XI.  Région  du  fleure  Ammtr \     Corëc  comme  .ippendice. 

^  (Iles   Kouriles.  Tchnka  et   Yeso. 

'!^\\.  Bégion  iniuiaire  d'Eu (      Iles   du  Japon.   Lieou-Kieou. 

\     Formosc . 

XIII.  Région  du  fleurie  Bleu  et  du\r.i,-  ,   .-, 

s  1     "^  j  "  [Chine  proprement  di(e. 

fleuve  Jaune )  "^     ' 

XIV.  Bégion  det  sources  du  Gange.  \  Tibet, 

XV.  Bégion  du  Gange |Hindoix5tan  oriental. 

XVI.  Bégion  de  l'Indiis |  Hindoustao  occidental 

1  Péninside  de  l'Inde  en-deçà  du 

XVII.  Bégion  du  Decan !      Gange  ,  avec  Cejlan  et  1rs  Mal - 

f      dives  comme  appendice. 

!  Péninsule  de  l'Iude  nu-delii  du 
Gance.  Empire  Birman.  Royau- 


LIVRE  CENT  VINGT-DEUXIÈME. 

Sditk  de  la  Description  de  l'Asie.  — Pays  Caucasiens  Mumis  k 
Russie,  ouGéoigic  Grsude  Abasie,IinéreUiie,  Hingrelie,Cb 


•  Les  régions  que  baigne  la  mer  Caspienne  au  sud-est, 
(ju'arrosent  au  sud  les  fleuves  du  Kour  et  du  Rionî  ou 
Phasia,  et  qui  comprennent  tout  le  versant  méridional  du 
Caucase,  forment  une  sorte  d'isthme  qui  lie  l'Europe  à 
l'Asie  occidentale.  - 

La  largeur  de  listhme  est  de  i6o  lieues  géographiques 
entre  l'embouchure  du  Rioni  et,  le  golfe  de  Bakou. 

1  On  n'est  pas  d'accord  surl'étymologie  du  nom  de  Cau- 
ceue,  si  célèbre  en  histoire  et  en  poésie.  L'opinion  ta  plus 
vraîserablable  le  considère  comme  un  composé  des  mots 
persans  Kok,  signifiant  montagne,  et  de  Knf,  c'est-à-dire 
montagne  blanche.  Dans  l'ancien  persan,  ce  nom  est  Koh 
kafsp.  Celle  opinion  s'appuie  sur  un  passage  d'Eralosthène , 
où  ce  savant  assure  que  les  indigènes  du  Caucase  rappe- 
laient Caspios  (i)  ;  mais  Pline  dit  que  le  nom  indigène  était 
Graucasusy  d'origine  scythique,  nom  qu'on  peut  expliquer 
du  gothique  (2).  >• 

Suivant  M.  Klaproth ,  toutes  les  hautes  montagnes  qui 
forment  des  limites  de  pays  sont  encore  appelées  Kaffor 
les  Persans.  Les  Arméniens  donnent  à  cette  chaîne  les  noms 
àeKov-lasetduKai'kaset,  dans  lesquels  on  retrouve  l'an- 
cienne étymologie  persane.  Mais  les  Persans  le  nomment 
aujourd'hui  El-brovz,  qui  signifie  monts  formant  des  pics. 
Les  Géorgiens  l'appellent  quelquefois  Themi;  cependant, 

(0  Eommel,  Caucasi  Slral>oniana  Descriptio  ,  p.  Gi, 


6a  LIVRE    CENT    VINGT-DEUXIÈME. 

à  l'exemple  des  Nogaïs  et  des  Kouiiiouks,  ils  le  désignent 
sous  le  nom  de  ïal-bouz  ou  lel-bouz ,  dont  l'origine  est 
turque,  et  qui  signide  crinière  de  glace. 

"  Les  anciens  ont  comparé  le  Caucase  aux  Alpes,  sous  le 
rapport  de  lelévation.  Il  est  certain  que  le  milieu  de  la 
chaîne  est  hérissé  de  glaciers,  ou  blanchi  de  neiges  éter- 
nelles (■)■  Reineggs  prétend  que  l'Elbourz  ou  XAlbanlj  (2) , 
sommet  du  Caucase,  n'a  que  54oo  pieds  d'élévation  au- 
dessus  du  niveau  de  la  mer  Noire;  mais  on  sait  aujourd'hui 
qu'il  est  trois  fois  plus  élevé.  Au  midi,  le  Caucase  joint  les 
nombreuses  chaînes  du  mont  Taurus,  qui  parcourent  toute 
l'Asie  occidentale;  au  nord,  il  borde  presque  immédiate- 
ment les  vastes  plaines  où  erraient  jadis  les  Sarmates,  et 
où  errent  aujourd'hui  les  Cosaques  et  les  Ratmouks  ;  à  l'est , 
il  domine  par  des  précipices  escarpés  sur  la  plaine  étroite 
qui  le  sépare  de  la  mer  Caspienne  (3)  ;  à  l'occident,  ta  haute 
chaîne  se  termine  brusquement  au  nord  de  la  Mingrélie 
par  des  montagnes  escarpées ,  les  Manies  Ceraumi  des  an- 
ciens; les  chaînes  inférieures  se  prolongent  ensuite,  en 
côtoyant  les  bords  de  la  mer  Noire,  et  en  formant  les 
montagnes  basses  qui  séparent  les  Circassiens  des  Abases, 
et  que  les  anciens  appelaient  Montes  Coraxici.  Un  promon- 
toire qui  se  projette  dans  la  contrée  des  Circassiens,  si 
riche  en  bons  cbevauii,  se  nommait,  chez  les  anciens, 
Hippici  Montes;  chez  les  modernes,  il  porte  le  nom  de 
Beesch  Tau. 

1  Les  deux  principaux  passages  du  Caucase  sont  désignés , 
chez  les  anciens,  sous  le  nom  de  Portes  Caucasiennes  et 
Alhaniennes.  Le  premier  est,  sans  contredit,  le  déKIé  qui 
conduit  de  Mosdok  à  Tiflis;  c'est  l'étroit  vallon  de  quatre 

(')  Gulétnttedt ,  Voyagea,  I,  43^  (en  ail.),  fleineggi,  Descript.  <tu 
Caucase,  elc. ,  I,  iG  (en  bII.).  Gomp.  Procop.,  Bell.  Golh,  IV,  cap,  K. 

(')  Gmeiin  ,  Vojage  ,  III ,  3f35.  — (')  Dnfiori/y  ou  fiory,  mot  persan 
aignifiant  montagne  (H'ahl.). 


ASIE  :  Pays  Caucasiens.  63 

journées,  où,  selon  Strabon ,  coulait  la  rivière  Aragon, 
aujourd'hui  Arakiiii^).  C'est,  comme  Pline  dit,  un  énorme 
ouvrage  de  la  nature,  qui  a  taillé  une  longue  ouverture 
parmi  les  roctiers,  ouverture  qu'une  porte  de  fer  grillée 
suffirait  encore  pour  intercepter  W  ;  c'est  le  passage  par 
lequel,  selon  Priscus,  les  barbares  du  nord  menaçaient 
également  l'empire  romain  et  celui  des  Perses  [5).  Le  châ- 
teau-fort qui  fermait  ce  passage  reçoit  divers  noms  chez 
les  anciens;  celui  qui  subsiste  aujourd'hui  se  nomme  Dariel 
ou  Dariela  :  il  est  bâti  immédiatement  au-dessous  de  l'an- 
cien, et  le  défilé  a  été  considérablement  élargi  par  suite  de 
sa  construction. 

■  Les  Portes  Albaniennes  des  anciens  seraient,  selon 
l'opinion  commune,  la  Passe  de  Derbend,  le  long  de  la 
mer  Caspienne;  mais  si  l'on  compare  avec  soin  tous  les 
indices  que  nous  a  laissés  l'antiquité;  si  on^  réfléchit  sur 
le  silence  qui  est  gardé  dans  tes  descriptions  de  ce  passage 
à  l'égard  de  la  mer  Caspienne;  si  l'on  se  rappelle  que 
Ptolémée  place  expressément  les  Portes  d'Albanie  prés  les 
sources  du  fleuve  Kasius,  qui,  d'après  tout  l'ensemble  de 
83  géographie,  est  le  Ko'ùou ;  si  on  observe  que  le  même 
géogi-aphe  place  les  Didari  voisins  des  Tusci,  près  des  Portes 
Sarmatiquesy  et  que  ces  deux  tribus,  sous  les  noms  de 
Didos  et  de  Tousches,  demeurent  encore  près  d'un  défilé 
qui  passe  par  le  territoire  d'Ounia-Kban ,  le  long  de  la  fron- 
tière du  Daghestan ,  et  traverse  ensuite  le  district  de  Kag- 
mamcharie  U) ,  on  restera  persuadé  que  c'est  là  qu'il  faut 
chercher  les  Portes  Albaniennes  ou  Sarmatiques ,  jusqu'ici 
méconnues.  Le  nom  de  Portes  Caspiennes,  appartenant  en 
propre  à  un  défilé  près  de  Téhéran ,  dans  l'ancienne  Médie , 


(0  Strxtb.  XI.  7G5.  — COfWi..  VI,  11.  — (î)  Prise,  de  Légation 
p.  43.  Comp.  Pncop.  Pers.  I,  ao.  — (4)  Lapie,  carte  du  Caucas 
Annald  dea  Voyages ,  XII. 


'4 


64  LIVRE    CENT    VIMGT-DEUXIÈHE. 

est  applique  vaguement,  par  Tacite  et  queltpies  autres  an- 
ciens, à  diverses  passes  du  Caucase.  D'avec  toutes  ces 
passes  qui  traversent  la  chaîne  du  sud  au  nord,  il  faut 
distinguer  les  Portes  Ibériennes,  ou  le  défilé  de  Parapaux, 
aujourd'hui  Schaourapo ,  par  lequel  on  arrive  de  l'Imirethie 
en  Kartalinie;  défilé  où,  du  temps  de  Strabon,  on  fran- 
chissait des  abîmes  et  des  précipices,  mais  que  les  Persans, 
dans  le  IV^  siècle,  ont  rendu  praticable  aux  armées  ('). 

"  Les  témoignages  des  anciens  et  des  modernes  s'accor- 
dent à  placer  dans  les  contrées  caucasiennes  des  mines 
d'or,  d'argent  et  de  fer;  plusieurs  rivières  roulent  des 
paillettes  d'or  qui ,  interceptées  sur  des  peaux  de  mouton , 
fournissent  à  ceux  qui  veulent  tout  interpre'ter,  une  expli- 
cation naturelle  de  la  fable  de  la  toison  d'or  (^). 

"  Les  sommets  du  Caucase  sont  de  granité,  La  bande 
granitique  est  accompagnée,  de  deux  côtés,  de  montagnes 
schisteuses,  et  ensuite  calcaires.  On  dit  que  cette  chaîne 
présente  une  grande  régularité;  sa  direction  en  ligne  droite 
rend  cette  assertion  assez,  vraisemblable.  Mais  les  mon- 
tagnes calcaires  secondaires  paraissent  devoir  occuper  plus 
d'espace  du  côté  méndional ,  où  la  chaîne  s'étend  par  un 
plus  grand  nombre  de  branches.  Du  côté  septentrional,  la 
base  des  montagnes,  calcaire  et  schisteuse,  est  recouverte 
par  de  vastes  dunes  de  sable  qui  se  perdent  peu  à  peu  dans 
l'aride  plaine  appelée  steppe  de  Kouma. 

■  Le  Caucase  est  une  des  régions  les  plus  intéressantes 
du  globe  pour  l'histoire  naturelle  et  civile.  Tous  les  cli- 
mats de  l'Europe  et  toutes  sortes  de  terrains  s'y  retrouvent  ; 

CO/>»co;).  Bell.  Goth.  p.  600.  Guldensledt.ï.  3i4.— W  Strab.  XI, 
pûisûn.Wii.  XXXIII,  3,  Plutarch.  mVomp.  Àppian.  de  Bcllo  Mithrid. 
p.  797.  Procop.  Bell.  Persic.  p.  45.  Tavemier,  lom.  1 ,  liv.  3  ,  p.  ag5, 
Lamberli,  fielax.  dclla  ColchJdc.  p.  193.  Gmelin  ,  111,  p.  Si .  Peyttonet, 
Traité  du  Commerce,  etc.  ,  11,  p.  go.  Galdtiisudt,  I,  p.  1S6,  ijt8, 
461,  surtoul  p.  438.   Reineggs,  1,   p,  11,   aS .    188.   etc.;  II,   p.   iji. 


AS!R  :  Pays  Caucasiens.  65 

au  centre ,  des  glaces  éternelles  et  des  rochers  stériles  oii 
habitent  les  ours,  les  loups,  les  chacals  (0,  le  c/taus, 
animal  du  genre  des  feiis  (2),  le  bouquetin  du  Caucase 
(  capiu  caucasica)  (3),  qui  aime  les  sommets  escarpés  des 
montagnes  schisteuses;  le  chamois,  qui  se  tient  au  con- 
traire sur  les  montagnes  calcaires  inférieures;  le  lièvre 
terrier,  le  putois,  l'hermine,  l'argali ,  une  in&nité 
d'oîseaus  de  proie  et  de  passage  :  au  nord ,  des  collines 
fertiles  en  blé,  et  de  riches  pâturages  où  errent  les  superbes 
chevaux  circassiens;  plus  loin,  des  plaines  sablonneuses, 
couvertes  de  plantes  grossières,  mais  mêlées  de  bas-fonds 
d'une  nature  plus  grasse  :  au  midi,  de  magnifiques  vallées 
et  plalues,  où  ,  suus  le  climat  le  plus  snlubre,  se  développe 
toute  la  richesse  de  la  végétation  asiatique.  Partout  où  la 
pente  se  dirige  vers  l'ouest ,  l'est  ou  le  midi ,  les  cèdres,  le 
cyprès,  les  saviniers,  le  genévrier  rouge,  les  hêtres  et  les 
chênes  revêlent  les  Aancs  des  montagnes  (4).  L'amandier, 
le  pêcher,  le  figuier,  croissent  en  abondance  dans  les 
chaudes  vallées  abritées  par  les  rochers.  Le  cognassier, 
l'abricotier  sauvage,  le  poirier  à  feuille  de  saule,  la  vigne, 
abondent  dans  Icshalliers,  les  buissons  et  sur  les  bords  des 
forêts.  Le  dattier,  le  jujubier,  l'épine  du  Chrîsl,  indigènes 
dans  cette  contrée ,  en  attestent  la  douce  température.  Les 
marais  sont  ornés  de  très-belles  plantes,  telles  que  le  rho- 
dodendron poiiticum  et  Xazalea pontica.  L'olivier  cultivé  et 
l'olivier  sauvage,  le  platane  oriental,  le  laurier  mâle  ft 
femelle,  embellissent  les  rivages  de  la  mer  Caspienne.  Les 
hautes  vallées  sont  parfumées  par  le  seringa ,  le  jasmin ,  le 
lîlas  et  la  rose  caucasienne. 

"  L'isthme  caucasien  renferme  un  nombre  extraordinaire 
de  petites  nations;  quelques  unes  sont  des  restes  des  hordes 

C')  Guldemtedt ,  Ifavi  comment.  Peirop. ,  (om.  SX  ,  p  ,  49  c'  snîv. 

fy  Thîd.  p.  ^Si.  —  m  l'atlas  ,  CommEnt.  Pdtropol. .   1779,  p.nrl.  II. 

174.  — M)  Giill/ciisleltl.  I.  435  si/q.  ■■■         ■■  I 


1 


66  LIVRE    CENT    VTWGT-DEUXIÈIIIE. 

asiatiques  qui,  dans  la  grande  migration  des  peuples,  pas- 
sèrent et  repassèrent  par  ces  montagnes  ;  mais  le  plus  gland 
nombre  se  compose  de  tribus  indigènes  et  primitives.  Ces 
tribus  conservent  chacune  leur  langage  particulier,  et  ces 
idiomes  remontent  probablement  à  l'origine  du  genre 
humain.  La  physionomie  caucasienne  renferme  les  traits 
caractéristiques  des  principales  races  Je  l'Europe  et  de 
l'Asie  occidentale.  Les  animaux  domestiques  et  les  plantes 
cultivées  de  ces  deux  parties  du  monde  se  retrouvent  dans 
le  Caucase  ou  dans  ses  environs.  Les  antiques  et  mémo- 
rables écrits  attribués  à  Moïse,  l'allégorie  de  Prométhée 
chez  les  Grecs,  la  fameuse  expédition  des  Argonautes, 
plusieurs  traditions  des  Scandinaves,  tout  nous  reporte 
vers  le  Caucase,  tout  concourt  à  nous  faire  chercher  dans 
cette  contrée  un  des  points  d'où  le  genre  humain  s'est 
répandu  sur  une  grande  partie  de  la  surface  du  globe.  Mais 
ces  questions  sortent  des  limites  que  nous  nous  sommes 
tracées.  Nous  classerons  les  nations  caucasiennes  sous  sept 
grandes  divisions,  d'après  les  sept  langues  principales 
qu'elles  parlent;  savoir  : 

ia)  Géorginrti  prof renient  dita . 
b)  Imiretkiem, 
..   _.,.. o .     cjGourieits. 

I  d)  AJiiigrélieiis. 

\e)  Souaiies,  m 

a.  Les  Abuies ,  subdivises  en  plusieurs  tribus.  .,A 

.,_.,,  ^.  (  d  1  Circasiiens  du  Koubaii. 

3.  I^Bj-cA*r*:«j«ouC<rc««ie™.|4J  Circa^Um,  d,  ta  Cabardi, . 

4.  Les  Osstlc»,  divisés  en  diverses  Iribus, 

5.  Les  Kiiies  ou  Tchetchenlzes ,  avec  les  Iiigauchea  et  nuires  triliu». 

6.  Les  Letghis .  divUi's  d'après  leurs  huil  dlRleclea. 

1-  Les  restes  des  Talarsou  Tatares,  des  Mongols,  des  Huns  et  d'autn^ii 
colonicj  élrongùres  disséminées  sur  le  Csucase, 

«  La  Géorgie  proprement  dite  appelle  nos  premiers  re- 
gards, comme  étant  située  au  centre  de  l'isthme.  Les  Russes 
appellent  ce  pays    Grou.na,  et   les   Persans    GourgUtan  \ 


i  :  Pays  Caucasiens.  67 

mais  les  auteurs  indigènes  lO  comprennent  les  quatre  an- 
ciens royaumes  de  Kartuefi,  ou  Kartlili,  d'Imnvehi,  on 
d'Iméret/tie,  de  Mingrelua  et  de  Gouriia,  sous  le  nom  gê- 
nerai d'Jbérie  ou  Iwe.rie.  Il  paraît  que  cette  dénomination 
classique  est  aujourd'hui  inconnue  à  la  plupart  des  babitans. 

«  Selon  quelques  savans  modernes ,  le  nom  de  Géorgiens 
viendrait  de  celui  du  grand  fleuve  Kour  (  Kor,  Kyros, 
Cyrus)  qui  arrose  ce  pays  superbei  de  sorte  que  l'on  de- 
vrait plutôt  les  nommer  Korgiens  ou  Koufgiens.  <■ 

Selon  dautres,  le  nom  de  Géorgiens  vient  de  Gourdji, 
dénomination  qui  a  fait  donner  à  leur  pays ,  par  tous  les 
Orientaux,  celui  de  Gounijistan.  Mais  ce  nom  de  Gourdji 
ne  date  que  de  la  fin  du  XI*  siècle,  époque  à  laquelle  les 
Persans,  sous  le  règne  de  Malek-Chah,  conrjuireni  la 
Géorgie,  gouvernée  alors  par  un  roi  nommé  Giorgi,  au- 
quel le  vainqueur  restitua  sa  couronne.  Ge  fut  depuis  cet 
événement  que  les  Persans  donnèrent  à  la  Géorjjie  le  nom 
de  pays  de  Gourtlji,  c'est-à-dire  de  Giorgi^  puis  celui  de 
Gourdjistan.  Cependant  cette  dénomination  n'a  pas  été 
adoptée  par  les  Arméniens  :  ceux-ci  appellent  les  Géorgiens 
Virk^  et  la  Géorgie  Oitrastan. 

*  Les  divers  partages  qui  eurent  lieu  dans  le  moyen  âge 
entre  les  princes  d'Htérie  donnèrent  naissance  à  trois 
royaumes,  celui  d'Imirette,  d'Imérètki,  ou  d' IméreChie , 
dont  la  Mingrélie  et  la  Goiirie  sont  des  démembremens 
postérieurs,  et  ceux  de  Knrtalinie  ou  Knrthli  et  de  Kakh- 
ethi.  L'Imérethie  a  quelquefois  été  désignée  sous  le  nom  de 
Géorgie  turque.  Le  l'estant  a  été  appelé  Géorgie  persane; 
c'est  à  cette  dernière  portion  que  les  écrivains  actuels, 
surtout  les  Russes,  restreignent  le  nom  de  Géorgie.»  Un 
prince  vaillant,  nommé  Héraclius,  en  forma,  vers  la  fin  du 
XVIU*  siècle,  un  Etat  indépendant,  qui  maintenant,  .sous 

(0  Eugène  ,  archimanilrite ,  TaHlcau  de  la  Géorgie  ,  dans  les  Annalei 
«frs  Foyaç-en.  XII,  74. 


P        «frs  yoyai-eii. 


68  LIVRE   CENT   VIWGT-DEtJXlÈUE. 

le  nom  de  gouvernement  de  Géorgie,  est  incorpore  à  leni- 

pire  russe. 

■  Le  A'o«r,  qui  arrose  la  grande  vallée  de  ia  Géorgie,  s'ac- 
croît des  rivières  àlAragui,  d'Iora,  probablement  \lherus 
des  anciens,  et  de  XÂlazan ,  qui  est  leur  jilazon  ;  arrivé  dans 
les  plaines  de  Chirvan,  il  voit  ses  eaux  se  confondre  avec 
celles  de  l'Aïaa  ou  Araxe;  les  deux  fleuves  foi-ment  plu- 
sieurs canaux,  tantôt  unis  et  tantôt  séparés;  de  sorte  qu'il 
pourrait  paraître  incertain,  comme  il  l'était  du  temps  de 
Strabon  et  de  Ptolémée,  si  leurs  embouchures  doivent 
être  considérées  comme  séparées,  ou  si  le  Kour  engloutit 
i'Araa  :  ce  qui  a  lieu  en  efl'et. 

•  La  Géorgie  jouissant  d'une  température  très-douce,  et 
en  général  tiès-saine,  offre  une  agréable  variété  de  mon- 
tagnes, de  forêts  et  de  plaines;  toutes  les  productions 
communes  des  pays  caucasiens  y  abondent;  mais  les  habi- 
tans,  peu  nombreux,  négligent  les  dons  de  la  nature.  Dans 
la  saison  sèche,  qui  commence  ordinairement  au  mois  de 
mai  et  finit  au  mois  de  novembre,  les  Géorgiens  s'oc- 
cupent à  arroser  un  sol  qui  leur  rend,  sans  beaucoup  de 
travail,  les  fruits  les  plus  précieux.  On  cultive  le  froment, 
le  gomi  ou  Xholcus  bicolor,  le  djikoura  ou  ï/iolciis  sorgkum , 
le  mais  et  le  millet.  La  culture  du  chanvre  et  du  lin  est 
presque  générale.  On  voit  prospérer,  avec  très-peu  de  soin, 
des  pêches,  des  abricots,  des  amandes,  des  coins,  des 
cerises,  des  figues  et  des  grenades;  les  vignes,  abondantes 
et  de  bonne  espèce,  donnent  un  vin  qu'on  envoie  en  Perse. 
Celui  de  Kakhethi  ne  se  conserve  pas  bien ,  parce  qu'il  est 
mal  fait;  mais  il  pétille  de  feu.  Les  pommiers,  la  garance, 
les  cotonniers  sont  cultivés  avec  quelque  soin.  Les  champs 
sont  couverts  de  melons  et  de  pastèques;  cependant, 
malgré  la  fertilité  du  sol ,  l'agriculture  y  est  dans  l'enfance  : 
la  charrue  y  est  si  pesante  qu'il  faut  y  atteler  six  ou  huit 
paires  de  buffles-  On  vante  aussi  l'éducation  des  abeilles; 


ASIE  ;  Pajs  Caucasiens.  Bg 

les  chevaux  et  les  bètes  à  cornes  rivalisent  avec  les  meil- 
leures races  européennes  en  grandeur  et  en  beauté  j  les 
moutons  à  grande  queue  donnent  une  excellente  laine  (>)■ 
Les  plus  beaux  chênes  et  sapins  tombent  en  pourriture 
sans  que  personne  pense  à  en  faire  usage  W. 

"  Les  Géorgiens,  ou,  pour  mieux  dire,  les  Ibères,  peuple 
indigène  du  Caucase,  parlent  une  langue  radicalement  diFFé- 
rente  de  toute  autre  langue  connue,  et  dans  laquelle  il  a  été 
composé,  dans  le  XIP  siècle, beaucoup  d'ouvrages  d'histoire 
et  de  poésie  (3}.  Les  Géorgiens  croient  pourtant  descendre 
d'une  souche  commune  avec  les  Arméniens. 

"  Les  habitans  de  la  Géorgie  sont  en  général  beaux,  bien 
faits  et  agiles;  ils  ne  manquent  pas  d'esprit  naturel,  mai» 
ils  sont  intéressés  et  aiment  à  boire.  Ils  ont  adopté  une 
partie  du  costume  persan,  parce  que  les  nobles  étaient  sou- 
vent élevés  à  la  cour  de  Perse,  et  que  les  gens  du  peuple 
servaient  de  garde  aux  souverains  de  ce  pays.  Les  Géor- 
giens sont  rarement  sans  armes,  et  même  aux  champs  ils 
ont  à  côté  d'eux  des  fu.sils  et  des  poignards,  pour  se  mettre 
en  garde  contre  les  brigands  des  montagnes  voisines. 

{•)CiJdenstedi,\,  3S3,  36t,  369,  elc.  Reineggt ,l\:,  109,  \io. 

(=)  Seineggs,  II,  45  S179-  —  P)  Eugène,  Annales  des  Voyages,  XII , 
p-  86-g(i.  L' alphabet  que  l'on  dit  avoir  été  inveolé  par  Mearob  dnni  le 
V'  liècle,  se  compose  de  38  lettres ,  dont  ai)  coDSonnes  ;  toutes  ces  lettrei 
se  proDoncent  comme  en  français.  C'est  principalement  depuis  le  milieu 
du  XI'  siècle  juEiiii'ù  la  fin  du  XII*,  que  la  littérature  gikirgienDe  a  été 
dans  sa  plus  grande  splendeur  :  elle  possède  des  poèmes ,  des  cliansons 
populaires ,  et  surtout  des  livres  de  religion.  Après  udp  décadence  assez 
longue,  elle  se  releva  vers  le  XVllI'  siècle;  des  écoles,  des  bibliothèques 
et  des  imprimeries  Jurent  établies  en  Géorgie;  plusieurs  ouvrages  alle^ 
mands  ,  russes  et  français ,  furent  traduits  en  géorgien;  enfin  le  gouvcr- 
nement  russe,  depuis  la  conqa<!tc  de  la  Géorgie,  n  eu  la  sagesse  de 
favoriser  cet  essor  de  tout  son  pouvoir.  Une  clironique  géorgienne  qui 
existe  manuscrite  a  la  bibliothèque- royale  de  Paris,  et  qui  relaie  les 
événemcns  arrivés  en  Géorgie  depuis  l'année  i3;3  jusqu'en  1703  inclu- 
sivement, a  été  récemment  traduite  en  français  par  M,  FroE.set  icunc ,  et 
publiée  pnr  la  société  aiiatique.  J.  H, 


■  publiée  pr 


'JO  LIVRE    CJÎNT    VIMGT-DEUXIEME. 

•  Dans  le  triste  etut  où  les  gueiies  et  les  lévoiiUions  ont 
mis  ce  beau  pays,  les  indigènes,  maigre  leur  goût  pour  le 
négoce  et  les  voyages,  font  un  commerce  peu  considérable," 
les  Arméniens  sont  leurs  commissionnaires.  Leurs  femmes, 
dont  la  beauté  n'est  pas  moins  celcbre  que  celle  des  Cir- 
cassie/mes ,  quoicjue  leur  teint  ne  soit  pas  aussi  blanc  ni 
leur  taille  aussi  svelte,  ont  pris,  dans  un  commerce  fré- 
quent avecles  étrangers,  l'esprit  de  la  licence  et  de  la  cor- 
ruption. Les  filles,  vendues  comme  esclaves  sous  le  gou- 
vernement mabométan ,  étaient  les  victimes  de  leur  beauté, 
mais  ce  trafic  honteux  a  cessé  depuis  i8oa  que  la  Géorgie 
est  devenue  une  province  russe.  Beaucoup  de  Géorgiens 
habitent  des  cabanes  à  moitié  enfoncées  dans  la  terre.  Dans 
le  Kakhethi,  province  où  la  civilisation  a  fait  plus  de  pro- 
grès, on  trouve  des  espèces  de  maisons.  Une  mince  char- 
pente, des  murs  en  claies  d'osier,  recouverts  d'un  mélange 
d'argile  et  de  fiente  de  vache ,  surmontés  d'un  toit  de  jonc; 
une  chamfire  de  cinq  brasses  de  long  sur  quatre  de  large, 
où  la  lumière  entre  par  la  porte;  un  plancher  qui  sert  /i 
.sécher  la  garance  et  le  coton;  une  petite  fosse  au  milieu 
de  l'appartement  où  l'on  entretient  le  feu ,  et  au-dessus  un 
chaudron  de  cuivre  attaché  à  une  chaîne ,  et  enveloppé 
d'une  fumée  épaisse  qui  s'échappe  par  le  plafond  et  la 
porte;  voilà  de  quoi  se  compose  une  de  ces  maisons.  On 
trouve  presque  dans  tous  les  villages  des  tours  qui ,  ,^  l'ap- 
proche des  hordes  de  Lesghis,  servent  d'asile  aux  femmes 

Le  gouvernement  de  Géorgie  se  compose  de  six 
arrondisse  mens  dont  les  chefs-lieux  sont  Tiflïs,  la  capi- 
tale, Gorî,  Telava,  Ananour,  Sîgnakh  et  lebsavetpol  ou 
Ganja. 

Tf/liXf  ou  TeffUs  ou  Thilisi ,  compte  ordinairement 
ao,ooo  habitans;  il  y  a  20  églises  géorgiennes,  c'est-à- 
dire  où  le  lit  grec  est  célébré  en  géorgien,  ifi  ariuémen- 


\. 


l 


ASIE  ;  Pays  Caucasiens.  7 1 

nés,  3  catholiques  et  1  mosquées,  l'une  pour  les  Persans 
de  la  secte  d'Ali  et  l'autre  pour  les  Tatares  sunnites. 
La  cathédrale,  appelée  église  de  Sion,  est  un  vaste  et  bel 
édifice.  Les  principau^L  éiablissemens  sont,  un  hôtel  des 
monnaies,  un  arsenal,  un  gymnase  pour  les  jeunes  gens 
nobles,  une  école  pour  les  élèves  att.ichés  à  l'état-major 
du  corps  du  Caucase ,  un  superbe  hôpital ,  deux  caravan- 
sérails :  l'un  pour  les  Persans  et  l'autre  pour  les  Turcs^  et 
deux  bazurs  où  l'on  compte  plus  de  700  boutiques.  L'in- 
dustrie consiste  principalement  en  manufactures  d'armes 
et  de  soieries.  Le  commerce,  qui  est  dans  cette  ville  pres- 
que exclusivement  entre  les  mains  des  Arméniens,  est  très- 
actif  et  consiste  en  importations  de  marchandises  de  l'Alle- 
magne, de  la  Russie  et  de  la  Perse:  ou  en  estime  la  valeur 
à  laOjOoo  it.  par  an.  TÎHis  est  à  environ  60  lieues  de  la  mer 
Noire,  90  de  la  mer  Caspienne,  et  480  de  Saint-Péters- 
bourg. Le  Kour  coule  à  ses  pieds  avec  une  grande  rapidité , 
resserré  entre  des  rochers.  Cette  ville  renferme  3,700  mai- 
sons dont  la  plupart  construites  en  briques  liées  avec  l'ar- 
gile, dans  le  goiit  persan,  se  terminent  en  terrasses.  Elles 
sont  si  peu  solides  que  leur  durée  n'excède  guère  plus  de 
la  ans.  Les  fenêtres,  au  lieu  de  vitres, sont  garnies  de  papier 
huilé.  La  moitié  des  habitans  se  compose  d'Arméniens;  le- 
reste  de  Géorgiens,  de  Mingrébens,  de  Lesghia,  de  Ta- 
tares et  de  Persans. 

Mtzkhetlia,  sur  ta  rive  gauche  du  Kour,  à  5  lieues  au- 
dessus  de  Tiflis,  dans  l'angle  formé  par  le  Ueuve  et  VAra- 
gvi,  l'un  de  ses  aflluens,  était  jadis  la  capitale  de  la  Géor- 
gie et  la  résidence  du  patriarche;  mais  après  avoir  été  dé- 
vastée,  d'abord  par  Tamerlan,  puis  par  les  Persans,  elle 
n'est  plus  qu'un  village,  où  l'on  remarque  encore  une 
forteresse  assez  bien  conservée,  une  cathédale  construite 
il  y  a  neuf  siècles,  dans  un  beau  style,  et  quelques  ruines 
d'anciens  édifices  qui  annoncent  sa  splendeur  passée.  On  y 


r 


ya  LIVItK    TKKT    VINGÏ-DKUXIKME. 

traverse  le  Kour  sur  un  ancien  pont  attribue  à  Pompée  et 
restaure  par  les  Russes.  Gori,  ville  de  iSoo  habitans,  est 
!\  it  lieues  plus  haut  sur  la  rive  gauche  du  fleuve,  sise 
entre  deux  montagnes;  elle  est  défendue  par  une  forte- 
resse Mtie  sur  le  haut  d'un  roclier.  Son  nom  signifie  col- 
line en  géorgien.  Elle  est  principalement  peuplée  d'Armé- 
niens. 

^nanour  ou  ^nanouri,  à  12  lieues  au  nord  de  Tillis,  sur 
la  rive  droite  de  TArkala,  est,  malgré  son  titre  de  chef-lieu, 
iine  misérable  ville  dont  les  maisons,  groupées  autour  d'une 
forteresse ,  sont  en  partie  très-basses  et  en  partie  souter- 
raines. Tclav  ou  T/ie/ai'i  est  au  contraire  une  charmante 
résidence.  Elle  n'a  que  1200  habitans;  mais  elle  est  située 
dans  une  jolie  vallée,  sur  le  penchant  d'une  colline,  et  la 
plupart  de  ses  maisons  sont  ombragées  par  de  beaux  ar- 
bres. Ses  bazars  sont  bien  fournis.  Elle  est  défendue  par 
trois  forts.  Signakh  ou  Signnkhi  n'est  important  que  par 
sa  forteresse. 

Au  sud  du  Kour  et  sur  la  petite  rivière  de  Candja ,  af- 
lluent  de  ce  fleuve,  on  remarque  lelisaveti/ot ,  autrefois 
Ghemijeh  ou  Gandja,  ville  fort  ancienne  qui  était  la  ré- 
sidence d'un  khan,  et  qui,  bien  qu'elle  soit  déchue,  est 
encore  la  plus  importante  après  Tiflis.  On  lui  donne 
12,000  habitans.  Elle  est  fortifiée.  Dans  ses  environs  on  re- 
marque d'immenses  ruines  en  pienea  et  en  briques,  un 
monument  appelé  la  colonne  de  CkanikJwr  dont  l'origine 
est  inconnue  et  que  les  habitans  attribuent  à  Alexandre-le- 
Grand.  Elle  est  haute  d'environ  ifio  pieds,  et  entourée 
d'un  escalier  extérieur  en  spirale  qui  conduisait  au  sommet 
lorsqu'il  était  moins  dégradé.  Ces  monuraens  et  les  mé- 
dailles parthes,  perses,  grecques  et  romaines,  attestent  ici 
l'antique  splendeur  d'une  ville  qui  n'est  plus. 

A  l'ouest  de  la  Géorgie  proprement  dite  s'étend  la 
Géorgie  oltoinane,  l'ancien  packatik  de  Tchildir,  pays  qui 


L 


ASIE  :  PajfS  Caucasiens.  ^3 

a  été  cédé  en  vertu  des  derniers  traités  par  la  Forte  à  la 
Russie.  Sa  priix^ipale  ville  est  Akhahzikhs  dont  le  nom  si- 
gnifie château  neuf.  Les  Turcs  la  nomment  j4kiskha.  Son 
«tendue  en  a  fait  évaluer  la  population  à  4(>,ooo  tVmes  ; 
mais  il  est  probable  qu'elle  n'en  a  pas  pi  us  de  1 5,ooo.  Une 
belle  forteresse  la  défend.  On  y  remarque  la  mosquée  tV Ah- 
med, bâtie  sur  le  plan  de  celle  de  Sainte -Sophie  de  Cor- 
stantinople,  et  à  laquelle  est  annexé  un  collège,  dans  lequel 
se  trouve  une  bibliothèque  regardée  comme  l'une  des  plus 
riches  de  l'Orient  avant  que  les  Russes  n'en  fissent  trans- 
porter à  Saint-Pétersbourg  les  livres  les  plus  précieux. 

En  i83a,  le  gouvernement  russe  a  fait  construire  la 
nouvelle  ville  ■X Âkhaltsiklie  au  pied  d'une  montagne  sur 
Ja  rive  droite  de  la  Potchavka,  emplacement  qui,  par  sou 
étendue,  le  peu  d'inclinaison  du  terrain  et  l'abondance  des 
^eaux,  offre  tous  les  avantages  que  l'on  peut  désirer;  tan- 
dis que  l'ancienne  Akhaltsikbe  n'a  que  de  l'eau  de  citernes. 
Ses  rues  sont  larges  et  bien  alignées;  quelques  maisons 
sont  belles  :  tout  annonce  que  cette  ville  deviendra  l'un 
des  ornemens  de  la  Russie  asiatique  méridionale. 

"  La  population  de  la  Géorgie  proprement  dite  peut 
aller  à  390,000  individus,  dont  les  deus  tiers  sont  indi- 
gènes et  attachés  au  rit  grec;  les  Arméniens  et  les  Juifs 
sont  en  grand  nombre.  >• 

La  ci-devant  Géorgie  turque  est  peuplée  d'environ  5o  à 
60,000  âmes. 

Ces  deux  pays  ne  sont,  jusqu'à  présent,  d'aucun  produit 
pour  la  Russie  ;  mais  il  n'est  pas  douteux  qu'une  sage  ad- 
ministration peut  y  faire  développer  les  germes  d'une 
grande  prospérité.  Avant  la  réunion  de  la  Géorgie  propre- 
ment dite  à  l'empire  russe,  les  revenus  du  roi  s'élevaient  à 
près  de  3  niillions  de  francs;  mais,  suivant  M.  Klaproth, 
ces  revenus  ont  non  seulement  été  employés  à  embellir  les 
illes,  à  construire  des  villages  et  à  réparer  les  routes,  mais 


74  LIVJIE    CENT    VIMGT-DEDXIÈME. 

le  gouvernement  russe  y  a  envoyé  chaque  année  8  millions 
(le  francs,  tant  pour  solder  l'armée  du  Caucase  que  pour  les 
frais  de  l'administration  civile.  Quant  aux  revenus  de  la 
Géorgie  turque,  ils  ne  s'élèvent  qu'à  i4o,ooo  francs. 

•  Avant  que  la  famille  royale,  que  les  uns  font  descen- 
dre d'un  juif  Bagrat,  et  les  autres  d'un  seigneur  persan, 
nommé  Pkamavaz,  eût  cédé  ses  droits  à  la  Russie,  la 
Géorgie  était  une  monarchie  féodale,  que  plusieurs  excel- 
lens  princes  n'ont  pu  ni  consolider  ni  perfectionner.  Les 
princes  et  les  nobles  formaient  deux  castes  distinctes.  Les 
premiers  ne  payaient  aucune  contribution  ;  mais  ils  étaient 
obligés,  en  temps  de  guerre,  de  suivre  le  roi  avec  leurs 
vassatix,  I^es  procès  qui  s'élevaient  entre  eux  étaient  jugés 
par  le  monarque.  Les  nobles  payaient  certains  droits  à  celui- 
ci  et  aux  princes.  Quoique  demeurant  dans  des  chaumières, 
leur  orgueil  était  égal  à  leur  pauvreté  et  à  leur  ignorance  (')• 
Les  gens  du  peuple  vivaient  dans  la  servitude  la  plus  ab- 
solue; ils  étaient  vendus,  donnés  et  mis  en  gage  comme 
une  pièce  de  bétail  (i).  Tous  les  hommes  en  état  de  porter 
les  armes  étaient  soldats;  chaque  noble  commandait  ses 
serfs;  mais  le  roi  nommait  le  général  en  chef.  Les  revenus 
du  souverain  consistaient  dans  le  cinquième  de  toutes  les 
productions  des  vignobles,  des  champs  et  des  jardins,  dans 
les  droits  d'entrée  et  de  sortie  sur  les  marchandises,  et 
dans  ce  que  rapportaient  quelques  mines  faiblement  ex- 
ploitées (3).  Aujourd'hui,  le  pays  est  entièrement  organisé 
comme  les  autres  provinces  russes. 

■  Les  Imérethiens ,  dont  le  nom  vient  de  celui  des  Ibé- 
riens,  sont  les  voisins  des  Géorgiens,  du  côté  du  nord- 
ouest,  et  parlent  un  dialecte  géorgien.  De  petits  bonnets 
(jui  leur  sont  particuliers,  la  chevelure  longue,  le  menton 


'•')  /lemeggs.  II,  53,  j-j3,~:')  GuldmHcdl .  1,  ;(Ji-3S4 
m  Id. ,  liirf, ,  356.      ' 


"\ 


AsiK  :  Pays  Caucasiens.  75 

TBsé,  avec  une  moustache  retroussée,  des  habits  qui  «les- 
cendent  à  peine  aux  genoux,  et  qui  forment  beaucoup  fie 
plis  sur  les  hanches,  des  rubans  roules  autour  des  mollets, 
des  ceintures  larges  ;  Toilà  a  peu  près  en  quoi  consiste  la 
parure  d'nn  Imérethien.  20  à  a5,ooo  familles  formant  en- 
viron 80  à  100,000  individus,  demeurent  Je  long  des  ri- 
Tdères  et  des  bois.  A  cause  de  sa  situation  élevée,  le  pays 
reste  long-temps  couvert  de  neige;  les  vallées  sont  maréca- 
geuses. L'entretien  du  bétail ,  des  abeilles,  des  vers  à  soie, 
y  est  poussé  à  un  plus  haut  degré  de  perfection  que  dans 
toutes  les  autres  contrées  du  Caucase.  Un  seul  cep  de  vi- 
gne fournît  du  vin  à  une  famille  entière  ('}-  L'indolence  des 
habitans  laisse  périr  inutilement  les  riches  dons  du  sol  et 
du  climat.  C'est  ici  que  jadis  le  Ehîon  ou  Bioni,  l'ancien 
P/iasrs ,  sur  lequel  on  ne  voit  maintenant  que  des  nacelles 
détrônes  d'arbres  creusés,  portait  jusqu'à  cent  vingt  ponts, 
et  qu'un  ti-ajet  continuel  de  marchandises  uni.ssait  en  quel- 
que sorte  ce  fleuve  au  Cyrus ,  et  par  conséquent  la  mer 
Caspienne  à  la  mer  Noire. 

"On  voit  encore  les  ruines  de  Saivbana,  aujourd'hui 
Schomhanrz,  qui  n'est  qu'un  gros  village,  et  l'ancienne  Cj"- 
tœa,  aujourd'hui  Koutnïs ,  ou  Kotatis,  près  de  laquelle  re- 
ndait le  tzar  ou  l'ancien  prince  de  \' Imérethie ,  dans  une 
espèce  de  camp.  Le  faible  commerce  actuel  des  Imérethiens 
se  fait  ordinairement  eu  deux  endroits  situés  sur  le  Rioni, 
à  Oni  et  à  Chont;  on  y  échange  des  grains,  des  chevaux, 
des  ustensiles  en  cuivre ,  contre  des  draps  et  des  étoffes.  A 
Zadis,  vers  l'orient  du  paya,  on  trouve  de  l'hématite,  d'où 
l'on  tire  du  fer;  on  en  forge  divers  ustensiles. 

"  Vers  le  nord  est  situé  le  Radcha ,  district  principal, 
goi  peut  mettre  sur  pied  5ooo  guerriers.  Radchin  en  est  le 
chef-lieu.  Les  villages  des  habitans  de  la  plaine  ont  une 


V 


')  Rcineggi.  II,  (7-.ÎO.  liiUiiciutedt ,  pass; 


r 


76  LIVRF.    CENT    VINGT-DEIlXIKWi- J 

grande  étendue;  dans  les  villages  des  niontagnai-ds^  les 
maisons  sont  serrées  les  unes  contre  les  autres  ;  les  habita- 
tions di^s  premiers  sont  en  claies  d'osier;  celles  des  antres 
sont  en  planches.  > 

La  capitale  de  l'Iméretliie  est  Koutaïs  que  l'on  appelle 
ainsi  que  nous  l'avons  dit  Kotatis  ou  Koiithaîhis.  Cette  ville 
n'a  (jue  2000  habîtans  :  elle  est  située  sur  la  gauche  du 
Ilioni.  C'est  la  résidence  d'un  évêque  et  d'un  gouverneur 
dont  la  juridiction  s'étend  sur  l'Imérethie,  !a  Mingrélie ,  la 
Gourie  et  la  grande  Ahasie.  On  voit  dans  ses  environs  les 
ruines  d'une  ancienne  ville  dont  l'antique  cathédrale  offre 
encore  de  beaux  restes,  et  dont  la  forteresse  dut  être  con- 
sidérable. Les  habitans  de  Koutaïs  ,  dont  plus  de  ta  moitié 
se  compose  de  Juifs,  et  le  reste  d'Arméniens,  s'occupent 
beaucoup  de  jardinage.  Non  loin  de  celte  ville,  on  remar- 
que te  grand  couvent  de  Giînath,  appelé  vulgairement  Ge- 
lath,  dans  lequel  on  conserve  une  riche  bibliothèque,  et 
l'un  des  battans  de  la  porte  en  fer  de  Derbent,  qui  y  fut  porté 
par  un  roi  nommé  Dawith  (').  Le  supérieur  de  ce  couvent 
est  un  archevêque  ;  on  lui  donne  le  titre  de  Genathel,  Bag- 
dad, à  6  lieues  au  sud  de  Koutaïs,  est  une  petite  ville  for- 
tifiée; elle  a  i5oo  habîtans. 

Les  montagnes  de  Radcha  passent  pour  être  riches  en 
mines  d'argent,  de  cuivre  et  de  fer.  Mais  ce  que  ce  district 
offre  de  plus  remarquable,  c'est  une  grande  quantité  de 
ruines  parmi  lesquelles  on  trouve  fréquemment  des  mé- 
dailles grecques  et  sassanides. 

■  Les  Gouriens  habitent  la  contrée  située  aux  bords  de  la 
mer  Noire ,  au  sud  du  Phasis,  Ruinés  par  les  pacbas  voi- 
sins, ils  abandonnèrent  la  navigation  et  la  pèche  ;  et  même 
depuis  qu'ils  sont  soumis  à  la  Russie ,  ils  ne  proBtent  d'au- 
cune des  nombreuses  richesses  qui  leur  sont  offertes  par 


ASiF,  :  Pajs  Caucasiens.  ^y 

la  nature.  La  CounVsjoitlt  d'une  température  saine,  d'un  sol 
propre  à  l'agriculture  et  à  l'entretien  du  betait ,  d'un  eliniat 
dont  !a  douce  influence  (ait  prospérer  le  cotonnier,  les  ci- 
trons,  les  olives  et  les  orangées;  de  tous  les  environs  du 
Caucase,  ce  n'est  qu'ici  que  mûrissent  ces  fruits.  Le  peuple, 
ainsi  que  sa  langue,  aéprouvéplusieurs  mélanges;  on  y  ren- 
contre des  Turcs,  desTatares,  des  Arméniens  et  des  Juifs.  • 

La  population  se  compose  tlcnviron  6  à  7000  familles  ; 
mais  il  n'y  a  que  deux  ou  trois  endroits  où  l'on  voit  plu- 
sieurs liabitations  groupées  autour  d'un  couvent  ou  d'un 
château;  le  reste  paraît  dépeuplé.  De  nombreuses  ruines 
de  châteaux  et  de  villages  annoncent  que  ce  pays  fut  au- 
trefois plus  peuplé.  On  sait  que  la  Gourie  est  une  partie  de 
laColchide  des  anciens.  A  la  paix  de  181a,  les  Turcs  en 
cédèrent  la  suzeraineté  à  la  Russie  :  aujourd'hui  elle  est 
une  partie  intégrante  de  cet  empire.  Baioiim  ou  Baloiiini,  le 
cbef-Iieu  de  la  Gourie,  est  situé  sur  la  câte  de  la  mer  Noire  ; 
son  port  est  très -fréquenté.  Pote  ou  Pothi,  à  l'emboucliure 
duSioni,  est  une  ville  de  laoohabitans. 

•  Les  jW/n^re'/ff/M  demeurent  au  nord  des  Gouriens,  et  à 
côté  des  Imérethiens,  dans  le  même  pays  que  jadis  possé- 
dèrent les  Golcliiens,  et  ensuite  les  anciens  Lazîens.  De 
vieilles  cités  en  ruines,  des  forteresses  russes  sur  le  bord 
de  la  mer,  des  vaisseaux  qui  font  voile  pour  la  Turquie, 
des  princes  et  des  nobles  qui  parcourent  les  campagnes 
pour  piller  le  paysan,  des  femmes  qui  Iraliîssent  leurs 
maris,  des  coml^ats  entre  tous  les  villages,  tel  était  na- 
guère le  tableau  de  la  Mingrélie.  Un  grand  bonnet  de 
I feutre  sur  la  tète,  les  pieds  nus  ou  enveloppés  de  peaux, 
qui  ne  sont  que  de  faibles  préservatifs  contre  la  boue 
de  ce  pays  humide,  des  chemises  et  des  habits  sales; 
Toilà  le  costume  du  Mingrélien  :  c'est  ainsi  qu'on  le 
trouve  au  milieu   de  femmes   débauchées,  qui   mangent 


•jS  LlVliK    CEMT    VINGT-DEUXIÈME. 

au  pillage  et  au  brigandage.  Voici  comment  naguère  un 
noble  mingrelien  se  procurait  îles  esclaves  :  ■  pendant  une 
attaque  subite,  ou  une  fuite  précipitée,  il  guettait  quelque 
ennemi  qu'il  pîlt  renverser  de  cheval,  et  dont  il  pftt  ainsi 
faire  son  prisonnier;  une  corde  attachée  à  sa  ceinture  lui 
servait  à  lier  le  prisonnier  aussitôt  qu'il  était  descendu.  Le 
commerce  des  esclaves  se  faisait  aussi  en  temps  de  paix  ; 
car,  en  MingrélJe ,  avant  la  domination  russe ,  le  maître 
vendait  son  domestique,  le  père  son  Ids  ,  le  frère  sa  sœur. 

s  Les  Turcs  vont  chercher  en  Mingrélie  de  la  soie,  de  la 
toile  ,  des  fourrures  ,  et  particulièrement  des  peaux  de  cas- 
tors ,  du  miel  rouge  et  blanc;  ils  y  portent  en  échange  des 
sabres ,  des  arcs  et  des  flèches,  des  orneniens  pour  les  che- 
vaux, des  draps,  des  couvertures,  même  du  cuivre  et  du 
fer;  car  les  anciens  possesseurs  de  la  toison  d'or  n'exploi- 
tent à  présent  aucun  métal.  - 

Redoiit-Kalé ,  petite  ville  fortifiée,  possède  le  port  le 
plus  fréquenté  de  la  côte  :  il  y  entre  annuellement  i3o  à 
i5o  navires.  Elle  n'a  que  5oo  babitans;  mais  elle  peut  de- 
venir importante  sous  le  gouvernement  russe.  AnakUa  ou 
Anakria ,  à  quelques  lieues  au  nord-ouest  à  l'embouchure 
de  rinéour,  paraît  occuper  remplacement  de  l'antique  Hé- 
raclée;  il  y  a  un  port  et  une  forteresse.  C'est  le  siège  d'un 
commerce  assez  actif, 

«  La  Mingrélie  est  encore  aussi  humide  ,  chaude  et  fié- 
vreuse qu'à  l'époque  où  }Iippocrate  la  décrivit  sous  le  nom 
de  Colchide.  En  été  ,  il  y  règne  des  maladies  pestilentielles 
qui  enlèvent  les  hommes  et  les  animaux,  La  végétation  y 
est  d'une  extrême  activité;  tous  les  fruits  y  viennent  sans 
<|u'on  prenne  soin  de  les  greffer  ;  il  est  vrai  qu'ils  ne  sont 
pas  toujours  d'un  goût  exquis.  Les  châtaigniers  et  les  fi- 
guiers abondent(i).  On  ne  vante  que  le  vin,  qui  est  salubre 

£')  tttintggt,  11 ,  açf  iq/f.  Guldenttedt ,  I,  4o°-4'>S' 


► 


ASIE  :  Pays  Caucasiens.  ~j() 

et  plein  de  feu;  il  y  a  nussl  dci  riz  et  du  millet  ou  du  gom. 
LesMingréliens  ne  cultivent  plus  le  lin  (0,  qui,  du  temps 
d'Hérodote  etdeStr^bon,  fournissait  aux  Col  chien  s  la  ma- 
tière dune  fabrication  importante,  dont  Chardin  observa 
encore  les  restes.  Le  seul  objet  auquel  ils  donnent  quelque 
soin,  c'est  l'entretien  des  abeilles.  Le  miel  de  quelques 
cantons  où  abonde  \azalea  pontica,  est  amer  W,  comme 
Strabon  l'avait  observé.  C'est  au-delà  du  Phasis,  dans  la 
Courte,  que  Xénophon  trouva  une  sorte  de  miel  qui  don- 
nait une  espèce  de  délire  à  ceux  qui  en  mangeaient ,  effet 
*jue  Pline  attribue  au  r/iodoilendro/i,  arbrisseau  abondant 
dans  les  forêts  où  voltigent  les  abeilles  (3). 

«  Les  superstitions  sont  extrêmement  répandues  en  Min- 
grelie.  Les  missionnaires  du  XVII'  siècle  ne  parvinrent  pas 
même  à  faire  supprimer  une  fête  qu'on  y  célébrait  en  l'hon- 
neur d'un  bœuf,  et  qui  rappelle  le  culte  d'Apis.  Le  prince 
de  la  Mingrélie  prend  le  titre  de  Datlinn  on  maître  de  la 
mer;  depuis  i8o3  il  s'est  déclaré  vassal  de  la  Russie,  qui 
lui  assura,  ainsi  qu'à  ses  descendans,  la  jouissance  des 
droits  qu'il  possédait.  Malgré  son  litre  de  maître  de  la  mer, 
il  ne  possède  pas  une  barque  de  pêcheur;  ordinairement 
il  erre  avec  sa  suite  d'endroit  en  endroit,  et  son  camp, 
séjour  de  la  licence,  l'est  aussi  de  la  misère  (4).  Les  Min- 
gréliens  nobles  aiment  la  chasse;  ils  savent  apprivoiser  des 
oiseaux  de  proie  qui  servent  à  faire  la  guerre  an  gibier.  Un 
proverbe  mingrélien  cite  un  bon  cheval ,  un  bon  chien  et  un 
bon  faucon ,  comme  trois  choses  indispensables  à  la  félicité 
humaine.  La  chasse  fournit  au  Mingrélien  une  provision 
abondante  de  venaison.  Dans  ses  repas  il  mange  encore 
desfaisans,  oiseaux  indigènes  de  ce  paya,  dont  le  Phasis 
forme  la  frontière.  Les  mahométans,  qui  sont  en  grand 

(0  Heineggs  ,  11 .  3o.  —  ;=)  Guldensledt,  I,  375,  -jSi  ,  ag;  si)/}. 
W  Xénophon,  Cyri  cipcd, ,  IV.   8.   PUn. .   XXI,    i3.— (1)  Ftlir 
.agorio ,  Lettres  sur  la  MingréllR,  Annales  des.  Voyages,  IX. 


8o  [.IVHE    CENT    ViNCr-DEUXEÈMl;. 

nomlire  dans  la  Mingrélie,  ne  voient  pas  sans  une  indi- 
gnation profonde  labondance  de  vin  et  de  porc  qui  y 
règne,  tandis  qu'on  manque  de  bon  pain. 

«  A  l'est  d'Odichi  et  de  la  Mingrélie  proprement  dite, 
est  située  la  petite  province  mingrélienne  de  Letch- 
gou/ttf  où  les  habitans  demeurent  dans  des  cabanes  de 
pierre.  " 

La  population  de  la  Mingrélie  se  compose  de  i4,ooo 
familles  géorgiennes,  arméniennes,  tatares  et  juives;  mais 
la  religion  grecque  y  est  dominante,  et  le  pays  est  divisé 
en  trois  diocèses. 

La  Grande-Abctsie  s'étend  sur  le  versant  méridional  du 
Caucase  depuis  la  Mingrélie  jusqu'aux  frontières  de  la  Cir- 
cassie  occidentale.  C'est  un  pays  arrosé  par  un  grand  nom- 
bre de  petits  cours  d'eau,  et  très-fertile,  quoique  mon- 
tueux. 

«  Les  Abases,  qui  se  donnent  eux-mêmes  le  no\nè^Absne, 
sont  des  barbares  bien  faits,  endurcis  et  agiles;  un  visage 
ovale,  une  tète  comprimée  sur  les  côtés,  un  menton  court, 
un  grand  nea ,  des  cheveux  d'un  cMtain  foncé,  leur  donnent 
une  physionomie  nationale  très-remarquable.  Les  Grecs 
les  connurent  jadis,  sous  le  nom  d'jischœi,  comme  des 
pirates  rusés  et  redoutables;  sous  le  nom  d'^basgi,  ils 
étaient  décriés  chez  les  Byzantins  pour  leur  commerce 
d'e^avea.  Les  Circassiens  invitèrent  un  jour  les  princes 
abasiens  à  une  assemblée,  et  après  avoir  gagné  leur  con- 
fiance, ils  assassinèrent  les  cbefs  de  ce  peuple  libre.  Depuis 
cette  époque,  les  Abases,  livrés  à  des  guerres  civiles,  ont 
perdu  le  peu  de  civilisation  qu'ils  avaient  reçu  de  Constan- 
tinople.  On  trouve  pourtant  dans  la  célébration  du  dimanche 
une  faible  trace  de  leur  ancien  christianisme.  Les  uns, 
nomades  paisibles,  errent  dans  les  forêts  de  chênes  et 
d'aunes  qui  couvrent  le  pays;  les  autres  vivent  d'un  peu 
d'agriculture;  tous  sont  enclins  au  brigandage,  et  seven- 


ASIE  :  Pays  Caucasiens.  8i 

dent  les  uns  les  autres  aux  marchands  d'esclaves  (■).  La 
langue  et  les  coutumes  des  Abases  ressemblent  beaucoup 
à  celles  des  Circassiens,  selon  Guldenstedt  (^)  ;  tandis  que 
Patlas  affirme  que  leur  idiome  ne  lui  parut  avoir  de  rapport 
avec  aucune  langue  connue  Ç>).  On  présume  quil  y  a  dans 
le  pays  des  Abases  des  mines  d'argent  cachées  ;  mais  ils  n'en 
savent  pas  plus  profiter  que  de  leur  situation,  si  propre  à  la 
navigation  et  à  la  pèche. 

-  Les  objets  de  commerce  des  Abases  consistent  en  man- 
teaux de  drap  et  de  feutre,  en  pelisses  de  renards  et  de 
fouines,  en  miel,  en  cire  et  en  bois  de  buis,  dont  les  Turcs 
lont  des  achats  considérables.  Les  marchands  turcs  et  ar- 
'méniensqui  leur  apportent  du  sel  etdesétofi'es,  se  tiennent 
'constamment  en  garde  contre  les  attaques  de  ces  perfides 
f  sauvages,  qui,  dés  qu'ils  se  trouvent  en  force,  dépouillent, 
I  dit-on,  sans  distinction,  leurs  amis  et  leurs  ennemis  (4). 

"  La  Gr.inJe-Abasie  est  en  général  couverte  de  forêts,  où 
[la  chaleur  et  l'humidité  entretiennent  une  végétation  aussi 
f-ftbondante  que  celle  de  l'Amérique;  les  lianes  y  étouffent 
f-les  arbres  sous  leurs  branches  entrelacées.  > 

Soudjoak-kalè ,  la  plus  occidentale   et  la  plus  septen- 

i'trionale  des  villes  de  la  Grande- Abasie,  est  à  6  lieues  au 

sud-est  de  la  cité  circassienne  d'Anapa.  C'est  une  place  de 

commerce  bien  située ,  à  l'entrée  d'une  petite  baie ,  avec  un 

l)on  port,  et  défendue  par  une  forteresse,  SouliacÂi  n'eut 

qu'un  bourg  à  l'embouchure  dune  petite  rivière  du  même 

;  Mamaï  n'est  aussi  qu  un  bourg,  mais  avec  un  bon 

port.  Les  autres  lieux  habites  de  la  côte  ne  sont  que  des 

I  bourgades,  à  l'exception  de  Sotikgouni'kalé  oa  Sokhoum- 

I  Aalé^  petite  ville  qui,  sous  le  gouvernement  turc,  n'a  fait 

i.')  Ràneggs  ,\,  \}.    1^1  si/q.    Guhienitt/Ù,  1,  ^b^,  Comp.  Cliardiit. 
tj^mùen,  ete.—(')Guldenstedt,  1,  i^i  el  ^6-;.—!?)  Patlat.  Voyngo 
B  Is  HuBsic  méridionale,  1 ,  2-ji.  — (M  P^yssoniiel,  Traité  du  Coin- 
'ce,  )1 ,  au  commencenu^nt. 
VIII-  li 


L 


B-2  LIVRE    CENT    VINGT-DEDXlÈME. 

que  déchoir  d'année  en  année  :  en  1787  elle  avait  3oou 
haLitans;  aujourd'Iiui  elle  n'en  a  pas  3oo,  mais  déjà  elle 
commence  â  éprouver  l'heureuse  influence  d'un  gouverne- 
meni  européen.  C'est  à  une  lieue  au  sud-est  que  se  trouve 
Iskouria,  ville  maritime  ruinée,  qui  paraît  être  l'antique 
Dioscurias ,  port  dans  lequel ,  au  rapport  de  Pline ,  venaient 
commercer  des  marchands  de  3oo  nations  différentes.  Pil- 
jioani«,  àfilieuesau  nord-ouest,  paraît  être  l'ancienne  Jp/(7uj. 

Les  peuplades  abases  se  distinguent  sous  les  sept  noms 
suivans  :  les  Arestkovacites ,  les  Baghis  y  les  Ibsips,  les 
Inalkoups,  les  Madchaveis ,  les  Oubyks  et  les  Stzsks  (i), 

La  province  de  Chirvan  occupe  le  bassin  inférieur  dii 
Kour,  depuis  l'extrémité  orientale  de  la  Géorgie  jusqu'à  la 
mer  Caspienne.  Sa  longueur,  de  l'ouest  à  l'est,  est  de  plus 
de  60  lieues,  sa  largeur  moyenne  d'environ  5o,  et  sa  su- 
perficie de  1200  lieues  carrées.  On  y  rencontre,  surtout 
près  des  bords  du  Kour,  un  grand  nombre  de  marais  et 
de  lacs,  dont  plusieurs  sont  salés.  On  y  trouve  aussi  des 
Steppes,  dont  la  plus  considérable  est  celle  de  Mogkan, 
longue  de  a5  lieues  et  large  de  plus  de  10,  qui  abonde  en 
pâturages,  mais  qui  est  infestée  de  serpens.  Les  montagnes 
y  renferment  plusieurs  métaux,  parmi  lesquels  on  exploite 
principalement  le  fer.  Leurs  cimes  sont  couvertes  de  forêts 
qui  servent  de  retraite  au  chacal,  à  la  gazelle,  à  l'antilope 
et  à  plusieurs  autres  espèces  d'animaux.  Les  pâturages  qui 
bordent  les  rivières  nourrissent  un  grand  nombre  de  cha- 
meaux, <le  buftles,  de  clièvi-es,  de  moutons  à  grosse 
queue ,  et  de  chevaux  d  une  race  estimée.  Les  coteaux  sont 
garnis  de  vignes  qui  fournissent  le  meilleur  vin  du  Cau- 
case; les  champs  sont  couverts  de  coton,  de  chanvre,  de 
garance,  de  safran,  de  soude  et  de  tabac. 

l'imvrage  intitulé  :  Aper^  des  divtrtei  peuplades  du  Cau- 
3  homme  J'Ëtat  russe  ;  traduit  par  le  doWpiir  Sieffcns  ,  pru- 
fesKur  i  BfwUu  (  Hertha  ,  i8j6.  —Vol.  VU  ,  cah.  11 ,  p,  ï3  ). 


ASiH  :  Pays  Caucasiens.  83 

Le  cotonnier  du  Chirvan  est  une  plante  herbacée  an* 
nuelle  qui  a  Tinconvénient  de  produire  un  coton  trop  court 
pour  pouvoir  être  filé  fin.  La  totalité  du  coton  récolté  an* 
nuellement  est  d'environ  100,000  pouds  (  1,6379200  kilo- 
grammes )  ;  mais  le  pays  pourrait  en  fournir  dix  fois  autant , 
si  les  habitans  étaient  moins  indolens  et  mieux  éclairés 
sur  leurs  intérêts.  Cest  surtout  sur  le  territoire  de  Bakou 
que  la  culture  du  safran  est  la  plus  répai^due.  On  le  ré- 
colte en  mai.  On  assure  qu'il  ne  le  cède  ni  à  celui  de  Tltalie 
ni  à  celui  de  Flnde;  il  s'en  fait  une  grande  consommation 
dans  le  pays ,  et  il  s'en  exporte  annuellement  pour  1 5o,ooo 
roubles. 

Les  pêcheries  de  l'Âras  et  du  Kour  forment  une  des 
branches  les  plus  importantes  de  l'industrie  du  Chirvan. 
Les  ports  destinés  à  ces  pêcheries  se  nomment  uatagas^  et 
sont  au  nombre  de  sept  :  Bojii^  Acouscha^  Lopatine^ 
ToprakaU^  Ai-boutagne^  Aboulianeel  Meneïmane.  La  pêche 
se  partage  en  trois  périodes  :  celle  du  printemps  (  béliak  ) , 
celle  de  l'été  [jarkovsky)^  et  celle  de  l'automne.  La  pre* 
mière  commence  en  mars  et  finit  en  juin;  la  seconde  dure 
de  juillet  à  septembre  j  et  la  troisième  de  septembre  à  dé- 
cembre. Celle  du  printemps  est  la  plus  importante,  et 
fournit  à  elle  seule  les  trois  quarts  du  produit  annuel.  Les 
poissons  que  Ton  prend  sont  les  principales  espèces  d'es* 
turgeons ,  telles  que  Y  esturgeon  commun  y  le  bélouga  et  le 
seçruga;  quant  aux  silures^  ils  sont  aussi  très-nombreux, 
mais  on  les  rejette  après  en  avoir  extrait  la  colle  que  le 
fermier  de  la  pêche  abandonne  aux  pêcheurs.  Tout  le  pois- 
son pris  en  été  et  en  automne  est  mis  en  balyk^  c'est- 
à-dire  découpé,  salé  et  séché  au  soleil;  la  pêche  du  prin* 
temps  fournit  les  œufs  d'esturgeons,  qui  sont  convertis  de 
suite  en  caifiar.  A  l'exception  du  balyk,  les  produits  de  la 
pêche  sont  expédiés  à  Astrakhan,  et  forment  le  chargement 
d'une  douzaine  de  navires.  Ce  qui  complétera  l'idée  qu'on 

6. 


84  LIVRE    CENT    VINGT-DEUXIÈME. 

(ioit  se  former  de  l'importance  de  ces  pêcheiies ,  c'est 
qu'elles  étaient  affermées  en  i83o  à  66,000  roubles  argent, 
c'est-à-dire  à  227,000  francs;  que  les  frais  du  fermier  s'é- 
lèvent à  plus  de  600,000  francs,  ce  qui,  sans  compter  ses 
bénéfices ,  porte  la  pèche  à  plus  de  827,000  francs  ['}. 

On  estime  la  population  de  la  province  de  Chirvan  à 
i35,ooo  habitans ,  la  plupart  Turcomans ,  Arméniens^ 
Tadjiks  et  Lesgbiz. 

On  remarque ,  en  traversant  le  Caucase ,  une  grande 
différence  dans  l'aspect  que  présente  le  versant  septentrio- 
nal ou  européen  et  Je  versant  opposé.  Sur  le  premier  on 
ne  voit  pas  même  nn  buisson  ombrager  les  coteaux  arides; 
sur  le  second,  des  ruisseaux  serpentent  au  milieu  de  forêts 
d'arbres  fruitiers  et  forestiers.  Noufi/iiétuit  autrefois  le  chef- 
lieu  du  khanat  de  Cheki  ;  il  est  situé  au  pied  de  montagnes 
abruptes  dont  la  cime  atteint  la  hauteur  des  neiges  perpé- 
tuelles (3}.  Cette  ville  est  moins  importante  qu*  celle  de 
Cheki,  composée  de  5oo  maisons  et  défendue  par  un  châ- 
teau-fort où  résidait  le  khan.  Vieux- Chamakhi ^  que  le  roi 
de  Perse  Nadir-chah  détruisit  en  1 735 ,  a  vu  dans  ces  der- 
nières années  relever  ses  muiailles,  réédifier  ses  bazars, 
reconstruire  ses  anciens  édifices;  et,  replacé  par  les  Russes 
ou  rang  de  capitale  de  la  province,  tout  fait  espérer  qu'il 
reprendra  son  ancienne  activité  commerciale.  Nouveau- 
CA««inM/,  bâti  par  Nadir-chah,  et  qui  a  eu  jusqu'à  3o,ooo 
habitans,  est  aujourd'hui  beaucoup  moins  important, 
tandis  que  Bakou,  chef-lieu  d'un  arrondissement  de  ce 
nom,  est  la  principale  ville  de  la  province  comme  place 
de  guerre  et  de  commerce,  ainsi  que  par  son  port  et  sa 
population  que  l'on  évalue  à  12  ou  i5,ooo  âmes.  Ses 
maisons  sont  mal  bâties,  et  les  toits  se  terminent  la  plupart 


L 


{■)  Journal  de  Saint-Pëtersboiirg ,  du  5  juillet  iSIti 
(')  M.  Steven  .*  Voyage  dans  le  Caucase  oriental. 


i 


ASIE  :  Pajrs  Caucasiens.  85 

en  terrasse;  les  rues  sont  étroites  et  tortueuses;  la  prin- 
cipale est  formée  de  deux  rangées  de  boutiques,  et,  comme 
celles-ci,  ne  s'onvreiit  qu'en  selevant  de  bas  en  haut: 
quand  toutes  ces  portes  sont  ouvertes ,  ta  rue  ressemble  à 
un  passage  couvert.  IVous  ne  dirons  pas,  comme  un  voya- 
geur récent  ('),  que  Bakou  est  située  sur  le  mont  Bech- 
Bannak  :  ce  serait  une  erreur;  mais  nous  Ferons  remarquer 
que,  du  côté  de  la  terre,  elle  est  entourée  d'une  double 
enceinte  de  murailles  flanquées  de  tours  ornées  de  canons; 
tandis  que,  du  côté  de  la  mer,  il  n'y  a  qu'un  simple  mur 
C{ue  les  vagues  baignaient  autrefois  et  qui  n'en  approchent 
plus  qu'à  la  distance  de  i5  pieds  :  ce  qui  semble  indiquer 
un  abaissement  des  eaus  de  la  mer  Caspienne.  Cette  ville 
possède  quelques  ruines  remarquables;  entre  autres  une 
arcade  en  ogive,  servant  autrefois  d'entrée  à  la  Mosquée. 
Ses  plus  beaux  édiSces  sont  l'ancien  palais  du  chah,  et  une 
église  arménienne  ;  mais  le  plus  digne  d'attention  est  une 
tour  ancienne,  appelée  la  Tour  de  la  Vierge  ,  et  qui  parait 
avoir  servi  de  phare.  Son  port  est  le  meilleur  qu'il  y  ait  sur 
la  mer  Caspienne  :  il  est  fermé  par  deux  îles  et  défendu  par 
deux  forts.  Il  s'y  fait  une  pêche  importante;  c'est  celle  des 
phoques  qui  fréquentent  ses  parages.  Ses  principales  expor- 
tations sont  celles  de  l'opium,  du  vin,  de  la  soie,  du  sel, 
du  salpêtre  et  du  naphte,  que  l'on  recueille  sur  son  terri- 
toire. Cette  ville  est  regardée  comme  un  lieu  saint  par  les 
Hindous  qui  suivent  encore  les  croyances  des  anciens  Par- 
sis,  adorateurs  du  feu.  Les  motifs  de  cette  croyance  tien- 
nent à  un  phénomène  qui  mérite  d'être  relaté. 

■  A  l'orient  de  Vicux-Chamakhi ,  le  Caucase  s'abaisoe; 
une  grande  langue  de  terre  s'avance  dans  la  mer  Caspienne; 
c'est  la  péninsule  d'^^cAe/»n  ou  d'OXo/iej*« ,  dont  les  terres 
ai^ileuses  et  salines  se  couvrent  d'usé  végétation  languis- 

}  M.  Camba. 


86  LIVRE    CENT    VIPiGT-UEUXlRBII'. 

santé,  mais  où  les  t'ameuses  sources  de  iiaphte  sont  un 
sujet  d'admiration  pour  les  voyageurs,  et  un  trésor  iné- 
puisable pour  la  ville  de  Bakou.  Les  principaux  puits,  au 
nombre  de  82,  sont  au  village  de  Balkhany;  l'un  d'eux 
donne  5oo  livres  par  jour.  Non  loin  de  là,  à  3  ou  4  lieues 
de  Bakou,  setend  le  champ  des  grands  Jeux ,  d'environ  un 
quart  de  lieue  en  carré  ;  c'est  un  terrain  d'où  il  sort  conti- 
nuellement un  gaz  inflammable.  Desguéhres,  ou  adorateurs 
du  feu ,  y  ont  bâti  plusieurs  petits  temples.  Dans  l'un  d'eux , 
près  d'un  autel ,  on  a  fixé  dans  la  terre  un  large  tuyau  creux 
en  forme  de  canne.  De  son  ouverture  supérieure  sort  une 
llanime  bleue,  plus  pure  que  celle  de  l'esprit-de-vin ;  il 
s'échappe  une  flamme  semblable  d'une  ouverture  horizon- 
tale ménagée  dans  le  rocher.  Une  colline,  près  de  Bakou, 
fournit  du  naphte  blanc ,  mab  on  ne  l'y  trouve  qu'en  petite 
quautité;  les  Russes  s'en  servent  comme  cordial  et  comme 
métlieament;  ils  l'appliquent  aussi  à  l'extérieur.  Non  loin 
de  là  se  trouvent  deux  sources  d'eau  chaude  qui  bouillent 
comme  le  naphte;  l'eau  est  imprégnée  d'une  argile  bleue 


qui 


,  mais  elle  s'éclaircit  en  la  lois 


poser  ;  quand  on  s'y  baigne ,  elle  fortifie  et  donne  de  l'appé- 
tit. Le  khan  de  Bakou  tirait  du  naphte  un  revenu  de 
40,000  roubles.  » 

Ce  qui  peut  donner  une  idée  exacte  des  salses  et  des 
feux  de  Bakou,  ce  sont  les  observations  faites  sur  les  lieux 
par  des  sa  vans  dignes  de  confiance.  Suivant  le  rapport  d'une 
commission  chargée  d'examiner  les  phénomènes  qui  se 
développèrent  aux  environs  de  Bakou  le  27  novembre  1827: 
A  5  heures  après  midi  il  s'éleva,  près  de  lokmali,  une 
énorme  colonne  de  feu  accompagnée  d'un  grand  bruit; 
après  s'être  soutenue  à  la  même  élévation  pendant  trois 
heures,  elle  diminua  successivement  pendant  vingt-quatre 
heures,  et  resta  enfin  à  la  hauteur  de  26  pouces.  Le  feu 
s'étpndaii  sur  un  terrain  de  :>.g25  pieds  de  longtieiu'  et  de 


ASIE  :  Pays  Caucasiens. 
i3oo  de  largeur.  Dans  les  premiers  momens,  ce  petit 
lança  une  grande  quantité  de  pierres  en  incandescence, 
ainsi  que  des  masses  d'eau.  Il  ne  s'est  point  formé  de  cra- 
tère, mais  la  place  d'où  s'éleva  la  colonne  de  feu  s'est  aou- 
levée  à  la  hauteur  d'environ  3  pieds.  Près  du  volcan,  une 
source  marécageuse  rejette  continuellement  des  bulles  denu 
d'im  pied  et  demi  de  diamètre  et  de  hauteur;  quelquefois 
elle  lance  des  masses  d'eau  deux  fois  plus  considérables. 

Les  environs  de  Bakou  semblent  d'abord  n'avoir  rien  de 
volcanique;  mais,  en  réunissant  les  dîfférens  faits  qui  y  ont 
été  observés,  on  voit  que  les  phénomènes  qu'ils  présentent 
tiennent  le  milieu  entre  les  véritables  volcans  et  les  salses, 
et  l'on  est  alors  autorisé  à  admettre  ces  dernières ,  même 
parmi  les  effets  volcaniques.  Ainsi  la  chaleur  qui  se  mani- 
feste dans  les  orifices  par  lesquels  s'échappe  le  gaz  en- 
flammé dans  les  environs  de  Bakou ,  est  plus  considérable 
que  dans  les  salses  de  l'Italie  :  M.  Lenz  (■)  a  reconnu  dans 
la  plus  grande  des  cavités  de  lokmali  une  température  de 
la  degrés  (centigrades),  et  dans  un  des  trous  des  grands 
feux  a8  degrés  ^.  De  plus,  une  autre  salse  près  de  Bakou 
ofïre  des  caractères  communs  avec  les  véritables  volcans  : 
elle  est  située  sur  une  montagne  de  forme  conique,  haute 
de  loo  pieds,  mais  qui  était  deux  fois  plus  élevée  avant 
que  sa  cime  se  fût  écroulée.  Elle  est  couverte  d'un  grand 
nombre  de  petits  cônes  d'argile  d'environ  20  pieds  de  hau- 
teur. La  masse  de  limon  liquide  rejelée  par  la  bouche 
ûtuée  au  point  le  plus  élevé  occupe  un  espace  d'environ 
1000  pieds  de  longueur  sur  200  de  largeur.  Cette  bouche, 
lorsque  la  cime  était  intacte,  n'avait  que  quelques  pouces 
de  diamètre;  elle  était  remplie  d'un  limon  liquide;  des 
bulles  de  gaz  s'en  dégageaient  et  lançaient  à  2  pieds  en 
l'air  le  limon  qui,  en  retombant,  augmentait  les  dimen- 

(')  UUrc  «  M    d,.-  Itumhold'  sur  ks  salw'*  el  ks  fpu.\  '\f  H.Ami 


volcan         ^^M 


i 


88  LIVRE    CENT    VlMGT-DEUXlîfME. 

aioni  du  cane.  On  trouve  dans  ce  limon  de  nombreux 
quartiers  de  rochers,  qui  tous  paraissent  avoir  éprouve  une 
chaleur  plus  ou  moins  considérable;  on  voit  même  aux 
environs  des  morceaux  d'une  véritable  scorie. 

Quant  aux  salses  qui  jettent  du  limon  liquide,  situées 
pFès  du  village  de  Balkliany,  ce  sont,  dit  M.  Lenz,  des  fosses 
remplies  de  limon  et  de  naphte  noir  ;  les  plus  grandes  ont 
2  ;i  6  pieds  de  diamètre.  Des  bulles  de  gaz  s'y  élèvent  à  des 
intervalles  plus  ou  moins  longs.  Des  deux  côtes  de  la  colline 
le  gaz  sort  perpétuellement  de  terre  avec  un  sifOemenl. 

L'île  Po^orélaïa-Ptita  (le  Roc  brûléj,  à  l'embouchure  du 
Kour,  présente  les  mêmes  phénomènes  que  les  champs  île 
limon  de  lokmalî. 

A  l'endroit  où  commence  le  delta  du  Kour  on  voit  ia 
petite  ville  de  Salian,  célèbre  par  la  pèche  et  le  commerce 
de  l'esturgeon.  A  environ  4o  lieues  à  l'ouest,  ChoucJah  ou 
Choiichi,  forteresse  construite  sur  un  roc  escarpé,  n'est 
accessible  que  par  un  sentier  étroit. 

Les  deux  khanats  persans  d'Erivan  et  de  ïïakhtchivan , 
cédés  par  la  Perse  en  vertu  du  traité  de  1828,  forment  la 
province  russe  <X Arménie,  peuplée  de  400,000  âmes.  Elle  est 
divisée  en  quatre  arrondissemens ;  sa  capitale,  Erifcin,  se 
compose  de  uooo  maisons  éparses  au  milieu  de  champs  et 
de  Jardins;  sa  population  est  de  1 3,000  habitans ,  la  plupart 
Arménien.s.  La  forteresse  qui  la  défend  couronne  un  rocher 
qui  s'élève  de  600  pieds  au-dessus  du  Zenghi ,  petite  rivière 
qui  arrose  la  ville.  Cest  dans  l'enceinte  de  cette  forteresse 
que  se  trouvent  le  palais  du  gouverneur,  une  belle  mos- 
quée et  une  fonderie  de  canons. 

A  10  lieues  au  nord-ouest  de  cette  ville  on  voit  le  lac 
Sifdn  ou  Sebanga,  appelé  aussi  Gouktcha,  nom  qu'il  doit 
à  ta  couleur  bleue  de  ses  eaux ,  qui  est  elle-même  l'effet  de 
sa  grande  profondeur.  Il  est  long  de  i4  lieues,  et  large  de  5. 
il  nourrit  un  grand  nombre  de  poissons,  dont  plusieuis 


ASIE  :  Pays  Caucasiens.  89 

passent  pour  des  mets  exquis.  Vers  son  extrémité  occiden- 
tale s  élève  une  petite  île  qui  renferme  un  couvent  où  Ion 
relègue  les  moines  de  celui  d^ Etchmiadzine ,  lorsqu  ils  se 
sont  rendus  coupables  de  quelques  délits.  Ce  dernier  cou- 
vent ,  situé  à  quelques  lieues  à  Touest  d'Erivan ,  est  lancien 
chef-lieu  de  la  religion  arménienne  :  cest  là  que  réside  le 
principal  patriaiche  de  TArménie.  Le  village  qui  selève 
auprès  a  le  rang  de  chef-lieu  d'arrondissement. 

Ptolémée  parle  dune  ville  de  Naxuana^  située  en  Ar-^ 
ménie;  on  croit  la  retrouver  dans  Nakhtchivan^  à  peu 
de  distance  de  TAras,  et  à  3o  lieues  au  sud-est  d^Erivan. 
Elle  fut  ruinée  au  commencement  du  XYIP  siècle,  sous  le 
règne  d'Abbas  I*',  qui  en  fit  transporter  les  habitans  dans 
l'intérieur  de  la  Perse.  Chef-lieu  d'arrondissement,  sa  po- 
pulation ,  qui  fut  plus  de  dix  fois  plus  considérable ,  ne 
parait  pas  dépasser  3  à  4^00  âmes.  En  descendant  l'Aras 
on  arrive  à  la  ville  ^Ourdahad^  peuplée  de  6000  âmes. 
Elle  est  sur  la  gauche  du  fleuve,  près  d'une  cataracte  que 
forment  ses  eaux  en  tombant  de  20  pieds  de  hauteur. 

La  province  d'Arménie  compreod  un  plateau  de  800 
pieds  de  hauteur ,  entrecoupé  de  montagnes  et  de  collines. 
Le  sol  en  général  en  est  bien  arrosé ,  et  fertile  en  céréales , 
en  riz  et  en  vignes.  Le  climat  en  est  sain  ;  Tété  y  est  doux , 
mais  l'hiver  y  est  très -rude. 

Telles  sont  les  provinces  asiatiques  qui  forment  la  Russie 
méridionale. 


90 


LIVRE    CENT    VINGT^DEUXIÈME. 


TABLEAU 

DES  POSITIONS  GÉOGRAPHIQUES  DE  LA  RUSSIE 

ÀU     SUD    D8    LA    CRETE    DU    CA.UCASE. 


NOMS  DES   LIEUX. 


TiFLlS 

Ielisavetpol 

Akhaltsikhe 

KOUTÀÏS 

Batoum 

RsDOUT-KALé 

SoUKHOUM-KALÉ 

Chbki 

Nouveau  -Chamakhi 

Bakou... 

Érivak 

NAKHTCHiyAK 


LATITUDE. 


4i«  3o  3o  N. 

t^o  la  G  N. 

4i  55  G  N. 

4a  i*»  o  N. 

4i  38  4o  N. 

4a  i4  la  N. 

4a  59  ao  N. 

40  4?  o  N. 

40  34  o  N. 

40  ai  ao  N. 

4o  I  i5  N. 


LOKGITUDB. 


38  59  ao  N.  43  ai  10  £. 


4ao  4i*  i5"E. 

45  5  o  E. 

40  4^  o  ^* 

4o  ao  o  E. 

39  18  40  £• 

39  18  i5  E. 

38  39  53  E. 

44  la  o  E. 

45  ao  o  E. 

47  ^7  48  E. 

4a  36  o  E. 


>««>»4H 


LIVRE  CENT  VINGT-THOISIÈME. 

Suite  de  la  Description  de  TAsie. — Turquie  d'Asie. — Première 
sectioD.  —  Péninsule  de  l'Anatolie  ou  de  TAsie-Mineure ,  avec 
les  côtes  de  la  mer  Noire. 


«Nous  allons  fouler  un  sol  fertile  en  grands  souvenirs; 
mais  ces  souvenirs  même  n'existent  point  pour  les  habi- 
tans  actuels,  abrutis  par  Tignorance  et  Fesclavage.  Une 
égale  obscurité  enveloppe  la  gloire  de  vingt  peuples  qui. 
jadis  florissaient  dans  l'Asie  occidentale;  les  troupeaux  bon- 
dissent également  sur  le  tombeau  d'Achille  et  sur  celui 
d'Hector;  les  trônes  des  Mithridate  et  des  Antiochus  ont 
disparu  comme  les  palais  de  Priam  et  de  Crésus  ;  les  mar- 
chands de  Smyrne  ne  se  demandent  guère  si  ce  fut  dans, 
leurs  murs  que  naquit  Homère;  le  beau  ciel  de  l'Ionie 
n'inspire  plus  ni  peintres  ni  poètes  ;  la  même  nuit  couvre 
de  ses  ombres  les  rives  du  Jourdain  et  les  bords  de  l'Eu- 
phrate;  la  république  de  Moïse  a  disparu;  les  harpes  de 
David  et  d'Isaïe  sont  muettes  à  jamais;  un  pasteur  arabe 
vient  avec  indifférence  appuyer  ses  tentes  aux  colonnes 
brisées  de  Palmyre;  Babylone  aussi  a  succombé  sous  les 
coups  d'un  destin  vengeur,  et  cette  cité  qui  régnait  sur^ 
l'Asie  opprimée,  laisse  à  peine  après  elle  une  trace  qui 
puisse  indiquer  où  s'élevaient  les  remparts  de  Sémiramis. 
«  J'ai  vu  sur  les  lieux,  dit  encore  un  voyageur,  l'accom^ 
«  plissement  de  cette  prophétie  :  que  Tyi',  la  reine  des  na- 
«  tions,  ne  serait  plus  qu'un  roc  où  les  pêcheurs  feraient 
«  sécher  leurs  filets  (0.  » 

«  Cependant ,  si  la  civilisation  européenne ,  par  quelque^ 

(')  JEJzech.,  ch.  xxvi,  v.  a.        ^ 


l 


f)a  tIVRE    CKHT    VlSGT-TROISltiMK. 

nouvel  ordre  de  la  Providence,  retournait  vers  cet  antique 
berceau  du  genre  humain,  nous  y  retrouverions  encoi* 
la  côte  pittoresque  de  l'Ionie  avec  ses  îles  riantes,  les 
fertiles  rivages  du  Pont  -  Euxîn  ombragés  de  forêts  iné- 
puisables, et,  plus  loin  ,  les  nombreuses  chaînes  du  mont 
Taitrus  couronnées  de  plateaux  qui  donnent,  ainsi  que 
nous  l'avons  dit,  un  échantillon  des  grands  plateaitx  de 
l'Asie  centrale;  nous  verrions  encore  l'Euphrate  et  le 
Tigie  porter  les  glaces  de  l'Arménie  vers  les  brûlantes 
plaines  de  lu  Mésopotamie;  et,  assis  à  l'ombre  des  cèdres 
du  Liban,  nous  pourrions  laisser  errer  nos  regards  sur  les 
prairies  et  les  vergers  de  Damas.  Les  hommes  seuls  ont 
changé;  la  nature  est  restée  essentiellement  la  même.  Il 
nous  est  donc  permis,  en  décrivant  ces  contrées,  de  sup- 
pléer à  l'ignorance  des  babitans  et  aux.  lacunes  qu'offrent 
les  récits  des  voyageurs ,  par  les  renseignemens  précieux 
qu'ont  donnés  les  anciens.  Déjà  nous  avons  tracé,  d'après 
Strabon ,  un  tableau  assez  complet  de  la  géographie  an- 
cienne de  ces  régions;  Strabon  sera  encore  notre  guide 
pour  combiner  les  notions  éparses  dont  se  compose  leur 
géographie  moderne.  Mais,  pour  mieux  jouir  d'un  tableau 
si  varié  et  si  vaste,  déco  m  posons -le  d'après  ses  groupes 
principaux,  et  bornons  ici  notre  attention  à  la  péninsule 
de  V^sie-Mineure,  de  laquelle  nous  ne  séparerons  pas  la 
côte  du  Pont- Euxîn. 

•  Les  montagnes  de  Taurus,  selon  les  opinions  unanimes 
des  anciens,  s'étend.iient  des  frontières  de  l'Inde  jusqu'à 
la  mer  Egée;  leur  chaîne  principale,  en  sortant  du  mont 
Imaûs  vers  les  sources  de  l'Indus,  se  pbail  comme  un  im- 
mense serpent,  entre  la  mer  Caspienne  et  le  Pont-Euxin 
d'un  côté,  et  les  sources  de  l'Euphrate  de  l'autre  (').  Le 
Caucase  semble  compris  dans  cette  ligne,  selon  Pline;  mais 

{>)  PtiiiE,  V,  i;. 


^ 


ASIE  :  Turquie  d'Asie.  j)3 

Strabon,  mieux  infornit;,  trace  la  chaîne  principale  du 
Taui'us  entre  les  bassins  de  l'Euphi-ate  et  de  l'Araxe,  en  ob- 
servant qu'une  chaîne  détachée  du  Caucase,  celle  des 
monts Moscliiques ,  se  dirige  au  sud,  et  joint  le  Taurus  [■); 
celte  jonctioD  même  n'est  pas  très-niarquee  d  après  les  re- 
lations les  plus  modernes  (2).  Strabon,  né  sur  les  lieux,  et 
qui  avait  voyagé  jusqu-'en  Arménie,  se  représente  tout  le 
centi-e  de  l'Asie-Mineure ,  avec  toute  l'Arménie,  la  Médie 
et  la  Gordyène,  ou  le  Kourdistan,  comme  un  paya  très- 
élevé,  couronné  par  plusieurs  chaînes  de  montagnes  qui 
toutes  se  joignent  d'assez  prés,  selon  lui,  pour  pouvoir 
être  considérées  comme  une  seule.  ■  L'Arménie  et  la  Mé- 
«  die,  dit-il,  sont  situées  snrle,  Taurus.  <•  Ce  plateau  sem- 
ble encore  comprendre  le  Kourdistan,  et  les  branches  qui 
en  sortent  s'étendent  dans  la  Perse  jusque  vers  le  grand 
désert  de  Rerman,  d'un  cùlé,  et  dft  l'autre  jusque  vers  les 
sources  du  Djiboun  et  de  l'Indus.  £n  considérant  de  cette 
manière  le  grand  Taurus  des  anciens  comme  unp/ateau,  et 
non  pas  comme  une  chaîne ,  nous  croyons  concilier  les  té- 
moignages de  Strabon  et  de  Pline  avec  les  relations  des 
voyageurs  modernes. 

«  Deux  chaînes  de  montagnes  se  détachent  du  plateau 
d'Arménie  pour  entrer  dans  la  péninsule  d'Asie.  L'une 
resserre  et  franchit  le  lit  de  l'Euplirate,  près  Samosatc  ; 
l'autre  borde  le  Pont-Euxin,  en  ne  laissant  entre  lui  et 
cette  mer  que  des  plaines  étroites  (3).  Ces  deux  chaînes, 
dont  l'une  est  en  partie  \' Anti-Taurus ,  et  l'autre  le  Pa~ 
rj'adres  des  anciens,  ou  te  mont  Tclwldir  ou  Keldlr  des 
modernes,  sunis.sent  à  l'ouest  de  l'Euphrate,  entre  les 
villes  de  Sivas,  Tokat  et  Raisariéh,  par  la  chaîne  de  \Ar-' 
gœusj  aujourd'hui  nommé  Àrgis-dag,  et  dont  le  sommet 

(0  Strabon .  XI ,  3^1 ,  cdil.  Atrebat.  1S87.  —  (0  Carie  du  Caucase ,  p.iv 
M.  Lapie.  Annales  des  Voyages,  lome  XJl.  — W  Sùaùoii ,  XII ,  p,  378. 
Fourcttdc,  consul  général  ^  Sinope,  notes  manuscrites.  ^ 


[ 


9^1  LIVBE    CEWT    VIMGT-TnOISliME. 

se  couvre  de  neiges  éternelles  (');  circonstance  qui,  sotis 
une  latitude  aussi  méridionale,  suppose  une  élévation  de  9 
à  io,Qoo  pieds.  Le  centre  de  l'Asie  ressemble  à  une  terrasse 
appuyée  de  tous  eûtes  sur  des  chaînes  de  montagnes  qui 
en  forment  les  escarpemens.  Là  s'étendent  des  marais  saians 
et  des  rivières  qui  n'ont  point  d'écoulement  ;  là  se  trouvent 
plusieurs  petits  plateaux,  dont  Strabijn  en  a  décrit  un  sous 
le  nom  de  la  plaine  de  Bagadaonie.  •  Le  froîd  y  empêche , 
«  dit-il,  les  arbres  fruitiers  de  réussir;  tandis  que  les  oli- 
«  viers  viennent  près  de  Sînope ,  qui  est  à  trois  mille  stades 
"  plus  au  nord  W.  .  Les  voyageurs  modernes  ont  égale- 
ment trouvé  de  gi-andes  plaines  élevées  dans  tout  l'intérieur 
de  l'Asie-Mineure ,  soit  au  midi,  du  côté  de  Koniéh  (3), 
soit  au  uord ,  du  côté  d'Angora  (4).  Mais  tous  les  bords  de 
ce  plateau  présentent  autant  de  chaînes  de  montagnes,  qui 
tantôt  ceignent  le  plateau,  tantôt  se  prolongent  à  travers 
les  plaines  inférieures. 

»  La  chaîne  qui,  venant  à  la  fois  du  mont  Argœus  et  de 
\' Anti-Taurus .,  borde  l'ancienne  Cilicie  au  nord,  porte  d'une 
manière  plus  particulière  le  nom  de  l'aurtis,  nom  qui, 
dans  plusieurs  langues,  paraît  avoir  une  racine  commune, 
laquelle  signifie  tout  simplement  montagne.  Tiir  en  phéni- 
cien a  cette  signification.  L'élévation  de  cette  chaîne  doit 
être  considérable,  puisque  Cicéron  affirme  qu'on  ne  sau- 
rait la  passer  avec  une  armée  avant  le  mois  de  juin ,  ix  cause 
des  neiges  (5).  Diodore  décrit  en  détail  les  affreux  ravins 
et  précipices  qu'il  faut  traverser  de  Cilicie  en  Cuppadoce  (<J). 
Les  voyageurs  modernes  qui  ont  traversé  plus  à  l'ouest 
celte  chaîne,  aujourd'hui  nommée  Ala-dagh,  la  représen- 

'0  Siralion,  KII.  Paul  Lucas,  second  Voyage,  I,  1.I7,  Ifai/gi- 
Khalfah,  Gikigrapliie lurqnc,  IrsUuclion  manusCrilc .  p.  i;;^. 

W  Slrabon,  \l,  p.  5o-  —  t')  Olivier,  Voyage  dans  l'Empirt  otioni.iii . 
VI ,  3S8 ,  399,  401 .  —  («  Touni'fort ,  leltrp  XXI .  Paul  Lucas ,  (Iciiiiùnir 
Voyage,  1 .  cap,  ixi.—   *)  Cic.  Epiât,  ad.  t'nmil.  \V.  /,,  cir. 

'^  Diod. .  XIV,  10.  Iteradian  .  cIc, 


àsiE  :  Turquie  dAsie.  95 

tent  comme  semblable  à  celle  des  Apennins  et  de  THé- 
mus  (!)•  Elle  projette  à  louest  diverses  branches,  dont  les 
unes  viennent  se  terminer  sur  les  bords  de  la  Méditerra- 
née, comme  le  Cragus  et  le  Masicystes  des  anciens,  dans 
la  Lycie;  les  autres,  infiniment  plus  basses  (s),  s  étendent 
jusqu'aux  rivages  de  FArchipel,  vis-à-vis  des  îles  de  Cos  et 
de  Rhodes.  A  lest ,  le  mont  Anianus ,  aujourd'hui  \Alma- 
dagh,  branche  détachée  du  Taurus,  sépare  la  Cilicie  de  la 
Syrie,  en  ne  laissant  que  deux  passages  étroits,  Fun  vers 
FEuphrate,  Fautre  sur  la  mer  (3);  le  premier  répond  aux 
Portes  Amaniques  des  anciens;  Fautre  aux  Portes  de  Syrie; 
celles-ci,  avec  leurs  rochers  taillés  à  pic,  sont  les  seules 
que  les  voyageurs  modernes  aient  visitées. 

«  Deux  autres  chaînes  de  montagnes  sortent  de  la  partie 
occidentale  du  plateau  central  :  Fune,  dirigée  au  sud-ouest, 
est  le  Baha-dagh  des  modernes,  qui  formait  le  Tmolus^  le 
Messogis  et  le  Sipylus  des  anciens,  et  qui  se  termine  ver» 
les  îles  de  Samos  et  de  Chio;  elle  change  aussi  de  nom 
pour  prendre  ceux  ^lourlou-dagh^  de  Baïkous-dagh  et 
âJ Ac'deveren ;  Fautre,  dirigée  au  nord- ouest,  présente  des 
sommets  plus  élevés ,  parmi  lesquels  ïlda  et  ï  Olympe  (  de 
Mysle)-ent  acquis  une  grande  célébrité;  le  reste  de  cette 
chaîne  porte  les  npms  de  Calder-dagh^  Mourad^dagh,  et 
de  Maltépeh.  Elle  aboutit  au  canal  de  Coustantinople.  En- 
fin, le  côté  septentrional  du  plateau  s'élève  vers  la  mer 
Noire,  et  donne  naissance  à  la  chaîne  de  YOlgassys^  au- 
jourd'hui Kouset-eUGhas^  chaîne  qui  remplit  de  ses  bran- 
ches tout  Fespace  compris  entre  le  Sangarius  et  FHalys.  Les 
sonunets  conservent  leurs  neiges  jusqu'en  août  (4). 

«  Dans  tout  le  système  de  montagnes  que  nous  venons 

(')  ,Paul  Lucas ,  deuxième  Voyage ,  1 ,  35.  Troisième  Voyage ,  I , 
pag.  184.  — C^)  Strab.f  XIV,  gSa.  Almclov.  —  (})  Xéiiophoiif  Cyri 
exped^  1,  4*  Airian,  elc. ,  etc.  Ouer^  Voyages,  I,  p.  82  (enallem.). 
PocockCy  II ,  p.. 257  (  Idem).  — (4)  M    Fourçade,  notes  manuscrites. 


g6  LIVRE    CENT    VirfGT-TROISlÈHE. 

de  décrire,  les  roches  calciiires  paraissent  prédominer.  Les 
anciens  vantent  beaucoup  d'espèces  de  marbres  de  l'Asie- 
Mineure;  mais  depuis  le  San^arius  jusqu'à  l'Haljs ,  on  ne 
rencontre  que  des  roches  granitiques, 

"  Les  trerablemens  de  terre  ont  souvent  affligé  celte 
belle  péninsule  ;  treize  villes  y  furent  renversées  dans  un 
seul  jour  sous  le  règne  de  Tibère.  Les  anciens  avaient  dis- 
tingué un  canton  singulièrement  rempli  de  traces  d'érup- 
tions volcaniques ,  c'était  la  région  appelée  Katakekauménc, 
c'est-à-dire  le  P(tfs  brûlé,  *  où  très-souvent  des  flammes 
1  sortaient  de  la  terre ,  et  où  la  vigne  croissait  dans  un  sol 
«  tout  composé  de  cendres  (')■  ■  Ce  centre  des  secousses 
volcaniques  qu'éprouve  l'An atolie ,  doit  se  trouvera  l'est 
de  Tbyatira;  les  voyageurs  modernes  ne  l'ont  point  visité. 

1  La  péninsule  de  l'Asie- Mineure  n'offre  que  des  riviè- 
i-es  peu  considérables,  quoique  très -célèbres.  Celles  qui 
descendent  au  midi  vers  la  Méditerranée  ont  le  cours  le 
moins  long  et  le  plus  rapide.  Le  Pjmmus,  en  Ciiicie,  au- 
jourd'hui nommé  Djihoiui ,  franchit  le  Taurus  ,  en  passant 
par  une  gorge  dont  les  angles  correspondent  si  exactement 
qu'on  les  prendrait  pour  un  ouvrage  de  l'art  (a).  Celte  ri- 
vière ,  qui  n'a  que  3o  à  4»  lieues  de  cours ,  est  sujette  à  des 
débordeniens  annuels  qui  fécondent  te  territoire  environ- 
nant. Elle  se  jette  dans  le  golfe  d'Alexandrette  ou  de  Scan- 
deroun.  Le  Seihoun,  l'ancien  Sarus.  tombe  dans  la  Méditer- 
ranée après  un  cours  d'environ  5o  lieues.  I,a  mer  Egée 
reçoit  des  rivières  plus  considérables  :  on  distingue  parmi 
elles  le  sinueux  Méandre,  aujourd'hui  Meïnder-Buïuk, 
lleuve  profond ,  quoique  peu  large  ^) ,  et  qui  mine  souvent 
les  terrains  qui  lavoisinent,  ce  qui  jadis  avait  donné  nais- 
sance à  un  usage  singulier  :  les  propriétaires  qui  souffraient 


[>)  Voyez  notre  Volume  I",  p.  i5o.  — (")  Straboii,'%.\\\,  809.  Almcl. 
-CTfficria.O«rom«(ej,p.  laSlCorp.  Bja.  J-  ïïi-itV.,  XXXVIII,  i3. 


ASIE  :  Turquie  dAsie.  m 

par  ces  ravages,  intentaient  un  procès  au  fleuve;  ils  rece- 
vaient des  indemnités  sur  les  péages  établis  le  long  de  son 
cours.  Ce  petit  fleuve,  dont  il  est  difficile  d'évaluer  les  nom- 
breux détours,  parcourt  une  vallée  de  60  lieues  de  lon- 
gueur. Il  faut  encore  remarquer  le  Sarabat  ou  Kédous^  l'an- 
cien Hermusj  long  de  70  lieues,  qui,  ainsi  que  le  Bagouly 
ou  Pactole^  l'un  de  ses  a£Quens,  roulaient  des  paillettes  d'or, 
dont,  déjà  du  temps  de  Strabon ,  on  négligeait  la  recher- 
che; enfin ,  le  Mendere-sou  ou  Simoïs  qui  reçoit  le  ruisseau 
du  Scamandrcj  tous  deux  immortalisés  par  l'auteur  de  1'/- 
liade.  Les  plus  grandes  rivières  de  FAsie-Mineure  s'écou- 
lent dans  la  mer  Noire;  le  Sakaria  des  Turcs  (i)  est  le 
Sangarius  des  anciens ,  fleuve  sinueux  et  rapide  qui  n'a  pas 
moins  de  100  lieues  de  cours;  le  Barûn  ou  Parthenius  coule 
encore,  comme  du  temps  de  Strabon,  dans  une  vallée 
étroite  entre  des  prés  fleuris  et  de  rians  coteaux  ;  YHalys^ 
aujourd'hui  le  KizilrErniak  ^  ou  Jleuife  rouge ^  dont  Pline  seul 
a  bien  indiqué  le  bras  méridional ,  en  le  faisant  venir  des 
pieds  du  Taui*us  de  Cilicie ,  et  se  diriger  du  sud  au  nord , 
parut  à  Toui*nefort,  qui  le  vit  près  de  son  embouchure, 
large  comme  la  Seine  à  Paris  (2).  Il  n'a,  malgré  quelques 
cartes  modernes ,  qu'une  seule  embouchure  (3),  et  son  cours 
est  de  220  lieues.  La  largeur  ordinaire  de  ce  fleuve ,  le  plus 
grand  de  F  Asie-Mineure,  est  de  100  pieds.  Le  lechiUErmak 
(  lejleuife  Vert)  ou  l'/m,  ne  le  cède  qu'à  THalys  ;  cependant 
il  est  moitié  moins  long  ;  son  principal  affluent  est  le  Keom- 
lou-Hissar^  l'antique  Lycus;  mais  les  autres  rivières  de  la 
côte  du  Pont-Euxin  ne  sont  remarquables  que  par  la  rapi- 
dité de  leur  pente. 

«  L'Asie-Mineure  renferme  beaucoup  de  lacs  qui  n'ont 
point  d écoulement,  et  dont  les  eaux  sont  imprégnées  de 

(0  Plin.  VI,  a.  —(a)  Tourne/on,  Lett.  XXL— (3)  Fourcade ,  nofM 
manuscriles. 

VIII.  7 


(fS  LIVRE    CENT    VINGT-THOISIÈME. 

sel  :  la  Géographie  ancienne  nous  les  a  déjà  fait  connaître 
en  partie  [');  les  relations  modernes  ne  diminuent  point 
l'idée  que  nous  en  ayons  prise.  Le  lac  Tazla  ou  Touz/a, 
appelé  aussi  Salato,  qui  a  i4  lieues  de  long  sur  2  de  lar- 
geur, présente,  suivant  les  anciens,  une  Taste  plaine  cou- 
Terte  de  cristaux  de  sel  W.  C'est  une  réunion  de  plusieurs  tacs 
liés  les  uns  aux  autres,  donc  les  eaux  saléeii  paraissent  être 
sans  écoulement ,  excepté  dans  la  saison  des  pluies ,  époqee 
à  laquelle  elles  vont  joindre  au  nord-est  la  rive  gauche  du 
Kizil-Ërraak.  Le  lac  d'^/cseraï  est  sur  le  même  plateau  ;  ses 
produits  en  sel  alimentent  presque  toute  la  péninsule.  En 
passant  la  crête  du  Taurus,  un  autre  plateau  nous  offre, 
près  Beg-ckeher ,  deux  grands  lacs  dont  les  eaux  sont 
amères  et  salées  (3).  Celui  A'Efnani  a  3  lieues  de  longueur 
sur  1  de  largeur.  Ces  amas  d'eaux  sans  écoulement  prou- 
vent le  peu  d'inclinaison  qu'ont  les  parties  centrales  de  la 
péi 


iule. 


Dans  la  partie  de  l'Anatolie  dont  les  pentes  forment  la 
moitié  du  bassin  de  la  mer  de  Marmara,  se  trouvent  plu- 
sieurs lacs  d'eau  douce  :  celui  Alstiik  a  7  lieues  de  longueur 
sur  3  de  largeur  :  on  y  prend  d'excellent  poisson  dont  la 
pêche  produit  à  la  couronne ,  sur  les  droits  qu'on  y  perçoit , 
un  revenu  de  12,000  ducats  par  an. 

■■  Les  anciens  et  les  modernes  ont  vanté  le  climat  de 
l'Asie-Mineure ;  il  y  règne  une  température  douce  et  pure, 
qu'on  ne  retrouve  même  plus  de  l'autre  côté  de  l'Archipel , 
sur  la  côte  européenne.  La  chaleur  de  l'été  est  considérable- 
ment modérée  par  les  nombreuses  chaînes  des  hautes  mon- 
tagnes; le  voisinage  de  trois  mers  adoucit  à  son  tour  l'in- 
tensité du  &oid  (4).  C'est  sans  doute  à  cette  région  heureuse 

CO  Voyez  Ariitote ,  Pline,  Hérodote  ,  etc.  ,  cites  dans  notre  Volume  l--', 
p.  iSi.  —  (')  Taveniier,  lom.  I,  Ijv.  1 ,  chap.  ;.  Pococke ,  III ,  iSj. 
—  l^) Paul Lucat ,  deuïièrne  Voyage,  t,  1.  e.  ixiiii.TroiiiètaeVoyige, 
—  W  Hippoc. ,  de  Aer.  aqu.  loc. 


4SIE  :  Turquie  lîAsie.  qn 

que  l'on  a  particulièrement  appliqué  ce  que  dit  Hippoctste 
de  l'Asie  en  général  :  «  On  ne  connaît  ici  guère  de  difTérence 
•>  de  chaleur  et  de  froid  j  les  deux  températures  se  fondent 
■  l'une  dans  l'autre.  ■  Cependant  les  côtes  méridionales 
éprouvent  des  chaleurs  accablantes,  tandis  que  les  rivages 
du  Pont-Euxin  ou  de  la  mer  Noire  souffrent  quelquefois 
de  la  trop  grande  humidité.  L'atmosphère  épaisse  et  bni- 
meuse  qui  se  développe  au-dessus  de  cette  mer,  est,  par 
son  propre  poids ,  sollicitée  à  se  porter  vers  les  côtes.  » 

Ajoutons  qu'en  hiver  les  pluies  tombent  par  torrens; 
qu'en  été  la  terre  est  desséchée  par  une  chaleur  excessive, 
ex  que  les  habitans  des  campagnes,  surtout  des  vallées 
voisines  de  la  Méditerranée,  pour  échapper  à  une  tempé- 
rature brûlante,  sont  quelquefois  obligés  de  se  réfugier 
dans  les  montagnes  ^  que  le  sirocco  accable  de  son  souflle 
aride  les  habitans  des  côtes  occidentales ,  et  que ,  malgré  la 
salubrité  de  l'air,  la  peste  y  exerce  souvent  ses  ravages. 

■  Les  anciens  connaissaient  mieux  que  nous  les  richesses 
de  l'Asie  Mineure  (']■  Cependant  les  modernes  en  tracent 
un  tableau  assez  brillant,  quoique  incomplet.  Les  côtes  de 
cette  péninsule  donnent  presque  les  mêmes  productions 
que  la  Grèce  méridionale  ;  les  oliviers,  les  orangers,  les 
myrtes,  les  lauriers,  les  térébinthes,  les  lentisques,  les 
tamariniers,  ornent  les  bords  sinueux  du  Méandre  et  les 
rivages  charmans  de  Chio  et  de  Rhodes.  Tandis  que  la  vigne 
sauvage  y  grimpe  jusqu'aux  sommets  des  arbres,  retombe 
en  festons,  et  forme  de  petites  grottes  de  verdure,  le  pla- 
tane étale  avec  plus  de  majesté  son  vaste  ombrage  au-dessus 
d'un  sol  parsemé  de  fleurs  odoriférantes  j  les  froides  hau- 
teurs du  Taurus  se  couronnent  même  de  cyprès,  de  gené- 
vriers et  de  saviniers.  Le  chêne  qui  produit  la  galle  deâ 

irorie  Vulunic  I"  ,  p.  iS^-iii;  on  SoiAon  ,  iîv.  XII,  Mil, 


l 


lOO  LIVRE    CIÎHT    VISGT-TROISIEME. 

teiuturiers(')  est  répandu  depuis  le  Bosphore  jusqu'en  Syrie, 
et  jusqu'aux,  frontières  de  la  Perse  (i).  De  Tastes  plaines  de 
l'intérieur  ne  sont  occupées  que  par  des  plantes  salines, 
par  l'absinthe  et  par  la  sauge  (3).  Souvent  à  côté  des  tristes 
marais  salans  s'étendent  d'autres  plaines  plus  sèches,  où 
toute  la  verdure  ne  se  compose  que  des  deux  espèces  de 
genêt ,  le  spaHium  junceum  et  le  spinosum  ;  ces  contrées 
stériles  nourrissent  aujourd'hui,  comme  jadis,  des  ânes  et 
des  brebis  (4).  Des  cantons  montagneux  vers  l'est  éprouvent 
des  incendies  souterrains,  tandis  qu'à  peu  de  distance  le 
sol  est  noyé  sous  des  eaux  stagnantes  et  froides.  Sur  les 
bords  de  l'Euphrate,  les  vignes,  les  oliviers,  tous  les  arbres 
fruitiers  reparaissent.  Les  brûlantes  côtes  de  la  Caramanie 
doivent  partager  la  végétation  de  la  Syrie  maritime^  les 
arbres  y  exhalent  des  gommes  précieuses;  \a  styrax  fournit 
une  résine  estimée;  les  anciens  tiraient  d'ici  des  bois  de 
construction  navale.  D'autres  forêts  et  d'autres  plantes 
couvrent  les  rivages  de  la  mer  Noire;  les  chênes  et  les  sa- 
pins dominent  dans  les  forêts  ;  cette  côte  est  Je  verger  de 
Constantinople  et  de  Kherson.  Des  bois  entiers  se  com- 
posent de  noisetiers,  d'abricotiers,  de  pruniers,  et  surtout 
de  ceiisiers.  Ce  dernier  arbre  doit  même  son  nom  à  la 
ville  de  Cérasonte.  Les  plaines  autour  de  l'Halys,  du  San- 
garius  et  du  Méandre,  offrent  de  superbes  pilturages.  » 

La  récolte  en  céréales  ne  suffit  point  à  la  consommation 
des  habitans;  sur  le  bord  des  rivières  on  cultive  le  riz;  la 
vigne  fournit  plusieurs  espèces  de  vins ,  mais  qui  ne  peuvent 
se  garder;  les  jardins  abondent  en  melons  délicieux,  et  les 
vergers  en  Bgues  d'un  goût  exquis.  Dans  les  champs  on 
cultive  le  chanvre ,  le  lin ,  le  tabac ,  la  garance ,  l'indigo ,  le 
^fran ,  et  surtout  le  coton  herbacé. 

CO  Quercusinfectoria.  —  f.')  Olivier,  1,  p.  iS3.  —  |î)  P.  Btloii.Oh- 
nervations,  elc.  ,  CXEI.— C«  St>-abon  .  liv.  XII,  passim.  Pline,  XVI, 
cap.  37,  XIX,  cap.  I,  e\c. 


I 


AsiR  :  Turquie  dAsie.  loi 

Les  habitaos  de  l'Asie-Mineure  élèvent  en  général  peu 
de  bestiaux  ;  dans  beaucoup  de  cantons  le  buffle  remplace 
notre  bœuf  à  la  charrue  et  dans  les  boucheries;  notre  bœuf 
y  est  rare,  et  sa  chair  est  d'une  médiocre  qualité  :  celle  du 
mouton  lui  est  supérieure;  sa  laine  est  peu  estimée  dans 
le  commerce;  il  faut  cependant  en  excepter  celle  des  mou- 
tons d'Angora,  qui  est  renommée  pour  sa  longueur  et  sa 
finesse.  Les  chèvres  de  ce  canton  montagneux  se  distin- 
guent aussi  par  la  beauté  de  leur  soie  :  il  en  est  de  même 
des  chats  et  des  lapins  quon  y  élève.  Les  chevaux  de  l'Ana- 
tolie  sont  en  général  robustes,  légers  et  d'une  très-belle 
race  :  ils  semblent  encore  descendre  de  celle  de  Cappadoce  ; 
les  mulets  et  les  ânes  y  sont  forts;  enfin  on  y  élève  des 
chameaux,  et  l'habitant  tire  un  grand  profit  du  produit  des 
abeilles,  et  surtout  des  vers  à  soie. 

B  Les  gazelles  de  la  Syrie  s'égarent  quelquefois  au- 
delà  du  mont  Taurus,  et  peuvent  y  rencontrer  les  ibex 
ou  bouquetins  descendus  du  Caucase.  Leurs  ennemis 
sont  les  chacals,  les  loups,  les  hyènes,  les  ours;  mais 
il  est  très-douteux  que  le  lion  se  montre  encore  dans 
l'Asie-Mineure.  Les  cygnes  se  plaisent  toujours  sur  les 
boi-ds  du  Caystre  ;  les  perdrix  rouges  couvrent  les  rivages 
de  l'Hellespont;  toute  sorte  de  gibier  abonde  dans  ce 
pays  à  moitié  inculte;  sur  le  mont  Taurus  il  y  a  des  mou- 
tons sauvages  {')■ 

■  Les  mines  de  cuivie  de  Tokat,  celle  du  bourg  de  Kdu- 
céh,prèsRastamouni,  et  celle  de  Goumouch-Khanéh,  non 
loin  de  Trébizonde,  ont  encore  de  la  célébrité.  Toutes  les 
chames  voisines  de  la  mer  Noire  offrent  des  indices  d' 
cellent  cuivre  ;  mais  on  n'exploite  plus  le  cinabre  du  mont- 
Olgassys,  ni  l'or  de  la  Lydie,  ni  les  cristaux  de  roche  di 
Pont,  ni  le  précieux  albîUre  et  le  marbre  coralitique  de; 

10  Hadgi-Khalfitk,  p.   1753-1773,  etc. 


1 


■  ou  LIVBE    CENT    VINGT-TROISIÈME. 

provinces  centrales.  Nous  en  savons  moins  que  les  anciens 
sur  la  minéralogie  de  celte  vaste  contrée.  C'est  dans  Strabon 
qu'il  fant  chercher  la  description  de  lantre  cotyclen,  ca- 
verne romantique  de  la  Cilicie;  des  terrains  près  d'Héphes- 
tion  en  Lycie,  d'où  il  sortait  un  gaz  inflammable;  des 
sources  pétrifiantes  d'Hiérapolis,  et  de  plusieurs  autres 
curiosités  naturelles.  Nous  les  avons  rapportées  dans  l'ana- 
lyse de  la  Géographie  de  ce  Grec{ij;  car,  dans  le  silence 
des  modernes,  aurions -nous  pu  affirmer  que  ces  objets 
remarquables  existent  encore  dans  le  même  état?  Cela  est 
pourtant  probable.  Chandler  (a)  confirme  le  rapport  de 
Strabon  sur  les  sources  chaudes  d'Hiérapolis  ou  de  Pam- 
bouk  ;  il  a  trouvé  un  rocher  formé  par  le  tuf  que  déposent 
ces  eaux;  il  ressemble  à  une  immense  cascade  qui  se  serait 
glacée  tout  à  coup,  ou  dont  les  eaux  auraient  subitement 
été  converties  en  pierres.  Près  de  là  est  encore  la  fameuse 
caverne  dont  les  anciens  ont  remarqué  les  pernicieuses 
exhalaisons.  > 

Nous  savons  encore  par  un  voyageur  français  récent  que 
dans  la  plaine  de  Goumouch-Khané  nn  exploite  de  riches 
mines  de  plomb  argentifère  P). 

L'Asie-Mineure,  que  les  Turcs  nomment  Anadoli,  se  di- 
vise en  6  gouvernemens,  cest-i-dite pac/utli/cs  ou  eyalets 
qui  se  subdivisent  en  sHndjakso\xlii>a3. 

Nous  allons  décrire  les  principaux  lieux  de  celte  con- 
trée ,  dont  nous  venons  d'esquisser  le  tableau  général  ;  nous 
partirons  des  bords  du  rapide  et  violent  Tchamuvk,  appelé 
aussi  Tchorok  Tchot-oklii  ou  Batoumi,  qui  est  VAhampsis 
.d'Airien  et  XAbsarus  de  Ptolémée  (4),  rivière  de  70  lieues  de 


L 


(0  Vojez  notre  Volume  I",  p.  i43  «t  m 

(0  Chandler.  Voysge  en  Âsie-Mincurc,  II.  117,  édilbn  fratiçaige. 

C)  M    Fomaitier.  Voyage  en  Orient,  entrepris  par  ordre  du  gouvcr- 

Trançais,  de  l'annde  iSii  à  l'année  iSitp. —  Paris  ,  1S19. 
(4)  J/aruieii,  Gdographicdci  Grecs  cl  deh  Romain»,  V,  p.  II.p,  .\(,itgq. 


^^^  ASIE  :  Turquie  dAsie.  io3 

H  cours;  c'est  la  limite  A\i pachalik  de  Tarabosan  ou  Trébi- 
^  zonde.  La  première  ville  turque  de  ce  côté  qui  soit  digne 
de  remarque ,  est  Rizeh  ou  Irizeh  autrement  Iriza ,  l'an- 
tique Rhizœum ,  qui  pas.^e  pour  une  ville  importante ,  mais 
tqui  n'est,  suivant  M,  Fontanier,  qu'une  petite  bourgade  de 
4ooo  âmes  dont  les  habitations  entourées  d'arbres  sont 
disséminées  dans  la  campagne.  Le  bourj  d'(?/"ou  ^Ouf,  sur 
une  bauteur  inaccessible  au  bord  de  la  mer,  fait  un  assez 
grand  commerce.  Un  autre  bourg,  celui  de  Snurmeni  ou 
Sournieneh,  exporte  du  vin,  de  l'huile  et  d'autres  produits 
du  sol,  La  pêche  y  est  abondante.  On  y  compte  2000  babi- 
tans;  les  maisons  en  sont  petites  et  basses,  et  construites 
en  pierres;  on  a  soin,  dit  M.  Fontanier,  d'en  faire  les 
murs  assez  épais  pour  qu'on  puisse  les  défendre  aisément; 
la  plupart  ont  un  enclos  dans  lequel  on  sème  du  mais.  Les 
montagnes  qui  bordent  la  cote  sont  calcaires;  celle  sur 
laquelle  est  placée  ta  bourgade  est  d'une  couleur  noirâtre 
et  d'une  apparence  schisteuse  :  ses  couches  ont  i5  pieds 
d'épaisseur.  Les  pâturages  qui  couvrent  ces  montagnes 
nourrissent  un  bétail  remarquable  par  sa  petitesse;  les  bœufs 
ne  sont  pas  plus  gros  que  les  ânes  de  l'Europe.  Les  noise- 
tiers y  abondent  ainsi  que  les  tiguiers  :  les  fruits  de  ces 
arbres  forment  une  branche  d'exportation.  Les  habitans  se 
nourrissent  de  gâteaux  de  mais  cuits  sous  lu  cendre;  mais 
ces  gâteaux,  qui  leur  paraissent  délicieux,  sont  encore 
moins  bons  que  le  pain  de  seigle  noir  et  mal  cuit  que  l'on 
vend  dans  le  bazar.  ••  Les  boutiques  sont  mal  fournies,  et 

■  tenues  pour  la  plupart  pai'  des   Grecs  qui  vendent  du 

■  drap,  des  cotonnades,  du  tabac  et  des  épiceries.  Chacun 

■  de  ces  marchands  a  un  fusil   chargé  auprès  de  lui,  et- 

■  souvent  il  est  obligé  de  s'en  servir,  lorsqu'il  y  a  quelque  " 

I-  alerte  causée  par  l'irruption  d'un  village  voisin.  Quand  il 
•  ne  s'agit  que  de  querelles  locales,  ils  n'osent,  en  leur 
■  quabtë  de  chrétiens,  recourir  à  leurs  armes,  et  jugent 


I04  IIVHE    CENT    VIS GT -TROISIÈME. 

■  plus  prudent  de  les  laisser  terminer  par  le  bâton  [i),  » 
«  Ensuite  vient  la  célèbre  ville  de  Tréhtzondc ,  que  les 
Turcs  nomment  Tarabosan.  C'est  l'ancienne  Trapezus , 
colonie  des  Grecs  de  Sinope  ;  elle  devint  importante  sous 
Trajan,  et  encore  plus  sous  Justlnien  (^)  ;  elle  fut  la  capitale 
d'un  Empire  i'ondé  par  une  branche  des  Gomnènes  de 
Gonstnntinople,  qui  en  furent  dépouillés  en  i452  par 
Mahomet  II,  Quoique  déchue  de  son  ancienne  splendeur, 
elle  est  encore  considérable,  et  renferme,  selon  quelques 
géographes,  i5,ooo,  selon  d'autres  20  à  3o,ooo  habitans.  » 
Cependant  M.  Fontanier  nous  apprend  que  les  habitans 
estiment  la  population  de  leur  ville  à  60,000  âmes,  et 
que  cette  évaluation  paraît  être  en  rapport  avec  le  mou- 
vement qui  règne  dans  le  bazar  et  les  autres  lieux  publics. 
Au  surplus,  il  ne  peut  y  avoir  sur  ce  point  que  des  esti- 
mations approximatives,  parce  qu'on  ne  fait  jamais  de 
dénombrement  exact  en  Turquie.  On  y  compte  7  à  800 
chrétiens  grecs,  arméniens  et  catholiques,  qui  habitent  un 
quartier  sépai-é  sur  le  penchant  d'une  coUine  qui  s'avance 
vers  la  mer.  La  plupart  des  maisons  sont  basses  et  con- 
struites en  grosses  pierres  ;  elles  communiquent  entre  elles 
par  des  passages  secrets  pratiqués  pour  favoriser  !a  fuite 
des  propriétaires  attaqués  par  quelque  particulier  puissant. 
Pour  comprendre  l'utilité  de  ces  passages  secrets,  il  faut 
savoir  que  non  seulement  l'autorité  du  pacha  est  souvent 
compromise  par  des  révoltes  partielles  ou  générales,  mais 
que  beaucoup  de  particuliers  se  font  aussi  la  guerre; 
que  plusieurs  maisons  sont  de  véritables  forteresses,  et 
qu'il  arrive  fréquemment  que,  pendant  plusieurs  jours  de 
Isuite,  on  n'entend  que  des  coups  de  fusil  tirés  d'une  mai- 


(')  V.  Fonianier;  Voyages  en  Orient  (Turquie  d'Asie). 
W  Euilaïk. ,  nd  Dionys.  Periég.  v.  687.  Notîl.  Imp.  c.  17.  Proeop 
()e£diGciis,  III,  7. 


L 


ASIE  :  Turquie  d'Asie.  ï6S 

son  à  l'autre.  On  aperçoit  cà  et  là  dans  cette  ville  des  dé- 
bris de  monumens  grecs  du  Bas-Empire.  Hors  de  son 
enceinte,  dans  la  partie  occidentale,  on  voit  l'église  de 
Sainte-Sophie,  monument  grec  de  forme  circulaire,  dont 
le  pavé  est  une  mosaïque ,  et  dont  le  dôme  élevé  est  sou- 
tenu par  quatre  colonnes  en  marbre  :  elle  parait  remonter 
au  temps  de  Justînien  ;  une  partie  de  l'édifice  a  été  changée 
en  mosquée  depuis  i46i.  A  l'est  se  trouve  une  cluipelte 
qui  passe  pour  avoir  été  jadis  un  temple  d'Apollon  ;  sa 
forme  est  octogone,  et  les  peintures  sur  stuc  qui  l'ornaient 
ont  été  détruites  par  les  Turcs.  Dans  tous  les  environs, 
les  pics  élevés  sont  couverts  de  couvens  grecs  et  arméniens. 
Dans  la  ville  on  compte  i8  mosquées  et  plusieurs  petites 
chapelles  grecques.  Les  bains  sont  remarquables  par  l'élé- 
gance de  leur  architecture  :  ils  sont  en  marbre ,  et  la  plupart 
de  construction  grecque.  Les  rues  sont  étroites  et  garnies 
de  trottoirs  pavés.  Le  commerce  de  Trébizonde  est  assez 
actif:  il  consiste  principalement  en  exportations  de  chanvre, 
detoiles,  de  cordages,  de  filets  à  pécher,  de  tabac,  de  cire  et 
de  métaux  pour  Constaniinople,  et  de  fruits  secs  et  d'étoffes 
pour  la  Russie.  Elle  exporte  même  un  peu  de  vin  ('). 

'  Deux  enfuncemens  de  la  côte  nous  présentent  succes- 
sivement Traboli  et  Aeresoun,  qui  partagent  le  commerce 
de  Trébizonde;  leurs  cantons  produisent  un  peu  de  soie.  ■ 

Cette  dernière  petite  ville,  située  au  sommet  d'un  roc 
que  domine  un  château  en  ruine,  occupe  l'emplacement 
de  Cerasm;  son  enceinte  est  formée  par  le  mur  antique; 
elle  renferme  environ  700  maisons. 

"Sur  la  côte  nord-ouest  du  pachalik  de  Trébizonde, 
au  sud  de  la  Gourie,  demeurent  les  Lnzes  ou  Laziens ^ 
a  qui ,  dans  la  langue  turque ,  signifie  les  marins.  Il  se 
peut  que  ce  peuple  suit  un  reste  des  anciens  Lasi  qui,  au 


..  Cump.  Pcyaoïuml  et  Tmiiiirfan . 


I 


Io6  LIVRE    CENT    VIHGT-TROISIÈME. 

temps  des  Uyzantins,  étaient  établis  en  Golchide.  Cette 
peuplade  est  presque  entièrement  indépendante-  C'est  sur 
son  territoire  que  se  trouve  Irizeh.  « 

Le  pachalik  de  Sivas  ou  de  Roum ,  situé  à  l'ouest  de  celui 
de  Trébiionde,  est  dune  grande  étendue  :  il  a  i3o  lieues 
de  longueur  sur  fio  de  largeur.  L'Auti-Taurus  le  traverse; 
le  Kiïil-Ermak,  l'Iechil-Ermak,  le  Keouïlou-Hissar,  et  le 
Tliermeh,  sont  les  principiles  rivières  qui  l'arrosenL  Ses 
montagnes  sont  boisées,  son  climat  est  agréable  et  salubre, 
son  sol  est  fertile,  ses  richesses  métalliques  sont  variées,  et 
ses  habitans  sont  industrieux. 

n  Ceux  qui  habitent  Ounièk  ou.  Eunieh^  l'ancienne  OEnoe^ 
placés  dans  un  territoire  stérile,  se  iivi'ent  à  un  cabotage 
actif,  soit  avec  les  ports  russes ,  soit  avec  la  cote  des  Abases. 
L'ancienne  Amisus,  une  des  résidences  du  grand  Mithri- 
date.  est  aujourdliui  un  petit  bourg  nommé  Sarnsoun;  i! 
a  une  rade  par  où  l'on  exporte  les  cuivres  de  Tokat,  les 
soies,  les  fruits  et  les  toiles  d'Amasieh  ('}.  Sa  position ,  au 
milieu  de  jardins  et  de  bosquets  d'oliviers,  est  fort  agréa- 
ble; son  enceinte  est  formée  par  une  vieille  muraille  en 
ruine,  et  sa  population  est  de  ■looo  habitans. 

«  En  remontant  la  rivière  aujourd'hui  nommée  leckil- 
Ermak,  et  anciennement  Iris,  nous  visitei'ons  une  ville 
chère  à  la  Géographie;  c'est  Amasieh  ou  Aniasia,  la  patrie 
de  Strabon;  elle  est  située  entre  des  rochers  escarpés, 
mais  les  environs  produisent  d'excellens  fruits  et  du  bon 
vin  (a). 

n  Ce  n'est  que  quatre  heures  avant  d'arriver  à  Amasia 
n  que  l'on  trouve  les  jardins  qui  dépendent  de  cette  ville, 
>  Alors  c'est  un  magnifique  spectacle  que  la  suite  non  in- 
■  terrompue  de  maisons  de  compagne,  de  mûriers,  d'ai'- 


(■)  H.  Fourcade ,  nutei  manuscHtoi. 

(>)  Strab.,  Xll,  p.  8^.  Almcl.  Tafcnùa-, 


I 


ASIE  :   Turquie  (TJsie.  107 

•  br«8  fruitiers  qui  se  succèdent  jusqu'à  ses  portes.  Sur  le 

•  penchant  des  montagnes  sont  de  vertes  forêts,  dans  les- 
>  quelles  les  meilleurs  fruits  naissent  sans  culture,  tandis 
"  que  sur  le  plateau  on  récolte  les  céréale».  Pour  abréger 
n  la  route,  ni>us  gravîmes  par  une  pente  assez  doure  la 
«  colline  au  pied  de  laquelle  la  ville  est  située;  de  là  nous 

■  voyions  la  route  ordinaire  suivre  les  sinuosités  du  Tokat- 
«  léou-sou.  En  descendant  le  revers  abrupte  qu'elle  pré- 

■  sente,  j'aperçus  un  des  canaus  qui,  d'après  le  rapport 
-  de  Strabon,  portaient  l'eau  dans  la  ville  iO-  " 

On  y  entre ,  ajoute  le  voyageur  que  nous  venons  de  citer, 
par  une  longue  rue,  h  droite  et  à  gauche  de  laquelle  on 
voit  de  larges  pierres  qui  ont  probablement  servi  à  d'an- 
ciens monumens.  Cette  ville  renferme  10,000  maisons;  elle 
est  encore  placée  comme  au  temps  de  Strabon;  seulement, 
dit  M.  Fontanier,  les  maisons  qui  ctaient  construites  sur 
la  citadelle  inférieure  n'existent  pins ,  et  l'on  n'y  trouve  que 
des  ruines.  Les  murs  qui  entouraient  cette  citadelle  sont  en 
partie  debout.  Les  restes  d'un  temple  antique  se  trouvent 
au  sommet  de  la  ville,  près  d'une  fontaine  d'ancienne  <^on- 
struction.  Deux  ponts  élégans  traversent  le  lechil-Ermak. 
Dans  l'intérieur  on  voit  une  ancienne  église  convertie  en 
mosquée,  mais  que  les  Turcs,  par  une  singulière  supersti- 
tion, s'empressent  de  rendre  au  culte  chrétien  lorsque 
la  peste  fait  de  trop  giands  ravages.  Dans  les  environs  on 
remarque  des  grottes  antiques  taillées  dans  une  roche  de 
calcai re -marbre ,  et  dont  la  plus  belle  porte  le  nom  de 
îacA-^i>i(pierre-miroir),  parce  que  toutes  les  parois  en 
sont  polies  :  c'est  une  sorte  de  maison  de  35  pieds  de  hau- 
teur sur  3o  de  largeur,  placée  dans  une  montagne.  Il  est 
ditiBcile  de  décider  si  ces  cavernes  ont  été  des  lieux  de  re- 
fuge pour  les  premiers  chrétiens,  ou  les  anciens  sépulcres 


ier:  Voyages  en  Orient  (  Tur 


I08  LIVRE    CESr   VINGT-TROISrfeME. 

des  rois  de  Perse.  L'antique  citadelle  est  nussi  une  des 
euriositës  de  cette  cité,  qui  offrirait  sans  doute  une  foule 
d'objets  curieux  si  l'on  pouvait  y  faire  des  fouilles.  Quant 
aux  monuinens  modernes,  le  plus  beau  est,  sans  contre- 
dit, la  mosquée  bâtie  par  le  sultan  Bajazet  ou  Bayazid.  La 
soie  forme  la  principale  richesse  d'Amasieh  :  on  en  récolte 
environ  cent  charges  de  mulet,  dont  le  produit  est  évalué 
à  a  millions  de  piastres  par  an. 

1  Au  sud-est  d'Aniasielij  dans  une  vallée  profonde,  s'é- 
lève en  forme  d'amphithéâtre  Tokat,  que  l'on  prononce 
Tokate ,  ville  entourée  de  vergers  et  de  vignobles  (>).  Il  y  a 
deux  étages  auxbàtimens,  et  chaque  maison  a  sa  fontaine; 
les  rues  sont  bien  pavées,  chose  rare  dans  le  pays;  on  y 
fabrique  des  maroquins  bleus;  le  commerce  a  pour  objet 
la  soie,  dont  on  fait  beaucoup  d'étoffes,  la  vaisselle  de 
cuivre  et  les  toiles  peintes,  qui  sont  apportées  de  Bassora 
par  des  caravanes.  Tokat  est  l'ancienne  Berisa.  « 

On  entre  dans  Tokat  en  traversant  sur  un  pont  de  bois 
le  Tokatléou-sou ,  qui  descend  des  montagnes  situées  au 
sud.  Cette  ville ,  selon  M.  Fontanier ,  renferme  1 7,000  mai- 
sons, dont,  en  évaluant  à  5  personnes  le  nombre  d'indi- 
vidus par  famille,  celui  des  habïtans  s'élèverait  à  9a,5oo  , 
parmi  lesquels  se  trouvent  5ooo  Arméniens  et  aSuo  catho- 
liques. Mais  les  famUles  étant  plus  nombreuses  en  Asie 
qu'en  Europe ,  il  est  probable  que  la  population  est  d'en- 
viron 1 5o, 000  âmes  W. 

»  Le  bourg  de  Zifeh,  anciennement  Ze/a,  est,  comme 
plusieurs  villes  du  Pont ,  situé  sur  une  colline  artiScieile  (3). 
C'est  près  de  Zela  que  César  défit  Phamace,  fils  et  succes- 
seur de  Mitbridate, 

{•)  Jachon  àaia  ^reiieel,  BiblioLli.  do.  Voj.ngi.'»  (en  ullcni.) .  Vll[ . 


k. 


("J  V.  FoiUaiùa-  ;  VojagCR  en  Orit 
<î)  Ttu-rmitr,  I.  tap,  vu,  p.  toi. 


» 


I 


ASIE  :  Turquie  d'Asie.  locj 

-  'Les  mmilagnes  qui,  depuis  Tokat ,  s'étendent  vers 
Trébizonde,  en  séparant  le  bassin  du  Pont-Euxin  de  celui 
de  l'Euphrate ,  nourrissent  dans  leurs  vallées  verdoyantes , 
ombragées  de  forêts  de  châtaigniers,  plusieurs  tribus  de 
Kourdes  nomades  {'),  dont  la  vie  agreste  rappelle  celle 
des  anciennes  peuplades  que  Xénopbon  et  Strabon  placent 
dans  ces  contrées  j  peut-être  en  sont-elles  des  restes.  Le 
nom  des  anciens  Thianni  ou  Tzani  s'est  conservé  dans 
celui  du  canton  de  Djnnih ,  ville  peu  considérable.  Les 
montagnes  de  l'intérieur  de  le  canton  portent  à  leurs  som- 
mets des  anneaux  de  fer,  auxquels,  disent  les  habitans,  on 
attachait  les  câbles  des  vaisseaux  à  l'époque  où  la  mer 
Noire  étant  sans  débouché,  s'élevait  jusqu'à  ce  niveau  (''). 
L'industrie  métallurgique  des  anciens  Chaiyhes  ou  Chaldœi, 
règne  encore  dans  la  région  montagneuse  qui  a  gardé  le 
nom  peu  défiguré  de  Tckeldlr  ou  Kcltlir.  - 

Bâfra ,  dans  le  sandjak  de  Djanik ,  sur  la  rive  droite ,  et 
à  5  lieues  de  l'embouchure  du  Kizil-Ermak,  est  une  ville 
de  2O0O  âmes  où  l'on  voit  un  beau  pont,  deux  mosquées 
et  des  bazars  bien  pourvus.  Marsiva/t,  dix  à  douze  fois  plus 
peuplée,   est  l'ancienne    Eiichaïles ,    qui   fut  surnommée 

Tliéodorvpolis  par  l'empereur  Jean  Ziniiscès ,  en  commémo- 
ration d'une  victoire  qu'il  remporta  sur  le  roi  des  Bulgares 
le  jour  de  saint  Théodore.  Une  belle  église,  qu'il  y  fit  bâtir 
en  celte  occasion ,  est  convertie  aujourd'hui  en  mosquée. 
Elle  doit  en  partie  son  importance  à  ses  riches  mines  de 
cuivre.  Osmandjik,  sur  la  rive  droite  du  Kizil-Ermak, 
offre  un  beau  pont  en  pierre,  construit  par  Bajazet.  On 
croit  que  celte  petite  ville  est  l'ancienne  Pimolis.  Une  cita- 
delle U  domine  \  de  vieux  murs  et  des  fortifications  ruinées 

'entourent.    Tchouroutn,  jadis    Taviuni,  est  le  chef-lieu 


(0  Tourne/oit,  Voyage,  led.  XXi,  p.  175, 
(>)  Hadgi-Kkalfah,  y.   1798, 


)  LIVRIÏ    CENT    VI^GT-TfiOISIEME. 

d'un  sandjak  qui  «imprend  l'ancienne  Gniatie  orientale. 

Ouscataalouzghat,  chef-lieu  d'un  autre  sandjak,  est  une 
ville  denviron  18,000  âmes ,  entourée  d'un  mur  en  terre  et 
en  briques  cuites  au  soleil.  On  y  remarque  une  mosquée  bâtie 
en  pierres  sur  le  modèle  de  celle  de  Sainte-Sophie  à  Con- 
sUntinople ,  et  le  palais  de  Tchapan-Ouglou ,  chef  qui  s'était 
rendu  célèbre  dans  ces  derniers  temps  par  sa  puissance,  et 
qui  s'était  même  déclaré  indépendant.  C'est  à  ce  gouver- 
neur, mort  depuis  peu  d'années ,  que  la  ville  doit  sa  prospé- 
rité. Il  existe  dans  les  environs  des  mines  de  plomb  en 
exploitation. 

Le  nom  de  iV^'^Jrtr  indique  l'antique  cité  de  ^eo-C(e*«rea.- 
cest  la  résidence  d'un  évêque  grec;  elle  est  grande,  popu- 
leuse ,  et  bâtie  en  bois.  Sa  population  peut  être  estimée  à 
10,000  ha  bilan  s. 

Sifas,  chef-lieu  du  pachalik  que  nous  parcourons,  est 
une  ville  importante  située  dans  une  plaine,  près  dun  des 
affluens  du  Kizil-Ermak.  Elle  est  la  résidence  du  pacha  et 
d'un  évéque  arménien.  On  y  voit  les  restes  d'une  citadelle 
qui  paraît  avoir  été  bâtie  par  les  Grecs.  Il  y  existe  des  restes 
de  fortifications  qui  régnent  encore  sur  les  trois  quarts  de 
sa  circonférence.  Ses  deux  plus  beaux  édjiices  sont  une 
ancienne  mosquée,  dont  l'entrée  est  murée,  et  un  vaste 
caravansérail,  tous  deux  bâtis  en  marbre.  Les  bains  pubhcs 
sont  aussi  d'une  architecture  élégante.  Les  rues  sont  étroites 
et  tortueuses,  et  les  maisons  bâties  en  terre  :  on  en  porte 
le  nombre  à  1000  environ  ,  ce  qui  annonce  une  population 
de  6  à  8000  habitans.  Sivas  passe  pour  être  l'antique  Cabira 
qui,  en  l'honneur  d'Auguste,  reçut  le  nom  de  Sebaste , 
nom  qui ,  en  grec ,  signilie  Auguste.  Mais  M.  Fontanier  n'a 
reconnu  la  situation  que  Xénophon  trace  de  cette  ville, 
que  dans  des  ruines  que  l'on  remaïque  à  quelques  lieues 
de  Sivas,  et  parmi  lesquelles  on  voit  encore  une  citadelle 
placée  sur  un  monticule. 


ASIE  ;  Turquie  d'Asie.  i  r  i 

A  environ  3o  lieues  à  l'est  de  Sivas ,  la  petite  ville  de 
•  Devrigki  paraît  être  celle  de  NicopoUs,  que  Pompée  bâtit 
pendant  la  guerre  qu'il  fit  contre  Mithridute  ;  et  au  sud  de 
celle-ci,  jlrabkir  est  l'ancienne  Ambrace. 

A  l'ouest  du  pachaliL  de  Sivas ,  se  trouve  l'Analolie  pro- 
prement dite,  qui  forme  un  vaste  gouvernement  auquel 
les  Turcs  donnent  le  nom  AAnndolL 

■  En  passant  le  fleuve  Halys  ou  le  Kizil-Ermak,  nous 
«ntrons  dans  l'intendance  ou  le  moiisselimat  de  Kastamouni 
qui  répond  à  l'ancienne  Paphlagonie  maritime.  Quoique 
peuplée  de  Turcs,  la  ville  de  A'aslamouni  ou  Kastamoun 
voyait  autrefois  fleurir  dans  ses  remparts  divers  genres 
d'industrie;  on  y  fabriquait  de  la  vaisselle  de  cuivre;  sa 
population  s'élevait  en  i658  à  5o,ooo  âmes  (0,  mais 
aujourd'hui  elle  ne  renferme  que  ia,ooo  Turcs  et  4» 
femilles  arméniennes;  ce  qui  la  porte  en  totalité  à  environ 
i4)000 âmes.  L'ancienne  Pompeïapolis ,  long-temps  capitale 
de  ce  paya ,  a  été  retrouvée  dans  le  bourg  actuel  de  TiwA- 
Kouprou  W  ou  Tach-Koupry,  bâti  sur  la  droite  d'un  affluent 
du  Kizil-Ermak,  le  Kara-sou,  que  l'on  passe  sur  un  beau 
pont  construit  avec  des  restes  de  monuraens  antiques. 
La  côte  depuis  l'Halys  jusqu'au  Bospliore  a  long-temps  été 
défigurée  sur  les  cartes;  les  observations  de  M.  Beauchamp 
l'ont  enfin  â  peu  près  rétablie;  le  prétendu  golfe  de  Sam- 
soun  a  disparu ,  et  la  côte  en  général  s'élève  d'un  degré 
entier  plus  au  nord  que  les  cartes  de  d'Anviile  ne  l'in- 
i  piquent. 

«Avant  d'arriver  au  cap  Kerempeh,  le  Carambis  des 
anciens ,  pointe  septentrionale  de  l' Asie-Mineure ,  nous 
trouvons  la  célèbre  ville  de  Sinope,  appelée  Sinab  par  les 
Turcs,  située  sur  un  isthme,  couverte  au  nord  par  une 

(')M.  Foarcadt,  M&n.  aur  Kastanniuni. 

('}  Jd.  Meta,  sur  Pompeïopolis ,  Annales  des  Foyages ,  XIV, 


1 


111  LIVIIE    CEHT    VIHGT-TROISIIÎME. 

presqu'île,  et  ayant  à  l'est  une  excellente  rade  avec  des 
chantiers  pour  la  marine  impériale  turque.  Cette  ville,  que 
les  émigrations  des  Grecs  ont  réduite  à  une  population  de 
10,000  âmes,  exporte  du  riz,  des  fruits,  des  peaux  et  des 
planches  ;  le  commerce  de  poisson ,  autrefois  immense ,  est 
tombé.  On  sait  que  c'est  dans  ses  murs  que  naquit  Diogène 
le  Cynique.  Son  commerce  et  ses  chantiers  de  construction 
lui  donnent  encore  une  certaine  importance.  Incboli,  l'an- 
tique/ontyjo/w,  est  l'échelle,  c'est-à-dire  te  port  de  Kasta- 
mouni^  elle  exporte  des  bois  de  construction,  du  cuivre, 
du  chanvre,  jimastrak  ou  j4 masserah,  Imicientie  jirnastris , 
hâtie  en  amphithéâtre  sur  le  bord  de  la  mer  Noire,  et  Erekli 
ou  Heraclea ,  n'ont  conservé  qu'un  nom  célèbre. 

-  Le  Bosphore  s'ouvre  devant  nous  comme  une  magni- 
fique rivière  bordée  de  villages ,  de  châteaux  et  de  maisons 
de  plaisance.  Aux  lieux  où  ce  détroit  finit,  s'élève  Scutari, 
que  l'on  vanterait  comme  une  grande  et  belle  ville,  si  elle 
n'était  pas  située  vis-à-vis  de  Constantinople;  elle  compte 
40,000  âmes,  u  Elle  est  bâtie  en  amphithéâtre  sur  le  pen- 
chant de  plusieurs  collines,  dans  ie  même  style  que  la  ca- 
pitale de  l'empire  ottoman;  la  plupart  des  mosquées,  les 
bazars  et  les  bains  publics  sont  de  beaux  édifices^  le  grand- 
seigneur  y  possède  un  trèa-beau  palais  avec  des  jardins  dé- 
licieux. On  remarque  au  sud  et  à  l'est  les  cimetières  de 
cette  ville ,  les  plus  beaux  de  l'empire.  Scutari  est  l'ancienne 
Chijsopolis. 

«  Sur  le  premier  golfe  de  la  Proponlide  ou  de  la  mer  de 
Marmara,  nous  trouvons  le  port  appArtenimt  à  ta  ville 
A' Isnikmid  ou  A'Ismid ;  c'est  l'ancienne  Nicomédie  de 
Bithynie,  où  mourut  l'empereur  Constantin  ;  elle  renferme 
encore  4ooo  habitans.  Il  n'en  est  pas  ainsi  de  celle  à'Jsnik, 
l'ancienne  Nicée ,  célèbre  par  la  tenue  du  premier  concile 
général ,  mais  qui  aujourd'hui ,  réduite  à  a  ou  3oo  maisons , 
n'est  peuplée  que  de  quelques  Juifs,  qui  fabriquent  de  la 


I 


AsiB  :  Turquie  d'Asie.  ii3 

faïence  ou  Tendent  de  la  soie.  La  Propontide  est  entourée 
de  ruines  céU'bres,  parmi  lesquelles  celles  de  Cyztque  attes- 
tent encore  la  grandeur  et  la  magnificence  d'une  des  pre- 
mières villes  de  commerce  de  l'antiquité  [')■  Les  restes  de 
ses  anciennes  murailles  se  voient  suitout  près  de  Perumo^ 
petite  bourgade  sur  la  côte  orientale  de  la  presqu'île  qui 
s'est  formée  par  les  atieirissemens  qui  ont  réuni  l'île  de 
Cyzique  au  continent. 

"Mais  les  cimes  du  mont  Olympe,  couvertes  de  neîge 
jusqu'au  milieu  de  l'ete,  appellent  nos  regards.  Au  pied  de 
celte  pyramide  naturelle  s'étend  Brousse,  l'antique  Bursa  ou 
Prusa ,  qui  doit  son  origine  à  Annibal  W  ,  et  qui  fut  la  capi- 
tale de  l'empire  ottoman  avant  la  prise  de  Constantinople. 
C'est  à  Drousse  que  les  Turcs  ont  leurs  plus  habiles  ouvriers  ; 
l'on  estime  surtout  les  satins  et  les  tapisseries  de  cette  ville. 
Les  belles  soies  qu'on  y  recueille  eu  abondance  ne  suffisent 
pas  à  ses  fabriques  ;  on  y  supplée  par  celles  de  Perse.  La  cité 
de  Brousse  proprement  dite  occupe  une  émincnce  qui  do- 
mine une  plaine  fertile  où  jaillissent  des  eaux  thermales. 
Cette  vUle,  peuplée  d'environ  âo,ooo  habitans,  contient 
365  mosquées,  dont  3  sont  magniliques  :  celles  des  sultans 
Achmed  et  Osman,  ainsi  que  celle  d'Aoula.  Elle  est  ornée 
d'un  nombre  prodigieux  de  fontaines.  Sur  un  rocher  à  pic , 
au  centre  de  la  ville,  s'élève  un  château  dont  une  des  tours 
est  attribuée  à  Comnéne-Lascaris  ;  il  occupe  l'emplacement 
de  l'ancienne  Pi-usa.  Brousse  se  sert  du  port  de  Montagna, 
communément  nommé  Moudania ,  ville  de  ao,ooo  âmes  qui 
remplace  l'ancienne  Jpamea  de  Bithynie,  d'où  il  s'exporte 
une  grande  quantité  de  salpêtre,  de  vin  blanc,  de  fruits, 
et  divers  produits  manufacturés. 

n  Nous  allons  nous  hasarder  à  traverser  les  parties  cen- 


(0  Paul  Liicai.  fcroad  Voyage,  I,  c.  i.  Pacocke,  part.  III,  vol;  Jl ,  " 
chap.  mil.— (">  Plin-,  V,  ii  (  Nonobs.UDt  Araion,  etc.),  ■ 

VIII.  S 


1 


Il4  LIVRE    CENT    VlMGT-TROISliME. 

traies  de  l'Asie -Mineure ,  infestées  par  des  bandes  de  Tur- 
comans,  qu'on  accuse  de  ne  pas  trop  respecter  les  Toya- 

Sur  le  bord  d'un  ruisseau  qui  va  se  jeter  dans  la  Sakaria, 
nous  -verrons  Terekli  ou  Tarak!',  petite  Tille  sale  et  mal 
bâtie,  mais  connue  par  ses  manufactures  de  peignes.  Sur 
une  hauteur,  à  l'extrémité  occidentale  d'une  plaine  riche 
et  fertile,  on  aperçoit  les  ruines  d'un  château.  Ce  château 
domine  la  ville  de  Boly,  que  M.  Fontanier  nomme  Bolo, 
composée  d'un  millier  de  maisons,  et  renfermant  un  bazar 
assez  vaste  et  douze  mosquées  :  c'est  le  passage  continuel 
des  caravanes.  A  ses  portes  se  trouvent  des  bains  d'eaux 
thermales ,  et  à  une  lieue  les  ruines  à'Hadriaiiopolis,  nom- 
mées Eski-hissar  par  les  Turcs.  Un  des  faubourgs  de  Boly 
est  entièrement  peuplé  de  chrétiens,  qui  ont  le  droit  de  se 
renfermer  dans  des  niui'ailles ,  et  de  ne  laisser  pénétrer 
aucunTurc  chez  eux  (i).  Jt'A/rfttt,  que  M.  Fontanier  nomme 
Cherkès^  n'offre  rien  de  remarquable;  c'est  une  ville  mu- 
rée, à  22  lieues  à  l'est  de  Boly,  sur  la  rive  droite  du  Bartïn, 
que  l'on  y  traverse  sur  un  pont  en  bois  et  en  terre.  Sa 
population  est  de  3  à  4ooo  âmes.  On  élève  dans  ses  envi- 
rons des  chèvres  de  l'espèce  de  celles  d'Angora ,  et  l'on 
exploite  du  sel  gemme   dans  les  montagnes    qui   l'envi- 


\ 


Sur  un  afiluent  du  Kizil-Ermak,  Tosia  ou  Tossia,  dans 
une  vallée  fertile  et  bien  cultivée,  renferme  3ooo  mai- 
sons turques,  3o  de  Grecs  et  lo  mosquées,  dont  l'une 
est  remarquable  par  l'élégance  de  sa  construction.  On  fa- 
brique à  Tossia  des  cliâics  en  tissus  de  poil  de  chèvre 
d'Angora,  qui  sont  estimés  pour  leur  finesse  et  leur  moelleux. 

A  lo  lieues  au  sud  de  Tossîa  on  trouve  Kiankaiy  ou 
Kiangary,  l'ancienne   Gangm,  qui  reçut  de  l'empereur 

(')  Fontaiûtr-  Vojoge  en  Orienl. 


I 


ASIE  :  Turquie  tîAsie.  ii5 

Claude  le  nom  de  Germanicopolis ,  et  que  Constantin  érigea 
en  capitale  de  la  Paplitagonie.  Cette  ville  est  assez  grande, 
mais  elle  est  bâtie  en  bois. 

1  La  route  de  Brousse  par  Koutaïeh  et  Koniéh,  en  Cara- 
manie ,  traverse  principalement  le  plateau  des  lacs  salés  et 
sans  écoulement  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Koutaïeh, 
l'ancien  Cotyœutn ,  est  une  ville  considérable ,  embellie  da 
5o  mosquées,  de  30  khans  ou  caravansérails  et  de  3o  bains 
publics ,  entourée  de  jardins ,  de  vignobles  et  de  prome- 
nades. Elle  contient  plus  de  10,000  maisons,  et  probable- 
ment plus  de  5o,ooo  habitans  ;  son  territoire  fertile  produit 
d'excellens  fruits  et  beaucoup  de  noix  de  galle  ['}•  " 

A  une  vingtaine  de  lieues  de  cette  ville  on  trouve,  dans 
une  bourgade  appelée  Séidi-Gazi,  les  restes  d'un  monu- 
ment phrygien  taillé  dans  le  roc,  et  dont  l'inscription  au 
roîMidas,  sculptée  sur  un  des  côtés,  indique  les  restes  d'un 
tombeau  érigé  à  l'un  des  anciens  rois  de  Phrygie,  peut-être 
6CL  siècles  avant  notre  ère. 

A  10  lieues  de  Koutaïéli,  les  habitans  du  village  de 
TùutbaA,  au  pied  du  mont  Olympe,  sont  exempts  de  toute 
contribution ,  à  la  condition  de  protéger  et  de  guider  les 
voyageurs  qui  traversent  la  montagne  et  ses  défilés  cou- 
verts de  neige.  Us  ont,  comme  dans  les  Alpes,  des  chiens 
dressés  à  découvrir  par  l'odorat  les  malheureux  qui  se  sont 
égarés. 

•i  JJioum-Kara-Hissar,'^  18  lieues  au  sud-est,  est  célèbre 
par  la  culture  de  l'opium,  et  un  sujet  de  dispute  parmi  les  géo- 
graphes; un  des  plus  érudits  a  récemment  soutenu  que  .c'est 
l'ancienne  Celœnœ  (2)  ;  d'autres  prétendent ,  peut-être  avec 
plua  de  raison ,  que  c'est  Apamea  Cibotus^  fondée  par  Antîo- 
chu»  Soter.  La  plupart  de  ses  maisons  sont  en  bois;  elle 


C')  Olivier,  Voyage  dans  l'empire  olloman  ,  VI , 
(')  JUa/utert ,  Géif  r.  des  Grecs  et  des  Rora;iin5 ,  V 
ij5.  Comp.  Fococke,  e(c, 


.  4o8(i,.-8"). 


I 


r 


I  ib  LIVRE    CENT    VINGT-TROISIÈME. 

est  la  résidence  d'un  pachn ,  le  siège  d'un  evêque  grec ,  et  le 
rendez-vous  ordinaire  des  caravanes  de  Constantinople  et 
de  Sniyrne,  qui  de  là  se  dirigent  vers  l'intérieur  de  l'Asie. 
Son  nom  signifie  la  forteresse  noire  de  l'Opium,  et  sa  po- 
pulation est  évaluée  à  5o,ooo  âmes.  Âkcheher,  ville  consi- 
dérable, répond,  selon  d'Anville,  à  l'ancienne  Anîiochia 
ad  Pisidiam,  et,  selon  Mannert,  à  Tjriœam;  la  montagne 
voisine  étant  à  l'occident,  tandis  que  la  plaine,  fertile  en 
blés  et  fruits,  s'étend  à  l'orient  [')  :  l'opinion  du  savant 
allemand  paraît  mériter  la  préférence.  Eilgoun  ou  llgoun 
a  des  marchés  bien  approvisionnés.  Elle  occupe,  selon 
d'Anville,  l'emplacement  de  Philomeliuni. 

•  Komêh,  l'ancienne  Iconium,  est  aujourd'hui  la  capi- 
tale de  l'Anatolie,  le  siège  d'un  pacha  qui  gouverne  la 
partie  septentrionale  de  la  Cammanie,  province  dans 
laquelle  on  comprend  l'ancienne  Pamphylie ,  la  Pisidie ,  la 
Lycaonie,  la  majeure  partie  de  la  Cappadoce  et  la  Cilicie. 
Cette  ville,  importante  lorsqu'elle  était  la  résidence  des 
sultans  seldjoukides  de  Roum  (a) ,  compte  encore  aujour- 
d'hui 25  à  3o,ooo  habitans.  Une  petite  rivière  se  perd  dans 
les  jardins  qui  l'environnent.  " 

La  plus  remarquable  des  nombreuses  mosquées  de  Ko- 
niéh  est  celle  de  Selim,  bâtie  sur  le  modèle  de  celle  de 
Sainte-Sophie  à  Constantinople.  On  cite  aussi  le  couvent  des 
Mevlevis,  qui  possède  de  grandes  richesses,  et  qui  est  le 
chef  de  tous  les  étabUssemens  du  même  ordre  répandus 
dans  l'empire  ottoman.  Quant  au  palais  du  pacha,  il  est 
bâti  en  bois,  mais  il  renferme  quelques  restes  élégans  de 
celui  des  anciens  sultans  de  Roum.  Le  plus  beau  monument 
de  Koniéh  est  le  tombeau  d'un  personnage  révéré  en  Tur- 
quie, Près  de   la  porte  de  Ladik  on  voit  une  sculpture 


L 


i^y  Olivier ,  VI,  SgS. 

C")  Voyez  notre  Volume  I" 


I 


ASIE  :   Turquie  d Asie.  lï-j 

antique  et  une  statue  colossale  d'Hercule,  que  l'on  consi- 
dère comme  deu\  morceaux  remarquables. 

•  A  l'orient  de  Kouiéh  s'étendent  de  vastes  marais  [']• 
Xia  ville  de  Caraman,  qui  a  donné  son  nom  à  la  province, 
n'est  pas  loin  de  la  source  du  bras  méridional  de  l'Hatys.  v 

Ses  monumens  ont  été  Mlis  avec  les  restes  de  l'antique 
Larenda.  On  évalue  sa  population  à  3ooo  familles  turques , 
arméniennes  et  grecques. 

«  En  descendant  le  Kizil-Ermak  pour  se  rapprocher 
d'Angora ,  on  examinerait  si  Akserdi  est  l'ancienne  Archc' 
lais,  ou  plutôt  Garsauza^  suivant  l'opinion  de  d'Anville  ; 
si  Kirckeher,  sur  la  droite  du  Kisil-Ermak,  répond  à  Na- 
xianzus,  surnommée  Dio-Oesarea,  ou  à  Andrapa,  ce  qui 
paraît  plus  probable;  si  la  rivière  Chaux,  sur  laquelle  s'é- 
lève aujourd'hui  Nigdèh ,  serait  le  Cappadoa:  de  Pline , 
l'ancienne  Cadyna.  Mais  cette  route  étant  peu  fréquentée, 
ces  questions  resteront  peut-être  long-temps  sans  déci- 
sion complète. 

■>  Un  chemin  plus  connu  nous  conduira  de  Brousse  à 
Angora,  à  travers  les  anciens  Etats  floiissans  de  Tchapan- 
Oglou,  gouverneur  qui  s'était  rendu  indépendant  de  la 
Porte.  Begbazar,  ville  traversée  par  l'Idou-sou,  reriferme 
environ  tooo  maisons.  En  avançant  à  l'est,  dans  une  plaine 
très-élevée ,  nous  découvrons  Angora ,  appelée  par  les 
Turcs  Ankonih  et  Engour.  C'est  la  finesse  du  poil  de  ses 
chèvres  qui  a  fuit  sa  renommée  et  sa  fortune  ;  elle  contient , 
à  ce  qu'on  croit ,  40)0oo  habitans.  Le  peuple  y  est  plus 
doux  et  plus  policé  que  dans  aucune  autre  ville  de  l'Ana- 
tolie;  les  rues  y  sont  larges,  et  pavées  d'assez  giands  mor- 
ceaux de  granité.  On  y  voit  de  très-beaux  restes  d'antiquité , 
entre  autres  le  fameux  temple  en  l'honneur  de  l'empereur 


tO  AlioiilJ'fda .  chi'j  BuscUiiig ,  Magasin  gtiigi  aphiq! 
Vojage  cil  Turquif  ,  1 ,  cliap,  vu. 


L 


LIVRE    CEHT    VINGT-TBOISIÈME, 

Auguste,  du  règne  duquel  date  la  grandeur  de  cette  ville, 
auparavant  peu  considérable.  Angora  est  l'antique  Ancyra. 

■>  Le  bassin  de  l'Halys  oriental  touche,  du  côté  du  midi, 
à  celui  où  coule  le  Kara-san,  c'est-à-dire  la  Rivière  Noire, 
le  Mêlas  des  anciens.  Dans  le  haut  de  cette  vallée  nous  re- 
marquerons Kaisariéli ,  l'ancienne  Ccsarèe  (de  Cappadoce) , 
grande  ville  située  au  pied  du  mont  Ârdjiek  ou  Ardehis. 
Un  voyageur  injustement  décrié  trouva  aux  environs  de 
cette  viile  toutes  les  montagnes  percées  de  grottes ,  qui  ont 
probablement  servi  de  demeures  d'été  aux  anciens  Iiabitans 
de  ce  pays  {').  Cette  manière  de  se  loger  a  été  commune  à 
beaucoup  de  peuples.  Il  est  plus  difficile  d'admettre  entière- 
ment le  récit  de  ce  voyageur  sur  les  20,000  petites  pyra- 
mides, munies  de  portes  et  de  fenêtres,  qu'il  assure  avoir 
vues  non  loin  de  Césarée,  près  XYrkotip.  Mais  fai-t-il  re- 
jeter entièrement  tout  ce  qui  offre  une  apparence  mer- 
veilleuse?- 

Raisariéh,  à  laquelle  on  accorde  aS, 000  Iiabitans,  est  le 
siège  d'un  évêque  arménien,  et  le  rendez-vous  des  mar- 
chands de  l'Asie-Mineure  qui  vont  y  acheter  le  coton  qu'on 
récolte  dans  ses  environs.  On  fait  remonter  son  origine  à 
2000  ans  avant  l'ère  chrétienne.  Elle  portait  alors  le  nom 
de  Mazaca.  Mais  lorsque  sous  Tibère  elle  tomba  au  pou- 
voir des  Romains,  elle  reçut  de  ceux-ci,  en  l'honneur  de 
ce  prince  ,  le  nom  de  Césarée.  Elle  acquit  une  telle  splen- 
deur que,  sous  le  règne  de  Valérien,  lorsqu'elle  fut  pillée 
par  le  roi  de  Perse  Sapor,  elle  renfermait  plus  de  400,000 
babitans.  Julien,  qui  en  releva  les  murs,  la  resserra  dans 
des  limites  plus  étroites.  Mais  les  chrétiens  de  cette  ville 
ayant  miné  les  temples  de  Jupiter  et  d'Apollon,  ce  prince, 
irrité,  lui  retira  le  nom  de  Césarée  pour  lui  restituer  celui 
Mazaca,  imposa  une  forte  amende  à  chacun  des  habi- 


)  Paul  Lucat,  deu.\ 


^m  ASIE  :   Turquie  d Asie.  ng 

H    tans,  fit  enrôler  dans  la  milice  les  prËtres  chrétiens,  et 

*     obligea  la  ville  à  relever  les  temples  mutilés.  Saint  Basile, 

le  fondateur  des  cenobîles  d'Orient,  naquit  dans  cette  ville 

en  Sag,  en  fut  évèque,  et  y  mourut  en  379. 

(■  La  contrée  qui  borde  le  Kara-sou  ou  Mêlas,  fournît  aux 
hordes  errantes  de  Turcomans  d'assez,  maigres  pâturages. 
Les  villages  paraissent  des  oasis  dans  un  désert.  Mais  en 
approchant  de  l'Euphrate,  l'œil  se  repose  agréablement  sui- 
tes jardins ,  les  vergers  et  les  bosquets  de  peupliers  qui 
environnent  Malatiah ,  l'ancienne  Melitène,  dans  le  pacha- 
lit  de  Marach.  Cette  ville  a  de  i  a  à  1 5oo  maisons  [')■  C'était  la 
principale  cité  de  la/'eiffe-^rmen/e,  contrée  que  traversait, 

»dans  le  moyen  âge,  la  route  commerciale  de  l'Europe  ans 
Indes  (a) ,  et  qui ,  dans  les  temps  modernes ,  n'a  été  parcou- 
rue du  sud  au  nord  que  par  deux  voyageurs  (^}  ;  aussi 
est-elle  au  nombre  des  terres  inconnues.  Nous  savons  qu'en 
allant  de  Malatiah  au  village  â^Ayas,  l'ancienne  Issus,  on 
traverse  une  petite  province  nommée  par  les  Turcs  Doulga- 
tlir  m,  et  gouvernée  par  un  pacha  qui  réside  à  Mérach; 
mais  tandis  que  d'Anville  place  cette  ville  au  sud-ouest  du 
mont  Âmanus ,  voulant  la  faire  répondre  à  l'ancienne  Ger- 
rnanicia,  un  témoin  oculaire  la  met  au  nord-est  de  cette 
chaîne,  et  à  la  vue  de  l'Euphrate  (4).  - 

Cependant  Marach  ou  Mèrach,  sur  laquelle  nous  n'avons 
d'ailleurs  rien  à  dire  d'intéressant,  est  bien  sur  une  colline, 

I  baignée  par  un  afiluent  du  Djihoun,  et  séparée  du  bassin 
de  l'Euphrate  par  une  chaîne  de  montagnes.  Il  est  certain 
aussi,  malgré  ce  que  dit  ce  voyageur,  que  Marach  est  à 
plus  de  3o  heues  du  fleuve. 
jiïntcA,  que  l'on  croit  être  l'ancienne  Deba,  renferme 
<0  M.  Trézel,  Itinér.  manusc.  Comp.  Siraien,  etc.  — W  Pegol'U' , 
yojKX  notre  Volume  I",  p.  516-S17,  — I?)  Paul  Lucas  ,  premier  Voyage 
SD Levant,  c,  nj,  Scl^elUnger,  persiche  und  ostindische  Reise.  Nnrera- 
Iiprg,  1716.  p.  GB.  iqi.  (en  allemand). —(4)  Schtllitigtr ,  loc.  eil. 


LIVRE    CENT    VIITGT-TROISifeME. 

dit-on,  5o,ooohabitans;5'emf'jfrf,surlebor(l(lerEuphrat(;, 
est  l'ancienne  Samosntc,  patrie  du  poète  Lucien. 

«  La  Cilicîe  ou  la  côte  de  la  Caramanie  n'est  pas  non  plus 
très-bien  connue.  Les  témoignages  de  Strabon  et  d'Olter 
prouvent  que  la  plupart  des  rivières  de  cette  côte  prennent 
leur  source  au  nord  de  la  cbaîne  du  Taurus ,  qu'elles  fran- 
cliissent  au  moyen  de  gorges  étroites.  Le  plateau  où  naissent 
ces  rivières,  entre  le  Taurus  et  l'Anti-Taurus,  représente 
en  partie  l'ancienne  Calaonie.  C'est  dans  ces  montagnes 
que  les  Caranianiens  nomades,  et  même  les  citadins,  cher- 
chent un  asile  contre  les  ardeurs  de  l'été  qui  dévastent  la 
plage  maritime.  Ces  hauteurs  se  couronnent  de  cèdres, 
tandis  que  les  bords  de  la  mer  se  couvrent  de  forêts  entières 
de  lauriers  et  de  myrtes  ('].  " 

Adana,  siège  d'un  pacha,  et  Sis,  où  résidèrent  long- 
temps les  rois  de  la  Petite- Arménie,  sont  de  peu  d'impor- 
tance. La  première  de  ces  deux  villes  est  sur  l'emplace- 
ment de  Bathnai^  célèbre  jadis  par  les  agrémens  de  sa  po- 
sition, et  l'une  des  plus  anciennes  cités  de  l' Asie-Mineure. 
Elle  est  grande ,  assez  bien  bâtie ,  et  peuplée  de  ao  à  3o,ooo 
âmes.  On  y  remarque  un  beau  pont  et  un  ancien  aqueduc 
que  les  Turcs  ont  eu  le  soin  d'entretenir. 

•  Tarsous,  jadis  la  docte  rivale  d'Athènes  et  d'Alexan- 
drie, passe  pour  la  plus  belle  et  la  plus  riche  cité  de  la 
Cilicie.  Les  fraîches  ondes  du  Cydims,  si  dangereuses  à 
l'infatigable  Alexandre,  arrosent  encore  ces  riantes  plaines 
où  Sardanapale  avait  fait  graver  au  bas  de  sa  statue  cette 
sentence  :  n  11  faut  jouir  des  plaisirs  de  la  vie  ;  tout  le  reste 
l'est  rien.  » 

Tarsous,  à  laquelle  un  voyageur  récent  donne  3o,ooo 
habitans,  est  sur  la  droite  du  Kara-sou  ouCydnus,  ù  a  ou 
3  lieues  de   la  Méditerianée.   L'hiver    elle  est  beaucoup 

(■)  P   Hdon  ,  OWrvations  .  tic.  CVII  el  CI\- 


ASIE  :  Turquie  dAsie. 
moins  peuplée  que  lëté.  Une  partît;  ile  ses  murailles  passe 
pour  avoir  été  construite  par  le  calife  Haroua-al-Raschid , 
et  son  château  par  Bajazet.  L'église  arménienne  est  belle 
et  fort  ancienne ,  mais  on  l'attribue  à  tort  à  l'apôtre  saint 
Paul.  Tarsous  est  une  des  plus  importantes  places  de  com- 
merce del'Asie-Mineurej  elle  exporte  du  cuivre,  de  la  noix 
de  galle  et  d'autres  marchandises  pour  l'Europe  méridio- 
nale, principalement  pour  l'Espaj^ne  et  le  Portugal,  et 
reçoit  une  grande  quantité  de  produits  de  l'Egypte.  Aussi 
dans  la  guerre  de  i833  le  paclia  d'Egypte,  qui  s'était  emparé 
du  paghalik  d'Adana ,  a-t-il  tenu  à  le  conserver  :  il  fait  partie 
de  ses  nouvelles  possessions  d'Asie. 

L'ancien  pacbalik,  aujourd'hui  sandjak  d'Itchil,  com- 
prend presque  toute  l'ancienne  Cilicie  avec  la  partie  orien- 
tale de  la  Paniphylie.  Ce  pays  est  presque  entièrement 
désert  :  ce  n'est  que  sur  la  cûte  de  la  Méditerranée  qui 
baigne  sa  partie  méridionale  que  l'on  l'eneontre  quelques 
lieux  habités  qui  méritent  à  peine  le  nom  de  villes.  Selefkeh, 
l'antique  Seleucia  Trachea ,  est  de  ce  nombre  :  ce  n'est 
qu'une  réunion  de  cabanes  en  terre  et  en  bois^  mais  tout 
autour  on  voit  des  ruines  considérables,  parmi  lesquelles 
on  distingue  un  théAtre,  un  temple  qui  a  été  converti  en 
éghse,  une  citadelle,  d'immenses  citernes,  des  catacombes 
et  plusieurs  sarcophages.  A  22  lieues  à  l'ouest,  le  misérable 
château  à'jinamour  s'élève  près  des  ruines  d'Aiiemurium , 
qui  comprennent  un  grand  nombre  de  tombeaux  antiques. 
Plus  à  l'ouest  encore ,  les  ruines  de  Sidè  portent  chez  les 
Turcs  le  nom  de  Eski-Aifalia  :  on  y  distingue  les  murs 
d'enceinte  et  un  théâtre  très-bien  conservé,  garni  de  ses 
sièges  en  marbre  blanc.  Enfin  on  y  a  découvert  des  statues 
et  des  inscriptions  intéressantes. 

'  "  Le  pachalik  de  h'outahiék  ou  à'jfnadoli,  comprend  lu 
Tekiék  ou  les  côtes  de  l'aucienne  Pamphylie  et  de  la  Ly- 
cie.  Satiili  ou  Satalieh,  sur  son  goU'e  dangereux,  au  pied 


L 


"Ï22  LIVKE    CKNT    VltlGT-TROlSlÈllK. 

d'une  forêt  de  citronniers  et  d'orangers,  fleurit  par  le 
tommerce,  et  compte,  dit-on,  plus  de  3o,ooo  habi- 
tans  (')  ;  mais,  selon  quelques  voyageurs,  elle  n'en  a  que 
8000.  Elle  occupe  remplacement  de  l'antique  Olbia  :  on 
y  voit  «n  bel  arc  de  triomphe  érigé  en  l'honneur  d'Adrien.  » 

A  16  lieues  vers  le  sud ,  on  trouve  les  magnifiques  restes 
(le  l'antique  Pkasefis,  tels  qu'un  théâtre  taillé  dans  le  roc, 
des  mausolées  et  une  longue  colonnade,  Jlmali,  dans  l'in- 
térieur des  terres,  n'offre  rien  de  remarquable;  mais  non  loin 
des  bords  de  la  mer,  le  village  de  Mira  a  conservé  le  nom 
de  la  ville  antique  dont  on  voit  encore  de  belles  ruines, 
entre  autres  un  vaste  théâtre  et  de  nombreux  tombeaux. 

•  Sur  les  côtes  pittoresques  de  la  Lycie,  les  magnifiques 
ruines  A'  Andriace,  aujourd'hui  Cacamo,  attestent  le  bonheur 
du  siècle  d'Adrien  ou  de  Trajan  ;  la  nécropolis  ou  le  cèrneliè/v 
offre  à  elle  seulel'aspectd'uneville  (2].  Son  port  est  tellement 
grand  qu'il  pourrait  contenir  toutes  les  Hottes  de  l'Europe. 

n  Dans  l'intérieur  des  terres ,  au  nord  de  Sataliéh ,  où  s  é- 
tendait  l'ancienne  Pisidie,  un  hasard  singulier  a  conservé 
à  une  ville  peuplée  de  Turcs  le  nom  de  Sparla  ou  Espar- 
tah;  c'est  un  reste  de  l'ancienne  Sagakssus ,  qui  se  vantait 
d'une  origine  lacédémonienne ,  et  dont  les' ruines  imposan- 
tes se  trouvent  dans  le  voisinage;  les  Turcs  donnent  aussi 
à  celte  ville  le  nom  de  tlamid  (3).  Cette  contrée,  peu  vi- 
eltée,  est  un  plateau  avec  un  ou  plusieurs  lacs;  les  eaux 
s'écoulent  par  la  rivière  Douden,  (jui  souvent  se  pei-d  dans 
des  gouffres  souterrains  14).  ■ 

il/o^/nA ,  l'ancienne  AUndn;  Melasso  ou  Miless^  autre- 
fois Jtf//(WJ(i,  dont  on  voit  encore  les  ruines  intéressantes; 

(•)  M.  Coraneei,  consul  gdnëral,  Ilinéraire  nanuscrît.  —  (')  Itoberi 
^l'juia,  viewi  in  Ibc  ottoman  Empire,  e(c.  (Londres,  iBo3),  pi.  I- VI  II, 
—  {^)Paul  Lucas,  second  Voyage,  t.  I,  c.  «iiv.  TroisiÉme  Voyage, 
t.  I,  I),  iBi.  — (4)  CAnnrf/ir.Voyagecn  ABie-Mineure,  L,  iSgji//^.  tra- 
duction fraiiçaise. 


A5IK  :   Turquie  dAsie.  1 23 

Degnizli  qui  fut  détruite  en  lyii)  par  un  tremblement  de 
terre,  sont  des  villes  peu  importnntes ;  mais  Ala-ckeher, 
l'ancienne  Phi/adelphia,  compte  6  à  8000  liabitans;  c'est 
la  résidence  d'un  évêque  grec  et  d'un  proto-pape;  la  ca- 
thédrale est  ornée  de  dorures,  de  peintures  et  de  sculptu- 
res. Tiif/t  ou  Tirra,  au  pied  d'une  montagne  de  la  chaîne 
du  Kcstenous-dajfh ,  paraît  être  une  ville  de  ao,ooo  âmes  ; 
elle  a  des  manufiactures  importantes;  et  Akhissar,  jadis 
Tliyathira^  n'a  dans  son  enceinte  murée  que  des  maisons 
en  terre  et  une  population  de  a  à  3ooo  individus. 

"  Les  côtes  occidentales  de  l'Asie,  plus  fréquemment  vi- 
sitées par  les  voyageurs,  fourniraient  à  elles  seules  la  ma- 
tière d'un  volume  intéressant.  Ce  fut  ici  que  les  arts  et  les 
lettres  embellirent  les  villes  de  la  Doride,  de  l'ïonie  et  de 
l'Eolide;  c'est  ici  que  les  tristes  ruines  ô'Halicarnasse,  de 
MiieC  et  tXEpliène  arrêtent  les  pas  de  l'honnne  familier 
avec  la  sublime  antiquité.  Mais  s'il  est  certain  que  les  res- 
te» d'Ephèae  se  trouvent  au  sud-ouest  du  misérable  vil- 
lage turc  à' Ayosnlouk  ('),  l'emplacement  du  fameux  tem- 
ple de  Diane  n'a  pas  encore  été  déterminé;  ni  te  savant 
Chandler,  ni  l'ingénieux  Choiseul-Gouffier,  n'ont  résolu 
cette  question.  Il  est  {)robable  qu'il  aurait  fallu  en  chercber 
les  restes  au  nord  d'Ayasalouk  (  qui  occupe  le  premier 
emplacement  d'Epbèse  avant  les  bâtisses  de  Lyaimaque), 
dans  les  plaines  marécageuses  qu'arrose  le  Caystre  (2).  l\ 
règne  aussi  des  doutes  sur  l'emplacement  de  Milet.  I-e 
ToyageurSpon  ayant  trouvé  au  petit  village  de  Patatcha  des 
inscriptions  qui  portaient  le  nom  des  Mllèsiens,  crut  avoir  re- 
trouvé les  restes  de  l'ancienne  ville  (3).  Cbandier,  en  partant 
de  cette  donnée,  eberchait  en  vain  le  golfe  Latmien,  avec  les 

(')  Hadgi-Khalfali,  Gi^graphie  turque,  p.  i^33-i84G, 
(')  Poleni ,  DisBertuIion  sur  le  temple  de  Diane,  ilans  les  Mémoins 
deVJcadèmiede  Corlone;  eiMamiert ^Géog.  rfesGrreiict  licaRomiiiiis, 
Tl,  p.  m.  p.  3o5.3>3.  — (î)  .9*0.1  et  rrheler.  Voyst-.  p.  358, 


» 


1^4  LIVBE    CËMT    VINGT-TROISIÈME. 

villes  de  Mytis,  â'Héraclée  et  autres,  situées  sur  ses  bords.  11 
imagina  que  ce  golfeetaitreprésenté  parlelac  OuJ'a-Bassi , 
et  que  les  teires  basses  qui  séparent  ce  lac  de  la  mer 
avaient  été  accumulées  par  le  Méandre  (>).  Cette  hypothèse, 
très- embrouillée  chez  son  premier  auteur,  a  été  attaquée 
dans  sa  base  même  par  un  savant  allemand,  qui  regarde 
les  ruines  de  Paiatcha  comme  étant  celles  de  Myus,  petite 
ville  incorporée  à  Milet ,  et  dont  les  habitans  étaient 
qualifiés  de  Milésiens;  ce  savant  pense  que  le  lac  d'Oufa- 
fiassi  est  celui  qui,  selon  Pausanias ,  se  forma  par  un  aHais- 
sement  près  de  M/u.i  (2).  Les  ruines  de  Milet  et  le 
golfe  Latmien  devraient  Être  cherchés  plus  au  midi  et  à 
l'occident.  Mais  les  modifications  qu'un  habile  géographe 
français  [3)  a  récemment  apportées  au  système  de  Chandler, 
et  les  belles  cartes  de  M.  de  Cboiseul-Gouffier,  semblent 
mettre  hors  de  doute  la  réalité  d'un  atterrissement  plus 
moderne  que  ceux  dont  parlent  Strabon  et  Pausanias.  Le 
lac  d'Oufa-Bassi  paraît  décidément  être  l'ancien  golfe  Lat- 
mien j  toutefois  les  ruines  de  Milet  doivent  être  plus  à 
l'ouest  que  Paiatcha.  Cette  question  intéressante  ne  nous 
semble  pas  encore  entièrement  éclaircie.  » 

Quant  à  l'ancienne  Halicarnasse ,  c'est  Boudroun  qui  en 
occupe  la  place.  Les  maisons  de  la  ville  moderne  sont 
éparses  sur  le  bord  d'une  baie  profonde,  et  entremêlées  de 
champs,  de  jardins  et  de  tombeaux.  Le  palais  du  gouver- 
neur et  quelques  mosquées  garnissent  les  côtes  de  la  baie; 
sur  un  rocher  qui  s'avance  dans  la  mer,  s'élève  un  château 
bâti  en  1402  par  les  chevaliers  de  Rhodes;  un  petit  port 
occupe  un  enfoncement  sur  la  côie  occidentale.  Les  ma- 
tériaux antiques  dont  le  château  est  construit,  et  qui  pu- 


L 


t')  Chandler,  Voyage,  c  iiiii ,  et*.  — W  JUaiinert,  ItifographiL'  ilcs 
GrucB  et  dci  Bomaios ,  VI ,  p.  III ,  p,  i5i-a6&.  —  W  hariné  du  Bocage , 
Reclicrctie! eur  les  alterrissi'mens  duMéBndriï,  lUiu  le  Mugubin  encjcIo- 
péJique  du  ATiUiVi ,  t.  IV,  p.  74,  et  scBDOtmturaiandlur. 


> 


ASIE   :   Turquie  d'Asie.  i  a5 

raissent  avoir  fait  partie  du  fumeux  tombeau  érige  par  I» 
reine  Artémise  à  son  époux  ;  les  fragmens  de  colonnes  et 
de  sculptures  qui  se  font  remarquer  dans  la  ville  j  des  mu- 
railles encore  debout,  les  vestiges  d'un  théâtre  de  2S0  pieds 
de  diamètre,  enfin  la  position  que  les  anciens  donnent  à 
Halicarnasse ,  suflisent  pour  prouver  que  Boudroun  est 
bien  sur  l'emplacement  de  l'antique  cité.  Il  y  a  à  Boudroun 
des  chantiers  où  l'on  construit  des  frégates  et  des  bàtimens 
inférieurs  pour  la  marine  turque. 

«  Les  villes  modernes  de  ces  belles  régions  sont  d'assez 
peu  d'importance.  Goit::xl-Hissar,ïancienne  Magnësie-sui'- 
Méandre,  ou  peut-être  Tml/es,  fait  encore  un  commerce 
considérable,  et  sa  population  paraît  être  de  20  à  3o,ooo 
âmes.  Mais  en  remontant  la  pittoresque  vallée  du  Méan- 
dre, un  voyageur  moderne  vit  les  ruines  de  la  riche  et 
superbe  Laodicée  habitées  par  quelques  renards.  Le  port 
assez  étroit  de  Scala-JVopa  ou  Kauch-adasi  est  très-fré- 
quenté;  et  cette  ville,  qui  remplace  en  quelque  sorte  celte 
de  Neapolis,  étale  en  amphithéâtre  ses  musquées  entre- 
mêlées de  beaux  cyprès.  Elle  renfermait  avant  la  révolution 
grecque  plus  de  20,000  habitans. 

■  La  reine  des  villes  de  l'Anatolie,  Smyme,  brave  tou- 
jours les  incendies  et  les  trcmblemens  de  terrej  dis  fois 
détruite,  dix  fois  elle  s'est  relevée  avec  une  gloire  nou- 
velle. Sa  situation  centrale  et  la  bonté  de  son  port  y  atti- 
rent un  concours  prodigieux  de  négocians  de  toutes  les 
nations,  par  mer  et  par  caravanes.  Les  marchandises  que 
l'on  tire  de  Smyrne  sont  des  soies,  des  poils  de  chèvre  et 
de  chameau,  des  toiles  de  coton,  des  mousselines  brodées 
en  or,  en  argent,  des  maroquins,  des  camelots  de  cou- 
leur, des  laines,  de  la  cire,  des  noix  de  galle,  des  raisins 
de  Corinihe,  quantité  de  drogues,  comme  du  galbanum , 
de  la  rhubarbe,  de  l'ambre,  du  musc;  enfm  du  lapis-lazuli , 
et  diverses  gonunes.  On  y  cherche  encore  des  tapis  de  plu- 


r 


ia6  LIVRE    CENT    VIKGT-TROISIZMK. 

sieurs  espèces,  des  perles,  des  diamans,  des  emeraudes, 
des  rubis  et  autres  pierres  précieuses.  Enfin,  Smyrne  est  le 
centre  du  commerce  du  Levant  :  cette  ville,  très-sujette  à 
la  peste ,  compte  plus  de  i3o,ooo  habitans.  » 

Appelée  Ismir  par  les  Turcs,  elle  s'élève  en  amphi- 
théâtre sur  le  Uanc  d'une  montagne  couronnée  par  un 
vieux  château  construit  par  les  Génois.  On  y  remarque 
deux  quartiers  distincts  :  la  partie  élevée  est  la  ville  tur- 
que, la  partie  basse  celle  des  Francs,  Elle  n'est  belle  que 
vue  de  loin  ;  son  intérieur  ne  présente  que  des  rues  étroi- 
tes, que  des  maisons  basses,  construites  en  bois  et  en  terre, 
et  dans  lesquelles  cependant  règne  souvent  tout  le  luxe 
oriental.  C'est  au  despotisme  turc  qu'il  faut  attribuer  ce 
singulier  contraste  ;  il  est  naturel  dans  un  pays  où  il  sidifit 
de  l'extérieur  de  l'opulence  pour  être  en  butte  aux  exac- 
tions des  agens  de  l'autorité.  C'est  surtout  dans  le  quartier 
des  Turcs  que  ce  contraste  est  le  plus  frappant.  Sous  le 
rapport  des  mœurs,  du  langage  et  de  l'administration,  les 
deux  quartiers  forment  deux  villes  distinctes  :  le  quartier 
des  Francs  est  pour  ainsi  dire  une  république  fédérative, 
dont  la  langue  commune  est  le  français,  et  dont  les  per- 
sonnes et  les  propriétés  sont  affranchies  de  la  domination 
turque.  En  matière  civile,  commerciale  et  criminelle,  les 
Francs  ont  pour  seuls  juges  les  consuls  des  diverses  nations 
auxquelles  ils  appai'tiennent. 

A  12  lieues  à  l'est  de  Smyrne,  entre  des  montagnes  et 
près  d'un  grand  marais,  Cfissaba  est  une  vaste  et  indus- 
trieuse ville;  et  à  i4  lieues  plus  loin  DourgoiitH  ou  Tour- 
goiid,  l'antique  OEgara,  qui  se  fait  remarquer  aussi  par 
son  industrie  et  son  commerce,  renferme,  suivant  les  voya- 
geurs modernes,  6000  maisons. 

«  Depuis  le  Méandre  jusqu'à  la  Propontide  ou  mer  de 
Marmara,  l'ordre,  la  tranquillité  et  la  prospérité  attestent  le 
bienfaisant  génie  de  la  famille  de  Kam-Onmaii ,  qui  depuis 


EASiE  :  Turquie  d Asie.  127 

règne  avec  une  autorité  presque  absolue.  Les 
1rs  y  sèment  et  récoltent  en  paix.  Les  Grecs  ont 
dans  l'ancienne  Eolide  des  écoles  où  on  lit  Homère  et 
Thucydide  ['}.  Les  Turconians  qui  campent  vers  les  sources 
de  l'Herinus,  aujourd'hui  nommé  Sarabat  ou  Kedous ,  se 
WÊ^  IJTrent  à  l'agriculture.  Si  la  résidence  de  Crésus  n'est  plus 
^V  reconnaissable  clans  le  village  de  Sart,  où  l'on  voit  cepen- 
^P  dant  encore  les  restes  d'un  temple,  d'un  théâtre  et  d'un 
^P  stade,  et  les  60  grandes  buttes  <jui  sont  les  tombeaux  des 
^     rois  de  Lydie,  d'autres  villes  conservent  une  ombre  de  leur 
antique  splendeur;  le  commerce  fait  fleurir  Manika  ou 
Manissa ,   l'ancieune    Magnesin ,   dont    la  population  est 
estimée  à  40)OOo    âmes.  Eerganio ,  ]aà\s  Pergame,    offre 

^des  ruines  magnifiques.  Phokia  ou  Phocèe  possède  encore 
son  excellent  port-  La  petite  péninsule  qui  forme  l'ancien 
royaume  de  Priam  a  été  explorée  avec  un  soin  minutieux; 
on  a  reconnu  le  cours  du  Simoîs  et  du  Scamandre  ;  on 
a  démontré  que  l'ancienne  Troie ,  Xllium  d'Homère , 
s'élevait  sur  la  colline  occupée  aujourdliui  par  le  village 
de  Bounarbachi ;  tandis  que  Vliium  du  siècle  de  Strabon 
était  située  plus  près  de  la  mer,  près  du  village  de  Tchihlak. 
L'Hellesponl  aussi  a  été  i-eexaminé.  Les  ruines  à'Abydus 
sont  plus  au  nord  que  le  Ckâteau-d' Asie ,  forteresse  peu 
redoutable.  Lamsaki  n'est  qu'un  faubourg  de  l'ancienne 
Lampsacus,  dont  les  véritables  ruines  ont  été  reconnues 
à  TckardaJc  {^). 

•  Nous  avons  achevé  le  tour  de  la  péninsule  de  l'Asie- 

'•  Mineure;  embarquons-nous,  et  visitons  cette  chaîne  d'îles 

*  qui  la  bordent  à  l'occident.  Ici  chaque  rocher  a  son  histoire  ; 

chaque  île  a  eu  son  beau  siècle,  ses  héros  et  ses  génies.  » 

Ck>inmençons  par  la  mer  de  Marmara  :  les  îles  les  plus 


('3  aïoistul-Gauffier. 
{'i  CaittUan ,  Lcttret 


\ 


ia8  LIVRE    CRMT    VISGT-TROISlÈME, 

orientales  et  à  la  fois  les  plus  septentrionales  sont  celles  des 
Princes  ou.  îles  Demonisi,  près  de  la  c6ie  de  Scutari.  Elles 
sont  au  nombre  de  neuf:  jlntigone,  Khalkî,  Niandro, 
Oxea,  Pittn,  Prinkipos ,  Pmti,  Plaloa  et  Yîle  des  Lapins. 
Piinkipos  est  la  plus  considérable;  elle  est  habitée  ainsi 
que  Proti,  Khalki  et  Antigone  ;  les  autres  ne  sont  que  des 
rochers.  Les  habitans  sont  tous  des  Grecs ,  au  nombre  de 
5  à  6000.  Ces  îles  ont  reçu  leur  nom  de  ce  qu'elles  ont  sei-vi 
de  lieu  d'exil  à  plusieurs  princes  grecs.  L'île  de  Kalalimni 
s'élève  à  quelques  lieues  de  l'entrée  du  golFe  de  Moudania. 
Au  nord  de  la  presqu'île  de  Cyzique,  Marmara  qui  s'ap- 
pela successivement  Proconnesus ,  Elaphonnesus ,  et  NevrU 
ou  plutôt  Nebris,  a  donné  son  nom  moderne  à  la  Propon- 
tide,  du  mot  grec  marmaran  qui  signifie  marbre.  En  effet, 
elle  est  montagneuse,  et  renferme  des  carrières  de  marbre 
bianc  que  l'on  exploite  encore  et  que  les  anciens  nom- 
maient marire  de  Cyzique.  Cependant  ce  n'est  point  à  ses 
carrières  qu'elle  doit  aucun  de  ses  noms  anciens ,  mais  à 
une  particularité  qui  a  frappé  ceux-ci  avant  qu'ils  aient 
connu  sa  ricliesse  en  calcaire  statuaire  :  c'est  la  grande 
quantité  de  cerfs  qu'elle  renfermait;  ainsi  ses  noms  tous  si 
différens,  viennent  de  trois  mots  grecs  qui  signifient  cerf  ('). 
Aujourd'hui  elle  ne  nourrit  plus  en  fait  de  ruminans  que 
des  troupeaux  de  moutons.  Sa  longueur  est  de  4  Heues  et 
sa  largeur  de  2.  Elle  a  un  bourg  appelé  Marmara,  et  plu- 
sieurs villages  assez  peuplés.  L'île  de  Linian- Pacha,  à  l'ouest 
de  la  presqu'île  de  Cyzique,  n'offre  rien  d'intéressant.  Il  en 
est  de  même  de  Rahby;  qui  cependant  est  un  peu  moins 
petite  :  elle  a  a  lieues  de  longueur, 

A  la  sortie  du  détroit  des  Dardanelles  ou  de  l'Hcllespont, 
qui  est  long  d'enviion  1 3  lieues,  et  dont  la  largeur  moyenne 


nSpit, 


AsiK  :  Turquie  (T Asie.  12g 

est  tt'un  peupliisd'iinelieue,on  voit  d'autres /7e5(/«^£fl/j/rtj 
(  Taaucfian-jidassi),  appelées  judi s  Lagnsnte.  Elles  sont  ro- 
cailleuses, boisées  et  inhabitées. 

Ténédos  est  encore  la  ciel'  de  l'Hellespont,  les  Turcs  lui 
ayant  donné  le  noni  de  Bogilja- Àdassi  ou  Bogdja.  Elle  a 
deux  à  trois  lieues  de  longueur,  et  bien  qu'elle  soit  couverte 
de  montagnes  rocailleuses,  elle  est  Irés-fertile.  Elle  renferme 
une  ville  appelée  aussi  Bogdj'n  ou  Trnédos  qui  compte 
6000  h  a  bit  an  s. 

«De  celte  île,  riche  en  vin,  nous  arrivons  à  iWeVe//ff,  l'an- 
cienne Lesùosii],  Autour  des  nombreuses  baies  de  celle- 
ci  s'élèvent  des  coteaux  chargés  de  vignes  et  d'oliviers;  les 
montagnes  de  l'intérieur  se  couvrent  de  lentisques,  de  le'ré- 
bintlies,  de  pins  d'Alep,  de  pins  à  pignon  et  de  cistes; 
les  ruisseaux  coulent  à  l'ombre  des  platanes;  le  vin,  les 
figues  et  les  femmes  de  Lcsbos  conservent  leur  ancienne 
réputation.  L'île  a  5o,ooo  linbltans,  dont  8000  dans  la  ville 
de  Castro. 

«  Évitons  le  cap  Kambouroiim  et  ses  sauvages  habitans; 
débarquons  dans  l'île  de  Scio  ou  Ckios  ^  à  laquelle  son 
arbre  à  mastic  a  valu  l'avantage,  en  devenant  le  domaine 
de  la  sultane-mère ,  de  jouir  d'une  sorte  de  liberté.  Aussi 
l'industrie  transforma- t-el le  en  un  jardin  cetie  île  occupée 
en  gi'ande  partie  par  des  rochers  granitiques  ou  calcaires. 
Sa  population  se  montait  au  commencement  de  iBau  à 
110,000  habitans,  presque  tous  Grecs,  et  dont  3o,ooo  ré- 
sidaient dans  la  capitale,  qui  porte  le  mènie  nom  que  l'Ile. 
Partout  des  limoniers,  des  orangers,  des  cédrats  parfu- 
maient l'air;  quelques  figuiers  et  grenadiers  s'y  mêlaient. 
Les  rosiers  sont  ici  plus  communs  que  les  chardons  ne  le 
sont  ailleurs;  on  récolte  de  lorge,  de  l'huile,  du  vin  mus- 
cat. Ni  les  cotons,  ni  les  soies,  ne  suffisaient  à  l'industrie 


(■)  Olivier,  Voyage  dans  l'Empire  oIlaDun^  II,  Sj-i 
VIII 


1,(0  LIVRE    CEPfT    VrKGT-TROISIEHE. 

de  nie  :  on  y  était  pnrvenu  à  imiter  toutes  les  écofTes  de 
Lyon  et  des  Indes.  Les  femmes  de-Scio  sont  belles  comme 
des  statues  grecques,  mais  elles  se  défigurent  par  un  cos- 

Aux  heureux  fruits  du  travail  et  de  quelque  apparence  de 
liberté  que  présentait  avant  l'insurrection  grecque  l'heureuse 
Scio,  succédèrent,  lorsque  larévolution  éclata,  l'espoir  de  l'in- 
dépendance ,  les  combats ,  les  désastres  de  la  guerre  et  enfin 
la  destruction  presque  totale  des  habitans.  Les  Turcs  chas- 
sés de  l'île  y  rentrèrent  en  1822  avec  des  forces  formida- 
bles. Après  un  combat  acharné  de  part  et  d'autre,  les  vain- 
queurs incendièrent  la  capitale,  massacrèrent  les  hommes, 
les  femmes  et  les  enfansj  et  aujourd'hui  la  population  de 
l'île  entière  est  réduite  à  i4)00o  âmes. 

"  Après  avoir  traversé  le  golfe  de  Scala-ïïova ,  le  grand 
port  Vathi  nous  reçoit  dans  l'île  de  Snmos,  que  les  Turcs 
nomment  Sonsam-Adassi.,  île  une  fois  moins  grande  que 
Scio ,  et  peuplée ,  dit-on ,  de  60,000  âmes.  Le  sol  est  très- 
fertile  :  il  produit  des  vins  muscats,  des  oranges,  de 
l'huile  et  de  la  soie;  on  y  trouve  du  beau  marbre.  Samos 
montre  aux  antiquaires  de  superbes  restes  d'un  temple  de 
Junon  ;  c'est  la  seule  île  de  l'Archipel  ou  les  femmes  aient  la 
réputation  de  laideur.  Megali-Oiora  est  le  chef-lieu  mo- 
derne; mais  la  principale  ville  est /^fl(/«.  Le  mont  A'e/vti  con- 
serve la  neige  pendant  la  plus  grande  partie  de  l'été  (3). ,. 

Megali-Ghora  n'a  que  1000  à  1200  habitans;  son  port, 
nommé  Tigali,  est  peu  sûr;  aucun  navire  ne  peut  y  abor- 
der avec  le  vent  du  nord,  Vathi  a  4oo  maisons.  Vers  l'ex- 
trémité orientale  de  l'île  on  voit  encor^  quelques  restes 
de  la  célèbre  ville  de  Samos  :  les  débris  de  ses  murailles 

(0  Tburwe/oM,  1,  Lellreg.  Olivier,  \l,  io3  ii/q. 

(■')  Joseph  Géorgirintt ,  an-hci'éque  de  Samos,  Dcscript.  de  .Samos, 
?iicariu .  PatliinDS,  de.  Londres,  tSoi).  {PauluM.  Magasin  ùea  Vojnaea 
au  Levant,  V,  aj3.) 


ASiF  :   Turquie  dAsie.  i3t 

flanquées  de  tours  carrées  ont  la  à  i5  pieds  d'épaisseurj 
on  reconnaît  parmi  des  monceaux  de  ruines  les  vestes 
d'un  théâtre  et  du  magnifique  temple  de  Junon  ,  ainsi  que 
ceux  de  la  jetée  du  port,  haute  de  120  pieds;  enfm  la  mon- 
tagne  percée  est  tout  ce  qui  reste  d'un  canal  de  8^5  pas 
de  longueur,  pratiqué  dans  une  montagne  et  qui  servait  ù 
conduire  l'eau  à  la  ville. 

"  Nous  passons  devant  Nicaria ,  l'ancienne  Icaria ,  riche 
en  bois  de  construction,  d'ailleurs  stérile,  habitée  par  un 
millier  de  Grecs,  très  -  pauvres ,  très-fiers,  qui  prétendent 
descendre  du  sang  impérial  des  Constantins,  et  qui  ne 
couchent  jamais  dans  un  lit,  même  quand  ils  peuvent  en 
avoir  (')■  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  non  plus  à  Pathmos, 
qu'un  de  ses  habitans  dépeignit,  il  y  a  i5o  ans,  comme  ri- 
che en  vins,  blés  et  figues ,  ornée  de  myrtes  et  d'arbousiers, 
et  remplie  de  16  à  17  villages  (2),  mais  qui  depuis  a  beau- 
tx)up  perdu.  » 

Le  nombre  de  ses  babitans  est  d'environ  i5oo;  le  chef, 
lieu ,  appelé  Pntkinos  ou  Saint-Jean ,  ne  renferme  que  200 
maisons  ;  on  voit  à  peu  de  distance  de  cette  ville  le  n;lèbre 
couvent  de  l'Apocalypse,  d'où  sont  sortis  tant  de  maîtres 
qui  ont  répandu  TinsEruction  dans  une  grande  partie  de  la 
Grèce.  On  sait  que  c'est  dans  une  des  grottes  de  lîle  que 
saint  Jean  écrivit  l'Apocalypse, 

Les  petites  îles  Lf/j^o  ouLepsia,Nacriou  j4rcilis  tt^^ga- 
thonisi  ne  nous  offrent  rien  de  remarquable.     . 

Lero,  cbez  les  anciens  Leros  ou  Leria,  avec  un  grand 
port,  une  petite  ville  qui  porte  le  nom  moderne  de  l'île  et 
une  population  de  2000  âmes;  Calamine,  jadis  Cafymna, 
qui  produit  d'excellent  miel ,  et  qui  ne  renferme  que  3oo  ha 
bilans  grecs;  enfin  la  petite  Capronenu  Caproni ,  se  suivent 
au  sud  de  Samos. 

tO  Géorginne' .  IhiJ, ,  p    ?.«/,.  -£>)  W.,  iiiHl.,p,  atg. 


1 


i3j  livre    cent    VIHGT-TROISIKME. 

•  Nous  arrivons  à  la  patrie  d'Hippocrale,  Cas,  dont  le 
nom  est  défiguré  en  Slan-Co  ou  Stanchio  par  les  Grecs  et 
en  htan-Kini  par  les  Turcs  ;  cette  île  offre  de  belles  planta- 
tions de  limoniers,  mêlés  de  grands  érables;  elle  a  donné 
son  nom  en  latin  à  l'espèce  de  schiste  qu'on  nppelle  vulgai- 
rement pierre  à  aiguiser(i).  » 

Longue  de  7  lieues,  Stan-co  est  traversée  longitudinale - 
ment  par  une  chaîne  de  montagnes  dont  la  plus  élevée  est 
le  mont  Christo,  que  M,  Durville  a  reconnu  avoii-  860  mè- 
tres de  hauteur  :  elles  sont  formées  de  calcaire  et  de  schiste  ; 
un  grand  nombre  de  sources  limpides  s'en  échappent.  Les 
vents  y  souillent  avec  violence  ;  l'été  le  thermomètre  s'y 
élève  à  23  degrés,  l'hiver  on  y  éprouve  quelquefois  un 
froid  qui  paraît  assez  piquant,  bien  que  le  mercure  ne  des- 
cende pas  au-dessous  de  zéro  et  que  les  orangers  le  sup- 
portent sans  inconvénient;  depuis  la  révolution  grecque, 
cette  île  est  considérablement  dépeuplée;  les  indigènes  ont 
été  presque  tous  massacrés;  la  population  se  réduit  à  quel- 
ques milliers  d'individus,  la  plupart  turcs.  La  ville  de 
Stan-co,  l'antique  cité  de  Cos,  offre  depuis  les  derniers  évé- 
nemens  de  la  Grèce  plus  de  ruines  modernes  que  de  débris 
antiques;  elle  renfermait  9  à  10,000  individus  avant  l'in- 
surrection grecque.  On  sait  que  cette  ville  a  vu  naître 
Hippocraie,  le  père  de  la  médecine,  et  plusieurs  hommes 
célèbres  à  divers  titres,  tels  que  le  peintre  Apelles,  le 
poète  Philétas,  et  l'historien  Polybe;  que  son  fumeux 
temple  d'Esculape  fut  renversé  par  un  tremblement  de 
terre,  rebâti,  détruit  par  un  incendie,  puis  reconstruit  en- 
core, et  enfin  converti  en  mosquée  par  les  Turcs.  Tout  près 
de  cet  édifice ,  on  voit  encore  des  restes  de  sculpture  qui 
par  les  sujets  qu'ils  représentent  paraissent  en  avoir  fait 
partie,  On  a  même  prétendu  que  l'énorme  platane  qui  otn- 

(■)  Z7i(.m/-io«,  TraïHi,  clc.lir,  loî. 


ASIE  :  Turquie  dAsie.  i33 

brage  la  plate  sur  laquelle  s'élève  cette  mosquée  est  celui 
qui  existait  du  temps  d"Hippocrate  et  dont  parle  Pline;  ce 
qui  lui  donnerait  environ  32  siècles.  D'autres  pensent  que 
cet  arbre  a  remplace  l'ancien  et  qu'il  existe  depuis  goo  ans  ; 
son  tronc,  qui  est  creux,  a  35  pieds  de  circonférence,  non 
pas  au-dessus  de  ses  racines,  mais  à  10  peds  au-dessus  du 
soi.  L'antique  hippodi'ome  a  été  transformé  en  cimetière 
par  les  Turcs,  et  le  palais  des  ai'chontes  en  citadelle. 

Au  sud-est  de  Stan-co  s'étendent  plusieurs  petites  îles: 
ta  première  est  Ntsari  ou  Indjirli^  l'ancienne  Nysiras,  lon- 
gue de  3  lieues  et  large  de  2;  la  seconde  est  Piscopi  ou 
7î7o,  jadis  Telos,  de  la  même  grandeur  que  la  précédente 
et  aussi  peu  peuplée  ;  à  une  égale  distance  de  l'une  et 
l'autre  de  ces  deux  îles,  se  trouve  l'îlot  de  Mudane.  Au  nord- 
est  de  Piscopi  et  à  l'entrée  du  golfe  de  Sjniia  on  voit  Sx"" 
ou  Symia,  jadis  Symé,  qui  n'est  qu'une  montagne  terminée 
en  forme  de  cône  ;  tout  à  côté  un  îlot  porte  le  nom  de 
Diamant.  Enfin  à  peu  de  distance  de  la  cûte  occidentale  de 
Bliodes  s'élèvent  plusieurs  îles  dont  les  plus  considérables 
sont  Limoiu'a  et  Narki ,  couvertes  de  quelque  groupes  d'ar- 
bres et  de  bons  pâturages, 

"  Vis-à-vis  les  extrémités  de  l'Asie ,  au  su(f-ouest,  s'élève 
l'île  de  Rhodos  ou  de  Rhodes,  célèbre  dans  l'antiquité  par 
ses  sages  lois ,  fameuse  dans  les  XIV  et  XV*  siècles  comme 
siège  des  chevaliers  de  l'ordre  de  Saint-Jean-de-Jérusalem, 
Cette  île,  peu  fertile  en  grains,  vante  comme  autrefois  ses 
fruits,  ses  vins,  sa  cire  et  son  miel;  on  en  exporte  du 
savon,  de  beaux  tapis  et  des  camelots.  Elle  a  17  lieues  de 
longueur,  7  de  largeur  et  58  de  superficie.  Sa  population 
paraît  être  de  20  à  a5,ooo  âmes.  Rhodes,  la  capitale,  oc- 
cupe le  penchant  d'une  colline,  en  face  delà  mer;  dans  une 
lieue  de  circonférence,  elle  offre  un  mélange  agréable  de 
jardins ,  de  minarets,  de  tours  et  d  églises.  C'est  une  des  villes 
les  mieux  bAties  de  toutes  les  îles  de  cette  partie  de  l'Asie  ; 


LIVBlî   CENT   vmr.T-i 


l 


sont  larges  et  garnies  de  trottoirs  ;  les  maisons  régu- 
et solidement  construites  ;  im  grand  nombre  de  celles 
de  la  rue  principale  sont  encore  décorées  des  écussons  des 
anciens  chevaliers.  Deux  des  principales  églises,  entre  au- 
tres la  vaste  église  de  Saint- Jeao,  ont  été  converties  en  mos- 
(piées,  et  le  grand  hôpital  en  grenier  d'abondance.  Le  pa- 
lais du  grand-maître  est  aujourd'hui  celui  du  pacha;  les 
iomiidables  remparts  construits  par  les  chevaliers  sont  en- 
core debout.  C'est  une  des  meilleures  forteresses  des  Turcs  ; 
elle  a  un  assez  bon  porC,  dont  l'entrée  est  resserrée  par 
deux  rochers,  sur  lesquels  s'élèvent  deux  tours  qui  en  dé- 
fendent le  passage.  Le  fameux  colosse  de  bronze,  qui  avait 
i3o  pieds  de  haut,  ne  paraît  pas  avoir  été  placé  en  travers 
de  l'entrée  du  grand  port ,  mais  plutôt  sur  la  jetée  ou  môle 
qui  en  séparait  le  port  intérieur ,  où  les  chevaliers  conser- 
vaient leurs  galères  [i). 

«  Les  côtes  méridionales  de  l'Asie-Mineure  sont  presque 
sans  îles;  les  escarpemens  du  Taurus  pressent  la  mer  par 
leurs  énormes  falaises;  des  canaux  étroits  en  détachent 
quelques  îlots  rocailleux,  tels  que  Caste/msso. 

"  Nous  laissons  à  l'entrée  du  golfe  de  Satalie,  le  cnp 
Cbelidoni  ou  Kilidonia^  l'ancien  Promontorium  sacrum ,  en 
poupe,  pour  nous  diriger  sur  le  port  de  Paphos,  dans  l'île 
de  Chypre,  Cj^ra.f,  aujourd'hui  Kibris.  Les  modernes  ont 
changé  le  nom  de  la  ville  de  PapJios  en  Bnj'fa,  relui 
X Amatlionte  en  Limasol,  et  celui  de  Nîcosia  en  Lijliaschfi. 
Un  tremblement  de  terre  a,  comme  on  sait,  englouti  Snlniiiis 
l'an  78  de  notre  ère;  et  les  ruines  qui  en  portent  le  nom, 
étant  plus  près  du  fleuve  Pedasus,  doivent  appartenir  à  la 
nouvelle  ville  de  Couslanfia,  Mtîe  par  l'empereur  Con- 
stance (a).  D'autres  villes  ont  acquis  la  piééniinence;  IVicosi'o, 


(•)  Dind.  Skil.,  X\,  85,  O^Wir.  III.  V,- - 
('■>  Piirockf  .  Il,  3a(pii  iillcm) 


ASIE  :  Turquie  cPAsie. 
au  centre,  est  devenue  la  capitale;  7<"flnin^o«jte  partage  avec 
LarrUca  et  avec  le  bourg  de  Salines,  un  commerce  languis- 
sant. Nous  avons  dépeint  la  fertilité  de  cette  île  d'après  les 
anciens  (')i  les  modernes  en  ont  à  peu  près  les  mêmes  no- 
tions. Les  neiges,  long -temps  conservées  sur  le  mont 
Olympe,  aujourd'hui  mont  de  la  Sainte-Croix,  y  répandent 
un  froid  vif,  qui  rend  plus  insupportables  les  ardeurs  de 
l'été.  La  plus  précieuse  production  actuelle  est  le  coton; 
nous  y  cherchons  encore  de  la  térébenthine ,  des  bois  de 
construction ,  des  oranges,  et  surtout  du  vin  de  Chypre.  Le^ 
hyacinthes,  les  anémones,  les  renoncules,  les  narcisses 
simples  et  doubles  qui  exigent  tant  de  soins  en  Europe , 
viennent  ici  sans  culture  ;  elles  tapissent  les  montagnes,  et 
changent  les  campagnes  en  un  immense  parterre;  mais 
l'agriculture  y  est  négligée  ;  un  air  malsain  afflige  quelques 
districts  où  l'on  n'a  pas  su  conduire  les  eaux.  On  croit  que 
le  nom  de  Chypre  (  Kypros  )  lui  vient  de  son  abondance 
en  cuivre  :  cependant  ce  nom  signiGe  aussi  en  grec  un 
arbre  odoriférant  que  l'on  croit  être  le  troène;  outre  ce 
métal,  elle  produisait  autrefois  de  l'or,  de  l'argent  et  des 
émeraudes.  Ce  qu'on  appelle  le  diamant  de  Paphos  est  un 
cristal  de  roche  que  l'on  trouve  près  de  cette  ville  ;  on  tire 
encore  de  cette  île  de  l'amiante,  du  jaspe  rouge  et  de  la 
terre  d'ombre.  » 

L'île  de  Chypre  est  une  des  plus  grandes  et  des  plus 
fertiles  de  la  Méditerranée,  Sa  longueur  du  nord-est  au 
sud-ouest  est  d'environ  5o  lieues  et  sa  largeur  moyenne  de 
ï5  à  20.  Elle  est  partagée  longitudinale  ment  en  deux  ver- 
sans  pai'  une  chaîne  de  montagnes  hautes  et  escarpées. 
Cette  chaîne  ne  donne  naissance  qu'à  de  petits  cours  d'eau 
qui  tarissent  pendant  l'été,  et  ne  laissent  aux  habitans  que 
l'usage  de  puits  dont  In  plupart  ne  renferment  que  de  l'eau 

0)  Vol.  I  dcie  Pi-Kh.  p.  iS-S, 


i 


l36  LIVUK    CEHT    VIHGT-TIIOISIÈMF. 

saumâtre,  La  végétation  est  tardive  dans  les  montagnes  : 
elle  commence  dans  les  plaines  an  mois  de  février,  A  l'ex- 
ception de  quelques  points  de  la  côte ,  l'air  y  est  en  f^ënéral 
salubre;  mais  lapestey  est  souvent  apportée  de  l'Egypte  et 
cause  de  grands  ravages.  Celte  île  est  souvent  dévorce  par 
des  nuëes  de  sauterelles.  Chypre  est  divisée  en  trois  sandjaks  : 
Baffa,  Cerîna  et  Nicosia.  BtiJJa  n'offre  plus  aucune  trace  du 
célèbre  temple  que  Paphos  consaci'a  à  Vénus.  Les  cryptes 
creusées  dans  les  montagnes  des  environs  sont  habitées; 
on  y  voit  même  une  église  souterraine,  Cerinn  ou  Djeriiia 
a  seulement  conservé  de  l'antique  CetyniaAss  catacombes; 
cette  ville,  qui  possède  un  port,  n'a  que  200  ou  3oobabitans. 
Nicosia,  appelée  aussi  Leucosie^  est  la  résidence  d'un  arche- 
vêque grec;  le  gouverneur  turc  demeure  dans  l'ancien 
palais  des  rois  de  Chypre ,  qui  n'offre  plus  que  de  tristes 
ruines.  Cette  ville,  dominée  tout  autour  par  des  montagnes, 
est  renfermée  dans  de  hautes  murailles  tlanquées  de  i3  bas- 
tions; mais  bien  que  ces  fortifications,  qui  sont  ducs  aux 
Vénitiens,  aient  été  réparées  pai-  les  Français  pendant  l'ex- 
pédition d'Egypte,  sa  position  défavorable  empêcherait  la 
ville  de  soutenir  un  siège.  Sous  le  règne  des  Lusignans  elle 
renfermait  3oo  églises  et  une  population  considérable  ;  il 
ne  reste  de  sa  splendeur  passée  que  quelques  belles  rues, 
8  mosquées,  l'ancienne  cathédrale  catholique  de  Sainte- 
Sophie,  bel  édifice  gothique,  6  églises  grecques,  un  cou- 
vent, un  bazar  et  iS  à  16,000  habitans. 

"  Les  habitans  de  Chypre  sont  une  belle  race  d'hommes; 
tes  femmes,  par  la  vivacité  de  leurs  grands  yeux,  trahissent 
combien  elles  sont  encore  fidèles  au  culte  de  Vénus.  Cette 
île,  anciennement  composée  de  neuf  royaumes,  dont  cha- 
cun renfermait  plusieurs  villes  llorissantes,  avait  peut- 
être  un  million  d'habitans;  clic  n'en  a  aujourd'hui  que 
80,000.  Les  grands  visirs  la  possèdent  comme  apanage  de 
leur  place;  et  pour  en  tirer  avantage,   ils  louent  au  plus 


ASIE  :  Turquie  d'Asie.  i37 

offrant  In  chnrge  d'intendant  ou  de  inousselim('}.  Dans  le 
déclin  deVempired'Orient,  Chypre,  conquise  par  RichardI"', 
roi  d'Angleterre,  futdonnéeà  In  maison  del.usignan  com- 
me fief  anglais ,  pour  la  dédommager  de  la  perte  du  trône  de 
Jerusi)lem(3).  Dans  le  XV*  siècle,  l'héritière  de  cette  maison 
en  résigna  la  souveraineté  en  faveur  des  Vénitiens,  qui, 
en  iSjo,  en  furent  dépouillés  par  les  Turcs;  maïs  une  prin- 
cesse de  la  maison  de  Lnsignan  ayant  épousé  un  duc  de 
Savoie,  les  rois  de  Sardaigne  ont  conservé  des  prétentions 
sur  les  couronnes  de  Chypre  et  de  Jérusalem.  • 

«  Nous  terminons  ici  noire  course  topographique  dans 
l'Asie -Mineure  et  dans  les  îles  voisines;  elle  a  dft  être  ra- 
pide, attendu  que  de  vastes  espaces  inconnus,  ou  seule- 
ment connus  par  les  vagues  relations  des  Orientaux,  sé- 
parent les  routes  des  voyageurs, européens,  routes  trop  peu 
multipliées  et  trop  peu  variées  pour  nous  fournir  une  topo- 
graphie moderne  comparahle  à  cuHe  que  l'on  peut  tirer  des 
écrivains  grecs  et  romains.  Il  nous  serait  plus  facile  d'al- 
longer cette  description,  en  répétant  les  ohservations  tant 
de  fois  faites  sur  les  mœurs  des  diverses  nations  qui  habi- 
tent cette  belle  contrée  ;  mais  le  peu  de  détails  de  ce  genre 
que  nous  croyons  devoir  nous  permettre,  trouveront  une 
place  plus  convenable  ;  les  Grecs  et  les  Arméniens  qui  ha- 
bitent les  villes  commerçantes  nous  occuperont  lors  de  la 
description  des  pays  dont  ils  tirent  leur  nom  ;  les  Kourdes  et 
les  Turcomans,  dont  les  tribus  nomades  et  quelquefois  agri- 
coles se  sont  répandues  dans  l'intérieur,  deviendront  éga- 
lement l'objet  d'un  article  à  part. 

«  U  ne  nous  reste  donc  qu'à  comparer  les  divisions  an- 
ciennes et  modernes,  travail  fastidieux  dont  nos  lecteurs 
trouveront  les  utiles  résultats  dans  le.s  tableaux  qui  vont 
suivre.  " 

(0  Marin,  Voyage,  c'f— (')  .tWns  JiVi'iHs,  Tofinograpli. ,  r.  r,;. 


LIVRE    CEKT    VllTGT-TnOISIFME. 

TABLEAU   COMPARATIF 


■s  acceptions  des  noms  (fAsTA ,  (fAsi 
et  li' Asie-Mineure. 


(Un  canlon  compris  entre  Ii 
idii:...        Tmolus,  le  mont  Mcssog 


i'Pont,  Paphiagonie,  Eithynie,  Ly- 
die ,  etc.  Phrvgie  ,  Cappaiioce ,  Ci- 
licie,  Syrie  (Aral>ieî). 

Haiite-J^ie /Caucase,  Arménie,  Mésopotamie, 

.   fiinïuÂoii,)    }      Médic,  Perse, etc. ,  etc.  .Scytbie, 
*      Inde  ("). 


royaume  de  Pergaoïe). 


[Mjsie,  Phrygie,  Lycaonic,  Lydie  P). 

f  Mysic  ,  Lydie  ,  lonie ,  Carie ,  Phrj- 
!      eie(«. 

Quelquefois  synonyme  avec  l'Asie 

Frélorienne ,  et  quelquefois .  daos 
usage  quotidien,  comprenant  la 
péninsule  jusqu'à  l'Halys,  et  au 
golfe  de  TarsusCS). 

Asie  prétorienne  ,  plus  la  Lycic  ,  la 

aniin \      Pamphylie,  moins  les  côtes  occi- 

(      dentales  fi). 

jLcs   cotes  occidentales,   depuis  le 
ic  épotiiie.  ,      cap  Lectuiu  jusqu'aux  environs  de 
(      MiletW, 


<:  dans  le  IV  siècle j '^"^îrJ'ii "-S^T*" 

ion  cl.ririii«i,pniir«.  VoIoiimln'VuJurucI". 
Xrt,  S4S  (E.IL  Al.iid.).  T.i./.ii.. 


^ 

^ 
^ 

TABLEAUX  SYNOPTIQUES 

DES  DIVISIONS 

DE  L'ASIE-MINEURE. 

I.  Asie-3Iineure ,  d'après  les  Divisions  les  pltts  usitées 
chez  les  Grecs. 

DIVISIONS. 

sons- 1)1  VIS  IONS. 

.-,..„  „,.c™™. 

Mtsu 

LmiB 

l'" 

PUIPBTLIE. . . . 
PlSIDIB 

i 

Pergame. 

Cyme,  Lartsse,  Tcmnos. 

Mj-tllène. 
Troie. 

Sardes ,  Philadelpliie  ,  Tliya- 

lire.Hjrcanic,MBHné!ie(au 

pied  du  mont  Sipyle  ),  Mag- 

nÉileaurluMi-niidrc. 
Phocéc,  Srayme,  Erytlires  , 

aazomène,T^os,l«l>edus, 

Cnlophon  .  Ephèse ,  Priénc . 

Mjus.Milet  (ces  trois  en 

Ci>rie).Itcdc}Jain(is.  llede 

Chio. 
Alabnndc,  Stralonicéo,  My- 

lassc,  ApoUonic,  aiinde. 

AntiocLe  sur  Méandre. 
Halicarnassc,    Coa ,    Guide, 

Rhodes  ,  Milet ,   Cérame  , 

Enide. 
pBlare,Myre,Limyre,Xantlic, 
PotlalccHiM. 
AHalie,Olbic,Slde. 
Sabgassus ,  Selgc,  Sinde.Ter- 

messe.    Bar»,    Ambtadc. 

Acaburc. 

Homona. 
Oroanda. 
Ifanrp,  Derho 

Colc    des   Pelasges,    des 

-  Diirdaiiiii. 

JV.  B.  L>  Tiudr  cl  1^  Prlltr 

ijffie  maritime  ou  Iwiie. 

('ariemAnfimeau  Daride. 

T^::::::::::::::::::::. 

Canton  A' Eteneiues 

LIVRE    CKHT    VIITGT-TIIOISIÈME. 


Suite  de  VAsie-Miti: 


re  ,  d'après  les  Divisions  les  plus  usitées 
chez  les  Grecs. 


S0CS-D1\1S[0NS. 


Phrygie  pnmn 


I  GalaU>(GaHoGr!tch) 


.  Synnadc,  Apain^e,  Coryjpum, 
Cibyre.  Doryléc,  Hierapo- 
lU,  G>losaK,TheniiEonium, 
Sagalasse ,  Dinix  ,  Pbilo- 
tniUe,  Thjmbriuni. 

,  Iconium  ,  LaoUiceacornbusta  , 


1  Btthynie 

1  Mariandyiies  . 


(Pays  des  Leucosjrei.. 


1     *  IhiiiiDiiitU 

IPont  PaUmoniaijue... 

]    ■ci«iïC('«rid..ua.: 

tPont  Cappadocien .... 


.  Pruac,  Hicée. 

.  NicoiDi^dic. Clialcedon. 

.  Héraclce.Bitliynium. 

..  Gangra  ,  Pompeïopolis  ,  Si- 
nope ,  Amnslris,  SOBamc, 
Cytorus,  lotiopolU,  Germa - 

.  Amisus. 


,.  Amasie,  Cotnana Ponlica 


'  Cokii  [ocïid 


f  Cataonie . , 
'  ÂfeUtène.. 

'  Arménie  m 


CybiiEre,  Comana. 


.  Cybi 
.  Meli 


Suite  de  \'Asie-Mineuiv. ,  d'apivs  les  DisUt 
chez  les  Grecs. 


Tar. 


noyauine  de  j 

Salamis ..  >  Salamiiiie. 
-Chjlrr...) 
—  Ciliniu,..)  ,      .,      . 
-Cri™..  I -'"■«''"•" 

Si:!'--^" 

■Sûloe ) 

LapetliuB.  \Lapeihie.. 


Aiimllionle. 
Paplioa. 


\— Ceronia,.  ) 
II,  Asie- Mineure ,  cFaprcs  tes  Divisions  de  Constantin 


DIOCÈSES. 

..OV...S. 

VIILES 

Pnm.hylie 

Saga)  assii  B-  Laced.Tinoii . 

SjnnaJn.Cotyaiimi. 
Pergamc. 
Philadelphie. 
Slralonic& 

Épht,e . 
capirate. 

'ISr^:^-. 

_  

indânenilnnte    àa     diocèse?, 
d'.4.!r(>) 


1    ""* 
Smjrn 


L 


p"'"  "  t"-^-""' 


l42                      LIVRE    CENT    VIMGT-TROTSIÈME. 

Suite  de  y  Asie-Mineure,  diaprés  les  Divisions  de  Constantin. 

DIOCÈSES. 

PROVINCES 

„..,.. 

BiAynie.    

CliakcdDn. 

ClaudJopulia. 
Pompeïopolis. 
Ancyra. 

Pessinus. 
Sinope.Amisus.KÉo- 

Cerasus.Trapeius. 

Césarëe. 

Tjane. 
Sabus. 
Melilèae. 

Anazarbus. 

Tarsus. 

SeliDus,S^leucic,La- 

randa. 
Conslamia  (Salamis). 

Hffl.orJ™.    EiJf  .EO.1.1.  (1... 

cmata  ayant  eu  peu  di: 
ernes,  nous  ne  la  don- 
len'iun  orientale.  Nous 
can  (les  Byzantins  eni- 
la  premiùri!  fois  que  le 
c  du  lerinc  AnaloUke  , 
vanl,  était  sans  doulc 

Diocèse 

Calaiir     (  '•<''*"'*  prtmièrt. . 

«=.  Tl.Jod«..  (_      ^    ,„ù,(a<re 

HéUiwponli') 

Césarée, 

■™,v-i™.    1    Cajipadoce       le- 
\       concU[i) 

aiicie  jx-emière 

le  Dioche 

«.,.„. 

{,)  Ti,«a«.  II 

(.,  Sowmi,  .iu 
15)  L.,  !»„,«=. 

IV.  B.  La  iliv 
Jurée,  et  point 
nerons  pas.  On 
ferons  observer 
bruBsnit  il  peu  l 
<iom  A-Analoii 
Boua-cntendu  C 
aaléritar  à  la  tl 

Cl>yi>re ^ 

ision  de  l'empire  d'Orienl  par  77 
d'influence  sur  les  divisionn  inod 
peut  la  voir  dans  Banduri,  Imf. 

ré»  l'Asie  Prëtoriennc.  C'est  pour 
figure  en  gêt^grapLic;  mais  l'uMg 
lore,  c'est-ù-Uiro  le  Pays  du  Le 
yauin  piT  Thimata. 

TABLEAUX.  l43 

m.  L' Asie- Mineure ,  d'après  les  Divisions  données  par  la 
Géographie  turijue ,  întitulte  Djéluin-Numa ,  ou  Miroir 
du  Mande ,  romposL'  par  Hadgi-Khalfah ,  donl  on  conserve 
1,1  tr.iduction  manuscrite  à  la  Bibliotlièque  royale. 


DITISIONS  TBHODES.     VILLES  PBI!«CIPALES[i;. 


DIVISIONS  AHClE.'razS 


I.    Pac/ialik  rf'AwiDBOULÏ. 


I 


4-  —  MaUrchfh. . 
^.—Tékiêh 


i.  —  Sultan  E,in 


.  '  A"DU(ai^/i  (Co(ya:um). 

Degnizii  ou  Luzakich 

(non  loin  de  Laodieéa- 

.     Magnissa   (  Magnesia 

ad  fiipyUim  ) 

^A/iijjar(Thvatira). 
folchia  (Photëc), 

.  •Tiréh 

Coiizelliiiiar  (Magnes  E.i 

adMcDandrum). 
Jlackeker   (  PhiladeL 


^louk,: 


irt ,  cl 


•  MogUah. 
Meiilecheh  (Myndus), 
Alelasso  (Mylasa). 

•  Àntaliah  ou  Satalièh 

(Adalifl) 

Koupribasar  (  Perça  î  ) 
/.■e;Wer(01ïnipus?) 
'  j-Js/iariah  { Sagalassiis- 

Lacedœmoii) 

Bardah. 
Mvhar. 

•  Jfioum  -  Karahùsai 
(lj;la?n.ie?) 

ISoidvadin.     (Philorae- 


Kodjacheher     (  Naco- 


Partie*  occidcnlalcK  cl 
cenlrales  de  la  Pliry- 
gie  proprement  dite. 

Lydie  Gq)leiilrianale. 
N.n.  SarouKkantiii 

lo  nom   d'un   prinee 

qui  r<!gDa  sur  ce  pays. 

Lydie  cenlrale  et  m^ 

rtdioDale.  Parties  de 


Hil^Bs  cl  PLïidic;  m{é.- 


f                (44                     LIVRE 

CEHT    VIMGT-TIÎOISlÈMi:. 

Itl VISIONS  TURQDES. 

„..„„„C,P.„. 

DIVISIONS  ANCIENNES 

A,    ouri 

'  Àiigouri  (  Ancjra)... 
Canton  à'  Haimandh. 

r„u„:,h  (ï»i.). 
rck„u.. 

Tokat. 

La     Gakrie     centrale 

(Tectosoges). 
L'inlérieur   de   la   Pa- 

emlroit). 
Paphlagonie    maritime 

Honorins   ou    Bitliynie 

partie  de  'la   Paplila- 
gnnie. 

Bilhynie      méridionale 
avec  rinlérieiT  de  la 
Grande-Mjsie. 

Cotes  de  la  Myaie  et 

del'Eolide,  viB-ii-vis 
Lesboa,  et  une  partie 

Bithynie  à  l'occident  du 
Sangarlua. 

Troadee'tPclitc-Mjaic. 

Partie  del'lonie. 

Catupiiie  dana  le  Poiil 

Polémoniaque. 
Daximonilis    dam    It 

Pont  Gahtiqut. 

^      K- 

.Sinoubi^iaitac). 
Tadi-Kouyry    (Pora- 

peïopolis). 
InébolH\oao^o\h). 

Jmoi  s  eralt  (AmaatTis). 

A>e«/{Heracka). 

Ouiracheher. 

'  Broussah   (  Prusa  ad 

Je^ielulier. 

Pergamah  { Persaraufl). 

Dazar/ieoui. 

• /ialitcheher  tUWelo- 

li.—Kodja-eili 

Adi-amiti   {  AilramjE- 

Safidavli. 

'  Jsnikmid    (  Nicume- 
din)  .           

Kadikeui  m.\a\ceàoi\\ 
apannge  impérial. 

'ÉZàh^ 

UowiliaiéachUTtoK). 

'  Ismir  (  Sinjrnc  ) 

Ourlait. 

Memmai  (Teianoi). 

I.  Pachalik  de  Siva 

■  tiifas  (Sebaatia) 

Tocai   (Comati»  Pott- 

ticB  )  TOJVQllat 

I 

..  UTahde5iW« 

TABLEAUX. 


145 


DTVISIONS  TURQUES. 


^.-^Djanik. 


3. — Arebkir... 


4 . — Diouriki — 
5.  — -  Tehouroum. 


6. — Amassiah. 


7. — Bouzouk,f. 


VILLES  PRINCIPALES. 


*  Samsoun  (Amisus) .. , 
Ouméh{ŒTaoé). 


Jrebkir  (Arauraci?). 


*  Diouriki 

*  TcAooroum  (Tavium). 
Osmandjik. 

*  Jmassiah  (  Amasëa  ). . 
Marzitfon  (Phazemon?) 

*  louzgatti^)  (Mithri- 
datium?) 


DIVISIONS  ANCIENNES 


COBKUr  OVSASTBfl . 


Côtes  d*  Hélénopont  , 
depuis  THalys ,  de 
PoiU  Galatique ,  et 
PoUmoniaque. 

Confins  de  x  Arménie 
mineure  et  du  Pont. 

Idem. 

Galatie  orientale. 

Chiliocome  et  Phana- 
rœa  dans  le  Pont  Ga- 
latique. 

Confins  du  Pont ,  de  la 
Cappadoce  et  de  la 
Galatie. 


III.  PachaUk  de  Tarabozak  ('). 


I.  \Àv9\iàeTarabozan. 


a. — Gouniéh 


3. — Batoumi. 


Kadîlik.  de  *  Tarabozan 

(Trapezus) 

— Kerezoun  (Cerasus). 
— Irizéh  (  Rmzxum  ). 

—  Gouniéh  (  Absarus) . . 
— Soumlah. 

—  rikah. 

— Batoumi 


Pont  Cappadocien. 

Idem. 

Colchide  méridionale. 


IV.  PackaUk  de  Ronieh. 


I.  Livali  de  iTome/i. 


a. 
3. 

4. 

5.— 
6.— 


Nighdék.. 
■Begcheer . 
'Akcheher. 


Akseraï. . . . 
Kaisai'iéh . 
Kircheher. 


^  Koniéh  (  Iconi  um  ) . . . . 

Ladikiéh. 

Erekli. 

*Nighdéh 

Bousteréh  (  Cibystra  ) . 

*  Begcheer 

Serki-Seraï  (  Isaura  ). 

*  Akcheher  {^ï-^T\2R\aa). 

*  Akseraï  (  Garsaura  ) . . . 

*  Ka  isariéh  (  Cxsarea  ) . 

*  Kircheher    (Arche- 
lais?) 


Lycaonie    centrale    et 
méridionale. 

Partie  occidentale  de  la 

Cataonie. 
Isaurie. 

Partie  occidentale  de  la 
Zjrcaonie. 

!  Parties  occidentales  et 
centrales  de  la  Cap- 
padoce. 


(i)  Hadgi-Khalfah  ne  nomme  pas  louzgaU,  mais  c'est  aujourd'hui  le  chef-lieu  de  Douzouk. 
(a)  Hadgi-'Khalfah  regarde  le  pachalik  de  Tarabozan  comme  une  dépendance  de  l'Arménir. 

vm.  .  10 


,45 


LrVEE    CEMT    VIHGT-TROISIliME. 


Divisons  TURQUES.        Vir.l.ES  F 


VISIONS  ANCtIÎNNES 


V.  Pacluilii  de  Mabich  (■>. 


I,  Livah  lie  Afarach.. 


'jlforiicft(inccrlainc)  .  \ 
""««Jff,™"""''^-   Conf...    J.    1 

Taurum) l 

* i%mis(fc(Samotele]...  / 

' 3ralalia(,Mémènc)...\  Mètilèiie. 


VI.    Pacha/ikd-&BAVA('). 

i.  Livah  d'Adana 1*  jtdana  (  Aniiochia  adl 

Sarum  ) ICi/ici'e  propre 

1.  —  Taraoua ]'  Tarsous  (Tarsas)....|Wem. 

VII.  3Toiisselimlik  de  Cbyvbz. 


A.  Ile  lie  Chypre. 
l'oint  de  Bous-diviaionï. 

B.  Pay»d/(cAi7(ï>. 

I.  Llra)iil7(cAif 

ï.  —  Jlaiàëk 


SeUfieh(9,e\euc\e).. 
Selutti  (Sdinus). 

Maiiiéh  (Sjdeï).... 


aiicie  Tmchéa. 
Pamphylîe. 


(,)C.p 


s  D«4ls«'l<r  DQ  Zirnlhidir,  a, 


TABLEAUX.  '        '47 

î V.  L' Asie-Mineure  ,  diaprés  les  Divisions  les  plus  récentes. 


ETALETS   AD   PACHALIKS. 


I.  Akadoli 


II.  Si  VAS 


m.  Trabezoun. 


IV.    KOKIÉH. 


V.  Maracr. 


VI.  AdamaCO. 


CriEFS-LÏEUX 


d'EjaleU  ou  Pachaliiu. 


Koutaiéh. 


Si  vas. 


Trëbizonde 


Koniéh. 


Marach. 


Adana. 


de  livahs  ou  SAidjak». 


Iznik-mid. 

Brousse. 

Smyrne. 

Gouzel-hissar. 

Antalia. 

Kara-hissar. 

Angora. 

Kiangary. 

Kastamouny. 

Boly. 

Ouscat. 
Tchoroum. 

Irizéh. 
Batonm. 

Ak-cheher. 

Ak-seraï. 

Nikdéh. 

Kircheher. 

Kaisariéb. 

AïDtab. 
Kars. 
Semisat. 
Malatia. 

Alaïe. 


Ci)  Ce  pacbalik  appartient  de  fait  au  pa»lia  d'Ëgjpte  depuis  la  dernière  guerre. 


lO. 


r 


LIVRE  CENT  VINGT-QUATMÈMË. 

ivne  de  la  Description  de  l'Asie.  —  Turquie  d'Asie. — Dciixitni< 
ScclioDiCompreiiaiit  l'ArméDic,  te  Kourdistan» la  Mésopotainii 
el  l'Irak-Arabj . 


\ 
I 


«Les  provinces  orientales  de  l'empire  turc,  en  Asie, 
forment  trois  divisions  naturelles,  la  région  de  l'Oronte  et 
du  Liban ,  ou  la  Syrie  et  la  Palestine  ;  la  région  des  sources 
de  TEuphrate  et  du  Tigre,  ou  l'Arménie  avec  le  Kourdis- 
tan;  enfin,  la  région  du  Das-Euphrate ,  ou  l'Al-Djesira, 
avec  l'Irak-Araby,  autrement  la  Mésopotamie  et  la  Bahy- 
lonie.  Nous  rapprnclierons  ici,  sans  les  confondre,  les 
deux  divisions  euphratiqucs j  la  Syiie  sera  l'objet  d'une 
description  à  part. 

«  L'Arménie,  la  Mésopotamie  et  la  Babylonie,  très-né- 
gligées  par  les  géographes  modernes,  ont  pourtant  des 
droits  à  toute  notre  attention.  Ce  fut  ici  que  naquirent 
les  premières  villes,  les  plus  anciens  royaumes  connus 
dans  l'histoire;  ce  fut  ici  qu'Alexandre  donna  le  coup 
mortel  au  colosse  de  la  monarchie  persane;  plus  tard, 
les  rives  du  Tigi'C  et  de  l'Euphrate  devinrent  le  sanglant 
théâtre  où  les  Trajan,  les  Julien,  les  Héraclius  conduisi- 
rent les  légions  romaines  contre  les  escadrons  de  l'indomp- 
t.-ible  Parthe;  dans  nos  siècles  modernes,  ce  sont  encore 
deux  grandes  puissances,  les  Osnianlîs  et  les  Sophis,  la 
secte  d'Omar  et  celle  d'Aly,  qui  se  disputent  ces  contrées. 
Même  sans  qu'il  soit  nécessaire  de  rappeler  les  hommes  et 
leur  puissance  passagère,  la  nature  à  elle  seule  nous  pré- 
sente ici  assez  d'objets  d'intérêt  et  d'étude;  il  y  a  peu  de 
régions  du  globe  où,  dans  un  aussi  petit  espace,  d'aussi 
frappnns  contrastes  se  trouvent  réunis;  une  étendue  de 


ASIE  :  Turquie  d'Asie.  I^rj 

flij:  degrés  «le  lalilude  nous  offre,  à  Bagdad,  des  chaleurs 
égales  à  celles  de  la  Sénégambie,  et  sur  la  cime  de  l'Aramt, 
des  neiges  éternelles;  les  forêts  de  sapins  et  de  chênes 
touchent,  en  Mésopotamie,  à  celles  de  palmiei-s  et  de 
cîti'onniers  ;  le  lion  d'Arabie  répond  par  ses  ruglsseniens 
aux  hurlemens  de  l'ours  du  mont  Taurus.  On  dirait 
que  l'Afrique  et  la  Sibérie  se  sont  donné  un  rendez- 
vous. 

"  Ce  rapprochement  de  climats  opposés  résulte  princi- 
palement d'une  grande  différence  dans  le  niveau  du  ter- 
rain,  L'Arménie,  plateau  très-éievé,  est  ceinte  de  touteii 
parts  de  montagnes  encore  plus  élevées;  VArarat  élance 
au  centre  de  ce  pays  sa  léte  toujours  blanchie  de  nei- 
ges (')  ;  au  nord  les  monts  Tcheldir  et  Djanik  séparent 
l'Arménie  du  Pont-Euxin  :  cette  chaîne,  quoique  en  partie 
couverte  de  belles  forêts,  ne  le  cède  pas  en  hauteur  au 
Caucase,  puisque  sur  ses  pentes  méridionales,  à  Erze- 
roum,  il  tombe  quelquefois  des  neiges  au  mois  de  juin  (^). 
Les  chaînes  du  Taurus  entrent  dans  l'Arménie  près  des 
cataractes  de  l'Euphrate;  elles  s'élèvent  considérablement 
en  avançant  à  l'oiieni;  le  Niphates  des  anciens ,  le  Keleshin 
des  modernes,  au  sud-est  du  lac  de  Wan  ou  Van,  tire  son 
nom  des  neiges  (jui  en  couvrent  les  sonmiets  toute  l'an- 
née P).  Les  monts  Gonl/ens  de  Xénophou,  ou  les  monts 
Giou/idi,  remplissent  tout  le  Kourdistan;  une  branche 
prolongée  au  sud,  le  Zn^'z-a*  des  anciens,  le  Djebel-tag'  des 
modernes,  sépare  l'Empire  ottoman  de  la  Perse;  ses  bran- 
ches intérieures  se  terminent  à  quelques  lieues  du  bord 
oriental  du  Tigre;  une  branche  détachée  du  Taurus,  le 
mont  Masiiis  des  anciens,  aujourd'hui  le  Ktirar/Jéh-Oagh/ar 
passe  entre  le  Tigre  et  l'Euphrate,  forme  l'escarpement 

(')  Tauineforl ,  elc.  —  i')  Djèhan-Pfiima ,  p.  ii3&,  tratl.  l'raiiç.  ma- 
nuscrite, B  la  Bibli(>lhèi|iic  luyalu.  Voyages  iriin  IMiB^kiimaire,  p.  r,',. 
(Paris,  (;3o,)  — 1*1  Iklaliou  .iL.nQLiscrilK  ilc  M   luùi'icr. 


tlVRE    CÏIïT    VIIÏGT-QUATAIKME. 

sur  lequel  eal  assise  la  Tilte  de  Mertlin,  et  vient  expirer 
dans  les  collines  de  Slndjar,  à  l'ouest  de  Mossoul.  Depuis 
tes  deux  points  on  voit  se  déployer  jusqu'auit  bords  du 
golfe  Persique  une  immense  plaine,  où  l'œil  fatigue  remar- 
que à  peine  de  légères  ondulations  de  terrain^  une  grande 
partie  de  ces  plaines ,  au-dessous  du  point  de  réunion  des 
deux  fleuves,  fut  jadis  couverte  de  plusieurs  lacs  aujour- 
d'hui desséchés  (i),  et  encore  à  présent  il  s'y  trouve  beau- 
coup de  terrains  qui  sont  inondés  à  la  moindre  crue  des 


L.0 
Hiui 
b 


■  A  cette  peinture  générale  du  terrain  nous  ferons 
succéder  celle  des  deux  grands  fleuves  qui  l'arrosent. 

■  \Sliiiphrate  naît  de  plusieurs  sources;  deux  branches 
suitoiit  se  disputent  l'honneur  d'être  la  principale;  l'une 
jaillit  non  loin  de  la  ville  de  Bayazid ,  dans  tes  monts  nom- 
mes  j^/a-D«^A,  dont  rArarai.fait  partie,  et  delà  montagne 
même  appelée  Bin-Goiieil  (  mille  sources  ),  anciennement 
le  mont  Abus,  Cette  rivière,  qui  porte  le  nom  de  Mourad- 
Tcîini,  se  perd  sous  terre  â  quatre  heures  de  chemin  de 
iïayazid  W^  i-epai-aît  de  nouveau,  reçoit  près  de  Meiez- 
Giierd  une  autre  rivière  du  même  nom,  et  traverse  tout 
le  district  de  Tourouberatt,  partie  méridionale  de  l'Armé- 
nie propre  :  son  cours  n'a  pas  moins  de  loo  lieues.  L'au- 
tre bras  de  l'Euphrate,  que  les  Orientaux  nomment  Frat, 
se  forme  sous  les  murs  d'Erzeroum,  par  la  jonction  de  deux 
rivières,  dont  l'une,  peut-être,  représente  le  Lycits  de 
Pline;  ces  deux  rivières  réunies  n'égalent  pas  le  Mourad- 
ïchaï.  que  Xénoplion  regardait  comme  Je  véritable  Eii- 
phrate.  Le  Frat  et  le  Mourad-Tchaï  mêlent  leurs  eaux  un 
peu  au-dessous  du  bourg  de  Ziléh,  Le  fleuve,  déjà  très- 

onsidérable,   descend  rapidement  vers  le  défilé  nommé 

{•)  Pliii.,V\.  c.  i;.  Siiat.,  XV,  p.  1060  (Almclov.)  Âbu^«da,i>\.. 
Butehins,  p.  356.~(')  /ladei-Khal/ttli.ji.  iiii  njtj.  D'JnviUe,lEa- 
liliriiti;  cl  le  Tiftrc. 


Turquie  dAsie.  lïi' 

Pas  de  Nouchar;  l'ayant  frnnchi ,  il  serpente  sur  une  plaîae 
élevée;  mais  bientôt,  ayant  rencontré  uns  nouvelle  inéga- 
lité de  terrsiin,  il  forme  une  double  cataracte  à  8  lieues 
au-dessus  de  Semisat  ou  Sainosate.  Dégagé  maintenant  de 
tous  les  obstacles  qui  enchaînaient  sa  force ,  il  roule  majes- 
tueusement dans  une  large  et  verdoyante  vallée.  Au  sud-est 
deKerkisiéh,  il  entre  dans  des  plaines  immenses;  cepen- 
dant, repoussé  dn  côté  de  l'Arabie  par  quelques  hauteurs 
sablonneuses  et  calcaires,  il  est  forcé  de  s'approcher,  en 
serpentant,  du  fleuve  du  Tigre.  » 

Depuis  la  reunion  du  Mourad-Tchaï  et  du  Frat,  l'Eu- 
plii'ate  ajusqu'à  sou  embouchure  385Heues  de  longueur  : 
ce  qui,  en  comprenant  la  première  de  ces  rivières,  lui  don- 
nerait près  de  5oo  lieues  de  cours.  U  éprouve  des  crues  pé- 
riodiques, dont  la  plus  farte  alieuen  janvier  :  elle  est  de  la 
pieds.  La  marée  se  fait  sentir  jusqu'à  5o  lieues  de  son  em- 
bouchure. 

■  Bival  et  compagnon  de  l'Euphiate,  le  Tigre ,  que  plu- 
sieurs géographes  font  venir  de  Bitlis,  a  sa  source  la  plus 
apparente  dans  les  montagnes  du  pays  île  Zopli ,  l'ancienne 
Sop/iène,  partie  du  pachalik  de  Diarbekir;  l'Euphrate,  déjà 
très-fort,  enlève  à  cette  région  le  tribut  de  toutes  ses  eaux 
coiu^ntes;  mais ,  par  un  hasard  singulier,  le  Tigre  seul ,  la 
plus  petite  rivière  de  ces  montagnes,  échappe  au  destin  de 
ses  frères;  une  hauteur  l'empècbe de  couler  vers  l'Euphrate; 
une  gorge  de  montagnes  au-dessus  de  Diarbekir  lui  ouvre 
un  passage;  il  s'élance  à  travers  un  terrain  toujours  très- 
et  fortement  incliné.  Leittrème  rapidité  de  son 
cours,  effet  naturel  des  localités,  lui  a  mérité  le  nom  de 
Ti'gr ca  langue  médienne,  de  DiglUo  ou  Didgilèlt  en  arabe  , 
«t  de  Hhidilekel  en  hébreu,  noms  qui  tous  rappellent  le 
rapide  d'une  flèche  {i).  Outre  ce  bras,  le  plus  connu 


■II,  I,  ;ii-. 


M 


jSa  LIVRE    CEMT    VIHGT-QU ATRIÈME. 

des  modernes,  Pline  nous  en  a  décrit  en  détail  un  autre 
qui  sort  des  montagnes  du  Kourdîstau ,  à  1  ouust  du  lac  de 
Van;  cette  rivière  passe  par  le  lac  Âréthuse;  arrêtée  par 
une  branche  du  Taurns,  elle  se  précipite  dans  la  caverne 
dite  de  Zoroanda,  et  reparaît  en  bas  de  la  montagne;  une 
preuve  (jue  c'est  la  même  rivière ,  c'est  que  les  choses  qu'on 
y  jette  en  haut  des  montagnes,  reparaissent  sur  sa  surface 
lorsqu'elle  sort  de  dessous  leurs  pieds.  Il  passe  encore  par 
le  lac  Tfiospitis  {  près  la  ville  d'Erz-en  ),  s'engloutit  dans 
des  cavernes  souterraines,  et  reparaît  aS  milles  plus  bas. 
Ce  bras  se  réunit  au  Tigre  occidental,  au-dessous  de  la 
ville  de  Diarbekir  ('). 

«  A  mesure  que  le  Tigre  et  l'Eupbrate  se  rapprochent, 
le  terrain  intermédiaire  perd  de  son  élévation;  des  marais 
et  des  prairies  en  occupent  toute  l'étendue;  plusieurs  conj- 
munications  artificielles,  peut-être  un  ou  deux  canaux  na- 
turels, préludent  à  la  prochaine  réunion  des  fleuves  ;  cette 
fusion  se  fait  enfin  auprès  de  Korna.  Le  fleuve  uni  porte  le 
nom  de  Cluit~al-j1rab,  c'esl-à-ùîrejleui'e  ele  l'jiral/ie.  il  ja 
trois  grandes  embouchures,  outre  un  petit  canal;  ces  di- 
vers bras  occupent  un  espace  de  i5  lieues;  la  rivière  du 
Sud  est  la  plus  libre  et  la  plus  profonde;  des  bancs  de  sa- 
ble, et  qui  changent  de  place,  en  rendent  l'approche  dange- 
i-euse  pour  les  navigateurs.  La  marée  qui  remonte  au-delà 
de  Bassora ,  et  même  au-delà  de  Korna,  refoule  souvent 
avec  violenc-e  les  eaux  du  ileuve,  et  les  soulève  en  vagues 
écuniantes  ['j). 

>  Telles  sont  les  notions  certaines  que  nous  possédons 
sur  le  cours  de  ces  deux  l'ivières.  Il  faudrait  un  ouvrage  à 
part  pour  éclaircir  tous  les  doutes  qui  ont  été  élevés  sur  ce 
même  sujet.  Quelques  anciens  ont  soutenu  que  l'Euphrate 


(0  Plin. ,  loc.  cil. 

(APhiUi-p   \\  Sancln  Trinilalc,  llincr.  p.  i4f 


ASIE  ;   Turquie  tTjésie.  i53 

se  perdait  dans  les  lacs  et  marais  au  sud  de  Babylone  (')■ 
D'autres,  au  contraire  ,  regardent  le  cours  uni  du  Tigre  et 
de  l'Euphraie  comme  appartenant  exclusivement  à  ce  der- 
nier l^)  :  il  y  en  a  selon  qui  l'Euphrate  s'écoulait  originaire- 
ment par  une  bouche  particulière  que  les  Arabes  ont  dft 
fermer  par  une  digue  P).  Celte  dernière  opinion  a  été  en 
quelque  sorte  renouvelée  par  un  voyageur  moderne ,  qui 
suppose  que  le  canal  de  Nanr-Sares ,  dérivé  de  l'Euphrate , 
au  nord  de  Babylone,  se  continue  sans  interruption  jus- 
qu'à la  nier  (4),  Cest  la  baie  Khore- Abdallah,  qui,  dans 
cette  hypothèse,  représenterait  l'ancienne  embouchui'e  du 
fleuve  j  mais  cette  baie  existait  dans  son  état  actuel  du 
temps  de  Ptolémée,  sous  le  nom  de  golfe  Mesanites.  Quant 
au  canal  Nnar-Sares,  il  paraît  certain  qu'il  se  réunit  de 
nouveau  au  fleuve  près  Semava.  Le  lit  sec  qui  corres- 
pond au  golfe  de  Klnire- Abdallah  ,  et  sur  lequel  on 
voit  les  restes  du  Vieux-Uassora ,  aboutit  à  l'Euphrate, 
un  peu  à  l'occident  de  Korna.  Le  Pallacopns ,  ou  le 
canal  de  Koufa,  ne  semble  s'étendre  que  jusqu'aux  lacs  qui' 
sont  au  sud  de  Babylone.  Les  changemens  continuels  qu'a 
subis  ce  sol  uni  et  meuble ,  les  inondations ,  les  travaux  de 
l'homme,  tout  concourt  à  rendre  impossible  la  solution  de 
ces  doutes, 

>  il  règne  aussi  des  incertitudes  sur  la  grandeur  i-elative 
du  T^i-e  et  de  l'Euphrate.  Ce  dernier  a  bien  le  cours  le  plus 
lougj  mais,  affaibli  par  les  saignées,  il  ne  pi'ésente  à  Hillé 
qu  une  largeur  de  4oo  pieds;  tandis  que  le  Tigre,  déjà  près 
Bagdad,  en  a  600.  Les  riverains,  pour  arroser  leurs  campa- 
gnes, arrêtent  l'un  et  l'autre  de  ces  fleuves  par  des  digues, 
que  les  historiens  d'Alexandre  ont  assez  plaisamment  [>rises 

CO^mnn.  ,  Vil,  7.  Mêla.  JH,  S.  PU,,.,  V,  ■,(,.  Piolèmée ,  i:ic. 
(')  a™fi.,  II,   t3i,  XV,   1060. 
W  Plin.,  VI.  17. 

m  mciuh,-,  v.ijaec  u,  3ï3,  ^53,  ibi- 


l54  LIVRK   CENT   VIHGT-QCAXRIÈMB. 

pour  des  barrières  militaires  destinées  contre  les  pirates 

d'Arabie  (>). 

■  La  description  de  l'Arménie  nous  ramène  maintenant 
vers  les  sources  de  l'Euphrate.  Cette  contrée,  nous  l'avons 
déjà  dit ,  forme  un  plateau  très-élevé ,  et  couronné  de  mon- 
tagnes encore  plus  élevées,  l^Àrarnt  et  le  Kohi-Seiban  (i) 
montrent  à  une  grande  distance  leurs  cimes  couvertes  de 
neiges  éternelles.  Les  tremblemens  de  terre  ont  bouleversé 
plusieurs  parties  de  l'Arménie  P).  Le  Dgebel-Nimrowi ,  ou 
mont  de  Nimrod,  a  vomi  autrefois  des  Hamntes,  et  offre 
encore  sur  son  sommet  un  petit  lac,  qui,  d'après  la  des- 
cription d'un  géographe  turc,  semble  être  un  ancien  cra- 
tère :  le  pays  paraît  riche  en  curiosités  naturelles.  Le  grand 
lac  de  Van ,  qui  porte  quelquefois  le  nom  A'Anijwli  et  qui 
'islXArsissa  Palus  de  Ptolémée  et  le  lac  Mantien  de  Sirabon, 
roule  des  eaux  très -sau  ma  très  (4).  " 

Ce  lac  a  27  lieues  de  longueur,  20  dans  sa  plus  grande 
largeur  et  plus  de  60  de  circonférence.  Il  reçoit  un  grand 
nombre  de  petites  rivièi'es  et  ne  paraît  avoir  aucun  écoule- 
ment. Il  renferme  plusieurs  îles  dont  l'une  des  principales 
est  jikIUnmar  sur  laquelle  s'élève  un  fort  qui  date  du  IV^  siè- 
cle et  qui  est  la  résidence  de  l'un  des  quatre  patriarches  de 
l'Arménie.  Les  autres  sont  Anler,  Li/n,  et  Glièdontck. 

•  Le  froid,  très-vif  dans  les  parties  hautes ,  ne  laisse  pour 
la  semailie  et  la  récotte  que  trois  mois  d'été.  Les  blés 
viennent  cependant  eu  abondance.  On  vante  les  noyers  et 
les  pommiers.  En  descendant  l'Euphrate,  on  voit  ileurir 
la  vigne,  et  même  l'olivier,  tandis  qu'aux  environs  de  la 
ville  (i'Ei'zeroum,  il  n'y  a  ni  arbres  fruitiers,  ni  bois  à 
brftter.   Les   anciens   vantaient   les  chevouK    (rArniénJe; 


Ci)  Ivci,  Vojagca,  p.  5i  (en  ail,).  Niebuhr,  II,  |>.  iJJ.  — C>)//a(^i- 
KluUJalt,  p.  iqS8.  — (3)  Idem,  logg-iiao,  cit.  — (^)  Tavemier,  le* 
six  Vc^agES,  liv.  111,  chap.  3. 


» 


ASIE  :  Turquie  d Asie.  i55 

ils  parlent  dea  mines  d'or  qu'on  y  exploitait;  auJDUrdhui 
exporte  du  cuivre  et  du  fer  pour  Mosaoul.  « 

Erzeroum  ou  Arz-ronm,  nppelé  en  arménien  Garvn,  est 
le  rempart  de  l'empire  ottoman  au  nord-est.  Cette  ville  est 
située  dans  une  plaine  élevée  et  entourée  de  montagnes. 
Elle  est  environnée  d'un  mur  peu  solide  et  d'un  fossé  ;  mais 
au  centre  s'élève  une  fortereise  nommée  Ik-Aalé  qui  passe 
pour  porter  le  noni  d'une  femme  qui  l'a  fait  bâtir.  Cette 
citadelle  présente  de  hautes  murailles  flanquées  de  bastions 
et  défendues  par  un  fossé.  Elle  a  été  construite  avec  des 
restes  de  monumens  antiques  :  on  voit  encore  sur  plusieurs 
pierres  des  peintures  d'aigles  impériales.  C'est  là  (jue  réside 
un  pacha  qui  a  le  titre  de  chef  permanent  de  l'armée  de 
l'erse,  et  qui  a  sous  sa  juridiction  les  pachaiiks  deBayazid, 
de  Kars,  de  Moucli,  de  Moussoul,  de  Tiébizonde  et  de 
Van,  mais  qui  n'exerce  pas  sur  les  chefs  de  ces  pachaiiks 
une  grande  autorité.  Erxeroum  passe  pom'  avoir  été  biltie 
par  Anatolius,  général  grec  sous  le  règne  de  Théodose-le- 
Jeune.  On  y  compte  ao  mosquées  dont  la  plus  grande  est 
une  ancienne  égUse  grecque  qui  fut  dédiée  à  Saint-Etienne , 
et  que  I  on  prétend  pouvoir  contenir  8000  personnes.  Ses 
rues  sont  étroites,  tortueuses  et  mal  pavées.  On  y  voit  une 
horloge,  ce  qui  est  très-rare  eu  Turquie,  L;i  population  de 
celte  ville  est,  dit-on,  de  100,000  âmes,  nombre  qui  parait 
«tagéré  en  considérant  celui  des  maisons  qui  est  d'environ 
5ooo,  et  la  circonférence  de  son  enceinte  dont  on  peut  faire 
le  tour  en  trois  quarts  d'heure.  11  est  probable  qu'elle  ne 
renferme  pas  plus  de  60  à  70,000  àmes(').  Erzeroum  est 
l'entrepôt  du  commerce  entre  la  Turquie  et  la  Perse  :  elle 
reçoit  de  ce  pays  de  la  soie,  du  00 ton ,  des  châles,  des 
cotonnades  peintes,  du  tuliac,  des  roseaux  pour  écrire  et 
du  bois  de  cerisier  pour  faire  des  tuyaux  de  pipe;  elle  en- 

(0  f'onlaiiÎLT  ;  Voyages  en  OriciiL 


1 


M 


56  LIVRE   CENT   VUÎGT-QCATRlàME. 

voie  à  Constaiitinople    la  gomme  adragant  recoltëe  dans   ' 
ses  environs,  et  sur  il'autres  points  de  l'intérieur,  du  poil 
de  chèvre,  des  chevaux  et  des  moutons.  C'est  à  Erzeroum 
que  se  fabriquent  les  meilleures  armes  blanches  de  l'em- 
pire, mais  qui  ne  valent  pas  celles  de  la  Perse. 

"  Un  armurier  d'Erzeroum,  dit  M.  Fontanier,  s'était  ac- 
■>  quis  une  grande  réputation  par  l'habileté  avec  laquelle  il 
n  damasquinait  les  sabres;  le  pacha  du  lieu  le  chargea  de 
i'  lui  en  faire  un  qui  aune  belle  apparence  joignit  le  mérite 
"  d'une  grande  pesanteur;  mais  l'armurier,  voyant  qu'après 
"  plusieurs  expériences  il  ne  parvenait  pas  à  le  satisfaire, 
«  s'avisa  à  lafin  d'en  fabriquer  un  de  plomb.  Le  sabre  convînt, 

•  et  resta  long-temps  dans  le  fourreau  sans  qu'on  s'aperçût 
"  delasupercherie.  Un  jour  cependant,  )e  pacha  ayant  parié 
«  avoir  un  s:)bre  meilleur  qu'un  de  ses  amis,  on  les  frappa 

•  l'un  contre  l'autre,  et  l'étonnement  fut  grand  quand  on 
■  vit  l'arme  favorite  coupée  si  facilement.  Il  manda  aussitôt 
"  l'armurier;  mais  comme  il  ne  voulait  que  plaisanter,  sans 
«  perdre  un  artiste  précieux,  il  se  contenta  de  lui  faire 
«  couper  le  nez,  et  l'obligea  à  prendre  le  nom  de  Bournou- 

•  sez  (sans  nez).  Aujourd'hui  les  meilleurs  sabres  de  la 
"  contrée  ont  conservé  le  nom  de  l'ouvrier,  et  une  lame 

•  quiporte  son  chiffre  acquiert  une  plus  grande  valeur.  Son 
«  tils  est  encore  fabricant  d'armes;  c'est  de  lui  que  je  tiens 

•  ces  détails ,  qu'il  ne  racontait  jamais  sans  un  sentiment 
1  d'orgueil  et  de  plaisir.  » 

I,a  plaine  d'Erzeroum  est  parsemée  de  villages  :  on  en 
compte  94-  Ces  villages  sont  nus  :  aucun  arbre  ne  s'élève 
aux  environs.  A  l'est  descend  du  mont  Taurus  une  source 
limpide  qui  alimente  la  ville  et  qui  est  en  grande  réputation. 
C'est  là  que  s'arrêtent  les  voyageurs  qui  arrivent  de  la  Perse  ; 
plus  loin  on  trouve  des  sources  ferrugineuses  gazeuses, 
qui  se  répandent  dans  les  jardins  situés  au  nord  de  la  ville; 
vers  l'ouest,  près  du  village  à' Eldija  om  Ififfjah ,  se  trouvent 


I 


I 


ASIE  :   Turquie  dAsie.  \S'] 

d'autres  sources  semblables  maïs  chaudes  :  elles  font  monter 
le  thermomètre  à  16  degrés  au-dessus  de  zéro.  Ce  village 
remplace  l'antique  Elegia. 

Er>inghian,  à  environ  3o  lieues  au  sud-ouest  d'Erzeroum, 
près  de  la  rive  gauche  du  cours  d'eau  que  les  Orientaux  nom- 
ment Frat,  est  une  ville  qui  passe  pour  avoir  20  à  3o,oooha- 
bitans.  Les  prairies  qui  l'entourent  sont  renommées  pour  la 
belle  race  de  moutons  qu'elles  nourrissent,  et  ses  jardins 
pour  la  beauté  des  fiuits  qu'on  y  cultive. 

Mais  à  5  ou  6  lieues  à  l'est  d'Erzeroum,  Hassan-Kaïek , 
s'élève  près  de  la  rive  gauche  de  l'Aras,  sur  la  pente  d'une 
colline.  Cette  ville,  à  peu  près  de  ta  même  population  que  la 
précédente,  est  fort  ancienne  :  sous  le  règne  de  Théodose- 
le-Grand,  qui  y  fît  construire  une  forteresse,  elle  reçut  le 
nom  de  Théodosiopolis, 

Francliissons  une  chaîne  de  montagnes ,  et  au  nord-ouesi 
d'Erzeroum  nous  verrons  d'abord  les  mines  de  cuivre  de 
Maaden  près  la  ville  deBaïboiiCoa  Baïbounli,  fondée,  dit-on , 
du  temps  d'Alexandre,  peuplée  de  3  à  4000  âmeS,  et  dont 
les  femmes  passent  pour  être  fort  belles.  Ipsi'rou  Ipsera, 
l'ancienne  Hispiratis  dont  Strabon  vaute  les  mines  d'or, 
occupe  une  vallée  fertile  d'où  l'on  exporte  du  bois  de  con- 
struction et  d'excellentes  conserves  de  miel  (0- 

A  20  lieues  à  l'est  de  Baibout,  Goumouck-khanek,  ou  la 
maison  d'argent,  tire  son  nom  d'une  mine  de  ce  métal  ex- 
ploitée depuis  long-temps  dans  ses  environs.  On  y  compte 
7  à  8000  habitans  dont  un  millier  de  Grecs  et  7  à  800  Ar- 
méniens. D'Anville  pense  que  cette  ville  est  l'ancienne  if^/tr. 

Dans  \Gpachalik  de  Kars  nous  lemarquerons  d'abord  le 
chef-lieu.  A^a/v  jouit  de  quelque  importance  par  son  com- 
merce avec  la  Perso ,  maïs  surtout  par  sa  citadelle  qui  passe 
pour  une  des  plus  importantes  de  la  Turquie  d'Asie,  Ai-da- 

<.')  Hadgi-K/uU/ali,  p.  1137, 


r 


l58  LIVRE   CENT    VlNGT-QUATRlJîME. 

noudji^  située  au  nord-ouest,  n'a  que  quelques  milliers  d'Iia- 

bitans  :  les  autres  villes  ne  méritent  pas  de  nous  arrêter. 

Des  tribus  de  Turcomans  parcourent  le  pacbalik  de  Kars 
ainsi  que  celui  de  f^an  qui  s'étend  au  sud.  Celui-ci  a  environ 
60  lieues  de  longueur  du  nord  au  sud ,  sur  5o  de  largeur  de 
l'est  à  l'ouest.  On  évalue  sa  superficie  à  aooo  lieues  carrées 
et  sa  population  à  i5o,ooo  individus.  Nous  ne  parcourrons 
que  ses  principaux  chefs -lieux.  Fan^  sur  la  rive  orientale  du 
lac  auquel  elle  donne  son  nom,  est  environnée  de  murail- 
les crénelées  et  défendue  par  une  citadelle  située  sur  une 
colline  escarpée.  Sa  population  parait  être  de  plus  de 
20,000  âmes ,  mais  les  Arméniens  l'évaluent  à  plus  du 
double.  Cette  ville  est  l'ancienne  Artemita  qui  porta  dans 
l'origine  le  nom  de  Semimmocerta,  parce  qu'elle  dut  sa  fon- 
dation à  Sémiramis.  Les  Arméniens  l'ont  appelée  pendant 
long-temps  Schamiramakert.  Suivant  un  voyageur  récent  (1), 
on  y  voit  encore  sur  la  colline  qui  porte  la  citadelle  d'énor- 
mes quartiers  de  rochers  qui  pourraient  bien  avoir  fait 
partie  de  quelqu'une  des  gigantesques  constructions  que 
cette  princesse  fit  faire  près  de  cette  ville ,  au  rapport  de 
Moyse  de  Khorène.  Dans  l'intérieur  de  celte  colline  on 
trouve  des  appartemens  voûtés  et  quelquefois  des  débris 
de  statues.  L'entrée  de  la  montagne  et  même  ses  flancs 
sont  couverts  d'inscriptions  cunéiformes. 

Bayazid ,  k^^Vieues  au  nord  de  Van,  est  située  dans  une 
vallée  étroite  :  ses  maisons  sont  bikties  au  fond  et  sur  les 
deux  côtés  de  la  vallée.  Bien  qu'elle  ne  soit  qu'un  chef- 
lieu  de  sandjak,elle  est  la  résidence  d'un  pacha  héréditaire. 
Sa  population  paraît  être  de  13  à  i5,ooo  individus.  Moucli 
est  aussi  habitée  par  un  pacha  héréditaire.  A  l'ouest  du  lac 
de  Van  et  à  20  Ueues  de  cette  dernière  ville  se  trouve  Betli.s 


0)  M.  Schidz,  cnïojc  eo  iSa;  tLiiiB  r.Arménic  p.ir  Ir  goiivet 


ASIE  :  Turquie  d'Asie. 
■ou  Bidlis  où  l'on  compte  1 2,000  habitana  et  dont  les  mai- 
sons, presque  toutes  isolées  et  environnées  de  jardins,  sont 
untant  de  petites  forteresses.  On  dit  que  ses  murailles  bâties 
en  pierres  ont  100  pieds  de  hauteur.  Les  Kourdes  qui  ha- 
bitent les  environs  de  cette  ville  portent  le  nom  de  Betlisi. 

u  La  nation  arménienne,  l'une  des  plus  anciennes  du 
monde,  se  désigne  dans  sa  propre  langue  sous  le  nom 
d'Hoi'/iani;  et  quoique  ce  que  dit  l'historien  de  l'Arménie, 
Moyse  de  Khoiène,  sur  un  prétendu  roi  Htiih ,  petit-fils 
de  Japhet,  soit  eiïveloppé  d'obscurités,  il  est  certain  que 
la  langue  arménienne ,  rude  et  étrange  pour  les  sons,  of'h-e 
dans  sa  syntaxe  plus  de  rapports  avec  les  langues  européen- 
nes qu'avec  celles  de  l'Orient  ('). 

■  Une  taille  élégante  et  une  physionomie  spirituelle  dis- 
tinguent cette  nation,  qui,  toujours  victime  des  guerres 
dans  lesquelles  les  grandes  puissances  se  disputaient  l'Ar- 
ménie, a  été  obligée  de  quitter  en  partie  le  sol  de  ses  an- 
cêtres. Livrés  au  commerce  et  aux  fabriques ,  les  Arméniens 
ont  prospéré  partout,  depuis  la  Hongrie  jusqu'en  Chine; 
ils  pénètrent  dans  des  régions  inaccessibles  aux  Européens; 
ils  traversent  les  déserts  de  la  Tatarie  et  le  plateau  qu'ar- 
rose le  Niger,  Chei  eux,  la  frugalité  conserve  ce  qu'ac- 
quiert l'industrie.  Dans  leur  pays  {^)  comme  dans  l'étranger, 
ilsvivent  ordinairement  en  grandes  familles,  sous  le  gouver- 
nement patriarcal  du  membre  le  plus  âgé,  et  dans  une 
concorde  rare  ;  mais  cet  esprit  de  famille  permet  la  dureté , 
l'injustice  et  la  perfidie  envers  ceux  d'un  autre  sang.  La 
religion  des  Arméniens  est  celle  de  l'ancienne  Eglise  orien- 
tale; seulement  ils  nient  le  dogme  des  deux  natures  dans 
Jésus-Christ,  ou,  pour  mieux  dire,  ils  considèrent  les  deux 
a  comme  réellement  existantes,  mais  unies  et  fou- 


1S9  H 

ont     ^1 


(0  Vojex  les  auteurs  dtéa  pur  Àdelung,  Mithridate,  I,  p.  4^''' 
<')  Carlwright,  Itiner.  in  Persiâ.  Elievir,  p.  Il,  p,  137. 


\ 


i 


iGo  LIVRE    CEMT    VINGT-QUATHIÈME. 

(lues  dans  une  seule  (0  ;  ils  ont  encore  quelcjues  opinions 
particulières  touchant  l'eucharistie.  Ils  admettent  comme 
les  Grecs  le  mariage  des  prêtres;  leurs  jeAnes  et  leurs 
ahstinenoes  surpassent  en  rigueur  et  en  fréquence  tout  ce 
qu'on  voit  chez  les  autres  sectes  chrétien nes(2).  Deux  grands 
patriarches,  surnommés caï/io^/yiie* ou  uninersels ,  gouver- 
nent l'Eglise  d'Arménie  ;  celui  qui  réside  au  couvent  d'Elch- 
iniatzin  avait ,  ilyaun  siècle  et  demi,  i5o,ooq  familles  sous 
sa  juridiction  spirituelle.  Celui  qui  hahite  l'île  Akhtamar,  au 
milieu  du  lac  de  Van,  dirige  environ  3o,ooo  familles.  Le 
patriarche  de  Sis,  dans  l'ancienne  Peti  te -Arménie ,  et  qui 
seat  ï-éuni  à  l'Eglise  romaine ,  n'en  comptait  que  20,000. 
On  pourrait,  d'après  ces  données  (3),  estimer  le  total  de  la 
nation  arménienne  d'alors  à  2,000,000  d'individus  au  moins. 

■  Outre  les  Arméniens  qui  sontiiégocians  ou  cultivateurs, 
et  les  Turcs- Os  ma  ni  is  qui  occupent  les  fonctions  civiles  et 
militaires,  l'Arménie  nourrit  une  nation  tatare  dont  il  faut 
tracer  le  portrait.  Les  Turcomans  ou  Turkmènes ,  ou  mieux 
Trouckménes ,  originaires  des  bords  orientaux  de  la  mer 
Caspienne,  se  sont  d'abord  établis  dans  l'Arménie- Majeure, 
appelée  pour  cette  raison  Turcomame^mM&  leur  amour  pour 
la  vie  errante  en  a  amené  plusieurs  hordes  dans  l'intérieur 
de  lAsie-Mineure  et  dans  te  gouvernement  d'Itchil.  Ils  ont 
adopté  la  langue  turque  et  une  espèce  de  mahométisnie 
grossier,  Ignorans  ,  coiitensde  leur  pauvreté,  ils  ne  se  nour- 
rissent que  des  produits  de  leurs  troupeaux ,  vivent  la  plu- 
part du  temps  sous  des  tentes  de  feutre,  et  n'ont  d'autre 
combustible  que  la  fiente  de  leurs  vaches,  * 

Leur  nourriture  consiste  en  un  peu  de  farine  et  de 
gruau ,  en  lait  aigri  et  en  viande.  Ils  se  rasest  la  tête  et 

(')  Nkeplior.-,  Hist.  Eccles.,  I.  XVIII ,  cap.  53.  Conrcuio  Armcnior., 
art.  iG-3a.  Concil.  Coiutant.  3,  canou.  3»,  etc.— W  fiViucuj,  Histor. 
orient.,  c.  79. — P)  Léonard.,  Sidon,  rpbi:..  np.  TUom   à  Jei.,  lib.  Vil , 


\ 


ASIE  :   Turquie  dAsie,  i6i 

portent  des  vâtenieiis  en  étoffes  de  laine  cramoisie,  et  des 
bonnets  rond»  garnis  de  peau  d'agneau  noire  d'Astrakhan, 
Leurs  feniinf^s  ont  pour  ornement  un  anneau  à  une  narine. 
£lles  sont  bien  faites,  et  ont  une  pliysiononiie  gracieuse: 
les  hommes  ont  la  taille  élevée  et  les  épaules  larges. 

■  Les  l'eninies  filent  des  laines  et  font  des  tapis  dont 
existe  dans  ces  contrées  de  temps  immémorial. 
Quant  aux  hommes,  toute  leur  occupation  est  de  fumer  et 
de  veiller  à  la  conduite  des  troupeaux.  Sans  cesse  à  cheval , 
la  lance  sur  l'épuule,  le  sabre  courbe  au  c6té,  le  pistolet 
ceinture,  ils  sont  des  cavaliers  vigoureux  et  des  sol- 
dats infatigables.  Ils  ont  souvent  des  discussions  avec  les 
Turcs,  qui  les  redoutent.  On  peut  compter  environ  3o,ooo 
TuFcomans  erraus  dans  les  pachaliks  d'Alep  et  de  Damas  \ 
ce  sont  les  seuls  qu'ils  fréquentent  dans  la  Syrie.  Une  grande 
partie  de  ces  tribus  passe  en  été  dans  l'Arménie  et  la  Cara- 
manie,  où  ils  trouvent  des  lierbes  plus  abondantes,  et  re- 
viennent passer  lliiver  dans  leurs  quartiers  accoutumés.  ■ 
Nous  devons  ajouter  qu'ils  sont  de  la  secte  des  mahomé- 
tans  sounnites  ;  qu'ils  suivent  exactement  les  pratiques  de 
leur  religion  ;  que ,  bien  qu'ils  aient  des  chefs  ou  des  prin- 
ces, ils  ne  reconnaissent  qu'imparfaitement  leur  autorité,  et 
prétendent  que  Dieu  seul  est  leur  chef;  mais  qu'ils  ont  un 
grand  respect  pour  leurs  prêtres  ou  kasi. 

«  Le  Ao«rf/M(fl«,oulepaysdesKourdes,  du  moins  celui 
qui  est  soumis  à  la  Turquie ,  s'étend  au  sud  de  l'Arménie  , 
sur  une  longueur  d'environ  gS  lieues  du  nord-ouest  au 
sud-est  et  sur  une  largeur  de  5o  lieues  ;  mais  ses  hmites 
sont  pour  ainsi  dire  arbitraires.  Les  montagnes  connues  des 
anciens  aous  les  noms  de  Gordyœi  et  l'iipkates ,  restent  en 
partie  couvertes  de  neiges  éternelles  j  jamais  les  chaleurs 
de  l'été,  qui  brident  les  plaines  de  la  Mésopotamie ,  ne  des- 
sèchent les  verdoyans  pâturages  où  le  Kourde  laisse  errer 
ses  troupeaux  de  chèvres.  Les  riantes  vallées  et  les  longues 
VIII.  1' 


i 
i 


l6a  LIVRE    CENT    VINGT-QUATRIÈME. 

terrasses  des  montagnes  produisent  des  fruits  et  du  riz.  Les 
forêts  consistent  principale  ment  en  chênes  qui  donnent  la 
meilleure  galle  de  l'Orient  (').  Les  plaines  sont  cultivées 
en  grains,  cotons,  lin  et  sésame.  Un  petit  arbre ,  semblable 
au  chêne ,  se  couvre  d'une  manne  délicate  que  les  anciens  et 
les  modernes  vantent,  mais  sans  que  l'on  connaisse  d'une 
manière  précise  à  quelle  espèce  appartient  ce  végétal  (a),  ■. 

■c  Les  rivières,  parmi  lesquelles  le  Diala,\e  Grand eX.  le 
Petit  Zaab  sont  les  plus  importantes,  descendent  avec  ra- 
pidité vers  le  Tigre.  " 

Le  Kourdistan  empiète  sur  l'Aiménie  sans  qu'il  soit 
facile  de  les  distinguer  l'un  de  l'autre.  Cependant  il  est  cer- 
tain qu'il  formait  autrefois  les  deux  pachaliks  de  Moss  nul 
et  de  Cliehrezour  qui  n'en  font  plus  aujourd'hui  qu'un 
seul,  qui  porte  le  nom  de  ce  dernier. 

"  Au  sud  du  lac  de  Van  ,  la  ville  de  Giulamerk  ou 
Djoulanierk  est  le  chef-lieu  de  la  principauté  du  même 
nom,  dont  les  habitans  s'appellent  Sciambo;  selon  d'au- 
tres, ils  portent  aussi  le  nom  d'ffakiarj,  qui  est  peut-être 
celui  de  la  famille  régnante  P).  Djoulanierk  est  une  petite 
ville  qui  n'offre  rien  de  remarquable.  Les  Kowdes-BaeUnaH 
demeurent  à  l'ouest  de  la  principauté  de  Djoulanierk ,  entre 
Mossoul  et  Betlis.  Leur  capitale  s'appelle  jimndia  ou  jima- 
diéh.  C'est  une  ville  de  6000  habitans,  près  de  laquelle  se 
trouve  le  tombeau  de  l'iman  Mohamed-Bekir ,  révéré  dans 
tout  le  Kourdistan.  Ce  canton  produit  beaucoup  de  fruits , 
et  entre  autres  il'excellens  raisins  (4).  Plus  au  nord-est ,  et 
déjà  dans  le  pachalik  de  Diarbekir,  on  trouve  Dgezira  ou 
Djeziréh,  capitale  d'une  principauté  dont  les  habitans  s'ap- 
pellent Bottani.  Cette  ville,  à  laquelle  on  accorde  20,000 

(0  Garzoni,  Gratnmat.  t  vocab.  ilolj.i  lingua  Kurdn  ;  ltum;i ,  17S7 
{Prrifflcc,  p.  4).  Hadgi-Klutlfak ,  p.  ni3,  etc.  — W  Strabiui,  II,  -jZ 
(  Alroelov.).  Biad.,  etc.  ffadgi-K/ialfah ,  p.  118/,.  Olivier,  Voyag. ,  elc. , 
IV,ï74.  —m  Hadgi-Khalfah .  p.  itoB.— («O/rWw,  Voyage ,  IV,  a-5. 


k^\T.  \  Turquie  d Asie.  i63 

habitans,  mais  qui  a  été  beaucoup  plus  peuplée,  est  en- 
tourée d'une  muraille.  On  voit  au  centre  un  cimetière  où 
reposent  les  cendres  de  plusieurs  Âbbassides.  Le  même  can- 
ton renferme  la  montagne  de  Dgioudl^  où  larche  de  Noé, 
selon  les  Kourdes,  a  àîi  s*arrêier;  et  celle  AeKiaveh ,  tou- 
jours entourée  de  brouillards  ^  et  sur  laquelle  on  voit  des 
abeilles  sauvages  logées  dans  des  trous  sous  terre ,  et  qui 
font  du  miel  excellent  et  un^  cire  odoriférante  (i).  La  plus 
grande  principauté  kourde  est  celle  de  Kara-Djolan  ou 
Chehrezour ,  avec  une  capitale  du  même  nom ,  peuplée  de 
5  à  6000  âmes.  La  tribu  ^  selon  Garzoni,  se  nomme  «Sb- 
ranes ;  mais,  selon  Niebubr^  ce  nom  ne  désigne  que  la 
famille  régnante.  Cet  Etat,  qui  renferme  tout  le  Kourdistan 
méridional ,  peut  mettre  sur  pied  i5,ooo  fusiliers  ;  les  quatre 
autres  princes  nen  peuvent'lever  chacun  que  10  à  ia,ooo.  » 

Les  princes  kourdes  de  Djoulamerk,  Amadiéh,  Djeziréh, 
Karadjolan ,  et  Souleimaniéh  dont  le  chef  réside  à  Zahoû^ 
sont  plutôt  des  vassaux  que  des  sujets  de  la  Porte. 

Kerkouky  qui  paraît  être  une  ville  de  i5,ooo  âmes,  est 
bâtie  sur  une  montagne,  entourée  de  murailles  et  défendue, 
par  une  citadelle.  Ses  rues  sont  étroites  et  ses  maisons  mal 
bâties;  on  y  voit  une  assez  belle  mosquée.  Cette  cité  donne 
son  nom  à  une  petite  rivière  (leKerkouk-soui)  qui  coule 
à  ses  pieds  et  qui  se  jette  dans  le  Tigre  après  25  lieues  de 
cours.  Kerkouk  est  lancienne  Corcura^  qui  porta  le  nom  de 
Demetrias  et  de  Memnis.  C  est  dans  ses  environs  que  se 
trouve  une  célèbre  source  de  bitume  que  visita  Alexandre. 
Sur  la  petite  rivière  du  Kilgehsou,  Eriil^yille  de4ooo  âmes^ 
défendue  par  un  fort  en  terre  et  en  pierre,  et  située  au  mi*- 
lieu  de  plaines  fertiles,  est  lantique  Arbela  ou  ArbèUs.ÏTâ" 
mortalisée  par  la  défaite  de  Darius  et  la  chute  de  la  «o^ 
narchie  persane. 


(0  Ifadi^i-Khalfahyp.  1170-1181.^  •  ■ 

1 1. 


lfi/(  LrVRB   CEKT    VINGT-QUATRIÈME. 

«  Un  bourg  nomme  Chah-Méran,  sur  le  Dîalah,  occupe 
une  position  si  escarpée,  qu'on  n'y  arrive  ijucn  grimpant 
sur  des  échelles  faites  avec  des  sarniens  de  vigne  {')■ 

■  On  cite  encore  d'autres  cantons  indépendans,  .Les 
Ourghiany,  sur  la  frontière  de  la  Perse,  diffèrent  entière- 
ment des  autres  Kourdes  :  seraient-ce  des  descendans  des 
HyrcanienSf  dont  les  Perses  établirent  des  colonies  dans 
^'autres  parties  de  leur  empire  ?  Les  Sekmanes^  brigands  et 
pasteurs,  dévastent  l'Arménie.  Les  géographes  turcs  nom- 
ment plusieurs  tribus  kourdes  dépendantes  du  pachalik  de 
Diarbekir,  mais  ces  bordes  errantes  sont  étrangèi-es  à  une 
description  duKourdistan. 

«Les  Kourdes,  descendans  des  anciens  h'anluchi,  ou 
•GonlfeBi ,  ou  Kyrti )  parlent  la  langue  persane  mêlée  do 
plusieurs  mots  arabes  et  chaldéens.  Ils  se  servent  de  récri- 
ture persane ,  et  chaque  village  entretient  un  mollah  ou 
docteur  qui  entend  le  persan(2],  La  religion  inahométane 
s'allie  chez  eux  à  diverses  superstitions  qui  semblent  des 
restes  de  la  croyance  des  mages.  Ils  révèrent,  selon  les 
Turcs,  le  diable,  c'est-à-dire  le  mauvais  principe,  \'j4hn- 
man  des  anciens  Perses  (3),  Environ  100,060  Kourdes  sont 
chrétiens-nestoriens;  ils  obéissent  à  deux  patriarches  héré- 
ditaires; l'un,  toujours  appelé  Mar-Simon,  réside  à  Kod- 
jiunisi,  près  Djoulamerk  ;  il  a  cinq  évêques  suffragans; 
l'autre,  qui  demeure  à  Raban-Orraes,  porte  le  nom  de 
Mai-Elias,  et  a  sous  lui  treize  évèques.  La  dignité  épts- 
«opale  est  aussi  héréditaire  de  l'oncle  au  neveu.  On  voit 
ordonner  des  évêques  à  l'âge  de  douze  ans.  Le  bas-clergé 
-sait  à  peine  lire  (4).  Xénophon  nous  apprend  qu'enclavés 
de  toutes  parts  dans  l'empire  des  Perses,  les  Karduques 
avaient  cependant  toujours  bravé  la  puissance  du  grand-roi 


ji-Khatfah.   p.   iioS.— f')   Gai-ioiù,   p.    .1— 1')   liadgi- 
Xhatfah,  p.  im  iz/q. — H)  Ganoni,  p.  j  si/q. 


ASIE  :  Turquie  ^Asie.  iG5 

cl  les  armes  de  ses  satrapes.  Us  ont  peu  changé  dans  leur 
Etat  moderne.  Quoiqu'ils  soient  en  apparence  tributaires 
des  Ottomans,  ils  portent  peu  de  respect  aux  ordres  du 
grand-seigneur  et  de  ses  pachas.  D'après  les  renseignemens 
que  recueillit  Niebuhr,  ils  observent  dans  leurs  montagnes 
une  espèce  de  gouvernement  féodal.  Chaque  village  a  son 
cher,  qui  est  vassal  du  prince  de  la  tribu.  Toute  la  nation 
est  partagée  en  trots  factions  principales.  Garzoni  convient 
que  les  assiretCa\>) ,  ou  petites  tribus,  se  révoltent  souvent 
contre  les  princes,  et  les  détrônent  quand  elles  en  ont  1» 
force.  Les  guerres  naturelles  à  cet  état  d'anarchie  ont  sé- 
paré de  la  nation  un  grand  nombre  de  familles  qui  ont  pris 
la  vie  errante  des  Turcomans  et  des  Aral)es.  Elles  se  sont 
répandues  dans  le  Diarbekir,  dans  les  plaines  d'Erzeroum, 
d'Erivan,  de  Sivas,  d'Alep  et  de  Damas  :  on  estime  que 
toutes  leurs  peuplades  réunies  passent  i4o,ooo  tentes,  c'est- 
à-dire  I  i 0,000  hommes  armés.  Ces  Kourdes  sont,  comme 
les  Turcomans,  pasteurs  et  vagabonds;  mais  ils  en  diffè- 
rent par  quelques  uiiages.  Les  Turcomans  dotent  leurs  tilles 
pour  les  marier^  les  Kourdes  ne  livrent  les  leurs  qu'à  prix 
d'argent:  les  Turcomans  ne  font  aucun  cas  de  la  noblesse 
d'extraction  ;  les  Kourdes  y  attachent  le  plus  grand  prix  : 
les  Turcomans  ne  volent  point  ;  les  Kourdes  passent  pres- 
que partout  pour  des  brigands W.  Ceux-ci  ont  le  teint 
blanc,  la  physionomie  spirituelle,  la  taille  avantageuse. 
C'est  une  nation  capable  de  tout.  Un  grand  homme  les  a 
jugés  ;  Mahomet  disait  qu'ils  amèneraient  un  bouleverse- 
ment du  monde.  ■ 

Un  voyageur  récent  nous  donne  quelques  détails  sur  les 
mœurs  de  la  population  kourde.  Elle  est  divisée  en  tribu& 
qui  quelquefois  sont  en  paix  et  d'autres  fois  en  guerre, 

(0  Sans  Joule  ha^reih ,  tribu .  troupe ,  on  hcl-reii. 
l'I  Vobity,  Voyage  ea  Sjris- 


n 


l66  LIVIIE    CENT    VIHGT-yUATlt1Ê.llIÎ. 

Sont-ellca  unies,  elles  ne  paieat  aucun  împôl  au  griuid- 
seigneur  et  souvent  même  en  prélèvent  sui-  les  pachas 
qu'elles  attaquent  et  mettent  à  contribution.  Aussi  la  poli- 
tique du  tiivan  est-elle  d'entretenir  la  jalousie  et  la  divi- 
sion parmi  les  chela  koiirdes,  «Ces  peuples,  dit  M.  Fonta- 

■  nier,  ne  manquent  pas  d'une  certaine  loyauté;   un  vol 

•  est-il  commis,  le  voleur  soupçonné  peut  nier  deux  fois; 

■  mais  à  la  troisième  il  se  croit  consciencieusement  obligé 

•  de  confesser  la  vérité;  ce  n'est  pas  toutefois  une  raison 
«  suffisante  pour  qu'il  restitua  Je  t'ai  volé  ton  bien  par  la 

■  force,  dit-il;  reprcnds-le  de  même  ou  tu  ne  l'auras  pas. 

■  Souvent  ils  sont  en  guerre  entre  eux.  Ou  voit  des  villages 
"  dont  un  quartier  s«  bat  avec  l'autre,  on  y  met  le  feu. 
-  Passe-t-il    un  étranger,    un   vieillard,    une  femme,    le 

■  combat  est  suspendu  pour  recommencer  bientôt  après.... 
1  Aussitôt  qu'on  a  mis  le  pied  dans  une  tente  ,  qu'on  s'est 
■<  assis  sur  le  tapis,  on  peut  se   croire  dans  une  parfaite 

•  sécmîté.  Elle  est  plus  grande  encore  lorsque  l'on  a  bu 
'  dans  la  coupe  de  la  famille  et  que  l'on  a  mangé  de  son 

•  sel. 

■  Je  puis  montrer  jusqu'où  va  chez  eux  le  sentiment  de 

•  riiospitalité.  Personne  n'ignore  qu'en  Asie,  et  spéc-iale- 
■<  ment  chez  les  Kourdes,  chaque  blessure  est  évaluée  à  un 
■<  certain  prix.  Une  dent  brisée  vaut  un  chameau;  un  bras 
1  cassévaut  deux  chameaux;  un  chien  deberger  tué  est  rem- 
»  placé  d'une  façon  assez  singulière  :  on  élève  l'animal  pur  la 
■•  queue,  et  on  jette  de  l'orge  sur  son  corps,  jusqu'à  ce 
»  qu'il  soit  entièrement  recouvert  ;  cette  orge  appartient  au 

•  plaignant.  Quand  un  homme  a  élé  tué,  le  meurtrier  est 
■■  livré  à  ses  parens,  qui  le  mettent  à  mort  ou  s'accordent 
H  avec  lui  pour  une  somme  nommée  le  prix  du  sang.  Telle 
"  doit  être  la  législation  dans  un  pays  où  la  justice  n'agit 
■•  jamais  d'office  ;  si  personne  ne  se  plaint  d'un  meurtre ,  il 
'  reste  ordinairement  impuni  ;  ce  sont  les  proches  q4ii  doî- 


ASiB  :  Turquie  dAsie^       '  167 

«  vent  poursuivre  et  demander  réparation.  H  est  pliis  hono* 
«  rable  cependant  de  se  venger  soi-même  que  de  recourir 
«  aux  tribunaux,  et  cette  marche  est  plus  spécialement  sui- 
«  vie  par  les  Kourdes.  Quand  un  membre  d  une  famille  a 
«  été  tué,  son  plus  proche  parent  se  charge  du  soin  de  la 
»  vengeance.  S*il  est  homme  d*honneur  comme  on  Tentend 
«  dans  ce  pays  :  //  ne  doit  pas  dormir  avant  de  s^ être  défait 
«  du  meurtrier;  il  doit  veiller  le  jour  et  la  nuit^  guetter  son 
«  adversaire ,  et  prendre  sang  pour  sang.  Quand  il  a  réussi, 
«  la  famille  du  défunt  doit  à  son  tour  le  venger;  de  cette 
«  manière  il  n  y  aurait  aucun  terme  à  ces  querelles,  si  llios* 
«  pitalité  ne  servait  à  les  apaiser.  Un  meurtrier  n  a  pour 
«  cela  qu  a  se  rendre  dans  la  tente  du  parent  du  défunt;  s'il 
«  parvient  à  s  y  établir  sans  être  aperçu,  s  il  se  met  en  son 
«  pouvoir  sans  aucune  condition,  celui-ci  est  obligé  de  faire 
«  la  paix  avec  lui  et  de  lui  donner  un  baiser  sur  le  iront, 
«  comme  marque  d  une  réconciliation  que  Ion  cimente  en- 
«  core  davantage  en  prenant  de  leau  et  en  mangeant  des 
«  alimens  dans  la  préparation  desquels  le  sel  est  entré.  Aussiy 
«  quand  la  vengeance  doit  être  éclatante,  quand  il  n'y  a  au* 
«  cun  accommodement  à  espérer,  le  Kourde  offensé  ren^- 
«  verse  sa  tente ,  sa  famille  demeure  en  plein  air ,  tandis  que 
«  la  carabine  à  la  main  il  erre  dans  les  bois  et  sur  les  mon** 
<  tagnes,  demandant  partout  l'hospitalité  (i)*  » 

«  La  Mésopotamie,  dans  le  sens  le  plus  étendu,  empiète 
sur  lancienne  Arménie.  Les  Turcs  donnent  à  cette  partie  de 
TAsie-Mineure  le  nom  d^AUDjezyréh.  Le  pachalik  de  Dior- 
Jc^/r  comprend  lancienne  Sophène;  il  a  environ  7$  lieues, 
de  longueur  sur  4o  de  largeur;  c  est  un  pays  de  montagnes, 
moyennes,  bien  arrosées,  et  entrecoupées  d  agréables  val- 
lons. Les  mines  de  Maaden  fournissent  de  lor,  de  l'argent, 
et  surtout  du  cuivre.  Les  forêts  d'où  Alexandre  et  Traja» 

(0  Fontanier  :  Voyage  en  Orient. 


r 


168  LIVRE    CENT    VINGT-QUATRlfesiK. 

tirèrent  le  bois  nécessaire  pour  la  construction  de  leurs 
flottes  (■))  n'ont  pas  entièrement  disparu  des  bords  du 
Tigre.  Les  rivages  de  l'Euphrate  se  couronnent  de  lîias,  de 
jasmins,  de  vignes,  d'oliviers  et  d'autres  arbi'es  fruitiers; 
les  tabacs,  les  cotons,  les  soies,  les  laines,  enrichiraient 
cette  province,  si  un  gouvernement  plus  régulier  y  répri- 
mait le  brigandage  des  Kourdes. 

•  L'anciennevilled'^niiV/ii,aujourd"hui  nommée  j^m/i/j et 
plus  souvent  Dinrbekir,  fleurit  par  ses  manufactures  de  ma- 
roquin et  de  soieries;  Ses  maisons,  bâties  en  laves,  sont  au 
nombre  de  8000  au  moins,  et  contiennent  au-clelù  de  4o,ooo 
habitansl'^]  selon  les  uns,  de  75,000  (5)  et  de  8o,ooo(4}  selon 
les  autres.  Elle  est  entourée  d'une  muraille  dont  on  attribue 
la  construction  aux  Romains,  et  qui,  haute  de  25  pieds, 
est  flanquée  de  72  tours.  Elle  est  la  résidence  d'un  pacha, 
d'un  patriarche  et  d'un  évêque  chaldéens  catholiques, 
d'un  patriarche  jacobite  et  d'un  évêque  arménien.  L'an- 
cienne église  de  Saint-Jean,  transformée  en  mosquée,  la 
cathédrale  arménienne,  et  le  palais  du  pacha,  sont  ses  édi- 
fices les  plus  remarquables.  Les  environs  produisent  des 
melons  et  des  pastèques  qui  pèsent  cent  livres  ;  le  blé  y 
donne  trente  pour  un,  La  ville  de  Menlïn  ou  Marclïn ,  l'an- 
tique Marrie  ou  Miride,  de  4  à  5ooo  maisons ,  domine  du 
haut  de  ses  rochers  calcaires  les  plaines  de  la  Basse-Méso- 
potamie. Son  commerce  est  considérable  et  sa  population 
est  d'environ  3o,noo  individus.  » 

Le  bourg  de  Maaden  ou  â^ Arghaiia-Madden^  siège  d'un 
évèché  arménien,  s'enrichit  par  ses  mines  de  cuivre  dont 
on  expédie  annuellement  8000  quintaux  à  Bagdad.  Siverek 
ou  Souerek,  à  30  lieues  à  l'ouest  de  Diarbekir,  est  une  ville 
de  aoDo  maisons.  UJeziret-el-Omnrou  DJezirék,  qui  donne 


(')iJio  Ca.j.,  LXVIII,  a6.  LXXV,  ;,.-(')  M.   Tnicl .   Ilh 
—  (')  Dupré. — (4)  Cai'daime. 


ASIE  :  Turquie  tTJlsie.  169 

son  nom  à  Tancienne  Mésopotamie,  était  autrefois  beau- 
coup plus  considérable  :  elle  est  remplie  de  ruines.  PaloUy 
qui  a  8000  habitans,  ^gel  et  Gouky  sont  des  chefs-lieux  de 
principautés  kourdes. 

«  En  descendant  le  Tigre ,  on  entre  dans  le  pachalik  de 
Mossoul^  pays  peu  étendu,  mais  fertile,  et  dont  une  partie, 
située  «à  lest  du  fleuve ,  appartient  à  Tancienne  Assyrie.  Les 
grains,  le  coton,  les  grenadiers,  les  figuiers  y  abondent; 
l'air,  très-froid  en  hiver,  est  quelquefois  fiévreux  en  au- 
tomne (0.  Mossoul  compte  60  à  70,000  habitans,  dont 
1 5,000, Turcs,  autant  de  Kourdes,  25,ooo  Arabes,  8000 
chrétiens.  Gouvernée  par  un  pacha  à  peu  près  héréditaire, 
cette  ville  jouit  d'une  assez  grande  liberté  ;  c'est  une  place 
de  commerce  très-fréquentée  ;  elle  possède  des  fabriques 
de  maroquins  et  de  toiles  de  coton,  qui,  de  son  nom,  ont 
pris  celui  de  mousselines  ('^).  » 

Sur  la  rive  gauche  du  Tigre,  des  monceaux  de  ruines 
auxquels  les  habitans  de  Mossoul  donnent  le  nom  de 
Nounia  font  croire  avec  quelque  raison  qu'ils  sont  les 
restes  de  lantique  Ninive.  On  a  cru  reconnaître  dans  ces 
ruines  celles  du  mausolée  que  Sémiramis  fit  élever  à  Ninus 
son  époux.  Le  village  à'Elkorh^  au  nord  de  Mossoul,  mérite 
d  être  cité  :  on  y  voit  un  tombeau  qu'on  dit  être  celui  du 
prophète  Nahum^  l'un  de  ceux  qui  prédit  la  destruction 
de  Ninive.  Sur  une  montagne  voisine  s'élève  le  monastère 
de  Saint-Matthieu ,.  siège  apostolique  du  patriarche  chal- 
déen  catholique  de  Mossoul. 

«  La  partie  occidentale  de  la  Mésopotamie  que  l'Euplurate 
embrasse  dans  ses  détours ,  est  séparée  de  la  plaine  déserte 
par  la  grande  rivière  de  Khaboury  l'ancienne  Chaboras  ^ 
longue  de  80  lieues,  qui,  selon  un  géographe  oriental, 
est  formée  tout  d'un  coup  par  trois  cents  sources  jaillis- 

(0  Hadgi-Khalfah,  p.  ii34.— (^  Olivier,  Voyage,  IV,  a65. 


r 


l^O  r.IVr.E    CEM    VINGT-QU4Tr.IEll£. 

santés  (')■  De  semblables  sources  entretiennent  encore  en 
d'autres  endroits  la  plus  riche  verdurel^);  mais,  en  général. 
le  défaut  d'urrosement  diminue  la  fertilité  naturelle  de  ce 
pays,  (pi  répond  à  l'ancienne  y^roéVie,  et  qui  forme  aujour- 
d'hui le  moussetimat,  autrefois  le  pachalik  A'Orfa,  dépen- 
dant maintenant  de  celui  de  Rakka.  Orfa  ou  Relia.,  l'an- 
tique Ef!essa ,  peuplée  de  4o  à  5o,ooo  habltans,  fleurit  par 
ses  manufactures  et  par  le  passage  des  caravanes  d'Alep. 
Sur  une  montagne  qui  domine  !e  fort  de  cette  ville,  quel- 
ques ruines,  parmi  lesquelles  nn  voit  de  belles  colonnes 
d'ordre  corinthien,  passent  chez  les  habitans  pour  être  les 
restes  du  palais  de  Nemrod,  Les  environs  offrent  des  traces 
de  volcansP).  A  quatre  heures  de  maiche  de  Djiaour- 
Kauri,  au  nord-est  d'Orfa,  une  innombrable  série  de 
grottes,  creusées  et  arrangées  avec  art,  présente  les  restes 
d'une  ville  souterraine (4).  Les  étés  brCllans ,  et  l'hiver  en- 
core sensible  de  ces  climats,  n'ont  jamais  dû  incommoder 
les  anciens  Cyclopes ,  Arabes  ou  Syriens  qui  habitaient  ces 
maisons  éternelles.  A  18  lieues  au  sud-est  d'Orfa,  la  ville 
ruinée  de  ffarran[5)^  déjà  connue  dans  le  siècle  d'Abraham, 
figure  dans  l'histoire  romaine  sous  le  nom  de  Charrœ;  c'est 
ici  (pie  Crassus  périt  avec  ses  légions.  A  deux  heures  de  la 
ville,  dit  le  géographe  turc,  on  voit  sur  la  colline  dite 
d'Abraham  les  restes  d'un  temple  des  sabéens  ou  adora- 
teurs des  astres.  Les  anciens  nous  apprennent  en  effet  qu'à 
Charrre  il  y  avait  un  temple  du  dieu  Lunus  {&).  » 

Le  village  de  Rakkn,  chef-lieu  du  pachalik,  est  l'ancienne 
ville  de  Nicep/toriitm ;  on  y  voit  les  restes  du  palais  dont 
le  célèbre  Haroun-al-Raschid  faisait  sa  résidence  favorite. 


(0  J/iulfedit,  ap.  Huscliùig ,  Magasin  géiigr.  V,  aSg. — W  Niebultr, 
11,407.  Tavemier,  I,  11,  cup.  iv.  — (3)  Olivia;  Vojagu,  IV.  3;,j.— 
(l)  Uadsi-Klialfali,  p.  iigi.  Comp.  Olivier.  — (.'•)  IVitbuhr,  M,  410. 
Oiter,  I,  cap.  XI. — Ifi)  .'^lartian.  ,  Cararalla,  cap.  ni  Comp.  Jmniîan. 
Mm-ctU. .  XXIII ,  3. 


ASIE  :  Turquie  cTAsiè.  171 

En  remontant  TEuphrate,  nous  trouvons  Bir  on  Biridjéhy 
Tantique  Birtha  de  Ptolémée ,  qui  paraît  avoôr  3  ou  4000. 
habitans. 

«  La  partie  nord-ouest  du  paehalik  de  Bakka^  ou  l'an- 
cienne Mygdonia ,  présente  de  superbes  pâturages  et  des 
collines  ornées  de  mille  fleurs;  aussi  les  Grecs ^  dans  leur 
belle  langue ,  lavaient  surnommée  Anthemusia ,  la  fleurie» 
C'est  ici  que  la  fameuse  forteresse  de  Ni'sibis^  appelée  de- 
puis Antiochia  Mygdoniœ ,  arrêta  si  long-temps  les  armes 
des  Parthes;  il  n'en  reste  que  de  faibles  traces  dans  la  ville 
de  Nisibïn  ou  Nasebi/iy  aux  environs  de  laquelle  toutes  les, 
roses  sont  blanches  (i). 

«  Dam,  aujourd'hui  Kam  -  Déré^  autre  forteresse  ro- 
maine^ qui  porta  depuis  le  nom  d'Anastasiopolis  de  celui, 
de  l'empereur  Anastase  qui  la  fit  fortifier,  offre  de  gi*andes 
ruines.  En  descendant  la  rivière  qui  de  Nisibïn  se  rend' 
dans  le  Khabour ,  on  doit  arriver  à  un  lac  nommé  Chatoniéh  y 
avec  une  île  sur  laquelle  s'élève  une  pyramide  W. 

«  Au  sud^est  9  la  montagne  isolée  de  Sindjar  domine  au. 
loin  les  plaines  arides  ;  ses  flancs ,  arrosés  d'eaux  vives ,, 
s'ornent  de  dattiers  et  de  grenadiers;  maïs  un  peuple  féroce 
et  sanguinaire  en  a  fait  l'asile  de  ses  brigandages  :  ce  sont 
les  Yezidisj  peuplade  arabe,  qu'on  accuse  d'adorer  le 
diable,  et  qui  du  moins  se  conduit  de  manière  à  ne  pa& 
discréditer  cette  opinion.  » 

Ce  peuple  habite  quelques  villages,  mais  principalement 
des  tentes  en  tissus  de  poil  de  chèvre,  il  se  divise  en  uu 
grand  nombre  de  tribus  indépendantes,  ayant  chacune 
leur  chef  qui  prend  le  titre  de  prince.  Il  parle  le  kourde, 
mais  la  religion  lui  fait  un  devoir  de  ne  pas  saroir  lire^ 
Les  Yézidis  sont  les  plus  dangereux  ennemis  des  musul- 
mans; ils  attaquent  les  caravanes  et  tuent  sans  pitié  ceux 

(»)  Hadgi  Khalfah ,  p.  uro.  -W  Niebuhr,  H,  390. 


r 


L 


17a  LIVRE   CE5T    VIIVGT-QUATRIKME. 

([ul  les  conduisent,  surtout  lorsque  ce  sont  des  mahomé- 
tans  :  c'est  ù  leurs  yeux  une  action  méritoire,  maïs  ils 
ménagent  les  chrétiens.  On  pnrte  leur  nombre  à  aoo,ooo, 
et  à  'iimo  cavaliers  et  6000  fantassins  celui  île  guerriers 
qu'ils  peuvent  mettre  en  campagne  dans  leurs  guerres  con- 
tinuelles contre  les  pachas.  Leurs  cheveux  longs  et  soles, 
leur  barbe  qu'ils  ne  rasent  Jamais,  leur  donnent  un  aspect 
hideux.  Lu  secte  à  laquelle  ils  appartiennent  a  été  fondén 
par  un  cheyk  nomme  Yézid  ;  ils  adorent  Dieu  et  regardent 
le  diable  comme  une  divinité  déchue,  ils  boivent  du  vin 
avec  excès,  en  témoignage  de  mépris  pour  les  commande* 
mens  de  Mahomet;  enfin  leur  religion  est  un  mélange  des 
opinions  des  anciens  chrétiens  -  oËsles  et  de  superstitions 
orientales. 

"  Maintenant  le  désert  de  Mésopotamie  déploie  à  nos 
regards  sa  triste  uniformité.  Des  plantes  salines,  à  grands 
intervalles,  couvrent  les  sables  bn'ilans  ou  le  gypse  aride. 
L'absinthe  s'étend  ici ,  comme  en  Europe  la  bruyère ,  sur 
des  espaces  immenses,  d'où  elle  bannit  toute  autre  plante  1'). 
Les  troupeaux  légers  de  gazelles  parcourent  ces  plaines  ou 
jadis  on  vit  errer  beaucoup  d'ânes  sauvages.  Caché  dans  les 
joncs  le  long  des  rivières ,  le  lion  guette  ces  animaux  ;  mais 
quand  sa  faim  trompée  na  pu  se  rassasier,  il  en  sort  fu- 
rieux, et  ses  terribles  rugisseniens  roulent  comme  un 
tonnerre  de  solitude  en  solitude  (a).  Les  eaux  du  désert 
sont ,  pour  la  plupart ,  amères  ou  saumâtresj  on  les  cor- 
rige un  peu  en  y  laissant  fondre  la  racine  de  réglisse, 
assez  commune  dans  ces  contrées.  Ce  désert  est  une  con- 
tinuation et  comme  un  échantillon  du  grand  désert  d'A- 
rabie au-del.î  de  l'Euphrate.  L'air  est  ici,  comme  en  Arabie, 
généralement  pur  et  sec;  souvent  il  devient  brûlant  dans 

(')  Xê)u^hoii.  Expedit.  Cjii  min.,  I,  cap.  v.  Ammiait.  MaixeU. 
XXV,  cap.  ïiii.  — (')  Les  Viijngcï  et  OhwTV.ilioni  lUi  sieur  delà  Bou- 
laye-le-Gouz,  p.  liin  ((Mit,  in-^"  <lc  >6S7). 


ASIE  :  Turquie  d^Asie.  l'j'S 

les  plaines  sablonneuses  et  découvertes;  les  miasmes  des 
eaux  stagnantes  s  y  répandent;  les  exhalaisons  des  lacs 
sulfureux  et  salés  augmentent  la  matière  pestilentielle  :  si 
alors ,  quelque  dérangement  d  équilibre  vient  donner  un 
mouvement  rapide  à  une  colonne  d  air  ainsi  infectée ,  il 
naît  ce  vent  mortel  connu  sous  le  nom  de  samoum  ou 
sam-yeli^  et  qu'on  redoute  moins  dans  Fintérieur  de  l'Ara- 
bie que  sur  les  frontières,  et  principalement  en  Syrie  et 
en  Mésopotamie.  Lorsque  ce  vent  redoutable  s'élève ,  l'air 
perd  tout  à  coup  sa  pureté  ;  le  soleil  se  couvre  d'un  voile 
de  sang;  les  animaux  consternés  se  couchent  à  terre  pour 
éviter  ce  souffle  brûlant ,  qui  suffoque  toqt  être  assez  té- 
méraire pour  s'y  exposer. 

«  Quelques  lisières  fertiles  et  agréables  bordent  le  désert. 
Des  tamariniers,  des  cerisiers  sauvages,  des  cyprès  et  le 
eaule  pleureur  aux  longues  branches  pendantes ,  om- 
bragent çà  et  là  les  rivages  de  TEuphrate,  dont  les  eaux, 
soulevées  par  des  roues,  arrosent  même  en  quelques  en- 
droits des  vergers  de  grenadiers,  de  limoniers  et  de  syco- 
mores (i). 

«  Entrons  dans  le  pachalik  de  Bagdad  :  la  ville  (ÏAnah 
ou  d'Anna  est  un  de  ces  délicieux  points  de  repos  tels  qu'en 
offrent  les  bords  du  fleuve  ;  elle  s'étend  sur  la  rive  gauche  de 
l'Euphrate,  et  semble  plutôt  appartenir  à  l'Arabie -Déserte, 
dont  les  géographies  routinières  la  disent  la  capitale^  comme 
si  cent  tribus  nomades  et  indépendantes  pouvaient  avoir 
une  capitale!  Il  paraît  que  cette  ville  est,  de  temps  à  autre, 
la  résidence  d'un  émir  ou  prince  arabe ,  chef  d'une  puis- 
sante tribu.  En  1807  elle  fut  brûlée  par  les  Wahabites  ou 
Wahahys  :  depuis  cette  époque,  sa  population  n'est  plus 
que  d'environ  3ooo  âmes.  On  prétend  que  c'est  dans  cette 

(')  iJaawo^/",  Voyage  dans  l'Orient,  p.  187  (en  allem.  ).  Texeiia, 
Relaciones ,  etc. ,  p.  i35  (édition  d'Anvers  de  1610).  PlUlippus  à  Sanctâ 
Trinitate  f  etc. 


r 


174  MVRF.    CFNT    VlNGT-QUATRIlbll'. 

villi!  que  naquit  le  prophète  Jére mie.  Au  nord  d'Anah  se- 
tend  le  long  de  l'Euphrate,  jusqu'à  l'endroit  Ttommé  Salit , 
un  canton  couvert  de  mûriers;  des  sentiers  ctroits  condui- 
sent à  des  cabanes  cachées  dans  l'épaisseur  de  ces  bos- 
quets; c'est  là  qu'une  tribu  d'Arabes  pacifiques,  les  Beni- 
Semen,  élèvent  des  vers  à  soie  dont  ils  exportent  les  pro- 
duits. Ce  canton,  peu  connu  des  voyageurs  européens, 
s'appelle  le  pays  de  Zomlouh  [i). 

•  C'est  par  Anah  que  passent  ordinairement  les  caravanes 
qui  transportent  des  marchandises  entre  Alep  et  Ilagdad. 
Elles  paient  un  tribut  aux  Arabes,  qui  se  regardent  comme 
les  maîtres  du  désert,  même  au-delà  de  l'Eiiplirate.  Elle^ 
ont  encore  à  craindre  les  vents  étouffans,  les  essaims  de 
sauterelles  et  le  défaut  d'eau,  dès  qu'elles  s'éloignent  de  la 
rivière.  Un  voyageur  français  assure  avoir  été  spectateur 
d'une  de  ces  scènes,  les  plus  affreuses  que  puisse  contem- 
pler un  homme  sensible  ;  c'était  entre  Anab  et  Taïbali.  Les 
sauterelles,  après  avoir  tout  dévoré,  avaient  fini  par  périr 
elles-mêmes;  leurs  innombrables  cadavres  empestaient  les 
mares  d'où,  au  défaut  de  sources,  on  devait  tirer  de  l'eau. 
Le  voyageur  aperçoit  un  Turc  qui,  le  désespoir  dans  les 
yeux,  descendait  d'une  colline,  et  accourait  vers  lui,  -  Je 
suis  l'honmie  le  plus  infortuné  du  monde  ,  s'écria  - 1 -i  1  ;  j'a- 
vais acheté,  à  des  frais  énormes,  deux  cents  jeunes  filles, 
les  plus  belles  de  la  Grèce  et  de  la  Géorgie;  je  les  avais 
«levées  avec  soin,  et  à  présent  qu'elles  sont  parvenues  à 
l'âge  nubile,  je  me  rendais  à  Bagdad  pour  les  vendre  avan- 
tageusement. Hélas!  elles  périssent  de  soif  dans  ce  désert  ; 
mois  c'est  moi  que  déchire  un  désespoir  encore  plus  af- 
fieux  que  celui  qu'elles  éprouvent.  -Le  voyageur  franchit 
rapidement  la  colline;  un  spectacle  horrible  frappe  aussitôt 
ses  regards.  Au  milieu  d'une  douzaine  d'eunuques  et  d'cii- 

(')  lladgi-Khalfah ,  Gûùgraphit  <urr|iic,  p.  irç}7. 


ASiB  :  Turquie  et  Asie.  1^5 

won  cent  cliameaux ,  il  vit  toutes  ces  filles  cliarinantes 
l'âge  de  douze  à  quinze  ans,  étendues  parterre,  livi-eesaux. 
angoisses  d'une  soif  artlente  et  d'une  mort  inévitable.  Quel- 
ques unes  étaient  déjà  enlerrees  dans  une  fosse  qu'on  ve- 
nait de  (;reuser,  un  plus  grand  nombre  était  tombé  ntortl 
côté  de  leurs  gardiens,  qui  n'avaient  plus  la  force  de  les 
inhumer.  On  entendait  de  tontes  parts  les  soupirs  de  celles 
qui  se  mouraient,  et  les  cris  de  celles  qui ,  ayant  conservé 
un  soufUedevie,  demandaient  en  vain  une  goutte  d'eau.  Le 
voyageur  français  s'empresse  d'ouvrir  son  outre  où  il  res- 
tait un  peu  d'eau  ;  déjà  i!  se  disposait  à  l'offrir  à  une  de  ces 
malheureuses  victimes  :•  Insensé!  s'écne  son  conducteur 
arabe,  que  fais-tu  P  veux-tu  que  nous  périssions  aussi  de 
soif?  -  —  Et  d'un  coup  de  flèche  il  étendit  morte  la  Jeune 
>utre ,  et  menaci  de  tuer  celui  qui  oserait  y 
loucher,  li  engagea  le  marchand  d'esclaves  à  s'en  aller  vers 
Taïbah,  où  il  trouverait  de  leau.  ■  Non,  répondit  le  Turc  ; 
àTaïbah,  les  brigands  m'enlèveraient  toutes  mes  esclaves.  » 
-L'Arabe  entraîna  le  voyageur.  Au  moment  où  ils  s'éloignè- 
rent, toutes  ces  infortunées,  voyant  disparaître  le  dernier 
rayon  d'espoir,  poussèrent  un  affreux  hurlement.  L'Arabe 
est  touché;  il  prend  l'une  d'elles,  lui  verse  quelques  gouttes 
d'eau  sur  ses  lèvres  brûlantes,  et  la  met  sur  son  chameau, 
dans  l'intention  d'en  faire  présent  à  sa  femme.  Celte  pauvre 
fille  s'évanouit  plusieurs  fois  en  passant  devant  tes  cadavres 
de  ses  compagnes  qui  étaient  tombées  mortes  sur  la  route 
qu'elles  avaient  suivie.  Bieutôt  la  petite  provision  d'eau  de 
nos  voyageurs  fut  épuisée  i  ils  découvrirent  un  beau  puits, 
frais  et  limpide;  mais,  hélas  !  leur  corde  était  si  courte  que 
le  seau  ne  touchait  pas  même  la  surface  de  l'eau.  Alors  ils 
lupèrent  en  lisières  leurs  manteaux ,  les  attacheront 
l'une  à  l'autre,  et  ne  puisèrent  chaque  fois  que  très-peu 
d'eau  ;  car  ils  tremblaient  de  voir  leur  fragile  corde  se  rom- 
pre, et  le  seau  rester  dans  le  puits.  C'est  à  travers  tant  de 


1 


JjG  LIVRE    CEITT    VIKGT-QUATRIÈME. 

périls  et  d'angoisses  qu'ils  atteignirent  enfin  tes  premières 
stations  de  la  Syrie  (')• 

"  A  mesure  que  les  deux  grands  lleiives  se  rnpproclient, 
ce  qui  a  surtout  lieu  vers  Dngdad ,  où  ils  ne  sont  éloignés 
l'un  de  l'autre  que  de  six  heures  de  marche  W,  le  désert  se 
change  en  une  immense  prairie,  qui  n":i  besoin  que  d'être 
arrosée  pour  donner  des  récoltes  prodigieuses.  C'est  l'an- 
cienne Bnbylonie,  formée,  comme  le  Delta  d'Egypte,  de 
terres  d'alluvînn.  Les  chaleurs  de  cette  eontrée  paraisseni 
excessives  même  aux  Onentaux(3) ,-  les  hivers  sont  froids  à 
cause  de  la  proximité  des  montagnes  du  Kourdisian.  L'Ëu- 
plirate  et  le  Tigre  inondent  les  pays  bas,  mais  ils  n'y  ap- 
portent point  de  limon  comme  le  Nil;  pourtant  ces  irii' 
gâtions  naturelles,  dirigées  par  l'art,  feraient  encore  des 
champs  de  Bagdad  le  jardin  de  l'Asie.  Le  riz  et  l'orge  y 
rendaient  jadis  jusqu'à  deux  cents  pour  un  ;  aujourd'hui  les 
canuuK  étant  négligés ,  le  produit  n'est  que  la  (hxième  par- 
tie de  l'ancien.  On  cultive  le  cotonnier;  l'indigotier  y  réus- 
sirait, et  peut-être  la  canne  à  sucre;  les  limons  et  les  abri- 
cots y  sont  excellens.  Ce  pays  manque  d'arbres  ;  les  seuls 
palmiers  à  datte  ornent  les  campagnes;  leurs  fruits  nour- 
rissent les  hahitans,  leurs  feuilles  couvrent  tes  maisons,  et 
leurs  tiges  en  forment  les  colonnades.  Le  long  du  Tigre, 
les  souiees  de  naphte  ou  de  hitume  se  trouvent  en  grand 
nombre;  le  bitume  noir  liquide  sert  qux  mêmes  usages  que 
l'huile  commune  et  entre  autres  à  l'éclairage;  te  blanc  ou 
jaunâtre ,  qui  proprement  est  nommé  naphte,  passe  pour  un 
médicament  précieux  (4).  On  conserve  l'ancienne  coutume 
d'enduire  de  bitume  les  bateaux  tressés  de  branches  d'osier 

(i)  Voyage*  i!cs  IihIm  orienÉalcs,  par  Carré.  Paru,  1699,  *"'■  '"■ 
C^iiip.  Vojogcs  lie  i'iedi)  i/e  ia  ^aUe,  de  Tereira,  etc. —(.'}  Niebultr , 
II,  p.  agi.  Isvi,  p.  75,  de.  —(5)  Hadgi-Kliatfah,  p  u^o.  Comp, 
Olivier,  IV,  p-  3q8  177. —M)  IViptathr,  Voysjje,  II,  .136.  Oder,  1.  I, 


i 


ASIE  :  Turquie  dAsie.  177 

dans  lesquels  on  navigue  sur  le  âeuve.  Cette  substance 
abonde  tellement,  qu'on  la  laisse  secoTiler  dans  le  Tigre; 
où,  suinageant  sur  les  flots,  et  allumée  parles  navigateurs, 
elle  offre  quelquefois  le  curieux  spectacle  d'une  rivière 
enflammée.  • 

Oa  prétend  que  c'est  aux  environs  de  RU,  à  38  lieues  à 
l'ouest  de  Bagdad,  que  l'on  tirait  le  bitume  dont  on  se  ser- 
vait pour  enduire  les  briques  de  l'ancienne  Babylone,  Hit 
«9t  l'antique  Is  ou  ^iopoUs. 

C'est  près  de  Bagdad  que  commence  le  pays  appelé  par 
les  Arabes  Irak-Arabi,  qui  correspond  à  l'ancienne  Babylo- 
nie ,  et  qu'arrosent  le  Tigre  et  l'Eupbrate. 

■  Bagdad,  cette  seconde  Babylone  ,  cet  ancien  séjour  des 
califes,  ce  théâtre  de  tant  de  fictions  orientales,  renferme 
aujourd'hui  à  jieine  100,000  habitans,  dont  5o,ooo  Arabes 
et  25,000  Turcs.  Ornée  de  beaux  bazars  ou  marches,  elle 
a  l'aspect  d'une  ville  persane  plutât  que  turque;  mais  les 
rues  sont  Irès-malpropres,  et  les  maisons  de  peu  d'appa- 
rence. Une  forte  et  haute  muraille  défend  la  ville  propre- 
ment dite.  Les  fabriques  en  coton  et  velours  se  joignent 
au  commerce  de  l'Inde  pour  enrichir  ses  habitans,  dont 
les  mœurs  conservent  des  restes  de  cette  politesse  qui  dis- 
tinguait la  cour  brillante  des  califes  (0.  Un  voyageur  fait 
remarquer  avec  étonnemenl  qu'on  ne  mène  point  ici  les 
bœu&  à  la  bouclierie  :  le  géographe  turc  nous  apprend  que 
c'est  en  vertu  d'une  ordonnance  des  Abbassides,  qui  voulu- 
rent protéger  l'agriculture  (^).  Le  pacha  de  Bagdad,  qui 
étend  sa  domination  depuis  Bassora  jusqu'à  Orfa,  et  depuis 

IScherezour  jusqu'aux  ruines   de  Babylone,    peut   mettre 
5o,ooo  hommes  sur  pied,    et  ne  dépend  que  très-peu  de 
la  sublime  Porte.  - 
: 


1 


I 


(0  Clivier,  IV,  3i5.  Routteau ,  Description  il«  pachalîk  de  Bagdail , 
Paris,  i8o<)  —<■')  Djéhan-Niima  ,  p.  118&,  Iraductioo  mannscrîte, 
VIII.  •  i-i 


[ 


u 


i-jS  trVRE    CENT    VINGT-QUATRIÈME. 

Bagdad  offre  de  loin  l'aspect  d'une  ville  importante  :  elle 
a  une  lieue  de  longueur.  Ses  bazars  forment  une  suite  de 
1 200  magasins.  Elle  est  le  centre  du  commerce  de  la  Turquie 
d'Asie  avec  la  Perse,  l'Arabie,  le  Turkestan  et  l'Inde.  Les 
seules  constructions  remarquables  qu'elle  renferme  sont  le 
vaste  palais  du  paclia ,  qui  embellit  le  quartier  de  la  cita- 
delle ;  le  tombeau  du  fameux  sopbi  Abdoul-Kadir-Ghilani , 
orné  d'une  élégante  coupole,  et  celui  de  Zobéide,  épouse 
d'Haroun-al-Raschid.  Un  pont  de  bateaux,  long  de  plus  de 
264  mètres,  unit  â  la  ville  le  faubourg  situé  à  l'ouest  du 
Tigre.  Ce  pont  s'appuie  sur  deux  culées  ou  massifs  en 
briques  de  20  mètres  de  longueur  sur  8  de  largeur;  il  est 
composé  de  3S  bateaux  à  quille  plate  et  le  plancher  est 
large  de  7  mètres, 

•<  Au-dessous  de  Bagdad,  lesTuines  nommées  jil-Modaîn, 
ou  les  Deux-Villes ,  ont  attiré  l'attention  de  tous  les  voya- 
geurs; l'une  d'elles  est  l'ancienne  Ctésiphon,  on  ne  saurait 
en  douter  ;  mais  celle  qui  s'étend  sur  la  rive  occidentale 
n'est  pas  Sêleucie^  comme  le  disent  tous  les  voyageurs  (')  ; 
c'est  Â'ocAe,  forteresse  située  vis-à-vis  de  Séleucie,  et  qui, 
selon  le  témoignage  positif  d'Arrien  et  de  Grégoire  de 
Naiianze,  différait  de  Séleucie  W.  Les  ruines  de  celle-ci 
doivent  se  trouver  à  une  bonne  lieue  du  Tigre ,  sur  un  canal 
qui  communiquait  de  ce  fleuve  à  l'Euphrate.  C'est  à  Ctési- 
phon qu'on  admire  l'ancien  édifice  nommé  Takt-Khesrou , 
c'est-à-dire,  selon  l'opinion  la  plus  répandue  ,  le  palais  de 
Chosroèst^).  Toute  la  contrée  est  jonchée  de  débris  de  villes 
grecques,  romaines,  persanes  et  arabes,  confondues  en- 
semble dans  le  même  néant.  Dans  le  VHP  siècle,  les 
bourgs  de .Samti/ït,  d'//«roM«£eA  et  de  Dginfferik  formaient, 
pour  ainsi  dire,  une  seule  rue  longue  de  sept  Jitrsang.t. 

CO  Pielro  de  la  yalU ,  Oiier,  Olivier,  elc  — (')  Maiinen ,  Géogn- 
phie  des  Grecs  et  des  Romains  ,  t,  V,  p.  I ,  p.  397,  ^oi  sifij. 
(})  P.  de  ta  ralh ,  Viaggi ,  lelt.  1 7.  Olivirr,  IV,  4o3. 


ASIE  :  Turquie  dAsie.  1 79 

Leurs  ruines,  vues  par  Tayernier,  attestent  la  yéritë  de 

ce  rapport  (O*  » 

Samara,  qui  a  été  la  résidence  favorite  de  plusieurs 
<;alifes  abbassides,  n  a  plus  que  2000  habitans. 

«  Aucune  de  ces  villes  n'approchait  en  grandeur  de  la 
célèbre  Babylone^  dont  les  décombres  occupent  un  canton 
tout  entier  aux  environs  de  Hillah.  Bâtis  en  briques ,  quon 
a  unies  par  du  bitume,  les  édifices  de  cette  ville,  déjà 
déserte  au  premier  siècle  de  lere  vulgaire,  durent,  en 
s*écroulant,  former  des  collines  que  les  terres  entassées 
avec  le  temps  ont  en  quelque  sorte  effacées.  On  y  fouille 
cependant  tous  les  jours,  et  Ion  en  retire  une  grande 
quantité  de  briques  portant  des  inscriptions;  les  unes,  en 
relief,  datent  du  siècle  des  Arabes;  les  autres,  en  creux, 
appartiennent  aux  anciens  Babyloniens*  Ces  briques  sont 
encore  le  sujet  de  plusieurs  discussions  savantes  (2}.  ». 

Une  colline  longue  de  2000  pieds ,  formée  de  décombres 
et  qui  porte  encore  chez  les  Arabes  le  nom  de  Alcasr  ou 
\e palais^  passe  pour  être  celui  de  Nabuchodonosor ,  dans 
lequel  Alexandre  rendit  le  dernier  soupir.  Quelques  restes 
de  hautes  murailles  paraissent  avoir  supporté  les  célèbres 
jardins  suspendus  ;  on  remarque  de  longues  galeries  qui 
servent  de  retraite  aux  lions  et  aux  tigres.  Parmi  ces  débris 
on  trouve  des  fragmens  de  vases  et  de  tables  en  marbre, 
ainsi  que  des  briques  chargées  d'inscriptions  en  caractères 
cunéiformes* 

«  Hillah  ou  Helléh^  ville  assez  considérable  à  laquelle  les 
uns  donnent  7000  et  les  autres  12,000  habitans,  est  impor- 
tante par  ses  fabriques,  et  agréablement  située  dans  une 

(0  Hadgi-Khalfak  ,  p.  1270.  Tavemier,  1.  II,  cap.  th.  — (0  Beau- 
champ  f  Mémoire  sur  les  antiquités  babyloniennes ,  Journal  des  Savons , 
1790.  Hager,  Mémoire  sur  les  inscriptions  babyloniennes.  Niebithrf 
dans  Zach ,  Correspondance ,  VII ,  4^^  (  o"  il  rccti6e  son  A^03^agc , 
11  ,  291  ). 

12. 


r 


180  LIVRE    CRffT    VINGT-QUATmÈME. 

forêt  de  palmiers;  elle  semble  entièrement  bâtie  en  bri- 
ques tirées  de  l'ancienne  Babylone.  La  fameuse  tour  de 
Nembrod  [Birs-Nimrod) ,  c'est  ainsi  qu'on  appelle  un 
grand  carre  de  murs  ruinés  de  2000  pieds  de  circonférence 
et  de  200  de  hauteur,  surmonté  d'une  tour  haute  de  35 
pieds,  se  trouve  à  deus  lieues d'Helléh ,  circonstance  qui, 
vu  l'immense  étendue  de  Babylone,  n'empêche  pas  qu'on 
n'yvoie  le  temple  de  B élus ,  ei\Fi  tour  de  Babel. 

•  A  l'ouest  de  Helléli,  on  trouve  deux  villes  consacrées, 
aux.  yeux  des  Persans  et  de  tous  les  sckiites,  par  le  sou- 
venir de  deux  des  plus  grands  martyrs  de  cette  secte.  Nous 
voulons  parler  de  Mesched-Jly  et  de  Mesched-Hossein, 
villes  assez  grandes  et  naguère  rcmpbes  de  richesses  que 
la  dévotion  des  Persans  y  avait  accumulées,  mais  que  les 
féroces  Wahabjts  enlevèrent  et  transportèrent  au  fond  de 
leurs  déserts,  Mesched-Aly  surtout  est  remarquable  par 
sa  superbe  mosquée  qui  est  visitée  chaque  année  par  plu- 
sieurs milliers  de  pèlerins.  Dans  ses  environs  un  monument 
circulaire  serait ,  d'après  les  naturels ,  le  tombeau  du  pro- 
phète Ezéchiel. 

«  Dans  la  même  contrée,  la  célèbre  ville  de  Koufa,  dont 
ta  savante  école  a  donné  aux  anciens  caractères  arabiques 
le  nom  de  koiifiques,  n'a  laissé  que  des  ruines  peu  reniar- 
quahlcs.  Nous  ne  connaissons  pas  toute  l'étendue  des  lacs 
et  des  marais  que  forment  ici  les  canaux  dérivés  de  l'Eu- 
phrate;  il  semble  que  Taver nier  les  a  suivis  plus  à  l'ouest 
qu'aucun  voyageur  de  nos  jours.  Il  doit  se  trouver  le  long 
de  l'Euphraie  une  très-longue  suitede  marais,  ou,  comme 
on  dit  dans  le  pays,  des  bethai's,  au  milieu  desquels  le 
village  de  Dgiamdèh  est  le  chef-lieu  d'une  peuplade  qui 
adore  les  astres  et  prétend  descendre  de  Seth  (').  » 

Z^m/ouR,  à  aa  lieues  au-dessous  de  Helléh,  sur  VEuphra  te, 

<')  Nadgi-Khaifah  ,  p,  117Ï, 


jLSiE  :  Ti^rqi^ie  ^Mie.  1 8 1 

est  un  bourg  dont  les  environs  produisent  du  riz  en  abon- 
dance. Cette  culture  s  étend  jusqu'à  Kud  ou  Koud^  et  même 
jusqu  a  Mansouriéy  à  quelques  lieues  au-dessus  de  Koma, 
Cette  dernière  ville  y  au  confluent  du  Tigre  et  de  TEuphrate , 
occupe  remplacement  de  celle  que  Ptolémëe  nomme 
Apamea ,  et  Pline  ùigba.  Elle  est  assez  bien  bâtie  et  peuplée 
de  5  à  6000  habitans.  On  remarque  vis-à-vis,  sur  la  rive 
gauche ,  un  monument  qui  passe  pour  être  le  tombeau  du 
prophète  Esdras. 

«  En  descendant  le  Fleuve-Uni  ou  le  Chat-eUArahy  on 
voit  les  eaux  salées  de  la  mer  remonter  et  couvrir  les  ter- 
rains bas  qu  elles  rendent  stériles  ;  mais  le  sol  un  peu  plus 
élevé  offre  une  seule  forêt  de  palmiers. 

«  Bassra  ou  Bassorah^  à  12  lieues  au-dessous  du  con- 
fluent de  FEuphrate  et  du  Tigre  j  peut  être  considéré 
comme  un  Etat  arabe  indépendant,  qui  rend  au  grand- 
seigneur  un  hommage  douteux.  Cette  ville  a  près  de  60,000 
habitans.  Son  port  est  le  rendez-vous  de  l'Europe  et  de 
l'Asie.  Les  différens  produits  européens  et  indiens  y  sont 
échangés  contre  ceux  de  la  Perse.  C'est  le  point  de  départ 
pour  les  riches  caravanes  qui  se  rendent  aux  principales 
villes  de  la  Turquie  asiatique  (0. 

«  Les  Arabes  de  Bassorah  ne  conservent  pas  seulement  la 
généalogie  de  leurs  chevaux,  mais  même  celle  des  pigeons 
et  des  béliers;  ceux-ci  ont  tous,  dit-on^  un  anneau  blanc 
au  bout  de  Toreille  :  c'est  la  marque  que  les  doigts  du  pro- 
phète imprimèrent  à  l'auteur  de  leur  race  W.  » 

(0  Olivier,  IV,  vers  la  On.— (>)  Hadgi-Khalfah ,  ^,  laaG. 


■                     l8a                   LIVRE    CEMT   VISGX-QUA.TRlfeME. 

f                                              TABLEAU 

Des  Divisions  des  Pays  siir  le  Tigre  et  l'Euphratt. 

"-'ivr.r 

.Z^!fl. 

DIÏIBIOSB  ANCIENNES. 

1 
Chorxène. 

~           1 

AeilUèoe.                       \  £ 
Jt^anine.                       )  % 

Moxoine.                           \ 

Mygdonia.                        \ 
Ântheniusia.                    j  s 

Osroène.                         f  | 
CkalcUis.                        )  S 
G<u^a,dtU.                     i  £ 
Ancob^ritis.                       \l 

Acabène.                        / 

CoiduÈne,  Goidrène-    '  3 

Arapackitis.                    1  * 
AdUbkne.                        J  __ 

BabyhnU.                             5 
Chaldèe.                             )  t 

\a  Géographie  ancienne  et 
ermet  pas  d'en  donner  des 
ant ,  pour  prouver  que  nous 
chaos  de  cette  section  de  la 
vanle  de  ont  lecleors  l'essai 

de  KiBs. 

Bayazid  (Siga^) 

Melezgherd    (  Mauro- 

(fEaiEBODH. 

/««■r(Hispiratis) 

PachaUk 
A  Vis. 

^cUlik 

de  DiASBEKIK. 

/'anCArtemita) 

^rrf/icACArsissa) 

/).ar*eA.r(Amida).... 

Merdin  (MiTidU) 

ffMiin(Niaibia) 

(^u,BaKdad). 

^a«a(Hicephorium). 
Jtfbj.ou/(Labbana?)... 

de  MoBSoci.. 

Esli-MossBul  (^iVaVe 
desRomaimï) 

, 

JV.  B.  L'obscurité  cjui  couvre  en  partie 

avona  t&W.  de»  tentatives  pour  débrouiller  le 
Géographie,  nous  présenterons  à  la  partie  s. 
suivant  s»r  1rs  divisions  de  VArmému. 

TABLEAUX. 


l83 


TABLEAU 

Des  Divisions  les  plus  récentes  de  If  Arménie ,  du  Kourdistan 

et  de  la  Mésopotamie, 


PROVINCES. 


ARMÉNIE. 


pâchaliks 

ou 

BTALBTS. 


/         PachaUk 
'  de  Kars. 


KOURDISTAN 

OTTOMAN . 


Pachalik 
cTErzeroum. 


Pachalik 
de  Vak. 


CHEFS-LIEUX 


DB  FACIALUS   BT  DB   LITAN*. 


Kars. 

Erdéhan .  —  Ketchvan . 
Ketchik.  —  KhodjevaD . 
.  Kaiseman.  —  Sarouchad . 


Erzeroum, 

Alechghird.  — Ipsara. 
Kara-hissar.  —  Keifi. 
Khenes.  — Mavreyan. 
Meginghird.  — Melezghird. 
Pasïn .  —  Tehman . 
.Tortoum. 


(Fan. 
Aadildjouvas.  — Aardjich. 
Agakis. — Akaf.' 
Bar^oul.  — Bayazid. 
Beni-Kotour.  —  Berdàn . — Dje  • 
banlar. 
\  Elegher.  — Ekrad. 
i  Ispabard.  —  Joreghil.  —  Kas- 
f      sani. 


[  Kerkiar. — Keukdie. 
\  Koukouk.  — Mouch.  • 
VOvadjik. 


Pachalik 

«ieCHEHREZOUR. 


Kerkouk. 

Baïan.  — Ghehrezour. 

Erbil. 

Amadia.  "j 

Roï.  r  Principautés 

Kouran.  i,     kouiîies. 

Sindian. 


) 


i84 


LIVRE   CENT   VINGT-QUATRIEME. 


Pachalik 

de  DlARBBKlR. 


AL-DJEZYRÉH 

SIVCC 

LIRAK-ARABI. 


Pachttlik 
de  Ràkka. 


Packalik 
de  Mossoux. 


Pachalik 
de  Bagdad. 


\ 


Diarhekir, 

Maden.  — Siverek. 

Agil.  \ 

Dje'^réh.  \  Principauté» 

Goan.  (     kourdcs. 

Palou.  ; 


fBakka. 

ÎBir. — Beni-Rebia . 
D  jemassa .  —  Ha  rran . 
Orfa.  — Khabour.— Tor. 


(  Mossoul, 

[  Badjevanlou.  ^-  Harounaja. 


Bagdad. 

Anna. — Bassorah. — Roma. 

Helléh. — Nizibïn. 

Sindjar. 


if»  B,  Nom  ne  donnons  dans  ce  tableau  que  les  principaux  chefs-lieuK 
de  sandjaks  ou  de  livahs ,  pfirce  qne  tous  ne  sont  pas  suffisamment  connus. 

J.  H. 


TABLEAUX. 


l85 


TABLEAU  DES  DIyI8IO^•8  dr  l'Abhékie,  d'après  l'Histoire  arménienne, 
composée  par  Moïse  dx  KnoBiKECO  dans  le  V*  siècle^  comparées  avec 
celles  qu'ont  connues  les  Grecs  et  les  Romains  i"^). 


GRANDES  DIVISIONS 


ou  raoYiircBi. 


FBTITBS 

DIVISIONS 

•clon  MoÏM. 


I.  Hautb-Armbnii. 
Sur  le  Haut  Euphrate . 


Carina . , 
Spera . . . 
Denane . 


Flelesia 

(  Et  cinq  autre!  ) 


DIVISIONS 


caccQurni  «t  komaimh. 


Chortène  . , . 
Hastiane  , . , 
II.  QuatrÙmb  Armknii.  \  Balahuwitia. 

Lisière  depuis  Kars  iusqu'à  {  Zopha 

Scnadacha  . 


Caranitide.  ....... 

Hispiratide 

Xerxène  ou  Derxène 
(3), 

yicilisène 

Inconnues 


DiarbAir. 


III.  Alziiia. 
Sur  le  Tigre. 


IV.    TURUBBRAHIA. 

Entre  le  Murad  *\  le 
lac  Vao. 


V.  MocA. 


S 


Entre  les  provinces  III     ?  Ishensis 


Hansita 

'  (  Et  trois  autres  ) . . . . 

I 
Arzne 

Nepherceria 

f  (  Et  huit  autres  )  . . . . 

>  Toron 

Harkh 

Corchorunia 

Betnuriia 

(  Et  treize  autres  ) . . . 

I 


et  IV. 


VI.    CORXAA. 

Le  nord  du  Kourdistan. 


((Et  huit  antres). 
I 


f  Corduta. 
Atrovana 


'  Garthunisia, 
à  Albacia  . . . . 


\  (  Et  quatre  autres  ) . . . 


Chonène  (4)«  ••••••  • 

jéstianène.  Austanitis. 

Bolbène?  

Sophène '  v  • 

Soducène? 

jésetène.  Ansitène» .  « 
Inconnues  


Ananène, . 
Zabdicènt. 


NOMS  MODERNES 

COftlBSr01IDA«S. 


Taurannitium  (6) . 
(  Basilisène ?),,., 

Incertaine 

Inconnue «  . 

Idem 


Moxoène  ? . 
Isichi(B).. 
Incertaines. 


Gordjrine.  Corduèae. 
Atropatène  propre. . . 


Gordjrnesia 
Inconnue . . 


Id 


em. 


Eneroum  (territoire). 

fspirf  ville. 

Au  sud  à'Enercum, 

Egkelis. 
Inconnus. 

Ktut. 

Incertains. 

Idem. 

Partie  du  piurbekîr. 

Incertains. 

Incertains. 

Inconniu. 

Arten  (5). 

Incertains. 

Tara. 

Vers  les  sources  du  Murad. 

Htdi-Carcara. 

Sur  le  lac  Vun  (7). 

Incertains. 

Jliouch ,  pr^  le  lac  de  Van. 

Inconnu. 

Idem. 

Dans  le  Kourdistan. 

Dans  le  packalik  de  Van  (cap. 

Gaza). 
Dans  le  Kourdistan. 
Alhak ,  ville  du  paclialik  d« 

Van. 
Incertains. 


(i)  Les  vieui  auteurs  écrivent  Moïse  de  Chorène  ^  et  nous  avons  conserve  cette  orthographe  dans  le 
tome  I  du  Précis;  mais  Irs  modernes  orientalistes  écrivant  KhorènCf  le  nom  du  lieu  où  naquit  ce  savant 
géographe,  nous  croyons  devoir  substituer  cette  manière  d'écrire  à  l'ancienne.  J-  H. 

(a)  Pline  dit  que  l'Arménie  éti)it  divisée  en  cent  vingt  stratégies  (VI,  9),  et  Ptolémée  en  noaunç 
vingt-tme  ;  Strabon  et  Tacite  en  donnent  aussi  quelques  noms;  Mots»  de  Khorène  indique  quinie  grandes 
provinces  et  cent  quatre-vingt-sept  sous^i visions.  Il  nous  est  à  peu  pris  démontré  qu'il  a  mal  classé  les 
sous-divbions;  aussi,  tous  les  eflorts  échoueront  dans  l'ezplicatipn  de  cette  bixàrre  topographie  ;  mais 
les  résultats  choisis  que  nous  en  avons  eitraits  peuvent  éclaircir  à  la  fois  la  Géographie  ancienne  et  la 
moderne,  en  montrant  leur  correspondance. 

(3)  Xerxène  f  Strab. ,  p.  801 ,  édit.  Âlmel.  Derxène,  Plin. ,  V,  a4. 

(4)  C'est  probablement  la  Katarzène  de  Ptolémée  ;  mais  I9  Chorzane  ou  Chor$ianène  de  Procope 
(  de  jEdif. ,  II ,  3  ,  de  fielio  Pers. ,  II ,  34  )  doit  être  tout^'^ait  au  midi  de  l'Annénie ,  à  côté  de  1» 
Sophène  (  Manneri). 

(5)  Ville  sur  l'Euphrate,  dilTérente  de  Arzeroum  ou  Erzeroum.  D'Anville ,  l'Euphrate  et  le  Tigrr. 
(«)  Tac,  Annal.  ,  XIV,  24. 

(7)  C<;  lac  portail  \e  nom  de  Bcznunius  ,  Mo».  Cher.  Hist.  Arm.,  p.  3l. 
(R)  Tac,  Annal.  XIII  ,  37. 


"                  lOO                            LIVBE    CENT    VIHGT-QIJ ATRIEME. 

.ri™  MoÏK.    ' 

urvrsioNK 

NOMS  MODERNES 

"•""•^W 

ÎM-niU  ,    dilUicI  11.   Uld. 
Doot  dD  lac  Ecinn. 

enr.n.noiBBiuiiiiril.,. 

iï~<,e>piti1>(i|... 
^rg.Hai«.i(....'..,. 

^'^■" 

(EUr..C.»..„.™). 

■i^i-ri. 

.."iX— ... 

ii=.,».„= 

fl          dt 

^;»on.rî) 

(E'd-ii.) 

D.=.  l'En,.,». 

GiKirdjiildn. 
Tnalclhic(<ièottu). 

Z~*'â'(GJ«Bit). 
Sa.leH.ul-K«c; 

Siicl'Ari.«,iui.nc<ld'EiE.- 

cni.d.i.i>. 
Soclgigiili. 

idlL  '"■ 

^£SrSs-  f^S"-" 

a.     , 

CMopk.^ 

CASi'.Wn,? 

"iiii^a":;;/.^'- 

<^""'"""~'-- 

(Et,i..«™) 

. 

Ai!;™,t,ïî«"«. 

^SX"-""':-- 

H                  de>i>(im>,1>p«Lliuiirâff 

F. ,  pr»Doii[«  ;»«  ,  n 
he  qu'on  d'j  toI.  U  . 

^^ 

b 

LIVRE  CENT  VINGT-CINQUIÈME. 

Suite  de  la  Description  de  l'Asie. — Turquie  d'Asie. — Troisième 

partie.  —  La  Syrie  avec  la  Palestine. 


<i  Les  contrées  qui  nous  restent  à  décrire  dans  la  Turquie 
d'Asie  ont  tant  de  fois  attiré  lattention  des  voyageurs, 
qu'on  formerait  une  assez  nombreuse  bibliothèque  des  re- 
lations dont  elles  ont  été  lobjet.  Deux  ou  trois  pages  ne 
contiendraient  qu'à  peine  les  noms  des  pèlerins  qui  nous 
ont  laissé  des  itinéraires  de  la  Terre-Sainte ,  ouvrages  natu- 
rellement remplis  de  répétitions  et  de  puérilités,  mais 
qu'une  saine  critique  doit  cependant  consulter,  et  qui^  soi- 
gneusement comparés  avec  Aboulfeda  et  Josèphe,  ont 
fourni  au  docte  Busching  un  excellent  morceau  de  géogra- 
phie. Dans  les  temps  modernes ,  des  missionnaires  comme 
Dandini ,  des  antiquaires  comme  Wood ,  des  naturalistes 
comme  Maundrell  et  Hasselquist^  ont  jeté  un  grand  jour 
sur  des  parties  isolées  ;  mais  il  était  réservé  à  un  homme  de 
génie,  à  Yolney,  en  combinant  toutes  ces  notions  fragmen- 
taires avec  ses  propres  observations  et  études ,  de  nous  tra- 
cer un  tableau  complet  de  la  Syrie.  On  conviendra  donc 
que ,  puisque  la  nature  d'un  précis  exclut  la  discussion  mi- 
nutieuse d'objets  de  topographie ,  nous  pouvons  nous  rap- 
porter, en  général,  aux  recherches  de  Busching  et  de 
Volney.  / 

«  La  Syrie  a  des  limites  fixes  au  nord-est  dans  l'Euplirate , 
au  nord  dans  le  mont  Amanus,  aujourd'hui  Alma-dagh^ 
et  à  l'occident  dans  la  Méditerranée  ;  mais  à  l'est  elle  con- 
fond ses  déserts  avec  ceux  de  l'Arabie ,  sans  que  jamais  les 
anciens  ni  les  modernes  aient  pu  marquer  une  ligne  fixe  de 


l88  LIVRE    CEMT    VIHGT-CIHQOIÈME. 

frontières.  Paimyre,  Damas  et  la  mer  Morte  étaient  les  points 
extrêmes,  selon  les  anciens;  aujourd'hui,  les  ruines  de  la 
première  ville  sont  plutôt  censées  appartenir  à  l'Arabie- 
Déserte.  De  même  au  midi ,  une  ligne  mathématique  tirée 
de  l'extiémité  de  la  mer  Morte  sur  l'embouchure  du  torrent 
d'El-Arisch,  paraît  offrir  la  seule  limite  possible  entre  la 
Syrie  d'un  côté,  et  l'Arabie -Pétrée  a^ec  l'Egypte  de  l'autre. 

°  Ce  pays  portait  originairement  le  nom  indigène  d'^- 
mm,  d'où  viennent  les  Àrimi  d'Homère.  Les  Arabes  le 
désignent  sous  le  nom  de  Bar-el-Ckam  (le  rivage  de  la 
gauche),  en  opposition  avec  l'Yémen  ou  le  pays  de  la 
droite.  Ces  dénominations  ont  rapport  à  la  position  de  la 
Mekke,  et  à  l'idée  assez  juste  que  la  Syrie  n'est  qu'une  côte 
de  l'Arabie  ('). 

•  Les  montagnes  de  la  Syrie  ne  sont  pas  toutes  des  rami- 
fications du  mont  Taurus.  Le  mont  Bossus,  venant  de 
XAinanus,  aujourd'hui  V Àtma-dngh,  se  termine  à  la  vallée 
de  rOroiite.  D'autres  hauteurs  longent  l'Euphrale  et  s'é- 
tendent vers  Paimyre  ;  ce  sont  en  partie  les  ntonts  Pierius 
des  anciens  qui  vont  se  joindre  à  \'j4ïtab  des  modernes. 
Mais  la  chaîne  propre  de  la  Syrie  commence  au  sud  d'An- 
tiochie ,  par  l'énorme  pie  du  mont  Casius  •  qui  élève  dans 
"  les  airs  une  pointe  aiguë,  ceinte  de  forêts  (a),  n  La  chaîne 
de  Syrie,  sous  divers  noms,  suit  la  direction  des  rivages 
de  la  Méditerranée,  dont  elle  ne  s'éloigne  généralement 
jjue  de  7  à  8  lieues.  Le  mont  Liban  paraît  en  former  le 
sommet  le  plus  élevé.  Cette  chaîne,  qui  s'étend  entre  les 
parallèles  d'Acre  et  de  Tripoli,  et  dont  le  sommet,  nommé 
Herrnon  dans  la  Uible,  est  entre  Damas  et  Héliopolîs,  se 
divise  en  deux  chaînes,  l'une  occidentale,  qui  regarde  la 
Méditerranée,  l'autre  orientale,  qui  horde  les  plaines  de 
Damas.  Celle-ci  reçut  des  Grecs  de  la  Syrie  le  nom  A' Ànti- 


(•)  lla-a^.,  II,  la-— (')  Ammiaii.  MaivM..\W\.  tap.  ! 


I 


îrE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  189 

Liban,  nom  inconnu  des  indigènes,  et  qui,  employé  arbi- 
trairement par  les  historiens,  a  fourni  matière  à  des  dis- 
très-épine  uses  (1).  " 

L'Anti-Liban  a  pris  chez,  les  modernes  le  nom  de  mont 
jinsarièh.  Les  parties  les  plus  remarquables  de  la  chaîne 
occidentale  sont  le  Thabor,  le  Ceirmel,  les  monts  Ebal  et 
Garizim ,  le  Golgotha  ou  Calvaire.  Les  parties  orientales 
nous  montrent  les  monts  Galaad,  Ahurim  et  Moab  k  l'est 
de  la  mer  Morte. 

-  Le  Liban  et  toutes  les  montagnes  de  Syrie  représenient 
souvent  des  ruines  de  tours  et  de  châteaux.  Elles  sont 
composées  d'une  pierre  calcaire,  dure,  blanchâtre  et  son- 
nante W.  Le  granité  ne  commence  guère  à  paraître  que 
dans  le  voisinage  du  mont  Sinaî,  Il  y  a  près  de  Damas  d'im- 
menses cavernes,  dont  l'une  peut  contenir  4ooo  hommes. 
Dans  la  Palestine  plusieurs  montagnes  sont  aussi  creusées 
de  cavernes  immenses.  » 

Sur  la  côte  de  CaJfTa ,  près  Saint -Jean -d'Acre ,  il  se  forme 
dans  la  mer  un  grès  coquillier  à  gros  grains,  très-solide, 
qui  rend  certains  points  de  cette  côte  fort  dangereux  pour 
le  navigateur.  On  l'exploite  pour  In  bâtisse.  Les  coquilles 
de  cette  roche  moderne  sont  absolument  les  mêmes  que 
celles  qui  vivent  sur  la  plag6. 

Grâce  aux  recherches  d'un  naturaliste  qui  a  parcouru 
dans  ces  dernières  années  le  Liban  (3),  on  sait  que  cette 
chaîne  présente  de  haut  en  bas,  1**  des  marnes  calcaires 
alternant  avec  une  roche  également  calcaire  mêlée  de 
nodules  et  de  lits  de  siles;  2"  des  sables  et  des  grès  ferru- 
gineux, dont  quelques  couches  sont  très-coquillières; 
3°  un  calcaire   caverneux  rempli    de  silex,   d'ammonites 

(0  Seland ,  Palscst ina.  Busching ,  Aûen  ,  I ,  a./^^  sqq.  Mannert ,  Géo- 
graphie îles  Grecs  et  des  Romains ,  .VI,  part.  1,  3ji  sqq,  —  (')  f^olney, 
Voyage  en  Syrie,  I,  171.  — P)  M.  BoHa.-Vojci  le  Mëmoirt 
is  de  juin  i83i  ii  la  socidtt!  gëfdogîque  de  France. 


1 


f 


r 


L 


190  LIVRE    CENT    VlNOT-CINQDlfeftlE. 

et  d'autres  coips  marins.  La  nature  des  fossiles  doit  faire 
considérer  ces  deux  derniers  systèmes  de  couches  comme 
appartenant  à  la  craie  et  au  calcaire  du  Jura,  Quelques 
unes  de  ces  couches  sont  plus  ou  moins  inclinées  et  sou- 
vent même  verticales.  On  les  remarque  en  partie  sur  les 
bords  de  la  mer.  Dans  les  couches  sableuses  on  a  exploité 
autrefois  des  minerais  de  fer.  On  y  trouve  aussi  des  traces 
de  lignites. 

Sur  quelques  sommets  du  Liban,  M.  Botta  a  observé 
du  porphyre  contenant  du  pyroxène.  Les  marnes  du  Liban 
sont  abondantes  en  poissons  fossOes.  Dans  quelques  ca- 
vernes on  a  signalé  des  brèches  à  ossemens  de  mammifères 
et  à  coquilles  marines.  En  général  le  Liban  paraît  être  le 
résidtat  d'un  soulèvement  qui  se  serait  fait  suivant  une 
ligne  parallèle  à  cette  chaîne. 

'  Le  bassin  du  Jourdain  offre  beaucoup  de  traces  de 
volcans.  Les  eaux  bitumineuses  et  sulfureuses  du  lac  As- 
phaltite,  les  laves,  les  pierres  ponces  rejetées  sur  ses  bords, 
et  le  bain  chaud  de  Tabariéh ,  prouvent  que  cette  vallée  a 
été  le  siège  d'un  feu  qui  est  à  peine  éteint.  On  observe  qu'il 
s'échappe  souvent  du  lac  Asphaltite  des  tourbillons  de  fu- 
mée,  et  qu'il  se  fait  de  nouvelles  crevasses  sur  ses  rivages. 
Strabon  dit  que  la  tradition  des  habitans  du  pays  portait 
que  jadis  la  vallée  du  lac  était  peuplée  de  treize  villes  floris- 
santes, et  quelles  furent  englouties  par  un  tremblement 
de  terre  {')  ;  il  avoue  toutefois  que  le  savant  Eratosthène 
attribuait  cette  catastrophe  à  un  simple  affaissement  du 
terrain.  Les  éruptions  ont  cessé  depuis  long-temps;  mais 
les  tremblemens  de  terre  qui  en  sont  les  entractes,  se 
montrent  encore  quelquefois  dans  ce  canton.  La  côte  en 
général  y  est  sujette,  et  l'histoire  en  cite  plusieurs  exem- 
ples qui  ont  changé  la  face  d'Antioche,  de  Laodicée,  de 

'.0  .'iiivb.  ,  Wi.  p.  Sir>,  eilil.  Airebal. 


ASIE  :  La  Syrie  aifec  la  Palestine.      .    igi 

Tripoli,  de  Béryte,  de  Sidon,  de  Tyr.  Presque  de  nos 
jours,  en  1759,  il  en  est  arrivé  un  qui  a  causé  les  plus 
grands  ravages.  On  prétend  qu'il  tua,  dans  la  vallée  de 
Baalbek ,  plus  de  20,000  personnes.  Les  pertes  ne  sont  pas  en* 
core  réparées.  U  y  en  eut  encore  en  1 778  un  qui  ruina  Alep  ; 
un  autre,  en  1783 ,  qui  se  fit  sentir  à  Âlep ,  à  Tripoli  et  dans 
le  LibaÀ;  un  autre  en  18 19,  enfin  un  autre  en  1822.  On  a 
observé  en  Syrie  que  les  tremblemens  de  terre  n'arrivent 
presque  jamais  que  dans  Fhiver,  après  les  pluies  d'automne» 

«  VOronte  et  le  Jourdain  descendent  tous  les  deux  du 
Liban;  le  premier  coule  au  nord,  l'autre  au  sud.  L'O- 
ronte,  que  les  Arabes  nomment  El-Aassi  ou  Makloub^ 
est,  sans  contredit,  le  roi  des  fleuves  de  la  Syrie;  cepen- 
dant, sans  les  nombreuses  barres  qui  en  arrêtent  les  eaux, 
il  i*esterait  à  sec  dans  1  été.  Profondément  encaissé ,  il  ne 
fournit  de  l'eau  aux  campagnes  voisines  qu'au  moyen  de 
machines  à  roues  placées  sur  ses  bords  ^  ce  qui  lui  a  valu 
le  nom  moderne  SAassi  ou  d'Obstiné  (^),  t»  U  prend  sa 
source  au  pied  d'un  contre-fort  du  Liban,  coule  vers  le 
nord ,  forme  le  lac  Faniiéh ,  reçoit  les  eaux  de  celui  d'An- 
takiéh  et  se  jette  dans  la  Méditerranée  après  un  cours  de 
80  lieues.  Sa  largeur  est  d'environ  240  pieds;  ses  eaux 
coulent  avec  lenteur  ;  sa  profondeur  est  seulement  de  4  ou 
5  pieds ,  mais  ses  bords  sont  élevés  et  argileux. 

•  Le  Jourdain ,  dénigré  par  Voltaire ,  a  paru  à  Pline  le 
naturaliste ,  «  une  rivière  jolie ,  limpide ,  assez  large  pour 
«  la  vallée  qu'elle  arrose  »  ;  et  cette  manière  de  voir  est 
conforme  à  celle  de  la  plupart  des  voyageurs.  » 

Cette  rivière  est  appelée  par  les  Turcs  et  les  Arabes  El- 
Cheria  ou  Arden.  Elle  a  sa  source  dans  le  lac  Phiala  au 
pied  d'une  montagne  de  l'Anti-Liban.  Après  avoir  traversé 
le  lac  Maron  et  celui  de  Tibériade  ou  de  Tabariéh,  elle^se 

(0  Jbulfeda,  tab.  Syriœ,  p.  i5o,  edit.  Rœhler. 


r 


i 


iga  LlVilE    CENT    VtMCT-CtNQUIKBIE. 

jette  dans  la  mer  Morte.  Son  cours  est  tout  au  plus  de  4o 
lieues,  sa  largeur  d'une  centaine  de  pieds  et  sa  profondeur 
de  6  à  7  en  été.  Ses  eaux,  toujours  troubles,  déposent  un 
limon  bitumineux  :  ce  qui  ne  l'empêche  pas  d'être  assez 
poissonneux. 

"  Parmi  les  autres  rivières  qui,  pour  la  plupart,  ne  sont 
que  des  torrens ,  le  Kasmié  ou  Casimir,  au  nord-est  de 
Tyr,  semble  repondre  au  Léontos  des  anciens;  le  Nahar- 
eUKebiT  est  X Eleutherus ,  qui  terminait  laPhénicie,  et  dans 
laquelle  une  fausse  tradition  fait  périr  l'empereur  Frédéric 
Barberousse. 

■'  Les  nombreuses  chaînes  transversales  qui  arrêtent  le 
cours  des  fleuves  de  la  Syrie  donnent  naissance  à  beaucoup 
de  lacs.  Nous  avons  vu  que  le  bassin  de  l'Oronte  renferme 
le  lac  Famiéh  ou  iiÀpamée  que  traverse  le  fleuve ,  et  celui 
d'Antakiéh  ou  S Antioche.  On  y  trouve  aussi  le  Bahr-el- 
Kades  près  d'Hems. 

«  [1  y  a  dans  les  parties  orientales  et  méridionales  plu- 
sieurs lacs  sans  écoulement.  Tels  sont  le  lac  d'Acla,  celui 
du  Vieux-Alep,  et  ceux  de  Geboul  et  d'Al-Zarka,  qui  tous 
ont  les  eaux  salées.  Le  lac  dit  Bahr-el-Mardjs  ou  du  Pré, 
non  loin  de  Damas,  rassemble  les  eaux  séléniteuaes  des 
montagnes  voisines.  Enfin,  le  plus  fameux  de  tous,  le  lac 
jlsphallite,  ou  la  mer  Morte,  a  probablement  toujours  été, 
comme  aujourdliui ,  sans  communication  avec  la  mer. 

•  Lu  Syrie  renferme  trois  climats  ti-ès-différens  ;  les  cimes 
du  Liban,  couvertes  de  neige,  répandent  une  fraîcheur 
sainbre  dans  l'intérieur,  tandis  que  les  parties  maritimes, 
plus  basses,  éprouvent  constamment  des  chaleurs  humides, 
et  que  les  plaines  voisines  de  l'Arabie- Déserte  sont  expo- 
sées en  été  à  une  chaleur  sèche.  Les  saisons  et  les  produc- 
tions varient  en  conséquence.  Dans  les  montagnes,  l'ordre 
des  saisons  est  presque  le  même  qu'au  milieu  de  la  France; 
l'hiver,  qui  dure  de  novembre  en  mars ,  est  vif  et  rigou- 


ASIE  :  La  Syrie  a^c  la  Palestine.         ig3 

reux.  Il  ne  se  passe  point  d'année  sans  neiges/ et  souvent 
elles  y  couvrent  la  terre  de  plusieurs  pi^s ,  et  pendant  des 
mois  entiers.  Le  printemps  et  Tautomne  y  sont  doux,  et 
1  été  n  y  a  rien  d'insupportable.  Dans  les  plaines ,  au  con- 
traire ,  dès  que  le  soleil  revient  à  Téquateur,  on  passe  subir 
tèment  à  des  chaleurs  accablantes  qui  ne  finissent  qu'avec 
octobre.  En  récompense,  lliiver  est  si  tempéré,  que  les 
orangers,  les  dattiers,  les  bananiers  et  autres  fruits  déli- 
cats, croissent  en  pleine  terre.  Ainsi  un  chemin  de  quel- 
ques heures  sépare  ici  le  printemps  de  Thiver  (>). 

«  Si  lart  venait  au  secours  de  la  nature,  on  pourrait 
rapprocher  en  Syrie,  dans  un  espace.de  vingt  lieues,  les 
richesses  végétales  des  contrées  les  plus  distantes.  Outre  le 
froment ,  le  seigle ,  l'orge ,  les  fèves  et  le  coton ,  qu'on  y 
cultive  partout,  on  y  trouve  encore  une  foule  d'objets 
utiles  ou  agréables^  appropriés  aux  diverses  localités.  La 
Palestine  abonde  eh  tabac ^  en  blé,  en  orge,  en  millet,  en 
sésame  propre  à  l'huile,  et  en  doura  pareil  à  celui  d'Egypte. 
Le  maïs  prospère  dans  le  sol  léger  de  Baalbek,  et  le  riz 
même  est  cultivé  avec  succès  sur  les  bords  du  marécage 
de  Haoulé.  On  ne  s'est  avisé  que  vers  la  fin  du  dernier 
siècle  de  planter  des  cannes  à  sucre  dans  les  jardins  de 
Saïde  et  de  Baîrout;  elles  y  ont  égalé  celles  du  Delta.  L'in- 
digo croît  sans  art  sur  les  bords  du  Jourdain ,  au  pays  de 
Basan,  et  il  ne  demande  que  des  soins  pour  acquérir  de 
la  qualité.  Les  coteaux  de  Latakiéh  produisent  des  tabacs 
à  fumer  qui  font  la  base  des  relations  de  commerce  avee 
Damiette  et  le  Caire.  Cette  culture  est  à  présent  répandue 
dans  toutes  les  montagnes.  Voulez-vous  des  arbres?  1  oli- 
vier de  Provence  croît  à  Antioche  et  à  Ramlé  à  la  hauteur 
des  hêtres.  Le  mûrier  blanc  fait  la  richesse  de  tout  le  pays 
des  Druzes  par  les  belles  soies  qu'il  procure;  et  la  vigne, 

(0  f^olney,  I ,  a84  sqq- 

VIII.  i3 


194  LIVRE    CEMT    VIMGT-CINQUIÈME. 

élevée  en  échalas  ou  grimpant  sur  les  chênes ,  y  donne  des 
vins  rouges  et  blancs  qui  pourraient  égaler  ceux  de  Bor- 
deaux. Dans  l'ancienne  Judée  les  flancs  des  montagnes 
sont  couverts  aussi  de  vignes,  d'oliviers  et  de  sycomores, 
et  leurs  sommets  sont  couronnés  de  cyprès  et  de  chênes. 
JafTa  vante  ses  limons  et  ses  pastèques.  Gaza  possède  à  la 
fois  les  dattes  de  la  Mekke  et  les  grenades  d'Alger,  Tripoli 
produit  des  oranges  aussi  bonnes  que  celles  de  Malte; 
Baïrout  a  des  figues  comme  Marseille  et  des  bananes  comme 
Saint-Domingue.  Les  pistaches  ne  viennent  nulle  part  aussi 
bien  qu'à  Al  ep  jet  Damas  se  vante,  avec  justice,  de  réunir  tous 
les  fruits  de  notre  Europe.  Son  sol  pierreux  convient  égale- 
ment et  aux  pommes  de  la  Normandie,  et  aux  prunes  de  la 
Touraine,  et  aux  pèches  des  environs  de  Paris  (i). 

•  Niebuhr  pense  que  la  Palestine  pourrait  s'approprier 
la  culture  du  café  d'Arabie.  • 

Ajoutons  que  la  garance,  le  lin,  le  safran,  le  pêcher, 
l'amandier  et  l'abricotier,  garnissent  la  plupart  des  coteaux 
de  la  Syrie;  que  cette  contrée  possède  la  canne  à  sucre, 
et  le  nopal,  espèce  de  cactier  qui  nourrit  la  cochenille  ; 
que  dans  la  vallée  qui  s'étend  entre  le  Liban  et  la  Médi- 
terranée on  trouve  le  palmier  et  le  chêne  qui  produit  la 
noix  de  galle;  que  cette  montagne  offre  des  forets  de 
sapins,  mais  que  les  cèdres  y  sont  devenus  fort  rares. 

«  La  Syrie  produit  tous  nos  animaux  domestiques,  mais 
elle  y  ajoute  le  buffle  et  le  chameau  ;  les  mulets  et  les  ânes 
y  sont  d'une  légèreté  remarquable;  les  moutons  à  large 
queue  y  sont  très-nombreux;  les  chevaux  y  sont  d'une 
belle  race  ;  les  gazelles  remplacent  nos  chevi'eiiils  ;  au  Ucu 
de  loups,  on  a  des  chacals,  des  hyènes,  des  caracals  et  des 
guépards  ;  ces  derniers  ont  mal  à  propos  été  pris  pour  des 
tigres.  Aucun  de  ces  animaux  féroces  ne  cause  des  ravages 


(')  y^oUit/,  II,  H7,  i53,  l^,  a3o. 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.         19a 

comparables  à  ceux  qu'occasioiieBt  les  sauterelles;  un 
hiver  trop  doux  fait  ëclore  ces  insectes  dans  les  déserts  de 
l'Arabie;  leurs  légions,  qui  obscurcissent  le  ciel ,  viennent 
fondre  sur  les  campagnes  de  la  Syrie;  les  herbes,  le  feuit* 
lage,  tout  périt  sur  leur  pi^sage;  la  terreur  précède  ces 
redoutables  essaims,  et  la  famine  les  suit.  Le  Syrien,  eA 
les  voyant  arriver,  espère  dans  l'oiseau  êamarmar^  qui  les 
dévore,  et  dans  les  vents  du  sud-est,  qui  les  noient  dans 
k  Méditerranée.  Il  y^  a  une  espèce  de  sauterelles  dont  la 
chair  fournit  une  nourriture  passable  (i). 

«  La  Syrie,  successivement  envahie  par  les  t^ersans,  tes' 
Grecs,  les  Arabes,  les  croisés  et  les  Turcs,  présente  une 
population  très-mélée  ;  les  indigènes  du  pays  se  sont  fon- 
dus avec  les  Grecs,  et  forment  une  très-petite  portion  des 
habitans.  Les  Turcs  occupent  les  places  civiles  et  militaires. 
Un  grand  nombre  d'Arabes  s'y  sont  fixés  comme  cultiva- 
teurs ;  il  y  a  aussi  beaucoup  d' Arabes-Bédouins  ou  nomades , 
surtout  dans  le  pachalik  de  Damas  :  dans  celui  d'Alep  on 
voit  errer  des  hordes  de  Turcx>mans  et  de  Kourdes.  Enfin , 
les  Druzes ,  les  Motoualis  ou  MoAtouaUs ,  les  Ansariéh  et  les 
Maronites  constituent  de  petites  nations  qui  seront  dé- 
crites à  part  à  l'endroit  convenable.  >» 

U  est  impossible  dévaluer  d'une  manière  seulement 
approximative  la  population  de  toute  la  Syrie;  mais  c'est 
l'exagérer  beaucoup  que  de  la  porter,  comme  quelques 
voyageurs ,  à  3  millions  d'individus. 

«  L'ancienne  langue  syriaque  ne  se  parle  plus  que  dans  Un 
petit  nombre  de  cantons,  principalement  aux  environs  de 
Damas  et  du  mont  Liban ,  mais  avec  moins  de  pureté  <}i]e 
dans  la  Mésopotamie,  à  Orfa  et  à  Harran  (s)  :  l'arabe  pre<* 
domine  dans  les  campagnes  connne  dans  les  villes.  Le  niàha- 

(»)  I/asselfjuist  j  Voyage  en  Palestine,  p.   aSa,   ^5x  sgq^,  563  (en 
allem.).  Ludolf,  Dissert,  de  Locustis^  in  Histor.  i£thiop.,  etc. 
(>)  Les  auteurs  cités  dans  Jdelung,  Mîthridatcs,  I,  p.  333-34 1 . 

i3. 


r 


1^6  LIVRE    CENT    VIMGT-CIHQUlèME. 

théen  esi  un  dialecte  syro-chaldëen  trés-corrompu,  et  que 
parlent  les  Nabayoth ,  c'est-à-dire  les  paysans.  Parmi  les  di- 
verses sectes  chrétiennes  que  les  Turcs  tolèrent  dans  ce  pays, 
les  Syriens  du  rit  grec  sont  les  plus  nombreux;  le  sobriquet 
de  Melchites  ou  royalistes,  qu'on  leur  donne,  rappelle  la 
mauvaise  politique  des  empereurs  byzantins  qui  se  mê- 
laient de  disputes  théologiques.  Les  Jacobiles  comptent 
beaucoup  de  partisans;  les  Maronites  sont  réunis  à  l'Eglise 
romaine.  La  religion  des  Druzes,  et  plus  encore  celle  des 
Aiisariéh,  semble  un  mélange  d'anciennes  croyances  sy- 
riennes et  de  quelques  idées  mahométaues.  Les  Motoualis 
suivent  la  doctrine  d'Ali,  détestée  des  Turcs.  Ajoutons  à 
cela  des  Chinganés  ou  Bohémiens!'),  et  des  Arabes-Hé- 
douins,  vivant  à  peu  près  sans  religion  ou  du  moins  sans 
culte  ;  ajoutons-y  encore  des  chrétiens  d'Europe,  des  Juifs, 
des  Arméniens,  des  Nestoriens,  et  l'on  conviendr;i  qu'il 
n'y  a  point  de  contrée  qui  offre,  plus  que  la  Syrie,  le  rap- 
prochement de  toutes  les  croyances  religieuses.  Les  di- 
verses sectes  mahométanes  et  chrétiennes  rivalisent  ici  de 
zèle  et  de  dévotion  apparente, 

■  Quatre  pachas  turcs  sont  censés  gouverner  ce  ramas  de 
tant  de  sectes  et  de  tant  de  nations;  mais  celui  A'Alep 
compte  dans  son  pachalik  les  hordes  peu  soumises  de  Tur- 
aomans  et  de  Kourdes;  celui  de  Damas  paie  auK  cheiks 
des  tribus  arabes ,  au  nom  du  sultan ,  des  sommes  d'argent 
qu'on  lui  présente  enveloppées  dans  un  morceau  d'étoffe, 
ce  qui  fait  nommer  ces  sortes  de  cadeaux  choiirrah-es-sul- 
tân,  l'étoffe  du  sultan  {'A  ;  enfin  les  pachas  de  Tripoli  et  de 
Saille  ou  A' Acre  voient  la  plus  grande  partie  de  leurs  pro- 
occupée par  les  Maronites,  les  Druzes  et  autres 
peuplades  indépendantes.  L'anarchie  qui  résulte  de  cette 


ASIE  :  La  Syrie  auec  la  Palestine.  197 

situation  politique  prend  divers  aspects ,.  selon  que  les  pa- 
chas, les  émirs  druzes  ou  les  cheiks  arabes  montrent  du 
caractère  et  de  la  conduite.  On  a  vu  dés  chefs  entrepre-, 
nans  créer  pour  quelques  momens  des  Etats  indépendïtns , 
et  pourtant  la  Syrie  retourne  twijoups  sous  le  joug  incer- 
tain des  Turcs;  le  sort  malheureux  du  peuple  resté  tou- 
jours le  même  :  le  cultivateur  se  voit  dépouillé  par  les  pa- 
chas et  pillé  par  les  Arabes  ;  \g  voyageur  n*a  que  le  c^oix 
des  brigands  dont  il  veut  se  foire  escorter;  les  arts  et: mé- 
tiers languissent  faute  de  bras  et  de  connaissances  ;  le  com- 
merce, exposé  à  des  vexations  arbitraires,  reste  circonscrit 
dans  de  timides  échanges  ou  livré  aux  hasards  des  cara- 
vanes. Telle  est  le  déplorable  état  d'une  contrée  riche  par 
son  sol ,  importante  par  sa  position  y  et  qu'une  nouvelle 
croisade  arracherait  facitement  à  la  barbarie.  » 

Dans  les  dernières  guerres  entre  la  Porte  ottomane  et  le 
pacha  d'Egypte  y  la  Syrie  est  tombée  au  pouvoir  de  ce  der- 
nier, qui  l'a  conservée. 

«Examinons  les  lieux  \es  plus  remarquables,  en  com- 
mençant par  la  partie  voisine  de  l'Euphrate,  ou  par  lepa- 
chalik  dUAlep,  La  ville  de  ce  nom.^  qui ,  selon  la  Byzantine, 
est  bien  certainement  Fancienne  Berœa[^)y  Femporte  sur 
toutes  les  villes  de  la  Turquie  d'Asie ,  tant  pour  ta  politesse 
des  habitans  que  pour  la  grandeur  et  la  richesse.  Les  Orien- 
taux la  nomment  Haleb^el-Chahba,  Elle  contenait  280,000 
habitans  (^)  avant  182  a.  Les  édifices  étaient  en  pierres  de 
taille  ;  les  rues  pavées  de  même.  Les  cyprès ,  dont  le  sombre 
feuillage  contrastait  avec  la  blancheur  des  nombreux  mina- 
rets, produisaient  un  aspect  très<pittoresque.  Les  manu- 
factures de  soie  et  de  coton  étaient  dans  un  état  florissant  ; 
de  grandes  caravanes  de  Bagditd^et  de  Bassorah  y  portaient 


(0  Voyez  les  auteurs  cités  par  Harduirit  notœ  ad.i'/m. ,  V,  ai. 
(*)  Seelzeii  ^  dans  Zach ,  Correspondance,  XI  »  p.  364' 


LIVRE    CEMT    VIMGT-CIMQUIEME. 

les  productions  de  la  Perse  et  de  l'Inde.  Alep  était  la  Pal- 
myre  moderne.  » 

Elle  s'est  à  peine  relevée  des  désastres  terribles  qu'elle 
a  éprouvés:  le  i3  août  1822  elle  fut  ravagée  par  un  Dem- 
blement  de  terre  qui  se  renouvela  avec  plus  de  force  trob 
jours  après.  Ces  deux  événemens  renversèrent  /jojooo  mai- 
sons et  firent  périr  plus  de  ao,ooo  individus.  Au  mois  d'oc- 
tobre de  la  même  année  de  nouvelles  secousses  répan- 
dirent l'alarme  chez  les  habitans;  enfin  la  crainte  d'un 
fléau  non  moins  terrible,  la  peste,  força  la  plus  grande 
partie  de  la  population  à  abandonner  la  ville  j  à  peine  si 
aujourd'hui  elle  est  sortie  du  milieu  de  ses  ruines. 

"Les  environs  d'Atep,  plantés  en  vignes  et  oliviers, 
produisent  aussi  du  blé  en  abondance  ;  mais  les  Arabes  et 
les  Turcomans  enlèvent  au  cultivateur  le  fruit  de  ses  pei- 
nes. Le  bouton  d'Âtep,  maladie  endémique  nullement  dan- 
gereuse, paraît  dû  à  des  eaui  un  peu  saumâtres  (')■ 

n  Près  de  la  frontière  du  pachalik,  non  loin  des  bords  de 
l'Eupbrate,  sont  les  restes  imposans  d'Hiérapolis  ou  Bam- 
bj-ce ,  connue  aujourd'hui  sous  son  ancien  nom  syiien  de 
Mabog,  que  les  Arabes  prononcent  Mamlteilge;  les  murs, 
encore  debout,  attestent  l'ancienne  grandeur  de  celte  ville 
consacrée  au  culte  d'AstartéW. 

■  Les  déserts  qui  s'e'tendent  aujourd'hui  depuis  Alep  et 
Mabog  jusqu'à  Palmyre,  offraient  jadis  une  culture  soignée; 

L c'était  la  province  C haty bonites ,  dont  le  chef-lieu  Chalybon-, 
appelé  aussi  Bei-œa,  ne  diffère  pas  d'avec  Alep. 
■  L'illustre  Antioche  (  AiUiockia  Magna  ) ,  bâtie  par  An- 
tigonus,  jadis  plus  grande,  plus  riche  que  Rome,  maïs 
détruite  plusieurs  fois,  et  en  dernier  beu  par  les  Mame- 
louks en  1 369 ,  n'est  plus  qu'une  misérable  ville  remplie 
de  Jardins,  et  connue  sous  le  nom  A' Antakiéh,  <• 
: 


(0  Maïuidrtl,  oatural  History  of  Alcppo.  Comp.  Olivier,  IV,  i;8. 
C")  Poaocke,  II,  iji  (Tr.ifi,  allcm  ) 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  199 

Cependant  elle  paraît  renfermer  encore  environ  10,000 
habitans  ;  mais  ils  sont  disséminés  au  milieu  dés  restes  dé 
son  antique  enceinte  qui  comprenait  6  à  700,060  individus  : 
une  partie  de  ses  murailles  et  de  ses  aqueducs,  échappés 
aux  ravagés  de  plusieurs  tremblemens  de  terre,  sont  le» 
seuls  témoins  de  son  antique  magnificence* 

«  Le  port  di  Alexandrette  ou  Scanderoun ,  fréqueôté  en-' 
core  par  les  Européens  il  7  a  peu  d'années,  a  un. climat 
presque  piortel.  Cette  petite  ville  a  été  presque  abandon- 
née depuis  les  tremblemeus  de  terre  de  1822.  Ses  pigeons 
sont  fort  célèbres  dans  tout  FOrient;  on  les  dépéchait 
autrefois  pour  porter  des  nouvelles  promptes  à  Al^,  dont 
Alexandrette  est,. pour  ainsi  dire,  le  port  :  les  montagnes 
intermédiaires  sont  remplies  de  bourgs  et  de  villages. 
Dans  ceux  de  Kesfin  et  de  Martaouan^  les  femmes  poussent 
l'hospitalité  aussi  loin  que  jadis  les  Babyloniennes;  cette 
prostitution  légale  semble  être  un  reste  des  anciei|&  cultes 
asiatiques  (i).  Le  jasmin  jaune  et  blanc  embaume  le&  monts; 
Casius;  on  y  distingue  de  loin  deux  espèces  de  gené- 
vriers (2},  qui  égalent  presque  le  cyprès  en  hauteur;  les. 
sapins,  les  mélèzes,  les  chênes,  les  buis,  les  lauriers,  les. 
ifs  et  les  myrtes  couvrent  partout  l'aridité  des  rochers.  » 

KiRisy  à  12  lieues  au  nord  d'Alep,  est  l'ancienne  Ciliza^ 
Sa  population  industrieuse  s'élève  à  12,000  âmes;  on  y 
fabrique  des  cotonnades,  des  harnais  de  chevaux  et  la 
meilleure  huile  de  l'Orient.  Entourée  de  beaux  .vergers  et 
située  dans  une  vallée  profonde  où  coule  l'Qrdnte,  que 
l'on  traverse  sur  un  pont  de  sept  arches ,  la  ville  de  Chogry 
ou  de  Cesser^  Chourl^  renferme  environ  4ooo  habitans. 

«  En  suivant  les  bords  de  l'Oronte ,  on  trouve  les  sqye- 
lettes  de  deux  villes  jadis  célèbres^,.  Apamea^  aujourd'hui 


(0  Voyez  le  Mémoire  à^Heyne^  dan&  les  Annales  des  Voyages ,  XUL 
C>)  Juniperus  drupacia  et  oxyedms.  L. 


\ 


I 


aOO  LIVBE   CEHT   VIMGT-CIHQUIEME. 

Fnmiéh,  et  Hemi,  ou  Homs,  qui  est  ranciennc  Emesa,  où 
l'on  adorait  une  pierre  noire  dans  un  fameux  temple  dont 
les  ruines  même  ont  disparu.  » 

On  sait  que  la  première  de  ces  deux  villes  fut  fondée 
par  Séleucus-Nicator,  qui  lui  donna  le  nom  de  sa  femme, 
et  qu'elle  était  célèbre  pour  ses  haras;  on  sait  aussi  que  la 
seconde,  qui  renferme  encore  quelques  antiquités,  est  la 
patried'Héliogabale.  La  première  est  peu  importante;  mais  la 
seconde  compte  environ  3o,ooo  habîtans,  qui  s'occupent 
beaucoup  de  la  fabrication  et  du  commerce  des  étoffes  de 
soie. 

1  Hamak ,  l'ancienne  Epiphania ,  a  repris  l'importance 
qu'elle  avait  du  temps  des  Hébreux  :  Ali-Bej  luidonne  1 00,000 
habituns,  et  Burckhardt  3o,ooo  :  ce  dernier  chiffre  paraît  être 
beaucoup  plus  rapproché  de  la  vérité.  C'est  dons  ses  murs 
que  se  fixent  les  grands  seigneurs  turcs  disgraciés  ou  retirés 
des  affaires.  Divisée  en  deux  quartiers  par  l'Oronte,  elle  s'ap- 
provisionne d'eau  à  l'aide  d'une  vaste  machine  hydraulique 
dont  la  grande  roue  a  70  pieds  de  diamètre.  Cette  ville 
commerçante  passe  à  tort  pour  avoir  vu  naître  Aboulfeda , 
prince  et  géographe  arabe ,  qui  vante  beaucoup  la  fertilité  et 
les  riches  cultures  du  pays  arrosé  par  l'Oronte  (1);  ce  célèbre 
auteur  naquit  à  Damas,  mais  il  reçut  le  titre  de  prince  de 
Hamah  et  gouverna  pendant  1 2  ans  cette  principauté. 

"De  Hamah,  ou  plus  exactement  de  Famiéh,  une  an- 
cienne route  romaine  conduisit  ,i  Palmyre,  le  Tadmor  de 
Salomon  et  la  résidence  de  l'immortelle  Zénobie.  Cette 
ancienne  ville  est  à  67  lieues  au  sud-est  d'Alep  et  à  une 
distance  égale  au  nord-est  de  Damas ,  dans  un  petit  canton 
environné  de  déserts,  et  désert  lui-même.  Le  voyageur 
aperçoit  tout  à  coup  une  vaste  étendue  de  ruines;  ce  ne 
sont  de  tous  côtés  qu'arcs  et  voAtes ,  temples  et  portiques  ; 

)  Aboulfeda,  r»h.  Sjrii,  \o^.  loS,  pIc. 


ASIE  :  La  Sjrrie  açec  la  Palestine.         201 

une  colonnade  qui  a  dû  s^yoir  4ooo  pieds  de  longueur, 
commence  à  un  magnifique  portique  et  aboutit  à  un  beau 
mausolée;  le  temps  a  conservé  en  partie  les  péristyles,  les 
entxe-cotonnemens ,  les  entablemens  ;  le  tout  est  d  une  élé- 
gance égale  à  la  richesse  des  matériaux  (0.  On  y  distingue 
deux  époques  reconnaissables  à  l'architecture  des  monu- 
mens  :  lune  est  représentée  par  quelques  monceaux  de 
ruines  qui  semblent  attester  que  cette  ville  fut  détruite  par 
Nabuchodonosor  lorsqu'il  marcha  sur  Jérusalem  ;  l'autre^ 
qui  comprend  les  monumens  en  partie  renversés ,  est  cçUe 
qui  se  termina  à  la  défaite  de  Zénobie,  à  la  prise  de  Pal- 
myi'e  par  Aurélien.  Quel  contraste  que  celui  de  ces  ruines 
imposantes  qui  surpassent  tout  ce  que  la  Grèce  a  de  plus 
remarquable,  et  qui  occupent  plus  de  3  lieues  de  circon- 
férence, avec  les  misérables  cabanes  de  quelques  Arabes 
sauvages,  seuls  habitans  actuels  d'une  ville  qui  osa  se 
croire* la  rivale  de  Rome!  .  ^ 

«<  Après  avoir  parcouru  les  parties  de  la  Syrie  voisines 
de  l'Euphrate  et  de  l'Oronte ,  nous  allons  revenir  sur  la 
côte  maritime  pour  visiter  les  deux  pachaliks  de  Tripoli  et 
XAcre^  qui  comprennent  la  Phénicie  et  en  outre  une  par- 
tie de  la  Cœlé-3yrie  (^),  et  quelques  autres  petites  divisions 
anciennes.  La  chaleur  humide ,  qui  rend  le  climat  de  cette 
côte  dangereux  pour  les  Européens,  y  entretient  une  ver- 
dure éclatante;  les  orangers,  les  limoniers,  les  grenadiers 
forment  de  rians  bosquets  au  pied  des  montagnes,  dont 
les  saillies  s'avancent  sous  différens  a^ects  pittoresques; 
c'est  encore ,  malgré  le  défaut  de  culture ,  «  une  contrée 
«  pleine  de  charmes  et  de  grâces  (3).  »  Ladikiéh  ou  Latakiélt , 
l'ancienne  Laûdicea^ad^mare^  est  une  ville  florissante  par 
le  commerce;  elle  exporte  des  tabacs.:  un  aga  turc  a  rebâti 

(0  JFood et Dawkins y  the  Ruins  of  Palmyra. — (*>  Folney,  11,  166, 
aïo ,  329 ,  etc.  —  (5)  «  Regio  plena  gratiarum  et  venustatis.  »  Aimnian^ 
Marcellirif  XIV,  cap    8^. 


202  LIVRE    CRNT    VIMGT-C1NQD1EME. 

cette  ville  entièrement  ruinée  (il.  C'est  «ne  curiosité  qu'une 
ville  reconstruite  par  des  gens  qui  ordinairement  se  bor- 
nent  à  détruire.  ■ 

Ladikiéli  est  la  résidence  d'un  évêque  grec  et  des  con- 
suls des  principales  puissances  de  l'Europe  :  elle  est  ouverte 
et  elle  occupe  une  vaste  superficie,  bien  qu'elle  ne  ren- 
ferme que  5  à  6000  individus,  parce  qu'elle  fut  en  grande 
partie  ruinée  par  les  tremblemens  de  terre  qui,  en  iSaa, 
détruisirent  Alep.  Son  nom  de  Laodicea  est  celui  qui  lui 
fut  donné  par  Seleucns-Nicator  en  l'bonneur  de  sa  mère. 
Antérieurement  elle  se  nommait  Ramitha.  On  y  voit  en- 
core d'immenses  catacombes ,  des  restes  de  l'ancienne  cita- 
delle, eC  un  bel  arc  de  triomphe  qui,  situé  a  près  d'une 
demi-lieue  de  la  ville ,  indique  l'étendue  considérable  qu'a- 
vait celle-ci. 

"  L'île  de  Rouad  renfermait  autrefois  la  ville  d'jlradus, 
dont  les  maisons,  comme  les  nôtres,  avaient  cinq  à  six 
étages;  la  liberté  et  le  commerce  y  rassemblaient  une  im- 
mense population;  aujourd'hui  l'île  déserte  ne  présente  pas 
même  une  seule  ruine  de  celte  antique  cité,  et  la  tradition 
n'a  pas  niênie  conservé  le  souvenir  d'une  source  d'eau 
douce  que  les  Aradiens  avaient  découverte  au  milieu  de 
la  mer  (3),  H  n'y  a  plus  dans  l'île  qu'un  petit  fort  défendu 
par  quelques  pièces  de  canon. 

"  Tiipoli  est  nommée  Taraholos  en  turc  et  en  arabe  ; 
c'est  une  ville  très-commerçante ,  quoique  son  port,  comme 
tous  ceux  de  cette  côte,  n'offre  ni  commodité  ni  sûreté; 
elle  exporte  des  soies ,  des  cotons  et  des  cendres.  ■ 

Longue,  étroite  et  traversée  par  la  petite  livière  du  Na- 
har-Aha-Aly,  elle  est  bâtie  au  pied  d'une  montagne  qui 
appartient  à  l'une  des  branches  du  Liban,  et  qui  est  cou- 


CO  AfuiuufreW,  Joiirney  from  Aleppo.  p.  n-  Kon9,  dani/bu^, 
CoUeclion  des  VoyiiBes  dan.  l'Orient,  11,  t.lt.  — (»)   folmy ,  11,  161 

(  St:ha<K ,  Maundrelt  et  Pococke  ont  vu  det  ruinea  ]■ 


AâiJB  :  La  Syrie  €Mi»€c  la  Palestine.         i2o3 

ronnée  par  un  château-fort.  Les  ibaisanB  en  sont  bien  bâ- 
ties, les  rues  la  plupart  pavées  et  ornées  de  nombreuses 
fontaines.  Sa  population  est  d'environ  16,000  âmes.  Ba- 
troun  et  Djebail  sont  les  écbellesdu  pays  des  Maronites;  la 
première  représente  l'antique  Botrus  et  la  dernière  Bjrblas. 
Non  loin  de  cette  ville  coule  le  fleuve  jadis  nommé  ^do' 
nis,  aujourd'hui  Ibrahim-Pacha,  et  dont  les  eaux  ne  se 
rougissent  pas  du  sang  du  favori  de  Vénus,  mais  bien  de 
la  craie  rougeâtre  qu'elles  tiennent  en  dissolution  à  certai- 
nes époques  de  l'année  (O*  L'ancienne  Berytus^  aujourd'hui 
Baïrout^  est  le  débouché  pour  les  cotons  et  l^s  soies  du 
pays  des  Druzes.  On  y  voit  les  restes  d'un  palais  élégant 
bâti  par  le  fameux  émir  des  Druzes  Facardin  ou  Fakhr^ed-- 
Din  et  différens  débris  antiques.  La  ville,  entourée  de  su- 
perbes plantations  de  mûriers ,  jouit  d'un  climat  salubre  (s). 
Résidence  d'un  évêque  grec  et  d'un  évêque  maronite,  on  y 
voit  des  églises,  un  couvent  de  capucins  et  des  mosquées. 
Elle  renferme  10  à  12,000  âmes. 

«  L'antique  Sidon^  cette  mère  de  toutes  les  villes-  phéni- 
ciennes, n'est  plus,  sous  le  nom  de  Saïde  ou  Seyde^  qu'une 
ville  de  commerce  de  7  à  8000  âmes;  c'est  le  principal  dé- 
bouché de  Damas.  Le  port  de  Sidon-,  comme  ceux  des  autres 
villes  de  cette  côte,  était  formé  avec  beaucoup  d'art, 
et  à  des  frais  imme|ises,  par  de  lopgs  môles;  ces  travaux, 
qui  subsistaient  encore  sous  le  Bas-Empire  (3),  ont  été  né- 
gligés ,  et  le  port  s'est  comblé.  L'émir  Facardin ,  qui  redou- 
tait les  visites  des  bàtimens  turcs,  a  achevé  la  destruction 
des  fameux  ports  de  l'ancienne  Phénicie.  »  On  y  remarque 
les  restes  de  son  beau  palais,  bâti  dans  le  goût  italien,  et 
dans  ses  environs  d'antiques  tombeaux  creusés  dans  le  roo^ 
et  qui  servent  d'asile  à  des  bergers»  Du  côté  de  la  tner  un'e 


(0  Lucian, ,  de  Dea  Syria.  Mawtdrell,  Joumey,  etc. ,  p.  35. 
(0  0/iVi>r,  Voyage,  II,  a6.  —(})AchiU.  Tat. ,  U  p.  1. 


ao4  LIVRE    CEIÎT    VINGT-CIHQUIÈME. 

haute  muraille  est  dominée  par  une  tour  dont  la  construc- 
tion est  attribuée  à  saint  Louis. 

■  Un  sort  plus  triste  encore  a  frappé  Tyr,  ta  reine  des 
mers,  le  berceau  du  commerce  qui  civilise  le  monde;  ses 
palais  out  t'ait  place  à  quelques  cabanes  chétives;  le  pa- 
yeur indigent  habitait  naguère  les  caves  voûtées  où  jadis 
s'entassaient  les  trésors  du  monde;  une  colonne  debout  au 
milieu  des  ruines,  marque  la  place  où  était  le  chœur  de  la 
4:aihédra!e  consacrée  par  Eusèbe  (')■  La  mer,  qui  ordinai- 
rement détruit  les  ouvrages  de  l'homme,  a  non  seulement 
respecté,  mais  agrandi  et  changé  en  un  isthme  solide  le 
môle  par  lequel  Alexandre  joignit  l'île  de  Tjrus  au  conti- 
nent. Cependant,  depuis  i8i5,  cette  ville,  que  les  Orien- 
taux nomment  Sour,  a  changé  d'aspect  :  a  ou  3oo  maisons 
en  pierres ,  une  mosquée ,  trois  églises  et  des  bains  publics 
«n  font  une  assez  jolie  petite  ville  moderne  dont  les  babi- 
tans  sont  au  nombre  d'environ  aooo. 

«  Acre  ou  SainUjean-d'Acj'e,  en  arabe  ^cco,  qui  joue  un 
grand  râle  dans  l'histoire  des  croisades ,  et  dans  l'antiquité 
sous  le  nom  de  Ptolêmaù ,  était,  vers  le  milieu  du  XVlIi* 
siècle,  une  place  presque  déserte;  le  cbeik  Dahsr,  rebelle 
arabe,  y  ramena  le  commerce  et  la  navigation.  Ce  prince 
habile,  qui  dominait  sur  toute  l'ancienne  Galilée j  fut  suivi 
par  le  fameux  ijran  Dj'ezzar- Pacha,  qui  a  fortifié  la  ville 
d'Acre,  et  la  ornée  d'une  mosquée  enrichie  de  colonnes  de 
marbre  antique ,  recueillies  dans  les  villes  voisines.  Le  port, 
étroit  et  peu  profond,  est  cependant  un  des  meilleurs  de 
toute  la  côte.  »  Cette  ville,  dont  la  population  est  d'environ 
20,000  àmea,  est  célèbre  chez  les  Orientaux  par  ta  résistance 
qu'elle  opposa  aux  Français  sous  les  ordres  de  Bonaparte. 

"  Quittons  ees  rivages  brillans  pour  parcourir  la  contrée 
montagneuse  qui  les  domine.  Celle  qui  s'étend  depuis  An- 

<.•)  MauiidreU,  Jeurocy,  «le. ,  p.  So.  Euihbt,  Hiit.  Ecchs. ,  X  ,  4. 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.         2o5 

tioche  jusqu'à  la  rivière  dite  Nahar'êl'Kebir^  est  habitée 
par  les  Nassariens  ou  Ansarièh  (0^  que  les  savans  les  plus 
versés  dans  les  langues  et  les  histoires  de  l'Orient  regardent 
comme  une  secte  mahométane  fondée  dans  le  YIP  siècle 
par  un  certain  Nassar  (2} ,  mais  qui ,  d  après  un  passage  de 
Pline  (^) ,  remarqué  par  le  judicieux  Mannert ,  nous  paraît 
une  ancienne  peuplade  syrienne ,  qui ,  même  sous  les  Ro- 
mains ,  conservait  son  tétrarque  ou  prince  particulier.  » 
.  Selon  Burckhardt ,  les  Antariéh  occupent  des  montagnes 
d'un  accès  difficile  y  et  peuvent  armer  1 2  à  1 5,ooo  honunes. 
On  a  fait  beaucoup  de  suppositions  sur  la  nature  de  leur 
culte,  qui  parait  admettre  l'existence  d'un  Dieu  en  cinq 
personnes;  mais  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'ils  ont 
plusieurs  degrés  d'initiation. 

«  C'est  dans  la  même  contrée  que  les  croisés  rencontré» 
rent  la  fameuse  nation  des  Assassins^  gouvernée  par  le 
Vieux  de  la  Montagne  y  prince  redoutable  par  le  zèle  aveu- 
gle de  ses  sujets,  qui,  d'après  ses  ordres,  allaient  donner 
la  mort  à  ceux  qu'il  désignait  pour  victimes;  et  il  en  dési- 
gnait jusque  sur  les  trônes  les  plus  augustes.  L'Assassin 
périssait-il  dans  ces  sortes  d'expéditions,  les  nymphes  du 
Paradis ,  qu'on  lui  avait  fait  connaître  dans  une  vision,  lui 
tendaient  les  bras,  et  lui  offraient  leurs  charmes  divins. 
Burchard  on  Brocard ,  SLUteur  d'un  célèbre  Itinéraire  de  la 
Terre-Sainte ,  parcourut  dans  le  XIII®  siècle  le  pays  des  As- 
sassins, et  le  trouva  non  nK)ins  fertile  que  bien  cultivé  (4). 
Il  est  difficile  de  choisir  parmi  les  diverses  explications 
qu'on  a  données  de  cette  énigme  historique;  nous-  pen- 
chons à  croire,  avec  le  savant  M.  de  Sacy,  que  le  nom  d'As^ 

(0  C'est  le  même  mot  arabe  diversement  décliné.  —  (>)  Tychsen ,  Mé- 
moire sur  les  Nassairiens,  dans  Paidus ,  Memorabilia,  IV.  Niebuhr, 
Voyage,  II,  p.  4^0»  44 >•  Catéchisme  des  Driizes,  dans  EichJioni^  Ré- 
pertoire oriental,  XII,  129,  174. — (^)  Apamiam  Marsyâ  amne  divisam 
à  Nazarinotiim  Tetrarchiâ.  Plin. ,  V,  a3.  —  (4)  Burchard,  Descriptio 
Terrae  Sanctae ,  in  fine. 


2o6  LIVRE    CEBT    VIlVCT-CinQCIÈME, 

sassin  vient  de  haschick ,  plante  qui  enivre ,  et  que  ce  nom  a 
été  donné  à  une  tribu  arabe  chez  qui  on  aura  employé  ce 
moyen  pour  exalter  le  courage.  Le  Vieux  de  la  Montagne 
n'est  autre  chose  qu'un  cheik  arabe,  ce  mot  signifiant  en 
même  temps  vieillard  et  seigneur.  11  ne  serait  pas  impossible 
encore  aujourd'hui  à  un  prince  arabe  d'armer  le  bras  d'un 
fanatique,  qui  irait  frapper  un  monarque  au  milieu  de  sa 
cour,  pour  satisfaire  à  ce  système  de  vengeance  du  sang, 
qui  semble  héréditaire  chez  cette  nation.  Voilà,  ce  nous 
semble ,  les  faits  ;  l'imagination  aura  produit  le  reste.  • 

Jo  in  ville  et  plusieurs  autres  auteurs  ont  parlé  de  cette 
tribu  d'Ismaéliens  ;  le  premier  les  appelle  Haussaci,  les  au- 
tres Neisscssini  ,  Âssissini  et  enfin  Aisassini.  Voici  en  peu 
de  mots  quelle  fut  leur  origine  :  après  la  mort  de  Mahomet, 
ses  disciples  se  divisèrent,  comme  on  sait,  en  plusieurs  sec- 
tes ennemies;  c'est  de  celle  des  Ismaéliens  que  sortirent  les 
califes  fatimites  qui  enlevèrent  aux  Abassides  l'Egypte  et 
la  Syrie.  Ces  califes,  pour  assurer  et  augmenter  leur  puis- 
sance, envoyèrent  dans  les  différentes  provinces  soumises  à 
l'autorité  spirituelle  et  temporelle  des  califes  de  Bagdad, 
des  missionnaires  qui  enseignaient  en  secret  les  dogmes  des 
Ismaéliens  et  qui  poussaient  même  les  peuples  à  ta  révolte. 
L'un  de  ces  missionnaires  était,  vers  le  milieu  du  V  siècle 
de  l'hégire,  un  certain  Haasan  fils  d'Ali,  qui,  après  avoir 
long-temps  travaillé  à  faire  reconnaître  la  suprématie  du  ca- 
life fatimite  Mostanser^ui  régnait  alors  sur  l'Egypte,  se  dé- 
clara indépendant ,  et  s'étabht  au  milieu  des  montagnes  de 
l'ancienne  Parthie ,  à  peu  de  distance  de  Raivïn  ;  su  rési- 
dence lui  fit  donner  le  nom  de  Cheik- al-DjehrA,  c'est-à- 
dire  Cheik  ou  Prince  de  la  montagne.  Les  princes  qui  lui 
succédèrent  pendant  deux  siècles,  ne  se  contentèrent  pas 
d'avoir  établi  leur  puissance  dans  la  Perse,  ils  retendirent 
sur  une  partie  de  la  Syrie,  et  ce  fiât  dans  les  montagnes  de 
l'Anti-Liban  que  se  fixa  leur  lieutenant;  ce  sont  aussi  les 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Pcdestine.         207 

Ismaéliens  de  ces  montagnes  qui  forent  connu»  des-  Occi^ 
dentaux  sous  le  nom  di  Asscissins*  Il  parait  que  certaine»  prt^ 
parations  végétales  faites  dans  le  but  d'exalter  Tiroaginâ'* 
tion,  furent  connues  de  quelques  chefs  de  cette  secte,  et 
employées  par  eux  secrètement  pour  accroître  leur  puis* 
sance  et  le  dévouement  de  quelques  fanatiques.  L*une  de 
ces  préparations  est  encore  connue  en  Orient  sous  le  nom* 
dHaschich  et  ceux  qui  en  font  usage  sous  celui  d'Haschis^ 
chin,  La  base  de  cette  préparation  est  une  espèce  de  chan«- 
▼re  appelée  cannabis  indica^  dont  Tusage  paraît  s'être  établi 
primitivement  dans  l'Inde  où  on  en  fait  encore  une  boisson 
enivrante. 

«  Après  le  pays  des  Ansariéh,  le  mont  Liban  commence 
à  élever  dans  les  nues  ses  cimes,  qu'ombragent  encore  quel* 
ques  cèdres ,  et  qu'ornent  mille  plantes  rares  ;  VanihjrUis 
tragacanthoïdes  y  étale  ses  grappes  de  fleurs  pourprées  ; 
l'œillet  de  Liban ,  Y  amaryllis  des  montagnes,  le  lis  blanc 
et  le  lis  orangé ,  mêlent  l'éclat  de  leurs  couleurs  au  vert 
des  pruniers  rampans  (1).  Les  neiges  même  sont  bordées 
de  xeranthemum  frigidum. .  Les  profonds  ravins  de  ces 
montagnes  sont  sillonnés  par  un  grand  nombre  d'eaux  . 
courantes  qui  jaillissent  de  toutes  parts  avec  une  extrême 
abondance  C^}.  Les  neiges  en  couvrent  perpétuellement  les 
vallons  les  plus  élevés.  Arvieux  et  Pocooke  les  ont  vues  au 
mois  de  juin ,  Rauwolf  et  Korte  en  août^  le  Pèi*e  Queux  et 
Philippus  à  Sanetâ  Trinitate  au  mois  d'octobre  (3);  mais  il 
'  ne  paraît  pas  certain  qu'il  y  ait  des  sommets  qui  portent 
une  calotte  de  neige.  L'eau,  la  fraîcheur,  la  bonté  du  ter- 
rain dans  les  vallées-,  entretiennent  ici  une  éternelle  ver-^ 
dure;  mais  que  seraient  ces  dons  de  la  nature,  si  la  liberté 
ne  protégeait  pas  les  travaux  des  habitans?  C'est  à  une 

(0  Pru/iusprostrata.  L.  — (^)  Â'orfe ,  Voyage  en  Palestine,  p.  458  (  en 
aUeni.  ).  —  (3)  Voyez  la  discussion  de  leurs  témoignages ,  chez  Busching  » 
p.  348  sqq. 


[ 


208  LIVRE    CENT    VINGT-CIMQUIÈ3IE, 

industrie  plus  libre  que  celle  des  autres  Syriens,  que  les 
montagnes  du  Liban  doivent  ces  murs  qui,  selevant  en  lei^ 
rasses,  soutiennent  les  terres  fertiles,  ces  vignobles  plantes 
avec  art,  ces  champs  de  blés  soigneusement  laboures,  ces 
liosquets  de  cotomiiers,  d'oliviers  et  de  mûriers,  qui,  semés 
de  toutes  parts  parmi  ses  rochers  escarpés,  rappellent  la 
puissance  de  l'homme  [').  La  vigne  produit  ici  des  grappes 
énormes ,  dont  chaqufi  raisin  a  la  grosseur  d'une  prune. 
Les  chèvres  et  les  écureuils,  les  perdrix  et  les  tourterelles 
paraissent  les  races  animales  les  plus  nombreuses;  les  uns 
et  les  autres  tombent  souvent  sous  la  serre  de  l'aigle  et  sous 
la  griffe  de  la  panthère ,  qu'on  nomme  ici  tigre  W,  » 

Les  cèdres  du  Liban  méritent  toujours  d'être  visités  par 
le  voyageur.  Pour  arriver  sur  le  sommet  qu'ils  ombragent, 
on  traverse  la  vaste  plaine  appelée  el  Sa/i/tel,  couverte  de 
villages  maronites  et  de  plantations  de  mûriers,  d'oliviers 
et  de  figuiers.  Cette  fertile  partie  du  Liban  est  gouvernée, 
disent  les  vojageurs  récens ,  par  un  délégué  du  grand  émir 
des  Druzes.  Plusieurs  cheiks  nommés  par  lui ,  résident  dans 
les  villages  ;  ce  sont  eux  qui  exercent  le  pouvoir  temporel , 
et  qui  perçoivent  les  impôts  et  les  adressent  au  délégué  qui 
à  son  tour  les  expédie  au  trésorier  du  grand  émir.  Le  pou- 
voir spirituel  est  confié  à  des  évèques  ou  à  leurs  tiélégués. 
En  cinq  heures  on  traverse  la  plaine,  puis  l'on  franchit  la 
montagne  pour  arriver  au  village  à'Eilen.  Pendant  qu'on  la 
traverse ,  on  suit  une  route  au  milieu  de  rochers  nus  où  la 
végétation  se  borne  à  quelques  pins  ou  à  quelques  sycomo- 
res dispersés  çà  et  là.  Une  source  abondante,  formée  par  la 
fonte  des  neiges,  sort  d'une  grotte  située  au  pied  du  mont 
Liban,  et  se  partage  en  plusieurs  ruisseaux  qui  arrosent  le 
chemin  des  cèdres.  Après  trois  heures  de  marche,  on  aper- 


(,'i- DoJidini ,  Vojrage  du  mont  Liban ,  Lraduction Iranç . ,  p.  76-80. 
<'•)  Sûàulse ,  ilsn»  Paiilus,  Collect.  dra  Voj»ge«,  VII ,  aoa. 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.         aog 

çoit  plusieurs  villages  maronites  assis  sur  d  énormes  niasses 
de  rochers  dépourvus  de  végétation.  Les  pierres  répandues 
sur  le  sol  en  empêchent  la  culture.  Enfin  après  neuf  heures 
de  marche  depuis  lextrémité  de  la  plaine  del  Sahhel,  on 
ai'rive  au  village  d'Eden.  Sa  situation  pittoresque^  la  vue 
de  la  plaine  et  de  la  mer,  ses  vergers  remplis  d  arhres  frui- 
tiers, les  Sources  qui  serpentent  de  tous  côtés,  lair  em- 
baumé qu  on  y  respire ,  justifient  le  nom  qu'il  porte  :  selon 
Topinion  des  Arabes,  cest  dans  cet  endroit  délicieux  que 
Dieu  plaça  le  paradis  terrestre  et  qu'il  créa  Adam  et  Eve  ; 
mais  le  déluge  de  Noé  et  la  succession  des  siècles  Font  en- 
tièrement défiguré.  '^ 

G  est  à  trois  lieues  de  ce  village,  que  se  trouve  la  planta- 
tion de  cèdres;  oh  y  arrive  à  travers  des  sentiers  couverts 
de  rochers.  Ils  occupent  une  région  élevée  où  le  thermo- 
mètre de  Réaumur  descend  à  lo  degrés  au-dessus  de  zéro, 
tandis  qu'il  est  à  3o  dans  la  plaine.  Le  parfum  des  cèdres  se 
fait  sentir  à  quelque  distance  :  sur  une  plate-forme,  on  voit 
une  centaine  de  ces  arbres  (i)  dont  quelques  uns  ont  i5  à 
20  pieds  de  circonférence;  mais  c'est  par  l'étendue  de  leurs 
branches,  toujours  vertes,  plutôt  que  par  leur  hauteur  et 
leur  grosseur,  qu'ils  sont  surtout  i*emarquables.  Cette  plan- 
tation, la  seule  qui  rappelle  les  antiques  forêts  qui  ont 
fourni  des  matériaux  au  temple  de  Salomon ,  est  placée 
sous  la  protection  du  patriarche  de  la  nation  maronite: 
ce  prélat  vient  chaque  année,  le  jour  de  la  Transfiguration , 
célébrer  une  messe  sur  un  autel  en  bois  de  cèdre  j^lacé  au 
pied  du  plus  majestueux  de  ces  arbres.  La  sombre  verdure 


(0  Ce  nombre  a  considérablement  augmenté  :  on  en  comptait  28  selon 
Bellonius  en  i55o;  a/J  selon  lïauwolf,  en  i575j  23  selon  Vandini,  en 
i5yg  ;  22  selon  Roger ^  en  i632 ,  et  Boulaye-le-Gouz  ,  en  i65o  ;  23  selon 
Théuenott  Jrvfieux  ^  etc.,  en  1660;  20  selon  La  Roque  y  en  1688;  16 
selon  Maundrell ,  en  1696;  12  selon  le  P.  Queux  ^  en  1721  ;  18  selon 
Korte,  en  1738  ;  et  20  selon  Schulze  j  en  1755. 

VIII.  14 


L 


alO  L[VHE    CEHT    VINCT-CIHQIITKMR. 

de  ces  gigantesques  végétaux  forme  un  singulier  contraste 
avec  l'ariiiité  du  soi  qui  )es  environne. 

"Dans  ces  asiles  inaccessibles  aux  armes,  mais  non  pas 
malheureusement  aux  intrigues  des  pachas  turcs,  vivent 
deux  peuplades  qui  diffèrent  de  religion  et  de  mœurs,  mais 
qui  se  ressemblent  par  leur  penchant  pour  l'indépendance, 
les  Maronites  et  les  Druzes. 

■  Le  pays  des  premiers  s'appelle  le  Kesraouan,  d'où  les 
historiens  des  croisades  ont  fait  Castravan;  il  s'étend 
depuis  le  cours  du  Nahr-el-Kehir  jusqu'à  celui  du  Kefb. 
Les  Maronites ,  au  nombre  d'environ  i5o,ooo,  vivent 
dans  des  villages  et  des  hameaux.  Le  village  de  Aa/iobïn, 
où  leur  patriarche  réside  dans  un  couvent,  peut  être  consi- 
déré comme  leur  chef-lieu.  La  plupart  des  cellules  de  ce 
monastère  sont  taillées  dans  le  roc  ainsi  que  l'église  et 
les  deux  souterrains  qui  servent  de  sépulture,  l'un  aux 
njoines  et  l'autre  aux  patriarches.  Les  Maronites  exportent 
leurs  blés,  leurs  vins,  leurs  cotons  par  Tripoli  et  Djebail. 
Divisés  en  peuple  et  en  clicikg  ou  notables,  tous  s'adon- 
nent avec  ardeur  au  travail ,  cultivent  la  terre  de  leurs 
propres  mainsj  tous  vivent  frugalement  au  sein  de  leur 
chaste  famille,  et  sous  un  toit  rustique  où  le  voyageur 
chrétien  trouve  toujours  une  réception  hospitalière. 

"Le  son  des  cloches  et  la  pompe  des  processions  at- 
testent la  liberté  dont  jouit  ici  le  culte  des  chrétiens.  Deux 
cents  monastères  observent  rigoureusement  ia  règle  de 
saint  Antoine.  Un  grand  nombre  d'ermites  demeurent 
dans  les  antres  et  les  cavernes  (i).  Quoique  réunis  à  l'E- 
glise romaine,  et  ayant  renoncé  à  l'hérésie  de  Mitron  leur 
fondateur,  en  conservant  toutefois  l'usage  de  célébrer 
l'ofËce  divin  suivant  leur  rite  et  dans  leur  propre  dialecte 
qui  est  un  mélange  de  syriaque  et  d'arabe ,  les  Maronites 


(<)  Daiidùii,  Voj'age  lu  mont  Liban ,  pas 


:  La  Syrie  avec  la  Palestine.  21  r 

maintiennent  l'antiijue  institution  du  mariage  des  prêtres. 
Il  règne  ici  une  ferveur  de  dtîvotion  qui  rappelle  les  siècles 
de  l'Église  primitive. 

«  Les  Druzes,  an  nombre  de  i  So,ooo,  habitent  au  sud  des 
Maronites.  Ils  peuvent  mettre  sous  les  armes  i5,ooo  hom- 
mes, ;  compris  4ooo  chre'tiens  qui  habitent  plusieurs  vil- 
lages où  ils  ont  leurs  églises.  Leur  contrée  est  divisée  en 
plusieurs  quartiers  qui  diffèrent  par  le  sol  et  les  pi'oduc~ 
tions.  Le  Matnéh,  qui  est  au  nord,  renferme,  au  sein  de 
ses  rochers ,  de  riches  mines  de  fer.  Le  Gharb ,  qui  vient 
ensuite  ,  nourrit  de  belles  forêts  de  sapins.  Le  Sa/thel,  dont 
nous  avons  parlé,  ou  le  pays  plat ,  voisin  de  la  nier ,  produit 
des  mûriers  et  des  vignes.  Le  Choùf,  canton  central , 
donne  les  meilleures  soies.  Le  Fefah,  ou  le  district  des 
pommes,  est  au  midi.  I^  Chakif  9.  les  meilleurs  tabacs; 
enfin,  on  désigne  sous  le  nom  de  Djourtl  la  région  la  plus 
élevée  et  la  plus  froide,  où,  dans  l'éié,  les  pasteurs  se 
retirent  avec  leurs  troupeaux  (0.  Deir-el-Kamar  ou  Dalil- 
Camar,  c'est-à-dire  la  maison  de  la  lune,  gros  bourg  mal 
bâti  dans  le  canton  de  ChouJ',  est  la  résidence  de  l'émir  on 
prince  des  Druzes  qui  y  habite  une  forteresse, 

-  C'est  la  religion  qui  élève  une  barrière  entre  cette 
peuplade  et  les  autres  Syriens.  Long-temps  ignorée  en  Eu- 
rope, concentrée  parmi  les  OkhaU  on  docteurs  des  Druzes, 
elle  est  à  présent  connue  par  ta  publication  de  plusieurs 
livres  dogmatiques  écrits  en  arabe,  mais  d'un  style  très- 
obscur  (a).  Les  Druzes  croient  à  un  seul  Dieu  qui  s'est 
montré  pour  la  dernière  fois  sous  une  figure  humaine  dans 
la  personne  de  Hakein,  calife  d'Egypte,  en   io3o.  Ils  ne 

C')  /"oiiiey,  Voyage  en  Sjric,  11 ,  i;3.  —  W  ^(i/er,  Musseum  Kuficum 
_  Borgiaiiitm(Uoine,  17B1).  Eichham,  Ana^ton  ilépertoire  de  Litléra- 
^  (lire  biblique  et  orientale,  XII,  ar[.  4-  -AdUr,  Méra.  iliid. ,  XV,  art.  8, 
^U  Brunt  ,DisBerlat.  XVII,  art.  3.  Pau^ ,  dans  ses  MemoraùHia ,  1,  -irt,  S 
^1'    etq.  Fenture,  ilana  lea  Annales  des  Foyages ,  IV,  3iS  s/fij. 

L 


212  LITRE    CENT    VIHGT-CIMQUlfeME. 

pratiquent  ni  circoncision,  ni  jei\nes,nl  prières  j  ils  boivent 
du  vin,  mangent  du  porc,  se  marient  entre  frère  et  sœur, 
et  ont  le  droit  d'avoir  plusieurs  femmes.  Persuades  que 
toutes  les  autres  croyances  viendront  se  fondre  dans  eelle 
qu'ils  professent,  ils  les  regardent  toutes  avec  une  indiffé- 
rence égale;  cependant  les  chrétiens  ont  cru  voir  qu'ils 
méprisaient  particulièrement  le  mahométisme.  D'autres 
doctrines,  qui  respirent  la  plus  haute  antiquité,  se  mêlent 
à  ce  système  de  déisme  :  telles  sont  la  croyance  en  la  mé- 
tempsycose et  l'adoration  d'un  veau  ('}.  Ces  traces  d'an- 
ciennes religions  des  Samaritains  et  de  quelques  sectes 
juives,  autorisent  bien  la  judicieuse  conjecture  d'après  la- 
quelle la  société  politique  des  Druzes  serait  antérieure  à 
l'époque  du  calife  Hakera  et  de  son  prophète  Hamzah  ou 
Hamzeh.  Cette  conjecture  prend  le  caractère  d'une  grande 
vraisemblance  lorsqu'on  rapproche  les  passages  où  les  Hé- 
breux parlent  d'une  nation  d'//«/'jW,  ceux  où  les  Grecs  et 
les  Romains  peignent  la  valeur  indomptable  des  Iturœi,  maî- 
tres du  Liban  depuis  Beryte  jusqu'à  Damas  P) ,  et  le  témoi- 
gnage d'un  voyageur  moderne,  selon  lequel  le  vrai  nom 
de  Druzes  serait  Diirzi  ou  Turzi  (4).  On  est  tenté  de  penser 
que  les  anciens  Iturœi,  Ilurs,  ou  Turzi,  se  sont  toujours 
maintenus  dans  une  sorte  d'indépendance  au  milieu  des 
révolutions  qu'a  éprouvées  la  Syrie,  et  que  la  doctrine 
d'Hakem  n'a  fait  que  prêter  une  nouvelle  énergie  à  une 
association  déjà  formée. 

«Selon  un  voyageur  récent,  le  nom  de  Druze  indique- 
rait une  secte  qui  étudie  les  mystères;  il  dériverait  du 


(')  Atarili,  Islaria  île  FacaiMlino  (  Livournu,  1787  ),  p,  3<)  ilc  la  trnd. 
allem.  Niebahv,  Vojage ,  Il ,  p.  ^18.  — (')  Paralip.,  I .  cop.  1  ,  v.  3; 
L-ap.  3,  V.  19.  Joii^ptK,  Aoliq.  judaic. ,  XIII,  ig.— W  Whi.  .  V,  33. 
Sirab.,  XVI,  p.  10^3- tiK,!).  Almelov.  Ci'c. ,  Philipp.,  Il,  8-^4.  Dion 
Ca.*.  ,XXX1X .  5-59.  ^ppian. ,  Bell,  ci», ,  V,  <o.-~^'')Niehû,r.  Voyage. 
11 ,  p.  436  en  ■llem. 


i  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  a  1 3 

■sei'be  tlarass ,  qui  signifie  étudier.  Le  fondateur  de  cette 
secte  serait  Monsoui-ebn-el-Aaïir,  que  les  Druzes  nomment 
Mohamed-ben-Ismael ,  qui  naquit  au  Caire  l'an  985  de  notre 
ère,  succéda  à  son  père,  et  se  déclara  troisième  calife  de  In 
race  des  Fathmioun  en  Egypte  j  puis  il  prétendit  être  un 
Dieu  incarné  et  descendu  de  Fatinie,  fille  de  Mahomet.  Ses 
prosélytes  devinrent  nombreux;  il  conquit  la  Syrie,  per- 
sécuta les  juifs  et  les  chrétiens,  et  fut  massacré  en  102t. 
Hamzeh,  son  disciple,  déclara  qu'il  avait  disparu,  et  avait 
laissé  un  manuscrit  précieux  sur  sa  doctrine  :  on  peut 
considérer  celle-ci  comme  un  tissu  de  rêveries  mêlées  de 
doctrines  juives ,  chrétiennes  et  musulmanes  (')■ 

«  Quelle  que  soit  l'origine  des  Druzes,  cette  nation  peu 
nombreuse  représente  seule,  en  Turquie,  la  dignité  de  la 
nature  humaine.  Républicains  par  l'austérité  de  leurs 
mœurs,  toujours  redoutés  comme  rebelles,  ou  respectés 
comme  vassaux  libres  par  les  pachas  voisins,  ils  obéissent 
pourtant  à  un  prince  héréditaire. 

«.  Quand  ta  famille  régnante  est  éteinte,  un  autre  prince 
estporteautroneparlessuffragesdupeuple.il  est  toutefois 
obligé  de  se  reconnaître  tributaire  de  la  Porte.  Le  hakem 
ou  émir  régnant  ne  peut  faire  la  paix  ou  la  guerre  qu'après 
avoir  consulté  les  notables  ;  mais  tout  paysan  qui ,  par  son 
esprit  et  son  courage,  a  acquis  quelque  crédit,  a  droit  de 
donner  sa  voix  dans  l'assemblée  générale.  Les  prêtres  ou 
okhals  ont  plusieurs  degrés  d'initiation,  dont  le  plus  élevé 
exige  le  célibat 

'Plusieurs  familles  jouissent  d'honneurs  particuliers;  mais 
une  noble  simplicité  les  rapproche  tous  dans  ta  vie  sociale. 
Invincibles  dans  leurs  montagnes,  ils  ignorent  l'art  de  com- 
battre en  plaine;  leur  fidélité  égale  leur  courage,  jamais  ils 


(0  No<e  sur  les  Sruzes,  c&traitc  d'un  mémoire  miiDuscrït  Aîté  <lc 
Sarde,   185G.  —  Nouvrilc»  Annales  des  Voyage»,  iy,  iB.la. 


l4  LiVUE    CEMT    VINGT-CINQUIJÎMK. 

ne  trahissent  l'infortuné  qui  vient  implorer  leur  protection  ; 
mais  ils  vengent  le  sang  par  le  sang,  et  on  a  vu  Xe&feda- 
riéhSf  ou  satellites  de  leurs  émirs,  semblables  aux  anciens 
Assassins ,  frapper  les  ennemis  de  leurs  maîtres  au  milieu 
des  cités  populeuses  ('}■ 

■  La  jalousie  des  Druzes  est  poussée  très-loin.  Un  voile 
sévère  dérobe  à  tout  regard  profane  les  charmes  de  leurs 
femmes ,  qu'on  dit  très-belles  et  animées  des  sentimens  exal- 
tés des  Lacédémoniennes.  Le  mari  entend  avec  peine  le  bien 
qu'on  lui  dit  de  sa  femme,  et  un  éloge  un  peu  vif  delà  part 
d'un  étranger  expose  la  vie  d'une  Druze  W.  L'agriculture  et 
la  politique  forment  le  sujet  des  conversations  des  Druzes 
rassemblés  devant  leurs  cabanes  ;  les  enfans  môme  écoutent 
en  silence  le  rustique  sénat,  et,  ignorant  l'art  de  lire,  se 
livrent  avec  joie  aux  exercices  guerriers. 

"  Les  Moutoualis ,  nommés  pour  la  première  fois  par  Ar- 
vieux(3),  occupent  la  grande  vallée  qui  sépare  les  deux 
chaînes  principales  du  Liban  ,  et  dont  les  modernes 
aiment  à  désigner  la  plus  orientale  sous  le  nom  d'Anti- 
Liban.  Ce  sont  d'anciens  Syriens  qui  ont  embrassé  la 
doctrine  des  Schïites  mahométans;  ils  adorent  le  calife 
jîli  presque  à  l'égal  de  la  Divinité.  Gouvernés  comme 
les  Druzes,  leurs  rivaux  constans,  par  des  cheiks  et  des 
émirs,  ils  se  sont  fait  redouter  des  Turcs  :  leur  cavalerie 
passait  pour  invincible;  mais  la  discorde  les  a  singulière- 
ment affaiblis. 

"  Dans  leur  pays  se  trouve  Baalbek  ou  Balbek,  ville  de 
1 5oo  âmes ,  qui  est  comme  ensevelie  dans  les  ruines  impo- 
santes de  l'ancienne  Héliopolis.  Le  portique  du  temple  du 
Soleil  j  quoique  défiguré  par  deux  tours  turques ,  est  d'une 
beauté  inexprimable.  On  sait  qu'il  fut  construit  sous  !e 


L. 


(')  fenlurt,  Ann.i).  des  Vojag.,  [V,  345.  —  ('1  Niebulir.  Il ,  35^-435. 
Aivieux ,  I,  oliap.  6. — (') Honobstanl  /'o/nfy,  II ,  jg. 


Asii:  :  La  Syrie  avec  la  Palestine,  ai5*" 

règne  d'Antonin-!e-Pieux.  On  a  tiré  d'une  carrière  voisine 
les  matéi-iaux  qui  ont  servi  à  construire  le  temple.  Il  rpste 
encore  attaché  au  fond  de  cette  carrière  une  pierre  qui  a 
70  pieds  de  longueur,  i4  de  largeur  et  i4  pieds  5  pouces 
d'épaisseur.  Qu'on  juge  de  la  grandeur  des  édifices  auxquels 
on  employait  des  blocs  semblables! 

"Au  pied  oriental  du  Liban,  de  nombreux  ruisseaux 
arrosent  la  fertile  prairie  où  s'élève  l'antique  Damas,  le 
DamasGus  des  Romains,  et  le  Dcmechk  ou  Cham-el-DÎ- 
michk  des  Orientaux.  Cette  ville  était  célèbre  par  sa  ma- 
nufacture de  sabres,  fabriqués,  à  ce  qu'il  paraît,  avec  des 
bandes  minces  et  alternatives  d'acier  et  de  fer;  ce  qui  les 
rendait  si  flexibles  qu'ils  se  pliaient  jusqu'à  la  poignée,  et 
qu'ils  pouvaient  cependant  couper  les  corps  les  plus  durs, 
Le  seci-et  de  cette  fabrication  est  aujourd'hui  perdu.  Ta- 
nierlan  emmena  les  ouvriers  en  Perse;  pourtant  on  y  fabri- 
que encore  des  sabres,  mais  moins  bons.  D'autres  manu- 
factures produisent  d'excellent  savon  et  des  étoft'es  mêlées 
de  coton  et  de  soie  ;  les  ouvrages  d'ébénisterie  en  bois 
|»récieux,  ornés  d'ivoire  et  de  nacre  de  perle,  ont  excité 
l'admiration  des  Européens  (i).  !-«  commerce  et  le  passage 
des  caravanes  pour  la  Mekke  animent  celte  ville  j  la  grande 
rue  qui  la  traverse  offre  deux  rangs  de  boutiques  où  les 
richesses  de  l'Inde  brillent  à  côté  de  celles  de  l'Europe  W. 
La  population  peut  aller  à  près  de  i5o,ooo  âmes.  Les  mai- 
sons particulières  de  Damas ,  d'un  aspect  simple  au  dehors , 
offrent  dans  l'intérieur  tout  l'éclat  et  tous  les  agrémens 
d'un  luxe  rafQne;  on  y  marche  sur  le  marbre;  on  voit 
briller  de  toutes  parts  l'albâtre  et  la  dorure  ;  chaque  grande 
sède  un  ou  plusieurs  jets  d'eau  qui  jouent  dans 


1 

I 


(0  SchiUze,  Voyage,  etc.,  Aam  PauUts,  Collection  des  Voyages  dan» 
l'Orient,  Vil,  i;4'  —  W  Nouveaux  Mémoires  de»  Missious  de  la  Com- 
pagnie de  Jésus,  VI,  tt-j  it/if. 


1 


I 

■  si""" 


2l6  LIVRE    CEIÏT    VINGT-CIWQUIÈME. 

de  magniliques  bassins  (']•  La  moindre  habicatlon  a  trois 
conduits  d'eau,  l'un  pour  la  cuisine,  l'autre  pour  le  jardin, 
le  troisième  pour  nettoyer  les  immondices.  Les  mosquées, 
les  églises,  les  cafés  de  Damas  répondent  à  cette  magnifi- 
cence: le  Chan-Verdy,  ou  café  aux  rosiers,  est  regardé 
comme  une  des  curiosités  du  Levant.  ■ 

La  longueur  de  cette  ville,  dit  un  vojageur  anglais  (2) , 
paraît  être  de  3  milles  et  sa  largeur  de  3.  Elle  s'étend  sur 
la  lisière  orientale  d'une  belle  plaine  près  d'une  chaîne  de 
collines  au  nord-est,  et  la  plaine  s'agrandit  à  perte  de  vue. 
Les  maisons  de  Damas,  construites  le  bas  en  pierres,  le 
haut  en  briques  jaunes ,  et  les  édifices  publics  peints  des 
plus  riantes  couleurs,  donnent  à  la  ville  un  aspect  ravissant. 
C'est  au  centre  que  se  trouvent  le  château  entouré  de  mu- 
railles et  la  grande  masquée ,  édifices  imposans  par  leur 
magnificence.  Les  nombreux  minarets  qui  s'élèvent  dans 
tous  les  quartiers  donnent  à  cette  importante  cité  un  ca- 
ractère particulier  d'élégance.  Les  jardins  qui  l'entourent 
du  côté  du  nord,  les  plantations  d'oliviers  et  les  longues 
avenues  au  midi,  les  nombreux  villages  à  l'est,  le  grand 
faubourg  de  Salbejah  à  l'ouest,  tout  cela,  joint  aux  som- 
bres et  hauts  cyprès,  aux  peupliers  élancés,  aux  champs 
de  blé,  aux  rivières  et  aux  ruisseaux  qui  fertilisent  le  sol , 
présente  un  paysage  enclianteur  et  cligne  de  l'imagination 
descriptive  d'un  conteur  arahe.  Ajoutons  que  ses  rues  sont 
bien  pavées  et  garnies  de  trottoirs, 

«Les  environs  de  la  ville,  arrosés  par  le  BaiTady  et 
d'autres  petites  rivières,  présentent  en  toutes  saisons  une 
verdure  agréable  et  une  longue  série  de  jardins  et  de  mai- 
sons de  campagne.  La  vallée  de  Damas,  ou  le  Goittha., 
est,  selon  Aboulfeda,  le  premier  des  quatre  paradis  ter- 

(0  MaiindreU,  Joaracyirom  Aleppnto  Jcrusalcm  ,  p.  1  aS  (dililion  G'}, 
Schulie,  (fans  k  Collection  t\ePaulus,  VU,  177  si/q. — f')  J.  Btickin- 
gkam  .'  Travpis  arnoog  the  orab  Iribcs.  —  183S. 


I 


ASIE  :  La  Sjrie  avec  la  Palestine.  nf] 

rcstres  (')•  Fnut-ïl  que  partout  les  lieux  les  plus  charmans 
soient  habités  par  des  mëchansl'  Les  Damasquins  sont 
accuses  de  fanatisme  par  les  chrétiens ,  et  de  perfidie  par 
les  musulmans.  Trois  proverbes  arabes  peignent  le  carac- 
tère des  babitans  de  trois  grandes  villes  voisines  de  l'Ara- 
bie; Sclianii scho/imi,  les  Damasquins  sont  traîtres;  Halebi 
tchelebi,  les  Alepins  sont  petits-maîtres  ;  Maseij  harami , 
les  habitans  du  grand  Caire  sont  vindicatifs  (a).  Mais  un 
voyageur  récent,  Seelzen,  contredit  ces  idées  reçues,  en  tant 
qu'elles  regardent  les  Damasquins.  • 

>>  Il  nous  reste  à  considérer  l'ancienne  Palestine,  avec  les 
petites  provinces  qui  le  plus  souvent  en  ont  fait  partie  et 
qui  dépendent  du  pacbalîk  de  Damas.  Au  sud  de  Damas 
s'étendent  les  contrées  nommées  Aumnitis  et  Gaulonitis 
par  les  anciens,  aujourd'bui  Hauran  et  Chauldn,  contrées 
formées  presque  en  entier  par  une  vaste  et  superbe  plaine 
qui  n  pour  limites,  au  nord,  XHermon  des  anciens,  aujour- 
dliuï  Djebel-el-Schech;  au  sud-uuest  Djebel-Edgetlwim,  et 
à  l'est  Djebel-Haouran.  Toutes  ces  contrées  ne  renferment 
pas  une  seule  rivière  qui  conserve  de  l'eau  pendant  l'été; 
il  n'y  a  que  des  torrens  ou  ouadi.  La  plupart  des  villages 
ont  chacun  leur  éiang,  qu'ils  laissent  remplir  par  un  ouadi 
pendant  la  saison  de  la  pluie.  Dans  toute  la  Syrie  il  n'y  a 
pas  de  contrée  plus  renommée  pour  la  culture  du  froment 
que  le  Baotiraii.  Quand  le  vent  remue  les  blés,  la  plaine 
immense  présente  l'aspect  d'une  nier  ondoyante.  On  trouve 
dans  cette  plaine  des  tertres  épars,  dont  chacun  porte  un 
village  habité  ou  désert.  Tous  ces  tertres,  toutes  les  pierres 
roulées  qu'on  trouve  dans  les  champs,  toutes  les  pierres 
de  bâtisse  et  la  montagne  entière  de  Haonran,  consistent 
uniquement  en  basalte;  toutes  les  maisons  en  sout  con- 
struites, ce  qui  leur  donne  un  aspect  sombre;  les  hattans 


.ilii  LIVRE    CENT   V(KGT-ClNQtIIEME. 

même  des  portes  sont  de  celte  substance  (').  L'ancienne 
Bostra,  ou  Bosra,  chef-lieu  du  pays  de  Haouraii  et  capi- 
tale de  l'Arabie  romaine  dans  le  HP  siècle,  conserve  en- 
core son  nom ,  maïs  elle  est  en  ruines.  On  y  voit  la  colon- 
nade d'un  temple  et  un  long  pont  qui  conduit  à  un  château 
construit  sur  l'emplacement  d'un  vaste  théâtre  romain. 

1  Le  district  de  Bothïn,  l'ancienno  Batanea,  ne  renferme 
que  des  montagnes  calcaires;  on  y  voit  de  vastes  cavernes 
creusées  dans  le  roc,  et  où  des  familles  de  bergers  arabes 
vivent  à  ia  manière  des  anciens  Troglodytes;  le  troupeau 
de  chèvres  vient  spontanément  offrir  ses  mamelles  pleines 
de  lait,  et  un  énorme  tronc  d'arbre  allumé  chasse  à  la 
fois  le  froid  et  les  ténèbres.  C'est  ici  qu'un  voyageur  mo- 
derne a  découvert  les  magnifiques  ruines  de  Gerasa ,  au- 
jourd'hui Djerrach,  où  des  temples,  des  amphithéâtres  et 
plusieurs  centaines  de  colonnes,  encore  debout,  attestent 
la  puissance  romaine  (^),  Cette  découverte  confirme  l'opi- 
nion de  Mannert,  qui  a  fixé  l'emplacement  de  Gerasa  beau- 
coup plus  au  midi  que  ne  le  veut  d'Anville.  Le  mont  Edje- 
ioun,  l'ancien  Gilead,  nourrit  des  chênes  à  noix  de  galle. 
Les  hahitans  de  la  ville  de  Es-Szalth ,  chef-lieu  de  la  con- 
trée El-Beika,  l'ancienne  Perœa,  n'obéissent  à  personne; 
leur  territoire  présente,  sur  ses  nombreuses  terrasses,  un 
mélange  de  vignes,  d'oliviers  et  de  grenadiers,  Knrrak- 
Moab,  ou  simplement  Kcrek,  siège  d'un  évèque  grec ,  clief- 
lieu  d'un  canton  qui  répond  à  l'ancienne  Moabitis ,  doit 
être  distingué  d'un  autre  Karrak  dans  l'Arabie  Pétrée. 
Telles  sont  les  contrées  à  l'orient  du  Jourdain. 

"Cette  rivière,  dans  la  partie  supérieure  de  son  cours  ; 
borde  la  fertile  et  pittoresque  Galilée,  qui  forme  aujour- 
d'hui le  district  de  Sftfètdou  Safei.  La  ville  de  ce  nom  est, 


L 


I')  Seelzcn.  Annalrs  ilt's  Vojiiges,  1 ,  p.  ïgB,  prtmii-re  ûdilioii  (^i" 
i"  ).  —  '.')  Seetaai .  CorrMpoatlann;  tic  M,  Zacli ,  XVJIl ,  ^'5. 


jVsie  :  La  Sjrrie  avec  la  Patextine.  -j  ig 

dit-on,  l'ancienne  Belhu/ia  qu'assiégea  Holoferne  et  qui 
vît  naître  Tobic.  Elle  occupe  une  montagne  au  pied  de 
laquelle  s'étendent  de  toutes  parts  des  bosquets  de  myr- 
tes (']■  '  Sa  citadelle,  quîpai-ak  être  une  des  plus  anciennes 
constructions  de  la  Palestine ,  est  remarquable  par  l'épais- 
seur de  ses  murailles.  La  prétendue  maison  de  Jacob  n'est 
qu'une  suite  de  tombeaux  taillés  dans  le  roc.  Safet  est  une 
des  quatre  villes  regardées  comme  sacrées  par  les  Juifs, 
qui  y  ont  une  école  célèbre  et  une  imprimerie. 

■  Tabariék,  peuplée  de  4ooo  âmes,  remplace  la  «grande 
ville  de  Tibérias,  qui  donna  son  nom  au  lac  voisin,  appelé 
aussi  le  lac  Génézarelh  ou  la  mer  de  Galilée.  Des  dattiers, 
des  orangers,  des  indigotiers  couronnent  ce  pittoresque 
bassin;  maïs  aucune  barque  de  pêcbeur  ne  poursuit  les 
milliers  de  poissons  qui  s'y  jouent  (.'^j,  »  Un  peu  plus  loin 
vers  le  nord-est  se  trouvait  Capharnaum,  dont  il  n'existe 
plus  de  traces. 

Nazareth,  aujourd'hui  Nasra,  où  naquit  Jésus-Christ, 
est  une  ville  à  laquelle  les  voyageurs  modernes  accordent 
4000  habitans,  la  plupart  chrétiens.  Lu  rue  principale  est 
droite;  les  maisons  ont  toutes  une  partie  souterraine 
creusée  dans  la  montagne.  Le  couvent  de  Franciscains 
passe  pour  le  plus  beau  de  la  Palestine  :  il  est  habité  par 
Il  religieux;  l'église  de  l'Annonciation  est  aussi  la  plus 
belle  après  celle  du  Saint-Sépulcre  à  Jérusalem  :  sous  cette 
église  il  en  est  une  souterraine  qui  passe  pour  avoir  été 
construite  sur  l'emplacement  de  la  demeure  de  la  vierge 
Marie,  dont  chaque  partie  est  occupée  par  une  chapelle  ; 
non  loin  de  là  tes  religieux  montrent  aux  pèlerins  l'atelier 
de  Joseph ,  l'école  que  fréquenta  Jésus  et  une  piene  en 
forme  de  table  sur  laquelle  ils  assurent  qu'il  mangea  avant 
et  après  sa  résurrection.  Dans  les  environs  on  voie  encore 


k 


v')&?.u;îe,ilaQsbColle<:.  Jcfofi/uj.VlI.Go.  — (■')Ai!e<ie»,ib.  ,j4o. 


1 


i 


220  LEVm    CENT    VIWGT-CINQUIEME. 

la  petite  ville  de  Caria,  peuplée  de  5oo  familles ,  et  célèbrp 
par  le  miracle  de  leau  cliangée  en  vin. 

"  A  deux  lieues  au  sud  de  Nazareth  s'élève ,  au-dessus 
de  la  plaine  d'Ezdrelon,  une  pyramide  de  verdure;  les 
oliviers  et  les  sycomores  en  couronnent  le  sommet,  où 
s'étend  une  plaine  couverte  de  blé  sauvage  j  c'est  le  mont 
Thabor,  V Atabyrion  ou  \ Ithaburius  des  anciens ,  célèbre 
dans  les  fastes  des  armées  françaises  par  la  victoire  qu'y 
remporta  ISonaparte  en  1799.  Du  haut  de  ce  mont,  où 
une  tradition  vénérable  place  la  scène  de  \a.  transfiguration 
de  Jésus-Christ,  la  vue  plonge  sur  !e  Jourdain,  le  tac  de 
Tibérias  et  la  Méditeiranée  [')■ 

■  I^  Galilée  serait  un  paradis  si  elle  était  habitée  par 
un  peuple  ^dustrieux;  00  y  voit  des  ceps  de  vigne  qui 
ont  un  à  deux  pieds  de  diamètre,  et  qui  forment  avec  leurs 


branches  de  vastes  salles  de  verdure:  une  seule  2 


appe 


raisin,  longue  de  deux  à  trois  pieds,  sulTit,  avec  de  l'eau 
et  du  pain ,  au  souper  d'une  famille  entière  W.  Les  plaines 
d'Ezdrelon  et  tous  les  autres  cantons  de  pâturages  sunt 
occupés  par  des  tribus  arabes;  autour  de  leurs  tentes 
brunâtres,  les  agneaux  et  les  moutons  bondissent  en  ca- 
dence au  son  du  chalumeau  qui ,  à  l'entrée  de  la  nuit ,  les 
rappelle  (5). . 

L'ancienne  Samarle  cumprend  les  districts  SAreta  et  de 
N<iplotis.  Dans  le  premier  on  trouve,  au  nord  de  la  foràt 
de  chênes  nommée  anciennement  Saronas,  les  restes  de 
Cêsarée,  bâtie  par  Hérode,  restaurée  par  saint  Louis  et 
qui  fut  le  séjour  des  rois  de  Jérusalem,  On  l'appelle  aujour- 
d'hui Kaisariéh.  C'est  une  ville  qu'on  est  étonné  de  voir 
abandonnée,  car  on  y  trouve  encore  des  rues,  des  places, 
des  églises  assez  bien  conservées,  un  port  en  bon  étnt  et 

(']  Maundrell,  a  Journcy,  cLc.  ,  p.  1  iTi,  Nau,  De  la  S'allc ,  cLc  ,  etc. 
(')  Schdze.  dans  la  Collection  de  Paidus .  VU  ,  101, 
y)  Scimht ,  dans  ta  Collection  île  Patdai ,  VII ,  p.  (i8- 


ASIE  :  La  Sp-ie  avec  la  Palestine.  la 

des  remparts  qui  ne  sont  pas  entièrement  tombés.  On  y 
remarque  des  colonnes  de  marbre  et  de  granité  qui  pa- 
raissent avoir  appartenu  au  grand  temple  d'Auguste. 

«  Au  sud-ouest  du  golfe  de  Saint- Jean- d'Acre  s'étend  la 
chaîne  de  montagnes  dont  le  promontoire  est  spécialement 
connu  sous  le  nom  de  mont  Carmel,  nom  fameux:  dans  les 
annales  de  la  religion;  là,  dit-on,  le  prophètft  Elie  prouva 
par  des  miracles  sa  mission  divine;  là  des  milliers  de  reli- 
gieux chrétiens  vivaient  dans  des  grottes  taillées  dans  le 
roc;  alors  toute  la  montagne  était  couverte  de  chapelles  et 
de  jardins  :  aujourd'hui  l'on  n'en  voit  que  les  ruines  éparses 
au  milieu  de  forêts  de  chênes  et  d'oliviers  dont  la  verdure 
est  interrompue  par  la  blancheur  des  rochers  calcaires  !')■ 
L'ancienne  église,  qui  avait  été  démolie  par  suite  de  l'in- 
surrection grecque,  a  été  rebâtie  avec  les  matériaux  de  la 
première  au  moyen  des  sommes  envoyées  par  Charles  X. 
Un  air  vif  et  pur  embaume  les  hauteurs  du  Carmel,  tandis 
que  dans  l'intérieur  de  la  Galilée  et  de  la  Samarie  l'at- 
mosphère est  quelquefois  obscurcie  par  des  brouillards 
secs  W.  " 

La  ville  de  Naplous,  l'ancienne  Kéapolis  du  siècle 
d'Hérode,  mais  plus  connue  sous  son  nom  primitif  de 
Sic/iem,  renferme,  dans  des  maisons  de  peu  d'apparence, 
une  population  considérable  pour  ce  pays  désert:  on  la 
porte  à  10,000  âmes.  On  y  montre  encore  les  grottes  sépul- 
crales de  Joseph,  de  Jacob  et  de  Josué,  ainsi  que  le  puits 
creusé  par  ce  dernier.  C'est  à  Naplous  que  Bonaparte  fit 
exterminer,  en  1799,  un  corps  de  Naplousiens  qui,  après 
avoir  été  faits  prisonniers  et  renvoyés  sur  parole,  avaient 
repris  les  armes  contre  les  Français. 

Les  Samaritains ,  nommés  en  arabe  Semrc,  adorent  encore 


I 


<0  PkiUppusà  iiincfa  Trinilete,  Itiner. 

(>]  Scladze,  dans  h  Collection  de  i><iuAu,  Vil,  5S. 


322  LIVIiF,    Ci-NT    VINGT-CINQUIEME. 

Jcliovali  sur  les  verdoyantes  hauteurs  de  Garizint  (') ,  où  ils 
avaient  jadis  un  temple  qui  rivalisait  en  magnificence  avec 
celui  de  Jérusalem,  Ils  ont  oublie  leur  idiome,  qui  était  un 
dialecte  deriiebreu.  A  deux  lieues  plus  au  nord,  des  vergers 
couvrent  les  ruines  de  Samarie,  aujourd'hui  petit  village 
appelé  Sebaste .,  ou  Kalaad- Sànour ;  le  pays  produit  en 
abondance  du  blé,  des  soies  et  des  olives  W. 

"  La  Judée  proprement  dite  comprend  le  district  de  Gazn 
ou  l'ancien  pays  des  Philistins,  celui  de  KhalUoaà'Hébron, 
et  celui  à'El-Kods  ou  de  Jérusalem.  Dans  le  premier  on 
remarque,  outre  le  chef-lieu  du  iiiême  nom,  le  célèbre 
port  de  Jaffa-i  qu'on  devrait  écrire  lufa,  et  qui  répond  ;i 
l'ancienne  Jappé,  Tour  à  tour  fortifiée  et  démantelée ,  dé- 
vastée et  rebâtie,  cette  ville  change  continuellement  de 
face  dans  les  relations  des  voyageurs.  On  s'accorde  cepen- 
dant à  lui  donner  4  ou  5ooo  habitans^  elle  s'élève  en  am- 
pbithéAtre  au  bord  de  In  mer  sur  une  colline  que  domine 
une  forteresse  en  ruines.  >,  C'est  ici  que ,  suivant  une  tradi- 
tion populaire,  Noé  construisit  l'arche;  c'est  ici  que  dé- 
barquèrent les  matériaux  que  Saloraon  employa  dans  la 
construction  du  temple  de  Jérusalem;  c'est  ici  que  Bona- 
parte, voulant  rassurer  son  armée  effrayée  des  ravages  de  la 
peste,  toucha  les  tumeurs  pestilentielles  d'un  grand  nombre 
de  pestiférés  pour  prouver  que  ce  Héau  n'était  point  conta- 
gieux; enfin  c'est  ici  qu'abordent  les  pèlerins  de  Jérusalem. 
Si  la  Judée  était  cultivée,  les  exportations  de  cotons  de  ce 
port  seraient  considérables. 

■■  Le  sol ,  composé  d'un  terreau  sablonneux ,  s'élève  de 
Jaffa  vers  les  montagnes  de  la  Judée  en  formant  quatre 
terrasses  (5).  Les  bords  de  la  mer  se  couronnent  de  len- 
tisques,  de  palmiers  et  de  nopals;  plus  haut,  les  vignes, 


1 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  2j.?t 

les  oliviers,  les  sycomores  répondent  nu  soin  du  Jardinier; 
les  bosquets  naturels  se  composent  de  chênes  verts,  de 
cyprès,  d'andrachnes  et  de  téiëbinthes ;  la  terre  se  couvre 
de  romaiins ,  de  cistes  et  de  tubéreuses.  Pieire  Bp.Inn  com- 
pare la  végétation  de  ces  monlagnes  à  celle  de  llda  en 
Ci'ète(i).  D'autres  Toyageurs  ont  dîné  à  l'ombre  d'un  ci- 
tronnier de  la  grandeur  d'un  de  nos  forts  chênes  j  ils  ont 
vu  des  sycomores  qui  ombrageaient  trente  personnes  avec 
leuri  clievauxW.  Le  vin  de  Saint-Jean,  près  Bethtéhem, 
est  délicieux.  Les  oliviers  sauvages,  près  Jéricho  ,  donnent 
de  très-grands  l'ruits  et  une  huile  très-fine  (3J.  Dans  les 
lieux  arrosés,  le  même  champ,  après  avoir  donné  des 
blés  au  mois  de  mai,  produit  des  légumes  en  automne: 
plusieurs  arbres  fruitiers  sont  continuellement  ehargés, 
en  même  temps ,  de  Heurs  et  de  fruits  ;  les  mAriers ,  plantés 
en  ligne  dans  les  campagnes,  sont  enlacés  de  branches 
de  vigne  (4).  Si ,  dans  les  chaleurs,  cette  végétation  semble 
languir  et  même  s'éteindre,  si  dans  les  montagnes  elle  est 
en  toutes  les  saisons  clair-semée,  il  ne  faut  pas  s'en  prendre 
uniquement  à  la  nature  de  tous  les  climats  chauds  et  secs, 
mais  encore  à  l'état  de  barbarie  où  sont  plongés  les  habi- 
tans  actuels.  On  aperçoit  encore  les  restes  des  murs  par 
lesquels  les  anciens  habitans  soutenaient  les  terres,  les 
débris  des  citernes  où  ils  recueillaient  les  eaux  de  pluie,  et 
les  traces  des  canaux  par  lesquels  ces  eaux  se  distribuaient 
dans  les  campagnes.  Quels  prodiges  de  fertilité  ces  soins. 
n'ont-ils  pas  dii  produire  sous  un  soleil  ardent  où  il  ne 
faut  qu'un  peu  d'eau  pour  vivifier  les  germes  des  végétaux  ! 
Les  rapports  des   anciens  sur   la  fertilité   de  la  Judée, 

{■)  Pierre  Belon,  Observ ,  Ju  plusieurs  singularilés ,  p.  1^0.  Jfasselijiiist , 
VojngeenPalfisline.p.  535,  5.ïo,  5(i3,etc.  (en  allem.).  —i.^)  Scliuhe , 
JoDs  Paulits,  CoUettion,  V!,  ajS;  VII,  3(.  — (3)  &/m£te,  Vojagcs  ou 
les  Voies  du  Très-Haut,  clc.  .  H,  86.  i35  (en  allcm,).  —  [4)  A'one, 
Voyoge  en  Palestine,  p,  187  (en  allem.).  ffasselquisl,  passim. 


'Ja4  LIVnK    CENT    VlNCT-ClNQlJlIiME. 

recueillis  par  l'abbe  Guenée,  no  présentent  donc  iiuciine 
contradiction  avec  IcÉat  présent  des  choses.  -C'est  pré- 

■  cisement,  dit  Bel  on ,  le  cas  des  îles  de  l'Archipel;  l'es- 

•  pacc  où  à  présent  on  voit  languir  une  centaine  d'indi- 
1  vidus  en  nourrissait  autrefois  des  milliers.  -  Moïse  a 
pu  dire  que  dans  le  Chanaan  il  coulait  du  lait  et  du  miel; 
les  troupeaux  des  Arabes  y  trouvent  encore  des  pilturages 
très-succulens,  et  les  abeilles  sauvages  ramassent  dans  le 
creux  des  rochers  un  miel  parfume  qu'on  voit  quelquefois 
en  découler.  D'un  autre  côie,  les  anciens,  et  surtout  les 
Hébreux,  n'ont  pas  négligé  de  remarquer  l'aridité  de  la 
chaîne  centrale  de  la  Judée  et  des  déserts  qui  s'étendent 
fi  l'est  de  ces  montagnes  vers  In  mer  Morte.  Des  pierres, 
du  sable,  des  cendres,  quelques  arbustes  épineux;  voilà 
ce  que  les  anciens  et  les  modernes  y  ont  vu.  Helon  avait 
déjà  remarqué  ce  contraste  entre  le^  deux  versans  de  la 
chaîne  de  Judée. 

»  En  s'approchant  du  centre  de  la  Judée,  dit  un  écrivain 

•  célèbre,  les  flancs  des  monts  s'élargissent  et  prennent  à  la 
»  fois  un  air  plus  grand  et  plus  stérile;  peu  à  peu  la  végétation 
»  se  retire  et  meurt,  les  mousses  même  disparaissent,  une 
»  teinte  rouge  et  ardente  succède  à  la  pâleur  des  rochers 

•  Au  centre  de  ces  montagnes  se  trouve  un  bassin  aride, 
>  fermé  de  toutes  parts  par  des  sommets  jaunes  et  rocailleux; 

■  ces  sommets  ne  s'entrouvrent  qu'au  levant  pour  laisser 
"  voir  le  gouffre  de  la  mer  Morte  et  les  montagnes  lointaines 
'  de  l'Arabie.  Au  milieu  de  ce  paysage  de  pierres,  sur  un 

■  terrain  inégal  et  penchant,  dans  l'enceinte  d'un  mur,  on 
"  aperçoit  de  vastes  débris,  des  cyprès  épars,  des  buissons 
<•  d'aloès  et  de  nopals;  quelques  masures  arabes,  pareilles 
"  à  des  sépulcres  blancliis,  recouvrent  cet  amas  de  ruines  : 
'  c'est  la  triste  Jérusalem  l')..   Cette  admirable  peinture 

(0  De  Chateaubriand,  les  Miirlyrs,  oh  le  Triomphe  de  la  Hcligion 
cliràicnnc,  liv    xvi[ ,  vol.  II ,  p.  iio.  Qiintrij'inc  i^dtljon. 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  aaS 

de  la  ville  sainte,  dans  le  IQ'  siècle,  lui  convient  encore 
à  peu  de  cliose  près.  Quoique  peuplée  de  20  à  3o,ooo  ha- 
bitans,  selon  les  estimations  incertaines  des  voyageurs, 
cette  ville  ne  présente  à  la  vue  que  de  tristes  masures  qui 
ressemblent  plutôt  à  des  prisons  qu'à  des  habitations;  ce- 
pendant l'intérieur  est  plus  élégant  et  plus  riche  que  ne 
l'annoncent  les  dehors.  Trois  couvens  appartenant  ans  La- 
tins, aux  Grecs  et  aux  Arméniens,  ressemblent  à  des  châ- 
teaux-forts. La  mosquée  élevée  sur  l'emplacement  du  tem- 
ple de  Salomon  domine  avec  éclat  une  belle  place  ;  mais  les 
chrétiens  n'ont  pas  la  permission  d'en  approcher,  encore 
moins  celle  d'y  entrer.  L'église  du  Saint-Sépulcre  enfermait 
dans  son  enceinte  magnifique,  mais  irrégulière,  la  place  où 
futélevée  la  croix  de  Jésus-Christ,  et  la  grotte  où  son  enve- 
loppe visible  fut  déposée.  Une  garde  turque  lève  des  droits 
d'entrée  sur  le  pieux  pèlerin  qui  visite  les  endroits  mémora- 
bles où  le  premier  fondateur  du  christianisme  confirma  par 
sa  mort  sa  morale  divine.  Tel  est  néanmoins  l'empire  de  la 
■vérité;  le  mahométan  même,  s'arrètant  avec  respect  devant 
ces  lieux,  s'écrie:  Ici  mourut  un  ami  de  l'humanité,  un 
martyr  de  la  vertu!  En  i8z  i ,  un  incendie  réduisit  en  un  mon- 
ceau de  ruines  ce  sanctuaire  commun  des  nations  chré- 
tiennes; le  cénotaphe  qui  couvre  l'entrée  du  tombeau  résista, 
comme  par  miracle,  à  la  chute  de  la  coupole  enflammée.  • 

Cet  édifice,  fondé  sur  la  colline  du  Calvaire,  avait  été  bâti 
par  l'impératrice  Hélène  ;  il  renfermait  les  tombeaux  de  Go- 
defroi  de  Bouillon  et  de  Baudouin.  En  1812,  il  fut  recon- 
struit aux  frais  des  moines  grecs,  soupçonnés  d'y  avoir 
mis  le  feu.  11  a  environ  100  pas  de  longueur  sur  60  de  lar- 
geur; mais  la  distribution  en  est  si  bien  faite  que  malgré 
sa  faible  étendue  il  renferme  treize  sanctuaires  ou  chapel- 
les, consacrés  à  l'un  des  mystères  de  la  Passion,  de  la  mort 
et  de  la  résurrection  de  Jésus-Christ.  Des  moines  grecs  et 
latins  habitant  ses  dépendances,  s'occupent  à  célébrer  dans 


1 


I 


aa6  LIVRE    CENT    VINGT-CISQDIÈME. 

son  enceinte  les  cérémonies  du  culte,  cl  a  entretenir  les 
lampes  i{ui  brûlent  continuellement  dans  les  différentes 
parties  de  l'église.  Les  pèlerins  qui  viennent  visiter  celle-ci 
sont  d'abord  conduits  près  d'une  large  pierre  entourée  d'une 
grille  où  sont  aitacbéea  plusieurs  lampes;  ils  ne  s'en  appro- 
(^bent  que  sur  les  genoux  :  on  dit  que  c'est  sur  cette  pierre 
que  le  corps  du  Sfiuveur  à  u  monde  fut  embaumé  avant  d'être 
mis  dans  le  sépulcre.  Un  peu  plus  loin,  sous  le  dôme,  est  le 
tombeau  de  Jésus-Cbrist,  autel  en  marbre  de  y  pieds  de  long 
sur  3  ^-  de  large,  entouré  de  petites  arcades  et  éclairé  par 
des  lampes  d'une  grande  richesse.  Au  fond  de  lediHce  se 
trouve  sur  une  plate-forme,  à  laquelle  on  arrive  par  quel- 
ques degrés,  une  pierre  qui  passe  pour  avoir  servi  de 
siège  à  l'ange  qui  vint  annoncer  à  Marie  la  résurrection 
de  son  divin  fils, 

Jérusalem  renferme  des  objets  vénères  aussi  par  les 
Turcs  :  telle  est ,  dans  la  masquée  d' Omar,  la  Sakhra-Halah 
ou  la  roche  sacrée.  Elle  a  33  pieds  de  long;  c'est  sur  cette 
pierre  que  le  patriarche  Jacob  reposa,  dit-on,  sa  tète;  les 
Turcs  prétendent  même  y  reconnaître  l'empreinte  du  pied 
de  Mahomet  qui  s'y  serait  placé  pour  monter  de  là  au  ciel, 
et  qui  la  fait  garder  par  une  légion  de  70,000  anges.  Cette 
mosquée,  appelée  el  Hnram  ou  la  sacrée,  est  une  réunion  de 
plusieurs  mosquées  comprises  dans  une  même  enceinte. 
L'une  des  deux  principales  est  appelée  el  Aksa ,  la  reculée, 
parce  que  pour  les  Arabes  elle  est  en  effet  beaucoup  plus 
éloignée  que  celle  de  la  Mekke  :  elle  est  divisée  en  sept 
nefs  dont  la  principale,  située  au  centre  et  surmontée  d'une 
coupole,  a  160  pieds  de  long  sur  32  de  large;  l'autre,  nom- 
mée el  Sakhra  ou  ta  roche,  a  été  construite  pour  renfermer 
la  pierre  de  Jacob  dont  il  vient  d'être  question.  Elle  est  de 
forme  octogone ,  et  d'un  diamètre  de  160  pieds,  surmontée 
d'une  coupole  de  pS  pieds  de  hauteur,  que  supportent 
quatre  piliers  et  12  colonnes  magnifiques.  L'entrée  princî- 


L 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Paiestine.  aay 

pale  de  la  mosquée  est  ornée  d'uD  portique  soutenu  par 
huit  colonnes  d'ordre  corinthien.  Cet  édifice  s'élève  sur 
l'ancien  emplacement  du  temple  de  Salomon. 

Deux  autres  édifices  méritent  encore  d'être  cites  :  l'un 
est  l'immense  couvent  des  Arméniens ,  qui  renferme  environ 
looo  chambres  pour  loger  les  pèlerins;  l'autre  est  le  cou- 
vent catholique  de  Saint- Sauveur  dont  l'église  est  tellement 
riche  de  tous  les  dons  faits  par  les  différentes  cours  de 
l'Europe  qu'on  évalue  à  plus  de  8  millions  de  francs  la  va- 
leur des  ornemens  précieux  qu'elle  renferme.  Jérusalem,  que 
les  juifs  nomment  leruschalàim  ,  est  environnée  d'une  mu- 
raille d'environ  une  lieue  et  demie  de  circonférence;  on  y 
compte  sept  synagogues,  ses  rues  sont  étroites,  tortueuses 
et  mal  pavées,  à  l'exception  des  trois  principales;  les  mai- 
sons sont  la  plupai-t  en  pierres ,  à  2  ou  3  étages ,  et  terminées 
en  terrasses  :  elles  ne  reçoivent  le  jour  que  par  une  petite 
porte  et  pai'  une  fenêtre  grillée  en  bois.  Tout  y  indique  la 
misère  des  habitans.  La  principale  industrie  de  ceux-ci 
consiste  dans  la  fabrication  et  la  vente  de  rosaires,  de  re- 
liques, et  de  quelques  tissus  de  soie  et  de  coton. 

La  population  paraît  se  composer  de  6  à  7000  chrétiens, 

de  6  à  7000  luahométans  et  la  à  1 6,000  juifs.  La  plupart 

des  chrétiens  habitent  aux  environs  de  leurs  monastères, 

dans  le  quartier  haut  et  dans  la  partie  orientale  de  la  ville  ; 

Ifis  mahoraétans  habitent  près  de  la  mosquée  d'Omar.  Les 

Âl'méniens  de  Jérusalem  scmt  très-hospitaliers  ;  ils  sont  en 

général  d'une  forte  constitution  et  d'une  haute  stature. 

Leurs  femmes  sont  aimables  et  prévenantes.  Généralement 

beUea,ellesontles  yeux  noirs  et  une  physionomie  agréable. 

a  Peu  de  villes  ont  éprouvé  autant  de  l'évolutions  que 

Jérusalem.  Capitale  du  puissant  royaume  de  David  et  de 

Salomon ,  elle  vit  l'or  d'Ophir  et  les  cèdres  du  Liban  orner 

■  ^    ses  temples.  Dévastée  par  les  Babyloniens,  elle  renaquit 

H     plus  belle  sous  les  Macliabée  et  les  Hérode;  l'architecture 

i 


LIVRE    CEMT    VINGT -CrMQDifeME. 

grecque  s"y  introduisit ,  comme  le  démontrent  les  sépulcres 
royaux ,  au  nord  de  la  ville  (')■  Elle  comptait  alors  plusieurs 
centaines  de  milliers  d'habitans^  mais  une  vengeance  ce- 
leste  l'attendit,  et  dans  l'année  70,  Titus  la  détruisit  de 
fond  en  comble.  Adrien  bâtit  à  sa  place  la  ville  A'^lia  Ca- 
pilolina;  mais,  depuis  Constantin,  te  nom  de  Jérusalem  fut 
rétabli  par  l'usage.  Hélène,  mère  de  cet  empereur,  orna  la 
ville  sainte  de  plusieurs  monumens.  Dans  le  VIP  siècle ,  elle 
tomba  au  pouvoir  des  Persans  et  des  Arabes  ;  ceux-ci  l'ap- 
pelèrent El-hods,  la  sainte,  et  quelquefois  FA-Chérif,  la 
noble.  Les  chevaliers  de  l'Europe  chrétienne  vinrent  la  dé- 
livrer des  mains  des  infidèles,  en  l'an  1098  ;  le  trône  des  Go- 
defroi  et  de  Balduin  ou  Baudouin  jeta  un  éclat  momentané 
«pie  les  discordes  éclipsèrent.  En  1187,  Saladin  replanta  le 
croissant  sur  les  cimes  de  Sion.  Depuis  cette  époque ,  con- 
quise tour  3  tour  par  les  sultans  de  Damas,  de  Bagdad  et 
d'Egypte,  elle  changea  pour  la  dis-septième  fois  de  maî- 
tre, en  devenant,  en  l'an  iSi^,  une  ville  turque. 

■  BethlêherHy  où  naquit  Jésus -Christ,  est  une  petite  ville 
habitée  par  des  chrétiens  et  des  musulmans  qui  s'accordent 
dans  leur  penchant  à  la  révolte.  La  crèche  où  naquit  le  Sau- 
veur du  monde  est  recouverte  d'une  église  magnifique ,  fon- 
dée par  sainte  Hélène ,  et  ornée  par  les  dons  pieux  de  toute 
l'Europe.  1. 

Cet  édifice,  qui  est  la  seule  curiosité  de  Bethlébem,  est 
assez  spacieux;  sa  charpente  en  bois  de  cèdre  est  soutenue 
par  48  colonnes  en  marbre  rouge  j  toutes  les  chapelles 
sont  incrustées  de  matières  précieuses  telles  que  le  maibre, 
le  jaspe  et  le  bronze  doré,  et  ornées  de  mosaïques  et  de 
peinturesj  une  innombrable  quantité  de  lampes  d'or  et 
d'argent  les  éclairent.  Un  couvent  de  catholiques,  attenant 
à  l'église,  et  qui  par  ses  hautes  murailles  ressemble  à  un 
château-fort,  renferme  la  célèbre  chapelle  de  la  Natif  Hé , 
(')  Dt  Chnttauliriarid ,  Kminae,  11,  35i-36i. 


ASIE  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  229 

vaste  grotte  souterraine  pavée  en  marbre  et  comprenant 
trois  autels  éclairés  par  des  lampes  d'argent  :  l'un  s'é- 
lève à  la  place  où,  suivant  la  tradition,  naquît  Jésus- 
Christ;  le  second  indique  celle  de  la  crèche,  et  le  troi- 
sième celle  où  les  mages  se  prosternèrent  devant  le  nou- 
veau-né; près  de  là  un  petit  bassin  de  marbre  est,  dit-on, 
l'auge  dans  laquelle  il  fut  déposé.  I^es  trois  quarts  des  habi- 
tans  de  Bethléhem  forment  3oo  familles,  qui  professent  la 
religion  chrétienne,  et  fabriquent  avec  du  bois  et  des 
coquilles  nacrées  qu'on  pêche  dans  la  raer  Rouge,  des 
croix ,  des  chapelets  et  autres  petits  objets  de  dévotion 
qui  sont  bénis  au  Saint-Sépulcre,  à  Jérusalem,  et  qui  se 
vendent  aux  pèlerins  ou  s'exportent  à  Sain t-Jean -d'Acre. 

"  Nous  n'irons poim,  en  nous  livrant  à  une  critique  mi- 
nutieuse, discuter  l'authenticité  de  ces  traditions  antiques , 
d'après  lesquelles  on  indique  les  lieux  consacrés  par  la  pré- 
sence de  Jésus-Christ  ;  ces  traditions  peuvent  offrir  du  vague , 
mais  contiennent  aussi  du  vrai.  Nous  dirons  toutefois  que  la 
ville  d'Hébron,  nommée  en  arabe  Khalil^  et  Kahr-[brahim , 
se  vante  à  tort  de  posséder  le  tombeau  d'Abraham ,  vénerie 
des  musulmans  comme  des  chrétiens ,  ainsi  que  ceux  d'Isaac , 
de  Rebecca  ,  de  Jacob ,  de  Rachel  et  de  Joseph  ;  ce  qui  est 
plus  certain  c'est  qu'Hébron,  situé  au  sud  de  Jérusalem, 
dans  une  contrée  moins  aride,  compte  4ooo  à  5ooo  habitans , 
qui  passent  pour  se  livrer  au  brigandage  ;  qu'elle  produit  de 
belles  verreries  et  exporte  une  grande  quantité  de  dibsèy 
espèce  de  sucre  de  raisin  (1)- 

On  sait  qu'Hébron  se  nomma  primitivement  Kîriatb- 
Arba,  qu'elle  prétend  à  une  très-haute  antiquité,  et  que, selon 
Moïse  et  l'historien  Josèphe,  elle  était  plus  ancienne  que 
Tanis,  Memphis  et  quelques  autres  villes  de  l'Egypte. 

A  7  lieues  au  nord-est  de  Jérusalem,  dans  la  grande  et 
fertile  plaine  nommée  F.t-Gar,  qu'arrose  le  Jourdain,  oti 

('J  Siaw.  Vnyanp  i-n  B.irliarir ,  PiileHinf ,  e\c. 


a3o  LIVRE    CENT    VIBGT-CIIiQlIlÈME. 

visite  le  village  de  Ricka,  ou  Raka,  appelé  aussi  Rak, 
l'ancienne /encAo,  à  laquelle  Moïse  donne  le  nom  de  cite  des 
^(t/m/'era',  nom  qu'elle  méritait  ;  mais  les  plantations  d'opoiiï/- 
samum,  ou  baumier  de  la  Mekke ,  ont  disparu ,  et  les  envi- 
rons de  cette  ville  ne  se  couronnent  plus  de  ces  fleurs  que , 
par  une  erreur  superstitieuse ,  on  a  nommées  roses  de 
Jéricho.  De  loin  cette  cité  célèbre  semble  être  réduite  à  une 
seule  tour.  Au  lieu  de  cette  muraille  qui  défiait  les  armées, 
on  ne  voit  plus  qu'une  haie  de  bois  mort;  à  la  place  de  ses 
nombreuses  habitations  s'élèvent  une  douzaine  de  maisons 
en  pierres  et  couvertes  en  ciiaume. 

-  A  l'orient  de  la  Judée,  deux  âpres  et  arides  chaînes  de 
montagnes  enferment ,  entre  leurs  murailles  noirâtres ,  un 
long  bassin  creusé  dans  des  terres  argileuses,  mêlées  de 
couches  de  bitume  et  de  sel-gemme.  Les  eaus  de  la  mer 
Morte,  qui  recouvrent  cet  enfoncement,  imprégnées  de 
sel,  se  chargent  encore  d'acide  hydrochlorique  et  d'acide 
sulfurique;  ces  eaux  tiennent  en  dissolution  une  quantité 
de  sulfate  de  chaux  et  d'hydro chlorate  de  chaux,  de  ma- 
gnésie et  de  soude,  égale  au  quart  de  leur  poids  (').  "  De 
loin  elles  paraissent  d'un  vert  pâle  ;  de  près  leur  teinte 
devient  bleuâtre;  lorsqu'on  en  prend  dans  le  creux  de  la 
main  elles  ont  la  couleur  de  l'huile.  Cinquante  pas  avant 
que  le  Jourdain  ne  s'y  jette,  les  eaux  de  celui-ci  contractent 
un  goût  amer.  «  L'asphalte,  ou  bitume  de  Judée,  s'élève,  de 
^L  temps  à  autre,  du  fond  du  lac,  flotte  sur  su  surface  et  est 

H^  recueilli  sur  ses  rivages;  autrefois  on  allait,  en  nacelle  ou 

^^^^^^_  en  radeau,  le  chercher  an  milieu  du  lac;  aucun  voyageur 
^^^^^^hn'a  pensé  à  y  naviguer,  ce  qui  pourtant  serait  le  meilleur 
^^^^^^Knoyen  de  l'explorer.  D'après  la  plupart  des  témoignages, 
^^^^^^Fîl  ne  vit  dans  ce  lac  ni  poissons  ni  mollusques;  une  va- 
^^^^^^B^ur  malsaine  s'en  élève  quelquefois;  on  n'aperçoit  çk  et 
H^^^^f  iiA  aux..environs  qu  un  petit  nombre  d'arbres  rabougris;  et 

^T  I')   Goiiiim.    Kil>lir>lli<.'n<ii'   hnlanni>)nr. 


ASiK  :  La  Syrie  avec  la  Palestine.  -iZi 

SCS  rives,  affreusement  stériles,  ne  retentissent  des  chants 
d'aucun  oiseau.  Il  paraît  que  le  bassin  de  la  mer  Morte 
était  jadis  une  vallée  fertile ,  en  partie  suspendue  au-dessus 
d'un  amas  d'eaux  souterraines,  en  partie  composée  de 
couches  de  bitume;  le  feu  du  ciel  alluma  ces  matières 
combustibles;  les  terres  fertiles  s'écroulèrent  dans  l'abîme 
souterrain;  les  villes  de  Soilonw,  de  Gomorrhe  et  autres, 
construites  peut-être  en  pierres  bitumineuses,  devinrent 
également  la  proie  de  ce  vaste  incendie.  C'est  ainsi  que  la 
Géographie-Physique  aime  à  concevoir  les  révolutions 
dont  ces  lieux ,  selon  Moïse ,  ont  dû  être  le  théâtre  (').  •■ 

Le  lac  Asphaltite,  ou  la  mer  Morte ,  qui  porte  ces  noms 
depuis  lu  plus  haute  antiquité,  est  appelé  par  les  Arabes 
Bahr-el-Loud,  ou  mer  de  Loth;  il  a  une  vingtaine  de 
lieues  de  longueur  et  5  ou  6  ilans  sa  plus  grande  largeur. 
Sur  sa  rive  orientale  on  trouve  plusieurs  sources  sulfureuses 
qui  ont  reçu  les  noms  de  Bains  de  Moïse ,  de  Salomon  et 
de  David;  les  montagnes  qui  l'environnent  renferment 
du  bitume  et  des  bois  bitumineux;  il  paraît  avoir  été  formé 
par  une  éruption  volcanique  ;  on  remarque  même  à  son 
extrémité  inférieure  des  roches  qui  portent  l'empreinte  des 
feux  souterrains.  La  pesanteur  spécifique  de  ses  eaux  est 
de  1,21,  c'eat-à-dire  d'un  5"  plus  considérable  que  celle 
de  l'eau  distillée;  elles  ont  un  goftt  désagréable,  et  l'on  ne 
peut  en  boire  sans  éprouver  une  sorte  de  suffocation. 
Bien  que  les  anciens  voyageurs  s'accordent  à  dire  qu'on 
n'y  trouve  aucun  être  vivant,  et  que  les  poissons  du  Jour- 
dain y  meurent  dès  qu'ils  y  sont  entraînés,  quelques  mo- 
dernes asstu-ent  que  ce  lac  nourrit  quelques  petits  poissons 
qui  lui  sont  particuliers. 

■)  Ann.iLcï  ilcs  Voj.iges  ,  XIJT  .  Mémoire  tiir  la  mer  Morte ,  iXaprr^ 


LITRE    CEST    VINGT-CIUQCIEUE. 


TABLEAU  des  Divisions  de  la  Syrie,  sous  les  Romains,' 
dans  tes  trois  premiers  siècles. 


VILLES  PRinClPjlLES. 


Ancmie. . 
Aucune . . 


.  Snmusata. 

.  CjrrhuB ,  Bersa  (Alep), 

■  Aotiochia' 

.  Laodieca,  ad  mare. 
.  Apamia,  EmeiA. 
.  Chalcia. 

. .  Chalyboii ,  Thapsacm. 
.  Palmjra. 

■  Damascus.  Héliopolii. 


PenUpolIs  s,    PaliEBl 

Idumxa 

Trachoniris 

GauloDÎtis 

Balança  ou  Batania.. 

Auranicig 

Iturœi 

DecapolM 

Periea  propria 

Moahilis 


■*.<rio™ 


,.  Tibérias,  Nazar^h. 
"i,fleapoli>,i 
,  Cfesarea. 

soiyma  ,    v ,    Jd 
lem ,  Jéricho,  Joppé. 


.  Gaulon. 
.  Batanifl. 


. .  Gcrasa  ,  Gadorn  .  Hippoi, 

Adraa.Canalhti. 
..  Pclln.  Amathus. 
..Pkllaildphia. 
.  Aréopulis. 


TABLEAUX. 


TABLEAU  COMPARATIF  (/ej  Divisions  de  la  Palesline  o 
Cbanaan,  d'après  les  douze  Triliwt. 


ÀNCIEErNEE  DIVISIONS 


DIVISIONS  judaïques. 


SiJonxtm  et  Outniinéens. 


;  Tribu  à'Aschri  ou  ^i« 


Tribu  de  iVvAMKouff^ft-ljy^^^.g^^.,^^ 


Hévitea  ou  Hévèent. . , 


Idem  et  Phéréséem.. 


^Tribu  A'Isasohar  ou  /jja-  ^ 

bo.,  Jnnol.  J 


(  Irihu  d 


idAp/iraim 1" 


/Tribu  de  Berùamin 

)  Entre  Ephtaim  rt  Jndi.  Jn 


Jebuséens 

Héthius  ou  Héthéens ,     l  Tribu  (le  Jada.  - 

Jmorites  ou  Àmonhéens.  I         Hibnin ,  Ji  Jndét 

f  Tribu  de  iSïmïan. 

Philiuins /        *°  «a-m»!  d«  1 

{P«Di>pib>  >.  Piini^..  p.o-ITribudeZ*.»!.... 

orUl.  ;  J„ppf,rtc. 

(  Tribu  de  iîuien 

(Tribu  de  Gflrf f 

1  lunpiniedeliIMapoliiMl 

flaMn(roïauracde) i^'^^^f'^^^^^"'"""'''  1 


Moabitet . . . 


ir  Hita~!l  et  d'An,' 


a34  LIVRE    CEITT    VINGT-CIHQDIEME. 

TABLEAU  des  Divisions  du  Diocèse  d'Obtest,  établies 
par  Constantin-le-Grand et  ses  tuccesseurs ,  et  en  partie  j 
par  IVofon. 


,.„,..„.. 

VILLEE  PUINCIPALEE. 

Divisions 

Cœj-H-ea(admare).... 

Philistins. 

Scytkoiiolii 

(Bell.™.), 

cripoli.. 

J>alŒstùia   ténia    ou 

■tro: 

•Ap™„. 

Apamène.etc. 

•Sjnn  Euphratesia... 

Sa        ata 

G>magena ,  Cyrrhcstlca  , 
Chalcitis. 

Otroeiie.    Mesopota- 

Vojeï  la  MésopWamie, 

Citicia  prima  et  >e- 
cuitda.      Cypnu. 

Voyez  l'Aflie-Mineurc. 

TABLEà'UX.  s35 

TABLEAU  des  Divisions  du  Royaumb  de  Jébvsaxbm  5  dans 
le  XII'  siècle ,  daprhs  ^abhé  Guénëe. 


DIYISIOKS   FEODALES. 


!  Jérusalem  et  son  district. 
Tyr,  idem. 

l  Comté  de  J^ifffa. 
I  —  ^  Ascalon, 
II.  Première  grande  Baronie. ...  {  Seigneurie  de  Rama. 


I —de  Miraùel. 


III.  Deuxième  grande  Baronie...    Principauté  de  Galilée' 

.  .  .       (  Seigneurie  de  Sidon. 

IV.  Troisième  grande  Baronie. . .  |  .^  ^  Césarée. 

(*— de  Bethsan. 

.                                     (  Seigneurie  de  Krak  (  Petra  ). 
V.  Quatrième  grande  Baronie.. } iJIébron, 

\ — de  Montréal. 

VI .  Comté  de  JYwoli i  Pri°«îp»»t*  dépendante    mais  distin- 

^^  1     guée  du  royaume  de  Jérusalem. 

DIYISIOKS  BCiCLésiASTlI^CES. 

(Évéché  de  Bethléhem. 
I .  Patriarcat  de  Jérusalem <  -^  de  Lydde. 

(-^d'Hébron. 
IL  Archevêché  de  Krak Évéché  dn  Mont-Sinaï. 

III .  —  de  Césarée Evéché  de  Sébaste  (  Samaria  ) . 

TTr         j     %r        ^L  (  Éyéché  de  Tibériade. 

IV.  ---de  Nazareth (  Prieuré  de  J*fon«.7%€iAor. 

/Evéché  de  Béryte. 

V-  ^lejyr {-^dePanéas. 

V*-**de  Ptolémaïs. 


a36  LIVRE    CEMT    VIMGT-CIWQUIÈME. 

TABLEAU  des  grandes  Divisions  modernes  de  la  Syrie. 


Alep      Aintab       Bir-('-''"""8i'nK .     Cyrrhesli- 

pKhalik  d-jiUp Mambedi ,  Anlakiéh .       ?"*  '.  Cl'»l''4'^|"«  •  S^" 

(      Scandcroun leucie    Anl.»;hçne 

\     (delaHaule-Sjne.) 

'  T-^L^  I       IT  ■     ,■^  l  CaB*'f''5   (dela/ftuMe- 


■  \      -tjrte  ).  1^ 
■■(     Phftiicie. 


Pachalik  de  Sàide 


iSaïdr..  Acre,  Dair-el- l  Phëni. 


1     lem  ,    Gaza  ,    Beth-  ',      orientale  ,  Palestine  , 

'     iihem |      ii  l'eicepHon  delà  Ga- 

I  ,     lilée. 


TABLEAU  des  Divisions  modernes  de  l'ancienne  Palestine, 
i^aprè.s  Biisching ,  Folney,  etc. 

I.  El-Kad. (J陫,Iemo«EI-Kod.   Jéricho, etc.. 

l      Le  nord-ouest  de  la  Judée. 
II.   El-KhdU Hébronet  lemididela  Judée. 

III.  Gasia  ou  le  Falcstin Lu  côte  avec  Jaffa,  Gaza ,  etc. 

IV.  Loudd. Le  canton  de  la  ville  de  Loudd. 

Tillc  de  ce  nom  av 

contri5c  de  Samarie. 


e  d'Ezdrclon. 

L'ancienne  Galilée .  nommée  auiii 
Beldd-  el-Jlouichra  ,  c'est-i  -dire 
Paya  de  l'Evangile. 

L'ancienne  Trsch onitia, avec  le  AeJdf/' 
Hauran  ,  l'Auranitii ,  etc. 

L'ancienne  Péréc.  Un  canton  e>t  nom- 
mé Ei-Stallh. 


V.  Nabotoi  oulfaplouse 


VJII.  Beldd Schtkyf-. 
IX.  fZ-Gauroricnlal 
X,  El-Scharrat 


TABLEAUX.  237 

TABLEAU  des  Diluions  les  plus  récentes  de  la  6^^. 


EYALETS 

ou  PACHALIKS. 


Alsp. 


Taipou. 


Acii. 


Damas 


CHXFS-LIXOX 


B'BtA&Sn  OO  tACIAI-UU. 


DB  tVIAMM  OU  OB  SAXBllAU. 


jél^. 


TripoU. 


IAïntab. 
Scanderoiin. 
Antakîéh. 
Chogr. 

Latakiéh. 


/Bafrout. 
\  Caïffa. 

Acre, /Saïde. 

ITabarieh. 
\Nazareth. 

/Hamah. 
I  Naplous. 

Damas /Gazsa. 

I  Jérusalem* 
\Tadmor. 


POPULATIOV  BT  SUPSEFICIB  DK  TODTB  LA  TVaQUIX  D  ASIX. 


^H 


SUPERFICIE^ 

en  lieues  carrées , 

6a,5oo. 


POPULATION 

absolue , 

1  a, 000,000. 


POPULATION 

tAB    LIBUB  CABâil, 
19a. 


r 


LIVRK    CEMT    VIMGr-CIMQUIKMF. 


TABLEAU  des  longitudes  et  des  latitudes  des  principaux  lieu. 
de  la  Turquie  d'Asie,  d'après  les  meilleures  observations . 


NOMS  DES  LIEUX. 


Trébi-andt 

Koniëk 

Cap  Samioun 

Samsoun  (ville) 

Omùéh 

Bouches  de  r/(iify»-- 

Cap  Kerempé 

laid^'éh 

ErekU 


Ile  Marmara  ,  poinl< 
orientale 

ChàEeau  des  Darda- 
neUes  d'Asie 

Ténidos  ,  pointe  N.  E. 

CayBaùa 

Brousse  ■■• 


Akkûsar 

Angora 

Kaëteiaouni . 

Boir 

Smynie 


Scio,  ville 

C'iara{iledeSamo8). 
Rliadei  (le  port) 


I  Idem 

H                Chéiidonie  (cap  de'). 
H  Komaïéh 


ADTORITES, 


CoimaifiS.  des  Temps. 

Beauekamp . 


D-  Galiano ,  Connaii 
lies  Temps. 


Corr.  aat, 
D,  Gaiiaiio, 

Triesnecke ,     Archjy. 

de  UcItlCDBtern. 
Seeaen. 
Idem. 
Niebuhr ,     Correipon- 

dance  Je  Zach . 
De   Cliazelles,    Méiu. 

de   l'Académie    dei 

Greavas  ,  'pLûoph. 
Transact.,  XV. 

KUbuhr,  Porocke. 
Idem 


.39 


NOMS  DES  LIEUX. 


Malatiak... 

Meraeh 

Adaaa 

Taiiaia 

Àtaïe........ 

KaùarUh... 

jl!ntaà 

Mvat 

Tocal 

Jmatiih 

Outiiih 

Goumik 

Kiraioum . . 


■>  Schillinger  (doulen}. 

0  Idem  (  id.  ). 

o  Jauben. 

■o  Gaultier. 

0  Idem. 

5  Jaubert. 

o  NilMli: 

o  Corr.  asi 

o  Jaubert. 

o  Copr.  »t. 

ï  Auteur». 
S  Jdem. 
5  Jdem. 

■  Nieèulu- 
o  Jauben. 
S  rdem. 

0  Idem. 


Cap  Saint- ^aiiré . . 
Larcana  (le  château).  [ 


Nicosie 

Limatol 

Jaffa(port)., 
Cirigna 


0  Vojagc  ïnéJil.  Cod- 
iBs.  (Ica  Temps  , 
M, p.  loS. 

0  Id'Z'. 


S  Beaiichamp. 

'  Simon  ,     calculé 
Monnier  (*)■ 

..  Niebuhr. 

Simon  ,     calculé 
Trietnecktr  ,    d 
Zach,  V,  3iG. 

.  Niebuhr- 


(i)  r.iiD|i.  Ztck.  Cstwp.,  tu,  571,  où  l'on  tt 


•i^O                    LIVRE    CRMT    VINGT-CINQUIÈME. 

NOMS  DES  LIEOX, 

LalitiKl.  N. 

Longit.  E. 
d€  Paris. 

AUTORITÉS. 

3?'  "g'  To 

i  2  1 
33  34   ; 

4=      4    3o 

Beauchamp.  Mémoires 

acadénii(|ueB. 
Simon. 
Niebuhr. 
Beauchamp,  Mémoires 

Beauchamp  ,     calculé 

par  Triesnecker  , 
Ephémër. ,  Vindob. 
i8oo,p.  397. 

Jauiert. 

Ren.  Tablei, 

Jauifrt. 

mebuhr. 

Utm. 
Idem. 

Idem. 

Simon,  calculé  par 
Momiier  et  JHes- 
iiecter;  voy.  laCor- 
resp.  de  Zach. 

Niebahr. 

Gaullier. 

Auteurs. 

GauUier. 

Idem. 

Idem. 

Auteura. 

Idem. 

Idem. 

Seelzen. 

Pauitre  .     Carte     de 
Syrie, 

■           laZ'.'.""."". 

f                  HilL^  (ouBabjlooe). 

5i     53     .5 

4-      4    ^7 

39    Si       o 

i  3?  'i 

U  "  -i 

36    5q      o 

36     >;     5o 

35  3ï     3o 
34    3&    i6 
33     .1     3o 
3b     11     3o 

36  II    33 

33      3    i5 
3i     iS      o 
3i    54    35 

33  34    î5 

iJ  ° 

34  55      o 

i;  lî  * 

Basra  oa  Bassorah 

33     ^o      0 
33     ,4       0 

33  a4       5 
3.     4,      o 

34  si      9 

JaJFa 

3.     i5     55 
3i     3a      o 
3i    4G      S 

33  3    >5 
3:.     54    ao 

34  53      o 
36    4o      o 
34    4^      o 

33    11     .0 
33      9      o 

Tadmor  ou  Palmyre... 

Jérusalem  (couvent  de 
Terrd  Sanctd) 

i 

L 

i 

[ 


LIVRE  CENT  VINGT-SIXIÈME. 


Sdite  de  la  Description  de  l'Asie.  —  Arabie,  avec  les  golfes 
Arabique  et  Persique. 


L 


■  Intermédiaire  entre  l'Afrique  et  le  reste  de  l'Asie, 
la  péninsule  arabique  borde,  au  sud-est,  une  partie  de 
l'océan  Indien,  et  du  côté  opposé  elle  toucherait  à  la 
Méditerranée  sans  l'interposition  de  la  Syrie;  au  nord-est 
ses  liniite.s  variables  suivent  assez  souvent  l'Euphrate.  Le 
golfe  qui  à  l'est  la  sépare  de  la  Perse,  prend  le  nom  de  ce 
dernier  pays;  mais  l'Arabie  donne  elle-même  le  sien  au 
golfe  occidental,  au-delà  duquel  nous  trouvons  l'Egypte 
et  l'Abyssinie. 

•  Cette  position  rend  l'Arabie  en  quelque  sorte  le  cen- 
tre de  l'ancien  continent.  Tantôt  elle  a  offert  une  route 
et  un  entrepôt  au  commerce  qui  lie  les  peuples;  tantôt 
elle  a  vu  naître  dans  son  sein  les  révolutions  qui  boule- 
versent le  monde.  Mais  la  nuit  de  l'antiquité  enveloppe 
tout  ce  qui  regarde  la  parenté  des  Arabes  avec  les  Assy- 
riens et  les  Phéniciens,  parenté  indiquée  par  le  langage; 
il  en  est  de  même  des  conquêtes  des  rois  nommés  Tobba, 
et  de  la  puissance  des  Homérites  ou  princes  du  pays  d'Hi- 
miar.  Les  écrits  de  Moise  et  de  Job  nous  retracent  la  tou- 
chante image  de  cette  civilisation  patriarcale  dont  les 
mœurs  des  Arabes  portent  encore  l!empreinte  ineffaçable. 
Alexandre-le-Grand,  selon  quelques  uns,  voulait,  placer 
en  Arabie,  ou  du  moins  sur  les  confins  de  ce  pays,  le 
siège  de  son  vaste  empire;  la  fiotte  de  Néarque  se  prépa- 
rait déjà  à  faire  le  tour  de  l'Arabie,  lorsque  la  mort  du 
conquérant  interrompit  ces  grands  desseins.  Sous  les  Pto- 
VIII.  16 


1 


■  cie 

L 


2^a  I.IVBb    CENT    VINGT-SIXIÈArE. 

lémées  et  sous  les  Romains,  l'Égypie  recevait  par  la  mer 
Rouge,  et  des  mains  des  Arabes,  quantité  de  marchandi- 
ses précieuses  que  l'on  croyait  dabord  originaires  de  l'A- 
rabie-Heureuse.  On  apprit,  il  est  vrai,  que  les  meilleurs 
aromates ,  l'ivoire  et  les  vases  murrhins  venaient  de  l'Inde , 
de  la  Carmanie  et  de  la  Sérique;  mais  rien  ne  put  effacer 
la  brillante  idée  qu'on  s'était  formée  de  l'Arabie.  Un  géné- 
ral d'Auguste  fit  une  tentative  pour  pénétrer  au  pays  des 
riches  Sabéens.  Les  déserts  défendirent  l'Aïubie,  divisée 
alors,  comme  aujourd'hui,  en  plusieurs  petits  Etats  qui 
florissaient  par  le  commerce  (')■ 

"  Les  villes  des  Arabes ,  leurs  temples ,  leurs  palais  s'em- 
bellissaient des  métaux  précieux  que  les  Romains  et  les 
Perses  donnaient  en  échange  des  aromates,  du  baume  de 
la  Mekke,  de  l'encens,  des  pierres  précieuses  et  des  vases 
murrhins ,  tandis  que  les  Arabes  n'achetaient  aucune  den- 
rée étrangère.  L'art  de  la  navigation  était  bien  peu  avancé; 
les  richesses  de  l'Inde ,  et  peut-être  de  l'Afrique  orientale, 
étaient  apportées  sur  de  misérables  pirogues  ;  le  trajet  et 
le  retour  exigeaient  cinq  ans;  et  ce  ne  fut  que  dans  le  pre- 
mier siècle  de  notre  ère  vulgaire  que  l'on  apprit  à  connaî- 
tre les  moussons,  et  à  traverser  la  haute  mer.  Voilà,  ce 
nous  semble ,  à  quoi  se  réduit  l'ancienne  civilisation  des 
Arabes,  objet  des  rêveries  de  quelques  auteurs  modernes. 
11  pai'QÎt  toutefois  que  des  colonies  arabes  se  répandirent 
de  bonne  heure  dans  l'Afrique  et  dans  l'Inde. 

"  Le  commerce  entretenait  encore  en  Arabie  une  grande 
opulence,  lorsque,  dans  le  VII^  siècle  de  lère  chrétienne, 
Mahomet  y  fit  une  révolution  politique  et  religieuse.  L'A- 
rabie ,  premier  siège  d'une  secte  fanatique  et  conquérante, 
devînt  bientôt  la  maîtresse  de  la  plus  belle  partie  de  l'an- 
cien  continent.  Le  croissant  victorieux  s'élevait  dans  la 


0)  Voyez  notre  Vol.  I",  p.  aSa-atio. 


i 


ASIE  :  Arabie.  a43 

froide  Tatarie  et  dans  la  brûlante  Ethiopie;  il  dominait  de- 
puis l'Espagne  jusqu'aux  îles  Moluques,  peut-être  même 
jusque  dans  l'arcliipel  <les  CaroUnes;  son  empire  dépassait 
au  midi  et  Mozambique  et  Madagascar. 

■  La  nation  arabe  a  évité  le  sort  ordinaire  des  peuples 
conquérans;  elle  jouit  encore  de  son  ancienne  indépen- 
dance; mais  elle  n'a  plus  SAvicenne,  ni  dA/>oul  Faradj, 
ni  A'Edrisi;  mais  elle  est  rétrogradée  vers  ce  bas  degré  de 
civilisation  d'où  l'ardent  et  vaste  génie  de  Mahomet  l'avait 
tirée  en  la  réunissant  dans  un  seul  État.  Divisée  aujourd'hui 
entre  plusieurs  souverains,  faible,  vexée  par  une  foule  de 
petits  tyrans,  elle  n'offre  plus  aux  regards  de  l'univers  ces 
magnifiques  cours  de  califes,  où  le  génie  et  le  savoir  trou- 
vaient de  si  généreux  protecteurs,  où  les  Européens  demi- 
sauvages  allaient  chercher  les  règles  des  beaux-arts  et  les 
modèles  du  luxe. 

«  Le  premier  objet  à  considérer  dans  la  description  de 
l'Arabie,  c'est  la  nature  des  deux  golfes  qui  la  baignent. 
Une  simple  continuation  du  bassin  de  l'Euphrate  forme  le 
golfe  Persique;  tandis  que  le  golfe  Arabique  occupe  à  lui 
seul  un  enfoncement  dans  lequel  ne  s'écoule  aucun  fleuve. 
Ainsi  ce  golfe  présente  aux  amateurs  d'hypothèses  l'aspect 
d'un  ancien  détroit  qui  aurait  uni  la  Méditerranée  à  l'o- 
céan Indien,  mais  qui  aurait  été  comblé  à  son  extrémité 
septentrionale.  Strabon  l'a  justement  comparé  à  un  grand 
fleuve.  Ses  eaux,  qui  paraissent  avoir  été  autrefois  plus  éle- 
vées que  celles  de  la  Méditerranée,  sont  aujourd'hui  plus 
basses  que  celles  de  cette  mer.  Il  a  55o  lieues  de  longueur 
sur  5o  à  60  de  largeur.  L'un  et  l'autre  golfe,  remplis  de 
récifs,  de  bas-fonds  et  d'îlots,  n'offrent  à  la  navigation  que 
peu  d'espace  libre  et  sftr.  La  mousson  du  nord-est,  qui  règne 
du  iSoctobreau  iSavrîl,  facilitel'entréedugolfe Arabique, 
qui  est  impossible  avec  la  mousson  contraire.  Ces  vents  pe- 
iodiques  font  considérablement  augmenter  ou  diminuer 


a44  LIVRE    CENT    VINGT-SIXIEME. 

la  force  des  niarees  ;  de  sorte  qu'on  peut  quelquefois 
passer  à  pied  sec  l'exti'einité  du  bras  d'eau  qui  sépare  Suez 
de  l'Arabie  ('). 

■  Dans  le  golfe  Persique,  les  vents  de  nord-ouest,  quel- 
quefois interrompus  par  des  tempêtes  de  sud-ouest,  ré- 
gnent depuis  octobre  jusqu'en  juillet  (=).  Les  vents  de  sud- 
est,  qui  soufflent  le  reste  du  tempSj  sont  favorables  aux 
vaisseaux  qui  entrent  dans  le  golfe  ;  ils  apporieut  une 
humidité  excessive.  Les  marées  et  le  niveau  moyen  du 
golfe  varient  beaucoup  selon  les  vents  (3).  Sa  longueur  est 
d'environ  200  lieues  et  sa  largeur  de  23.  Les  rivages 
et  les  parois  de  l'un  et  l'autre  golfe  se  composent  prin- 
cipalement de  rochers  calcaires  coquilliers;  cependant  le 
golfe  Persique  offre  des  rochers  basaltiques  ou  du  moins 
formés  de  roches  d'origine  volcanique.  Les  fonds  sont  ta- 
pissés de  coraux  verdâtres;  par  un  temps  calme,  on  croi- 
rait voir  s'étendre  sous  les  eaux  des  forêts  verdoyantes  et 
de  fraîches  prairies;  spectacle  qui  contraste  agréablement 
avec  la  triste  monotonie  d'un  rivage  de  sables  arides  [4).  Ce 
corail  est  inférieur  à  celui  de  la  Méditerranée  !5).  De  beaux 
fucus  avaient  attiré  l'admiration  des  anciens  (6). 

■  C'est  de  ces  plantes  marines  que  le  golfe  Arabique  a 
reçu  le  nom  hébraïque  de  Bakr-Souph ,  c'est-à-dire  mer  des 
Algues.  Celui  de  mer  Rouge,  que  les  Grecs  donnaient  à 
toutes  les  mers  qui  baignent  l'Arabie,  paraît  venir  du  nom 
propre  Edom  ou  Idamée,  qui  signifie  aussi  rouge. 

•  Les  grandes  plaines  qui  bordent  les  deux  golfes  pa- 
raissent avoir  été  couvertes  d'eau  à  une  époque  peu  an- 

C')  Niebuhr,  Description  de  l'Arabie,  II ,  3a3  sqq. ,  éJit.  di:  Pariai. 

M  D'Après  de  Maiinevillette ,  Ncplune  oriental,  inatructiuuB,  p.  34. 

P)  Kazwyny,  Antholog.  arab.  de  Wahl. ,  p.  itja.  Arrian.  ,  Peripl. 
maris  erjlb,  (Genève,  1577),  p.  14,  73,  j^-  —  '*'  Farskal,  Deacrip. 
anim. ,  p.  .3a.  —  fi)  Plin. ,  XXXll ,  a.  — W  Aritmid.  ap.  Slmb.  Dio- 
do,:,  III.  Plm.,  XIII,  iS. 


ASIE  :  jdrabie. 


^^ 


l 


clenne;  mais  la  plaine  dite  de  Tehania  longe  seulement  le 
golfe  Arabique  du  côté  oriental,  tandis  que  la  plaine  de  la 
Chaldée  et  de  la  Mésopotamie  se  trouve  au  nord  du  golfe 
Persique ,  et  dans  la  même  direction  que  ce  golfe.  Nulle 
part,  dit  un  ariL-ien,  les  atierrissemens  des  rivières  ne  sont 
plus  sensibles  qu'aux  embouchures  de  l'Euphrate  (<)■  I-e  dé- 
troit d' Ormus  est  moins  étroit  et  moins  encombré  d'îles  que 
celui  qui  porte  justement  le  nom  de  Bal-al-Mamleb ,  c'est- 
à-dire  "  Porte  de  malheur  »  ou  ■  Détioit  des  Naufrages.  • 
iNous  indiquerons  ailleurs  les  îles  de  ces  mers  \  mais  il  ^ut 
remarquer  ici  que  dans  le  golfe  Persique  il  jaillit  en  plu- 
sieurs endroits,  et  particulièrement  prés  l'île  Bahrein,  des. 
sources  d'eau  douce  au  milieu  des  flots  salés  ('') ,  et  que  le  golfe 
Arabique  renferme  dans  l'île  i3/'eie/  7"ar  un  volcan  dont  l'ac- 
tivité semble  être  réduite  à  une  émission  fiéquente  de  fumée 
et  quelquefois  de  flammes,  et  que  c'est  dans  les  parages  de 
celte  île  que  se  trouvent  les  célèbres  pêcheries  de  perles. 

«  La  principale  chaîne  de  montagnes  d'Arabie  paraît 
suivre  la  mer  Rouge  à  une  distance  de  lo  à  3o  lieues. 
Elle  s'élève  davantage  en  se  prolongeant  au  sud,  et  il  pa- 
raît très-certain  qu'elle  se  continue  le  long  de  l'océan  In- 
dien Jusque  dans  l'Oman.  Il  est  probable  que  cette  chaîne 
renferme  des  sommets  très-élevés.  Les  pèlerins,  en  allant 
de  Damas  à  la  Mekke,  aperçoivent  à  deux  journées  de  di- 
stance le  mont  Schahâit,  qui  s'élève  comme  une  tour  du 
milieu  de  la  plaine  P).  L'intérieur  de  l'Arabie  est  proba- 
blement un  plateau  qui  paraît  s'inchner  vers  le  golfe  Per- 
sique; de  vastes  déserts  en  occupent  une  grande  partie; 
mais  ces  déserls  sont  séparés  par  de  petites  oasis  monta- 
gneuses, qui  semblent  former  une  série  continue  depuis  le 
sud-est  de  la  Palestine  jusque  vers  l'Oman.. 


(0  i'iiii. ,  VI ,  a; .  —  {■•)  J^ci ,  Vojagcs  ,  1 ,  369.  Niebiûir. 
>')  Seelzen ,  Correspoiiilante  tle  Zach  ,  XYIII^  389. 


i 


a46  LIVBE    CENT    VlKGT-SlXlfeMË. 

1  Tous  les  coursd'eau  de  l'Arabie  partagent  plus  ou  moins 
la  nature  des  torrens.  Leur  nom  commun  en  arabe  est 
ouadi.  La  sécheresse  du  so!  de  TArabie  est  presque  deve- 
nue un  lieu  commun;  mais  un  géographe  turc  nous  ap- 
prend que  le  Nedjed  ,  le  plateau  Intérieur  de  l'Arabie, 
renferme  quelques  lacs  (0-  Strabon ,  témoin  oculaire,  parle 
aussi  des  lacs  formes  par  des  rivières. 

•  L'Arabie  partage  le  climat  de  l'Afrique  septentrionale. 
Les  montagnes  de  l'Yémen  éprouvent  des  pluies  régulières 
depuis  le  milieu  de  juin  jusqu'à  la  fin  de  septembre;  mais 
même  alors  le  ciel  se  couvre  rarement  vingt-quatre  heures 
de  suite;  pendant  le  reste  de  l'année,  à  peine  aperçoit- 
on  un  nuage.  A  Maskat,  et  dans  les  montagnes  d'Oman,  la 
saison  pluvieuse  commence  au  milieu  de  novembre,  et 
continuejusqu'à  la  mi-février.  Dans  les  plaines,  il  se  passe 
quelquefois  une  année  entière  et  quelquefois  davantage 
sans  qu'il  pleuve.  En  juillet  et  en  août,  le  thermomètre 
monte,  à  Moka,  à  (j8  degrés,  tandis  qu'à  Sana,  dans  les 
montagne^,  il  ne  s'élève  que  jusqu'à  85  degrés,  échelle  de 
Fahrenheit.  Il  gèle  quelquefois  à  Sana,  quoique  rarement  W. 
Edrisi  nomme  des  montagnes  où  il  gèle  même  en  été.  » 

Sur  le  bord  de  la  mer  la  rosée  est  abondante  en  toutes 
saisons.  Les  pluies  sont  périodiques  sur  la  côte  occiden- 
tale; sur  la  côte  méridionale  elles  commencent  en  février 
et  finissent  en  avril;  sur  la  côte  orientale  elles  durent  depuis 
la  ml- novembre  jusqu'à  la  mi-février;  dans  les  plaines  du 
nord  elles  ont  lieu  régulièrement  en  décembre  et  en  jan- 
vier. Pendant  la  saison  des  chaleurs,  celles-ci  seraient  in- 
supportables si  elles  n'étaient  tempérées  par  la  brise  venant 
lie  la  mer.  En  général  le  climat  de  l'Arabie  est  sain;  et  si 
cette  contrée  renferme  peu  de  vieillards,  il  faut  l'attribuer 


(')  Hadui-Khaljali,  U|(ihaii  INuma .  p.  lagS,  Tard.  M. 

W  JVietuftr,  I.  1 ,  |i.  5  sq'/-   C,ïou/«r( ,  Annales  drs  Voyage*.  X .   17g, 


ASiK  :  Arabie.  a47  ^^\ 

à  (a  vie  miséi-uble  des  habituits,  et  à  la  mauvaise  qualité  de 
t'eau,  causes  qui  produiseniaussi  la  lèpre  et  plusieurs  autres 
maladies  endémiques.  L'inoculation  est  généralement  ré- 
pandue chez  les  Arabes. 

"  C'est  dans  le  désert  entre  Bassorali,  Bagdad,  Hâleb  et 
la  Mekke,  que  l'on  redoute  le  plus  le  vent  mortel  qu'on 
nomme  sam,  samoum,  samiel  ou  sameliy  suivant  les  diffé- 
rentes prononciations  des  Arabes.  Il  n'est  à  craindre  que 
dans  le  temps  des  plus  grandes  chaleurs  de  l'été.  Comme 
les  Arabes  du  désert  respirent  ordinairement  un  air  pur, 
quelques  uns  d'entre  eux  ont,  dit-on,  l'odorat  assez  Gn 
pour  reconnaître  le  samoum  à  l'odeur  du  soufre.  On  assure 
qu'un  autre  indice  de  ce  vent  est  que  l'air,  du  point  d'où 
il  vient,  paraît  rougeâtre.  Quand  les  Arabes  en  sentent 
l'approche,  ils  se  couchent  à  terre.  Ils  disent  que  la  nature 
enseigne  aux  animaux  à  tenir  la  tête  baissée  dans  cette 
circonstance.  Oes  hommes  téméraires,  qui  ont  osé  braver 
ce  souffle  brûlant,  ont  été  subitement  suffoqués;  te  terri- 
ble gonflement  de  leurs  cadavres  a  fait  croire  aux  Arabes 
que  ce  vent  funeste  portait  avec  lui   un  poison  subtil.  •■ 

Dans  l'hiver,surioutdans  la  région  occidentale,  le  vent  du 
sud-ouest  est  insupportable  :  il  fait  gercer  la  peau;  il  s'oppose 
à  la  transpiration,  et,  pour  s'en  garantir,  ïl  faut  faire  usage 
de  vètemens  de  laine;  tandis  que  sur  les  câtes  du  golfe 
Persique  le  vent  du  sud-est  est  si  humide  qu'avec  une 
chaleur  très-modérée  ïl  provoque  une  abondante  transpi- 
ration. Le  vent  du  nord-ouest,  bien  que  sec  et  brûlant, 
est  moins  dangereux;  cependant,  loisqu'îl  souffle  à  l'im- 
pruviste  et  violemment,  ses  effets  ressemblent  à  ceux  du 
samoum  :  il  est  capable  d'étoutïer  les  hommes  et  les  ani- 
maux. Enfin,  sur  la  côte  de  l'Yémen,  le  vent  du  sud-est 
qui  règne  pendant  8  mois  est  si  violent  qu'il  rend  impos- 
sible la  communication  des  vaisseaux  avec  les  ports. 

Malgré  les  montagnes  qu'elle  renferme,  il  n'existe  pas       ^^^ 


a48  LIVIIE    CENT    VINGT -SIXIÈME. 

sur  le  globe  de  contrée  plus  dépourvue  d'eau  que  l'Arabie. 
On  n'y  trouve  pas  un  seul  lac,  pas  un  cours  d'eau  qui  mérite 
le  titre  de  fleuve.  Le  Meïdam  et  le  Ckab,  qui  se  jettent  dans 
l'océan  Indien,  ont  reçu  improprement  cette  dénomina- 
tion :  ils  n'ont  que  3o  à  ^o  lieues  de  longueur.  L'^ftaa,  ou 
la  rivière  de  Lahsa,  qui  tient  un  rang  important  sur  nos 
cartes  parce  qu'elle  a  dans  certaines  saisons  jusqu'à  loo 
lieues  de  cours  pour  aller  se  jeter  dans  le  golfe  Persique  , 
n'est  qu'un  grand  torrent  (jui  se  dessèche  pendant  l'été. 
Les  autres  rivières  sont  l'Abbacy,  le  Rebyr,  le  Séhan  et  le 
Zebyd ,  tributaires  de  la  mer  Eouge ,  le  Masora  ou  Couriat , 
et  le  Prim,  qui  coulent  dans  l'océan  Indien,  La  principale 
cause  de  l'absence  de  grands  cours  d'eau  dans  la  presqu'île 
doit  être  attribuée  à  ce  qu'aucune  cliaîne  de  montagnes  n'y 
conserve  sous  un  ciel  brillant  assez  de  neiges  pour  les  ali- 
menter. 

Une  partie  des  prétendues  montagnes  de  l'intérieur  de 
cette  presqu'île  ne  sont  que  des  collines  de  sable  amoncelé 
par  les  vents  et  que  les  ouragans  déplacent.  Les  bords  de 
la  mer  offrent  généralement  un  sol  formé  d'argile  et  de 
sable  qui  devient  très-productif  lorsqu'il  est  sufQsamment 
arrosé.  A  côté  de  ces  régions  fertiles  on  trouve  souvent 
d'immenses  espaces  couverts  de  sable  stérile.  Près  de  Mé- 
dinc  on  voit  d'anciennes  traces  de  volcans,  attestées  par 
les  laves  poreuses  qui  couvrent  le  sol;  les  auteurs  arabes 
font  mention  de  plusieurs  volcans  en  activité  qui  existent 
sur  le  plateau  central,  et  nous  croyons  qu'on  peut  en 
porter  le  nombre  à  trois  au  moins. 

Les  arides  déserts  de  l'Arabie  ont  repoussé  l'audace  des 
naturalistes;  cependant  J.  fiurckhardt  y  a  recueilli  quelques 
renseignemens  sur  l'histoire  naturelle  en  1 8 1 4  >  et  M.  Rtip- 
pell,  de  Francfort,  a  exploré  l'Arabie-Pétrée  en  1817.  De 
nombreuses  oasis  montagneuses  ombragées  de  palmiers  et 
de  dattiers  pourraient  mériter  d'être  visitées.  Les  plaines 


:  Arabie. 


I 


sablonneuses  produiseni  les  mêmes  plantes  que  celles  de 
l'AFiique  septentrionale.  La  plupart  appartiennent  aux 
espèces  salines  et  grasses,  telles  que  le  mésembryanihème, 
l'aloès,  l'euphorbe,  la  stapélic  et  la  soude.  Elles  servent  à 
étancher  la  soif  du  chameau  et  à  récréer  la  vue  du  voya- 
geur dans  les  marches  pénibles  des  caravanes. 

•  Les  côtes  de  la  mer  présentent  un  aspect  plus  riche  et 
plus  varié.  De  nombreux  ruisseaux  qui  descendent  des 
montagnes  entretiennent  le  long  de  leurs  bords  une  ver- 
dure agréable.  Les  plantes  nées  dans  les  sables  qui  couvrent 
le  voisinage  de  la  mer  participent  de  la  nature  de  celles  des 
déserts.  Mais  les  bords  des  rivières,  les  vallées,  les  plaines 
jouissent  d'une  fertilité  qui  contraste  avec  l'aridité  des 
montagnes.  Beaucoup  de  plantes  de  l'Inde  et  de  la  Perse, 
que  leur  beaulé  ou  leur  utilité  a  rendues  célèbres,  y  ont 
de  tout  temps  été  indigènes.  Tels  sont  le  tamarinier,  te 
cotunniert') ,  le  bananier  ou  jîguier  dé  l'Inde,  la  canne  à 
sucreW,  une  espèce  de  muscadier  (3) ,  le  bétel,  toutes 
sortes  de  melons  ei  de  courges,  L'Arabie-Heui-euse  s'en- 
orgueillit .surtout  de  deux  arbres  précieux  :  l'un  est  le 
cafeyerW),  l'autre  le  baumier  (5).  Ce  dernier  produit  le 
baume  de  la  jVIetke,  la  plus  odorante  et  la  plus  chère  de 
toutes  les  gommes -résines.  Les  plantations  du  café  s'élè- 
vent en  terrasses  sur  le  penchant  occidental  des  grandes 
montagnes  qui  traversent  l'Yémen.  On  trouve  beaucoup 
de  café  dans  les  provinces  A'Hachid-el-Bekîl ,  de  Kataba  et 
de  Jaf'a;  mais  il  parait  que  le  climat  des  cantons  d'Outl- 
den,  de  Kousma  et  de  Djebi  lui  est  plus  favorablej  on  en 
tire  le  meilleur  et  en  abondance.  On  dit  que  les  Arabes  ont 
défendu ,  sous  des  peines  très-sévères ,  d'exporter  cet  arbre , 

{')Pli».,  XIX,  ..  Comp.  XII,  To,  — (")&rai,,XVl,  533,339(cil, 
Atreb.).  Plin. ,  XII,  8-— (3)  Mi  Abdallah  Un  Ealhoiaé.  voyageur 
arabe.  JHJ.  <le  la  Bibliolh.  AeGolha  lSeelMii).  —  ii)Caffa:a  arabica.  L 
—  (*!  Amyrit  opobaUamunt,  L. 


I 


25o  LIVRE    CEMT    VIHGT-SIXIÈWE. 

et  que  les  Hollandais,  les  Français  et  les  Anglais  ont  ce- 
pendant trouvé  moyen  de  le  faire  passer  dans  leurs  colo- 
nies; mais  le  café  de  ITémen  conserve  toujours  sa  supé- 
riorité. Les  Arabes  assurent  qu'ils  ont  tiré  l'arbre  à  café 
de  l'Abyssinie  ;  peut-être  les  Abyssins  en  ont-ils  les  pre- 
miers découvert  l'utilité  et  les  moyens  de  culture. 

■  Anciennement  l'Arabie  n'était  pas  moins  célèbre  par 
l'encens  que  par  l'or;  mais  tout  l'encens  que  les  pays  sep- 
tentrionaux tiraient  de  l'Arabie -Heure  «se  n'était  pas  de 
cette  province.  Actuellement  on  ne  cultive  que  sur  la  côte 
sud-est  d'Arabie,  dans  les  environs  de  Beschein,  Dafai; 
Merbat,  Hasek,  et  surtout  dans  la  province  de  Chahr, 
l'espèce  seule  d'encens  nommée  libàn  ou  oUbân  par  les 
Arabes,  et  cette  espèce  est  très-mauvaise.  Le  sol  des  mon- 
tagnes où  croît  l'encens  est  argileux  et  nitreux.  Les  Arabes 
tirent  beaucoup  de  .sortes  d'encens  de  l'Abyssinie,  de  Siam, 
de  Sumatra,  de  Java.  On  en  exporte  de  grandes  quantités 
en  Turquie  ;  et  la  moindre  des  trois  espèces  de  benjoin  que 
vendent  les  marchands  est  réputée  meilleure  que  l'olibàn 
d'Arabie  {']. 

'  Quelques  bocages  couvrent  les  montagnes  de  l'Arabie  ; 
mais  il  ne  paraît  pas  qu'on  y  trouve  de  forêts  proprement 
dites.  Dans  la  classe  des  palmiers,  l'Arabie  possède  le 
dattier,  le  cocotier  et  le  grand  palmier  à  éventail.  On  dis- 
lingue, parmi  ses  autres  arbres  naturels  ou  cultivés,  le 
figuier,  l'oranger,  le  sycomore,  le  plantain  ou  bananier, 
l'amandier,  l'abricotier,  l'arbre  à  chapelet,  l'acacia  du  Nil, 
la  sensitive  et  d'autres  mimoses.  On  tire  parti  du  cognas- 
sier et  de  la  vigne  W.  Parmi  les  arbustes  et  les  plantes,  il 
faut  remarquer  le  ricin,  le  séné,  tous  deux  d'usage  en  mé- 
decine, l'amaranthe  globtdeuse,  le  hs  blanc  et  le  grand 
pancratium ,  tous  distingués  par  leur  odeur  et  leur  parfimi  ; 

1,0  NUbiihr,  1 ,  101.  — t")  La  flnijue ,  VojMgc  (VArabir,  iliS. 


ASIE  :  Arabie.  si5i 

l'aloèa,  moins  bon  que  celui  de  Socotori»,  le  slyras.  et  le 
sésame  qui  remplace  l'olivier  (')■  "  Le  buisson  appelé  tarfe, 
qui  produit  la  manne,  ne  se  trouve  en  abondance,  selon 
M.  Rùppell ,  que  dans  quelques  vallées,  particulièrement  à 
Ouadi-Firan.  La  plupart  des  vallées  produisent  de  gi-os 
acacias. 

«  Le  froment ,  le  blé  de  Turquie ,  le  tloiira ,  couvrent  les 
campagnes  de  ITémen  et  de  quelques  autres  contrées  fer- 
tiles. Les  chevaux  y  sont  nourris  avec  de  l'orge,  et  les  ânes 
avec  des  fèves.  On  y  cultive  aussi  lindigo,  l'ouars,  plante 
qui  teint  en  jaune ,  et  que  l'on  exporte  en  grande  quaniilé 
de  Moka  dans  l'Oman,  et  \efoua,  employé  pour  teindre 
en  rouge.  La  charrue  est  simple  ;  on  se  sert  de  pioches  au 
lieu  de  bêches.  Les  soins  principaux  de  lagrieulture  y 
consistent  à  attiener  dans  les  terres  ensemencées  l'eau  des 
ruisseaux,  des  puits  ou  des  mares.  A  la  moisson  on  arrache 
les  épis  avec  leurs  racines,  le  fourrage  se  coupe  avec  la 
faucille  W. 

*  Le  chameau  à  une  bosse  a  justement  été  appcié  un 
navire  vivant  sans  lequel  l'Arabe  ne  saurait  traverser  les 
mers  de  sable  dont  sa  jmtrie  est  couverte.  Pline  et  Aristote 
ont  très-exactement  décrit  les  deux  seules  espèces  distinctes 
de  ce  genre  que  1  on  ait  encore  découvertes  jusqu'à  ce  jour  : 
l'une  qui  est  la  plus  répandue  dans  l'Arabie,  l'Egypte  et 
toute  la  moitié  septentrionale  de  l'Afrique ,  n'a  qu'une  bosse 
sur  le  dos;  ils  l'ont  nommée  chameau  d'Arnbie;  l'autre, 
qui  se  trouve  en  Perse ,  dans  la  Russie  méridionale ,  et  dans 
la  Boukharie  ou  l'ancienne  Bactriane ,  a  été  appelée  cha- 
meau de  la  Bactrmne.  Mais  parmi  les  variétés  de  l'espèce 
d'Arabie  on  a  distingué  celle  qui  était  la  plus  propre  à 
porter  des  fardeaux,  d'avec  celle  qui  était  propre  à  la  course. 
Diodore,  Strabon  et  Isidore  ont  nommé  les  variétés  qu'on 

(')  Sraè.,  loc-àl.  —  '.'}  Il/ iebukr,  1,  iiiiqq. 


r 


20*2  IJVRlî    CENT    VINGT-SIXIïï.fllE. 

employait  à  ce  dernier  usage  camelos  dromas,  ou  chameaux 
coureurs;  de  ce  dernier  substantif,  qui  ne  sei-vait  que 
depithète,  les  Européens  ont  fait  le  nom  de  dromadaire-^ 
denoniinution  qu'ils  ont  mal  à  propos  étendue  à  toute 
l'espèce  du  chameau  d'Arabie,  ou  à  celui  qui  n'a  qu'une 
bosse.  Les  noms  arabes  de  hadgiii  et  de  raguakil  paraissent 
s'appliquer  à  deux  races  distinctes  de  chameaux  arabes 
destinés,  les  premiers  au  portage,  les  seconds  à  la  course; 
celui  de  beckt  ou  baclu  dénote  le  chameau  bactrien(i).  11 
est  démontré  que  le  chameau  arabe  peut  produire  des  métis 
avec  le  chameau  bactrien,  mais  il  n'est  pas  cei'tain  que  cette 
race  mixte  soit  féconde,  » 

Burckhardt  nous  donne  quelques  renseignemens  peu 
connus  sur  le  chameau  du  désert  de  Sjrie  ou  de  la  partie 
septentrionale  de  l'Arabie  W,  Selon  lui ,  cette  race  est  plus 
petite  que  celle  de  l'Analolie  et  du  Kourdistan  ;  elle  supporte 
mieux  la  chaleur  et  la  soif,  mais  elle  est  très-sensible  au 
fi'oid.  Les  Arabes  ne  se  servent  pas  du  chameau  à  deux  bosses  : 
aussi  en  trouve-t-on  très-peu  dans  l'Arabie.  Selon  son 
âge  le  chameau  reçoit  des  Arabes  un  nom  différent  :  à  i  an 
on  le  nomme  lioiiar;  à  2  ans  méfroud  ou  niikhlal;  à  3  ans 
Jûtiidj ;  une  chamelle  de  4  SQS  reba'a;  un  mâle  du  même 
âge  djétTa.  Cet  animal  vit  jusqu'à  ^o  ans.  En  Arabie  on 
n'estime  pas  la  couleur  brune  chez  les  chameaux;  on  pré- 
fère le  rougeâire  ou  le  gris-clair.  Tous  ceux  des  Bédouins 
sont  marqués  sur  l'épaule  gauche  avec  un  fer  rouge,  afin 
de  pouvoir  être  reconnus.  Chaque  trîbu  a  sa  marque  parti- 
culière. Les  chameaux  du  désert  sont  sujets  à  plusieurs 
maladies. 

Les  bœufs  d'Arabie  ont  en  général  une  ou  deux  bosses  sur 
le  dos  comme  ceux  de  Syrie  :  ils  appartiennent  à  l'espèce 


lib.  ]l,cap.  rï. — C')y,  Bwckhardl:Voyigt* 
par  M.  E;riis,  tom.  tn.  —Paris,  i834. 


ASIE  :  Arabie.  a53 

appelée  zébu.  Dans  le  Nedjed  occidental  le  beurre  remplace 
riiuile(')>  On  a  peu  de  re n se ign émeus  particuliers  sur  la 
race  des  moutons;  on  a  dit  qu'ils  traînaient  leur  queiie 
épaisse  sur  une  petite  charrette  ('J)  ;  mais  c'est  une  erreur  : 
Burckhardt  dément  ce  fait.  Il  dit  positivement  que  leur 
queue  n'est  pas  grosse,  et  qu'ils  ont  les  oreilles  plus  longues 
que  celles  de  la  race  anglaise  ordinaire.  Il  paraît  que  leur 
laine  est  grossière,  et  leur  chair  peu  délicate. 

"  Ou  trouve  la  chèvre  des  rochers  dans  les  monlag'nes  de 
l'Ara bie-Pétrée.  Les  autres  animaux  sont  le  chacal,  l'hyène , 
des  singes,  le  gerboah  ou  gerbo,  espèce  ù\x  ^^anve  gerboise , 
(les  antilopes,  des  bœufs  sauvages,  des  luupS,  des  renards, 
des  sangliers,  enlîn  la  grande  et  la  petite  panthère, 

'  On  rend  presque  une  sorte  de  culte  à  un  oiseau  de  l'es- 
pèce de  la  grive,  qui  chaque  année  vient  de  la  Perse  orien- 
tale, et  qui  détruit  les  sauterelles,  fléau  de  toutes  les  cul- 
tures. Une  espèce  de  sauterelles  est  regardée  comme  un 
mets  délicat  [5],  La  perdrix  peuple  les  plaines,  la  poule- 
pintade  les  bois,  et  le  faisan  les  montagnes,  La  stupide  au- 
truche abandonne  quelquefois  ses  œufs  dans  les  déserts.  " 

Ce  dernier  fait  mérite  cependant  quelque  explication.  On 
a  supposé  que  la  chaleur  du  soleil  suffisait  pour  faire  éclore 
les  œufs  d'autruche;  mais  Burckhardt  a  acquis  la  preuve 
que  cette  opinion  est  erronée,  et  que  du  moins  dans  la 
saison  pluvieuse  l'autruche  couve  ses  œufs,  et  que  ses 
petits  éclosent  au  printemps  avant  que  le  soleil  ait  acquis 
une  force  considérable.  Cet  oiseau,  dit-il,  s'appareille  au 
milieu  de  lliiver^  la  femelle  place  son  nid  au  pied  d'une 
colline  isolée,  et  pond  12  à  'ji  œufs,  qu'elle  dépose  en 
cercle  tes  uns  à  côté  des  autres,  à  moitié  enterrés  dans  le 
sable,  afin  de  les  préserver  de  la  pluie;  elle  a  même  soin 

{')Slrab.,  XVI,  537.  — WBortftema.Nayig.  Il.esp.  M-in.I/erodol.. 
lit,  iiS.  — (3)  Buchart,  Hjprozoïcon ,  p.  II,  lib.  IV,  cap.  yi.  Fankal , 
DcEcripC.  Buim. ,  p.  81 . 

I 


r 


354  LIVRE    CKHT    VINGT-SlXlÈMË. 

de  creuser  tout  autour  une  tranchée  par  laquelle  l'eau  se- 
coule.  A  10  ou  12  pieds  de  ce  cercle  elle  place  a  ou  3  œufs 
qu'elle  ne  couve  pas,  et  qu'elle  reserve  pour  la  nourriture 
de  ses  petits  lorsqu'ils  viendront  à  éctore.  Le  niàle  et  la 
femelle  couvent  alternalivement,  de  manière  que  l'un  des 
deux  fait  le  guet  sur  le  sommet  de  la  colline.  Quand  les 
Arabes  aperçoivent  un  de  ces  oiseaux  dans  cette  position, 
ils  en  concluent  qu'il  y  a  des  œufs  dans  le  voisinage,  et  le 
nid  est  bientôt  découvert,  A  l'approche  de  l'homme  l'au- 
truche s'enfuit  ;  alors  l'Arabe  creuse  près  des  œufs  un  trou , 
dans  lequel  il  place  son  fusil  chargé  et  dirigé  du  coté  des 
œufs,  après  avoir  attaché  au  ressort  une  mèche  allumée.  1! 
se  retire;  le  soir  les  oiseaux  reviennent,  et,  n'apercevant 
plus  d'ennemis,  se  placent  ordinairement  tous  deux  sur 
leurs  œufs;  le  fusil  part,  et  le  lendemain  matin  l'Arabe 
retrouve  lun  des  oiseaux,  et  quelquefois  tous  les  deux 
abattus  sur  le  coup  (>)■ 

"  Le  poisson  abonde  sur  toutes  les  côtes;  celle  du  sud-est 
nourrit  la  pinne-inarine  avec  son  brisas  éclatant  W  ^  et 
d'immenses  quantités  de  tortues  de  mer,  ressource  des  tri- 
bus entières.  Les  tortues  de  terre  sont  en  grande  abondance 
en  Arabie;  c'est  la  nourriture  des  chrétiens  les  jours  d'ab- 
stinence. On  y  a  remarqué  un  petit  serpent  tacheté  de  blanc 
et  très- venimeux;  on  le  nomme  baétan;  sa  morsure  passe 
pour  causer  une  mort  soudaine.  Le  grand  lézard  guaril 
égale,  dit-on,  en  force,  le  crocodile  P). 

«  N'onbUons  pas  le  cheval,  la  gloire  de  l'Arabie;  il  y  en 
a  de  deux  classes:  les  kadishi  ou  espèce  commune,  et  les 
kocfUani  ou  chevaux  nobles,  qu'on  prétend  issus  des  haras 
de  Salomon,  et  dont  on  conserve   la  généalogie  depuis 


L 


(0  J.  Burckhardt  .■  Notes  on  tlie  1 
Voyage»  et  des  Sciences  g^ographiq 
(0  Ploient. ,  Gflog. ,  VI,  cap.  vn. 
m  Kazwyiy  et  AtdaUatif,  dan»  Bochart ,  para  I ,  tib.  IV.  cap.  i 


ASIE  :  Arabie.  a55 

aooo  ans.  On  a  le  plus  grand  soin  d'en  tenir  la  race  pure. 
Us  supportent  les  plus  grandes  fatigues,  passent  des  jours 
entiers  sans  manger,  et  se  jettent  sur  l'ennemi  avec  impé- 
tuosité. Les  meilleurs  sont  élevés  par  les  Bédouins  dans 
les  déserts  du  nord.  ■ 

Ceux-ci,  selon  Durckhardt,  distinguent  jusqu'à  cinq  races 
de  chevaux  nobles,  qui  descendent,  disent-ils,  des  cinq 
jumens  de  prédilection  du  prophète,  et  ces  cinq  races  se 
subdivisent  en  une  infinité  de  ramifications,  en  sorte  que 
les  noms  des  difTérentes  races  du  désert  sont  innombrables. 
Les  Arabes  tiennent  leurs  chevaux  en  plein  air  toute  l'an- 
née; jamais  ils  ne  les  étrillent  ni  ne  les  frottent  ;  ils  ont 
seulement  soin  de  les  faire  marcher  doucement  toutes  les 
fois  qu'ils  reviennent  d'une  course.  Ils  ne  les  marquent 
jamais;  les  empreintes  que  portent  leurs  chevaux  sont  celles 
d'un  fer  rouge  appliqué  sur  la  peau  de  ces  animaux,  pour 
les  guérir  de  certaines  maladies. 

"  L'Arabie  possède  aussi  une  excellente  race  d'ânes  qui 
se  vendent  à  grand  prix,  et  dont  les  qualités  approchent  de 
celles  des  mules.  Dans  l'Yémen,  les  soldats  font,  avec  ces 
ânes  (') ,  leurs  patrouilles  et  tout  le  service  ijui  n'est  pas  de 
parade.  Ils  servent  aussi  aux  pèlerins  musulmans  pour  la 
longue  et  pénible  route  de  la  Mekke.  Nîebuhr  évalue  le 
chemin  que  font  en  voyage  les  ânes  arabes,  dans  une  demi- 
heure  ,  à  i^So  pas  doubles  de  ceux  de  l'homme  ;  les  grands 
chameaux  arabes  n'en  font  que  775,  et  les  petits  tout  au 
plus  5oo.  Le  trot  du  chameau  est  très-incommode. 

1  Selon  Niebuhr,  ce  pays  n'a  ni  mines  d'or,  ni  mines 
d'argent;  seulement  on  trouve  une  petite  quantité  de  ce 
dernier  métal  mêlé  au  plomb  que  l'on  tire  de  la  province 
d'Oman.  Le  district  de  Saade,  dans  la  partie  septentrionale 

(')  Grandpré .  Voyage  au  Bengale .  Cnmp,  Bocharl,  Hicroz. ,  pan  I . 


1 


1 


L 


256  LIVRB    CENT    VISGT-SISIÈME. 

de  l'Yémeii,  a  des  mines  de  fer,  mais  il  y  est  cassant.  LTé- 
men  fournit  des  onyx  ;  l'agate ,  appelée  pierre  de  Mok.a , 
vient  île  Surate,  et  l'on  tire  les  plus  belles  cornalines  du. 
golfe  de  Canibaye  (0-  Le  même  voyageur  ne  croit  pas  que 
l'Arabie  produise  aucunes  pierres  précieuses,  celles  qu'on 
y  trouvait  y  avaient  été  importées  de  l'Inde,  Maïs  les  té- 
moignages positifs  et  unanimes  des  anciens  ne  permettent 
pas  de  douter  de  l'ancienne  ricliesse  des  mines  d'Arabie  {^}  ; 
et  comment  un  pays  aussi  vaste  n'en  offrirait- il  pas?  C'est 
dans  les  montagnes  de  l'Yémen  qu'on  exploitait  les  tnines 
d'or,  les  unes  cachées  dans  les  entrailles  des  rochers,  les 
autres  déposées  par  rognons  dans  les  terres  meubles.  On 
exploite  encore  du  sel-gemme  près  de  Lohéia  et  en  beau- 
coup d'autres  endroits.  La  ville  de  Gerra,  sur  le  golfe 
Persique,  était  construite  en  sel-gemme.  Les  anciens  dé- 
signent probablement  le  succin  sous  le  nom  de  pierre  aro- 
matique'?); Xémeraude  boiteuse  de  Juba  pourrait  être  la 
diallage  (4).  On  place  encore  parmi  les  pierres  fines  d'Ara- 
bie le  béryl  et  la  topaze.  Niebuhr  a  observé  dans  l'Yémen 
des  colonnes  de  basalte  à  cinq  pans,  de  l'albâtre  bleu,  de 
la  sélénite,  et  différentes  sortes  de  carbonates  calcaires, 

"  Nous  allons  examiner  l'Arabie  province  par  province. 
Les  anciens  la  divisent  en  trois  parties  inégales  :  ÏÂrabie- 
Pétrèe,  petite  province  située  entre  l'Egypte  et  la  Pales- 
tine, au  nord  de  la  nier  Rouge,  "l^' Arabie-Déserte  s'éten- 
dait vers  l'Euphrate  et  vers  le  centre.  Tout  le  reste  formait 
y  Arabie- Heureuse.  Selon  Niebuhr,  les  divisions  de  ce  pays 
sont  absolument  différentes  de  celles  des  anciens.  Le  centre 
de  l'Arabie  est  occupé  par  une  vaste  province,  ou  plutôt 

!')  Niebulir,  Description  ilu  l'Arabie,  I,  igj.  —  (0  Vojei  les  cita- 
tions dans  notre  Volume  !•',  p.  175,  noiej  7,  8,  et  p,  176,  noies  1 ,  a, 
3,  4,  5.  (Il  faut  7  ajouter /oi,  cli.  xkviii.  t.  45.  Âbulfeda,  A  rallia  . 
edit.  Gagn, ,  p.  4-''-  Triphaich,  excerpla  de  gemmis,  etc. ,  cdit.  Rau.  , 
p.  ;,6-i(«,)  — [')  Aromatitcs.  Plin. ,  XXXVII,  ^o. —{i) Smaragdui 
ekoloi.  Juba  ,  ap,  Plin. ,  XXXVII ,  5, 


I 


ASIE  :  Arabie.  iBn 

par  une  série  de  déserts,  appelés  IVedjed,  Neeljid  ou  Tiedjd. 
X^Hedjaz  est  sur  lu  mer  Roug'e;  c'est  là  que  se  trouvent  la 
Mekke  et  Médine;  XYémeii  est  au  sud,  vers  le  détroit  de 
Bab-el-Mandeb;  X Hattramaout  s'étend  sur  les  rivages  de 
l'océan  Indien;  VOmnn  se  trouve  au  sud  de  l'entrée  du 
golfe  Persiqiie;  et  le  L/ihsa  ou  Hadjar,  que  d'Anville  ap- 
pelle Hejer,  et  que  l'on  nomme  aussi  Hesse,  occupe  le  bord 
septentrional  du  même  golfe.  • 

■  La  presqu'île  formée  par  les  golfes  d'Aïlah  et  de  Suez, 
ou  le  désert  du  mont  Siitaï,  attire  les  voyageurs  par  son 
ancienne  célébrité;  car  les  villes  AAHah,  sur  un  bras  du 
golfe  Arabique,  d'Herac  ou  Karac,  au  sud  de  la  mer 
Morte,  ainii  que  le  port  de  Tor,  ne  présentent  rien  d'in- 
téressant. •■ 

Aïlah,  l'antique  ^/anti,  est  le  port  d'où  Salomon  faisait 
partir  ses  flottes  pour  Ophir.  C'est  aujourd'hui  le  rendez- 
vous  des  pèlerins  qui  se  rendent  à  Médine  et  à  la  Mekke; 
les  Turcs  y  ont  construit  une  petite  citadelle,  Karac  est 
un  fort  situé  au  sommet  d'une  colline,  et  auquel  on 
monte  par  un  escalier  taillé  dans  le  roc.  Tor  ou  Tour  n'est 
plus  qu'un  village  depuis  que  son  port  est  fermé  par  un 
banc  de  corail;  cependant  les  navires  s'y  arrêtent  pendant 
les  gros  temps  et  pour  y  prendre  de  l'eau,  qui  passe  pour 
In  meilleure  de  la  côte. 

•<  Le  mont  Sinaï,  masse  imposante  de  roches  granitiques, 
au  pied  duquel  est  le  couvent  grec  de  Sainte- Catherine , 
s'élève  au-dessus  d'une  chaîne  de  montagnes  que  les  Arabes 
appellent  Djebel-Moiisa,  et  dont  on  ne  peut  faire  le  tour 
qu'au  moyen  de  plusieurs  journées  de  marche.  Cette  chaîne 
est  en  partie  composée  de  grès.  On  y  trouve  plusieurs  val- 
lées fertiles,  dans  lesquelles  sont  des  jardins  plantés  de 
vignes,  de  poiriers,  de  dattiers  et  d'autres  excellens  fruits, 
que  l'on  transporte  au  Caire ,  et  qu'on  y  vend  très-cher. 
Mais,  en  général,  la  péninsule  entre  les  deux  golfes  d'Aï- 
Vni.  '7 


1 


[ 


a58  LIVRE    CEBT    VIHGT-SIXlÈHH. 

lah  et  lie  Suez  présente  aux  voyageurs  le  spectacle  d'une 
cffrojante  stérilité,  La  rose  de  Jéricho,  la  coloquinte,  i'a- 
pocyn,  aiinent  ce  sol  aride.  Divers  arbres  buissonneux  y 
viennent  aussi;  tels  sont  Vacacia  gummifera  ou  l'épine 
d'Egypte,  qui  fournit  la  gomme  arabique,  substance  qui 
au  besoin  peut  servir  de  nourriture  ('),  le  tamarinier,  qui, 
dans  les  mois  de  juin  et  de  juillet,  laisse  transpirer  un  suc 
doux  et  aromatique,  nommé  encore  elmann,  et  qui  est  la 
manne  de  Moïse  W;  enfin,  le  ban  ou  balanus  myrepsica, 
dont  les  fruits  donnent  une  huile  recherchée  (5).  Le  câprier, 
le  laurier-rose,  le  cotonnier,  et  divers  autres  arbustes, 
forment  cà  et  là  une  touffe  de  verdure  au  milieu  des 
rochers  noirâtres  de  granité,  de  jaspe,  de  sycnite,  et  des 
plaines  couvertes  de  sables,  de  pierres  à  fusil  et  de  cail- 
loux routés.  Les  Arabes  peu  nombreux  qui  errent  dans  ce 
désert  paraissent  vivre  d'abstinence.  Il  y  a  pourtant  beau- 
coup de  gazelles  et  d'autres  sortes  de  gibier.  Les  côtes 
de  cette  presqu'île  sont  bordées  de  récifs  de  corail ,  et  cou- 
vertes de  pétrifications  sans  nombre,  » 

Le  Sinaï  offre,  vers  lu  moitié  de  sa  hauteur,  deux  cimes 
séparées  par  une  petite  plaine  :  la  plus  haute  est  celle  de 
Sainte-  Cat/wriiie,  qui  passe  pour  être  élevée  de  84oo  pieds 
au-dessus  de  la  mer  Rouge.  Le  couvent  cjui  lui  donne  son 
nom,  et  qui  est  situé  sur  sa  pente,  est  à  54oo  pieds  de  hau- 
teur. 11  date  du  siècle  de  Justinien  ;  c'est  le  siège  d'un  ar- 
chevêché dont  le  titulaire  fait  sa  résidence  au  Caire.  Il  est 
entouré  de  fortes  murailles;  les  personnes  qui  le  visitent  y 
sont  introduites  au  moyen  d'un  grand  panier  attaché  à  une 
corde  ;  la  porte  ne  s'ouvre  que  pour  recevoir  un  nouvel 
archevêque.  Il  renferme  afi  moines  et  frères  lais,  Grecs 


(')flaj«Wçiii*j(,VojBge  Je  Palestine,  p.  57o{enallein,). — (')Seetxen 
tiimZach,  Correspond.  XVH,  i5i.— (')  P.  Btlon,  Obie  rva  lions  ii 
■•JivencB  tiogularitéi,  p.   iii>. 


ASIE  :  Arabie^,  259 

schismatiques  9  qui  emploient  une  partie  de  leur  temps  à 
distiller  de  leau-de-vie,  et  une  partie  du  reste  à  consoni^ 
mer  la  plupart  des  produits  de  leur  distillation.  Un  voya* 
geur  connu,  M.  de  Kienzi,  a  vu  une  inscription  tracée  par 
un  ingénieur  français ,  envoyé  par  Napoléon  au  mont  Sinaî  et 
au  golfe  de  Bar-el-Akabak,  et  qui  rappelle  la  mémorable 
conquête  de  TEgypte  par  1  armée  française.  On  monte  de 
ce  couvent  au  sommet  de  la  montagne  par  des  degrés 
taillés  dans  le  roc. 

«  La  tradition  a  consacré  les  monts  Sinaî  et  Horeb  aux 
yeux  des  chrétiens,  des  juifs  et  des  musulmans;  ces  der- 
niers ,  à  leur  retour  de  Médine ,  honorent ,  par  le  sacrifice 
de  quelques  agneaux,  le  lieu  ou  Dieu  daigna  se  montrer  à 
Moïse  dans  tout  lappareil  de  sa  puissance.  Le  Djebèl-el- 
Mokateb  est  un  grand  rocher  situé  sur  la  route  du  Sinaî  à 
Suez ,  et  couvert  d'inscriptions  hiéi'oglyphiques  qui  ont  été 
le  sujet  de  beaucoup  de  discussions  entre  les  savans.  En 
s*y  rendant ,  Niebuju:  vit  des  catacombes  remplies  de  magni* 
fiques  pierres  sépulcrales,  avec  de  très-beaux  hiéroglyphes, 
monuniens  qui  prouvent  l'ancienne  existeqce  de  villes 
populeuses  et  florissantes.  » 

M.  Rùppell  a  signalé  dans  le  nord  de  l'Arabie,  ou  VA- 
rabie-Pétréej  cinq  races  d'hommes  :  les  Arabes  y  les  Dje* 
belliesy  les  HaiterieSj  les  Chrétiens  et  les  Tehrms,  Les  pre- 
miers sont  originaires  de  THedjaz  et  du  Niedjed,  et  vivent 
4e  leurs  troupeaux  :  leur  tribuda  plus  nombreuse  est  celle  dM 
Misèn£Sj  qui  parcourent  les  pâturages  situés  entre  Aiabmh^ 
Cheroum  et  le  nv>iit  de  Sainte- Marguerite;  elle  compce^ 
45o  hommes  en  état  de  porter  les  armes;  une  antre,  oirik» 
des  Soëlhe,  habite  Ouadi-Firan,  et  s  étend  jusqu'au  village 
de  Tor.  Les  Djebellies  descendent,  «livant  1  opinion  des 
moines  de  Sain  te- Catherine,  des  esclaves  que  l'empereur 
Justinien  fit  venir  du  Pont-Euxin  et  de  la  Haute -Egypte, 
et  dont  il  fit  présent  à  ce  couvert.  Etablis  d'abord  comme 

«7- 


r 


260  I.rVRE    CEMT    VIMGT-SIXIVME. 

serfs  aux  environs  du  mont  Sînaï,  ils  ont  fini  par  être  éman- 
cipés, en  embrassant  l'islamisme.  Mais  ils  ont  continué  à 
travailler  pour  les  moines  qui  leur  paient  uti  salaire.  Les 
)Vrabes  ne  les  estiment  pas  plus  que  les  Hatteries,  qui  des- 
cendent des  soldats  maugrebins  que  le  sultan  Sélini  mit  en 
garnison  au  château  deTor,  Les  cbrétiens  se  réduisent  aux 
moines  du  couvent  de  Sain  te -Catherine  et  à  neuf  familles 
domiciliées  à  Tor,  Ils  vendent  des  vivres  aux  pèlerins  qui 
se  rendent  à  Djeddah;  chaque  père  de  famille  a  parmi  les 
Arabes  un  patron  qui  lui  garantit  sa  propriété,  moyennant 
TobHgation  de  donner  chaque  année  une  pièce  de  toile  et 
daccorder  l'hospitalilé  à  l'Arabe.  Les  Tehmis  paraissent 
■être  venus  de  lYémen,  à  en  juger  par  leur  physionomie. 
Les  Arabes,  comme  les  anciens  Israélites,  exagèrent  par 
vanité  la  force  de  leur  tribuj  mais  M.  Rûppell  n'estime  qu'à 
6  ou  7000  âmes  la  population  de  toute  la  péninsule  du 
mont  Sinaï,  et  même  il  croit  cette  estimation  au-dessus  de 
la  vérité,  à  en  juger  par  la  stérilité  du  sol.  Cette  population 
ne  vit  que  de  lait  caillé,  de  dattes  sèches  et  de  pain  non 
levé.  Depuis  que  l'Arabie  est  devenue  une  province  du  pa- 
cha d'Egypte,  chaque  cheik  est  soldé  par  le  gouvernement. 
Dans  la  partie  septentrionale  de  l'Ara bie-Pétrée  les 
ruines  imposantes  d'ime  cité  antique,  de  celte  magnifique 
Pefra  qui  fut  la  capitale  de  la  troisième  Palestine,  de  ce 
pays  habité  par  les  Edomites,  les  Amalécites  et  les  Moa- 
bites,  réunis  depuis  sous  le  nom  de  Nabatbéens,  méritent 
<de  fixer  l'attention.  Entrons  avec  le  seul  voyageur  qui  ait 
décrit  cette  brillante  cité  oubliée  depuis  tant  de  siècles('), 
dans  l'agréable  vallée  appelée  Ouat/c- Camiidei  ;  nous  trou- 
verons sur  un  rocher  à  droite  du  cûté  d'Ouadi-Araba  les 
ruines  d'un  édifice  dont  il  est  difficile  de  déterminer  la 


(0  Voyage  dans  l'Arabie-Pélr*f,  par  Léon  île  Laloy 
publié  par  L,  Je  La  torde.  In-fbl.  —Paris,  18.^0. 


AsiF  :  Arabie.  a6i 

destination.  Mais,  ainsi  que  le  fait  observer  M.  L.  de  La 
borde,  tout  porte  à  croire  qu'elles  appartiennent  à  quelqui 
fort  qui  défendit  l'entrée  du  territoire  de  Petra ,  accessibti 
par  cette  vallée,  en  même  temps  qu'il  protégeait  l'étnbli 
sèment  que  les  communications  dti  commerce  avaient 
fondé  près  de  la  source  et  des  palmiers  que  l'on  voit  à 
l'entrée  de  la  vallée.  Les  rapports  de  distance  coïncident 
ici  avec  le  Gjpsaria  de  Piolémée  et  le  Gypsaria  des  Tables 
de  Peutinger,  à  4^  milles  d'Aïlab.  On  traverse  pendant 
quelques  heures  une  contrée  désolée;  enËn,  après  avoir 
suivi  un  chemin  difficile  parce  qu'il  s'élève  sur  les  bords 
d'un  ravin  qui  s'encaisse  et  se  creuse  un  ht  an  pied  d'un 
rocher  coupé  à  pic,  aprè^s  avoir  suivi  VOiuidi  Pabouc/ièbe, 
dont  le  lit  est  délicieusement  ombragé  de  grands  lauriers- 
roses,  on  approche  de  la  ville  célèbre. 

■  If ous  tournons ,  dit  M.  L.  de  Laborde,  autour  d'un 

■  pic  surmonté  d'un  arbre  isolé.  La  vue  est  immense  de  ce 
•1  point,  la  solitude,  affreuse;  c'est  une  mer  et  ses  vagues 
«pétrifiées;  c'est  plus. que  cela,  c'est  un  chaos.  En  conti- 

•  nuant  le  sentier,  nous  apercevons  devant  nous  le  mont 
<i  Hor,  surmonté  du  tombeau  du  prophète  (Aaron),  an- 

■  tique  tradition  conservée  par  un  peuple  si  vieux,  qu'il 

•  n'a  plus  que  des  impressions  d'enfance  ou  des  souvenirs 

■  de  tant  du  siècles.  Quelques  excavations  grossières  et  en 

■  ruines  arrêtent  le  voyageur  qui  s'y  intéresse  ,  ne  sachant 

■  ce  que  lui  cadie  le  rideau  de  rocher  qui  s'étend  devartt 

■  lui  :  enfin ,  le  sentier  le  conduit  au  haut  d'un  autre  ravin., 

■  et  ses  yeux  découvrent  â  leur  horizon  le  plus  singulier 
•I. spectacle,  le  plus  magnifique  tableau  que  la  nature,  dans 

■  sa  création  grandiose,  les  hommes  dans  leur  ambition 
•"Vaniteuse,  aient  légué  à  la  curiosité  des  générations  qui 

■  devaient  suivre.  A  Paimyrc,  la  nature  annule  les  efforts 
"des  hommes  par  son  immensité,  par  son  horizon  sans 

■       ■fin,  sur  leqviel  se  perdent  quelquescentainesdecolonnes;        ^^M 


u 


î6a  LIVRE    CEHT    VIWGT-SIXIÈHK. 

■  ici  elle  semble  au  contraire  s'êlre  plue  à  encadrer  de  sa 

■  grandeur  des  constructions  qui  luttent  non  sans  avan- 
"tage  aTCc  elle,  ù  mettre  «n  harmonie  la  force  el  la 
"hizarrerie  de  sa  structure  avec  le  grandiose  et  les  con- 
"cepiions  variées  de  ces  monumcns  des  hommes.  On 
1  hésite  un  moment  auquel  des  deux  l'on  accordera  son 

■  admiration,  à  ta  première  qui  fixe  l'attention  par  une 
"Ceinture  de  rochers  grands  et  majestueux  de  formes  et 
•  de  couleur  j  aux  seconds  qui  n'ont  pas  craint  de  mettre 

■  en  regard  de  cette  forte  création  le  produit  de  leur 
.  génie. . 

Petra  est  située  dans  un  bassin  entouré  de  tous  côtés 
par  des  rochers  et  des  montagnes  qui  se  perdent  dans  le 
désert.  Ces  rochers  sont  percés  de  milliers  de  tombeaux 
tous  plus  ou  moins  riches  de  sculpture,  et  dont  quelques 
uns  sont  d'un  grandiose  qui  étonne.  Au  fond  de  la  vallée 
(  Ouadi-Mousa  )  s'élève  une  colonne  isolée,  reste  d'une 
ancienne  basilique;  puis  se  présente,  à  la  suite  dune  Ion- 
gue  avenue  de  tombeaux,  nn  temple,  le  seul  qui  soit  resté 
debout  à  Petra;  on  remarque  encore  deux  arcs  de  triom- 
phe, dont  un  qui  traverse  le  défilé  qui  conduit  à  la  ville; 
plus  loin,  un  théâtre,  puis  un  tombeau  gigantesque  ap- 
pelé El  Deir,  sculpté  en  relief  sur  le  front  de  la  mon- 
tagne et  présentant,  comme  dans  le  style  de  la  renaissance, 
un  fronton  triangulaire  coupé  au  milieu  par  une  sorte 
de  tour  ornée  de  colonnes  comme  les  antres  parties  du 
monument;  enfin  un  autre  appelé  KItasnc  Pharaon  par 
les  Arabes,  c'est-à-dire  Trésor  de  Pharaon.  Sa  façade, 
taillée  dans  le  roc,  est  une  des  plus  élégantes  que  l'on 
puisse  imaginer.  La  conservation  en  est  admirable  :  ses 
colonnes,  ses  frontons,  ses  chapiteaux  corinthiens  et  ses 
bas-reliefs  ont  conserve  tout  leur  fini  primitif.  L'urne  qui 
le  couronne  renfeime,  suivant  les  Arabes,  toutes  les  ri- 
iliesses  de  Pharaon.  L'architecture  de  toutes  ces  construc- 


Asir.  :  Arabie.  a63 

tions  n'est  ni  d'origine  grecque,  ni  d'origine  latine;  elle 
rappelle  plutàt,  comme  à  Baaibec  et  à  Palmyre,  le  style 
hindou. 

La  côte  orientale  du  golfe  Arabique  est  formée  de  roches 
granitiques.  On  y  remnrque  les  villages  de  Mokilah  et  de 
Magnah.  Entre  ces  deux  villages  les  Bédouins  font  paître 
leurs  troupeaux  dans  de  petites  vallées  creusées  au  milieu 
du  granité.  Aux  environs,  les  Honndals  se  font  redouter 
par  leur  brigandage.  Le  château  de  Mohilah  renferme  une 
garnison  de  4o  soldaLs  égyptiens.  Le  village  de  Magnah  est 
habité  par  des  Arabes  qui  se  font  des  maisons  en  blocs 
de  granité  recouverts  de  nattes.  On  dît  que  dans  les  mon- 
tagnes il  existe  une  tribu  presque  sauvage  qui  se  couvre  de 
peaux  d'animaux  et  vit  de  viande  et  de  lait.  Elle  parle  une 
langue  particulière,  et  l'on  vante  la  beauté  de  ses  femmes. 

S'il  nous  était  permis  de  nous  acheminer  avec  la  grande 
caravane  des  pHerins,  nous  chercherions  la  ville  de  Maan  ou 
Maanan,  située  sur  la  frontière  de  l'Arabie,  au  sud-est  de 
1b  mer  Morte.  Les  habitans  ne  vivent  que  du  profit  qu'ils 
retirent  en  logeant  les  pèlerins  de  ta  Mekke.  La  ville  est 
divisée  en  deux  quartiers,  situés  chacun  sur  une  colbne,  et 
qui  sont  presque  constamment  en  guerre  l'un  contre 
l'autre. 

Dans  des  oasis  fertiles,  au  milieu  de  ÏJJec/jaz ,  contrée  un 
peu  moins  déserte  que  les  environs  du  mont  Sinaï,  nous 
trouverons  Tebouk  ou  Tabihat,  puis  Hitdjar,  dont  les  ha- 
bitans se  sont  creusé  des  habitations  dans  le  roc,  et  plu- 
sieurs autres  villes  peu  importantes. 

Nous  laisserons  à  droite  la  côte  où  se  trouvent  peut-être 
les  restes  de  Madîan  ou  Midian,  appelée  aussi  Madajin ,  de 
Haoura,  et  de  quelques  autres  endroits;  mais  nous  visite- 
rons à  gauche  Médine.  Cette  ville ,  qui  porte  en  arabe  le 
nom  de  Medinet-el-Nabi,  c'est-à-dire  ville  du  Prophète, 
passe  pour  être  l'antique  Jatrippa,  dans  laquelle  se  réfugix 


LIVRE    CENT    VINGT-SIXIEME. 

Mahomet  pour  échapper  aux  poursuites  de  ses  ennemis. 
C'est  de  celte  époque,  appelée  la  fuite  ou  Yhégire,  que  les 
Arabes  comptent  le  commencetnent  de  l'ère  mahomélane. 
Cependant  M.  Jomard  a  fait  remarquer  que  la  latitude  de 
latrippa  n'est  pas  la  même  que  celle  de  Médine,  et  que  ce 
qui  a  fait  croire  que  celle-ci  occupe  l'emplacement  de  l'au- 
tre, c'est  qu'elle  porte  chez  les  auteurs  arabes  le  nom 
d'Iatr/b;  mais  que  la  similitude  de  noms  prouve  seulement 
ici  que  deux  villes  diftërentes  ont  été  appelées  de  même, 
ou  bien  que  latrippa ,  située  plus  au  nord ,  a  cédé  son  nom 
à  latrib,  qui  est  moins  ancienne  (').  Médine  est  située  dans 
une  vallée  arrosée  par  le  ruisseau  appelé  les  Sources  bleues 
(.^ioun-Znrkéh).  Elle  est  précédée  d'un  faubourg;  une 
muraille  et  un  fort  la  défendent,  et  la  font  considérer  comme 
la  principale  place  de  l'Hedjaz.  On  j  entre  par  trois  belles 
portes.  Sa  population  n'est  que  de  7  à  8000  hiibitans,  qui 
rançonnent  les  pèlerins  et  ne  vivent  que  de  la  dépense  que 
font  ceux-ci.  C'est  une  des  villes  les  mieux  liâties  de  l'Orient  : 
ses  maisons  sont  en  pierres,  et  quelques  unes  de  ses  prin- 
cipales rues  sont  pavées;  mais  depuis  qu'elle  a  été  au  pou- 
voir des  Wahabys,  elle  n'a  pas  repris  sa  première  splendeur, 
ei  beaucoup  de  maisons  tombent  en  ruines.  Les  deux  prin- 
cipales rues  sont  celle  qui  mène  de  la  porte  du  Cuire  à  la 
grande  mosquée,  et  celle  qui  va  de  la  mosquée  .i  la  porte 
de  Syrie,  Ce  sont  les  seules  qui  renferment  des  boutiques. 
Sous  ce  rapport  Médine  ne  ressemble  pas  à  la  Mekke ,  qui 
est  pour  ainsi  dire  un  marché  continuel  :  la  grande  mos- 
quée est  le  seul  édifice  public.  Les  faubourgs  occupent  une 
plus  grande  étendue  que  la  ville  même  ;  ils  en  sont  séparés 
par  un  espace  vide,  étroit  au  sud,  qui  s'élargit  à  l'ouest 
devant  la  porte  du  Caire ,  où  il  forme  une  vaste  place  pu- 


(')  Jemard,  Noiicr  géographique ,  ù  la  suite  ie  l'Histoire  de  l'Egj'plF 
loui  le  goufernemenl  de  Mohamiaed-A)i,  par  M.  /'.  Mengin.  Tom,  II. 


ASIE  :  Arabie.  !i65 

Lliqué  appelée  Monàkk^  nom  qui  indique  que  les  caravaûefl 
y  font  halte.  L'une  des  deux  mosquées  du  Monakh ,  nommée 
Mesdjed'jiliy  remonte ,  dit-on ,  au  temps  du  cousin  du  pro- 
phète. Médine  et  ses  faubourgs  sont  approyisioniîés  d  eau 
par  un  beau  canal  souterrain,  qui  commence  au  Yillage  de 
Koba ,  à  trois  quarts  de  lieue  au  sud.  En  outre  les  faubourgs 
sont  arrosés  par  un  torrent  considérable  que  Von  traverse 
sur  un  beau  pont  en  pierre  dans  le  quartier  del  Ambariéh. 
Médine  possède  deux  ou  trois  mosquées  et  trente 
medressehs  ou  écoles.  C  est  dans  cette  ville  que  mourut 
Mahomet,  et  la  mosquée  fondée  par  celui-ci  est  vénérée 
presque  à  I  égal  de  celle  de  la  Mekke,  parce  qu'elle  ren- 
ferme son  tombeau.  Les-pèlerins  ne  sont  pas  obligés  de 
visiter  ce  tombeau,  qui  est  de  la  plus  grande  simplicité. 
Le  temple  de  Médine,  appelé  El-Haram^  comme  celui  de 
la  Mçkke,  est  un  des  plus  anciens  que  possède  l'isla- 
misme. On  le  nomme  plus  généralement  Mesdjed  en  Nebi; 
il  est  soutenu ,  suivant  l'Arabe  Samboudi,  par  296  colonnes 
oiiiées  de  pierres  précieuses  et  d'inscriptions  en  lettres 
dor.  Sa  longueur  est  de  i65  pas,  et  sa  largeur  de  i3o. 
Il  est  plus  petit  que  celui  de  la  Mekke;  mais  du  reste  il 
est  bâti  sur  un  plan  semblable.  C'est  une  grande  cour 
carrée  entourée  de  tous  côtés  par  des  galeries  couvertes  et 
ayant  au  centre  un  petit  édifice.  Les  colonnes  qui  forment 
ces  galeries  offrent  la  plus  grande  irrégularité  :  elles  n'ont 
même  pas  toutes  les  mêmes  dimensions  ;  il  n'y  en  a  pas 
deux  semblables.  Elles  n'ont  pas  de  socle,  et  leurs  fftts 
posent  immédiatement  à  terre.  Ces  colonnes  sont  en 
pierre  et  revêtues  de  peintures  grossières  représentant 
des  fleurs  et  des  arabesques.  C'est  près  de  l'angle  du  sud- 
est  de  la  mosquée  que  se  trouve  le  tombeau  de  Mahomet. 
Ce  n'est  point  en  Orient  qu'a  pris  naissance  le  conte  ré- 
pandu autrefois  en  Europe,  que  lis  cercueil  du  législa- 
teur arabe  est  suspendu  en  l'air.  Il  est  renfermé  dans  un 


u 


^G6  LIVRE    CEKT    VlIfGT-SIXI  feniP. 

ëdîEce  carré  construit  en  pierres  noires  el  soutenu  par 
deux  colonnes  :  ceux  de  ses  deux  disciples  et  successeurs 
l'accompognent ;  mais  celui  de  Mahomet,  le  plus  grand  des 
trois,  est  placé  le  premier,  celui  d'Abou-Bekr  ie  second,  et 
celui  d'Omar  le  troisième.  Ils  sont  couverts  detoffes  pré- 
cieuses, et  en  forme  de  catafalque,  comme  celui  d'Abraham 
dans  la  grande  mosquée  de  la  Melfke.  Les  historiens  arabes 
prétendent  que  le  cercueil  qui  renferme  les  cendres  de 
Mahomet  est  revêtu  d'argent.  Autour  de  son  tombeau  règne 
une  grille  en  fer,  du  plus  beau  travail,  imitant  le  filigrane, 
et  entrelacée  d'inscriptions  en  cuivre,  que  les  Arabes  pré- 
tendent être  de  l'or;  l'enceinte  formée  par  cette  grille  pré- 
sente un  espace  irrégulier  d'environ  20  pas  carrés;  on  y 
entre  par  quatre  portes,  dont  trois  sont  toujours  fermées. 
Le  Hedjira ,  lieu  qui  comprend  et  les  tombeaux  et  le  trésor 
de  la  mosquée,  trésor  qui  était  considérable  avant  le  pillage 
qu'en  firent  les  Wahabys, est surraonléd'une belle  coupole 
qui  s'élève  au-dessus  de  toutes  celles  de  la  galerie,  et  que 
l'on  aperçoit  d'une  grande  distance;  cette  coupole  est  cou- 
verte en  plomb  ,  et  surmontée  d'un  globe  et  d'un  croissant 
dorés,  d'une  grande  dimension. 

Suivant  la  tradition  musulmane,  lorsque  \n  trompette  du 
jugement  dernier  sonnera,  Aisa  (Jésus-Christ)  descendra 
sur  la  terre,  annoncera  le  dernier  jour,  puis  mourra  et  sera 
enterré  auprès  de  Mahomet  j  à  la  résurrection  générale ,  tous 
deux  se  lèveront  et  monteront  au  ciel ,  et  Aîsa  recevra  de 
Dieu  l'ordre  de  séparer  les  bons  des  méchans. 

Les  pèlerins  qui  visitent  Médine  viennent  presque  tous 
de  la  Syrie;  les  autres  niahométans  se  contentent  d'y  en- 
voyer de  riches  présens ,  en  sollicitant  des  prières.  Telles 
sont  les  particularités  que  l'on  possède  sur  cette  ville,  qui 
chez  les  sectateurs  de  Mahomet  porte  gj  noms  différens, 
dont  l'un  des  moins  mérités  est  celui  de  Cité  r-eaplendissanfe 
(  Medinek-Mounevéré). 


ASIE  :  Arabie,  ^67 

Parmi  les  lieux  <jue  les  })èlerins  visitent  aux  environs  de 
Médine,  nous  citerons,  d*après  Burckhardt,  lemoitf  C^Aoi/, 
où  se  trouve  le  tombeau  de  Hamzé,  oncle  de  Mahomet  fie 
village  de  Koba ,  entouré  de  vergers  et  de  jardins  qui  appro- 
visionnent Médine  de  citrons ,  doranges ,  de  grenades ,  de 
bananes ,  de  pèches ,  d  abricots,  de  raisins  et  de  figues;  une 
jolie  mosquée,  entourée  d'une  quai*antaine  de  maisons ^ 
selève  au  milieu  des  arbres  fruitiers. 

Les  Médinaouis  ou  habitans  de  Médine  sont  pour  la  plu* 
part  des  étrangers  .établis  dans  cette  ville  :  il  ne  se  passe 
pas  d'année  que  plusieurs  pèlerins  ne  sy  établissent.  Us 
portent  tous  le  costume  des  Turcs.  Les  faubourgs  sont  peu*  - 
plés  de  Bédouins.  Médine  est  peut-être  la  seule  ville  de 
rOrient  d'où  les  chiens  soient  exclus  :  tous  les  ans  les  gens 
de  la  police  chassent  ceux  qui  auraient  pu  sy  introduire. 

Médine  est  gouvernée  par  un  conmiandant  militaire  ^ 
ayant  le  titre  d  aga  ;  Vautorité  ecclésiastique  et  administrative 
est  confiée  à  Xaga  el  haram ,  qui  a  à  son  service  environ  80 
soldats;  le  plus  important  persotinage  qui  vient  ensuite  est 
le  kahdi;  enfin  le  sadat  ou  chef  des  chérifs  y  jouit  d'une 
grande  considération. 

Yajnbo-cl'Bakr  est  le  port  de  Médine.  Les  grandes  iré- 
gates  peuvcfnt  y  mouiller,  bien  que  l'entrée  en  soit  difficile 
k  cause  des  récifs  de  corail  qui  l'obstruent.  La  ville,  qui 
2'enferme  5  à  6000  âmes,  est  bâtie  sur  la  côte  septentrionale  ' 
d'une  baie  profonde;  elle  a  deux  murailles,  dont  l'une  en- 
toure le  quartier  central,  et  l'autre  lextérieur  (0*  La  plupart 
des  maisons  n'ont  qu'un  rezrde-chaussée  ;  ses  seuls  édifices^ 
publics  sont  trois  ou  quatre  mosquées,  la  maison  du  gou- 
verneur et  quelques  khans  à  demi-ruinés.  Yambo  répond 
parfaitement,  pour  la  position  astronomique,  au  lambia-^ 
^icus  de  Ptolémée.  Les  riches  Yambouis  ont'  des  maisons 

(0  BuppéU:  Voyage  dans  la  Nubie ,  Je  Kcmrdofan  et  rArabie-Pëtréc^ 


L 


LIVIIE    CEHT    VINGT-SIXIÈME. 

dans  une  fertile  vallée  appelée  Yambn-el-IVakel , 
Kara-  Ynmbo  ou  Yambo-el-Berr^  située  à  6  ou  7  lieues ,  au 
milieu  des  montagnes.  Elle  est  longue  de  1 2  Heues ,  et  ren- 
t'cnne  une  douzaine  de  hameaux. 

La  roule  de  Médine  à  la  Mekke  traverse  la  vallée  A'El- 
Ssajin,  près  du  village  de  ce  nom,  où  s'arrêtent  les  cara- 
vanes. Ce  village  est  peuplé  de  Bédouins  de  la  tribu  de 
Béni  Salem  ;  la  vallée  est  étroite  et  arrosée  par  un  ruisseau 
qui  la  fertilise.  Elle  est  célèbre  dans  tout  l'Hedjaz  par  ses 
dattiers  et  par  l'abondance  des  fruits  qu'ils  produisent. 
C'est  dans  les  montagnes  voisines,  et  principalement  dans 
celles  appelées  Djebel  Sohh  que  croît  l'arbre  qui  fournît  le 
baume  de  la  Mekke;  les  Arabes  le  nomment  beschem;  i\ 
s'élève  à  la  hauteur  de  10  à  i5  pieds,  et  donne  deux  sortes 
de  résine  :  l'une  blanche  et  l'autre  un  peu  jaunâtre.  Il  y  a 
deu\  manières  de  reconnaître  si  cette  substance  est  pure  : 
la  première  est  d'y  tremper  le  doigt  et  de  le  mettre  au  feu; 
si  le  baume  briiIe  sans  faire  du  mal  ou  sans  laisser  une 
marque  sur  le  doigt,  il  est  bon;  la  seconde  consiste  à  en 
laisser  tomber  une  goutte  dans  un  vase  plein  d'eau  ;  s'il  se 
coagule  et  se  précipite  au  fond ,  il  est  pur. 

•  On  regarde  comme  sacré  tout  le  terrain  de  la  ville  de 
/n  Mekke.  Cette  ancienne  capitale  de  l'Arabie  porte  chez 
les  mahométans  un  nombre  si  considérable  de  noms  qu'on 
a  pu  en  faire  un  petit  recueil  en  un  volume;  elle  était  con- 
nue des  Grecs  sous  le  nom  de  Mncoraba.  La  terminaison 
de  ce  nom  exprime  sa  giandeur,  qui  néanmoins,  dans  ses 
temps  les  plus  ilorissans ,  n'a  point  égalé  le  quart  de  Paris. 
Le  sol  n'est  qu'un  rocher  stérile;  l'eau  môme  du  puits  sacré 
de  Zemzem  est  amère  et  saumàtre(i).  Les  pâturages  sont 
éloignés  de  la  ville;  les  fruits  y  sont  apportés  des  jardins 
de  Tayef,  situé  dans  un  canton  montagneux,  où  il  gèle 

'  Jtouljeda ,  cAil.  Gago, ,  p.  ig.  Ilakoui,  Nolice:  et  Ea  Irait) ,  H, 
liarthema  ,  np,  liamUi,,  Havig.  ,  1 ,  i5i .  Nietuhi- 


ASIE  ;  Arabie.  aGi) 

quelquefois  même  en  étét').  Le  courage  des  Koréischites , 
qui  l'égiièreiii.  à  la  Mekke,  les  rendit  célèbres  parmi  les 
Arabes;  mais  leur  sol  se  refusait  aux  travaux  de  l'agrieul- 
ture.  Leur  position  ,  en  revanche,  était  favorable  aux  entre- 
prises cnmmerciales  par  le  port  de  Gedda  ou  Djeddah  ,  qui 
n'était  distant  que  de  4o  milles.  Us  pouvaient  entretenir 
une  correspondance  aisée  avec  l'Abyssinie.  Les  ti-esors  de 
l'Afrique  étaient  transportés  à  travers  la  péninsule  jusqu'A 
el  Katif,  dans  la  province  de  Hadjar.  Embarqués  sur  des 
radeaux  avec  les  perles  du  golfe  Persique,  ils  arrivaient  à 
l'eniboucbure  de  l'EupIirate.  La  Mekke  est  placée  à  une 
distance  à  peu  près  égale  d'environ  trente  jours  de  marcbe 
de  l'Yénien,  à  droite,  et  de  la  Syrie  à  gaucbe.  Les  cara- 
vanes d'Arabie  faisaient  leur  station  d'hiver  dans  le  pre- 
mier de  ces  pays,  et  celles  d'été  dans  l'autre.  Le  plaisir  de 
les  voir  arriver  consolait  les  navigateurs  de  l'Inde  de  l'en- 
nuyeuse et  pénible  route  de  la  mer  Rouge.  Les  ciiameaiix 
des  Koréischites  se  chargeaient  d'une  précieuse  cargaison 
de  parfums  dans  les  marcbea  de  Sana  et  de  Mérab,  ou  dans 
les  ports  d'Oman  et  d'Aden.  On  se  procurait  des  provisions 
de  blé  et  d'objets  manufacturée  dans  les  foires  de  Uostra  et 
de  Damas  s^]. 

"  Mais  le  commerce  a  cliangé  de  route,  et  la  Mekke, 
dont  la  population  n'était  que  de  18,000  âmes,  lorsqu'Aly- 
Bey  la  visita,  et  qui  paraît  avoir  aujourd'hui  plus  de  3o,ooo 
habitans  13) ,  ne  subsiste  plus  que  par  l'afduence  des  pèle- 
rins qui  viennent  offrir  un  hommage  de  vénération  à  In 
sainte  kaaba,  temple  principal  des  mahoniétans.  Un  y  re~ 


(0  Aboulfeda ,  Gsgn. ,  p.  {3.  Edriai,  ciim.  Il ,  p.  5,. 

(>i  Masaoïidi,  ap,  SchuUiiis,  HUtorîa  luctanid. ,  p.  i8i. 

iV  J.  Burckkardt  ostiinc  U  population  de  la  MeLle  h  iS  uu  :tn,ooa 
ûmes ,  en  y  comprenant  les  faubourgs  ;  à  quoi  il  faat  ajouter ,  ilit-il ,  3  '.\ 
{000  AbjBBÎns  et  tstlaves  noirs.  Mais  la  ville  pourrait  loger  une  popula- 
tion trois  Tois  plus  considérable,  J.  H. 


270  I,1VP,F    CENT    VtlVGT-SlXEEME. 

marque  plusieurs  quartiers  abandpnnés  ou  en  ruines,  depuis 
qu'ella  fut  prise  par  les  WaJuihys  en  1804.  - 

Duns  les  geogiaphies  ordinaires  on  viinie  la  magnificence 
du  temple  de  la  Mekke,  de  ses  cent  portes  et  de  son  dôme 
doré;  voyons  ce  quVn  dit  Burckliardt  qui,  s'étant  fait  passer 
chez  les  Arabes  pour  un  véritable  musulman,  a  pu  l'exa- 
miner dans  le  plus  grand  détail.  La  giande  mosquée  de  la 
Mekke,  appelée  la  Maison  de  Dieu  {BeithouUlah),  ou  El 
Hni-am,  n'est  remarquable  que  parce  qu'elle  renferme  la 
kaaba.  Eiie  est  ornée  en  dehors  de  sept  minarets  inégalement 
distribués.  On  entre  dans  une  cour  longue  de  aSo  pas  et 
large  de  aoo ,  entourée  à  l'est  de  quatre  rangs  de  colonnes 
«t  de  trois  sur  les  autres  côtés  ;  ces  colonnes  sont  unies  par 
des  arcades  en  ogives,  d'où  pendent  des  lampes,  dont  quel- 
ques unes  sont  allumées  le  soir  et  toutes  pendant  la  nuit 
du  ramadhan.  Au-dessus  de  cette  cotonnade  s'élèvent  de 
petites  coupoles  dont  on  porte  le  nombre  à  lôa,  l^s  co- 
lonnes ont  10  pieds  de  hauteur  :  les  unes  sont  en  marbre 
blanc,  les  autres  en  granité  ou  en  porphyre,  et  la  plupart 
sont  en  pierre.  Les  auteurs  arabes  ne  sont  pas  d'accord 
sur  la  quaniité  de  ces  colonnes;  les  uns  disent  qu'il  y  en 
a  589,  les  autres  553;  mais  ces  évaluations  sont  antérieures 
à  l'année  1626  de  notre  ère,  époque  de  la  destruction 
d'une  partie  de  cette  mosquée  par  un  torrent  oui  se  forma 
pendant  un  terrible  orage.  Parmi  les  45o  h  5oo  colonnes 
de  galeries  qui  ornent  l'enceinte  de  la  mosquée,  Bnrckhardt 
dit  qu'il  n'en  a  pas  vu  deux  dont  les  bases  et  les  chapiteaux 
fussent  exactement  semblables;  quelques  unes  portent  des 
inscriptions  arabes  ou  Koufiques.  En  dedans  du  grand  mur 
enferme  les  galeries,  on  lit  les  noms  de  Mahomet, 
Abou-Bekr,  Omar,  Otliman  «i  Aly  ;  celui  d' Allah  ,  en  gran- 
des lettres,  se  lit  en  plusieurs  endroits.  En  dehors  au-des- 
sus des  portes  les  noms  de  ceux  qui  les  ont  construites 
sont  écrits  en  caractères  soloutà.  On  entre  dans  la  mosquée 


;  Arabie. 
irrégulièrement  a 


•X']l 

r  (le  son 


par  17  portes  disiribin 
enceinte. 

C'est  à  peu  près  au  milieu  de  la  cour  que  s'élève  la  kaaba, 
ou  la  maison  sainte  j  elle  est  à  ii5  pas  de  la  colonnade  du 
nord  et  à  88  de  celle  du  sud.  Sept  galeries  assez  larges 
pour  que  4  ou  5  personnes  y  marchent  de  front  conduisent 
des  galeries  à  la  kaaba.  Celle-ci  est  placée  sur  une  base 
haute  de  2  pieds  et  présentant  une  pente  fortement  inch- 
née.  Son  toit  plat,  la  régularité  de  ses  faces,  lui  donnent 
l'aspect  d'un  cube  parfait.  L'unique  porte  par  laquelle  on 
y  entre  est  située  du  côté  du  nord  :  elle  est  entièrement 
rcTètue  d'argent ,  ornée  de  quelques  dorures ,  et  fut  appor- 
tée de  Constantinople  en  i633. 

L'édifice  doit  son  nom  à  sa  forme  carréej  il  n'a  que 
a^  pieds  de  largeur  sur  34  de  hauteur,  et  est  entièrement 
couvert  d'une  grande  tenture  en  soie  noire  sur  laquelle  est 
brodée  en  or  la  profession  de  foi  des  musulmans  :  //  ny 
a  pas  d'autre  Dieu  que  Dieu,  et  Mahomet  est  son prop/iéte. 
L'usage  de  couvrir  la  kaaba  existait  avant  Mahomet  chez 
les  Arabes  idolâtres  {')■  Cette  étoffe,  qui  n'est  assujettie 
que  par  quelques  cordes,  ce  qui  n'empêche  pas  le  vent 
de  la  faire  doucement  ondoyer,  donne  au  monument  un 
aspect  singulier  et  imposant.  Ce  voîie  est  renouvelé  tous 
les  ans.  A  l'angle  nord-est  de  la  kaaba,  et  près  de  la  porte, 
est  encbâssée  la  célèbre  pierre  noire  k  ^  q\i  S  pieds  au- 
dessus  du  sol  de  la  cour.  Elle  est  d'une  forme  ovale,  irré- 
gulière, et  d'un  diamètre  d'environ  7  pouces;  mais  elle 
était  jadis  plus  grande  :  sa  surface  a  été  polie  et  même 
usée  par  les  baisers  et  les  attouchemens  de  plusieurs  mil- 
lions de  pèlerins.  Sa  surface  ondulée,  qui  annonce  être  la 
réunion  d'une  douzaine  de  petites  pierres  d'inégale  gran- 
deur, liées  par  un  ciment,  son  apparence    qui   est  celle 


I.')  Max.  Tyr.,  Suid.,ctK.,  ap.  Atttman.,  BlblJotli.  > 


it.,p-  334. 


2^2  LIVItE    CRÎÏT    VIJVGT-SIXIEHf:. 

d'une  sorte  de  lave,  se  ni  feraient  indiquer  que  c'est  une 
pierre  tofnl»ee  du  ciel.  Elle  pnsse  pour  avoir  ête  apportée 
par  l'ange  Gabriel  et  [x»ur  avoir  servi  de  siège  à  Abraham 
pendant  la  construction  de  la  kaaba.  A  l'angle  sud-est  de 
l'édiiice  on  voit  une  autre  pierre  placée  à  peu  près  à  la 
même  hauteur  que  la  pierre  noire,  mais  elle  est'blanche 
et  du  même  calcaire  que  celui  qui  sert  à  la  jVlekke  pour 
les  constructions;  elle  est  longue  d'un  pie<l  et  demi  et  large 
dedeux  pouces,  et  placée  perpendiculairement  dans  le  mur; 
les  pèlerins  se  contentent  de  la  toucher  de  la  main  droite. 

Sur  le  côté  septentrional  de  la  kaaba,  tout  près  de  la 
porte  et  contre  le  mur,  il  y  a  une  fosse  appelée  El Maajeii, 
i-evêtue  cnmnrbre  et  assez  grande  pour  que  trois  personnes 
s'y  asseyent.  On  regarde  comme  très-méiitoire  d'y  faire  sa 
prière,  parce  qu'elle  passe  pour  être  celle  dans  laquelle 
Abraham  et  son  fils  Ismaèl  gâchaient  te  mortier  dont  ils 
se  sei'virent  pour  bAtir  la  kaahu. 

Sur  le  côté  occidental ,  à  deux  pieds  au-dessous  du  som- 
met, est  le  fameux /«/soi  ou  In  gouttière  par  laquelle  coule 
l'eau  de  pluie  qui  tombe  du  toit.  Elle  a  4  pieds  de  long 
sur  6  pouces  de  large ,  et  passe  pour  être  en  or  niassIT.  Au- 
dessous  du  mizab,  autour  de  la  kaaba,  le  pavé  consiste  en 
unejolie  mosaïque  en  pierres  colorées;  au  centre  se  trouvent 
deux  grandes  dalles  de  l>eau  vert  antique,  sous  lesquelles 
les  musulmans  prétendent  qu'Ismaël  et  sa  mère  Agar  sont 
enterrés.  I>es  pèlerins  vont  y  faire  une  prière  et  s'y  prosterner 
deux  fois.  Le  reste  du  pavé  autour  de  la  kaaba  est  en  marbre; 
il  est  entouré  d'une  balustrade  en  bronze  doré,  à  laquelle 
sont  suspendues  sept  lampes  que  l'on  allume  après  le  cou- 
cher du  soleil.  Le  terrain  sablonneux  de  la  cour  et  une  par- 
tie du  pavé  extérieur  de  la  kaaba  sont  couverts  pendant  la 
prière  de  tapis  longs  de  6o  à  8o  pieds  sur  4  *l<!  largeur  (i]." 

t')  J.  Burekkai-dl  :  Voyage  en  Aroliii-- 


ASIE  :  Arabie.  a^î 

Vis-À-vis  les  quatre  côtés  de  la  kaaba  s'élèvent  quatre 
petits  édifices  où  les  inians  des  quatre  rlts  musulmans  se 
placent  et  dirigent  la  prière  de  leur  communauté.  Sous 
plusieurs  parties  de  la  colonnade  de  la  cour  de  la  mosquée 
86  tiennent  des  écoles  publiques  pour  les  enfans.  L'inté- 
rieur ne  consiste  qu'en  une  seule  pièce  qui  ne  reçoit  la 
lumière  que  par  la  porte,-et  dont  le  toit  est  suppoitépar 
deux  colonnes.  Le  plafond  et  les  parois,  jusqu'à  la  hauteur 
de  5  pieds  au-dessus  du  plancher,  sont  garnis  de  tentures 
en  soie  rouge,  richement  ornées  de  broderies  en  argent, 
représentant  des  fleurs  et  des  inscriptions.  Au-dessous  des 
tentures  les  murs  et  le  plancher  sont  revêtus  de  dalles  en 
marbre  de  différentes  couleurs.  Un  grand  nombre  de 
lampes  d'or,  ou  peut-être  dorées,  sont  suspendues  entre 
les  colonnes. 

■  Avant  Mahomet  il  y  avait  sur  l'emplacement  qu'occupe 
la  kaaba  un  temple  célèbre  (i) ,  rendez-vous  reli^eux  de 
toutes  les  tribus  d'Arabie,  qui,  après  avoir  fait  sept  fois  te 
tour  de  l'édiâce  sacré ,  baisaient  avec  respect  In  pierre 
noire  '?).  Des  sacriâces  de  moutons  et  de  chameaux  étaient 
adressés  aux  36o  images  placées  dans  le  temple,  et  que 
Mahomet  détruisit.  Ëtaient-ce  les  génies  des  jours  de  l'an- 
née.'' et  le  dieu  Hobal,  placé  sur  le  sommet  du  temple, 
n'était-ce  pas  le  soleil?' 

^>  Ld  porte  de  la  kaaba  ne  s'ouvre  que  trois  fois  par  an  : 
flBie  fois  pour  les  hommes,  une  autre  pour  les  femmes,  et 
fa  troisième  pour  la  nettoyer.  Les  pèlerins  en  f^ont  sept  fois  le 
'tour  en  récitant  des  prières  et  en  la  baisant  diaque  fois.  Les 
quatre  premiers  tours  doivent  être  faits  d'un  pas  accéléré,  à 
l'ùnitation  du  prophète,  qui,  pour  démentir  ses  ennemis 
qui  faisaient  courir  le  bruit  qu'il  était  dangereusement  ma- 

(■)  Diod.,  I,  3.  — (')  Pococke,  Spécimen  histor. ,  p.  3ii.  Rrland, 
de  relig.  Moliamed,  ,  p.  88  tqq.  Mill.  Dissert.  de  Mohamed isino  , 
p.  titqq- 

VIII.  i8 


1 


2^4  LIVKE    Cr\T    VENGT-SlSlrniF, 

'lade,  96  mit  n  courir  quatre  t'ois  Butourde  la  kaaba.  Dansune 
partie  de  la  grande  mosquée  se  trouve  \c  puits  de  Zemzem, 
dont  l'eau  laiteuse  est  bue  par  les  pèlerins  et  employée  aux 
ablutions.  Cette  eau  est  regardée  comme  un  remède  infail- 
lible pour  toutes  les  maladies.  Le  chef  des  gardiens  du 
puits  est  un  des  premiers  ulémas  de  la  Mekke.  Il  parait  que 
cette  ville  doit  son  antique  origine  à  cette  source.  Les  pè- 
lerins vont  aussi  prier,  au  centre  de  la  ville,  sur  la  colline 
de  Ssafa;  puis  à  600  pas  de  là  au  Merouak,  plate-forme 
en  pierre ,  élevée  de  fi  à  8  pieds ,  à  laquelle  on  monte  par 
de  larges  degrés;  et  liors  de  la  ville,  aux  sources  qui  ali- 
mentent le  puits  de  Zemzem;  enlin  à  unu  lieue  et  demie  de 
la  Mekke,  à  la  montagne  de  VOmrah,  où  Mahomet  allait 
fréquemment  faire  sa  prière  du  soir. 
,  La  Mekke  porte  chez  les  Arabes  les  titres  les  plus  pom- 
peux :  les  plus  Ditlinaires  sont  Oui  el  Kara  (  la  mère  des 
villes),  el  Moscherej'é  (la  noble),  et  Balad  el  Einïn(^VA 
patrie  des  Qdètes).  Elle  est  située  dans  une  vallée  étroite  et 
sablonneuse,  dirigée  du  nord  au  sud,  et  fermée  par  des 
collines  de  aoo  à  5oo  pieds  de  hauteur.  La  ville  est  ouverte 
de  toutes  parts  et  n'est  défendue  que  par  une  forteresse 
d'une  construction  grossière,  dans  laquelle  réside  lechérif, 
et  placée  sur  une  colline  appelée  Djebel-Liila.  I^es  rues 
sont  généralement  régulières  et  sablées,  et  les  maisons 
bâties  en  pierre.  En  un  mot,  elle  peut  passer  pour  une 
jolie  ville.  La  seule  place  publique  qu'elle  renferme  est  la 
vaste  cour  de  la  grande  mosquée.  Elle  n'est  ombragée  par 
aucune  plantation  j  maïs  à  l'époque  des  pèlerinages  elle  est 
animée  par  l'aflluence  des  étrangers  et  par  une  multitude 
de  boutiques.  Les  murs  extérieurs  de  la  grande  mosquée 
sont  ceux  des  maisons  et  des  autres  bàtimens  qui  l'entou- 
rent de  tous  côtés.  Le  plus  remarquable  de  ces  bâtimens  est 
le  Mekham  ou  la  maison  de  justice,  bel  édifice  sohdement 
construit,  avec  de  hautes  arcades  dans  l'intérieur.  On  fait 


ASIE  ;  Arabie.    .  ayS 

voir  dans  la  ville  le  Mouled-el-Nebi ,  lieu  de  naissance  du 
prophète,  dans  le  quartier  qui  porte  le  même  uom;  c'est 
une  rotonde  dont  le  sol  est  à  26  pieds  au-dessous  du  ni- 
veau de  la  rue;  on  y  montre  aux  fidèles  un  petit  enfon- 
cement dans  le  pave  :  c'est  là,  dit-on,  qu'était  assise  la 
mèi-e  de  Mahomet  quand  elle  le  mit  au  monde.  La  maison 
appelée  Mouled-Sittna-Fatmé  est  vénérée  comme  le  lieu  où 
naquit  Fati:ié,  tîlle  de  Mahomet  :  on  y  montre  une  petite 
chambre  dans  laquelle  lange  Gabriel  apportait  à  celui-ci  les 
feuilles  du  Coran.  Dans  le  grand  cimetière  du  quartier  ap- 
pelé Ma'ala  se  trouve  le  Kaber-Sittna-Khadidjè ,  ou  \e.  tom- 
beau de  Khadidjé,  la  femme  du  prophète.  Avec  ses  fau- 
bourgs, la  ville  occupe  une  longueur  de  3  à  4ooo  paa- 
Les  rues  sont  remplies  demendians,  surtout  à  l'époque  du 
pèlerinage  ou  liadj,  car  il  n'y  a  que  les  pèlerins  qui  Fassent 
l'aumône;  la  plupart  des  habitans  s'en  abstiennent.  Malgré 
la  sainteté  du  lieu ,  la  Mekke  renferme  un  grand  nombre  de 
femmes  publiques  :  elles  habitent  le  quartier  appelé  AAa'A- 
j^'awe;; elles  sont  assujetties  à  un  impôt  particulier,  comme 
dans  beaucoup  d'autres  villes  mahométanes,  mais  elles  sont 
plus  modestes  que  celles  d'Egypte,  et  ne  se  montrent  ja- 
mais sans  voiles  dans  les  rues;  il  y  a  parmi  ces  femmes 
beaucoup  d'esclaves  abyssines,  dont  on  prétend  que  les 
anciens  maîtres  partagent  les  profits.  Le  célèbre  baume  de 
la  Mekke,  objet  de  son  principal  commerce,  y  est  apporté 
de  l'intérieur  de  l'Arabie.  On  l'extrait  de  la  plante  appelée 
par  Linnée  am/ris  balsanitfera.  Sa  gi-aine  est  employée  par 
les  Mekkaouis  à  faire  avorter  leurs  esclaves. 

Le  nombre  de  pèlerins  ou  Hadjl  qui  vont  chaque  année  à 
la  Mekke  est  très-considérable;  mais  il  le  serait  encore  plus 
si  tous  les  niahométans  riches  et  bien  portans  regardaient 
comme  un  devoir  de  s'y  rendre.  Il  en  est  beaucoup  parmi 
ceux-ci  qui,  pour  un  salaire  bien  moins  coûteux  que  le 
voyage,  y  envoient  à  leur  place  quelque  pauvre  qui  ne 


1 


r 


U 


276  LIVRE    CENT    VINGT-SIXIÈME. 

craint  point  la  fatigue  :  ce  métier  d'ailleurs  est  assez  lu- 
cratif. La  plupart  des  mahométans  contractent  avec  un  de 
ces  pèlerins  de  profession  un  marché  par  lequel  celui-ci 
s'engage  à  faire  le  pèlerinage  après  la  mort  du  riche.  Il  ar- 
rive aussi  très -fréquemment  que  les  héritiers  d'un  homme 
opulent,  s'ils  sont  dévots,  envoient  à  la  Mekke  en  son  nom 
un  de  ces  pèlerins,  gui  au  retour  reçoit  son  salaire  sur  l'at- 
testation de  quelque  iman  qu'il  a  rempli  touct:s  les  for- 
malités voulues.  Les  pèlerinages  de  la  Mekke  forment  six 
ou  sept  caravanes  :  celle  de  Damas  ou  de  Syrie,  la  plus 
importante,  conduite  par  un  pacha  à  trois  queues,  celui  de 
Damas  même;  celle  d'Egypte  commandée  par  un  bey  qui, 
pendant  tout  le  temps  qu'il  remplit  ses  fonctions,  reçoit  le 
titre  d'Emir-Hadji;  celle  des  Arabes  de  Barbarie ,  qui  se  joint 
à  celle  de  Damas  à  quelques  journées  de  marche  de  la 
Mekke;  la  quatrième,  celle  de  Perse,  vient  de  Bagdad, 
sous  la  conduite  d'un  chef  nommé  par  le  pacha  de  celte  ville; 
la  cinquième  vient  du  Lahsa  et  du  Tfedjed;  enfin  il  en 
vient  une  du  pays  d'Oman ,  et  une  autre  de  l'Yémen  ;  sans 
compter  une  foule  de  pèlerins  qui  partent  de  l'Inde,  de 
Java,  de  Sumatra,  et  même  de  la  JVubie  et  de  la  côte  mé- 
ridionale de  l'Afrique.  Ija  caravane  de  Damas  est  de  >j  à 
5  000  personnes. 

Autant  la  durée  du  pèlerinage  offre  un  spectacle  animé 
et  imposant,  autant  sa  6n  présente  un  aspect  lugubre  et 
pénible.  Aux  fatigues  supportées  pendant  un  long  voyage 
succèdent  les  tristes  conséquences  de  la  mauvaise  nour- 
riture et  des  logemens  insalubres  que  l'on  est  obligé  de 
prendre  dans  une  ville  comme  la  Mekke,  qui  à  celte 
époque  surtout  offre  peu  de  ressources  pour  un  accroisse- 
ment de  population  de  60  à  70,000  âmes  :  ces  causes,  et 
quelquefois  le  manque  absolu  de  vivres,  remplissent  la 
mosquée  de  cadavres  et  de  mourans  qui  s'y  font  apporter 
afin  d'être  guéris  par  la  vue  de  la  kaaba. 


ASIE  :  Arabie.  %'j'] 

Parmi  les  lieux  que  l'on  visite  hors  de  la  ville,  nous  ci- 
terons le  Djebel  Ahoit  Koube'ù^  l'une  des  plus  hautes  mon- 
tagnes qui  environnent  la  Mekkc,  et  celle  qui,  selon  les 
Arabes,  fut  une  des  premières  créées  sur  ta  terre. 

On  peut,  à  l'exemple  de  Burckhardt,  dire  que  tous  les habi- 
tans  de  la  JVIekke  sont  des  étrangers  ou  des  fils  d  étrangers,  à 
l'exception  de  quelques  Bédouins  ou  de  leurs  descendans  qui 
se  sont  établis  dans  cette  ville,  ou  d'un  petit  nombre  d'an- 
ciens Arabes  appelés  Schérifs  ou  descendans  de  Mahomet. 
A  chaque  pèlerinage,  quelques  uns  de  ceux  qui  en  font 
partie  s'y  établissent.  Cependant  cette  population  mélangée 
a  adopté  les  mêmes  mœurs  et  le  même  costume.  Ixts  indi- 
gènes seuls  se  distinguent  par  une  marque  particulière  que 
les  parens  font  aux  enfans  4o  jours  après  leur  naissance,  et 
qui  consiste  en  trois  longues  entailles  au  bas  de  chaque 
Joue,  et  en  deux  autres  sur  la  tempe  droite  :  cicatrices  qui 
ne  s'effacent  jamais.  En  hiver,  les  hommes  de  la  haute  classe 
portent  un  béniche  ou  manteau  de  dessus  en  drap,  et  un 
jubbè  ou  manteau  de  dessous  de  la  même  étoffe;  une  robe 
de  soie  attachée  avec  une  ceinture  de  cachemire,  un  tur- 
ban de  mousseline  blanche  et  des  pantoufles  jaunes  complè- 
tent le  reste  de  la  parure.  En  été,  un  béniche  de  soie  rem- 
place celui  de  drap.  Les  femmes  portent  des  robes  de  soie 
des  Indes,  de  très-grands  pantalons  bleus  rayés  et  brodés 
en  argent  ;  elles  mettent  par-dessus  ces  vêtemens  une  ample 
robe  appelée  habra,  en  soie  noire,  ou  un  meKnyeh ,  égale- 
ment en  soie,  mais  rayé  de  bleu  et  de  blanc;  leur  visage  est 
caché  par  un  bourko  blanc  ou  bleu  pâle ,  et  leur  tète ,  coiffée 
d'une  espèce  de  turban ,  est  couverte  du  mellayeh. 

Chez  les  riches  Mekkaouis,  c'est  une  honte  de  vendre 
une  esclave  concubine.  Si  elle  devient  mère  et  que  le 
maître  n'ait  pas  plus  de  trois  femmes  légitimes ,  il  l'épouse, 
.sinon  elle  reste  toute  sa  vie  dans  la  maison.  Il  y  a  des  Mek- 
kaouis qui  ont  plusieurs  douzaines  de  concubines. 


u 


ajS  LIVRE    CEST    VIKGT-SlXlflME. 

Depuis  la  conquête  de  l'Arabie  par  Mohained-.\l y,  le  khadi 
de  la  Mekke  a  recouvré  l'autorité  que  lui  avait  enlevée  la 
Porte  ottomane';  il  nomme  aux  offices  de  judicature  de 
cette  ville  et  de  celles  de  DjiddEih  et  de  Taïf ,  et  ne  les  confie 
(£u'ù  des  Arabes.  Les  quatre  mouFtis  des  quatre  sectes  or- 
tbodoxes  siègent  au  tribunal  que  préside  le  khadî.  La  Mekke 
est  sous  les  ordres  d'un  gouverneur  qui  jouit  du  rang  de 
prince,  mais  qui  n'a  ni  le  titre  d'iman  ni  celui  de  calife. 

"  I!  y  a  aussi  plusieurs  petits  États  souverains  dans  les 
montagnes  de  l'Hedjai,  Les  Arabes  qui  y  demeurent  ne  vi- 
vent pas  sous  des  tentes  tomme  ceux  des  plaines;  ils  pos- 
sèdent des  villes  et  des  villages  murés;  ils  se  défendent 
dans  de  petites  citadelles  situées  sur  des  rochers  et  des 
montagnes  escarpées.  Parmi  ces  Etats  se  trouve  le  district 
de  A^(6er^  qui  est  au  nord-est  de  Médine,  et  qui  est  habité, 
dit-on  ,  par  des  juifs  indépendans,  soumis  à  leurs  propres 
cheiks  comme  les  autres  Arabes.  Les  Turcs  les  ont  en 
horreur,  et  les  accusent  de  piller  leurs  caravanes.  Il  paraît 
que  les  juifs  de  Kbeîbar  n'ont  aucune  liaison  avec  ceux  qui 
demeurent  dans  les  villes  sur  les  confins  de  l'Arable.  Peut- 
être  sont-ils  karaîtcs}  on  sait  que  les  juifs  ,de  cette  secte 
sont  plus  odieux  aux  juifs  pharisiens  que  ne  le  sont  les 
mahométans  et  les  chrétiens.  > 

La  ville  de  Tnyef  ou  Taïf,  surnommée  \e  jnitlin  de  la 
Mekke,  mérite  d'être  citée.  ISàtie  au  milieu  d'une  plaine 
sablonneuse  dont  on  peut  faire  le  tour  en  quatre  heures 
de  marche,  et  qui  est  renfermée  entre  des  montagnes  peu 
élevées  appelées  Djebel -Ghazou an ,  elle  est  renommée  dans 
toute  l'Arabie  par  la  beauté  de  ses  jardins,  situés  aux  pieds 
de  ces  montagnes,  et  plantés  de  rosiers,  de  vignes  et  d'ar- 
bres fruitiers.  Elle  est  assez  belle  et  renfei-me  deux  petites 
mosquées.  Les  Wahabys  la  ruinèrent  en  i8oa;  mais  elle  a 
été  presque  entièrement  réparée.  Ses  maisons  sont  généra- 
lement petites  et  bâties  en  pierres;  ses  rues  sont  plus  larges 


ASIE  :  Arabie.  Ù99 

que  dans  la  plupart  des  villes  de  l'Orient.  Il  n'y  a  qu'un» 
pliice  publique  où  se  tient  le  marclie;  elle  est  devant  le 
château,  ediBce  qui  ne  mérite  ce  nom  que  parce  qu'il  est 
plus  grand  que  le  reste  des  bâtimens  de  la  ville.  Ce  château 
est  situé  sur  un  rocher  élevé.  TaïF  est  entoui'ée  d'un  mur  et 
d'un  fossé  dont  on  peut  faire  le  tour  en  35  minutes  pour 
peu  qu'on  marche  vite.  Sa  population  se  compose  princi- 
palement d'Arabes  de  la  tribu  de  Thékif  qui  ont  quitté  la 
vie  nomade  pour  s'y  établir.  Sur  le  somniet  des  montagnes 
voisines,  le  froid  est  assez  rigoureux  pour  qu'il  y  gèle 
quelquefois.  Suivant  Durckhardt ,  d'après  lequel  nous 
venons  de  donner  sa  description ,  elle  est  à  iS  grandes 
lieues  de  Djedduh  ou  Djiddah,  que  M.  Rùppel  écrit 
lijelta.  Celle-ci  est  la  résidence  d'un  pacha  ou  gouver- 
neur dont  le  pouvoir  est  fort  restreint.  Située  sur  le  bord 
de  la  mer  Rouge,  elle  est  le  centre  du  commerce  de  cette 
partie  de  l'Arabie.  Elle  n'a  cependant  qu'un  petit  port  et 


une  rade  entouré»  de  récifs  de  coraux  et  de  1 


repores; 


la  cote  est  stérile  et  manque  d'eau  ;  mais  la  ville,  entourée 
de  faubourgs  composés  de  cabanes  en  joncs  et  eu  roseaux, 
est  belle  et  riche;  ses  rues  ne  sont  point  pavées,  mais  elles 
sont  grandes;  ses  maisons  sont  élevées  de  deux  étages  et 
construites  en  une  pierre  qui  se  forme  journellement  dans 
la  mer  par  une  agrégation  de  polypiers  et  de  coquilles.  Cette 
pierre  se  décomposant  facilement  par  l'action  continuelle 
d'un  air  humide,  tel  que  celui  qu'on  respire  sur  cette  côte, 
il  n'est  pas  étonnant  que  Djiddali  ne  renferme  aucun  édi- 
fice de  quelque  ancienneté  et  de  quelque  importance  ;  il  y 
a  cependant  plusieurs  mosipécs ,  dont  deux  sont  d'une  di- 
mension considérable.  Cette  ville  peut  avoir  i5,oouà  20,o«o 
habitans,  et  quelquefois  plus  du  double  à  l'époque  des  pèle- 
rinages ou  lorsque  les  marchands  y  affluent-  Cltaquepderi-. 
nage  procure  à  Djiddah  un  accroissement  de  population 
d'auiantplus  nécessaire  ,  que  le  nombre  des  décès  y  surpasse 


LIVRE   CEST   TIMGT-SIXIÈME. 


de  beaucoup  celui  des  naissances.  Les  Djiddaouis  s  adonnent 
presque  exclusivement  au  commerce;  plusieurs  jouissent 
d'une  grande  opulence  :  on  en  cite  quelques  uns  qui  pos- 
sèdent une  fortune  de  4  à  5oo,ooo  francs  ;  aussi  le  nom  dé 
cette  ville  signifie-t-il  riche.  On  y  compte  a5  cafés,  21 
marchands  de  beurre,  18  de  fruits,  8  de  dattes,  4  de  crêpes 
et  d'autres  fritures,  5  de  fèves,  5  de  sucreries  et  de  confi- 
tures, 10  à  12  boulangers,  2  marchands  de  teben  ou  lait 
aigri,  8  magasina  de  graines,  3i  marchands  de  tabac,  18 
droguistes,  ri  magasins  de  diverses  marchandises  indien- 
nes, 6  de  toiles  des  Indes,  i5  tailleurs  et  marchands  d'ha- 
bits, 4  cordonniers,  3  parfumeurs,  1  horloger  et  7  ban- 
quiers. Sauf  quelques  dattiers  qui  s'élèvent  près  d'une  mos- 
quée, Djiddah  est  dépourvu  dejardinset  de  végétation;  ses 
environs  n'offrent  qu'un  déseit  stérile  (1).  Près  de  cette  ville 
on  montre  le  tombeau  d'Eve  (Hova),  la  mère  du  genre 
humain.  Suivant  M.  de  Rienzi,  c'est  un  édifice  mesquin, 
de  forme  carrée,  qui  ne  paraît  pas  remonter,  du  moins  dans 
son  état  actuel,  à  plus  de  deux  ou  trois  siècles, 

Sur  la  côte  de  l'Hedjaz,  entre  Mohilah  et  Djeddah,  l'un 
des  ports  les  plus  fréquentés  est  celui  de  Foiichk;  le  châ- 
teau-fort du  même  nom,  à  4  lieues  à  l'est,  sert  de  station 
pendant  deux  jours  à  la  caravane  des  pèlerins  :  il  s'y  fonne 
alors  une  espèce  de  foire.  Un  autre  port,  celui  de  Cherm- 
Yambo,  est  habité  par  un  mélange  d'Arabes,  d'Egyptiens, 
de  Syriens  et  d'autres  peuples. 

M.  Rûppel,  en  se  rendant  du  golfe  de  Suez  à  celui  d'A- 
kaba,  a  signalé  la  vallée  de  Koubab,  réservoir  naturel  des 
eaux  pluviales  de  la  contrée,  petite  vallée  couverte  de  pâ- 
turages et  de  buissons.  A  Ras-el-Sat  on  est  étonné  de  voir, 
entre  les  blocs  de  granité  décomposé,  un  bassin  naturel 
d'eau  de  pluie  à  i5oo  pieds  au-dessus  de  la  mer  Houge. 


U 


(>)  Burckhardt:  Voyagea  en  itrnbie,  loin.  1. 


ASIE  :  Arabie.  ai 

Aox  environs  d'Akaba  il  suf&t  de  cretiser  la  terre  pour 
avoir  de  bonne  eau. 

n  A  l'est  de  l'Hedjaz  s'ouvrent  les  vastes  déserts  duNedjed. 
Selon  Niebuhr,  ce  grand  pays  s'étend  depuis  te  désert  de 
Syrie  au  nord  jusqu'à  l'Yémen  au  sud ,  et  de  l'Irac-Araby  à 
l'est,  à  l'HedJaz  à  l'ouest.  De  la  sorte,  il  comprend  principale- 
ment ce  que  les  géogiaphes  européens  ont  désigné  sous  le 
nom  d'Arabie ■  Déserte ,  division  inconnue  aux  Arabes,  La 
partie  de  cette  province  que  l'on  connaît  plus  absolument 
sous  le  nom  de  Nedjed  est  montagneuse ,  couverte  de  villes 
et  de  villages ,  remplie  de  petites  seigneuries  ;  presque  chaque 
petite  ville  est  gouvernée  par  un  cheik  indépendant.  Elle  est 
très-fertile  en  toutes  sortes  de  fruits ,  et  principalement  en 
dattes.  On  y  trouve  peu  de  rivières,  et  même  celle  A!JJlan, 
i  est  marquée  sur  la  carte  de  d'Anville,  et  qui  descend 
s  montagnes  de  Toueyk,  n'est  qu'un  ouatli  ou  torrent, 
i  n'a  de  l'eau  qu'après  les  grandes  pluies.  " 
L  Le  Nedjed  ou  Nedjd,  comme  l'appellent  la  plupart  des 
fageurs  modernes,  est  célèbre  dans  toute  l'Arabie  par  ses 
:  pâturages,  qui  nourrissent  une  excellente  race  de 
kadaires  :  aussi  les  Arabes  appellent-ils  le  Nedjed  Ont 
i-dire  la  mère  des  chameaux.  On  y  élève  des 
i.  qui  passent  dans  toute  l'Arabie  pour  être  du  sang 

'S  qui  divisent  le  Nedjed  peuvent  être  générale- 
dés  comme  autant  d'oasis  arrosées  par  des  sources 
ens.  Cependant  il  arrive  souvent  que  le  Nedjed 
la  disette  dans  les  années  peu  pluvieuses.  La 
montagnes  de  ce  pays  sont  couvertes  de 
iplées  d'hyènes,  dé  loups,  de  tigres,  de  cerfs,  de 
,  et  même  d'ânes  et  de  vaches  devenus  sauvages. 
On  trouve  dans  le  Nedjed  beaucoup  d'anciens  puits 
construits  en  pierres  et  dont  l'origine,  inconnue  aux  habi- 
tans,  est  attribuée  par  ceux-ci  à  une  race  primitive  de 


i 


■iOa  LIVRK    CENT    VINGT-SIXIEME. 

gëans.  Il  en  est  de  même  de  nombreux  restes  d'anciens 
bâtlmens  d'une  construction  très-massive,  mais  complè te- 
ll y  a  dans  cette  province  un  grand  nombre  de  districts; 
celui  iVEl-jii-ed,  qu'on  appelle  quelquefois  Nee(jed-el-jired, 
confine  à  lest  à  l'Hajar  on  Lahsa.  On  y  trouve  le  Hamfa, 
canton  autrefois  célèbre,  plus  connu  aujourd'hui  sous  le 
nom  de  Damieit  ou  Dreyeh ,  et  appelé  aussi  Derareh  (O-  Sa 
capitale,  qui  porte  le  même  nom , était  la  principale  ville 
des  Waliabys  avant  sa  destruction  par  Ibrahim-Pacha  en 
1819,  Elle  se  composait  de  cinq  quartiers  séparés,  entourés 
chacun  d'une  muraille  garnie  de  bastions.  On  y  comptait 
38  mosquées,  3o  collèges,  25oo  maisons,  et  i5  à  18,000 
habitans.  L'armée  égyptienne  s'en  empara  après  un  siège 
de  sept,  mois.  Les  coteaux  voisins  produisent  toutes  sortes 
de  fruits,  on  y  élève  d'excellens  chevaux  et  d'innombrables 
troupeaux  de  moutous  noii-s  \A- 

Le  village  appelé  El-A'yeynek  a  donné  naissance  au  nou- 
veau prophète  Wabab,  fondateur  de  la  secte  des  Wahabys. 
El-Manjoulali ,  ville  de  2000  familles,  a  tu  détruire  ses 
murailles  par  l'armée  égyptienne,  Anizek  ou  Aneyzek^  ou 
encore  A'neizi,  ville  commerçante,  située  presque  à  égale 
distance  de  la  tuer  Rouge  et  du  golfe  Persique,  a  éprouvé 
le  même  sort.  C'était  le  lieu  le  plus  considérable  du  pays 
appelé  Kassiin  :  on  y  comptait  près  de  3ooo  maisons.  Ce 
pays  renfermait  plus  de  26  petites  villes  ou  villages  bien 
peuplés;  la  principale  est  Bcreïda,  où  réside  le  cheik. 

■■  Niebuhr  place  le  district  de  Kerjé  dans  la  partie  sud- 
ouest  du  Nedjed ,  et  par  conséquent  sur  les  frontières  de 
l'Yémen.  Il  parait  qu'on  l'a  trompé.  Le  Khardj  ou  Kheidjc 
est,  selon  les  Arabes,  le  même  canton  qui  comprend  la 

(>)  niebuhr,  Dcsrrijit. ,  H,  p.  ao3.  Bui-ckhaiih  .•  Vujiijjts  en  Aiiibit, 
loin.  Il ,  p.  a37 ,  traduclion  de  M.  Eyiiit. 
(=)  Comp.  Hmlgi-Kkalfah,  p.  i4Si  s?i/. 


AsiK  :  'Arabie.  283 

ville  dHIémamah^  renommée  dii  temps  de  Mahomet,  à  cause 
de  lanti-prophète  Moseilàma;  elle  forme,  avec  les  villes  de 
Làhsa  et  lébrin ,  un  triangle  ëquilatéral ,  dont  chaque  côté 
est  de  trois  journées  dé  distance  (i).  EUSoulemyeh  est  la 
capitale  du  Khardj.  Il  paraît  que  c'est  le  même  lieu  que 
celui  que  les  écrivains  arabes  nomment  Salemia.  Le  mont 
El'Ared  des  géographes  arabes  pai'aît  être  un  plateau  de 
rochers  calcaires,  escarpé  à  roùést,  incliné  doucement  à 
lest,  et  étendu  dans  la  direction  du  nord  an  sud  (3).  Ce 
sont  les  mantes  Marithi  de  Ptolémée. 

«  Suivant  un  voyageur  de  Damas,  depuis  les  confins  du 
canton  de  Haourâh  jusqu'aux  bords  de  TEuphrate ,  tout  le 
sol  n  est  qu'une  immense  plaine,  sans  rivières,  sans  sources 
pi^rmanentes,  sans  la  moindre  élévation ,  sans  trace  de  ville 
ni  de  village,  mais  où  cependant  plusieurs  arbustes  épineux 
et  quelques  plantes  agréables  à  Tœil  croissent  avec  vigueur. 
Cette  plaine  s'appelle  El-Hamad  (3j,  C'est  XAUDahna  d'A- 
boulfeda  et  de  d'Anville.  Elle  n'offre  qu'un  sol  aride,  cou- 
vert de  sable  mouvant;  mais  il  s*j  trouve  quelques  oasis 
fertiles  et  de  bons  pâturages»  Cest  là  qu'errent  les  Aneséhy 
les  Beni'Shaher^  les  Szeleb^  et  d  autres  tribus  nomades  (4).  Les 
Montejik  occupent  les  deux  rives  de  l'Euphrate,  dépuis  Koma 
jusqu'à  Arasje.  Au  sud  de  cette  plaine  les  caravanes  de 
Damas,  en  partant  d!Esraky  à  une  journée  et  demie  de 
Bostra,  suivent  pendant  sept  journées  une  vallée,  ou,  si 
l'on  veut,  le  lit  dune  rivière  sans  eau,  dans  l'été  du 
moins,  nommée  Ouady-jirab^S'Szj'rhan.  Cette  route,  di- 
rigée au  sud-est,  les  conduit  au  canton  DJqfou  Dchof^- 
Szyrhan,  C'est  VAl^Giouf^  que  d'Anville  a  bien  placé  :  on 

(0  Àboulfeda ,  edlt.  Gagn. ,  p.  16.  — (')  Idem ,  Prolegom. ,  p.  18-1 ,  vers 
Rciskei.  Bommel^  Arabia  Aboulfed. ,  p.  86.  Hadgi-Khalfah  ^  Djehan- 
Numa,  p.  i45o-i45i  MS.  Comp.  les  notes  siipplémenlaires  à  la  fin  du 
V«  volume  de  ce  Précis.  — (^)  Joussouf-el-Milkyj  caravaneur  de  Damas , 
dans  Zach,  Corresp. ,  XVIII ,  p.  383. 

(4)  Seetzen ,  Mémoire ,  dans  les  Annales  des  f^oyag-es  ,  VIII ,  îSi. 


•204  LIVRE   CEST   VIHGT-SIXIEME. 

y  voit  une  haute  tour  pyramidale.  Les  habîtans  virent  dans 
un  état  de  guerre  civile  perpétuelle.  Il  y  a  ici  ,  dit-on ,  des 
chiens  sauvages  qu'on  mange.  On  traverse  ensuite  un  dé- 
sert pierreux  de  deux  journées  de  long,  et  un  autre  désert 
de  sable  de  trois  journées;  on  y  va  à  la  chasse  aux  bceufs 
sauvages.  Derrière  ce  désert  s'élève  le  mont  Chemmar  ou 
Djebel- Ckammar ,  couvert  de  forêts  et  de  villages;  sa  hau- 
teur et  son  étendue  semblent  l'égaler  au  mont  Liban,  Cette 
montagne  donne  son  nom  à  un  pays  dont  l'une  des  prin- 
cipales villes  était  Et-Mostailjeidlé.  Ici  se  termine  la  route 
du  voyageur  damasquin ,  auquel  nous  empruntons  ces 
renseignemens;  il  n'entra  pas  même  dans  le  canton  de 
Chemmar,  qui  est  le  mont  Zametas  de  Ptoléniée,  et  le 
Belad-Shemer  de  d'Anville,  mais  que  ce  géographe  paraît 
mettre  trop  à  l'ouest,  et  peut-être  un  peu  trop  au  sud. 
Notre  voyageur  apprit  que  la  ville  de  Derayeh  capitale 
des  Wahabys,  est  éloignée  du  mont  Chemmar  de  dix 
journées;  elle  doit  être  à  la  même  distance  des  rivages 
du  golfe  Persique ,  selon  l'estimation  des  Arabes  ;  mais 
M.  Reinaud,  voyageur  anglais,  qui  s'y  est  i-endu  en  venant 
de  Dassorah  par  mer,  a  d'abord  fait  sept  journées  d'el  Katif 
à  la  ville  A'Àscka,  où  il  y  a  des  chevaux  d'une  beauté  sin- 
gulière ,  mais  qui  n'ont  que  5o  pouces  de  hauteur  (i).  De  là 
il  fit  huit  Journées  à  travers  les  déserts  avant  d'arriver  à 
Derayeh,  qu'il  appelle  Dmhia. 

•  Au  sud  et  au  sud-est ,  le  Nedjed  est  séparé  de  l'Yémen 
et  de  l'Oman  par  le  désert  (l'Akkaf,  jadis,  selon  la  tradi- 
tion, un  paradis  terrestre,  habité  par  des  géaus  impies, 
nommés  les  J'aclites;  un  déluge  de  sable  fit  périr  ce  peuple  ; 
cependant  leur  langue  est  encore  parlée  dans  les  îles  Kurian 
et  Muriani^]. 


V 


(0  Reinaud,  Icdrc  J  .Seet^eit ,  .laii>  Znt 
(')Coiup.  nadgiJikalfalt,  p.'i338.  ' 


ASIE  :  Arabie.  aSS 

■  Les  -villes  qui  subsistent  encore  dans  le  Nedjed  font  un 
commerce  considérable,  soit  entre  elles,  soit  avec  des  pla- 
ces voisines  de  l'Hedjaz,  de  l'Yemen  et  de  Lahsa.  C'est  du 
Nedjed  qu'est  sortie  la  redoutable  secte  des  ff'ahnbites  ou 
ff^ahafys,  dont  la  puissance  fixa  jusquen  i8ig  les  yeux 
de  l'Asie  et  de  l'Europe.  Voici  un  précis  de  ce  qu'on  a 
pu  savoir  jusqu'ici  sur  l'origine ,  les  progrès  et  les  revers  de 
cette  secte  célèbre  (')■ 

■  Une  tradition  répandue  dans  l'Arabie,  et  surtout  dans- 
l'Yémen,  raconte  qu'un  pauvre  pasteur,  nomme  Souleiman  , 
vit  en  songe  une  flamme  qui  sortait  de  son  corps  et  se  ré- 
pandait au  loin,  dévorant  tout  sur  son  passage.  Il  consulta 
les  devins  sur  le  sens  de  cette  vision ,  et  ils  lui  répondirent 
qu'elle  présageait  la  fondation  d'une  nouvelle  puissance  qui 
serait  établie  par  son  tils.  Ils  ne  se  sont  pas  beaucoup 
trompés  ;  car  si  la  prédiction  ne  s'est  pas  vérifiée  dans  la 
personne  du  fils  de  Souleiman,  nommé  Abd-El-Jfahab, 
elle  s'est  réalisée  dans  le  fils  de  celui-ci,  le  cheik  Moha- 
med-Ibn-Abdoul-ff^akab,  (juii\ii<iuitÀ'E\-\'jeyneh  en  1696. 
C'est  lui  qui  est  le  véritable  fondateur  de  la  secte,  que 
l'on  a  appelée  tPahabys.  M  sut  se  prévaloir  auprès  de  ses 
compatriotes  de  ce  songe  vrai  ou  faux.  11  leur  persuada 
qu'il  descendait  dii'ectemenf  de  Mahomet,  dont  il  portait 
le  nom.  Ses  dogmes  sont  peu  nombreux,  11  prescrit  le 
culte  d'un  Dieu  unique,  éternel,  tout- puissant ,  juste, 
miséricordieux,  qui  récompense  et  qui  punit.  Il  apprend 
à  regarder  le  Coran  comme  un  livre  écrit  dans  le  ciel 
même  par  les  anges.  Il  veut  qu'on  en  suive  les  préceptes; 
mais  il  rejette  toutes  les  traditions  des  musulmans.  11 
regarde  Moïse  et  Jésus-Christ  comme  des  êtres  privilégiés. 

{')  Histoire  des  Wahabya,  par  W.  L.  A.  Paris,  iSio.  Noiicc  sur  les 
Wahabjs,  par  M  Rousseau,  consul  -  général ,  à  I»  suile  de  sa  Description 
dupachalik  île  Bagdad,  1S09.  Hiituirc de Mc^Mmet-Alj,  parM.  Alengin. 
Vajtfe»  en  Arabie,  par  J.  Eurekhttrdt. 


I 


■ioh  iiVRr;  cent   vinot-sixiiimf. 

Il  consent  à  voir  dans  Mahomet  nu  sage  aimé  de  Dieu; 
mais  il  blâme  les  liommages  qu'on  lui  rend.  Il  dit  que 
Dieu,  blesse  de  cette  sorte  de  culte,  la  envoyé  sur  la 
t«rre  pour  en  détromper  les  hommes,  et  que  tous  ceux  qui 
repousseront  ses  instructions  méritent  d'être  exterminés.  ■ 
Il  ordonne  de  prier  cinq  fois  par  jour;  de  jei\ner  pendant 
le  mois  de  rhamadan  ;  de  ne  point  faire  usage  de  boissons 
spirilueuses  j  de  ne  point  tolérer  les  femmes  prostituées;  de 
prohiber  les  jeux  de  hasard  et  la  magie;  de  donner  en  au- 
mônes la  centième  partie  de  son  bien;  d'empêcher  l'usure; 
de  faire  an  moins  une  fois  le  pèlerinage  de  la  Mekke;  de 
ne  point  fumer;  de  ne  point  se  vêtir  de  soie  ;  de  ne  point 
élever  de  dômes  ni  de  mausolées,  et  de  détruire  ceux 
qui  existent,  parce  que  ce  luxe  de  monumens  favorise 
l'idolâtrie.  Enfin  on  voit  que,  relativement  au  mahomé- 
tisme,  le  wahabysme  est  une  véritable  réformation,  bien 
que  dans  loutrOrienl  on  ait  répandu  le  hniit  que  c'était  une 
religion  entièrement  nouvelle,  et  que  les  Wahabys  ne  trai- 
taient les  Turcs  avec  cruauté  que  parce  que  ceux-ci  étaient 
musulmans. 

"  D'abord  il  répandit  sa  doctrine  en  secret,  et  se  fit 
quelques  prosélytes.  Il  fit  un  voyage  en  Syrie  pour  le  même 
objet.  N'ayant  pas  réussi,  il  revînt  en  Arabie  au  bout  de 
trois  ans  d'absence.  Il  y  fut  plus  heureux,  et  trouva  un  pro- 
tecteur dans  un  chef  arabe  nommé  Mohamed-lbn-Souhoud 
on  Saoud,  issu  de  la  tribu  de  Negedis,  comme  l'aîeul  de 
Gheik-Mohanied.  Cet  Ibn-Souhoud  était  im  homme  ardent 
et  brave,  qui,  après  s'être  rendu  chef  de  sa  tribu,  en  avait 
subjugué  deux  autres  de  l'Yémen,  et  avait  attiré  dans  son 
parti  tous  les  Arabes  vagabonds  de  cette  contrée.  Avec  eux 
il  se  vit  en  état  de  faire  des  excursions,  et  dans  l'espace 
de  i5  ans  il  avait  déjà  beaucoup  étendu  ses  conquêtes. 
Curieux  de  les  étendre  encore,  il  crut  que  le  cheîk  Ibn- 
Abdoul-Wabab  pourrait  servir  ses  vues  en  inspirant  plus 


ASIE  :  Arabie.  aSy 

d'ardeur  et  d'enthousiasme  à  ses  Arabes.  Il  seconda  donc- 
Ja  propagntioii  d'une  doctrine  qui  avuît  l'ait  déjà  quelques 
progrès  parmi  les  siens  ;  et  le  clieik  de  son  càtii  se  livra 
volontiers  à  celui  dont  il  attendait  le  plus  solide  appui 
pour  sa  secte.  Ses  dogmes  lurent  bientôt  adoptés  par  tout 
le  peuple.  Le  nouveau  culte  pnt  une  forme  régulière.  Le 
fils  d'Abd-EI-Wahab  fut  declart;  pontife  suprême  des  Wa- 
habites.  Ibn-Souhoud  retint  l'autorité  temporelle  sous  le 
litre  d'émir;  et  ce  partage  de  puissance  s'est  conservé  entre 
les  descendans  des  deux  cbefs,  qui  choisirent  pour  leur 
capitale  Derayeh,au  sud-ouest  de  Dassorab,  dans  le  désert. 
uS'il  fallait,  dit  Uurckhardt,  d'autres  preuves  pour  cons' 
«  tater  que  les  Waliabîtes  sont  des  musulmans  très-ortho- 

■  doxes,  leur  catjéchisnie  les  fournirait.  Quand  Ibn-Snu- 
«  houd  prit  possession  de  la  Mekke,  il  distribua  aux  habi- 

•  tans  des  exemplaires  de  ce  livre,  et  ordonna  que  les  écoles 

•  publiques  l'apprissent  par  cœur.  On  n'y  trouve  que  ce  que 

•  le  Turc  le  plus  orthodoxe  doit  adaiettre  comme  vérité. 
'  Souhoud  avait  l'idée  absurde  que  les  habitans  des  villes 

■  étaient  élevés  dans  une  ignorance  entière  de  leur  reli- 

■  gion,  c'est  pourquoi  il  désira  que  ceux  de  la  Mekke  fus- 

■  sent  instruits  de  ses  premiers  principes.  Cependant  ce 

■  catéchisme  ne  contenait  que  ce  que  les  Mekkaouis  sa- 

•  valent  déjà,  et  quand  Souhoud  reconnut  qu'ils  avaient 
nplus  d'instruction  que  ses  prosélytes,  il  s'abstint  de  le 

•  répandre  parmi  eux  (').  » 

■  ibn-Souhoud  s'occupa  dès  lors  à  réaliser  ses  projets 
d'agrandissement.  Il  forma  une  armée  bien  disciplinée, 
dont  le  cheik  augmentait  l'enthousiasme  par  ses  prédica- 
tions. Souhoud  mourut  au  milieu  de  ses  projets  j  mais  son 
bis,  Abd-£1-Aziz,  hérita  de  son  courage  et  de  son  zèle. 


(')  J.  Barekhardt  :  Voyages  en  Arabie,  tradiiclion  de  M.  Eyrift, 
tom.  11,  p.  ibo.  — Parii,  i83{. 


1 


r 


U 


î88  LIVRE    CEHT    VINGT -SI  XIKBIE. 

Quand  il  voulait  réduire  une  tribu,  il  envoyait  la  sommer 
de  croire  au  Coran  tel  qu'il  l'expliquait,  la  menaçant  de 
l'exterminer  si  elle  s'y  refusait.  Prenait-elle  en  effet  ce 
dernier  parti ,  on  passait  tout  au  fil  de  l'épée  ,  ne  respec- 
tant que  les  femmes  et  les  filles,  et  enlevant  toutes  les 
richesses  des  vaincus.  Si  au  contraire  la  tribu  consentait 
à  se  soumettre,  Abd-El-Aziz  lui  nommait  un  gouverneur, 
et  se  élisait  donner  la  dîme  des  troupeaux,  de  l'argent, 
des  meubles,  et  même  des  hommes,  que  ton  tirait  au 
sort.  Il  amassa  ainsi  de  grands  trésors  en  peu  de  temps , 
et  se  forma  une  armée  nombreuse ,  que  l'on  estima  au 
moins  à  120,000  hommes.  Les  Arabes-Bédouins,  cédant 
les  uns  après  les  autres  ,  ont  ployé  sous  une  puissance  qui 
embrassait  tout  le  vaste  désert  compris  entre  la  mer  Rouge, 
le  golfe  Persique  et  les  environs  d'Alep  et  de  Damas.  ■■ 

Ce  fut  vers  la  fin  de  l'année  1767  que  les  habitans  du 
pays  de  Nedjed ,  qui  avaient  embrassé  les  principes  répandus 
par  le  cheik  Mohamed-Ibn- Abdoul-Wahab ,  reçurent  des 
peuples  voisins  le  nom  de  Wahabys.  En  1791,  le  1 4  juin , 
ce  chef  de  secte  mourut  à  l'âge  de  95  ans,  après  avoir 
aplani  à  la  famille  de  Souhoud  le  chemin  qui  la  conduisit 
au  trône.  U  avait  épousé  ao  femmes  dont  il  eut  18  enfans. 
En  i8o3,le  i4  octobre,  Abd-El-Aziz,  dans  sa  82*  année, 
fut  assassiné  par  un  fanatique  que  les  Persans  avaient 
gagné  pour  se  venger  de  ce  que  deux  ans  auparavant  ses 
troupes  avaient  pillé  la  ville  de  Kerbelé,  et  profané  le  tom- 
beau d'un  saint  personnage.  Son  fils,  l'intrépide  Souhoud, 
lui  succéda.  Il  soumit  la  plus  grande  partie  de  l'Arabie  et 
mourut  à  Derayeh  au  mois  d'avril  i8i4-  Sous  son  succes> 
seur  Abdallah ,  les  Wahabys  étaient  maîtres  de  toute  la 
contrée  et  s'étendaient  jusqu'aux  portes  de  Damas  et  de 
Bagdad,  lorsqu'en  1818  le  fils  du  pacha  d'Egypte,  Ibrahim- 
Pacha,  à  la  tète  d'une  armée  aguerrie,  parvint,  non  pas  à  les 
soumettre,  mais  h  les  détruire,  après  avoir  saccagé  leurs 


ASIE  :  Arabie.  289 

principales  villes  et  avoir  fait  prisonnier  leur  chef  Abdallah , 
qui  fut  détapite  à  Cous  tan  tinople.  Cependant  comme  le 
wahabysme  est  le  raahonielisme  réforme,  il  a  jeté  dans  les 
cœurs  arabes  de  profondes  racines  que  la  force  ne  pourra 
jamais  extirper.  Déjà  les  sectaires  de  Wahab,  que  l'on  croyait 
anéantis,  ont  repris  les  armes  contre  les  troupes  égyptiennes 
stationnées  dans  les  forts  du  Nedjed  ;  et  s'ils  sont  loin  d'être 
redoutables,  qui  sait  s'ils  ne  le  deviendront  pas  à  l'aide  de 
quelque  circonstance  favorable? 

«  Les  //  'ahahys  ont  les  Malioméians  en  horreur.  On  a  tu 
plus  haut  qu'ils  ont  cependant  retenu  d'eux  beaucoup  de 
pratiques  religieuses  ;  mais  leurs  mosquées  n'ont  ni  décora- 
tions ni  minarets.  Ilsneprofessentaucun  respect  pour  la  mé- 
moire des  cbeiks  etdesimans,  et  ils  enterrent  lenrs  morts 
sans  aucune  pompe.  Ils  vivent  de  pain  d'orge,  de  dattes,  de 
sauterelles ,  de  poissons.  Ils  ne  mangent  que  rarement  du 
mouton  et  du  rii.  Le  café  leur  est  interdit.  Leurs  vèiemens 
et  leurs  cabanes  sont  fort  simples.  La  nation  peut  se  par- 
tager en  trois  classes  :  les  guerriers ,  les  laboureurs  et  les 
artisansj  car  ils  cultivent  et  travaillent  à  différens  métiers. 
Leurs  ouvrages  en  osier,  en  laine,  en  coton,  en  cuivre,  en 
fer,  ne  le  cèdent  pas  à  ceux  des  autres  Arabes.  » 

Le  pays  qui  s'étend  à  l'est  de  Derayeh ,  vers  le  golfe 
Persique  jusqu'aux  limites  de  la  province  iï\x  Lahsa,  à  six 
journées  de  distance  de  Derayeh,  porte  le  nom  de  Zedeïr. 
Pendant  trois  jours  on  n'y  rencontre  pas  d'eau. 

«  IJi  descendant  du  platean  de  l'Arabie,  nous  arrivons 
dans  le  Hadjar  ou  Lalisa,  appelé  aussi  El-Alisa,  province 
qui  borde  à  l'ouest  le  golfe  Persique ,  maïs  qui  est  une  des 
moins  connues  de  l'Arabie.  Les  Wahabys  y  avaient  fait  un 
grand  nombre  de  prosélytes.  Lahsa  ou  El-Ahsa ,  ville  con- 
sidérable sur  la  rivière  HÎAftan,  en  est  la  ville  principale, 
et'  donne  son  nom  à  toure  la  contrée.  » 

Cette  ville  fut  bâtie  dans  le  X^  siècle  par  les  Karmates; 
VIII,  l'j 


1 


r 


l 


ago  LIVRE    CEWT    ViNGT-SiXIEME. 

ses  murs  sont  flanques  de  tours.  La  petite  pl<ice  niaritinic 
A'jikir,  sur  le  golfe  Persique,  lui  sert  de  port.  Le  terri- 
toire d"EI-Ahsa  est  célèbre  chez  les  Arabes  par  ses  puits 
nombreux.  Il  renferme  une  vingtaine  <le  villages. 

El'Katif,  sur  une  baie  dans  laquelle  s'élève  l'île  de 
Tarout,  l'une  des  îles  Bahréïn ,  paraît  être  l'ancienne  Gcrra, 
bâtie  en  pierre  de  sel.  Les  habitans  de  cette  ville,  au  nom- 
bre de  5  à  6000,  subsistent  principalement  par  la  pêche  de.s 
perles;  et  lorsqu'ils  ne  sont  pas  assez  riches  pour  pêcher  à 
leurs  propres  frais,  ils  se  louent  pour  ce  travail  à  des  mar- 
chands étrangers.  On  y  trouve  encore  les  ruines  d'un  ancien 
fort  portugais.  Une  autre  ville  considérable  est  EI-Koneit ; 
les  Persans  l'appellent  Grain.  Ses  habitans  vivent  aussi  du 
produit  de  la  pêche  des  perles  et  de  celle  des  poissons, 
sur  la  côte  de  Bahréïn.  On  assure  qu'ils  sont  au  nombre 
de  10,000.  Toute  cette  côte  est  très-peuplée;  elle  abonde 
en  dattiers,  en  riz  et  en  coton;  les  lis  et  les  troènes  bordent 
les  rivières;  mais  les  sables  mouvans  y  envahissent  souvent 
des  cantons  entiers  (■]. 

«  Tarout,  petite  ville  à  l'orient  d'El-Katif,  possède  d'excel- 
lens  vignobles  ;  ils  sont  quelquefois  inondés  par  la  haute 
marée;  c'est  là  qu'il  faut  placer  la  regio  Maciiia  Ae  Strabon, 
oit  les  vignes,  cultivées  dans  des  corbeilles  de  jonc,  étaient 
quelquefois  entraînées  par  les  flots  de  la  mer,  et  ensuite 
remises  dans  leur  place  à  coups  d'aviron  ['■').  Dans  quelques 
villes  de  l'Hadjar  il  y  a  des  manufactures  de  tissus  de  laines  ; 
on  y  fait  des  ahbas  ou  manteaux.  ■ 

Ei-Foiif  oti  El-Hof/iouf,  chef-lieu  du  pays  de  l'Hadjar 
ou  du  Lalisa,  est  un  gros  bourg  dont  on  porte  la  popula- 
tion à  i5,oon  âmes,  et  qui  est  défendu  par  un  fort.  La 
ville  de  Ras-el-Khyma,  située  à  100  lieues  au  sud-est  d'El- 


{')  Hiidgi-Khaipili.  p.   i^;'>.  Nichuhr.  I)cscripti..ink  l'Arabie ,  II, 
198.— W  Abaidfyiia.Qa^n.,^.  i?,.  .Sirai.,XVI,  5ui<,i-dit.  Atrtli. 


ASIE  :  Arabie.  agi 

Katif,  esl  bâtie  sur  une  presqu'île  sablonneuse  que  défen- 
dent plusieurs  batteries.  Son  port  est  le  meilleur  de  toute 
la  cûte.  C'était  autrefois  un  repaire  ife  pirates  redoutables, 
appelés  Djoasmis,  dont  Jea  flottes  furent  détruites  en  1809 
par  les  Anglais.  Une  partie  des  eûtes  de  la  province  de 
Lahsa  forme  le  pays  de  Bahréïn,  fertile  en  dattiers.  El- 
Katif  en  dépend. 

•1  On  doit  considérer  comme  une  partie  du  Hadjar  le» 
îles  Bahréïn  dans  le  golfe  Peisique,  tout  près  de  la  cûte 
d'Arabie.  Elles  sont  remarquables  par  la  riche  pèclie  de 
perles  qui  se  fait  dans  leur  voisinage  aus  mois  de  juin, 
juillet  et  août;  pêche  qui  rapportait,  dans  le  XVI"  siècle, 
la  valeur  de  5oo,ooo  ducats  (').  Aujourd'hui  son  produit 
est  estimé  à  3,5oo,ooo  francs.  • 

C'est  le  mollusque  bivalve  nommé  avicule peiiiére  (twi- 
cnla  margaritifera)  qui  fournit  la  substance  appelée  nacre, 
et  ces  sécrétions  calcaires,  connues  sous  le  nom  de  perles, 
et  si  recherchées  lorsqu'elles  ont  un  vif  éclat  et  une  sphéri- 
cité parfaite.  Ces  mollusques  forment,  le  long  de  la  côte 
du  pays  de  Bahréïn,  mais  principalement  autour  des  îles 
de  ce  nom,  des  bancs  épais  qui  sont  à  i5  ou  30  pieds 
au-dessous  de  la  surface  de  l'eau,  et  qui  s'étendent  sur  une 
longueur  de  plus  de  aS  lieues.  Les  perles  des  îles  Balirém 
sont  moins  blanches  que  celles  de  Ceylan  et  du  Japon,  mais 
beaucoup  plus  grosses  et  plus  régulières. 

^  Le  nom  de  Bahréïn  signifie  deux  mers,  et  semble  mO' 
derne;  car  Aboulfeda,  aussi  bien  que  les  Arabes  du  Lahsa, 
appellent  la  plus  grande  de  ces  îles  Âoiiai ,  nom  que 
d'Anville  a  mal  à  propos  transporté  à  la  presqu'île  de  Ser, 
située  A  environ  3oo  milles  à  l'est.  Cette  grande  île,  qui 
est  appelée  aussi  Bahréïn,  a  une  viUe  fortifiée.  Elle  abonde 
en   dattes,   selon  les  modernes;  les  anciens  l'ont  mieux 


I 


I 


L 


aga  livre  cent  vingt-sixième. 

décrite  sous  le  nom  de  7}1<m;  plane  et  peu  boisée,  elle 
produit  des  figuiers,  des  vignes,  des  palmiei's,  des  coton- 
niers; un  arbre  à  fleurs  et  à  feuilles  semblables  au  rosier, 
s'épanouit  et  se  contracte  avec  la  lumière  du  jour;  le  tama- 
rinier, arbrisseau  dans  nos  climats,  devient  un  gros  arbre; 
les  pluies  ne  sont  pas  favorables  à  la  végétation  ;  c'est  avec  de 
l'eau  salée  que  les  habitans  arrosent  leurs  vergers;  les  côtes 
sont  bordées  de  palétuviers  (').  Tout  cela  serait-il  cliangé?  " 

On  sait  aujourdbui  que  l'île  d'Aoua!  a  1 1  lieues  de  lon- 
gueur sur  4  à  5  de  largeur;  qu'outre  une  ville  de  5ooo  âmes, 
appelée  Ménaïna,  elle  renferme  plusieurs  petits  villages; 
qu'elle  est  arrosée  par  un  grand  nombre  de  sources  dont 
l'eau  est  excellente;  que  son  sol  est  fertile  et  bien  cultivé, 
et  qu'on  y  élève  beaucoup  de  bœufs  et  démoulons;  qu'elle 
fait  un  commerce  considérable  avec  les  tribus  arabes  de  la 
côte;  qu'enfin  près  de  ses  côtes  jaillit  du  fond  de  la  mer 
une  source  d'eau  douce  que  des  plongeurs  vont  puiser  dans 
des  outres.  Parmi  les  autres  îles  lîabrétn,  il  n'en  est  que 
trois  qui  méritent  d'être  citées  :  j^ratl  est  basse ,  sablon- 
neuse et  entourée  d'écueits  ;  Samahe  ou  Samak  est  la  plus 
orientale  du  groupe;  Tarout  est  embellie  de  plantations  et 
de  jardins  agréables. 

"  Après  un  grand  espace  inconmi  ou  l'on  place  tme  ville 
de  Mascalat,  nous  trouvons  le  pays  d'Omnn.  Il  est  rempli 
de  montagnes  qui,  presque  partout,  s'étendent  jusqu'à  la 
mer.  Il  abonde  en  grains  et  en  fruits.  La  mer  qui  le  baigne 
est  si  poissonneuse,  qu'on  y  nourrit  de  poisson  les  vaches , 
les  ânes  et  d'autres  animaux ,  et  qu'on  s'en  sert  même  pour 
fumer  les  champs.  On  exporte  des  dattes.  Il  y  a  des  mines 
de  cuivre  et  de  plomb.  Viinan  d'Oman,  le  plus  puissant 
prince  du  pays,  fait  sa  résidence  à  Hosta^,  près  du  Djebel- 


<■)  Théo/ihroit. ,  Hist.  plant.,  IV.  9.  V,  6.  De  Cpiw. 
Comp,  /-/»!.,  XU,  lo-M,  XVI,  4..  ^rrim<,  Vil. 


ASIE  :  Arabie.  agS 

Akdar,  la  plus  hnutc  montagne  du  pays.  Mais  Maskat  ou 
Mascate  est  la  ville  la  plus  considérable  et  la  plus  connue 
des  Européens.  C'est  l'antique  cité  appelée  Moscha-portus. 
Elle  est  située  à  l'extrémité  niéi'idion»le  d'une  baie  d'envi- 
ron 900  pas  géométriques  de  long,  sur  400  de  large.  A  l'est 
comme  à  l'ouest,  ce  golfe  est  bordé  de  rochers  escarpés, 
dans  l'eiiceinte  desquels  les  plus  grands  vaisseaux  sont  à 
l'abri  de  tous  les  vents.  Des  deux  côtés  de  ce  beau  port  il 
y  a  plusieurs  batteries  et  quelques  petits  forts.  Partout 
où  la  ville  n'est  pas  défendue  pur  la  nature,  elle  est  enfer- 
ïiiée  par  une  muraille.  Derrière  cette  muraille  s'ouvre  une 
assez  grande  plaine,  terminée  aussi  par  des  rochers  qui 
n'ont  que  trois  issues  étroites.  Mascate  était  anciennement, 
comme  aii}ourd'hul ,  l'entrepôt  des  marchandises  d'Arabie, 
de  Perse  et  des  Indes.  Sa  population  est  estimée  à  1 2,000 
âmes  par  les  anciens  voyageurs,  et  à  60,000  par  les  mo- 
dernes. Les  maisons  y  sont  très- simples ,  et  la  plupart  cou- 
vertes en  nattes;  les  mosquées  sont  les  seuls  édifices.  I-es 
Portugais,  sous  les  ordres  d'Albuquerque ,  prirent  cette 
ville  en  i5o8,  et  la  conservèrent  jusqu'en  i548.  Le  prince 
lui-même  est  commerçant.  Il  a  quelques  vaisseaux  armés, 
dans  lesquels  il  fait  venir  chaque  année  des  esclaves,  des 
dents  d'éléphans  et  d'autres  marchandises  d'Afrique.  Il  pos- 
sède l'île  de  SocDtora,  célèbre  par  son  aloès  [»)■  Sohar  ou 
Onuitiy  ville  maritime,  fait  un  commerce  considérable. 

■  Les  habltaus  de  l'Oman  sont  les  meilleurs  marins  de 
l'Arabie.  Ils  ont  de  petits  vaisseaux  marchands  appelés 
trankis,  dont  les  voiles  ne  sont  pas  de  nattes  comme  dans 
l'Yémen,  mais  de  toiles  comme  en  Europe.  Ces  navires 
sont  très-larges  à  proportion  de  leur  longueur,  très- 
bas  par  devant,  fort  hauts  par  derrière;  ils  ont  ceci  de  par- 
ticulier, que  les  planches  n'en  sont  point  clouées,  mai^ 

(0  V'njr*  l:i   Dcsïrlpti"ii  de  rAlri<|UP 


r 


294  LIVRE    CERT    VIHGT-SIXIÊHE. 

liées  et  comme  cousues  ensemble.  La  plupart  des  soldats  de 
l'iman  sont  des  esclaves  cafres  (0. 

■  L'Oman ,  et  par  consétjuent  toute  l'Arabie ,  se  terminent 
â  l'est  par  le  cap  Has-al-Had^  communément  Rnsalgate.  » 

Au  sud-est  de  l'Oman  se  trouve  XEtal  de  Beladser,  dont 
les  habitans  t'ont  le  métier  de  corsaires ,  et  dont  l'une  des 
principales  villes  est  Ser,  appelée  aussi  Sièer,  Omana  ou 
Djulfar,  résidence  d'un  cheik  qui  reconnaît  la  souverai- 
neté de  l'iman  de  Mascate. 

•  I^a  côte  méridionale  se  dirige  d'abord  au  sud' sud-ouest 
jusqu'au  cap  Kanseli;  elle  court  ensuite  au  sud-ouest  vers 
le  détroit  de  Bab-el-Mandeb,  Elle  est,  dans  la  partie  orien- 
tale, précédée  par  des  bas-fonds  et  des  récifs  de  corail;  il 
y  croit,  selon  Slrabon,  des  arbres  que  la  mer  couvre  à  la 
haute  marée  ;  ce  sont  probablement  des  palétuviers.  On 
passe  devant  fe  pays  de  Gad,  dont  l'une  des  bourgades 
sur  la  côte  est  Harmïn,  peuplée  de  pêcheurs.  A  peu  de 
distance  de  la  côte  s'étend  l'île  de  Mazeira  ou  Messirah^ 
qui  a  environ  i5  lieues  de  longueur,  et  qui  est  rarement 
visitée  par  les  Européens.  Vient  ensuite  la  côte  plus  mon- 
tagneuse du  pays  de  Chedeker  ou  Cfwdjer,  où  croît  l'encens; 
ses  ports  sont  Hasec,  sur  le  grand  golfe  de  Kourya  Moiirya, 
environné  d'îles;  Merbat  o\i  Morebat,  Dafaroa  Dofar^  ré- 
sidence d'un  cheik  indépendant,  et  Kalhat  ou  Calujate, 
dont  le  port  est  très-fréquenté.  Derrière  le  pays  de  l'encens 
est  le  Makrakj  grand  district  montagneux,  qui  paraît  être 
un  vaste  plateau  où  l'on  parle  un  dialecte  particulier, 

«  Tous  ces  cantons  pourraient  être  compris  dans  l'Ha- 
draniaout,  en  prenant  ce  nom  dans  le  sens  le  plus  large; 
mais  XHndramaout  propre  est  au  sud -ouest  et  avoisine 
l'Yémen.  Doan  y  est  une  jolie  ville,  située  dans  une  vallée 
profonde,  et  résidence  d'un  cheik  indépendant;  elle  esta 

(')  Nieiiilir,  Descriplioii  ilt  l"j\rabic,  11,  p.  i^t-ibo. 


ASIE  :  Arabie.  agS 

environ  laS  lieues  de  Sana,  et  à  5o  de  Kechin  ou  Ketem. 
Cette  dernière  est  sur  la  mer;  elle  manque  d'eau,  et  n'a  que 
celle  d'un  puits  situe  dans  ses  environs  ;  les  habitans  sont 
très-polis  envers  les  Européens  et  tous  les  étrangers;  le 
cheik  qui  les  gouverne  possède  un  district  considérable.  • 

Makalla  ou  Macoula,  avec  un  bon  port,  est  la  résidence 
d'un  clieik  qui  prend  le  titre  de  sultan  ;  le  commerce  de 
cette  ville  avec  Moka  se  fait  par  des  caravanes.  A  Terim , 
danslesmontagnes,  on  fabrique  des  châles  de  soie;  Chibant, 
que  l'on  dit  plus  importante  que  Térim,  est  la  résidence 
d'un  cheik  indépendant,  l'un  des  plus  puissans  de  la  région 
montagneuse  où  demeurent  les  Kabaïh. 

■  L'Hadramauut ,  déjà  célèbre  du  temps  d'Auguste  par 
la  bravoure  de  ses  habitans,  oITre  en  plusieurs  endroits 
des  contrées  montagneuses  très-fertiles,  et  des  vallées  bien 
arrosées  par  les  eaux  qui  tombent  des  montagnes.  Des  dif- 
férens  ports  de  ce  pays  on  exporte,  pour  Mascate  et  pour 
les  Indes,  de  l'encens,  de  la  gomme,  de  la  myrrhe,  du  sang 
de  dragon,  de  i'aloès;  et  pour  l'Yémen,  des  toiles,  des 
tapis,  et  beaucoup  de  ces  grands  couteaux  nommés yn/zi- 
bea,  que  les  Arabes  portent  sur  le  devant,  à  la  ceinture.  ■ 

Les  habitans  de  l'Hadramaout ,  Arabes  Sunnites,  ou 
Sounnites  très-attachés  à  leur  croyance,  sont  en  partie  sé- 
dentaires et  en  partie  nomades.  11  serait  diffîcile  de  nommer 
toutes  tes  petites  principautés  ijul  divisent  ce  pays  :  chaque 
ville  a  son  cheik,  qui  prétend  à  l'indépendance. 

•■  La  plus  belle  province  de  l'Arabie  demande  notre  at- 
tention. C'est  \Ycmeii.,  autrefois  un  royaume  considérable, 
que  l'on  a  prétendu  être  identique  avec  celui  de  Saba. 
Soumis  par  Mahomet,  et  ensuite  par  Saladin,  l'Yémen  dé- 
pendait des  sultans  mamelouks  d'Egypte.  Devenu  libre  par 
l'affaiblissement  des  Mamelouks  en  1^17,  il  fut  menacé 
d'une  invasion  ottomane;  maïs  en  i63o  le  sultan  Amurat  IV 
reconnut  Sejid  Khassen-ib-Mohammed  puur  loi  d'Yémen , 


•îCjS  LIVRE    CENT    VIMGT-SIXlfeME, 

en  se  réservant  toutefois  une  suzeraineté  nominale.  Depuis 
cette  époque,  ces  rois  ont  perdu  plusieurs  provinces,  sur- 
tout au  nord  et  à  l'est.  Cependant  l'État  d'Yémen  propre- 
ment dit  peut  avoir  aEoo  lieues  carrées,  et  contient 
peut-Étre  3,ooo,ooo  d'habitans.  Le  souverain  est  en  même 
temps  chef  de  la  secte  des  Zéidites,  qui  domine  dans  tout 
ITémen.  Voilà  pourquoi  ce  prince  a  d'abord  pris  le  titre 
A'iman,  lilre  qui,  en  Turquie,  s'applique  aux  simples 
desservans  des  mosquées,  mais  qui,  en  Arabie  et  en  Perse, 
parmi  les  adhérens  des  sectes  Zéidile  et  Scbiite,  désigne 
un  docteur,  un  successeur  du  grand  prophète.  Les  mo- 
destes jmans  d'Yémen  n'ont  pas  tardé  de  prendre  sur  leurs 
monnaies  le  titre  plus  imposant  de  prince  des  fidèles,  en«> 
al-moumenim;  on  dit  même  que  les  croyans  de  leur  secte 
les  traitent  de  califes.  Le  trône  de  l'Yémen  est  héréditaire. 
L'iman  ou  émir  y  est  indépendant,  et  ne  reconnaît  aucun 
supérieur,  ni  spirituel,  ni  temporel.  Il  a  le  droit  de  faire  la 
paix  et  la  guerre.  Cependant  le  fier  et  brave  Arabe  ne  sup- 
porte jamais  le  moindre  abus  de  pouvoir;  l'iman  ne  peut 
pas  même  ôter  la  vie  ni  à  un  juif,  ni  à  un  païen ,  à  moins 
que  le  prévenu  n'ait  été  mis  en  jugement  devant  le  tribu- 
nal souverain  de  Sana,  composé  de  plusieurs  cadis,  dont 
l'émir  n'est  que  le  président.  Si  un  émir  paraît  tendre  au 
despotisme,  on  le  détrône.  La  dénomination  de  fakis  semble 
embrasser  toutes  les  personnes  au-dessus  du  commun.  On 
donne  le  nom  de  ilotas  aux  gouverneurs  des  districts  ;  et  si 
ceux  qui  exercent  ces  fonctions  sont  d'une  naissance  dis- 
tinguée, ils  sont  nommés  oualîs.  Le  magistrat  d'une  petite 
ville  sans  garnison  est  appelé  cheik;  s'il  exerce  son  autorité 
dans  un  endroit  plus  important,  il  s'attribue  le  titre  d'émir. 
Il  y  a  encore  des  contrôleurs  publics  qui  inspectent  la  con- 
duite des  gouverneurs.  L'Yémen  est  aujourd'hui  aous  !a 
suzeraineté  du  pacha  d'Egypte. 

•  Autrefois  la  force  armée,  en  temps  de  paix,  était  entre- 


AsiB  :  Arabie.  297 

tenue  sur  le  pied  de  4oon  homines  d'infanterie,  et  de  1000 
de  cavalerie.  Les  soldats,  suivant  l'usage  de  l'Orient,  n'y  ont 
point  d'uniforme  ;  ils  ne  connaissent  aucune  espèce  de 
tactique;  à  peine  savent-ils  manier  un  fusil.  L'Yemen  n'a 
point  de  marine;  les  vaisseaux,  grossièrement  construits, 
portent  des  voiles  faites  avec  des  nattes. 

n  Les  i-evenus  annuels  du  prince  montent,  selon  Niebuhr, 
à  480,000  écus  de  Danemark,  environ  i,goo,ooo  francs. 
Ce  voyageur  pense  qu'ils  proviennent  surtout  des  droits 
d'exportation  sur  le  café.  Outre  cette  précieuse  denrée, 
l'Yémen  exporte  l'aloès,  la  myrrhe,  dont  la  meilleure  vient 
de  l'Abyssinie  ;  l'oliban  ou  l'encens  de  qualité  inférieure; 
le  séné,  l'ivoire  et  l'or  de  l'Abyssinie.  Les  importations 
d'Europe  sont  le  fer,  l'acier,  des  canons,  du  plomb,  de 
l'étain,  de  la  cochenille,  des  miroirs,  des  couteaux,  des 
sabres,  du  verre  taillé  et  des  pcrlrs  fausses.  C  est  dans  des 
manufactures  tenues  par  les  juifs  que  se  fabriquent  les 
ouvrages  d'or  et  d'argent,  et  jusqu'à  la  monnaie.  Il  se  fait 
quelques  mousquets  dans  le  pays ,  mais  ils  sont  d'une 
médiocre  exécution.  Il  y  a  une  verrerie  à  Moka.  On  trouve 
aussi  dans  l'Yémen  quelques  fabriques  de  toiles,  la  plupart 
grossières.  Les  juifs  ,  au  nombre  de  5ooo  familles,  exercent 
un  commerce  très-actif;  mais  la  jalousie  et  la  superstition  se 
réunissent  pour  les  persécuter. 

-  Tel  est  l'état  du  plus  puissant  royaume  de  l'Arabie.  Il 
se  divise  en  un  grand  nombre  de  départemens,  et  générale- 
ment en  haut  pays,  nommé  en  arabe  Djebel,  et  en  bas 
pays  ou  Téhama.  La  principale  ville  est  Sana  ou  Satma, 
située  au  pied  d'une  montagne  appelée  Nikkom,  sur  la- 
quelle on  voit  les  ruines  d'un  vieux  château  qui,  suivant 
les  Arabes,  fut  bâti  par  Sem.  Selon  Niebuhr,  cette  ville 
n'est  pas  très-étendue;  on  pourrait  en  faire  le  tour  dans 
l'espace  d'une  beuie;  encore ,  une  partie  de  cet  espace  est- 
elle  occupée  par  des  jardins,  Ses  murs  sont  de  briques; 


ag8  LIVRE    CENT    VirfGT-SIXM':ME. 

elle  a  sept  portes  et  plusieurs  jolies  mosquées  et  palais,  les 
uns  construits  en  briques  cuites,  les  autres  en  pierres;  les 
maisons  ordinnires  ne  sont  bâties  qu'en  briques  scchées  au 
soleil.  Il  y  a  beaucoup  de  simseras  ou  caravansérails  pour 
les  marchands  et  les  voyageurs  (i).  Le  chauffage  y  est  né- 
cessaire et  très-rare;  mais  on  y  trouve  quelques  mines  de 
charbon  et  de  la  tourbe.  Il  ne  paraît  pas ,  quoi  qu'en  dise 
Pline,  que  les  Arabes  se  chauffent  avec  des  bois  odorifé- 
rans.  Les  fruits  y  sont  excellens,  .surtout  les  raisins,  dont 
on  compte  20  variétés.  • 

Sana  est  défendue  par  un  château  qui  renferme  deux 
beaux  palais,  appelés  Dar-el-Dahhab  et  Dar-Amer,  et  qui 
sont  ordinairement  habités  par  les  membres  de  la  famille 
de  l'iiiian,  une  mosquée  et  un  hôtel  des  monnaies.  Un 
nombre  considérable  d'autres  mosquées  s'élèvent  au  centre 
da  la  ville;  la  plus  belle  se  nomme  Djnmea;  elle  a  deux 
minarets.  Les  autres  édifices  remarquables  sont  des  palais 
de  riches  particuliers.  Du  reste,  bien  que  cette  ville  passe 
pour  une  des  plus  belles  de  l'Arabie,  ses  rues  sont  sales  et 
mal  pavées.  Il  parait  qu'elle  est  très-peuplée ,  o'est-àMlire 
qu'elle  renferme  environ  3o,ooo  habltans. 

«  Selon  le  récit  très-obscuv  de  Pline  et  de  Strabon,  Ma- 
reb  ou  Mariaba  aurait  été  l'ancienne  capitale  de  l'Yémen; 
d'Anville  s'empresse  même  d'y  reconnaître  la  fameuse  ville 
de  Saba,  connue  des  Hébreux,  et  citée  par  Ptolémée,Aga- 
tharchide  et  quelques  autres  géographes  grecs.  Cette  ville, 
entourée  de  murailles  et  contenant  environ  3oo  maisons, 
est  aujourd'hui  l'endroit  principal  du  pays  de  DjoJ\  qui  s'est 
rendu  indépendant  de  l'iman  de  l'Yémen,  ■ 

Ce  pays,  appelé  plus  correctement  Beledrcl-Djol ,  s'étend 
au  sud-est  de  Sana  jusqu'à  l'Hadraniuout.  Il  consiste  gé- 


Ouaiili,  [luil.  >(>< 


ASIE  ;  Arabie.  299 

néralement  en  vastes  plaines,  quelques  unes  sablonneuses 
et  désertes,  d'autres  fertiles  et  arrosées  de  ruisseaux.  Près 
de  Mareb  on  exploite  une  grande  quantité  de  sel  gemme. 
Le  Beled-el-Djol  se  divise  en  trois  parties  :  à  l'est  le  Beted- 
el-Bedaoui-,  habité  par  des  Bédouins^  au  centre  le  Beled- 
el-Saladin,  qui  comprend  la  partie  montagneuse  occupée 
par  des  Arabes  sédentaires,  et  à  l'ouest  le  Beled-el-Cheraf, 
gouverné  par  des  descendans  de  Mahomet. 

•  Dans  une  vallée  d'envicon  6  lieues  de  longueur  près 
de  Mareb ,  sont  réunis  6  ou  7  ruisseaux.  Quelques  uns 
sont  poissonneux,  et  conservent  de  l'eau  toute  l'année.  Les 
deux  chaînes  de  montagnes  s'approchent  si  près  l'une  de 
l'autre  à  l'est,  que  l'on  peut  franchir  l'intervalle  en  5  ou 
6  minutes.  On  dit  que  cette  ouverture  fut  fermée  jadis  par 
une  épaisse  muraille  qui  retenait  l'eau  superflue  pendant 
et  après  les  pluies,  et  qui  servait  à  la  distribuer  dans  les 
champs  et  les  jardins  situés  au  pied  de  ces  hauteurs.  Cet 
ouvrage  passait  en  Arabie  pour  une  des  mei-veilles  du 
monde;  les  historiens  arabes  ont  même  fait  de  la  rupture 
de  cette  djgue,  et  des  désastres  qui  la  suivirent,  le  point 
de  départ  d'une  époque  historique  sur  laquelle  les  sayans 
n'ont  pu  tomber  d'accord  ('). 

Entre  Taïf  et  5ana  la  ville  de  Beïscké,  sur  un  territoire 
fertile  et  riche  en  dattiers,  est  regardée  par  les  Arabes 
comme  la  clef  de  l'Yémen.  Elle  est  située  dans  une  large 
vallée,  longue  de  8  à  10  lieues,  où  les  ruisseaux ,  les  puits 
et  les  jardins  abondent.  Les  maisons  de  cette  ville  sont  assez 
bien  bâties  et  éparses  dans  tout  l'Ouadi;  le  château ,  solide' 
ment  construit,  est  entouré  de  murailles  hautes  et  solides, 
et  d'un  fossé.  A  quatre  ou  cinq  journées  au  sud-est  dt 
Beïsché,  demeurent  en  hiver  les  Arabes  Doimseï- i\u\ ,  ei: 
été,  se  transportent  dans  les  fertiles  pàlunigtrs  du  JNedjed 

1.0  iitiski:  dt  Ai'atjum  cpucliù  rctusliksiiuà,  ctt,  Lip;,  i'^S. 


J 


300  LIVBE    CENT    VIMGT-SIXlÈME. 

Près  d'eux  vivent  les  Béni  K'dlb,  Bédouins  sur  lesquels  on 
débite  dans  l'Hedjaz  plusieurs  fables  absurdes  :  ainsi  ils 
passent  pour  aboyer  comme  des  chiens,  bien  que  leurs 
femmes  parlent  arabe.  Cette  idée  est  peut-âtre  due  à  ce  que 
lu  nom  de  Kclb  signifie  chien  ('). 

«  Dans  le  Djebel,  ou  baut-pays,  l'inian  possède  Damar, 
ville  de  5ooo  maisons,  dans  laquelle  les  Zéidites  ont  leur 
grande  université,  fréquentée  par  5oo  étudians;  Doran, 
autre  ville,  avec  de  grands  magasins  de  blé  taillés  dans  les 
rochers;  Djohla,  distinguée  par  ses  rues  pavées,  ses  1200 
maisons,  la  plupart  hautes  et  bien  bâties,  et  ses  fabriques 
de  savon;  Tat-sou  Taas,  qui  s'enorgueillit  de  ses  mosquées, 
et  dépend  aussi  de  l'iman  de  Sana.  On  monte  à  Kousma 
par  des  escaliers  ;  on  emploie  une  journée  pour  y  grimper 
en  venant  du  Téhama.  A  Mnakek,  toutes  les  maisons  sont 
taillées  dans  le  roc  vif, 

■  Le  Djebel  indépendant  comprend  de  grands  cantons , 
entre  autres  le  Sahan,  dont  Sanrle  ou  Saadek  est  le  chef- 
lieu.  On  y  trouve  en  abondance  des  fruits,  des  raisins,  et 
de  plus  quelques  mines  de  fer  exploitées.  Les  habitans  de 
cette  province  communiquent  peu  avec  les  étrangers  ;  l'on 
croit  que  leur  dialecte  approche  le  plus  de  celui  du  Coran , 
livre  dont^cependant  ils  ne  connaissent  guère  que  le  nom. 
Leur  nourriture  est  de  la  viande,  du  miel,  du  lait,  des  lé- 
gumes. Mariésplus  tard  que  lesautres  Arabes,  ils  parviennent 
à  un  Age  avancé,  et  conservent  la  vuejusquà  la  fin  de  leurs 
jours.  Le  brigandage  leur  donne  de  quoi  exercer  l'hospita- 
lité. Nedjran  ou  Nedjeràn,  petit  domaine ,  est  situé  dans  une 
contrée  agréable  où  il  y  a  beaucoup  d'eau.  Il  se  trouve  à  l'est- 
nord-est,  et  à  quatre  ou  cinq  journées  de  Saadeh.  Ilest  ti-ès- 
fertile  en  blé ,  en  fruits ,  et  surtout  en  dattes.  La  ville  de  Ned- 
^c)w«  doit  son  nom  .à  son  fondateur,  Neiljerùn-Jbn-Sadnn.  » 


L 


rckUui-'l'  :  Vm ap.'>  on  Aii.l.ic  , 


1 


ASIE  :  Arabie.  3oi 

Les  Arabes  appellent  le  district  de  Nedjeran  Otiadi 
Nedjerân.  C'est  une  Tallée  fertile  située  entre  des  monta- 
gnes inaccessibles,  où  les  défilés  sont  si  étroits  que  deux  ' 
chameaux  ne  peuvent  y  passer  à  la  fois.  Elle  est  habitée  par 
les  Béni  î'am,  ancienne  tribu  qui  ne  s'est  jamnis  soumise 
aus  Wahabys,  Quand  un  homme  de  celte  tribu  entreprend 
un  voyage,  il  envoie  sa  femme  dans  la  maison  d'un  ami 
qui  doit  remplacer  en  tout  le  mari,  et  la  lui  rendre  à  son 
retour  (i)-  Les  tanneries  du  Nedjeran  sont  célèbres  dans 
toute  l'Arabie. 

Les  cheiks  sans  nombre  du  pays  de  Hachid-el-Behil  oa 
àapaysde  Kobnïl,  forment  une  confédération  très-redoute'e 
de  l'iman,  et  qui  fournit  des  soldats  à  plusieurs  Etats  de 
l'Arabie.  Ce  pays  est  montagneux,  et  s'étend  eiitre  le  Nedjed 
et  l'Yémen.  Il  se  divise  en  plusieurs  cantons,  dont  les 
principaux  sont  ceux  de  Beni-AU,  Beni-Cheiar,  Deiban  et 
Ghoula-Jbn-Hossein,  dont  les  villes  sontDei/àn,  à  r4  lieues 
au  nord  de  Sana ,  Kharres ,  Debîn ,  à  a5  lieues  de  la  même 
ville,  elBarrad,  où  se  tient  un  marché  important  j  C/tarnir, 
fortifiée  et  considérable ,  est  enclavée  avec  son  canton  dans 
ie  pafS  de  Aobaïl.  i^h 

>  Dans  la  plaine  ou  le  Téhamah,  territoire  qui  borde  la  ^^H 

mer  Bouge  sur  une  longueur  d'environ  aoo  lieues,  il  y  a  ^^| 

de  petits  États  qui  ont  bravé  la  puissance  de  l'iman.  Tel 
est  celui  SÎAden,  ville  très- anciennement  célèbre  par  son 
commerce  et  la  bonté  de  son  port,  sur  l'océan  Indien  (s)  ; 
les  géographes  arabes  en  décrivent  les  relations  étendues 
avec  l'Inde  et  la  Chine  dans  les  XII",  XIII'  et  XIV^  siècles; 
les  richesses  de  l'Orient  s'accumulaient  sur  une  plage  ro- 
•  cailleuse  sans  eau,  sans  arbres  (^}.  Aden,  dévastée  dans  les 
guerres  des  Turcs  et  des  Portugais,  a  perdu  son  commerce 

1})J.  Burckhardt!  Voyagea  en  Arabie,  tom.  IL 
W  Voyez  notre  volume  I",  p.  uSf  ~  P)  EdrUi ,  clim.  I ,  (i.  5  ;  Il.,i  „l 
_       Ouardi,  edit.  Hyinnd. ,  pari,  lo;  74oticeset  Extraits,  11.  p,  j3  ,  cic.  ^^^ 


3o2  LIVRE    CENT    VINGT-SIXlfeMF. 

depuis  qu'elle  est  soumise  à  l'iman.  Ce  prince  est  maître 
lies  meilleures  villes  sur  le  golfe  Arabique  ,  telles  que 
Mti/ca ,  dont  le  nom  est  béni  par  tous  les  amateurs  du  cafë  ; 
Beihel'Fakik,  grande  ville  qui,  grâce  à  son  port  Hodeïdali , 
fait  la  plus  grande  exportation  de  cette  denrée;  Lolieïa, 
qui  en  vend  aussi  beaucoup,  mais  d'une  qualité  inférieure; 
et  Zebid,  qui  n'est  pas  l'ancienne  .^aÂoï^n,  mais  qui, avant 
la  destruction  de  son  poit,  était  maîtresse  de  tout  le 
commerce,  » 

Moka,  jadis  une  des  villes  les  plus  célèbres  de  l'Arabie, 
n'a  plus  rien  de  sa  splendeur  passée.  Son  port  est  désert; 
son  commerce  est  anéanti.  Au  commencement  de  i834  les 
Bédouins  en  ont  fait  la  conquête,  et  ont  vendu  comme 
esclaves  la  plupart  des  habitans  :  aussi  la  ville  est-elle 
aujourd'hui  presque  déserte;  mais  c'est  à  l'état  de  déca- 
dence où  elle  était  tombée  qu'il  faut  attribuer  ses  derniers 
désastres.  Plusieurs  années  avant  ces  événemens ,  lord 
Valenlia  ne  lui  donnait  que  5ooo  habitans.  Beil-el-Fakili, 
ville  de  4of"*  ànies,  est  aujourd'hui  l'entrepôt  de  tout  le 
café  de  l'Yémen  :  un  fort  en  bon  état  la  défend  contre 
les  excursions  des  Bédouins.  Hodeidah,  petite  ville  mari- 
time bâtie  en  torchis,  n'a  que  ses  édifices  publics  qui  soient 
bâtis  en  pierre.  Loheïa,  le  port  le  plus  septentrional  de 
l'Yémen ,  est  peu  sûr  pour  les  navires  un  peu  forts.  La 
mosquée,  la  douane^  la  demeure  du  gouverneur,  et  les 
grands  magasins  à  café ,  sont  les  principaux  édifices  de  cette 
ville  bâtie  en  bois  et  en  torchis.  Zebid  est,  de  toutes  les 
cités  du  Téhania,  celle  qui  a  le  plus  d'apparence.  Elle 
est  bâtie  en  pierre  ;  elle  a  une  académie  inahométane  où 
l'on  instruit  la  jeunesse,  et  une  population  de  ao  à  3o,ooo 
âmes. 

Le  Xébama  renferme  si  peu  de  terrains  fertiles,  il  y  pleut 
si  rarement,  que  ses  habitans,  à  l'exception  de  ceux  qui 
font  le  commerce,  sont  presque  tous  pauvres. 


ASil!   :  Arabie.  Soli 

Parmi  les  nombreuses  petites  îles  qui  bordent  la  côte , 
celle  de  Kameran  ou  Kamaran,  fertile  et  malsaine,  con- 
serve un  bel  nqueduc  eonstruitpartes  Portugais,  et  possède 
un  assez  bon  port,  " 

Nous  avons  étudié  le  pays;  jetons  un  conp  d'œii  rapide 
sur  ceux  qui  l'habitent. 

Les  habitans  de  l'Arabia  se  partagent  en  deux  classes  : 
les  Bédouins  ou  nomades,  et  les  Arabes  sédentaires.  Les 
uns  et  les  autres  se  divisent  en  un  grand  nombre  de  tribus. 
Le  nom  de  Bédouin  vient  de  Ber/ouy,  qui  signifie  babitant 
de  la  plaine  ou  du  désert  ;  c'est  dans  le  désert  de  Sjrie 
qu'ils  sont  en  plus  grand  nombre.  Ils  se  distinguent  en 
deux  classes  ;  celle  qui,  31U  printemps  et  en  été,  sappro- 
cbe  des  cantons  cultivés  de  la  Syrie  et  les  quitte  l'hiver; 
et  celle  qui  reste  toute  l'année  dans  le  voisinage  des  terres 
en  culture.  Dans  la  première,  dit  Burckhardt,  on  compte  les 
ti'ibus  des  A'nezé;  dans  la  seconde  celles  à' Ahl-el-Schémal 
et  d-Amb-el-Kebli. 

Les  A'nezé  forment  l'un  des  corps  de  Bédouins  les  plus 
puissans  des  déserts  de  l'Arabie.  La  plupart  ont  embrassé  la 
doctrine  des  Wahabites.  Ceux  du  nord  se  divisent  en  quatre 
branches  principales  :  Aoulad-aljr,  El-Hessenné,  El-Baoualla 
et  El-Bescher.  Burckhardt  pense  que  l'on  peut  évaluer  la 
population  de  tous  les  A'nezés  à  environ  35o,ooo  âmes. 

Les  Ai'abes  nomiaésAhl-cl-Schèmal,  c'est-à-dire  nations 
du  nord,  campent  en  effet  toute  l'année,  soit  parmi  les  vil- 
lages de  la  Syrie  orientale,  soit  dans  le  désert  depuis  le 
Haouràn  jusqu'à  Paimyre.  Parmi  leurs  nombreuses  tribus 
se  trouvent  les  Maouali,  les  Hadédïetn,  dont  les  femmes 
sont  célèbres  par  la  blancheur  de  leur  peau  ;  les  Ssoleïb,  qui 
sont  vêtus  de  peaux  de  gazelles;  les  Djebel-Haoïirdn ,  qui 
vivent  dans  les  montagnes  du  paysd'Haouràn;  les  Faddhal, 
dont  le  cheik  prend  le  titre  démir;etles  Beni-Ssakker, 
hommes  vigoureux,  aux  traits  larges  et  à  la  barbe  touffue. 


I 


3o4  LIVRE    CENT    VINGT- SIX IKMK. 

Les  Arabes  appelcs  Arab-el-fiebli  ou  nation  du  sud, 
comprennent  les  Huoueïtat,  qui  envoient  tous  les  ans  ait 
Caire  une  caravane  de  plus  de  J^aao  chevaux;  et  les  Scke- 
ra'ru't,  qui  ont  peu  de  chevaux,  mais  qui  sont  tous  bien 
arifiés. 

I^es  mœurs  ont  plus  ou  moins  dégénéré  chez  l'Arabe 
sédentaire,  tandis  que  l'A'nezé  a  conservé  les  mêmes  lois 
et  les  mêmes  coutumes  dès  la  plus  haute  antiquité.  Celui-ci 
est  nomade  dans  toute  l'acception  de  ce  mot.  Il  veste  rare- 
ment plus  de  trois  ou  quatre  jours  dans  le  même  endroit. 
Les  camps  varient  pour  le  nombre  des  lentes;  les  plus  pe- 
tits en  comprennent  une  dizaine,  les  plus  grands  en  ont 
jusqu'à  800.  Chaque  père  de  famille  plante  sa  lance  à  côté 
de  sa  tente,  et  attache  par-devant  son  cheval  ou  sa  jument. 
Ses  chameaux  restent  aussi  à  l'extérieur,  ainsi  que  ses  mou- 
tons et  ses  chèvres,  confiés  jour  et  nuit  à  la  garde  d'un 
berger.  La  tente  porte  chez  les  Bédouins  le  nom  de  maison 
{beith).  Faite  en  poil  de  chèvre,  elle  est  divisée  en  deux 
parties;  l'appartement  des  hommes  à  gauche  de  l'entrée,  et 
celui  des  femmes  à  droite.  Sa  hauteur  est  d'environ  7  pieds, 
sa  longueur  de  aô  à3o,et  salargeurde  10  au  plus.  L'A'nezé 
le  plus  riche  n'a  qu'une  tente,  à  moins  qu'il  n'en  dresse  une 
petite  pour  celle  de  ses  femmes  qu'il  ne  veut  pas  répudier, 
et  qui  ne  vit  pas  en  bonne  intelligence  avec  l'autre;  quel- 
quefois aussi  il  prend  avec  lui  la  l'amille  de  son  fils  ou  celle 
de  son  frère  délunt,  et  place  alors  une  ou  deux  tentes  à 
côté  de  la  sienne. 

L'habillement  des  Bédouins  consiste,  pour  l'été,  en  une 
chemise  de  grosse  toile  de  coton,  par-dessus  laquelle  les 
riches  mettent  une  longue  robe  de  soie  ou  de  cotonnade; 
la  plupart  n'ont  cependant  qu'un  long  manteau  de  laine  sur 
la  chemise.  Les  cheiks  en  portent  qui  sont  brodés  en  or  et 
dune  grande  valeur.  Au  lieu  d'uii  bonnet  rouge  comme 
les  Turcs,  les  Bédouins  se  coiffent  d'un  fL-eJfic,  turban  ouj 


ASIE  :  Arable.  3o5 

mouchoir,  qu'ils  roulent  autour  de  leur  lête,  en  laissant 
tomber  un  bout  par-derrière  et  deux  autres  sur  les  épaules, 
de  manière  à  préserver  leur  visage  de  la  pluie,  du  vent  ou 
du  soleil  :  autour  du  keffié ,  une  corde  en  poil  de  chameau 
fait  le  tour  de  la  tête  en  guise  de  turban.  Leurs  cheveux, 
qu'ils  ne  rasent  jamais,  tombent  par-derrière  en  longues 
tresses  noires.  En  hiver  ils  mettent  sur  la  chemise  une  pe- 
lisse faite  de  plusieurs  peaux  de  moutons.  Les  femmes  ont 
une  large  robe  de  cotonnade  de  couleur  foncée,  et  sur  la 
tète  un  mouchoir  rouge  pour  les  jeunes,  et  noir  pour  les 
vieilles.  Elles  portent  des  anneaux  d'argent  aux  oreilles  et 
au  nez;  dans  quelques  tribus  elles  se  tatouent  les  joues,  la 
poitrine  et  les  bras.  Elles  se  couvrent  le  visage  avec  un 
voile  de  couleur  foncée ,  qui  est  noué  de  manière  à  cacher  le 
menton  et  la  bouche.  La  plupart  ont  des  bracelets,  soit  en 
verroterie,  soit  en  argent,  et  quelques  unes  même  des 
chaînes  d'argent.  En  hiver  comme  en  été,  les  hommes  et 
les  femmes  vont  nu- pieds. 

La  plupart  des  Bédouins  sont  armés  d'une  lance  qu'ils 
jettent  quelquefois  à  l'ennemi  qu'ils  poursuivent,  lorsqu'ils 
n'en  sont  qu'à  une  petite  distance,  d'un  sahre  qu'ils  ne 
quittent  jamais,  et  d'un  fusil  à  mèche.  I*  cavalier  qui  n'a 
pas  de  lance  se  sert  d'une  masse.  Les  fantassins  ont  quel- 
quefois un  bouclier  rond  de  i8  pouces  de  diamètre,  fait  en 
peau  de  bœuf  sauvage  et  recouvert  de  lames  de  fer.  La  cotte 
de  mailles  est  aussi  en  usage  parmi  eux;  enfin  ils  se  coiffent 
d'un  bonnet  en  fer,  rarement  orné  de  plumes. 

L'ignorance  qui  distingue  les  Bédouins  est  une  consé- 
quence naturelle  de  leur  vie  nomade  et  de  leur  amour' 
pour  le  pillage  et  pour  la  guerre  :  il  y  a  des  tribus  entières', 
telles  que  les  Ibn-Dhouahi,  où  persoime  ne  sait  ni  lire  ni 
écrire.  Cependant  la  poésie  est  très-estiméc  chez  eux;  leur 
talent  naturel  s'exerce  à  chanter  le  mérite  d'un  chef  ou  les 
charmes  d'une  maîtresse.  L'objet  de  son  amour  n'est  jamais 
VUI.  10 


Ti 


L 


3o6  LIVRE    CEHT    VINGT-SIXIÈME, 

un  mystère  pour  un  Bédouin;  le  nom  de  la  jeune  fille  est 
connu  de  toute  la  tribu;  les  rendez-vous  et  les  rencontres 
clandestines  sont  les  seuls  secrets  des  amans. 

Les  Bédouins  peuvent  avoir  plusieurs  femmes;  cependant 
la  plupart  n'en  ont  quune;  très-peu  en  ont  deux,  et  il  est 
infiniment  rare  qu'ils  en  aient  quatre;  mais  ils  en  changent 
fréquemment,  et  avec  d'autant  plus  de  facilité  que  le  mari 
n'est  pas  obligé  de  dire  pour  quel  motif  il  l'èpudie  sa 
femme;  il  lui  suffit  de  la  renvoyer  à  sa  famille  en  lui  don- 
nant une  chamelle.  La  loi  accorde  aussi  à  la  femme  la  fa- 
culté de  se  séparer  de  son  mari  :  si  elle  n'est  pas  heureuse 
avec  lui,  elle  se  réfugie  chez  ses  parens,  et  l'époux  ne  peut 
la  réclamer;  mais  it  peut  l'empêcher  de  se  remarier  en  re- 
fusant de  prononcer  la  formule  du  divorce  ;  ent  talek  (  tu 
es  répudiée). 

Les  formaUtés  du  mariage  sont  très-simples  :  un  Arabe 
qui  recherche  une  fille  envoie  dans  la  famUle  de  celle-ci 
un  ami  qui  la  demande  en  son  nom;  le  pt're  consulte  sa 
fille,  et  si  celle-ci  y  consent,  et  si  le  père  i-epond  affirmati- 
vement, l'union  est  arrêtée  :  ce  sont  les  fiançailles;  jamais 
il  n'est  question  de  dot  :  ce  n'est  pas  l'usage  chez  les  Bé- 
douins. Cinq  à  six  jours  après,  le  fiitui'  porte  à  la  tente  du 
père  de  la  fille  un  agneau  qu'il  égorge  devant  des  témoins, 
et  dès  que  le  sang  coule  à  terre,  la  cérémonie  du  mariage 
est  accomplie;  les  amis  des  deux  familles  ne  songent  plus 
qu'à  se  régaler  et  à  se  divertir,  l'eu  de  temps  après  le  cou- 
cher du  soleil,  le  nouvel  époux  se  retire  dans  une  tente 
dressée  pour  lui  à  une  certaine  distance  du  camp;  la  jeune 
fille  court  de  la  tente  d'un  ami  à  celle  d'un  autre,  jusqu'à 
c^  qu'enfin  quelques  femmes  parviennent  à  la  saisir  et  la 
conduisent  en  triomphe  à  la  tente  du  mari. 

Les  Bédouins  et  tous  les  Arabes  exercent  envers  les  étran- 
gers l'hospitalité  la  plus  empressée;  un  simple  voyageur  qui 
se  rendrait  chez  un  cheik  considéré  pourrait  s'attendre  à 


ASIE  :  Arabie.  Sot 

un  très-bon  accueil.  On  prétend  que  lorsqu'un  cheik  bé- 
douin mange  du  pain  avec  les  voyageurs,  ils  peuvent  être 
assurés  qu'il  les  protégera  de  son  mieux.  Quelquefois  ce- 
lui qui  rient  d'être  dépouillé  entre,  sans  le  savoir,  dans  la 
tente  du  voleur,  qui  le  plaint,  en  disant  que  Dieu  est 
miséricordieux,  et  lui  donne  d'autres  vêtemens  que  les 
siens,  que  l'autre  ne  fait  pas  semblant  d'apercevoir.  Chez 
les  Mérékedé,  tribu  qui  habite  les  frontières  de  l'Yémen, 
l'hospitalité  va  même  plus  loin  qu'on  n'a  droit  de  s'y  at- 
tendre de  la  part  d'un  peuple  do  l'Orient,  Il  est  d'usage 
d'offrir  à  l'étranger,  pour  passer  la  nuit  avec  lui,  une 
femme  de  la  famille,  et  ordinairement  c'est  celle  de  l'hôte, 
car  ce  n'est  jamais  une  hlle  (■)■ 

Les  Arabes,  et  particulièrement  les  Bédouins,  se  regar- 
dent comme  une  nation  libre,  qui  n'a  d'autre  maître  que 
Dieu.  Aussi  le  cheik  le  plus  puissant  n'a-t-U  aucun  pouvoir 
pour  empêcher  les  querelles  et  arrêter  l'anarchie  qui  les 
divisent  i  il  n'oserait  même  infliger  la  punition  la  plus  lé- 
gère à  l'homme  le  plus  pauvre  de  sa  tribu  sans  encourir 
la  vengeance  mortelle  de  celui-ci  et  de  ses  parens.  C'est 
donc  une  erreur  de  la  part  de  quelques  voyageurs  de  re- 
présenter ces  cbeiks  ou  émirs,  ainsi  qu'ils  se  qualifient 
eux-mêmes,  comme  des  princes  du  désert.  Leurs  seules 
prérogatives  consistent  à  conduire  leur  tribu  à  l'ennemi,  à 
négocier  les  conditions  de  la  paix  ou  de  la  guerre ,  à  fixer  le 
lieuoùl'ondoitcamper,età  traiter  les  étrangers  de  distinc- 
tion. Un  clieik  ne  tire  aucun  revenu  de  sa  tribu,  et  quel- 
quefois même  ïl  est  déposé  par  celle-ci  et  remplacé  par  un 
autre  qui  passe  pour  plus  brave  ou  plus  généreux.  Cepen- 
dant, autant  qu'il  est  possible ,  on  prend  toujours  le  cheik 
dans  la  même  famille. 

•■  Les  Arabes  sont  de  inoyenne  taille,  maigres  et  comme 

(0  J.  Burckhanb  :  VoyAga  en  Arabie,  loin.  Itl, 


3o8  LIVRE    CENT    VINGT-SIXIÈMR. 

desséchés  par  la  chaleur.  Ils  ont  le  teint  basané ,  les  yeux 
et  les  cheveux  noirs;  légers  à  la  course  et  excellens  ca- 
valiers, ils  passent  généralement  pour  braTCS,  pour  lia- 
biles  à  manier  l'arc  et  la  lance,  et  pour  très-bons  tireurs 
depuis  qu'ils  sont  familiarisés  avec  les  armes  à  feu.  La 
gravité,  considérée  chei  tous  les  peuples  orientaux  comme 
la  qualité  distinctive  d'un  boname  bien  élevé,  paraît 
moins  naturelle  aux  Arabes  qu'aux  Turcs.  Si  le  brigandage 
est  le  métier  avoué  des  nomades  ou  Bédouins,  l'art  de 
tromper  y  supplée  dans  les  villes  commerçantes.  A  côté 
de  ces  vices,  nés  de  l'absence  d'un  gouvernement  régulier, 
subsiste  encore  l'ancienne  hospitalité  patriarcale.  On  trouve 
dans  quelques  villages  du  Téhama  des  maisons  publiques 
où  les  voyageurs  sont  logés  et  nourris  quelques  jours  sans 
payer.  Quand  les  Arabes  sont  à  table,  ils  invitent  ceux  qui 
surviennent  à  manger  avec  eux,  qu'ils  soient  chrétiens  ou 
mahométans,  grands  ou  petits.  Les  Arabes  le  disputent 
aux  Persans  en  politesse;  ils  baisent  la  main  des  personnes 
au-dessus  d'eux ,  en  signe  de  respect, 

1  Les  maisons,  quoiqu'en  pierres,  sont  bâties  sans  goût. 
Les  appartcmens  des  hommes  occupent  la  face  de  l'édifice; 
lajalousie  a  placé  ceux  des  femmes  par-derrière.  Nous  avons 
vu  plus  haut  que  le  pauvre  Bédouin  même  partage  sa  tente 
en  deux  par  un  voile ,  derrière  lequel  les  femmes  se 
dérobent  à  tout  œil  indiscret. 

-  L'Arabe  ept  très-sobre.  Les  gens  du  peuple  ne  font  qu'un 
repas  de  mauvais  pain  de  doura,  espèce  de  millet;  ils  y 
joignent  du  lait  de  chameau,  de  l'huile,  du  beurre  ou  de 
la  graisse;  l'eau  pure  étanche  leur  soif;  la  viande  est  peu 
en  usage;  celle  du  porc  était  défendue  long-temps  avant 
Mahomet  (').  Pour  le  repas,  on  place  de  petites  tables  d'un 


(■)  MiU,  . 
an.  IL  c- 


ASiB  :  Arabie.  Sog 

pied  de  haut  sur  un  large  tapis  ou  sur  des  nattes,  où  les 
personnes  invitées  s'asseyent.  Les  Orientaux  aiment  pas- 
sionnément la  pâtisserie.  On  sait  que  leur  liqueur  favorite 
est  le  café  ;  ils  le  préparent  en  le  bri\lant  dans  une  poêle 
ouverte;  ils  le  broient  ensuite  dans  un  mortier  de  pierre 
ou  de  bois.  Cette  me'thode  conserve  au  café  un  parfum  qu'il 
perd  lorsqu'on  le  réduit  en  poudje  dans  un  moulin.  Les 
habitans  d'Yémen  prennent  rarement  cette  boisson ,  qu'ils 
regardent  comme  très -échauffante  ;  mais  avec  les  cosses 
du  café  ils  préparent  une  hqueur  semblable  au  thé.  Les 
Arabes  de  distinction  se  servent  de  porcelaine  de  la  Chine. 
Quoique  interdites  par  la  loi,  les  hqueurs  spiritueuses  ne 
sont  point  inconnues  en  Arabie.  On  fume  quelquefois, 
ainsi  que  nous  l'avons  fait  remarquer  à  propos  du  peuple 
nommé  Assassins,  une  plante  qui  ressemble  au  chanvre, 
et  qui  produit  une  sorte  d'ivresse  (']■ 

>  Les  Arabes,  comme  les  Turcs  et  les  Persans,  aiment 
les  habits  longs.  On  les  voit  aussi  porter  de  larges  culottes , 
avec  une  ceinture  de  cuir  brodée,  et  sous  laquelle  brille 
un  poignard  ou  dague.  Tous  les  Arabes  portent  le  man- 
teau, qu'ils  appellent  habba;  c'est  un  grand  carré  double, 
fendu  au  milieu,  ayant  une  échancrure  pour  le  cou,  avec 
deux  ouvertures  aux  deux,  côtés  pour  y  passer  les  bras.  Le 
tissu  de  ces  manteaux  est  de  poil  de  chevreau  bien  tordu 
avec  celui  de  chameau;  l'épreuve  qu'on  en  fait  avant  de 
lesacheter,cest  d'y  verser  un  seau  d'eau,  dont  quelquei'ois 
il  ne  s'échappe  pas  une  seule  goutte  durant  près  d'un  quart 
d'heure.  Les  Arabes  se  surchargent  la  tète  d'un  grand 
nombre  de  bonnets ,  qu'ils  entourent  encore  d'une  écharpe. 
Communémentilsneportent  point  de  chaussure  j  la  plante 
de  leurs  pieds  s'endurcit  au  point  de  braver  les  sables 
bridans.  Dans  les  montagnes,  cependant ,  ils  les  garantissent 

(')  mebuh,-,  lJL«;iinl     de  1  ^ral.io,  I.  im^ùm. 


I 


LIVRE    CEST    VINGT -SIXIÈME. 

des  peaux  de  mouton.  Quelques  uns  se  rasent  la  tête; 
d'autres  portent  leurs  cheveux. 

•>  Les  femmes  du  peuple  ont  pour  tout  vêtement  une  large 
chemise  et  un  pantalon.  Dans  l'Hedjaz,  ""comme  en  Egypte , 
leurs  yeux  ne  parais  sent  qu'à  travers  les  mousselines  qui  en- 
veloppent leurs  têtes  ;  mais  dans  l'Yémen  elles  portent  de 
longs  voiles.  Une  femme  arabe ,  surprise  sans  vêtement  par 
Niebuhr ,  cacha  avec  les  mains  son  visage ,  laissant  à  décou- 
vert le  reste.  La  coquetterie  arabe  prodigue  les  anneaux,  les 
bracelets,  les  colliei-s  de  perles  fausses.  Quelquefois  les  fem- 
mes ajoutent  à  leurs  pendans  d'oreilles  un  anneau  au  nez, 
comme  dans  l'Hindoustan.  Avec  le  jus  de  l'henné  elles  se 
teignent  les  ongles  de  rouge,  et  les  pieds  et  les  mains  d'un 
brun  jaune  (')  ;  elles  se  noircissent  les  paupières  avec  de  l'anti- 
moine. L'usage  de  graver  sur  la  peau  des  figures  d'animaux, 
de  fleurs  ou  d'étoiles,  usage  antérieur  au  siècle  de  Maho- 
met (=) ,  a  laissé  quelques  traces  chez  les  femmes  bé- 
douines [3).  Les  modes  changent  peu  dans  l'Orient  ;  le  cos- 
tume d'Esther,  de  Sulamite  ou  d'autres  personnages  du 
Vieux-Testament ,  offre  déjà  le  modèle  de  celui  d'une  dame 
arabe  moderne  (4). 

•  La  contrainte  dans  laquelle  vivent  les  femmes  arabes 
n'exclut  pas  les  intrigues  amoureuses;  mais  les  périls,  les 
combats,  la  mort,  entourent  les  pas  dujeune  audacieux  qui 
cherche  à  s'inti-oduire  dans  le  sanctuaire  du  harem.  La  vie 
pastorale  des  Bédouins  procure  aux  deux  sexes  un  peu  plus 
de  facilité  de  se  voir;  aussi  le  désert  est-il  le  théâtre  de  ces 
vives  passions  que  les  romans  arabes  nous  peignent  (5). 


{1}  Voyez  sur  la  Aenne  la  note  de /ons-fÂi,  GilIectioD  portât.  desVoja- 
gci>,  II,  117.  — (1)  MoaUakat,  trad.  de  Hartmann,  p.  6g-ia5;  Tara- 
pkae  MoaUakat,  éd.  fieiske,  p.  $5. — C^)  Arvieux ,  Mémoires,  «dit. 
Laliat,  m,  197.  — (4)  Hartmann,  die  Hebraerin ,  etc. ,  la  Toilette  des 

feiiinieshdhraïqiie!(cnalkm.);  SPhrceder,  de  ïe-srilumulierum  hebria- 
rum,  — (5)  Medjnoun  cl  Leila,  Iraduct.  de  M.  Chcz-y.  préf.  XXV,  elc. 


ASIE  :  trahie.  3 

Une  taille  élancée,  semblable  au  jonc  flexible  ou  aux  lon- 
gues lances  d'Yémen ,  des  hanches  d'un  volume  immense 
et  qui  peuvent  à  peine  passer  par  la  porte  de  la  tente,  deux 
pommes  de  grenade  sur  un  sein  d'albâtre,  des  yeux  vifs  et 
languissans  comme  ceux  de  la  gazelle,  des  sourcils  bien 
arqués,  une  chevelure  bouclée  et  noire  qui  flotte  sur  un 
cou  long  comme  celui  des  chameaux  :  voilà,  selon  les 
poètes  du  pays,  le  portrait  d'une  beauté  arabe  (')■  Les 
femmes  du  peuple ,  dans  les  plaines  maritimes ,  ont  le  teint 
d'un  jaune  foncé;  mais  dans  les  montagnes  on  rencontre 
même  des  paysannes  qui  ont  des  traits,  une  taille  et  un  teint 
que  ne  désavoueraient  ni  la  Grèce  ni  l'Italie. 

•  La  langue  arabe  ancienne  semble  se  rapprocher  de 
l'hébreu.  Avant  Mahomet  il  y  avait  deux  dialectes  princi- 
paux ,  celui  des  Hamiarites  ou  Homérites ,  qui  régnait  dans 
l'Yémen;  et  celui  des  Koréisckites ,  qui  était  répandu  aux 
environs  de  la  MekVe;  ce  dernier,  le  moins  pur  et  le  moins 
agi'éable,  triompha,  grâce  au  Coran  et  aux  victoires  de 
Mahomet  (3).  Cette  langue  sacrée  est  enseignée  dans  les 
écoles  d'après  des  règles  invariables;  c'est  la  seule  qui  serve 
aux  lectures  publiques  faites  dans  les  temples.  La  langue 
savante  d'aujourd'hui,  employée  dans  les  discours  solennels 
et  parmi  les  gens  instruits,  n'en  diffère  pas  quant  à  l'es- 
sence des  mots  et  des  constructions  (3);  mais  cette  confor- 
mité ne  s'étend  pas  à  l'arabe  vulgaire,  qui,  comme  toutes 
les  langues  très-répandues,  a  éprouvé  des  mélanges  et  des 
altérations  (4).  Non  seulement  on  parle  tout  autrement 

(0  Les  passages  de  Ilariri,  Jbn  Doreid,  Motannabi,  Einawabi  e,l 
autres,  recneiWiiàiva Hartmann,  jluflLlxruDgen  uber  Aûen,  I,  54g  i??. 
—  (')  Pococke,  Spécimen  historise  Arabura  ,  p.  iSo,  Ei'chham,  préface 
ï  la  traduction  allemondc  ile  Rickardson ,  Traité  de  la  littérature  orien- 
tale. Addung ,  Mithridates ,  I,  383,  etc.  —  (^)  Aryda,  arcliiprétre  à 
Tripoli  en  Syrie,  Mëmoire  contre  Niebuhr,  en  arabe;  vojrez  lahn, 
Cbrestoraathie  arabe,  p.  an  (Vienne,  iBoa).  —  (4)  JVi'eiufcr,  Descrip- 
tion de  l'Arabie ,  1 ,  <  iR  n/i/ 


L 


3ia  IIVHE   CEMT   VINGT-SIXIIÎHE. 

dans  les  montagnes  de  l'Yemen  que  dans  le  Téhama,  mais 
les  gens  distingués  ont  une  prononciation  difficile ,  et 
d'autres  mots  que  les  paysans,  pour  exprimer  différentes 
choses;  et  tous  ces  dialectes  n'ont  qu'un  faible  rapport 
avec  celui  des  Bédouins.  La  différence  est  encore  plu* 
grande  dans  les  provinces  éloignées.  C'est  ù  la  fusion  de 
tant  de  dialectes  que  la  langue  arabe  doit  sa  richesse  en 
mots.  On  lit  dans  les  livres  qui  en  traitent,  qu'elle  n'a  pas 
moins  de  looo  noms  pour  exprimer  chameau,  et  de  5oo 
pour  exprimer  lion.  La  prononciation  des  Arabes  du  sud  et 
de  l'est  paraît  plus  facile  à  un  gosier  européen  que  celle  des 
Arabes  d'Egypte  et  de  Syrie.  Les  conquêtes  des  Arabes  ont 
répandu  leur  langue  au  sud  de  la  Méditerranée,  depuis 
l'Egypte  jusqu'au -détroit  de  Gibraltar,  et  le  long  de  l'océan 
Indien,  du  côté  de  l'ile  de  Madagascar. 

■  Il  parait  que  très- anciennement  les  caractères  en  forme 
de  clous,  appelés  persépolitains ,  étaient  en  usage  en  Ara- 
bie. Ces  caractères  furent  remplacés  par  les  caractères  ka- 
miariques,  ainsi  appelés  d'une  dynastie  de  ce  nom;  et  ceux- 
ci  cédèrent  la  place  aux  koufiques. 

•  Quoique  les  sciences  en  Arabie  se  réduisent  à  quel- 
ques grossières  notions  de  médecine  et  à  des  rêves  d'as- 
trologie ,  on  ne  peut  pas  méconnaître  chez  les  Arabes  ce 
génie  ardent  qui  a  répandu  dans  le  Coran  tant  de  tour- 
nui'es  poétiques.  La  morale  et  la  poésie  sont  encore  les  ob- 
jets favoris  de  leurs  études.  Le  pays  de  Djof,  dans  l'Yemen, 
produit  beaucoup  d'improvisateurs.  » 

Chez  les  Bédouins  même  il  existe  un  grand  nombre  de 
poètes  qui  se  distinguent  par  leurs  hymnes  et  leurs  chants 
héroïques.  Habitués  dès  l'enfance  à  entendre  ces  chants, 
presque  tous  les  Bédouins  font  leurs  récits  en  prose  rimée^ 
tant  la  langue  arabe  est  riche  en  rimes.  Leurs  contes  sont 
pleins  de  charme  et  de  naïveté  :  ils  se  transmettent  de 
bouche  en  bouche,  et  rarement  par  écrit.  Après  avoir  brillé 


ASIE  :  Arabie.  3i3 

dans  toutes  les  sciences;  après  avoir  possédé ,  à  l'époque  où 
l'Occident  était  plongé  dans  les  ténèbres  de  la  barbarie, 
des  astronomes,  des  mathématiciens,  des  historiens,  des 
géographes ,  des  médecins  et  des  philosoplies  qui  s'étaient 
instruits  en  lisant  les  écrits  d'Aristote  et  de  Platon,  le» 
Arabes  ne  possèdent  plus  qu'une  instruction  grossière  :  ces 
connaissances  ont  presque  entièrement  été  oubliées  cheï 
eux  :  leur  astronomie  n'est  plus  que  de  l'astrologie  ;  les  ma- 
thématiques se  réduisent  aux  règles  d'un  arpentage  gros- 
sier; leur  histoire  n'est  plus  qu'un  tissu  de  fictions;  leur 
géographie  se  réduit  à  ce  qu'en  ont  laissé  leurs  anciens  au- 
teurs ;  leur  médecine  n'est  plus  qu'une  sorte  d'empirisme ,  et 
leur  philosophie  qu'un  tissu  d'argumentations  sur  le  Coran. 

«L'éducation,  quoique  déchue  en  Arabie,  n'est  point 
entièrement  négligée  ;  beaucoup  de  personnes ,  parmi  les 
Arabes  sédentaii'es,  savent  lire  et  écrire.  Ceux  d'un  plus 
liaui  rang  tiennent  des  instituteurs  chez  eux  pour  instruire 
leurs  enfans  et  leurs  jeunes  esclaves.  Communément  une 
école  est  attachée  à  chaque  mosquée;  de  pieuses  fondations 
assurent  l'entretien  du  maître  et  des  enfans  pauvres.  Les 
grandes  villes  possèdent  beaucoup  d'autres  écoles  où  la 
classe  mitoyenne  du  peuple  peut  envoyer  ses  enfans.  Ils  y 
apprennent  à  lire,  à  écrire,  à  compter.  Les  filles  sont  in- 
struites séparément  par  des  femmes.  Dans  quelques  villes 
principales  il  y  a  des  collèges  pour  l'astronomie ,  l'astrolo- 
gie, la  philosophie ,  la  médecine.  Le  royaume  dTénien  a 
deux  universités  oii  académies  célèbres  :  l'une  à  Zébid  pour 
les  Sunnites,  et  l'autre  à  Damar  pour  les  Zéidites.  L'in- 
terprétation du  Coran ,  avec  l'histoire  de  Mahomet  et 
des  premiers  califes ,  forment  les  branches  d'études  les  pV^' 
suivies. 

"  L'homme  extraordinaire  qui  a  fondé  la  religion  maho- 
métane  eut  à  combattre  l'idolâtrie  des  anciens  Arabes.  Il 
paraît  qu'anciennement  les  sacrifices  humains  étaient  eu 


V 


LITRE   CENT    VINGT -SIXIÈME. 

usage  parmi  eux,  comme  chez  leurs  frères  les  Syriens  et 
les  Carthaginois.  Le  sabéisme,  ou  le  culte  des  astres,  leur 
fut  commun  avec  les  peuples  de  la  Syrie  et  de  la  Chaldée. 
La  religion  chrétienne  y  eut  quel{jues  prosélytes  avant 
Mahomet.  Les  juifs  y  -vivaient  en  tribus  nombreuses  ('].  Le 
prophète  arabe  eut  de  la  peine  à  les  subjuguer.  Son  Église, 
comme  toutes  les  autres,  s'est  partagée  d'opinion.  Outre  la 
secte  des  Sunnites,  il  s'en  esl  formé  une  autre  fort  considé- 
rable; ceux  qui  la  suivent  se  nomment  Zéidites.  Ils  parais- 
sent d'accord  avec  les  premiers  sur  les  principaux  points 
de  doctrine;  mais  ils  observent  avec  peu  de  rigueur  les 
pratiques  religieuses.  Vers  le  milieu  du  siècle  dernier,  un 
cheik  d'Yémen,  appelé  Mékrami,  établit  une  secte  nou- 
velle parmi  les  mahométans.  Ce  fut  vers  le  même  temps 
que  naquit  dans  le  centre  du  Nedjed  la  nouvelle  religion  des 
Wahabys ,  dont  nous  avons  décrit  plus  haut  l'origine  et  les 
rapides  progrès.  Les  Sckiites,  ou  la  secte  d'Ali,  dominent 
Je  long  du  golfe  Persique.  L'Oman  a  vu  naître  une  autre 
secte,  plutôt  politique  que  religieuse;  ses  adhérens  s'ap- 
pellent Bejas,  et  n'accordent  aux  descendans  de  Mahomet 
aucune  de  ces  grandes  prérogatives  qu'ils  exercent,  surtout 
dansl'Hedjaz. 

«  Nous  avons  déjà  donné  quelques  idées  de  l'état  des  arts 
et  du  commerce  dans  l'Yémen  et  l'Oman  :  ajoutons  ici 
quelques  remarques  générales.  Les  arts  sont  négligés  en 
Arabie.  Il  n'y  a  aucune  imprimerie  dans  ce  pays.  L'obstacle 
principal  vient  de  ce  que  les  lettres  arabes  modernes,  liées 
ensemble,  et  souvent  placées  l'une  sur  l'autre  et  entrela- 
cées, sont  plus  belles  lorsqu'elles  sont  proprement  écrites, 
que  lorsqu'elles  sont  imprimées.  Les  ïélés  Sunnites  ne  pou- 
vant souffrir  les  figures,  on  ne  trouve  parmi  les  Arabes  ni 


COVojci!  les  passages  reçue  il  li^:  dans  ic/miwiis,  Ilisloria  Joclanidariim, 
p.  6i-liï-.4i. 


ASIE  :  Arabie.  3i5 

peintres  ni  sculpteurs;  cependant  ils  exécutent  très-bien 
leurs  inscriptions  en  relief.  On  travaille  bien  l'or  et  l'argent 
dans  l'Yémen;  néanmoins,  Ea  plus  grande  partie  des  ou- 
vi'ages  d'orfèvrerie  se  font  par  les  juifs  et  par  les  Banians; 
la  monnaie  même  est  fabriquée  à  Sana  par  les  premiers. 
L'art  de  l'horlogerie  n'est  ni  avancé  ni  considéré.  Celui 
de  la  musique  est  tout  aussi  négligé,  du  moins  n'y  en- 
tend-on que  des  tambours  et  des  chalumeaux.  Tous  les 
ouvriers  travaillent  assis.  Il  y  a  plusieurs  sortes  d'ouvrages 
pour  lesquels  les  Arabes  se  servent  aussi  adroitement  de 
leurs  orteils  que  nous  de  nos  doigts.  On  ne  trouve  en 
Arabie  ni  moulins  à  vent  ni  moulins  à  eau;  mais  comme 
Niebuhr  a  vu  dans  le  Téhama  un  pressoir  à  huile  tourné 
par  un  bœuf,  ce  voyageur  présume  que  les  Arabes  ont  des 
moulins  à  grains  du  même  genre,  ■• 

Les  Arabes  forment  environ  les  sept  huitièmes  de  la  po- 
pulation de  la  péninsule;  les  juifs  y  sont  répandus  partout, 
et  sont  reconnaissables  à  leur  habillement ,  qui  doit  être 
en  bleu,  et  à  leur  petit  bonnet;  les  Banians,  venus  de 
l'Inde  pour  faire  le  commerce ,  habitent  les  villes  mari- 
times; ils  se  distinguent,  comme  tous  les  Hindous,  par 
un  vêtement  rouge;  les  nègres  se  trouvent  aussi  dans  les 
villes;  ils  y  servent  comme  esclaves  :  cependant  le  Nedjed 
méridional  en  renferme  quelques  tribus  particulières. 

■  L'Arabie  possède  peut-être  une  population  de  lo  à 
13,000,000  d'âmes,  population  peu  considérable  pour 
l'étendue  qu'elle  occupe.  Réunie  sous  un  seul  chef,  elle 
serait  redoutable   aux  Persans,  aux  Turcs,  à  l'Afrique 


3l6  LIVRE   CEKT   VI H GT -SIXIÈME. 

TABLEAU 
DES  POSITIONS  GÉ0GRAPHI;QUES  de  L'ARABIE. 


HOMS  DES  LIEUX.    Latilud.  N.   ^"la^f         AUTORITÉS. 


Tor(Arabie-Pélr^e)... 
Saz  Jboit  Mohammed. 


Mèdine 

J.aMekhe 

Ghwnfude  ou  Comfida. 

Zebid 

TaaU 

iSiina ,  capi  I  aie  d' Yémen. 

Moka 

idem 

WeFerim  dans  le  dëtroi  t 

de  Bubel-HaDdeb 

jiboUr-Jrich 

Jde» 

Beù-el-Fiikih 


Voyage  inédit  cité  dans 

Ja  Connaissance  des 

Ttmps. 
Nhhuhr,  dans  Zaïih, 

Corresp. 
Voyage  iniidil ,   Con- 

tiais3,  des  Temps, 

Niebuhr,  dans  Zack  , 
Corresp, 

Vojage  Inédit ,  Con- 
nais!, des  Temps. 

Nieblilir,  par  dea  dist. 

lunaires.  ZacA.Cor- 

reep.  VI ,  p.  16&. 
Jomard. 
Auleurs. 
Voyage   inédit ,    dm- 

iiaiss,  des  Temps. 
Xiebuhr ,  dana  Zash  , 

Girrcsp. 
Niebuhr ,  calculé  par  Te 

F,  Helli^). 

Coniiaiss.  des  Temps. 


tiappei. 
Niebiihr. 


I 


ZocS,\II,p.6j,P(iehiihr. 


TABLEAUX. 


3.7 


NOMS  DES  LIEUX. 

Latilud.  K. 

Langit.  E. 
Je  Paria. 

ADTORITÉS. 

. 

^ 

\l    46       l 

|5        Q        0 

■6       l      „ 
>6     5o      a 
,S     40      0 

\t  n  3: 

.4     "7       0 

iq      5o        0 

3!    .8       0 
M     35     3o 
«     34      0 
18     36    4° 
aG     3S    34 

48  49    45 
53     S6    45 

49  45       0 

Purdy. 

0' Après  de  Mamievitlette . 

1?  IS  *s 
t:  ,1  ,1 
a  îi  ° 
f.  Il  'l 

Purdy. 

Purdy. 

jyjpi-ès  de  MamuviUme. 

Ail  elgaie(cap) 

Ste-Catkenne{co\iyl!nt). 
Zouida 

Purdy. 
Hûppel. 

Connaiss.  des  Terop». 

JV-  B.  Les  diTision»  politiques  anciennes  et  mcxlcrnes  n'offrent  rien 
de  fixe  ;  elles  sont  d'ailleurs  en  grande  partie  inconnues  ;  voil^  pourquoi 
on  n'en  donne  point  de  Tabkau  compai-atif. 


TABLEAU 

cipalcs  tribus  de  Bédouins ,  d'aprbs  i.  ] 
LES   ANEZÉtO. 


I 

;  El  Aouadii. 

/ElMesehatta \El  Atéljat. 

'  El  Mekeïbel. 

I 

I  Jrab  et  Taïar. 

\%\  Mi'schadeka IeI  Meitzikat. 

i^^ly /  t^^  Latihaoueïn. 

JEl  Haramamédc 1 

Y'^m^t'-i iliSXv 

\E1  Touloulih ! 


LIVRE    CENT    VINGT-SIXIÈME. 


Et  Schéma. 

El  Keddaba, 

El  Aueïmar. 

ElHemrmé 

El  Rèfaaché. 
El  Meheùuit. 

ElHewnné 

El  Hedjadj. 
y  El  Schera'abé. 

EIMesalikh 

El  Belsan. 

f  El  SouaUmé. 

Et  AbdMi. 

ElOmlinlIef. 

El  Jâia'aiKk. 

El  EowiIU 

\ElBcdour. 

ou  e[  Djela. 

Ilbn  ^ouïdjë. 
Et  Zër^. 
Sabl^n. 
HtdiUU. 

VElRoualIa 

Deraié. 

El  KlaïiBii. 

El  Doghama. 

El  Eereggè. 

\El  Naisir. 

(El  Fedha'ait. 

Ibn  Imkid. 

Tana  Madjeil 

Ibn  Ghebeïn, 

Ibn  Kaï  ScUsch. 

Ibn  Ghedzour. 

* 

El  JtfoouMe. 

El  Matar^é. 

Selg. 

El  Seleimat. 
El  HossauùW. 

AHL 

EL   SCHÉMALou  ^AT.o^8 
ElTurki 

El  Diemiidiemé 

ElMaoualii.').... 

El  Akeïdat 

EIHadheïfe 

El  Medaheïsdi 

ElSeken(4) 

El  Uadèdieïni}).. 

El  Berat 

El  Medjel 

ElTurkman 

(=) 

[i)CiMirilK,«doi. 

„  tir,,  «ufoodu^  ..«  c<n.  qiri  .  JU  dn 

Bn,^plu.L.ut«=.l,n« 

ien.-(3)L=ll.d«* 

o»u.=.  ■«  rM  «..« 

Je  citi][ir>  qns  1«  Hiuuali.  —  (4)  Tril. 

d'cnrin»  6oa  ioiIh.  - 

<S)ll,..di,i«.t«-i™ 

pl«.„n..nl™. 

3.9 

El  Jrai  (•)  Tahht 

Tcka'n. 
Abou  Schaban 

1Ë1  Abounxi.. 

'  B  KaraBcMrfn 

Ànbei 

El  Tnrlman  Soueïdidi 

JhitlDiebtl 

BlSerdié(4) 

\ 

Ji^b  el  hi^ker. 
Jrab  et  Ouaked. 

\AhlDjd>el(^H(ur«ii... 


/  El  Hattai}. 

i  Haddié. 

\  El  Scherfat. 


f  El  Kerad  ou  A'oHnfe». 
l  El  Raoï^a. 
\El  Gktiatk. 


iEl  Szoloul 
El  Mediedi 
El  Selman 
El  Dhou^'heré... 


El  Diab..., 
ElNalm... 
El  H«rb.... 


^«tod.i),oto..  115^: 


1  prt>  iSo  aniini.  —  (ï)  Cn  ' 


KéUb(7) 


«l«.-(6)CaAab_ 
duïBH  4  pn  prk  iSi» 


LIVRE   CENT    VINGT-SIXIÈME. 


El  Aoussié.. 


1  El  Schoiiaîe 

i  El  Diab 

lElKébaré.. 
lEt  DJB'ateTD. 

iBenî  Rabin.. 
lEl  Mebam  m 


ElTurkraanC').. 


dii  Djebel  Ueisck. 


\Beni  Az 

El  Ubeïb  . . . . 
VSA  ï^emaké  ■  ■ . 
JeI  Bcrkeïat... 

JeI  Atbé 

IeI  Ouabeib... 
]  El  Zegherié. . . 

El  Seia'd 

El  Azzié 

El  HabiLda.. 

El  Dabeioua't. 

El  Arakié..., 

El  Sclieraiil . . 

El  Scbam  . . . . 


^El  Ka'abcnii XBenî  Zehelr. 

Kn  Ramtè. 

Surbban  ou  el  Scrraheîn ...  Ht"  ^r^o^^,- 
\lbn  el  Batli. 
{El  1/ebeileï. 


\Beni  Ai 

iBcni  Hassan 
Ibn  al  Gnanam. 
El  Hatabié. 
Kl  Abad. 
El  Adieremd. 
VEl  Bed. 


i.  I^rptiDdpiI.'IiciVpi 


TABLEAUX. 

321 

'  El  DicliaouaEché 

El  Aoiialhem 

El  Aoulad-Said. 
El  Ouaiené. 
El  Gheriiichi. 
Et  Bahami. 

El  O-m^tut 
El  Ilja'ii. 
Et  Mesk. 
El  Besaï 

El  Kheïat. 
Et  Lehaouai. 
Ban  Haueùû 

.irabe-^           \  El  Zef.:iTa 

i  El  Dadjé 

^  El  Mtsdialekha 

l  El  Baschaloné 

*»•"'■ (B^iSS";:::::::;:::::: 

El  Djclahcin 

1 

ELS,.ualeli,-i 

A,-abe.,deTor     \ 
un  Kl  Tauara 

'.ElAleigliatW 

AHL   EL    KÉBLI  o.i  NiTcoNs  n 
_,     ,     lElAmerCîJ 

Al  Di^bel  &héra..  i  El  Hadjadid  (5) 

r""""'" 

EIHaDucilâtW 

Arabes  a  Akaha'    \ 
tlSckandé ] 

'ElScberaVaKT) 

1 

e   El  S,M.ii%.T  mcDI 


ir  un  c«pi  coasid^nU'^  t 


r 


LIVRE    CEMT    VIHGT-5EXIE1 


H,l™,« 

Béni  Said 

El  AoMé 

Jrab  el  Fahliel. 

ElDeleit 

B 

LIVRE  CENT  VINGT-SEPTIÈME. 


Suite  Je  In  Dcsciipliou  de  l'Asie.  —  Desciipliou  île  la  Perse,  — 
Description  physique  gcncralc  de  ce  royaume. 


jLa  Perse  telle  que  noua  allons  ht  décrire  n'est  plus  ce 
qti'elle  était  sous  les  sophis  oit  sepliis.  Ses  de  me  m  brème  ns 
ont  formé  le  royaume  de  Kaboul  ou  des  Afghans,  celui 
de  Hiirat  ou  ie  Khorassan  oriental,  et  te  Béloutchistan , 
que  l'on  appelle  aussi  la  Confédération  des  Séloutchis. 
Dans  ces  derniers  temps  le  sort  des  armes  lui  a  iait  aban- 
donner à  la  Russie  la  Géorgie  et  l'Arménie. 

Ce  qui  constitue  aujourd'hui  le  royaimie  de  Perse  forme 
encore  un  vaste  État,  mais  faible  relativement  à  son  éten- 
due :  d'abord  parce  que  la  population  y  est  disséminée, 
et  en  second  lieu  parce  qu'elle  se  compose  de  diverses 
nations,  les  unes  sédentaires,  et  les  autres  nomades,  qui 
ne  sont  liées  par  aucitn  esprit  public. 

"  Les  révolutions  politiques  atixquelles  les  différentes 
provinces  de  la  monarchie  persane  ont  toujours  été  en 
proie,  ont  conslatnment  fini  par  les  réunir  sous  un  seul 
sceptre.  A  l'aurore  de  l'histoire  nous  y  voyons  plusieurs 
nations  indépendantes  ;  les  Perses  au  raidi ,  les  Ariens  à 
l'est,  les  Mèdes  au  centrej  diverses  hordes  barbares,  telles 
que  les  Hyrcaniens,  les  Parthes,  les  Cadusiens  au  nord,  11 
est  très-douteux  que  les  antiques  empires  de  Ninive  et  de 
Babylone  aient  jamais  compris  la  Perse  ancienne ,  c'est-à-dire 
le  Farsistan  actuel ,  avec  le  Kerman  et  le  Laristan,  Lliistoire 
n'ose  ni  garantir  ni  rejeter  les  merveilleuses  expéditions  de 
Sémiramis;  mais  il  est  certain  que  toute  invasion 


I 


3a4  LIVRE    CE«T   VINGT-SEPTIÈME. 

tanëe  figure  comme  une  conquête  dans  le  chaos  de  l'histoire 
'  primitive.  Les  Mèdes  isubjuguèrent  réellement  les  Perses. 
Ce  peuple  parait  avoir  fait  ses  premières  armes  contre  les 
.  Scythes  d'Asie ,  dans  le  Touran  ou  la  Tatarie  actuelle ,  et 
contre  les  Indiens.  Gnq  siècles  et  demi  avant  Jésus-Christ^ 
Cyrus  délivra  sa  nation  et  la  rendit  maîtresse  de  toute 
l'Asie  occidentale.  Mais  à  l'entrée  de  l'Europe,  une  petite 
nation  arrête  les  innombrables  essaims  de  l'Asie  ;  bientôt 
réunis  sous  Alexandre ,  les  Grecs  renversent  le  faible  co- 
losse de  la  puissance  persane  ;  la  discorde  des  vainqueurs 
fait  naître  une  foule  de  royaumes  ;  la  tribu  guerrière  des 
Parthes  (vers  l'an  248  avant  J.-C.)  s'empare  des  provinces 
qui  forment  la  Perse  moderne.  Pourtant  les  Grecs  se 
maintiennent  dans  la  Bactriane  ;  leur  roi ,  Démétrius ,  sou* 
met  et  civilise  THindoustan;  Eucratides  P'  règne  sur  mille 
cités;  mais  les  Scythes,  ou  plutôt  des  nations  nouvelles 
qui  avaient  remplacé  les  Scythes,  réunies  aux  Parthes, 
renversent  le  trône  de  la  Bactriane.  Les  Parthes,  sous  leurs 
rois  de  la  dynastie  Aschkanienne ^  les  Arsacides  des  auteurs 
grecs,  balancèrent  la  puissance  des  Romains.  Vers  l'an  220 
de  J.-C. ,  un  particulier  nommé .  Ardchour^  Persan ,  selon 
les  Grecs,  enleva  le  pouvoir  aux  Parthes,  et  fonda  la  dy- 
nastie des  SassarUdes;  mais  les  Orientaux  ne  distinguent 
point  les  Persans  modernes  des  Parthes;  et  le  premier 
monarque  persan,  Artaxerxès  ou  Ardchour ,  est ,  selon  eux , 
un  prince  du  sang  royal  des  Parthes.  Quoi  qu'il  en  soit  de 
ce  point  obscur,  l'empire  persan ,  après  avoir  lutté  contre 
celui  de  Constantinople ,  après  avoir  jeté  un  grand  éclat 
sous  le  règne  du  sage  Nouschirvan  ou  Khosrou  /"*,  plus 
connu  sous  le  nom  de  Chosroès-le-  Grand  y  subit  le  joug 
des  Arabes  et  du  mahométisme ,  vers  Tan  du  Christ  636  ou 
642  >  par  la  défaite  àHIsdegerte  à  la  bataille  de  Néhavend. 
«  Deux  siècles  après ,  le  royaume  de  Perse  se  trouva 
rétabli  dans  le  Khorassan ,  et  après  plusieurs  révolutions  il 


ASIE  :  La  Perse.  3a5 

reprit  sa  première  extension.  En  l'an  934?  1&  maison  de 
Bouiah  paiTint  au  trône  ;  elle  résidait  à  Ghiraz.  C'est  à  cette 
maison  qu'appartient  le  célèbre  Mahmoud  y  troisième  ou 
quatrième  prince  de  la  dynastie  des  GhazneçideSy  mais  que 
Ton  peut  regarder  comme  en  étant  le  fondateur,  qui  fit  de 
la  Perse  un  grand  empire  que  conquit  TogrouUbegy  fonda- 
teur de  la  dynastie  turque  des  Seldjoukides.  La  Perse ,  enve- 
loppée dans  les  conquêtes  de  Djenghiz-Khan  et  de  Tamer- 
lan ,  respire  sous  la  dynastie  des  Sophis^  qui  monte  au  trône 
en  i5o6.  Chah-Abbasy  surnommé  le  Grand  y  prend  les 
rênes  de  l'empire  en  i586,  et  gouverne  près  d'un  demi- 
siècle  avec  éclat,  quoique  d'une  manière  tyrannique.  Les 
Afghans  conquirent  la  Perse  en  1722.  Cet  événement  fut 
suivi;  en  1736,  de  l'extinction  de  la  maison'  des  Sophis, 
et  de  l'élévation  au  trône  impérial  de  iVW/r,  surnommé 
ThamaS'Kouli'Khan,  Ce  chef  féroce ,  mais^  habile  et  heu- 
reux,  était  né  dans  le  Khorassan.  Le  20  juin  17479  ^  ^'^^ 
tué  après  un  règne  de  onze  ans ,  qu'illustra  surtout  la 
rapide  conquête  de  l'Hindoustan. 

«  Ici  nous  voyons  commencer  une  période  absolument 
nouvelle ,  et  qui  intéresse  de  plus  près  la  géographie  mo- 
derne, La  faiblesse  des  successeurs  de  Nadirs-Chah,  et 
l'affreuse  guerre  qui  ensanglantait  la  Perse  occidentale  y  per- 
mirent aux  Afghans  de  consolider  un  nouvel  empire ,  dont 
Candahar  devint  la  capitale ,  et  qui  embrassait  toute  la 
Perse  orientale.  Le  Khorassan  oriental,  le  Ségistan,  l'Aro- 
kasche,  le  Candahar,  sont  les  principales  provinceé  des 
Afghans  en  Perse;  ils  possèdent  dans  l'Inde  le  Koutar,  le 
Kaboul  et  le  Cachemire;  ils  ont  envahi  une  partie  de  la 
Boukharie. 

«  Les  plus  sûrs  matériaux  conceraant  ce  royaume  de  Can- 
dahar ou  des  Afghans ,  semblent  être  ceux  qu  a  recueillis  le 
major  RennelL  II  en  résulte  qvL  Ahmed- Chah- Abdatiah^ 
premier  roi  de  Candahar,  était  originairement  chef  d'iHi« 


LIVRE   CEMT    VISGT-SEPTIÈBIE. 

tribu  d'Afghans,  que  Nadir-Chali  réduisit  sous  son  obéis- 
sance. A  la  mort  de  celui-ci,  Ahmed  reparut  soudain  au 
milieu  de  ses  anciens  sujets.  Il  s'empara  des  provinces  de 
l'Inde  cédées  par  le  Mogol  à  Chah-Nadir.  Aluned  choisit 
Kaboul  pour  capitale ,  parce  que  cette  ville  lui  paraissait  le 
plus  à  l'abri  d'une  attaque  des  Persans  occidentaux.  Ahmed 
mourut  vers  1773.  Tîmour,  sou  successeur,  continua  de 
résider  à  Kaboul.  Timour  laissa  le  iiône  à  Zemaoun,  qui 
régnait  encore  au  commencement  du  XJX*  siècle.  Après  la 
grande  bataille  de  Panniput  contre  les  Marattes,  donnée  par 
Ahmed-Abdallab,  en  1 761,  le  royaume  de  Candahar  paraît 
avoir  conservé  ses  premières  limites. 

"  Quant  à  la  partie  occidentale  de  la  Perse  ,  elle  jouit  de 
quelque  repos  sous  le  gouvernement  de  Kerym-Kkaii,  qui 
néanmoins  ne  prit  point  le  titre  de  Chah,  se  contentant  de 
celui  de  vékil^ou  régent.  Ce  bon  prince  avait  servi  sous 
ïïadir,  dont  il  avait  été  le  favori,  A  la  mort  du  tyran  il 
était  à  Chiraz.  Il  s'empara  du  gouvernement ,  et  fut  soutenu 
par  les  hahitans  de  cette  ville,  charmés  de  sa  bienfaisance 
et  rassurés  par  sa  justice.  Pour  reconnaître  cet  attache- 
ment, Kerjm  embeUit  leur  ville  de  beaux  palais,  de  mos- 
quées et  de  jardins  magniâques.  11  répara  les  grandes 
routes  et  rebâtit  les  caravansérails.  Son  règne  ne  fut  souillé 
d'aucun  acte  sanguinaire.  On  loue  sa  charité  envers  les 
pauvres,  et  les  efforts  qu'il  fit  pour  rétablir  le  commerce.  Il 
paraît  qu'il  mourut  vers  1779,  après  un  règne  de  16'  ans. 

-  Une  nouvelle  période  de  malheurs  et  de  confusion  sui- 
vit la  mort  tle  Kerym.  Ses  frères  cherchèrent  à  s'emparer 
du  pouvoir  à  l'exclusion  de  ses  fils.  Un  prince  du  sang, 
Aly-Mourad ,  resta,  en  1 784,  paisible  possesseur  du  trilne  de 
Perse.  Cependant,  après  la  mort  de  Kerym,  un  eunuque 
appelé  Aga-Mehemed-Khan,  s  était  emparé  du  Mazan- 
deran,  où  il  se  rendit  indépendant.  En  marchant  contre 
lui,  Alv-Mourad  lit  une  chute  de  cheval,  dont  il  mourut 


ASIE  :  La  Perse.  mj 

sur-le-rhamp.  Son  fils  Ojaafnr  prit  le  sceptre  j  mais  il  fut 
déiâitpar  Aga-Mehemed  à  Yezd-Khast,  et  il  se  retira  à 
Chiraz. 

«  En  1792,  Aga-Mehemed  attaqua  cette  ville,  où  Djaafar 
périt  dans  une  insurrection.  Le  vainqueur  brise  le  tombeau 
de  Kerym  et  insulte  à  ses  cendres.  La  valeur  héroïque  de 
Louthf-Aly,  fils  de  Djaafar,  balance  en  vain  dans  plusieurs 
combats  désespérés  ta  fortune  de  l'eunuque ,  qui  enfin  reste 
maître  de  toute  la  Perse  occidentale.  Il  nomma  pour  son 
successeur  son  neveu  Baba-Klian^  qui,  depuis  1796,  règne 
paisiblement  sous  le  nom  de  Fclh-Aly-  Chah.  Il  fit  plusieurs 
guerres  aux  Russes;  et  pour  mieux  défendre  contre  eux 
les  provinces  septentrionales,  il  établit  sa  résidence  à  Ta- 
hiran  ou  Téhéran  ;  les  provinces  qui  obéissaient  à  son  sceptre 
étaient,  en  1810,  TÉrivan,  l'Azerbaîdjan ,  le  Ghilan,  le 
Mazanderan,  le  Kliorassan  occidental,  l'Irak- Adjemi,  le 
Kourdistan  persan ,  le  Farsistan  et  le  Kernian  \  les  cheïks 
arabes  sur  le  golfe  Persique  lui  payaient  tribut,  et  le  "vely 
ou  prince  de  Mekran  lui  envoyait  des  présens  respec- 
tueux (■). 

•  Tel  était  naguère  l'état  de  la  Perse,  que  l'on  avait  pris 
l'habitude  de  ne  plus  couronner  les  souverains,  mais  seule- 
ment de  proclamer  tous  les  matins  :  Un  tel  khan  règneaujour- 
fVhui;  mais  Feth-Aly  porta  toujours  avec  dignité  le  titre  de 
Chah  ou  roi.  11  paraît  que  ce  prince,  ferme  et  sévère,  a 
délivré  le  peuple  et  le  gouvernement  de  l'autorité  arbitraire 
et  des  exactions  de  nombreux  khans.  Ce  titre ,  établi  par 
les  Tatares ,  répond  à  ce  que  les  Persans  désignaient  par 
celui  de  mirzn,  donné  aujourd'hui  à  tous  les  gentilshom- 
mes. Ces  khans  sont  quelquefois  gouverneurs  de  provinces , 
quelquefois  seulement  propriétaires  de  petits  districts,  et 


< 


I 


3a8  LIVRE    CENT    VINGT-SEPTItME. 

prétendent  à  une  succession  héréditaire,  quoique  assujettis 
à  la  conSscation  et  à  la  peine  de  mort  d'après  un  ordre 
arbitraire  du  souverain.  Les  grands  kbans  sont  quelque- 
fois appelés  begleriegs,  et  en  temps  de  guerre  serdars 
ou  généraux.  Ceux  qui  commandent  les  villes  sont  com- 
munément désignés  sous  le  nom  de  daroghas  ou  gou- 
verneurs. 

■  1-1  Perse  peut,  malgré  la  per  te  de  l'Arménie  ou  du  kha- 
nat  d'Érivan,  cédé  en  1828  aux  Russes,  mettre  sur  pied 
plus  de  100,000  hommes;  et  le  nombre  de  ses  habitans, 
après  tant  de  guerres  et  de  revers,   monte  probablement 

•  Passons  à  la  description  du  pays ,  pour  l'intelligence  de 
laquelle  cet  ample  préambule  historique  était  indispensable. 
la  Perse  occidentale  avoisine  au  nord  la  mer  Caspienne 
et  la  Géorgie,  l'une  et  l'autre  dominées  aujourd'hui  par  les 
Russes.  Les  frontières  vers  la  Turquie  n'ont  pas  été  chan- 
gées depuis  qu'Aly-Mourad  rendit  aux  Turcs  la  ville  de 
Bassorah.  Le  golfe  Persîque ,  déjà  décrit  avec  l'Arabie, 
baigne  les  côtes  méridionales  de  ce  pays;  mais  les  Persans 
situés  entre  deux  mers  ont  de  tout  temps  négligé  la  marine. 
I-a  Perse  orientale  a  ses  limites  sur  celles  de  l'Afghanistan 
et  du  Beloutchistan  ;  les  frontières  du  côté  de  la  Boukharie 
sont  au  nord.  • 

Le  royaume  actuel  de  Perse  porte  le  nom  d'Iran,  nom 
qui ,  sous  les  Darius  et  les  Sapor ,  désignait  toutes  les  con- 
trées situées  entre  la  Mésopotamie  ou  le  Djézireh,  et  l'Inde 
ou  l'Hindoustan.  Cette  dénomination  fastueuse  contraste 
avec  la  faiblesse  réelle  et  les  limites  actuelles  de  la  Perse, 
qui  mérite  bien  mieux  celle  de  ChahUtan  ou  àc  pays  du 
Choit  qu'on  lui  donne  aussi.  Sa  plus  grande  longueur  du 
nord-ouest  au  sud-est  est  d'environ  400  lieues;  sa  plus 
grande  largeur  de  33o,  et  sa  superficie  doit  être,  d'après 
nos  calculs,  de  65,ono  licites  géographiques  carrées.  Cette 


I 


ASIE  :  Lu  Perse.  Satj 

vaste  étendue  n'est  point  en  rapport  avec  la  population, 
parce  qu'elle  eomprend  des  déserts  considérables, 

■  Toute  la  Perse  est  un  plateau  très-élevé,  comme  l'a- 
bondance de  la  neige  le  prou  ve.  Ce  plateau  se  joint  à  celui 
de  l'Asie- iVIin eu re  cl  de  l'Arménie  à  l'occident,  tandis 
qu'à  l'est  il  se  cuttrond  avec  le  plateau  de  l'Afghanistan 
et  du  Jîeloutchistan.  C'est  cette  chaîne  de  terres  hautes 
que  les  anciens  appelaient  Tnurus;  elle  divise  l'Asie  en 
deux,  ou  plutôt,  selon  l'idée  de  Strabon,  en  trois  parties. 
La  première  est  située  au  nord  des  montagnes;  la  seconde 
est  placée  sur  le  dos  même  du  Taurus,  entre  les  diverses 
chaînes  de  montagnes  qui  le  couronnent;  enfin  la  troi- 
sième se  trouve  au  midi.  L'idée  de  cette  division  est  fondée 
sur  des  observations  très-exactes  relatives  à  la  différence 
des  climats  et  des  productions.  Mais  les  anciens  savaient 
très'bien  que  les  chaînes  nombreuses  comprises  sous  le 
nom  de  Taurus,  étaient  «  entrecoupées  par  beaucoup  de 
«  vallées  et  de  plaines  élevées  l'].  »  lis  savaient  aussi  ■  que 
«  plusieurs  montagnes  de  la  Perse,  après  s'être  élancées 
■  brusquement  du  milieu  de  la  plaine,  s'aplanissent  tout  à 
B  coup  et  ofïrent  un  plateau  absolu  l^].  >>  Les  voyageurs 
modernes  confirment  ces  observations.  Les  montagne^  de 
la  Perse,  selon  Olivier,  ne  semblent  en  quelque  sorte 
former  aucune  chaîne  suivie,  ni  avoir  de  direction  prin- 
cipale. Elles  s'étendent  sans  ordre  dans  tous  les  sens,  elles 
sont  entassées  les  unes  sur  les  autres,  et  jetées  comme  au 
hasard;  des  groupes  qui  semblent  former  un  commence- 
ment de  chaînes,  se  trouvent  tout  à  coup  interrompus 
par  des  plaines  unies  très-étendues  et  très-élevées  P).  Mais 
le  plateau  même  qui  porte  cet  amas  de  montagnes  doit 
avoir  deux  escaipemeiis,  l'un  vers  l'Euphrate  et  le  golfe 

{■)  Strab.,  lit.  XI,  p.  358  et  auiv.  — W  Oirl. ,  lib.  VI,  cap.  ivi, 
lib.  VU,  cop.  sMix.  —  (^)  Olivier,  VojHHc  dans  IVmpire  Ottoman,  la 
Parte,  etc. ,  V,  eh.  vu 


r 


33o  LIVRE    CEKT    VIMGT-SEPTIÈUE. 

Persiqiie,  l'autre  Ters  la  mer  Caspienne.  Ce  sont  là  les 
deux  branches  du  Taurus  dont  les  nnciens  ont  parlé. 

«  C'est  au  sud  du  bassin  de  la  rivière  de  Kour  ou  Cyrus 
qu'il  faut  cliercher  la  continuation  septentrionale  du 
mont  Taurus.  \Jjérarat  et  la  chaîne  dont  il  dépend  se 
joint  aux  hautes  montagnes  qui  séparent  le  lac  Van  du 
lac  Ourmiah  ;  ces  dernières  font  partie  du  Ni'phatcs  des 
anciens.  Mais,  au  sud  de  la  rivière  d'Araxe,  une  chaîne  de 
montagnes  très-froides  embrasse  l'Azerbaîdjan ,  l'ancienne 
Atropaténe,  au  sud;  ces  niontagTies  bravèrent  les  armes 
d'Alexandre-le-Grand,  De  leurs  flancs  se  détachent  vers 
l'est  les  monts  Alpom,  bande  de  montagnes  calcaires 
assez  hautes  qui  entourent  la  partie  méridionale  de  la  mer 
Caspienne.  Dans  l'ancienne  Hyrcanie  ces  montagnes  ■  pré- 
ci  sentaient  à  la  mer  des  flancs  non  seulement  escarpés, 

■  mais  qui  surplombaient  même  de   manière  que  les  rt- 
<■  vières  s'élançaient  de  leurs  bords  dans  la  mer,  en  for- 

■  maiLt  dans  Tair  un  arc  liquide,  sous  lequel  on  passait  à 
«  sec  (').  • 

"  Les  Portes  Caspknnes  étaient  un  passage  long  de  a8 
milles  romains,  bordé  de  noirs  rochers,  d'où  ruissellent 
des  courans  d'eau  salée;  la  largeur  du  passage  n'admet 
qu'un  seul  chariot;  la  route  a  été  construite  de  main 
d'homme  W.  Ce  passage  paraît  être  près  Demavend,  à 
10  farsangs  de  Téhéran  (3),  Selon  les  anciens,  ces  mon- 
tagnes d'Hyrcanie  continuaient  jusque  vers  la  Bactriane, 
où  elles  se  joignaient  aux  monts  Pawpamisns ,  les  monts 
Gaur  des  modernes.  Rien  ne  prouve  que  cette  opinion 
soit  fausse.  Un  voyageur,  Forster,  n'a  point  vu  de 
montagnes  entre  Candahar  et  Hérat;  ce  récit  prouve  seu- 
lement que  le  voyageur  cheminait  sur  un  plateau,  et  qu'il 


ASIE  :  La  Perse.  33i 

a  négligé  de  pousser  assez  loin  ses  recherches;  il  sppuie 
lui-même  notre  opinion,  en  observant  qu'il  y  a  au  nord 
de  Therchycli  une  haute  chaîne  couverte  de  neige;  ce 
sont  les  monts  de  la  Parthiè/w  des  anciens  ('). 

1  La  chaîne  méridionale  entre  en  Perse  au  sud  du  lac 
Ourniiah.  La  branche  A'j4iagka-Tag ,  qui  se  détache  au 
sud,  et  qui  forme  les  limites  du  royaume,  est  le  Zag}-os 
des  anciens,  demeure  constante  des  Kourdes.  La  première 
grande  chaîne  qui  entre  en  Perse  s'appelle  Eîvend.  Le 
géographe  persan  Ehn-Haukai  nous  informe  que  depuis 
le  voisinage  du  Kourdistan  jusque  vers  Ispahan ,  le  pays 
est  entièrement  montagneux;  il  indique  parmi  les  plus 
fameux  monts  qui  s"y  trouvent,  le  Damavend,  du  haut 
duquel  l'œil  parcourt  un  espace  de  5o  farsangs  ou  72 
lieues;  tandis  que  celui  de  Bisoutoun,  dans  la  même  con- 
trée, était  célèbre  par  ses  singulières  sculptures,  qui 
existent  encore.  Les  Hetzerdara  ou  raille  montagnes  em- 
brassent, au  nord  et  à  l'ouest,  le  bassin  où  se  trouvent 
Cbiraz  et  les  ruines  de  Pei'sépolis.  Cette  chaîne  ne  fut 
franchie  par  Alexandre  qu'avec  beaucoup  de  peine,  un 
corps  de  troupes  persanes  ayant  occupé  le  passage  appelé 
Portes  de  Suse  ou  de  la  Persidei'').  Un  autre  déljlé  me- 
nait de  Perse  en  Médie;  on  l'appelait  Climax  megale,  le 
grand  escalier,  parce  que  le  chemin  était  taillé  par  de- 
grés P).  Les  montagnes  se  rapprochent,  au  sud,  du  golfe 
Persique,  et  passent  â  travers  le  Kerman  ou  la  Carmanie; 
et  quoiqu'une  de  leurs  branches  semble  se  perdre  dans  le 
désert,  à  l'est  du  lac  Bakhtehgan ,  la  chaîne  principale 
paraît  se  joindre  à  celle  qui  sépare  le  Ségistan  ou  l'an- 
cienne Drangiane  du  Mékran,  ou  de  l'ancienne  Gédrosie. 
Un  auteur  moderne  les  nomme  Djebel-Abad.  Cette  chaîne 

(0  Forster,  Voyage  du  Bengale  à  PilcrsbouPg ,  Il ,  aoi),  Ir^Jucl.  de 
M.  Lanelh.-i-')  Jrrian.,  liL.  III,  cap.  xinii.  Diod.,  lib,  XVII, 
tap.  tmii.  Sirab-,  lib.  XV.  p.  Soi.  — (î)  Pline,  lil>.  VI,  cap.  J 


r 


33^  LIVRE    CENT    ViWGT-SEPTlÈME. 

joint  les  monts  Solepnan,  qui,  avec  les  monts  VouUi, 
forment  un  long  plateau  entre  l'Inde  et  la  Perse.  O  pla- 
teau, qui  peut  bien  n'être  couronné  que  de  collines  épar- 
ses,  comme  ï'orster  en  a  vu  près  Candahar,  est  pourtant 
en  soi-même  assez  élevé,  à  en  juger  d'après  la  température; 
il  se  joint  au  grand  plateau  central  de  l'Asie. 

1  Tel  semble  être  le  système  de  montagnes  et  de  plateaux 
qui  s'élève  entre  la  mer  Caspienne  et  l'océan  Indien  (i)  ; 
mais  si  notre  respect  pour  les  anciens,  et  surtout  pour 
Strabon ,  nous  a  porté  à  suivre  avec  attention  les  traces 
de  chaque  chaîne,  l'amour  de  la  vérité  nous  oblige  à  dire 
que  cette  matière  exige  de  nouvelles  observations  locales 
avant  de  pouvoir  être  discutée  d'une  manière  utile. 

1  En  ne  considérant  les  montagnes  de  la  l'erse  qu'isolé- 
ment, elles  sont  en  général  très-peu  élevées,  quoique 
leurs  sommets  soient  couverts  de  neige  une  giande  partie 
de  l'année  (*}  :  ce  qui  prouve  combien  doit  être  élevée  la 
base  sur  laquelle  elles  sont  placées. 

«  Un  des  caractères  distinctifs  du  plateau  de  la  Perse, 
c'est  la  grande  étendue  qu'y  occupent  des  déserts  salins 
plutôt  que  sablonneux.  On  en  trouve  cinq  principaux.  Le 
plus  éloigné  est  celui  de  Karakoum ,  au  nord  du  Khorassan; 
il  est  sablonneux.  Celui  qui  sépare  le  Khorassan  de  l'Xrak- 
Adjemi,  nommé  le  Grand-Désert  salé,  long  de  i3o  lieues, 
et  large  de  70,  semble  se  joindre  à  ceux  qui  occupent 
tout  le  nord  du  pays  de  Kerman,  la  Carmauia  déserta 
des  anciens.  On  remarque  encore  celui  de  KJab  et  celui 
de  Mékran,  Ces  déserts  occupent  les  trois  dixièmes  du 
pays.  Dans  le  Grand-Désert  salé,  la  couche  de  sel  marin 
très-bien  cristallisé  qui  recouvre  la  surface  dn  sol  est, 
dans  plusieurs  endroits,  de  l'épaisseur  d'un  pouce.  Suivant 

(']  Pcrsarum  régna  inler  iluo  maria.  Hyrcanuro  et  Persicum,  aLloUuti- 
lur  jugisCaucasiis,  utrinquc  per  devexa  laterum.  Pline ,  lih,  VI ,  cap,  xiii. 
(']  Beauehamp ,  Journal  îles  Savons ,  1  -jtja .  p,  •jio. 


ASIE  :   La  Perse.  333 

Beauchatnp,  c'est  dans  ce  désert,  non  loin  de  Kom,  que 
l'on  trouve  le  Koulà-Teliaiii,  c'est-à-dire  le  mont  Tèlesine 
ou  enchante,  d'où  nous  avons  pris  le  mot  de  taUsman.  Ce 
mont  aride  et  escarpé  semble  changer  de  ligure  selon  les 
points  de  vue  du  spectateur.  Le  sable  noir  et  mouvant  qui 
le  recouvre  aide  à  multiplier  ces  aspects  illusoires.  Près  de 
là  passe  une  petite  rivière  dont  l'eau  est  extrêmement  pe- 
sante et  salée  {0. 

"  Ces  déserts  de  la  Perse ,  si  semblables  d'ailleurs  à  ceux 
d'Afrique,  nous  offrent  le  même  genre  de  lacs,  mais  plus 
grands.  Celui  de  Bnktehghan,  qui  est  sans  écoulement  et 
dont  les  eaux  sont  salées,  quoiqu'il  reçoive  une  infinité 
de  rivières  d'eau  douce ,  entre  autres  le  Bend-emir,  paraît 
avoir  environ  20  lieues  de  longueur,  f 

Ce  lac  porte  aussi  les  noms  de  Maraglui  et  de  Ckahi;  il 
a  environ  60  lieues  de  circonférence.  On  y  remarque 
plusieurs  îles  inhabitées,  dont  les  plus  importantes  sont 
Aghadj ,  Coïoun  et  Echek,  fornsées  d'une  roche  calcaire 
recouverte  d'une  terre  fertile  en  riches  pâturages  où  l'on 
fait  paître  l'hiver  de  nombreux  troupeaux  de  moutons. 
Celle  de  Ckahi,  autrefois  séparée  de  la  terre  ferme  par 
un  passage  assez  largue,  n'est  plus  maintenant  qu'une  pres- 
qu'île. Ses  eaux  ne  paraissent  nourrir  mtcun  poisson;  leur 
profondeur  ordinaire  n'est  que  de  20  pieds,  ce  qui  fait 
qu'on-  n'y  peut  naviguer  qu'avec  des  bateaux. 

Les  eaux  courantes  de  la  Perse  suivent  les  pentes  de 
deux  principaux  versans  :  celui  de  la  mer  Caspienne  au 
nord,  et  celui  du  golfe  Persique  au  sud. 

"  On  compte  en  Perse  plus  de  trente  lacs  sans  écoule- 
ments Entre  les  plus  hautes  montagnes  de  l' Azerbaïdjan 
et  de  l'Arménie  paraît  le  grand  lac  Ourmiah,  ainsi  appelé 
du  nom  d'une  ville  qui  est  près  de  son  extrémité  méridio- 

(0  Btauekatap ,  Journal  «les  Savniis,  171)0.  p.  ■;i',. 


334  LIVRE    CEHT    VINGT-SEPTIÈME. 

nale.  Ce  lac  est  représenté  comme  ayant  environ  3o  lieues 
de  long  sur  une  largeur  de  moitié.  D'Anville  suppose  que  le 
lac  Van ,  à  peu  de  distance  du  précédent ,  estl'Arsissa  de  l'anti- 
quité ;  le  lac  Ourmiah  serait  alors  le  Spauta  de  Strabon  et  le 
ÇapotOH  de  la  Géographie  arménienne.  Ce  lac  est  forte- 
ment salé;  un  sel  très-âcre  s'y  montre  par  cffloresceitce  (0. 
La  crue  des  rivières  qui  s'y  jettent  fait  hausser  de  3o  pieds 
le  niveau  de  ses  eaux.  Des  plages  formées  de  coquillages 
semblent  attester  qu'il  avait  autrefois  plus  d'étendue  au  sud 
et  au  nord  (2).  Les  montagnes  calcaires  qui  lavoisinent 
sont  remarquables  en  ce  qu'elles  étaient  le  pays  des  fameux 
Assassins  ou  Hnschischins.  " 

L'Euphrate  et  le  Tigre  ne  peuvent  plus  être  comptés  au 
nombre  des  rivières  de  la  Perse;  ils  ne  font  que  toucher 
une  partie  de  sa  frontière  :  le  second  sur  une  longueur  de 
35  lieues,  et  les  deux,  réunis  sous  le  nom  de  Chat-el-Arab, 
sur  une  étendue  de  4o  lieues.  Parmi  celles  qui  versent  leurs 
eaux  dans  le  golfe  Persîque,  la  plus  considérable  est  le  Kérak 
ou  Kerkknk ,  appelé  en  tnrcoman  Kara-sou ,  et  chez  les  an- 
ciens le  GyndeSy  qui ,  après  avoir  arrosé  le  Kourdistan  et  le 
Khouzistan  ,  se  jette  dans  le  Chat-el-Arab  près  de  Bassorah 
après  un  cours  d'environ  i4o  lieues.  Le  Caroun,  que  l'on  écrit 
aussi  Karoun,  et  qui  porte  encore  le  nom  de  Khoasp,  l'an- 
cien Ealœus  ou  Clioaspes,  après  s'être  frayé  un  passage  à 
travers  les  monts  Bakhtéry,  se  divise  en  quatre  bras  avant 
de  se  rendre  dans  le  golfe  Persique,  et  parcourt  une  lon- 
gueur de  100  lieues.  Le  Sitn-Reghian  ou  SHa-Rogan,  appelé 
aussi  Jareu,  a  une  étendue  de  80  lieues.  Enfin  le  Dir-Roud 
ou  Roud-SiouU,  qui  n'a  que  63  lieues,  tombe  dans  \'Ab-Si 
ou  la  rivière  salée,  la  lieues  au-dessus  de  l'embouchure  de 
celle-ci  dans  le  golfe  Persique. 

"  La  plus  grande  rivière  du  K.horassan ,  le    Tedjen  ou 

tO  Sirab. ,  lib.  XI ,  p.  35o.  —  l'i  M.  Fabviti-,  Itiiiérnli'e  maniisrrit. 


ASIE  :  La  Perse.  335 

Tedzen  des  modernes,  ou  VOchus  des  anciens,  se  perdrait 
dans  un  lac  marécageux,  selon  Wahl;  mais  îi  est  reconnu 
aujourd'hui  qu'à  travers  les  marais  tju'il  forme  il  commu- 


nique avec 


le  golfe  de   Balkan.   Son  cours  est  d'environ 


loo  lieues.  Le  Marg-ab ,  que  l'on  croit  être  un  des  afïluens 
du  Djihoun,  est  le  Margus  de  l'antiquité,  qui  fit  donner  à 
la  contrée  qu'il  arrose  le  nom  de  Margiane.  Parmi  les 
autres  rivières  de  la  Perse  qui  atteignent  la  mer  Caspienne, 
il  n'y  en  a  qu'une  seule  qui  ait  un  cours  considérable,  c'est 
le  Kizii-Onspn,  comme  l'appellent  les  riverains  en  langue 
turcomane,  le  Sejyd-roud  des  Persans,  et  le  Maniiis  des 
anciens.  Depuis  sa  source  dans  les  monts  Knplan-Kouk 
jusqu'à  son  embouchure,  son  cours  est  de  lao  à  i3o  lieues. 
Il  précipite  ses  eaux  rapides  de  cataracte  en  cataracte ,  à 
travers  des  ravins  pittoresques;  à  son  embouchure,  ses  flots 
impétueux  repoussent  et  séparent  ceux  de  la  mer(i). 

"  Le  plateau  central  de  la  Perse  donne  naissance  à  plu- 
sieurs rivières  qui  n'arrivent  |^>oint  à  la  mer  et  qui  s'écoulent 
soit  dans  des  sables,  soit  dans  des  lacs.  Le  Bend-cmir,  cé- 
lèbre sous  le  nom  A'Àraxes  par  le  passage  d'Alexandre, 
prend  sa  source  au  mont  Zouh-Zerdeh  et  va  terminer  son 
cours  de  loo  lieues  de  longueur  dans  le  lac  fîaktehgban, 
quoi  qu'en  aient  dit  quelques  voyageurs  (a).  Ses  eaux  sont 
rapides,  ses  rives  verdoyantes  et  ombragées,  mais  ses  inon- 
dations sont  fréquentes  et  dangereuses.  Le  Zayendek-road 
ou  Zande/t-roud ,  après  60  lîeues  de  cours,  se  perd  dans 
une  vallée  gypseuse;  enfin  le  Ckoura-roud ,  qui  passe  à 
Nichahour,  se  perd ,  dJt-on ,  aussi  dans  des  sables. 

•  Nous  avons  déjà  fait  observer  que  des  plaines  couvertes 
de  sable  et  imprégnées  de  sel  occupent  une  grande  partie 
du  sot  de  la  Perse  ;  la  terre  de  ces  plaines  est  en  général 

tO  OUarias ,  p.  47' >  ediE-  origin.  Ilainvay,  GmeUn,  etc. 
!')D'^«r£«/D(,Bibliotliè<|u*!oricDlaIe,a[inio(.Miai/-/:f/oM/eI.Conip- 
Cliardiii ,  Figiieroa,  Herbert,  elc,  c-tc. 


r 


336  LIVRF    CKNT     VINGT-SEPTli:ME. 

une  argile  t'ortB.  On  n'a  pas  examiné  les  montagnes;  mais 
la  plupart  paraissent  être  de  nature  calcaire  :  tes  nombreuses 
caveines  dont  parlent  les  anciens,  le  rendent  du  moins 
très -probable.  Un  voyageur  français  a  traversé  en  deux 
endroits  la  grande  chaîne  des  monts  Aipons  qui  environne 
le  Ghilan  et  le  Mazanderan,  et  dans  laquelle  le  pic  de 
Daiiiavend  s'élève  à  une  hauteur  de  la  à  i3oo  toises  au- 
dessus  du  niveau  des  plaines  de  Téliéran,  qui  sont  au 
moins  à  5oo  toises  au-dessus  de  la  mer  Caspienne];  il  n'y  a 
vu  que  des  rochers  calcaires,  du  marbre,  de  l'albâtre, 
mais  aussi  beaucoup  de  blocs  granitiques  semés  çà  et  là. 
Les  récifs  qui  bordent  la  côte  du  Mazanderan  sont  de 
granité  (>). 

«  Les  voyageurs  modernes  ont  vu  dans  la  chaîne  ta  plus 
occidentale,  VAïaglia  ou  Djebel-Tag ,  le  Zagros  des  an- 
ciens, une  succession  de  rochers  de  grès,  de  rochers  cal- 
caires et  de  granité,  semblable  à  celles  qu'on  voit  en  géné- 
ral dans  nos  montagnes  dEuropo  W.  11  est  probable  qulun 
pays  aussi  vaste  offrira  aux  observateurs  futurs  toutes  sortes 
de  roches,  de  terrains  et  de  phénomènes  géologiques.  Les 
observateurs  trouveront  les  entrailles  de  la  terre  à  décou- 
vert, s'il  faut  en  croire  Chardin,  selon  qui  les  montagnes 
de  la  Perse  sont  les  plus  arides  et  les  plus  stériles  du  monde, 
n'étant  que  des  rochers  secs,  sans  bois  et  sans  herbe  (3). 

"La  vaste  étendue  de  la  Perse  autorise  le  même  voyageur 
à  la  considérer  comme  étant ,  en  général ,  tiès-peu  sujette 
aux  tremblemens  de  terre;  mais  il  faut  excepter  de  cet 
aperçu  le  Gbilan  et  le  Mazanderan,  où  les  secousses  sou- 
terraines sont  aussi  violentes  que  fréquentes  (4)  ;  les  envi- 
rons de  Tauris,  qui,  en  1721 ,  éprouvèrent  un  des  houle- 
versemens  les  plus  teiTibles  dont  il  soit   question    dans 

(■]  Voyage  dam  le  GliiUn ,  de  M.  TWzcZ,  niattuacrit. — (')  Olivier, 

V,  p.  8,9,  aoî.— (î)  Oiaidiu,  111,  î88.  elt.  — H)  Lerch.  Magasin 
fiiîogr,  de  Diisdhùig,  IK,  ?-38.  HeHirrl,  Vidage,  p.  ]ij" 


1 


ASIE  :  La  Perse.  337 

lliistoire  (i)  ;  les  montagnes  de  Tlrak-Adjenii,  parmi  les- 
quelles le  mont  Elbours  nest  pas  la  seule  cime  volca- 
nique (2)  ;  enfin ,  les  chaînes  les  plus  méridionales  du  Far- 
sistan  et  du  Laristan ,  où  Ton  a  eu  des  exemples  rëcens  de 
tremblemens  de  terre  (5),  • 

Dans  la  chaîne  qui  forme  la  limite  occidentale  de  la 
Perse  il  existe  des  mines,  mais  elles  sont  négligées,  faute 
de  bois,  et  surtout  parce  que  le  gouvernement  en  conserve 
le  monopole.  On  exploite  une  mine  d'argent  à  lest  de 
Tauris ,  une  de  cuivre  dans  les  montagnes  de  Talidj ,  ou 
mieux  Talich  ;  il  y  en  a  plusieurs  dans  le  Mazanderan  et  le 
Kerman;  dans  rAzerbaïdjan  il  y  a  de  riches  mines  de  fer, 
dont  on  tire  de  grands  produits.  Les  montagnes  des  environs 
de  Tauris  renferment  du  jaspe  et  du  niarbre  blanc.  Dans 
celles  de  l'Irak- Adjemi ,  telles  que  le  Kouhi-Telism  et  le 
Siah-kouh,  on  trouve  un  grand  nombre  de  sources  miné- 
rales. D'autres  montagnes  de  l'intérieur  renferment  des 
mines  d'or,  d'argent,  de  cuivre  et  de  fer.  Sur  le  territoire 
de  Minab  il  existe  une  des  plus  riches  soufrières  que  I  on 
connaisse.  Le  mont  Houbenkouh ,  dans  le  Khouzistan ,  est 
célèbre  en  Perse  par  ses  grandes  exploitations  de  sulfure 
de  fer.  IjCS  plaines  du  Farsistan  sont  imprégnées  de  sel  et 
de  salpêtre.  Le  bitume  et  le  naphte  se  trouvent  dans  la 
contrée  riveraine  du  Tigre.  On  les  emploie  dans  le  ciment , 
dans  la  poterie ,  et  comme  huile  à  brûler.  Le  roi  se  réserve 
le  monopole  du  pétrole  liquide  qui  coule  des  roches  de 
Kerman.  C'est  dans  le  Khorassàn  que  l'on  recueille  les  plus 
belles  turquoises,  mais  le  souverain  fait  un  choix  parmi 
ces  pierres. 

«  L'empire  de  mon  père,  disait  le  jeune  Cyrus  à  Xéno- 
«  phon ,  est  si  grand ,  que  l'on  y  meurt  de  froid  à  une  ex- 


(0  Wahl ,  1 ,  937.  —  (>)  Olivier,  V,  126.  —  (3)  Niebuhr,  Voyage  ,  II , 
1 69  (  en  allem .  ) . 

VIII.  :^% 


r 


338  Livne  cfnt  viitct-sf.pt[èmf. 

"  trémitë,  tandis  qu'on  y  étouffe  de  chaleur  à  lautre. .  Ce 
portrait  convient  encore  oujourdhui  à  la  Perse.  On  doit 
y  distinguer  trois  climats  principaux.  Les  côtes  de  la  mer 
Caspienne,  d'autant  plus  liasses  que  le  niveau  de  cette 
mer  en  elle-même  paraît  plus  bas  que  celui  de  l'Oéean 
d'environ  60  pieds,  éprouvent  en  été  des  chaleurs  plus 
fortes  et  plus  durables  que  celles  des  Indes-Occidentales  (■)■ 
L'hiver  y  est  très-doux  ,  grâce  aux  vents  tempérés  qui 
viennent  de  la  nter  Caspienne;  mais  dans  l'une  ou  l'autre 
saison,  il  y  règne  une  humidité  excessive;  l'acier  y  perd 
promptement  son  éclat,  et  les  visages  des  liabitans  sont 
teints  d'une  pâleur  fiévreuse.  Le  plateau  central  offre  le 
second  climat.  Environnéede  montagnes  qui  en  partie  con- 
servent des  neiges  éternelles,  cette  région,  depuis  Canda- 
liar  jusqu'à  Ispahau,  éprouve  tour  à  tour  des  étés  excessi- 
vement chauds  et  des  hivers  extrêmement  rigoureux. 
Depuis  mars  jusqu'en  mai,  les  grands  vents  y  sont  fréquens; 
mais  depuis  ce  moment  jusqu'en  septembre,  l'air  est  serein 
et  rafraîchi  par  la  brise  de  la  nuit,  La  sérénité  des  nuiti 
permet  de  lire  un  hvre  ou  une  lettre  à  la  seule  clarté  des 
étoiles.  Depuis  septembre  jusqu'en  novembre ,  les  vents 
dominent  encore  ;  l'air  y  est  généralement  d'une  siccité  ex- 
trême; le  tonnerre  et  les  éclairs  y  sont  très-rares,  et  l'on 
n'y  voit  pas  souvent  d'arc-en-ciel  ;  maïs  la  grêle  y  fait  bien 
des  ravages  au  printemps.  Ce  climat  générai  souffre  des 
modifications  locales;  le  Far/iistan,  et  surtout  la  vallée  de 
Ghirai,  est  également  à  l'abri  des  chaleurs  excessives  et  des 
froids  rigoureux;  les  montagnes  du  Kourdistan  et  de  l'Ader- 
baïdjan  doivent  à  leur  élévation  et  à  l'épaisseur  de  leurs 
forêts  une  température  plus  humide  et  plus  égale. 

«  Tout  change  de  face  en  descendant  du  plateau  central 
vers  les  rivages  du  golfe  l^ersique.   Le  vent  brûlant,   le 

tO  Olivier,  V,  si^i 

k        i 


ASIE  :  La  Perse.  339 

samiel  des  Turcs,  le  samoum  des  Arabes  6t  des  Persans ^ 
suffoque  quelquefois  le  voyageur  imprudent.  Strabon  rap^r 
porte  qu  à  Suse  les  habitans  n  osaient  sortir  de  leurs  mai- 
sons pendant  le  milieu  du  jour,  et  que  les  téméraires  qui 
s  exposaient  à  la  violence  des  chaleurs  expiraient  souvent 

« 

dans  les  rues  (0. 

R  Le  Kernian,  riche  en  toutes  soites  d'arbres  fruitiers,  à 
lexception  de  1  olivier,  possède  une  espèce  de  vigne  dont 
les  raisins  deviennent  extrêmement  gros.  Le  coton  est  cut^ 
tivé  dans  toute  la  Perse,  et  la  canne  à  sucre  dans  le  Ma- 
zanderan  et  dans  les  environs  d'Afterabad;  le  mûrier  et  le 
ver  à  soie  forment  la  richesse  de  tout  le  Uttoral  de  la  met' 
Caspienne.  Du  temps  de  Pline ,  le  coton  venait  spontané- 
ment dans  les  îles^  Des  palétuviers  ou  des  mangliers ,  selon 
le  même  auteur  (2) ,  bordaient  les  rivages  de  ces  mers.  » 

Province  méridionale  et  maritime,  le  Kerman  est  dé- 
pourvu d  eau  ;  le  sol  partout  sablonneux  y  est  pour  «ette 
raison  stérile ,  excepté  dans  les  localités  où  Ton  peut  faire 
des  irrigations.  Le  climat  y  est  considéré  comme  un  des  plus 
insalubres  de  la  Perse.  Le  froid  est  trè^-vif  dans  les  mon- 
tagnes, tandis  que  dans  les  plaines  voisines  de  la  côte  la  diar 
leur  est  excessive.  Les  voyageurs  modernes  nous  apprennent 
que  les  dattiers  y  sont  très-multipliés,  quon  y  cultive  le  ci- 
tronnier, Toranger,  le  grenadier,  le  pistachier,  mais  que  leurs 
fruits  ne  sont  pas  d*une  bonne  qualité;  cependant  le  vin 
qu'on  y  récolte  est  excellent.  La  culture  du  rosiei*  blanc 
est  une  des  plus  répandues  dans  ce  pays  :  les  habitans  tirent 
de  la  rose  utie  essence  très-recherchée  en  Asie*  Les  bois 
se  composent  en  partie  de  gommiers  qui  fourniss^t  une 
gomme  presque  aussi  estimée  que  celle  d'Arabie. 

««  On  peut  conclure  des  écrits  des  anciens,  qt^les  mon- 


(0  Sirabon,  lib.  XV,  p.  5o3. 

(0  Pline,  1.  XII,  cap.   ix,  cl  1.  XIll  ,  cap.  x\v. 

22 


34o  '  LIVRE    CEMT    VIWGT-SEPTIÈME. 

tagnes  au  nord-est  se  couvrent  principalement  de  lauriers , 
de  buis,  de  terébinthes,  d'arbres  n  mastic  et  à  gonimej  et 
peut-être  d'arbres  à  sarg-dragon  (i),  La  Perse  orientale  est 
très-peu  connue  sous  le  rapport  de  ses  productions,  comme 
sous  les  autres  points  de  TueW.  ■ 

C'est  dans  cette  partie  que  se  trouve  le  Kouhestan,  pro- 
vince cjui  comprend  le  grand  désert  sale  de  Naubendan. 
Ce  pays  élevé  est  moins  chaud  que  les  autres  parties  de  la 
Perse.  On  y  récolle  cependant  du  coton,  et  on  y  élève 
beaucoup  de  vers  à  soie. 

«  Dans  le  reste  de  la  Perse  il  faut  distinguer  trois  régions, 
les  montagnes  méridionales,  le  plateau  et  les  montagnes 
septentrionales.  Quoique  le  Farsislan,  ou  la  Perse  propre- 
ment dite,  semble  avoir  perdu  une  grande  partie  des  fo- 
rêts qui  jadis  en  revêtaient  toutes  les  montagnes,  on  aime 
encore  à  se  promener  dans  les  vallées  de  Chiraz,  à  l'om- 
brage des  platanes  dOrient,  des  azeroliers,  des  saules 
pleureurs  et  des  peupliers  d'une  hauteur  exti'aordinaire  (3). 
Parmi  ces  beaux  arbres,  l'anémone  étale  ses  teintes  de 
bieu  et  décarlate;  le  jasmin  y  joint  sa  piquante  blancheur; 
Yhypericon  keterophylluni  répand  son  odeur  agi'éable;  les 
tulipes,  les  renoncules  émaillent  les  prés.  Olivier  a  recueilli 
dans  ce  pays  beaucoup  de  plantes  inconnues;  il  a  poiu'- 
suivi  jusque  sur  le  mont  Elbours  le  chrysnnthemiim  prœal- 
tum  et  la  nepeta  longiflora;  la  reconnaissance  des  savans 
a  donné  son  nom  à  ï'oUviera  deciimbens.  » 

Cette  province  produit  d'exceliens  fi'uits,  du  bon  vin, 
du  raisin  délicieux  et  du  tabac  fort  estimé  ;  elle  passe  pour 
produire  le  cactus  qui  nourrit  la  cochenille  et  une  grande 
quantité  de  roses  qui  alimentent  les  fabriques  d'essence 
établies  à  Chiraz. 

!')  iJeni,  1.  VI,  cap.  i«;l.  XII.  cap.  ii.  — (')  Forjttr.  Voj.igc  ilu 
Bengale  ^  Pdlcrsbourg  ,  II ,  p.  i3i-iji,clc.  —  W  FraiJcliii .  Vuyaf  c  l'ii 
J>erse,  ilans  LaitglÈs ,  Calieclion  portalire  de»  Voyages . 


i 


ASIE  :  La  Perse. 

Le  Khorassan  occidental  ou  persan  est  une  des  plus 
belles  et  des  plus  agréables  provinces  de  la  l'erse;  on  cite 
comme  l'une  des  plus  délicieuses  la  vallée  dti  Nîobabour. 
I.e  climat  y  est  très- varié  :  pendant  que  les  montagnes  se 
couvrent  de  neiges  l'hiver,  la  pluie  inonde  les  plaines. 
Lëté  est  chaud  et  sec  ;  maïs  à  une  chaleur  presque  insup- 
portable pendant  le  jour  succèdent  des  nuits  fraîches  et 
des  rosées  abondantes.  La  plupart  des  arbres  fruitiers  de 
l'Europe  méridionale  croissent  dans  cette  province.  On  y 
recueille  un  grand  nombre  de  plantes  médicinales,  telles 
que  i'assa-Jcelida  et  Vartemisia  contra  ,  ainsi  que  de  la  manne 
el  de  la  gomme  adragant. 

Dans  le  Khouzistan,  l'été  est  tellement  chaud,  surtout 
au  milieu  des  plaines  et  des  vallées,  que  les  habitans  sont 
obligés  de  se  retirer  dans  les  montagnes  ;  sur  ta  côte  la  cha- 
leur est  tempérée  par  les  brises  de  nicrj  dans  quelques 
plaines  l'air  est  malsain  et  l'eau  fort  rare;  d'aub-es  sont 
ravagées  par  le  terrible  vent  du  samoum  qui  y  porte  la 
désolation  et  la  mort. 

n  Les  plaines  élevées  de  la  Perse  centrale  se  couvrent  de 
plantes  salines ,  entre  autres  du  slaticé  de  Tatarie.  Cepen- 
dant quelques  unes  de  ses  plaines  découvertes  offrent  encore 
les  riches  pâturages  qui  nourrissaient  autrefois  les  seuls 
chevaux  dignes  de  servir  de  monture  au  gnind-roi. 

n  Les  forêts  reprennent  de  la  vigueur  dans  le  Ghilan  et 
le  Mazanderan  vers  les  humides  bords  de  la  mer  Cas- 
pienne; le  séjour  d'une  neige  abondante  sur  le  Taurus,  et 
un  printemps  très-prolongé  au  pied  septentrional  de  cette 
chaîne,  y  favorisent  la  végétation.  L'air  chaud  et  humide 
permet  à  la  canne  à  sucre  de  végéter,  et  même  de  donner 
un  produit  médiocre ,  dont  il  sera  parlé  dans  la  topographie. 
En  grimpant  à  traversdes  bosquets  d'églantiers  et  de  thévies- 
feuilles ,  sur  les  lianes  inégaux  et  pittoresques  des  collines , 
les  voyageurs  se  voient  entoures  d'acacias,  de  chèues,  de 


i 


343  LIVIIE    CIÎHT    VIHGT-SEPTlitnE. 

tilleuls  et  du  châtaigniers;  au-dessus  d'eux  les  cimes  des 
montagnes  se  couronnent  de  cèdres,  de  cyprès  et  d'autres 
espèces  de  pins  [i}-  Le  sumac,  dont  la  propriété  astringente 
est  si  utile  à  la  teinture  et  a  l'art  du  tanneur,  y  croît  en  abon- 
dance. Le  frêne  tjui  produit  la  manne ,  fra-Tiitus  nrnu.i,  n'y 
est  pas  moins  commun.  Le  Ghiinn  abonde  tellement  en 
buis  j  qu'on  n'ose  pas  y  mener  des  chameaux ,  crainte  de  les 
voir  s'empoisonner  en  mangeant  des  feuilles  de  cet  arbre, 
(jue  leur  instinct  ne  leur  fait  pas  distinguer.  Un  obsei'vateur 
ancien  nous  apprend  qu'au  sud-est  de  la  mer  Caspienne, 
l'ancienne  Hyrcanie ,  riche  en  chênes  et  en  autres  arbres , 
ne  produit  aucune  espèce  de  pin  (2), 

"  Mais  cette  Perse,  dont  le  sol  varié  flatte  le  botaniste 
et  le  peintre,  possède  peu  de  terres  propres  à  l'agriculture. 
Dans  les  provinces  centrales  et  méridionales,  l'argile  dure 
et  sèche  succède  aux  stériles  rochers.  Ce  sol  exige  des 
irrigations  artificielles;  malheuretiacmcnt ,  un  des  strata- 
gèmes le  plus  souvent  employés  dans  les  guerres  civiles 
de  Perse,  c'est  de  détruire  les  canaux  pour  couper  l'eau  à 
l'ennemi.  A  peine  cultive-t-on  aujourd'hui  la  vingtième 
partie  du  pays.  Le  grain  le  plus  commun  en  Perse  est 
le  froment,  qui  y  est  excellent;  mais  le  riz  est  regardé  par 
les  Persans  comme  la  nourriture  la  plus  délicieuse  ;  il  vient 
généralement  d.ins  le  nord,  où  sont  les  provinces  les  mieux 
arrosées.  On  y  sème  aussi  l'orge  et  le  millet,  mais  extrê- 
mement peu  d'avoine.  Les  chaiTues  sont  petites,  et  ne 
servent  qu'à  gratter  la  terre;  elles  sont  conduites  par  des 
bœufs  maigres, 

«  La  Perse  se  console  par  la  lieauté  de  ses  fruits.  Il  y  a 
vingt  sortes  de  melons;  les  meilleurs  viennent  dans  le 
Khorassan.  Ce  fruit  est  en  Perse  extrêmement  succulent  et 


(')  OIwicr,  Vnj.igo,  V.  p.  ji;  .«yi/. 
C'I  Ànstobulf,  fitiJ  par  .Sïmii-'i ,  1    M, 


Asin  :  La  Perse.  343 

salubre.  II  y  en  a  da  si  gros,  qu* un  homme  n  en  peut  porter 
que  deux  ou  trois.  Les  fruits  les  plus  estimés  de  TEurope 
passent  pour  nous  avoir  été  apportés  de  la  Perse  :  tels  sont 
la  figue  ^  la  grenade ,  la  mûre ,  l'amande ,  la  pêche.  Les  oran-* 
gers  y  sont  énormes  dans  le  Farsistan  et  le  Mazanderan  :  on 
les  trouve  dans  les  parties  abritées  des  montagnes  ;  ailleurs 
on  ne  les  cultive  qu'en  selres.  La  chaleur  réflédiie  par  le 
sable  est  particulièrement  favorable  dans  certaines  pro* 
vinces  à  la  culture  du  citronnier.  La  vigne  étale  en  Perse 
toutes  ses  richesses.  Il  y  a,  entre  autres,  trois  sortes  de 
vins  qui  sont  excellens  :  celui  de  Chii*az  y  comme  le  meilleur, 
est  gardé  pour  le  roi  et  pour  les  grands  de  la  cour;  celui 
cYYezd  est  fort  délicat,  et  on  le  transporte  à  Lar  et  Ormus; 
celui  d'Ispahan  se  distingue  par  sa  douceur  et  par  sa 
force  (0. 

«  Parmi  les  plantes  et  végétaux  utiles  aux  manufactures , 
la  Perse  produit  du  lin,  du  chanvre,  du  tabac,  du  sé- 
same, doù  Ton  tire  une  huile,  du  coton,  du  safran^ 
de  la  térébenthine,  du  mastic,  des  gommes,  des  noix 
de  galle.  De  toutes  les  provinces,  celle  de  Mazanderan 
fournit  seule  de  Thuile,  quoique  lolivier  sauvage  croisse 
dans  tous  les  bas.  Strabon  nous  apprend  que  les  essais  pour 
planter  l'olivier  en  Médie  n'avaient  pas  réussi. 

«On  prétend  que  la  Perse  produit  tous  les  ans  ao^ooo 
balles  de  soie ,  pesant  chacune  216  livres.  On  n'en  emploie 
pas  plus  de  mille  dans  le  pays  ;  le  reste  se  vend  erï  Turquie , 
dans  les  Indes,  aux  Russes.  Le  pavot  qui  donne  de'l'opium, 
la  manne,  et  même  la  rhubarl^e,  sont  comptés  parmi  les 
exportations;  il  est  certain  que  le  pavot  y  est  cultivé  en 
très-grande  quantité. 

«  Les  guerriers  de  la  Perse  se  servent  de  chevaux  tatares; 

(0  0//Vier,  V,  281  sqq.  Chardin,  Vlll ,  i58;  111,  337,  ^^  ^^  no^^  de 
Langlès,  •  . 


344  LIVilE    CEHT    VINGT-SEPTIÈME. 

et  Keryin-Khan,  grâce  à  une  semblable  monture,  fit  une 
fois  lao  lieues  en  58  heures.  Cependant  les  chevaux  per- 
sans passent  pour  les  plus  beaux  et  les  mieux  faits  de  l'O- 
rient, bien  qu'ils  le  cèdent  en  vitesse  aux  chevaux  arabes. 
Ils  sont  plus  hauts  que  ceux  d'Angleterre;  ils  ont  la  tête 
petite ,  les  jambes  délicates  et  le  corps  bien  proportionné  ; 
ils  sont  doux,  très-laborieux ,  vifs  et  légers.  Les  mulets 
sont  très -recherchés.  L'âne  y  ressemble  à  celui  d'Europe; 
mais  on  en  a  importé  d'Arabie  une  race  qui  est  excellente; 
elle  est  leste,  vive  et  adroite;  son  poil  est  doux,  sa  tête 
haute.  Le  chameau  y  est  commun.  Les  chèvres  du  Kerman 
rivalisent  avec  celles  du  Tibet.  Le  bétail  de  la  Perse  res- 
semble à  celui  d'Europe  ,  excepté  vers  l'Hindoustan,  où  il 
a  une  bosse  aux  épaules.  Les  moutons  y  trament  une  queue 
qui  pèse  plus  de  3o  livres,  et  qui  s'élargit  par  le  bas  en 
forme  de  cœur.  De  nombreux  troupeaux  paissent  dans  les 
provinces  septentrionales.  Les  juifs  ne  risquent  pas  souvent 
de  rencontrer  l'animal  immonde,  dont  la  chair,  damnée 
par  Moïse ,  est  recommandée  par  Hippocrate. 

•  Quelques  forêts  contiennent  des  daims  et  des  antilopes, 
des  zèbres  et  des  renards.  Le  lièvre  se  niche  en  grande 
quantité  dans  les  friches.  Dans  les  bois  sombres,  principa- 
lement dans  les  forêts  du  Ghilan  et  du  Mazanderan ,  se 
cachent  le  sanglier,  l'ours,  l'hyène,  le  lion,  et,  suivant 
quelques  uns,  le  tigre  de  la  petite  espèce.  Selon  Olivier, 
il  existe  près  de  l'Euphrate  une  espèce  de  lion  sans  cri- 
nière, qui  a  été  connue  des  anciens;  c'est  sans  doute  à  cet 
animal  assez  doux  qu'il  faut  rapporter  les  récits  des  histo- 
riens, d'après  lesquels  les  Persans  ont  été  long-temps  dans 
l'usage  d'apprivoiser  les  animaux  de  proie,  au  point  même 
de  chasser  avec  des  lions,  des  tigres,  des  léopards,  des 
panthères  et  des  onces.  Lucrèce  rapporte  que  les  Parthea 
avaient  essayé,  mais  sans  succès,  de  faire  combattre  des 

i ~     1 


ASiu,:  La  Perse,  3^5 

«  Le  chat  caspien  (0 ,  Yahou  ou  cervus  pygargus  W ,  plus 
grand  que  les  daims,  et  d*autres  animaux  particuliers,  de- 
meurent dans  les  déserts  et  les  forêts  voisines  de  la  mer 
Caspienne.  Une  espèce  distincte  d*écureuil  porte  le  nom  de 
la  Perse.  Le  sanglier  de  Perse  est  très-féroce.  L'âne  sau- 
vage habite  les  déserts  du  centre  ;  l'hyène  et  le  chacal ,  les 
provinces  du  sud,  La  mer  Caspienne  donne  de  l'esturgeon 
et  une  sorte  de  carpe  délicieuse.  Le  pigeon  et  la  perdrix 
fournissent  en  abondance  une  excellente  nourriture,  que 
partagent  avec  Fhomme  les  aigles,  les  vautours  et  les  fau- 
cons, habitans  des  montagnes  désertes. 

(0  Felis  Chaus ,  Gmc/.  —  (»)  Pallas. 


\ 


LIVRClCENT  VINGT-HUITIÈME. 


;l  Iw  villes  do  In  Tei 


«( 


L, 


-  A  PRÈS  avoir  laissti  planer  nos  regards  sur  l'enseinlilc  de 
la  Perse,  nous  nous  occujierons  des  villes  remarqu.-ihles  et 
d'autres  objets  do  géograpliie  spéciale,  en  prenant  pour 
notre  point  de  départ  lancienne  et  célèbre  capitale  Ispntian, 
et  en  traitant  d'abord  des  provinces  du  centre  et  du  nord- 
ouest,  ensuite  de  celles  du  sud-<^st  et  de  l'est.  • 

Depuis  le  dernier  traité  passé  entre  la  Russie  et  la  Perse, 
cette  puissance  a  cédé  à  la  précédente  la  province  J'Érivaiï 
ou  l'Arinénie  persane  (0  :  en  conséquence,  le  royaume  de 

(0  Voici  quels  sont  dans  ce  traiti^ ,  ilalé  du  3  avril  iSiS,  les  parngnplies 
concLTiiant  les  nouvelles  frontiùrcs  eutre  lu  Russie  et  la  Perse. 

."1.  S.  M.  IcaialidcPcr^ie.lantcnsiiii  nom  <|iiV[i  celui  <!e  ses  lubri- 
fiera i.-t  successeurs ,  cèdccntoule  proprid^d  à  l'empire  de  Russie  le  khanat 
d'trivan ,  tant  en  deçîi  qu'en  delà  de  l'Anixc ,  et  le  kbanat  de  Naltliit- 
cbi^van.  En  conséquence  de  eetle  ccssIod  ,  S.  M  le  Chah  s'engage  à  faire 
remellrc  aux  nutoritck  russcsj  daaii  TcEpacc  de  six  mois  nu  plus ,  ù  partir 
de  la  signature  du  prdsent  liraité ,  toute^  les  archives  et  tous  les  documeos 
pul]lic8  concernant  l'administra tion  des  deux  khanals  sug-menlionntis. 

4-  Les  deux,  hautes  parties  contraclanlcA  eonvienncnt  d'i^tablir  pour 
frontières  entre  les  deux  Étals  la  ligne  du  démarcation  suivante  :'en 
partant  du  point  de  la  frontitre  des  Etals  ottomans,  le  plus  rapprocha 
en  ligne  droite  de  la  sommité  du  petit  Ararat,  celte  ligne  se  dirigera 
jusqu'à  la  sommité  de  cette  montagne,  d'où  elle  descendra  jusqu'à  la 
source  de  la  rivière  dite  Karassou  inférieur ,  qui  découle  du  versant  lué- 
riiiiooal  du  petit  Ararat ,  cl  elle  suivra  son  cours  jusqu'à  son  emliouchnrc 
dans  l'AraxE,  vis-à-ïis  de  Chéronr.  Parvenue  à  eu  point,  cette  ligne 
suivra  le  lit  de  l'Araxe  jusqu'à  la  forleresso  d'Abbas-Aliadi  autour  dm- 
ouvrages  exléricurs  de  colle  place,  i|ui  sont  situ(!s  sur  la  rive  droite  de 
l'Araxc,  il  sera  tracé  un  rayon  d'un  demiagntcli ,  ou  trois  vcrstes  et 
demie  de  Russie,  lequel  s'i'leiidra  dans  luulis  les  direclionsi  tout  le 


ksiv  :  La  Perse.  347 

Perse  nest  plus  divisé  qu'en  1 1  provinces,  qui  sont  Vlrak- 
Adjemij  \ Azerbaïdjan  y  le  Mazanderan^  le  Ghilan^  le 
Kourdistan ,  le  Khouzistan ,  le  Tabaristan ,  le  Fa?*sista?i  > 
le  Kennan ,  le  Kouhistan  et  le  Khorassan  occidentaL  Ces 


terrain  qui  sera  renfermé  dans  ce  rayon  ,  appartiendra  exclusivement  à  la 
Russie ,  et  sera  démarqué  avec  la  plus  grande  exactitude  dans  Tespace  de 
deux  mois ,  à  dater  de  ce  jour.  Depuis  IVndroit  où  l'extrémité  orientale 
de  ce  rayon  aura  rejoint  TAraxc,  la  ligne  frontière  continuera  à  suivre 
le  lit  de  ce  fleuve  jusqu'au  gué  de  Jediboulouck ,  d'où  le  territoire  persan 
«'étendra  le  long  du  lit  de  l'Araxe  sur  un  espace  de  3  agatch  ou  ai 
verstcs  de  Russie;  parvenue  à  ce  point,  la  ligne  frontière  traversera  en 
droiture  la  plaine  du  Moughan  ,  jusqu'au  lit  de  la  rivière  dite  Bolgarou  , 
h  l'endroit  qui  se  trouve  situé  à  3  agatch  ou  ai  versies  au-dessous  du 
confinent  des  deux  petites  rivières  appelées  Odinabazar  et  Sarakamyche. 
De  là  y  cette  ligne  remontera  de  la  rive  gauche  du  Bolgarou  jusqu'au 
confluent  desdites  rivières  Odinabazar  et  Sarakamyche,  et  s'étendra  le 
long  de  la  rive  droite  de  la  rivière  d'Odinabazar  jusqu'à  sa  source ,  et  de 
là  jusqu'à  la  cime  des  hauteurs  de  Djikoïr,  de  manière  que  toutes  les 
eaux  qui  coulent  vers  la  mer  Caspienne  appartiendront  à  la  Russie,  et 
toutes  celles  dont  le  versant  est  du  côté  de  la  Perse  ,  appartiendront  à  la 
Perse.  La  limite  des  deux  États  étant  marquée  ici  par  la  crête  des  mon- 
tagnes ,  il  est  convenu  que  leur  déclinaison  du  côté  de  la  mer  Caspienne 
appartiendra  à  la  Russie,  et  que  leur  pente  opposée  appartiendra  ù  la 
Perse.  De  la  crête  des  hauteurs  de  Djikoïr,  la  frontière  suivra  jusqu'à  la 
sommité  de  Rarmarkoui'a  les  montagnes  qui  séparent  le  Talyche  du 
district  d'Archa.  Les  crêtes  des  montagnes  séparant  de  part  et  d'autre  le 
versant  des  eaux ,  détermineront  ici  la  ligne  frontière  de  la  même  ma- 
nière qu'il  est  dit  ci-dessus  au  sujet  de  la  distance  comprise  entre  la 
*  source  de  l'Odinabazar  et  les  sommités  de  Djikoïr.  La  ligne  frontière 
suivra  ensuite ,  depuis  la  sommité  de  Rarmarkouïa ,  les  crêtes  des  mon* 
tagnes  qui  séparent  le  district  de  Zouvante  de  celui  d'Archa,  jusqu'à  la 
limite  de  celui  de  Welkidji ,  toujours  conformément  au  principe  énoncd 
par  rapport  aux  versans  des  eaux.  Le  district  de  Zouvante ,  à  l'exceptioa 
de  la  partie  située  du  côté  opposé  de  la  cime  desdites  montagnes ,  tom- 
bera de  la  sorte  en  partage  à  la  Russie.  A  partir  de  la  limite  du  district 
de  Welkidji ,  la  ligne  frontière  entre  les  deux  États  suivra- les  sommités 
de  Klopouty  et  de  la  chaîne  principale  des  montagnes  qui  traversent  le 
district  de  Welkidji  jusqu'à  la  source  septentrionale  de  la  rivière  dite^ 
Astara  ,  toujours  en  observant  le  principe  relatif  aux  versans  des  eaux. 
De  là,  la  frontière  suivra  le  lit  de  ce  fleuve  jusqu'à  son  embouchure  dans 
la  mer  Caspienne ,  et  complétera  la  ligne  de  démarcation  qui  séparera 
dorénavant  les  possessions  respectives  de  la  Russie  et  de  la  Perse. 


i 


348  tIVHE    CEMT    VINGT-HUITIÈME. 

grandes  divisions  se  subdivisent  en  beglerbegliks  an  gou- 
verneinens. 

■  La  vaste  province  d'Irafi-^djemc,  qui  répond  à  pea  près 
:i  la  Grande- Média  des  anciens,  tire  son  nom  du  premier 
fondateur  Je  la  monarchie  persane,  le  ij/BOTt/i/f/ des  Orien- 
taux, et  V^chœnicnes  des  Grecsj  ces  deux  mots,  en  con- 
sidérant les  syllabes  mènes  et  ckyd  comme  des  terminaisons 
accessoires,  peuvent  se  réduire  à  une  seule  racine,  j^'^'ewj  ou 
Achem.  Les  Arabes ,  qui  désignent  les  Persans  sous  le  nom 
A' Adjemi,  ont  étendu  le  nom  à'Irak,  sous  lequel  ils  dési- 
gnent la  Babjlonie,  à  cette  province,  en  y  ajoutant,  pour  la 
distinguer,  l'adjectif  of^'e/n/,  c'est-à-dire  l'ersan  (1).  Cette 
province  occupe,  sur  une  longueur  de  plus  de  200  lieues, 
et  sur  une  largeur  de  100  environ,  lapins  grande  partie  du 
plateau  central  delà  Perse,  et  la  description  que  nous  avons 
faite  de  ce  plateau  lui  convient  très- particulière  ment  W. 

■  Sur  la  frontière  méridionale  de  l'Irak  nous  trouvons  les 
restes  A'Ispahan,  appelée  chez  les  anciens  Aspadann,  et 
par  les  habîtans  actuels  Sfahân  et  Isfahân.  Cette  immense 
ville,  à  laquelle  Chardin  donne  12  lieues  de  tour,  et  qui 
alors  pouvait  contenir  6  à  700,000  habitans  ;  cette  superbe 
capitale  que  les  Persans  appelaient  la  moitié  de  l'univers 
[Noiissfi  Djehàn)  ^  n'est  aujourd'hui  qu'une  ombre  d'elle- 
même.  On  laboure  les  jardins  qui  autrefois  en  parfu-, 
niaient  les  avenues;  on  marche  pendant  trois  heures  dans 
des  chemins  qui  étalent  des  rues ,  pour  arriver  au  centre 
de  la  ville.  Toutefois,  dit  Olivier P),  les  marchés  que 
Chah-Abhas  lit  couvrir  de  voûtes  éclairées  par  des  dômes 
annoncent  l'ancienne  magnificence  de  cette  capitale.  Le 
Meïdiin  ou  la  grande  place,  une  des  plus  vastes  de  l'univers, 
forme  un  carré,  long  de  près  de  200  toises  sur  100  de 


(')  Wahi,  Asicn,   1,   icig-i,;. 
<■')  Olivier.  Vojagc ,  etc. ,  V,  p.  ] 


ASIE  :  La  Perse.  349 

large,  entouré  par  un  canal ,  et  bordé  de  maisons  régulière- 
ment bâties;  c'était  une  sorte  de  Champ-de-Mars  qui  servait 
aux  revues  de  troupes,  aux  qpurses  de  chevaux  et  aux  com- 
bats de  taureaux.  Elle  est  dominée  par  les  palais  des  rois, 
qui  offrent  encore  les  restes  de  la  grandeur  de  Chah- Abbas. 
La  mosquée  royale  s*élève  à'  côté.  Cet  édifice  somptueux , 
encore  assez  bien  conservé,  offre  à  l'extérieur  un  revête- 
ment de  marbre  ;  son  dôme  et  ses  minarets  sont  couverts 
de  porcelaines  peintes  en  mosaïque;  à  l'intérieur,  des  bas- 
reliefs  dorés  enrichissent  les  murs  et  la  voûte.  Ispahan , 
quoique  ruinée  des  deux  tiers ,  a  plus  de  200^000  habi-^ 
tans  (0  ;  tous  les  arts  et  métiers  y  sont  parfaitement  exer- 
cés. On  voit,  au  midi  de  la  ville,  cette  fameuse  avenue 
appelée  Tcharbagy  qui  ressemble  assez  à  celle  de  Versailles  ; 
elle  est  longue  de  près  de.3ooo  itiètres;  plantée  de  quatre 
rangées  de  platanes,  elle  est  bordée  de  jardins  et  de  mai- 
sons de  plaisance;  plusieurs  canaux  et  bassins  animent 
encore  cette  superbe  promenade ,  ouvrage  de  Chah- Abbas. 
La  rivière  de  S^ndehroud ,  qui  la  divise  en  deux,  a  un  beau 
pont  bâti  en  briques  et  en  pierres  de  taille,  composé  de 
36  arches,  avec  une  galerie  couverte  de  chaqu*e  côté  par 
une  terrasse,  d'où  Ton  jouissait  de  là  vue  des  jardins  des 
environs  et  du  faubourg  de  Djoulfa ,  situé  sur  le  bord  de  la 
rivière ,  mais  qui  est  aujourd'hui  en  ruines.  Un  peu  plus 
bas  est  un  autre  pont  magnifiqtifô  bâti  par  Chah- Abbas;  ses 
galeries  sont  plus  larges,  ayant  une  place  hexagone  au 
centre;  une  plate-forme  pratiquée  sous  les  arches,  en  fai- 
sant tomber  les  eaux  en  cascade,  rend  fort  agréable  la  po- 
sition d  un  beau  palais  bâti  en  face ,  et  environné  de  jolis 
jardins.  Mais,  afin  qu'on  ne  fît  point  à  tous  ces  ponts  le 
reproche  de  manquer  d'eau,  Abbas-le«-6rand  fit  percer  à 
grands  frais  quelques  montagnes  à  environ  3o  lieues  d'Is- 

(•)  Selon  M.  T ,  20,000  maisons.  » 


r 


35o  LIVHE    CBNT    VINGT-IICITIKMF. 

palian,  et  intioduisit  dans  1<;  lit  du  Zendeliroud  une  autre 
riviùre;  en  sorte  que,  selon  Chxu'din,  ce  fleuve  était  aussi 
large  au  printemps  que  la  Seine  l'est  ;"i  Paris  en  hiver  (')  : 
mais  des  voyageui*  plus  vecens  disent  que  cette  assertion 
l'st  exagérée.  » 

Le  palais  royal ,  qui  selève  siif  la  grande  place ,  renferme 
dans  sa  vaste  enceinte  plusieurs  autres  palais  et  divers  bâ- 
timens  plus  ou  muins  vemarquables;  tel  est  le  palais  des 
4»  colonnes  (Tchihil-SoutounJ,  le  palais  de  glace  (Aïne- 
kbanèj,  le  pavillon  de  tecurie  ( Talari-tainléJ ,  et  le  séjour 
du  bonheur  j^6'efK/e(-n6WJ, 'destiné  auxambassadeurs./eiA- 
Aly-Chah  fit  construire  en  iSi6  un  palais  que  l'on  regarde 
comme  le  plus  bel  édilice  d'Ispahan;  on  le  désigne  sous  le 
nom  de  Nouveau -l'aluJ s  ('//«nrei-noH^;  on  y  admire  surtout 
la  salle  du  trône.  De  même  que  les  palais  qui  ornaient  la  ma- 
gnifique promenade  du  Tcharbag  tombent  aujourd'hui  en 
ruines,  de  même  l'immense  bazar  d'Abbas,  qui  forme  une 
galerie  de  plus  d'une  derai-lleue  de  longueur,  éclairée  par 
des  dûmes  et  bordée  de  boutiques,  ne  présente  plus  le  mou- 
vement commercial  qu'il  offrait  à  l'époque  où  Chali-Abbas 
le  fit  construire.  Des  quatre  ponts  qui  traversent  le  Zendeh- 
roud ,  celui  de  Djoulfa ,  dont  nous  venons  de  parler ,  n'est 
pas  moins  remarquabJe  par  son  étendue  que  par  sa  construc- 
tion :  il  a  looo  pieds  de  longueur.  Sur  les  bords  de  la  rivière 
est  située  une  maison  royale  de  plaisance  nonmiée  Siadet- 
Abful ,  dont  le  harem,  appelé  Hejt-defté,  est  de  la  plus 
grande  élégance.  Ispahan  renferme  plusieurs  collèges  ou 
medressehs ,  dont  un  peut  être  considéré  comme  une  uni- 
versité, par  le  nombre  des  élèves  et  des  professeurs. 

Depuis  plusieurs  années  le  commerce  d'Ispahan  a  repris 
en  partie  son  ancienne  activité;  son  industrie  s'est  relevée; 

(')  Clutrdin,  Description  d'Ispahan.  Olivier,  I.  c.  Mémoires  Listo- 
i'ii|iics,  pnliliqiics^^t  géogr.ipliiques  de»  Voyages  ilc  Ferriire-Saavebœiif , 


I 


A8IB  :  La  Perse,  35  f 

on  y  fabrique  de  belles  étofFes  de  coton ,  de  riches  soieries , 
des  tissiis  dor  et  d argent,  des  armes  à  feu,  des  lames  de 
sabre ,  des  cristaux ,  des  cuirs  et  des  teinjtures. 

La  plaine  qui  entoure  Ispahan  a  plus  de  20  lieues  de 
longueur  sur  12  de  largeur  5  cest  une  des  plus  fertiles  et 
des  mieux  cultivées  de  la  Perse  :  on  y  récolte  des  fruits  de 
toutes  espèces,  et  surtout  des  melons  et  des  pastèques. 

«  Pour  aller  visiter  le  Chah  Feth^Aiy  dans  sa  nouvelle 
résidence  de  Téhéran,  les  voyageurs  venant  d'Ispahan  passe- 
ront par  Kachariy  ville  de  3o  à  4o,ooo  âmes,  où  Ton  trouve 
un  palais  construit  par  Abbas-le-Grand ,  et  des  fabriques 
d'ustensiles  en  cuivre.  Cette  cité  passe  pour  être,  plus  que 
tout  le  reste  du  pays,  infestée  de  scorpions  (').  »  Elle  doit  sa 
fondation  à  Zobéïde,  épouse  d'Haroun-al-Raschyd.  Elle  a  une 
demi-lieue  de  largeur,  et  le  double  de  longueur.  Une  vieille 
muraille  et  un  fossé  forment  son  enceinte.  Depuis  les  nou-* 
velles  constructions  quon  y  a  faites,  elle  peut  passer  pour 
Tune  des  plus  belles  villes  de  la  Perse;  ses  mosquées ^  ses 
bains,  ses  cavaranserails  sont  dune  élégante  architecture; 
le  palais  du  roi  surtout  est  remarquable.  Le  principal  col- 
lège ou  medresseh  de  cette  ville  est  magnifique.  Kachan 
fabrique  des  châles,  des  brocarts ,  des  soieries  et  des  coton- 
nades; on  y  travaille  avec  goût  les  métaux  précieux.  Dans 
ses  environs  se  trouvent  le  château  royal  de  Bagh-Sin  et 
les  jardins  de  plaisance  de  Baghi-chah, 

On  arrive  ensuite  à  Koum  ou  Qoniy  l'antique  Choana^ 
ville  très-gi'ande ,  mais  qui  ne  s'est  pas  entièrement  relevée 
de  ses  ruines  depuis  sa  destruction  en  1 722  par  les  Afghans, 
Son  principal  édifice  est  une  ancienne  mosquée,  dont  la 
coupole,  très-élevée,  est  entièrement  dorée.  Cette  ville  est 
un  lieu  de  pèlerinage  visité  chaque  année  par  plusieurs 
milliers  de  pèlerins,  attirés  par  les  nombreux  tombeaux  de 

(«)  Olivier  y  V,  170.. 


r 


352  LtVnn    CENT    VINCT-HUITIKWE. 

rois  et  (le  saints  personnages  musulmans  qu'elle  renferme, 
et  dont  le  plus  riche  et  le  plus  venëre  est  celui  de  Falime, 
fille  (le  t'iman  Riza,  Lu  population  est  de  lo  à  i5,ooo  Urnes. 
Les  environs  abondent  en  froment  et  coton,  mais  les  eaux 
sont  sauiuâtres  (■). 

«  Theliran  ou  Téhéran,  depuis  (ju'elle  est  devenue  la 
résidence  ordinaire  des  souverains,  acquiert  une  impor- 
tance considérable.  Elle  n'est  pas  nouvellement  bâtie,  quoi 
qu'en  dise  Olivier;  elle  était  déjà,  sous  Abbas-le-Grand , 
une  ville  importante,  et  les  derniers  sophJs  y  résidèrent 
souvent  (■-*).  Elle  contient  i3o,oao  habitans  en  hiver,  et 
seulement  ^0,000  en  été,  parce  que  la  plupart  vont  dans 
cette  saison  s'établir  sous  des  tentes  dans  la  plaine  de 
Sultaniéh,  où  le  Cliab  se  fixe  aussi  dans  une  tente  niagni- 
lïque  pour  passer  la  revue  des  troupes.  Les  maisons  sont 
en  terre,  comme  dans  toute  ta  Perse,  et  les  murs  ceignent 
un  très-fp'and  espace  qui  n'est  pas  encore  rempli.  La  ville  est 
carrée,  et  dans  le  inilieu  est  une  autre  enceinte  pareillement 
carrée,  entourée  de  murailles,  qui  renfeimc  le  palais  du  roi; 
ce  palais  est  très-vaste,  et  de  la  plus  grande  richesse.  ■■ 

Les  fortifications  de  Téhéran  ont  paru  très- médiocres  à 
M.  Jaubert;  on  y  entre  par  quatre  portes  ornées  de  figures 
de  tigres  et  d'autres  animaux.  L'habitation  et  tes  jardins 
du  Chah,  situés  dans  la  partie  septentrionale  de  la  ville,  en 
occupent  plus  d'un  quart.  Ce  palais  est  de  forme  carrée;  mats 
de  même  que  ceux  <les  grands,  l'intérieur  en  est  plus  re- 
marquable que  l'extérieur.  Après  avoir,  sur  un  pont-levis, 
traversé  Iw  large  fossé  qui  l'entoure,  on  entre  dans  une 
cour  spacieuse  dans  laquelle  s'élève  un  mât,  au  haut  duquel 
on  expose  la  tète  des  personnages  de  distinction  que  l'on 
met  à  mort.  Une  porte  construite  en  briques  peintes  con- 

(')  Hamdoulta ,  géographe  persan,  cilû  par  M.  Laiiglis  dans  son 
edilion  éc  Chardin ,  II,  45g.  — (>J  Laiiglh ,  Woliçe  sur  Thehran,  Ham 
CAnniH,  VIH,  166.  Ptelro  délia  t'aOe ,  III ,  p.  435  ,  Mil.  in-.i, 

L  1 


A8i«  :  La  Perse.  353 

<luit  par  une  galerie  obscure  à  unesaUe-d's^tenteid^ii  ron  se 
dirige  par  une  longue  avenue  vers  la  salie  du  trdne  élevée 
sur  une  terrasse  soutenue  latéralentent  par  immiur  de^À  lo 
pieds  de  hauteur^  et  ouverte  coname  le  devant  de  nos  théâ- 
tres. Les  murs  de  cette  salle  sont  ornés  d*arabesi{ues  et  d*in» 
scriptions  en  or  sur  um  fond  blanc;  deux  hautes  colonnes 
torses  eu  marbre  vert  soutiennent  le  feîte  de  Tédifiee.  Le  jour 
pénètre  à  i  extrémité  opposée  à  l'eutiée ,  au  travers  de  vitraux 
de  couleur  formant  des  dessins  d  une  élégance  et  d  une  déli* 
catesse  remarquables;  tout  le  parquet  est  couvert  d'un  tepis 
de  Kachemire  qui,  par  la  finesse  du  tissu  et  l'éclat  des  fleurs 
dont  il  est  orné ,  l'emporte  sur  les  plus  beaux  châles  de  cette 
célèbre  vallée.  Le  trône  est. porté  sur  pliiéieiirs  coloffnes  en 
marbre^  hautes  de  7  a  8  pieds  ;  quatre  autres  colennes  revé^ 
tues  de  plaques  d'or  et  d'émail  y  placées  ati-dessiis  des  pre- 
mières, soutiennent  un  dais;  des  millier^  dediamansj  «de  ru- 
bis, de  saphirs  et  d'émeraudes,  étincelient  de  toutes  parts(f  K 
Cette  profusion  de  pi^teries  n'est  rien  en  compairaison 
de  celle  que  l'on  admire  dans  le  costume  du  roi  aux  jouis 
de  grandes  cérémonies.  Voici  la  description  qu'en  donne 
M.  A.  Jaubert,  en  retraçant  sa  réception  porF^hrAly^jtiàh^ 
«  Un  soleil,  figuré  par  un  graad  nombre  degrés  diamansv 
«brillait  derrière  le  Chah,'  qui  était  as^s'^e  dos  ap{ràyé 
«  sur  un  coussin  de  satin  blahc  brodé  en  perles,'  vêtu  d'une 
«robe  de  même  étoffe  sur  laquelle  retombait  la  longue 
«  barbe  de  ce  prince.  Des  paremetis  formés  par  un  tissu  dé 
«  perles  bordé  de  rubis  et  semé  de  roses^u  de  pierres  de 
<c  coulem*,  remontait  presque  jusqu'aux  coudes.  Les  épau- 
nlettes  et  la  moitié  du  oorps  de  la  robe  étaient  couverts 
«  d'un  tissu  du  même  genre.  Deiij:  grands  bracelets  de  forme 
<(  ronde,  travaillés  en  pierres  précieuses,  ornaient  la  partie 
«  supérieure  dé  chaque  bras*  Le  diamant  auquel  les  Persans 

(0  M.  J.  Jaubert  :  Voyage  en  Arménie  et  en  Perse. 

Vl\l.  »J 


r 


354  LIVRE    CRNT    VINGT-HlîITUblK. 

•  donnant  le  nom  de  ftoithi-noitr  [montagne  de  lumière), 

•  était  enchâsse  au  milieu  de  l'uii  des  bracelets;  et  celui 
n  qu'ils  appellent  deiyaï-nour  (océan  de  lainière)  enricliîssait 

■  l'autre Au  lieu  de  turban,  le  Chah  portait  une  espèce 

«  de  tiare,  dont  un  tissu  de  pertes,  sente  de  rubis  et  d'ënie- 

■  raudes,  formait  le  rebotd.  Une  aigrette  en  pierreries  était 

■  placée  sur  le  devant  de  celte  coiffure  et  surmontée  de 

In  trois  plumes  de  héron.  Un  collier  composé  de  perles, 
■  grosses  comme  des  noisettes,  les  plus  égales  et  de  la  plus 
■  belle  eau  qu'il  soit  possible  de  voir,  croisait  par-devant 
»  sur  le  corps,  et  en  faisait  deux  fois  le  tour.  Un  poignard 
n  enrichi  de  pierreries  était  passé  dans  un  ceinturon  orné 

•  de  belles  émeraudes,  auquel  était  suspendu  un  sabre  eii- 
"  tiêrement  couvert  de  perles  et  de  rubis.  • 

Au  sud-est  de  Téhéran  on  trouve  les  vastes  ruines  de 
Rei,  qui  est  l'ancienne  Rhagœ ,  Rkagès  ou  Rlutgianœ , 
connue  pendant  un  court  espace  de  temps  sous  le  nom 
lyArsacia  {>},  à  2000  stades  à  l'est  d'Euhatana  ou  Hama- 
dan,  et  à  5oo  des  Passes  ou  Portes  Caspiennes.  C'est  à 
Rhagès  que  se  passa  l'histoire  de  Tobie,  racontée  dans  la 
Bible,  et  que  naquirent  le  calife  Haroun-al-Rascbyd  et  le 
médecin  Al-Rbazès.  Cette  ville  fut  détruite  par  les  Tatares 
sous  le  règne  de  Djenghiz-Khan.  Au  VHP  siècle  elle  passait 
pour  une  des  plus  grandes  de  l'Asie;  on  y  voit  d'immenses 
débris,  trois  tours  énormes,  une  belle  mosquée  et  le  tom- 
beau d'un  saint  inabométan. 

En  se  dirigeant  de  Téhéran  vers  le  nord-ouest,  on  arrive 
aux  villes  deCaïJiin,Sultaniébet  Zingban.  C'azèm,  que  l'on 
écrit  aussi  Kasbïn  et  Kazuïii,  est,  comme  Téhéran,  de  forme 
carrée,  mais  plus  grande  et  beaucoup  moins  peuplée  :  on 
ne  porte  le  nombre  de  ses  babitans  qu'à  4o  ou  !ïo,ooo. 
Elle  était  plus  considérable  lorsqu'elle  servait  de  résidence 

iy>  Mamiert ,  GAigrapb.  dc!<  Orces  et  des  Rointins ,  V,  pari.  I,  t7ïs^. 

L  I 


ASIE  ;  La  Perse.  355 

royale;  mais  après  avoir  été  presque-^dépeuplée,  et  avoir 
vu  la  plupart  de  ses  édifices  tomber  en  ruines,  elle  s'est  peu 
à  peu  relevée  par  le  commerce.  Suivant  Beauchamp,  qui 
en  a  déterminé  la  longitude,  elle  ne  contenait,  en  1787, 
que  10  à  ia,ooo  âmes.  On  yvoit  encore  l'ancien  palais  des 
rois,  mais  il  est  en  mauvais  état.  Ses  bazars  sont  inmtenses. 
Elle  est  célèbre  par  sa  manufacture  de  sabres.  Perrière  dît 
qu'on  y  travaille  une  grande  quantité  de  cuivre  qu'on  tire 
des  montagnes  voisines, -et  dont  on  fait  toute  sorte  devais- 
selle  bien  mieux  ti-availlée  qu'en  Turquie.  Des  caravanes 
y  abondent  continuellement,  soit  du  Khorassan,  soit  de 
r Azerbaïdjan ,  et  en  font  un  entrepôt  important.  Cette 
ville  est  située  au  milieu  d'une  vaste  plaine,  bien  cultivée 
autour  de  son  enceinte,  et  comme  dans  le  reste  de  la  Perse , 
inculte  entre  les  villes  et  les  bourgs.  Elle  a  donné  nais- 
sance à  plusieurs  personnages  célèbres;  une  montagne, 
qui  ne  permet  pas  au  vent  du  nord  de  rafraîchir  l'air,  est 
cause  qu'en  été  la  chaleur  y  est  insupportable.  Une  pous- 
sière suffocante  y  remplit  l'atmosphère  à  un  tei  point, 
que  les  hommes  qu'on  y  rencontre  en  ont  lu  barbe  et  les  vê- 
temens  couverts.  Tout  cela  n'empêche  pas  qu'on  ne  donne 
à  cette  ville  le  surnom  de  Djemâl-Ahad  (  lieu  de  beauté  ). 
Stthaniéh  ne  se  compose  que  d'une  quarantaine  de  mai- 
sons dispersées  au  milieu  de  ruines  qui  surprennent,  non 
par  une  haute  antiquité,  mais  par  l'étendue  immense  du 
terrain  qu'elles  occupent.  -  Sans  retracer,  dit  M.  Jauberl, 

■  des  souvenirs  classiques,  comme  celles  de  Thèbes  et  de 
1  Denderah ,  elles  offrent  matière  à  beaucoup  de  reflexions. 

■  Pourquoi  cette  ville,  naguère  si  florissante  et  si  peuplée, 
«  a-t-elle  été  presque  entièrement  détruite,  sans  qu'une 
«  autre  ait  hérité  de  ses  dépouilles?  Pourquoi  l'herbe  couvre- 
«  t-elle  le  seuil  de  ses  palais,  les  cours  de  ses  mosquées. 

■  l'enceinte  de  ses  bazars?  Les  habitans  de  ces  ruines  me 
•  l'ont  appris.  Tous  leurs  maus  proviennent  de  l'incurie 


I 


r 


356  LIVRK    CENT    VINGT-nUlTlÈMR. 

•  (lu  goiiverrement ,  et  sont  les  tristes  fruits  des  discordes 
■■  civiles  (')•  ■  Sultiiniéh  fut,  dans  fe  W"  siècle,  le  brillant 
foyer  du  commerce  de  l'Europe  avec  rin<le  (a). 

Les  environs  de  cette  ville  ocrent  des  prairies  naturelles 
dépourvues  d'arbres  et  arrosées  par  un  grand  nombre  de 
canaux  d'irrigation,  alimentes  par  un  ruisseau  (jui  donne 
naissance  au  Zenghian-Roud,  rivière  qui  prend  sa  source 
près  de  Sultaniéli  et  qui  va  se  perdre  dans  le  KyzU- 
Eusen.  La  plaiue  est  dominée  par  un  palais,  dans  lequel 
le  roi  vient  se  fixer  chaque  année  à  l'époque  où  il  doit 
passer  son  armée  en  revue.  Cette  plaine,  de  forme  ovale, 
a  S  ou  g  lieues  de  longueur  de  lest  à  l'ouest;  la  verdure 
qui  la  couvre  forme  un  singulier  contraste  avec  les  collines 
pelées  et  stériles  qui  l'entourent,  et  d'où  découlent  les 
sources  qui  la  fertilisent.  Le  palais,  ou  plutôt  la  tente  du 
roi,  est  placé  vers  le  centre;  te  pavillon  principal,  servant 
de  salle  d'audience,  est  soutenu  pav  neuf  mâts  <le  25  à  3o 
pieds  de  hauteur,  surmontés  de  boules  en  cuivre  doré;  les 
muniilles  sont  en  étoffes  de  soie  brodées  en  or,  et  le  sot 
est  couvert  de  riclies  tapis.  A  peu  de  distance  se  trouvent 
les  tentes  du  harem:  ce  sont  les  parties  les  plus  magni- 
fiques de  cette  habitation  portative. 

Zinghan  ou  Zengliian  est  à  deux  journées  de  marche 
de  Sultaniéh;  c'est  une  ville  assez  bien  bâtie,  etjtourée  d'une 
muraille  flanquée  de  tours,  avec  un  beau  bazar,  un  palais 
élégant  et  une  population  de  i5,ooo  âmes. 

•  Hamadati  est,  par  .sa  situation,  une  des  plus  agréables 
villes  de  la  Perse  :  elle  est  mal  bâtie;  mais  ses  maisons, 
entrecoupées  de  jardins  arrosés  par  les  sources  nombreuses 
qui  sortent  des  collines,  forment  un  ensemble  très-agréa- 
ble. Elle  possède  le  tombeau  d'A-vicenne  P) ,  et  ceux  des 
poètes  persans  Attar  et  Ahoid-Hasif.  • 

COM.  À.  Janbeit:  Voj.igc  eu  Arménie ït en  Perse,  p.  ii]8.  —  {''') Ruy 
GoiaaUs  Ctuvijo.  Vojcï  notre  vol.  !".  p.  58i-  —  O  Vojagp  ilc  riniie  ù 
la  Mekke ,  pnr  4l>diittl-Krrim  ,  traduit  par  Laaglii ,  p,  tfy. 

L         i 


ASIE:  La^ Perse.    '  SSy 

Les  voyageais  ne  sont  pas  d'accord  snx  la  population 
de  cette  ville  :  parmi  les  plus  récens ,  les  nos,  comme 
M.  Alexander^  lui  donnent  :i5,ooo  habkans|  les  autres, 
comme  M.  Ker-Porter,  45  ^  5o,ooo.  Ses  principaux  édifices 
consistent  en  plusieurs  beUes  moâquées.  Elle  dc^t  soa  état 
florissant  à  son  industrie,  et  surtout  à  ses  tanneries ^t  à 
ses  fabriques  de  tapis»  Çle  vastes  ruines,  que  Ion  remar^ie- 
hors  de  son  enceinte  à  moitié  écroulée,  sont  reconnues 
aujourd'hui  pour  celles  d'EebcLtane,  cette  superbe  capitale 
de  la  Médie  dont  les  anciens,  et  prindpalement  Hérodote- 
et  Polybe,  nous  ont  laissé  de  si  brillantes  descrip|;ion8.  Les^ 
deux  voyageurs  niodernes  qiie  nous  venoBS  de  citer  , plus 
haut  y  ont  reconnu  l'emplacement  du  magnifique  palais  des 
anciens  rois  de  Perse* 

«  En  passant  le  mont  Elvend^  qui  est  au  sud  «  ouest 
d'Hamadan ,  près  la  florissante  ville  de  Kirnianchah ,  on  ad- 
mire dans  le  mont  BisoiUoun  un  monument  singulier  qui 
porte  le  nom  de  lyvne  de  Roustèm  (  Tahk-ti-Bjyustem  ).  Il 
consiste  en  deux  salles  taillées  dans  le  roc  vif,  en. forme 
de  portique,  dont  lune  est  à  pea  près  double  de  Tautre  ;  la 
plus  grande  peut  avoir,  sur  chaque  dimension,  aS. à  3o 
pieds;  elle  contient  une  statue  équestne  col(>8iBale.  Il  y  a 
encore  plusieurs  autres  statues,  bàs-reliefs, inscriptions  (O**» 

Ces  inscriptions  sont  cunéiformes,  ou  plutôt  ressemblent 
aux  caractères  hébreux;  le  principal  bas-relief  représente, 
suivant  un  voyageur  récent  (s),  un  roi  fie^bant  amener  de- 
vant lui  plusieurs  captifs  qui  foulent  aux  pieds  uncprînce 
qui  parait  être  leur  chef.  Une  autre  face  du  monrBfôoûtoun 
est  couveite  de  monumens  dune  époque  moins  anc4ennè  r 
ils  pai:aissent  être  du  temps  des  Sassanides;  le  principal 
est  placé  dans  deux  grandes  excavations  taiHées  dans  le  roc  :: 

(•)  Mémoires  sur  diverses  antiquités  de  la  Perse,  par  M.  Sils^estru  de 
Sacy,  in-4".    i79^»>P-  211. — (»)  K er- Porter  :Voyogc  en  Perse  et  o». 
Arménie.  ^ 


358  IIVKK    CKMT    VlNGT-HUITlKMt;. 

l'un  des  sujets  représente  des  chasses  aux  cerfs  et  aux  san- 
gliers; sur  un  autre  on  voit  deux  hommes  portant  chacun 
la  main  sur  un  diadème  ou  sur  un  anneau,  et  derrière  les- 
quels on  remarque  un  personnage  tenant  une  épée  élevée 
et  ayant  une  auréole  autour  de  la  tète.  C'est  probablement 
Ormuzd ,  divinité  des  mages,  qui  préside  au  sacre  d'un  roi. 
Ces  sculptures  paraissent  se  rapporter  au  temps  de  Khos- 
roès  Parviz, 

Kirmanchahou  Kcrnmn-ckahân  {  la  résidence  des  rois), 
chef-lieu  du  Koni'distan  persan ,  est  entouré  d'un  mur 
très  épais,  en  briques,  flanqué  de  tours  rondes,  et  précédé 
d'un  fossé  profond.  Dans  sa  citadelle  réside  le  gouverneiu" 
de  la  province,  qui  est  toujours  un  membre  de  la  famille 
royale.  Les  rues  sont  étroites,  tortueuses,  mal  pavées  et 
sales,  les  maisons  basses  et  bâties  en  torchis  comme  dans 
le  reste  de  la  Perse.  WaU  cette  ville  est  commerçante, 
industrieuse  et  riche,  et  sa  population  est  évaluée  à  4o,ooo 
âmes  par  M.  Buckingham  qui  l'a  visitée  dans  ces  dernières 
années. 

«  Au  nord  de  Kirmanchah,  et  à  l'occident  d'Hamadan 
et  de  Sultaniéh,  s'élève  une  contrée  montagneuse,  oîi  ja- 
mais les  ardeurs  de  l'été  ne  fanent  les  gazons  ni  le  feuil- 
lage; contrée  où  habite  le  libre  Kourde,  toujours  prêt  à 
emmener  sa  tente  et  son  troupeau  pour  se  soustraire  à  la 
tyrannie.  Ce  pays  se  nomme  \j4l-Djebal  ou  le  Kourdistan 
persan  proprement  dit.  Il  n'y  passe  aucime  route  fréquen- 
tée. Les  neiges  restent  sur  les  montagnes  au  mois  d'aoîit  (t). 
Des  bois  agréables,  des  vergers,  des  champs  cultivés, 
des  pâturages  toujours  verdoyans  occupent  de  profondes 
vallées.  Les  villages  sont  pour  la  plupart  bâtis  sur  les  som- 
mets des  montagnes;  on  y  place  aussi  les  cimetières.  La 
leligion  sunnite  y  domine.  Sennejr  ou  Sennek,  ville  princi- 


(0  llinérairc  inaDu«:rï(  ilu  gëjiciiil  Fabvi 


1 


ASi  R  :  JLa  Perse.  3S^ 

pale  des  Kourdes,  renferme  3ooa  maiaotis;  ette  est  en- 
vironnée de  belles  cultures.  Tout  le  pays  peut  fournir 
îio,ooo  cavaliers.  Il  y  a  des  tribus  entièrement  indépenf 
dantes,  telles  que  les  MektiS,  dont  la  capitale  se  nommé 
Soouk'Boulak.  (  Fontaine-Froide  ).i» 

C  est  ce  pays  qui  a  fait  donner  le  nom  de  Kottrdtstan  t 
toute  la  province  dont  Kirmanchah  est  le  chef*lieu.  Sui- 
vant un  des  compagnons  de  l'ambassadeur  anglais  ^  sir 
John  Malcolm,  la  civilisation  n*a  pas  fait  assex  de  progrès 
dans  le  Kourdistan  pour  que  la  population  «e  réunisse 
dans  des  villes  et  dans  des  villages  :  elle  est  disséminée  dans 
des  cabanes  éparses  çà  et  là  et  dans  de  petits  campSé  Les 
habitans  de  Senneh  sont  les  moins  barbares  de  tous  ceox^ 
de  la  province;  cette  ville  est  le  chef  «lieu  du  district  de 
Dlnaçer  ou  d^Ardelan;  le  valiy  ou  vice-roi  des  Kouitles, 
déploie  un  grand  luxe  à  sa  cour*  Une  preuve  de  tolérance 
remarquable  de  la  part  de  ce  peuple,  c'est  l'existence  à  Sen- 
neh d'une  population  de  chrétiens  nestoriens  qui  y  pos-^ 
sèdent  une  petite  église.  Le  gouvernement  persan  laisse 
les  Kourdes  s'administrer  par  eux-mêmes.  En  général 
ceux-ci  préfèrent  la  vie  nomade  à  hi  vie  sédentaire.  Ler 
Kourdistan  manque  de  bois  conmoe  la  phipait  des  pro-^ 
vinces  de  la  Perse;  il  formait  chez  les  anciens  une  partie 
de  la  Médie. 

«  Nous  connaissons  mieux  ÏAsserboidjany  qui  est  XAder-^ 
baïdjan  du  Zend-Avesta,  et  ÏAthjpatèné  des  anciens;  ces 
noms  signifient  Pays  du  fou  (i) ,  soit  que  le  culte  da  feu  y  ait 
pris  naissance,  soit  qu'on  ait  voulu  faire  alluÀon  aux  vidiensr 
treniblemens  de  terre  auxquels  cette  contréei  est  suj^^tte  ; 
soit  enfin  parce  qu'elle  comprenait  jadis  le  district  de  Ba- 
kou. C'est  un  pays  montueux,  ftpre  et  froid,  mais  pai;semé 
de  vallées  très-fertiles  en  grains,  en  fruits  et  en  garance.  * 

(')  Siraboiif  lib.  XI,  cap.  xviii. 


L 


36o  LIVltE    CEST    VlMCT-airriÈME. 

Il  j  a  peu  de  déserts,  et  ceux  qu'on  y  reniaïque  soBt 
d'une  faible  étendue.  Le  sol  est  en  général  eomposc  d'une 
sorte  d'argile,  et  couvert  de  plusieurs  espèces  de  plantes 
du  genre  loude;  cette  argile  est  salée  et  les  sources  qui  y 
coulent  contractent  bientôt  un  goût  sauniâtre  qui  empêche 
qu'on  puisse  se  servir  de  leurs  eaux. 

■  On  voit  Tebrizou  Tauris,  ville  constdérabie.  I^s bazars 
ou  marchés  et  les  autres  édifices  publics  sont  vastes  et  spa- 
cieux; et  l'oD  dit,  avec  quelque  exagération,  que  la  grande 
place  (Meùlan)  a  contenu  jusqu'à  3o,onu  hommes  i-angés  en 
bataille.  Tauris  a  été  la  résidence  des  monarques  de  la  Perse 
pendant  plusieurs  siècles.  Elle  fait  encore  un  grand  com- 
merce en  soie.  L'abord  continuel  des  Turcs,  des  Géorgiens  et 
desKourdes,  lui  donne  l'apparence  d'une  ville  bien  peuplée. 
On  y  prépare  une  grande  quantité  de  peaux  de  chagrin  , 
dont  les  Persans  se  servent  pour  leurs  souliers.  Cette  ville 
est  remarquable  par  ses  belles  mosquées  couvertes  <le 
briques  vernissées,  et  ou  l'on  a  prodigué  l'albâtre,  com- 
mun dans  les  environs.  • 

Ce  qu'elle  offre  de  plus  remarquable  est  le  Ka'ùteiiê/i , 
regardé  par  les  voyageurs  comme  le  plus  beau  bazar  de 
ta  Perse,  et  surtout  la  citadelle  d'Aly-Chah  {^Ark-Aly- 
Chah  }  dans  laquelle  Abbas  -  Mirza  a  établi  un  arsenal 
organisé  à  l'européenne  et  qui  passe  pour  le  plus  bel  éta- 
blissement militaire  de  la  Perse.  Les  hautes  murailles  de 
Tauris  sont  garnies  de  tours  que  ce  prince  a  essayé  de 
transformer  en  bastions.  Cette  ville  est  la  seconde  de  la 
Perse,  bien  qu'on  ne  soit  pas  d'accord  sur  sa  population 
que  les  uns  partent  à  5o,ooo,  et  d'autres  à  80,000,  et  même 
IV  100,000  àiues.  Lorsque  Chardin  la  visita  elle  en  contenait 
selon  lui  .'ÎSoiOooj  mais  elle  est  tellement  exposée  auxtrem- 
blemens  de  terre  que  la  plupart  des  édifices  que  ce  voyageur 
y  remarqua  n'existent  plus,  que  le  Meïdaii  est  encore  couvert 
de  ruines  et  que  les  environs  de  la  ville  ont  été  bouleversés. 


AsiK  :  La  Perse^  36» 

La  partie  sud-ouest  de  TAzerbaïdjan ,  qui ,  outre  Tauris, 
renferme  la  ville  de  Maragha^  est  prescfue  entièrement 
comprise  dans  le  bassin  du  lac  d!  Oiumiak.  Les  bords  de  ce 
lac  sont  garnis  de  carrières  de  marbre.  A  une  lieue  de  Ja 
côte  occidentale  s  élève  entre  des  montagnes  escarpées  la 
ville  qui  donne  son  nom  au  lac  et  ^i  passe  pour  être,  la 
patrie  de  Zoruastre»  L'hiver  y  règne  pendant  9  mois.  Our- 
miah  ^  ou  bien  Ouroumieh ,  signifie  "ville  romaine ,  parce 
qu'après  la  destruction  d'Antiodie  elle  fut  peuplée  avec  les 
babitans  captifs  de  celle-ci.  Maragba,  cité  de  12,000  àmes^ 
est  grande  et  passe  pour  une  des  principales  pJacesfortes  de 
la  Perse..  On  y  remarque  de  vastes  souterrains  taillés  dans^  le 
roc  et  les  restes  d'un  superbe  observatoirCé  Selmas^  entourée 
de  jardins  délicieux,  et  renfermant  i5,ooo  individus,  en 
partie  nestoriens ,  possède  des  sources  d'eaux  sulfureuses. 
M.  Ker-Porter  a  découvert  dans  son  voisinage  des  bas-reliefs 
du  temps  desSassanides,  analogues  à  ceux  de  Kirmancbarh. 
«  La  ville  de  KheA^  qui  n'est  pas  fort  ancienne,  dit  M.  Jaju- 
bert,  a  des  fortifications  régulières.  On  n'y  voit  pas  un 
grand  nombre  de  mosquées  ni  dé  maisons  considérables; 
mais  les  rues  sont  ombragées  d arbres,  et  l'on  y  trouve 
un  assez  beau  caravansérail  spécialement  réservé  pour  les 
marchands.  On  peut  évaluer  à  20,000  âmes  la  population 
de  cette  ville,  dont. les  habitaus  se  disent  aussi  d'origine 
tatare,  et  qui  a  valu  à  la  contrée  le  surnom  de  Turkestan 
persan*  Les  troubles  qiû  ensanglantèrent  k  règne  d'Aga- 
Mehemed-Kliau  furent  .nuisibles  à  Khoï,  en  forçant  .un 
grand  nombre  de  familles  à  s'expatrier.»  A  11  lieues,  à 
l'ouest  le  Tèlkh'Tçhaï  ou  le  fleuife  am^ry,  ^Qn%  Jes'eaux 
sont  sauraàtres,  va  se  jeter  dans  le  laCj.on  reiiïarque  sur 
cette  rivière  un  pont  solidement  construit ^  dont  les  arches 
posent  sur  des  piles  en  granité  noir  ornées  d'ancienhes 
sculptures.  A  12  lieues  au  nord-ouest  de  Tauris,  Marend^ 
l'antique   Movunda^  peuplée   de   8   à   10,000  àmes^  est 


H  moins  une  ville 

H  les  maisons  sont 


IK    CENT    VIXCT-milTIH 


L 


moins  une  ville  qu'iioe  réunion  de  plusieurs  villages  liunt 
les  maisons  sont  sépai'ées  par  de  grands  vergers.  La  partie 
nnrd-ouest  de  l'Azerbaïdjan  est  formée  par  le  bassin  du 
Karasou,  rivière  qui  s'écoule  dans  l'Araxe.  On  y  trouve  la 
ville  A'Ardebil,  bonne  place  de  commerce  plutôt  que  place 
de"  guerre  ;  ses  fortifications  sont  tout  au  plus  médiocres. 
Elle  est  en  vénération  chez  les  Persans,  parce  qu'elle  ren- 
ferme les  tombeaux  Je  Seii,  clief  de  la  dynastie  des  SopJiis, 
et  ceux  (le  plusieurs  princes  de  celte  race.  Avant  la  dernière 
guerre  contre  les  Russes  elle  possédait  la  plus  riche  collec- 
tion de  manuscrits  de  l'Orient  qui  font  aujourd'hui  l'une 
des  principales  richesses  de  la  bibliothèque  impériale  de 
Saint-Pétersbourg.  Dans  les  environs  on  cueille  d'excellens 
fruits;  de  nombreux  canaux  d'irrigation  font  prospérer 
l'agriculture. 

•  Nous  avons  décrit,  dans  la  région  caucasienne  W ,  les 
provinces  de  Chîrvan,  de  Daghestan  et  de  Géorgie,  ainsi 
que  l'Arménie,  qui  long-temps  ont  appartenu  à  la  Perse, 
mais  qui  aujourd'hui  se  trouvent  sous  la  domination  russe. 
Nous  passons  à  la  partie  de  la  Perse  qui  borde  la  mer  Cas- 
pienne. 

-  A  l'est  de  l'Arménie  et  de  l'Azerbaïdjan ,  au  sud  du 
Chirvan,  s'étend  la  fertile,  riante,  mais  malsaine  province 
de  Ghilan.  I^s  nombreuses  rizières  et  les  montagnes  boi- 
sées y  rendent  l'air  épais.  Un  voyageur  assure  qu'en  tra- 
versant les  forêts  qui  la  remplissent,  il  ressentit  subitement 
des  maux  de  tête  et  un  malaise  qu'il  ne  pouvait  attribuer 
qu'aux  fortes  exhalaisons  des  plantes,  des  arbres  et  des 
eaux  stagnantes  W.  L'extrême  humidité  de  l'air  introduit 
la  rouille  même  dans  l'intérieur  des  montres  que  l'on  garde 
avec  le  plus  de  soin.  Les  habitans  observent  que  les  femmes, 


Li^re  rXXJl,  p.  W.  .)1  .iiiv.  - 


I 


ASIE  :  La  Perse.  363- 

les  mulets  et  la  volaille  jouissent  d*une  bonne  santé.  Juin  y. 
juillet  et  août  sont  les  mois  les  plus  malsains  de  l'année*  Les 
chaleurs  élèvent  sur  les  rizières  et  les  marécages  des  va- 
peurs qui  occasionent  des  (lèvres  presque  générales.  Il  pleut 
ordinairement,  et  avec  force,  en  octobre,  en  novembre 
et  en  décembre.  En  174I9  II  tomba  une  si  prodigieujie 
quantité  de  neige  dans  le  Gbilan,  que  pendant  plusieurs 
jours  les  habitans  ne  purent  communiquer  entre  ^ux  que 
par  le  toit  de  leurs  maisons ,  qui  ne  sont  pas  très-hautes. 
  Recht,  des. maisons  sont  renversées  et  une  partie  de  la 
ville  inondée  en  moins  de  deux  heures  par  de  violens  ora- 
ges. Le  printemps  dure  plusieurs  mois  :  c'est  la  saison  la 
plus  saine  dé  Tannée.  Les  prés  et  les  bois  restent  toujours 
éroaillés  de  fleurs.  Le  sol  y  est  extrêmement  fertile,  et  pro- 
duit du  chanvre,  du  houblon,  et  presque  toutes  sortes  de 
fruits  sans  culture.  Les  oranges,  les  limons,  les  pêches  et 
les  grenades  y  abondent.  Ici,  comme  aux  bords  du  Missis^ 
sipi,  les  lianes  étouffent  les  chênes,  les  ormes,  les  frênes,, 
sous  le  luxe  brillant,  mais  funeste,  de  leur  végétation  pa-^ 
rasite.  Les  ceps  de  vigne  s'attachent  aussi  aux  arbres,  et 
croissent  naturellement  sur  les  montagnes;  mais,  faute  de 
culture,  le  raisin  n'est  pas  bon  pour  faire  du  vin,  à  moins 
qu'on  ne  le  mêle  avec  d'autres.  La  principale  production 
est  la  soie  (i)« 

«  Les  Ghilaniennes  ont  les  yeux  bleus,-  les  cheveux  blonds, 
la  figure  petite,  et  les  traits  délicats,  ainsi  que  la  taille.  Leurs 
enfans  sont  très-beaux  dans  leur  bas  âge,  mais  les  mâles 
changent  en  grandissant.  Les  hommes  sont  maigres,  sales ^ 
et  d'un  caractère  léger.  La  langue  qu'ils  parlent  leur  es( 
particulière,  et  n'a  aucun  rapport  ni  avec  i'ai'abe  ni  avec  le 
persan.»  ^ 

(0  Gmelin,  Voyages  en  Russie,  clc. ,  III ,  p.  44^  (en  ail.).  Jlanyvay  ^ 
Travels  in  Persia,  etc. ,  part.  Ih,  chap.  xl  et  xn.  Forster,  Voyage  du. 
Bengale  ,  etc. ,  trad.  de  Langlès  ^  II,  3ao. 


\ 


LIVRE    CEMT    VfNGT-lIUlTlIiMr:. 

■  Les  {^ilaniens,  dit  M.  le  général  Trézel,  sont  Jans 

-  l'usage  de  marcher  toujours  armés  de  carabines,  ou  au 
«  moins  d'un  épieu  et  d'un  couteau  suspendu  à  la  ceinture , 

■  à  la  manière  des  Géorgiens.  Un  grand  ne  sort  pas  de  ses 

•  domaines  sans  être  accompagné  d'un  l>on  nombre  de  fusi- 

-  liers  qui  chassent  ie  sanglier  chemin  t'arsanC.  Its  tii-ent 
"  juste  et  sont  fort  lestes.  J'ai  vu  souvent  ces  hommes  à  pied 

-  venir  au-devani  de  nous  à  plusieurs  treoes,  et  nous  pre- 

*  céder  constamment  nu  retour,  quoique  nous  allassions 
•■  quelquefois  au  grand  trot.  Ils  sautent,  en  criant,  dans 
■>  des  ruisseaux  où  ils  ont  de  l'eau  jusqu'à  fa  ceinture;  leurs 
»  chefs  les  animent  encore  en  doublant  le  pas,  et  en  leur 

■  adressant  quelques  mots  (l'encouragement  ['),  » 

La  supeiilcie  du  Ghilan  est  d'environ  600  lieues  carrées  ; 
sa  pt^ulatlon  de  5o,ooo  familles  d'environ  cinq  individus, 
et  ses  impùts  sont  évalués  à  a  millions  de  francs,  dont  les 
quatre  cinquièmes  seuls  entrent  dans  le  trésor  royal. 

Parmi  les  villes,  on  remarquera  Recht ,  capitale  de  la 
province,  située  à  deux  lieues  de  la  mer,  dans  le  canton 
qui  produit  la  meilleure  soie.  Cette  ville  peut  avoir  3ooo 
maisons ,  dont  les  trois  quarts  sont  éparses  au  milieu  des 
arbres.  Elle  est  dépourvue  de  tout  ouvrage  de  défense,  et 
même  de  clôture.  Les  maisons  sont  construites  en  briques 
cuites,  et  terminées  par  des  toits  peu  inclinés  et  couverts 
en  tuiles  rondes.  On  y  compte  3000  métiers  pour  la  fabri- 
cation de  la  soie  (3). 

Recht  renferme  les  restes  d'un  très-beau  palais  biiti  par 

un  riche  seigneur;  mais  le  fils  de  celui-ci  ayant  été  tué, 

,  ce  bel  édifice  a  été  abandonné,  et  tombe  aujoui-d'hui  en 

ruines.  La  répugnance  qu'éprouvent  les  Persans  à  habiter 

les  maisons  de  ceux  qui  meurent  de  mort  violente  explique 

(0    M.    J.    A«icrï,  Vin^ei.-  en   Ariiimiiu  r(  en  P.Tst  :  ^<'li.■^■  sur  k- 

kCUilitncl  leMa«n.lt:rjn.  — (■>  Ti.-M,  llintraLrc  .>iimi.stril.  ■      | 


ASIE  ;  La  Perse.  365 

poui'quoi  lant  de  villes  de  la  Perse  sont  remplies  d'IialH- 
tntions  ruinées.  On  dit  que  Reclit  paie  à  la  couronne 
3oo,ouo  francs  (le  contributions  fixes.  Les  Aaques  d'eau  et 
les  inorecages  situés  dans  ses  environs  en  rendent:  l'air  très- 
malsain. 

Le  port  de  Reclit  est  au  village  de  Zinzili  ou  à^EnzeU, 
dans  la  baie  de  ce  nom,  baie  de  6  lieues  de  longueur  et  de 
4  de  largeur,  qui  a  l'avantage  d'être  abritée  des  coups  de 
nier  par  une  langue  de  terre  large  d'une  demi-lieuc.  Ce 
port  est  fréquenté  par  les  I>âtimens  russes  d'Astraklian. 

Entre  Itecht  et  Ardebil  liabite  une  partie  de  la  tribu  des 
Talicbs.  A  5  lieues  à  l'ouest  de  Beclit,  la  ville  de  Foitipii, 
renonunée  pour  ses  belles  soies,  se  compose  d'un  millier 
de  maisons.  Lahidjan  en  contient  environ  1 200.  Cette  der- 
nière s'élève  au  pied  d'une  colline  boisée.  Le  khan  qui  j 
fait  sa  résidence  ne  paie  pas  d'inipâts,  maïs  il  tburnit  ses 
troupes  au  Chah  quand  ce  prince  est  en  guerre.  Leiigher- 
Rond,  située  sur  la  rivière  de  te  nom ,  qui  signifie  la  rivière 
ilu  mouillage,  est  le  port  de  Lahidjan ,  dont  elle  est  éloignée 
de  3  à  4  lieues.  Cette  ville  se  compose  de  6  à  700  inaisons 
réunies,  mais  en  compiend  un  plus  grand  nuuibre  disper- 
sées dans  ses  environs. 

■  Nous  avons  déjà  parlé  de  la  nature  calcaire  et  de  la 
grande  élévation  de  la  chaîne  de  montagnes  qui  séparent 
le  Ghiian  ainsi  que  te  Mazanderan  du  reste  de  la  l'erse.  Les 
vallées  enfermées  dans  cette  chaîne,  et  garanties  des  vents 
de  la  mer  Caspienne,  jouissent  d'un  air  sec,  d'une  tempéra- 
ture constante,  et  de  saisons  plus  distinctes  que  le  Ghiian 
maritime  (■}.  Deux  défdés  tracés  à  travers  cette  chaîne,  con- 
duisent, l'un  d'Ardebil  à  Astara,  J'autre  de  Kasvïn,  par 
lloudbar,  àRecht.  Un  troisième  délilé,  près  Lengkeritn, 
entre  les  montagnes  et  la  mer,  communique  avec  le  Chir- 


1>)  Gmelùi,  IV,  196.  Cdmp.  I 


ique  avec  le  Cliir-       ^H 


r 


366  LIVRE    CRHT    VINGT-IIU ITIKME. 

van.  Cette  partie  montagneuse  du  Ghilan  sappelle  le  Dylem 
ou  Deilnm,  d'après  une  tribu  qui  a  donné  des  souverains  à 
la  Perse,  et  que  Moïse  de  Kborène  cite  pour  la  première 
fois  sous  le  nom  de  DdmiW.  Le  nom  de  Ghilaniens  ou 
Ghelaky,  et  mieux  Ghilek,  est  le  même  que  celui  des  anciens 
Ge/œ.  Les  AmbarUns,  cest-à-dire  les  gens  de  la  valle'e,  ha- 
bitent un  district  gouverné  par  un  khan  particulier. 

"  Le  Mazanderan ,  situé  à  l'est  du  GWilan,  y  ressemble 
beaucoup.  De  hautes  montagnes  au  sud  ,  la  nier  Caspienne 
au  nord ,  enferment  des  vallées  couvertes  de  forêts,  et  en- 
trecoupées de  courans  très-rapides.  L'air  y  est,  du  moins 
en  quelques  endroits,  plus  pur  que  dans  le  Ghilan  W;  les 
habitans  sont  plus  forts ,  el  jouissent  d'une  meilleure  sauté. 
On  (lit  qu'ils  ont  les  sourcils  joints  et  beaucoup  de  cheveux. 
Us  se  nourrissent  de  riz,  de  poisson  et  d'ail.  Le  froment 
réussît  peu  dans  ce  pays;  mais  on  y  cultive  ia  cn/ine  ô  JHcre, 
chose  étonnante  pour  cette  latitude  de  87  degrés,  et  si 
près  du  centre  de  l'Asie,  Elle  mûrit  quatre  mois  plus  tût  que 
la  canne  des  Indes  occidentales;  elle  donne  beaucoup  de 
suc,  que  les  habitans  expriment  et  recueillent  sans  art,  sans 
soin  :  ils  n'en  tirent  qu'un  sirop  grossier  ou  une  pâte  épaisse. 
Le  mauvais  goût  de  ces  produits  pourrait  sans  doute  dis- 
paraître par  des  apprêts  plus  soignés.  Un  Russe  a  tenté,  mais 
«ans  succès,  d'établir  ici  une  raffinerie  de  sucre  (3),  » 

Les  habitans  du  Mazanderan  ont  le  teint  plus  basané 
^jue  celui  des  Persans  méridionaux;  leur  langage  est  aussi 
plus  informe  et  plus  dur.  Au  lieu  des  bonnets  cylindriques 
et  des  petites  calottes  dont  se  coiffent  les  Ghilaniens,  ils 
portent  un  cône  bas  et  pointu  fait  en  peau  d'agneau ,  ou  en 
drap  de  laine  bmne  que  l'on  fabrique  dans  le  pays. 

La  principale  ville  est  Baffrouck,  ou  Balfitrouch,  qui 

(■)  lfahl,k%ien ,  ! ,  p.  ^o,  noie.  — W  Gmelin.  ill.  4^7-17(1.  /fau^vaj-. 
TrayclE,  pnrt.  11,  cbap.  xm.  Pieti-o  dcUa  l'aile.  Il ,  joS  jf/7, 
!.'>)  3'rêxel,  llin^airc  n 


L         i 


ASIE  :  La  Perse.  367 

contient  au  moins  80,000  habitans,  surtout  pendant  Hiiver, 
parce  que  tout  le  peuple  des  montagnes  y  descend  avec  ses 
récoltes  avant  que  la  neige  en  encombre  les  chemins.  Elle 
possède  d'immenses  bazars  et  plusieurs  collèges,  qui  ont 
été  fondés  par  de  riches  seigneurs.  C'est,  dit  le  voyageur 
Fraser,  un  spectacle  curieux  en  Perse,  qu'une  ville  exclu- 
sivement livrée  au  commerce ,  entièrement  peuplée  de  mar- 
chands et  d  artisans,  jouissant  d'une  aisance  et  d  un  bonheur 
sans  exemple  dans  les  autres  parties  de  la  Perse.  Le  gou- 
verneur lui-même  est  un  négociant  (i).  Elle  fleurit  par  le 
commerce  de  la  soie.  On  travaille  le  fer  de  la  province  à 
Amoly  appelé  aussi  Amoul,  où  il  y  a  un  magnifique  pont , 
et  où  les  maisons  sont  épaisses  au  milieu  des  arbres  sur 
une  grande  étendue  de  terrain.  Le  nombre  de  ses  habitans 
est  d'environ  3o,ooo.  C'est  dans  ses  environs  que  sont 
situées  les  principales  mines  du  Mazanderan.  Sari  est  la 
résidence  des  khans.  C'est  une  ville  de  3o,ooo  âmes ,  dé- 
fendue par  des  fossés  et  de  mauvaises  fortifications.  Elle 
est  la  résidence  du  troisième  fils  du  roi  régnant  :  le  palais 
qu'occupe  ce  prince  est  petit  ^  mais  commode. 

«  Dans  l'agréable  et  pittoresque  canton  XAster-Abady 
qui  s'est  quelquefois  maintenu  indépendant  des  souverains 
de  la  Perse ,  on  trouve  la  ville  du  même  nom ,  qui  renferme 
40,000  habitans.  Elle  a  des  manufactures  d'étoffes  de  soie 
et  de  laine.  Le  voisinage  fournit  une  racine  précieuse  pour 
teindre  en  rouge  les  belles  étoffes  de  Perse.  Le  port  de 
Mechehedi'Ser^  qui  n'est  qu'un  village  situé  à  4  lieues  de 
Balfrouch ,  exporte  du  coton ,  de  l'indigo  et  des  drogueries 
de  l'Inde.  Aschrafj  où  Chah-Âbbas  voulait  établir  sa  rési- 
dence et  sa  marine,  a  vu  ses  palais  tomber  en  ruines  avant 
d'être  habités.  Le  Mazanderan  compte,  dit-on,  i5o,ooo 
familles  sédentaires;  ce  qui  donnerait  une^  population  de 

(0  Fraser:  Voyage  aux  côtes  do  la  mer  Caspienne. 


3G8  LIVIIE    CENT    VINGT-tlUlTIKMl:. 

ti  à  700,000  ilines ,  et  un  gi-and  nombre  de  tribus  nomaJet 
de  Kadjar,  de  Khodjavend  et  de  Modanlou. 

«  La  paiïie  montagneuse  Ju  Mazanderan  occidental  tou- 
che à  la  fffovince  appelée  Tabnriiftan ,  soit  du  nom  des 
anciens  Tapyri,  soit  d'un  mot  avabe  et  chaldeen ,  signifiant 
montagne  boisée.  C'est  ici  qu'un  long  défile,  la  principale  des 
portes  Cnspiatnes,  conduit  de  R«ï  à  Amoul.  Un  autre  défilé 
mène  du  Mazanderun  oriental,  par  le  district  de  Komis, 
dans  leKborassan.  Les  chemins,  dans  le  Mazanderan,sont 
très-mauvais:  point  de  navigation;  les  bateaux,  ouverts  et 
mal  gréés,  ne  peuvent  affronter  les  flots  ni  les  tempêtes. 
Les  maisons,  bâties  en  briques  ou  en  mortier,  ont  le  toit 
plat  (1).  Quand  un  voyageur  d<  distinction  entre  dans  un  vil- 
lage, leshabitans  assembles  érigent  unarbi'een  son  honneur, 
et  lui  doanent  le  spertacle  d'une  lutte.  Les  Ghijaniens,  ainsi 
que  nous  l'avons  dit,  portent  le  Lionnet  coniijuei  celui  des 
Mazanderanicns,  entouré  de  fourrures,  s'allonge  en  pointe 
secourbée.  La  jatjuettc  ouverte  et  le  pantalon  leur  donnent 
un  air  plus  européen  <pie  les  autres  Persans  (a),  > 

Fcrh-jihad  passe  pour  fitre  la  capitale  du  Mazanderan. 
C'était  autrefois  fa  résidence  de  Chak-Abbas- le -Grand  ,  qui 
y  mourut  en  16:18.  Elle  est  située  sur  le  bord  de  la  mer 
Caspienne,  à  l'embouchure  de  la  rivière  <1«  Tliedjïn.  Les 
ruines  de  son  ancien  palais  et  de  ses  autres  édifices  attestent 
encore  la  magnificence  de  son  fondateur  et  la  prospérité  dont 
elie  jouissait  lorsque  sa  population  s'élevait  à  environ  20,000 
âmes.  Aujourd'hui  ce  n'est  plus  qu'un  misérable  village. 

La  province  de  Taharistan  ou  Tabéristan  est  bornée  au 
tiord  par  le  Mazanderan,  à  l'ouest  par  le  Ghilan ,  au  sud 
par  rirak-Adjémi ,  et  à  l'est  par  le  Khorassan.  Sa  longueur 
est  ile  plus  de  100  lieues,  su  largeur  moyenne  de  20  envi- 


b 


')  Fanler.  Il,  3i5,  (raduct.  de  laiiff^j.  — (')  Vojiii  la  fig.  1 
;s  la /'ervi'u  lies  Elzcv.  Ti'èzel,  Uiiulraire  raaiiuscril. 


I 


ASIE  :  La  Perse.  869 

ron.  C'est  un  pays  montagneux,  dont  la  température  est 
douce ,  et  dont  le  sol  est  généralement  peu  Fertile.  Son  chef- 
lieu  est  Damavetul,  ville  de  a  à  3ooo  âmes,  située  dans  une 
vallée  au  pied  des  monts  Elbours.  L'édifice  le  plus  remar- 
quable est  une  mosquée  dominée  par  une  vieille  tour  qui 
sert  de  minaret.  La  seule  autre  ville  que  nous  ayons  à  men- 
tionner, malgré  sou  peu  d'importance,  est  Damgkan  oii 
Damagartf  jadis  florissante  sous  le  nom  d'Hecntonpylos , 
aujourd'hui  misérable  amas  de  maisons  en  ruines,  donne 
encore  son  nom  à  un  |)ays  qui  comprend  la  partie  orientale 
du  Tabarîstan. 

■  Deuxgrandes  portions  de  laPersea[^ellent  nos  regards! 
l'une  inclinée  vers  le  golfe  Persique  et  la  mer  des  Indes, 
l'autre  appuyée  à  la  Tatarie.  Parcourons  d'abord  la  première. 

•  En  allant  d'Ispahan  an  sud-ouest,  on  traverse  d'abord 
les  monts  El-j4kvas,  nommés  anciennement  Parachoatra, 
c'est-à-dire  montagnes  de  feu{i];  il  s'ouvre  ensuite  une 
grande  plaide,  oîi  serpentent  une  infinité  de  rivières,  et  où 
règne  une  chaleur  humide  :  pour  tout  arbre  on  voit  le  pal- 
mier; pour  toute  culture,  quelques  rizières.  C'est  l'ancieime 
Susiane;  mais  Suse,  ou  la  cité  de^  lis  (3),  le  séjour  le  plus 
voluptueux  de  toutes  les  résidences  des  grands  rois,  n'est 
plus  qu'un  monceau  de  ruines;  la  Susiane  même  a  perdu 
son  nom.  Celui  de  Khouzistan,  sous  lequel  les  géographes 
la  connaissent  depuis  d'Anvilte ,  aurait ,  selon  Niebuhr , 
disparu  à  sun,tour,  et  le  pays  ne  porterait  que  le  nom  de 
Louristan.  Mais  de  savans  orientalistes  prétendent  que  le 
véritable  nom  général  de  la  province  est  Khourestân,  et 
qu'elle  embrasse  quatre  sous-divisions  :  i"  le  Ahouazistan, 
qui  répond  au  pays  des  anciens  Uxii^  et  qui  jouit  d'un  air 
tempéré;  a"  le  Khouzistan,  qui  est  le  pays  des  anciens 
Cossœi,  peuple  montagnard  et  redouté  par  ses  brigandages; 

(')  Hadgi-Khalfak ,  jihou^eda ,  elc.  — ^<*}  Sui ,  un  lia  en  persan. 

vm  »4 


l\-]0  LIVRE    CRiTT    VIIÏGT-milTIKMr, 

c'est  le  même  que  le  Louristan  ;  3"  le  Souzistan,  on  la  Susiane 
proprement  dite;  et  4"  \'Elain,  ou  rÉIymaide,  qui  s'ëtend 
vers  les  bouches  de  l'Euphrate  (■)■  " 

Dautres  ne  partagent  cette  province  qu'en  trois  parties  : 
au  centre  le  Kfioiizistan  propre,  ou  l'ancienne  Susiane; 
au  nord  le  Lourestan  ou  l'Elymaîde  ;  et  au  sud  le  pays 
d'jihouaz  ou  X Ahouazistan. 

'  Des  tribus  arabes  ont  dévasté  l'Ëlam  et  le  Souzistan , 
contrées  fertiles  et  malsaines.  La  tribu  de  Kiab  est  devenue 
célèbre  depuis  que  le  cheik  Soleyman ,  en  176^ ,  s'empara 
de  trois  bâtimens  de  guerre  anglais,  et  se  rendit  maître  de 
tout  le  golfe  Persique.  La  ville  de  Chouchter  ou  Ckouster, 
soumise  à  la  Perse ,  fait  un  bon  commerce  en  draps  d'or  et 
en  soie,  et  paraît  renfermer  20,000  habitans.  On  y  re- 
marque  un  bel  aqueduc  qui  fut  construit  par  Sapiir.  " 

C'est  dans  ses  environs  que  se  trouvent  quelques  ruines  qui 
marquent  l'emplacement  de  l'an  tique  et  célèbre  ville  deSuse  : 
ce  sont  des  vestiges  de  terrasses,  des  inscriptions  en  têtes  de 
clou,  et  un  tombeau  que  l'on  prétend  être  celui  du  pro- 
phète Daniel,  et  qui  est  pour  les  juifs  un  lieu  de  pèlerinage. 

Disfoulf  où  l'on  voit  un  des  plus  beaux  ponts  de  la 
Perse,  paraît  être  une  ville  de  i5,uoo  âmes.  Dans  ses 
environs  se  trouvent  les  ruines  d'une  antique  cité  que  les 
Persans  nomment  Chouch,et  que  le  savant  M.  de  Hammer 
croit  être  Éfymaïs,  jadis  renommée  par  son  temple  de  Diane. 
Goban,  sur  le  golfe  Persique,  à  38  lieues  de  Cbouster,  est  la 
résidence  d'un  cheik,  de  la  tribu  de  Beni-Kiab.  Havizé  ou 
Haviza,  oùdemeure  un  autre  cheik,  renferme  2000  mai- 
sons. Kourmaabad  ou  Khoun-emâbâd ,  appelé  aussi  Khor- 
remabad,  qui  parait  être  l'antique  Corbiena,  est  défendue 
par  un  fort  dans  lequel  réside  le  khan  des  Feïli 


(')  Ilaïa. Asleu.  I,  r,oo.  ÀsMmam  ,  Bibliotlici 


t.,  III,  part. 


,  p.  {i()-43i.  Micliaelis,  spicileg.  Gci^aph,  Hebr.  exicr. ,  II,p.  68- 


ASIE  :  La  Perse.  871 

,  Le  Khuuzistan  renferme  des  montajrnes  peu  élevées, 
mais  dépourvues  de  végétation;  cependant  quelques  unes 
de  leurs  olnies  passent  pour  atteindre  environ  i5oo 
toises  de  liuuteur  au-dessus  du  niveau  de  la  nier.  Le  sol 
de  cette  province  ne  jouit  de  quelque  fertilité  que  dans  les 
lieux  où  les  irrigations  sont  faciles,  mais  elle  manque  de 
forêts,  et  dans  quelques  parties  les  roseaux  et  les  joncs 
servent  à  la  construction  des  tiabitations  et  remplacent  le 
bois  de  cliauffage.  Sa  population  se  compose  de  Tadjtks, 
de  Sahin  ou  clirétiens  johannites,  de  Louivs,  qui  se  divisent 
en  FeïU  et  en  Bn/iktiaris,  d'Erdilanù  et  d'Arabes,  ainsi  que 
de  quelques  autres  tribus  moins  importantes. 

»  De  Chouster  on  peut  entrer  par  la  ville  de  Ragian  ei  les 
défilés  de  Zindjerân,  les  anciennes ^orfef  de  In  Susiane  (1) , 
dans  le  Parsistan,  ou,  comme  disent  les  Persans  modernes, 
le  Farsistaii  ou  le  Fars,  la  Persis  des  anciens ,  la  plus  belle 
province  du  royaume,  et  qui  renferme  la  seconde  ville  en 
importance  et  en  célébrité.  Cliiraz,  capitale  du  Farsistan, 
est  située  sur  le  Roknubad,  dans  une  vallée  fertile  d'envi- 
ron 26  milles  de  longueur  sur  12  de  largeur,  fermée  de 
tous  côtés  par  de  liantes  montagnes.  Le  tour  de  la  ville 
est  d'environ  4  milles  :  elle  est  protégée  par  un  mur  de 
a5  pieds  de  liauteur  sur  10  d'épaisseur,  avec  des  tours 
rondes  de  80  pas  en  80  pas.  Ses  rues  sont  étroites  et  mal 
pavées.  La  citadelle  est  bâtie  en  briques;  elle  est  précédée 
d'une  grande  place,  garnie  d'un  pai'c  de  misérable  artille- 
rie. La  mosquée  du  Régent,  bâtie  par  Kerym,  est  magni- 
fique, mais  elle  n'est  pas  achevée.  La  principale  est  celle 
à'j4labe}'C/'aA.  Les  Persans  modernes  semblent  exceJW 
dans  l'art  de  peindre  en  bleu  et  en  or,  d'une  manière 
brillante  et  durable.  Le  bazar,  dit  du  vékii,  offre  un  ma- 
gnifique assemblage  de  boutiques.  Les  bains  peuvent  riva- 

10  Quint.  Otrt.  ,  V,  3-4.  Kaixpfer,  AmcEnit.  cxol. ,  p.  .165. 


r 


3'J-X  LIVRE    CENT    Vr«GT-HClTrtME, 

liser  avec  les  plus  beaux  de  l'Orient,  Le  tombeau  de  Hafiz, 
i'Anacréon  persan,  est  au  nord-est,  à  deux  milles  des  rem- 
pni'ts.  On  voit  aussi,  hors  de  ses  murs,  celui  du  célèbre 
Saady.  ■ 

Cette  ville,  qui  possède  ii  collèges,  ce  qui  lui  a  fait 
donner  par  les  Persans  le  surnom  de  Séjour  de  la  Science, 
paraît  renfermer  3o,ooo  habitans. 

n  II  n'y  a  pas  de  lieu  dans  l'univers  où  les  vivres  soient 
plus  abondans  et  meilleurs  qu'à  Chiraz.  On  ne  peut  ima- 
giner une  vallée  plus  délicieuse  que  celle  où  est  située 
cette  ville.  Les  champs  s'y  tapissent  d'immenses  récoltes 
de  riz,  de  froment  et  dorge  :  on  commence  à  les  couper 
dans  le  mois  de  mai,  et  la  moisson  est  ordinairement  ter- 
minée à  la  mi-juillet.  On  y  mange  beaucoup  de  fruits, 
des  mêmes  espèces  que  ceux  d'Europe,  mais  qui  sont  infi- 
niment plus  gros,  et  qui  ont,  particulièrement  les  abricots 
et  le  raisin,  beaucoup  plus  de  saveur  et  de  pariumO). 
Chiraz  est  sous  le  plus  beau  climat  du  monde,  et  jamais 
on  n'y  ressent  ni  chaleur  ni  froid  extrêmes.  Pendant 
le  printemps,  des  Heurs  de  toute  espèce  et  de  toutes  les 
couleurs  parfument  un  air  déjà  naturellement  doux.  Le 
rossignol  de  jardin,  que  les  Persans  appellent  bulbul- 
heza)'dactan  ['i) ,  le  chardonneret  et  la  linotte  unissent, 
dans  cette  belle  saison,  leurs  mélodieux  accens.  Tant  d'a- 
grémens  réunis  à  la  politesse  des  habitans  et  à  lexcellence 
de  la  police,  excusent  les  prétentions  des  h»bitans  de 
Chiraz,  qui  assurent  que  leur  ville  n'a  pas  d'égale  dans 
l'univers.  De  si  charmantes  scènes  étaient  bien  capables 
d'inspirer  la  verve  d'un  Hafiz,  d'un  Saady  ou  d'un  Djamy. 
Mais  ce  qui  sans  doute  animait  le  plus  ces  poètes  élégans 
et  tendres,  c'étaient  les  dames  de  Chiraz,  si  célèbres  par 


(•)  Franklin,  Vojsge  ilu  Bengale  à  Schirax ,  dan«  U  Collecl 
Voyages  de  langlia.  ch.  ii-xiv. —(■)  Tardas  babil,  Gmtlin. 


I 


ASIE  :  La  Perse.  3^3 

leur  beaulé  et  surtout  par  leurs  grands  yeux  noirs.  Hëlas! 
cette  ville  joyeuse  et  pacifique  iia  pu  échapper  au  démon 
des  révolutions  poliiiques.  Prise  d'assaut  plus  d'une  fois, 
elle  a  été  livrée  aux  ilammes  et  au  pillage.  Souvent  aussi 
les  treiubleniens  de  terre  y  ont  exercé  leurs  ravages  ;  en 
1834  elle  en  ressentit  un  qui  renversa  ses  principaux  édi- 
fices, et  fit  périr  2000  habitans. 

«  On  ne  peut  faire  un  pas  en  Perse  sans  rencontrer  quel- 
que monument  de  la  cruauté  des  conquérans  et  des  vicis- 
situdes humaines.  A  la  lieues  au  nord-est  de  Chiraz,  et 
à  3  ou  4  lieues  à  Test  du  bourg  de  Main,  célèbre  par  ses 
grenades,  se  trouvent  les  ruines  fameuses  A'Istakhnr  ou 
Persépolis,  ancienne  capitale  de  la  Perse,  détruite  non  pas 
par  Alexandre,  comme  dit  Quinte-Curce,  mais,  au  Vil" 
siècle,  par  les  Arabes,  ainsi  que  l'a  prouvé  M.  Langlès  dans 
un  savant  et  curieux  Mémoire  (').  Ces  ruines  occupent  une 
étendue  de  plus  de  S  lieues,  au  nord-ouest,  au  nord,  au 
nord-est  de  Chirnz;  sur  leur  emplacement  s'étendent  des 
champs  fertiles  et  s'élèvent  plusieurs  villages,  entre  autres 
Mourghab  et  MeMacM.  Les  principales  sont  situées  sur  une 
émincnce  en  forme  d'amphithéâtre  d'où  l'on  jouit  de  la  vue 
d'une  plaine  immense.  Les  restes  de  l'ancien  palais  occupent 
une  plate-forme  taillée  dans  le  roc,  dont  les  quatre  côtés  ré- 
pondent aux  quatre  points  cardinaux.  La  montagne  est  un 
ensemble  de  plusieurs  terrasses,  les  unes  au-dessus  des  au- 
tres, où  l'on  monte  par  un  escalier  de  marbre  bleu  de  5oo- 
marches,  sur  lequel  dix  cavaliers  pourraient  passer  de  front. 
Au  haut  de  chaque  terrasse  se  trouvent  des  restes  de  por- 
tiques et  des  chambres  spacieuses.  Les  premiers  objets  qui 
frappent  la  vue  en  y  entrant  sont  deux  portiques  de  pierre, 
qui  peuvent  avoir  chacun  5o  pieds  de  haut.  Deux  sphinx 


(■)  Miimoiro  sur  Perw^polis ,  .l\ipi 
Collection  des  Vojages  de  H.  Langlii , 


374  LIVBK    CEKT    VINGT-HUiTltaiï. 

debout,  et  d'une  énorme  grosseur,  en  ornent  les  côtés,  dont 
la  partie  supérieure  est  couverte  d'inscriptions  grecques, 
arabes,  koufiques,  persanes,  et  en  caractères  à  tètes  de 
clou.  Non  loin  des  portiques,  on  monte  par  un  escalier 
assez  doux  à  la  grande  salle  des  colonnades.  Les  deux 
côtés  de  cet  escalier  sont  cbargés  d'une  foule  de  figures  en 
bas-reliefs,  dont  plusieurs,  placées  d'espace  en  espace, 
tiennent  des  vases  à  la  main.  Des  chars  de  triomphe  à  la 
romaine,  des  chameaux,  des  chevaux,  des  bœufs  et  des 
moutons,  font  partie  de  celte  sorte  de  cortège.  Au  bas  de 
l'escalier  on  remarque  un  lion  saisissant  un  taureau.  Quant 
aux  colonnes  qui  formaient  la  salle  dont  nous  venons  de 
parler,  il  en  reste  encore  quinze  entières  et  debout.  Elles 
ont  de  70  à  80  pieds  de  hauteur,  et  on  peut  les  regarder 
comme  des  chefs-d'œuvre  de  construction.  » 

Vers  le  fond,  contre  le  rocher  auquel  le  gigantesque 
palais  était  adossé,  on  remarque  deux  tombeaux  taillés  dans 
le  roc  et  dont  on  n'a  point  encore  pu  découvrir  l'entrée. 
Les  escaliers,  les  portiques,  toutes  les  parties  de  l'édifice 
3ont  en  marbre,  et  les  pierres,  bien  qu'aucun  ciment  ne  les 
retienne,  sont  si  bien  liées  ensemble,  qu'il  faut  beaucoup 
d'attention  pour  en  distinguer  les  jointures.  Quelques  uns 
des  bas-reliefs  qui  ornent  le  palais  représentent  ici  un 
prince  recevant  les  grands  de  sa  cour,  là  des  cérémonies 
religieuses.  Dans  quelques  uns  ce  sont  des  combats  d'ani- 
maux la  plupart  fabuleux.  Ailleurs  c'est  un  personnage 
de  haute  stature ,  couvert  de  longs  vètemens ,  la  tiare  sur 
la  tète  et  le"  sceptre  à  la  main  ;  derrière  lui  sont  des  figures 
de  moindre  dimension  sans  coiffure  :  l'une  portant  un  pa- 
rasol qu'elle  étend  au-dessus  de  la  tête  du  principal  per- 
sonnage ,  l'autre  tenant  un  chasse -mouches. 

«  Ne  pouvant  décrire  en  détail  ces  magnifiques  restes , 
nous  nous  bornerons  à  faire  observer  que  tout  le  palais  a 
4200  pieds  de  France  de  circonférence;  la  façade  a  600 


ASiF  :   La  Perse.  3^5 

nos  du  nord  nu  sud,  et  390  de  l'est  â  l'ouest.  H  est  connu 
lans  l'Orient  sous  le  nom  de  Tchihil-minar,  c'est-à-dire  les 
■quarante  colonnes,  et  sous  celui  de  Takht'Djemchyd ,  ou 
trûne  de  Djemcliyd  (').  » 

D'après  les  recherches  de  plusieurs  savans  recomman- 
dnbles,  tels  que  MM.  Sitvestre  de  Sacy,  Grolefend,  de 
Hammer  et  Saint-Martin,  qui  ont  étudié  les  inscriptions 
de  ce  palais,  tout  porte  à  croire  que  c'est  celui  qui  fut 
briMé  p.ir  Alejtandre  lorsque  égaré  par  les  fumées  du  vin 
il  TTOulut  signaler  à  jamais  la  chute  de  l'empire  de  Cyrus. 
Saint-Martin  rapporte  à  la  langue  zende  tes  inscriptions 
en  têtes  de  ciou.  Sous  le  nom  de  Daréïousch  il  y  reconnaît 
Darius;  sous  celui  de  Vyscktasp ,  Hystaspes,  et  sous  celui 
de  Khschéarscha,  le  nom  original  de  Xercès,  comme  on 
(lirait  aujourd'hui  d'un  roi  de  Perse  qui  se  nommerait 
Khschéar,  Chak-Kksckèar  ou  Kkschéaf-Chah.  Sur  l'une  de 
celles  qu'a  données  ïïiebuhr  il  a  lu  :  Darius,  roi  puissant, 
roi  des  rois,  roi  des  dieux,  Jils  d^ Hjrstaspes.  Sur  une  autre  : 
Xercès,  roi  puissant,  roi  des  rois,Jils  du  roi  Darius,  iCune 
race  illustre  [''). 

A  quelque  distance  au  nord  de  Tchihil-Minar  on  voit 
une  autre  montagne,  dans  laquelle  sont  creusés  quatre 
tombeaux  semblables  à  ceux  dont  nous  avons  parlé.  Cette 
montagne  porte  dans  le  pays  le  nom  de  Nakhchi-Roustem 
ou  figure  de  Roustem,  parce  que  le  peuple  a  cru  reconnaître 
l'image  de  ce  héros  persan  dans  un  des  bas-reliefs  qui 
ornent  les  quatre  tombeaux.  Ils  paraissent  se  rapporter  à 
la  dynastie  des  Sassanides,  c'est-à-dire  au  111'  siècle  de 
notre  ère.  Sur  l'un  c'est  Ormuzd,  le  génie  du  bien,  qui 
présente  à  Artaxercès  un  anneau  ou  diadème  ;  sur  un  autre 

I')  P«rKpi>)U  illustrais.  [j<i:<lri's.  i;:t>j,  in-r<>li<>.  Cliardiii,  V11I , 
■ii'i  sqif.  NielnJa;  Voyage,  11,  m  n/ç.  faleiilyn ,  Kam/'fei-,  elc. 
roni|i.  iHadof.  Sic.—^i")  .Siiiirt-jV«rw«  ;  Mémoire  rulalii"  aii\  unliqua» 
iirecriplioitï  ilc  Ptrst'polis, 


1 


r 


376  LIVIilî    CEHT    VlHGT-lIUlTriME. 

c'est  une  princesse  qui  reçoit  de  la  main  d'un  prince  le 
même  emblèmej  sur  le  troisième  c'est  un  homme  dans  la 
posture  d'un  suppliant  devant  un  prince  à  cheval  :  ce  tjui 
a  fait  présumer  que  ce  suppliant,  qui  est  en  costume  ro- 
main, représente  l'empereur  Valerleii  tombé  an  pouvoir  de 
Sapor  1".  A  peu  de  distance  de  ce  monument  on  en  voit  un 
autre  appelé  Nahcki-Redjeb,  orné  de  trois  bas-reliefs,  dont 
l'un  représente,  ainsi  que  l'indique  une  inscription  en  pehl- 
viet  eu  grec,  le  roi  Sapor  à  cheval,  suivi  de  plusieurs  person- 
nages de  sa  cour,  tandis  que  surles  deux  aulres  on  voit  deux 
princes  qui  paraissent  vouloir  s'arracher  un  diadème. 

Au  nord  de  ces  antiques  sculptures  on  remarque,  près  de 
Mourghab,  un  édifice  appelé  Meclilied-Maderi-Soleyman, 
c'est-à-dire  le  tombeau  de  la  mère  de  Salomon;  il  est  en 
marbre  blanc ,  et  de  forme  carrée ,  sur  un  énorme  piédestal. 
D'après  la  description  que  Dîodore  de  Sicile  donne  du  tom- 
beau de  Cjrus ,  M.  Ker-Porter  croît  y  reconnaître  le  mau- 
solée de  ce  prince,  de  même  qu'il  regarde  la  plaine  où  il 
est  situé  comme  celle  de  Pasargade. 

Les  aulres  villes  du  Farsistan  sont  nombreuses,  mais  la 
plupart  de  peu  d'importance  aujourd'hui.  lezil,  dont  le  nom 
s'écrit  aussi  Yezd,  est  la  plus  considérable.  Elle  est  située 
presque  au  centre  du  royaume,  dans  une  vaste  plaine  sa- 
blonneuse qui  s'étend  à  a  lieues  tout  autour,  sur  les  routes 
de  Kerman  et  d'ispahan,  et  peuplée  en  partie  par  des  Guè- 
bres  on  adorateurs  du  feu.  Les  murs  d'un  grand  nombre  de 
jardins  forment  la  clôture  de  la  ville;  on  y  entre  par  une 
vingtaine  de  portes  étroites  qui  sont  autant  de  ruelles.  Elle 
renferme  une  citadelle  entourée  d'un  fossé,  4 collèges,  ao 
mosquées  et  24  caravansérails;  elle  possède  des  manufac- 
tures florissantes  de  tapis  et  d'étoffes  faites  de  poil  de  cha- 
meau. Les  habitans  font  un  grand  commerce  de  soie  et  de 
toile  de  cotou.  Sa  population  est  portée  par  les  uns  à  4o,ooo 
âmes,  et  par  les  autres  à  60,000;  mais  c'est  probablement  en 


1 


ASIE  :  £a  Perse.  377 

y  comprenant  celle  du  eanton  ;  la  ville  seule  n*a  pas  20,000 
habitans.  On  y  remarque  une  quantité  de  ruines  qui  sont 
dues  à  un  de  ces  envahissemens  de  sables  transportés  il  y 
peu  d  années  par  les  vents,  comme  cela  arrive  fréquem- 
ment dans  cette  ville.  Les  environs  immédiats  sont  bien 
cultivés,  et  produisent  de  très-beau  blé. 

La  vallée  de  Bast,  dit  M.  de  Hammer^  est  une  des  plus 
ravissantes  de  la  Perse  :  elle  commence  à  4  parasanges  de 
Yezd  ;  le  Débala ,  qui  Tarrose ,  la  divise  en  germesir  et  ser-^ 
désir  y  c  est-à-dire  en  région  chaude  et  en  région  froide. 

Aherkhouh^  sur  la  Toute  de  Yezd  à  Chiraz,  et  sur  la  li- 
mite de  rirak-Âdjemi,  est  le  chef-lieu  d'un  district  qui 
renferme  quinze  villages.  Cette  ville,  après  avoir  été  impor- 
tante, est  réduite  à  3oo  familles.  Le  chemin  d*Aberkouh 
à  Yezd  traverse  une  portion  du  désert,  qui  nest  qu'une 
suite  de  marécages  salés. 

Komm-chah  ou  Koum-chah^  autrefois  florissante,  est 
remplie  de  ruines,  d  espaces  vides  et  de  bazars  déserts. 
Quelques  voyageurs  la  regardent  comme  occupant  l'em- 
placement de  l'ancienne  Obroatis  de  Ptolémée.  Sa  popu- 
lation est  de  4  à  5ooo  âmes.  Dans  une  vallée  longue  de  i  z 
lieues,  large  de  2  à  3,  et  qui  est  fertilisée  par  un  grand 
nombre  de  ruisseaux,  se  trouve  Kazroun  ou  Kazeroun^ 
ville  qui  a  été  presque  entièrement  détruite  dans  les  derniers 
troubles  civils  et  par  des  tremblemens  de  terre  récens.  Elle 
a  encore  4  mosquées  et  environ  4ooo  habitans.  C'est  dans 
ses  environs  que  se  trouvent  les  ruines  de  Chapour^  cité 
qui  fut  bâtie  par  Sapor  P^,  et  où  l'on  voit  les  restes  d'une 
citadelle,  plusieurs  bas-reliefs  sculptés  dans  le  roc,  et  un 
souterrain  qui  renferme  une  statue  colossale.  Ces  ruines 
ont  été  visitées  par  Morier  (i) ,  Ouseley  (2) ,  Johnson  (3)  et 


(0  Morier  :  Second  journey,  p.  69,  —  C*)  Ouseley  :  Travels ,  lom.  1 , 
p.  280. — (})  Johti son  :  IV^  liyrahon. 


3^8  LIVRK    CENT    VINGT-Hlllïli'.MR, 

M,  Alexandef.  Elles  occupent  les  deux  rives  du  fleuve  CIir- 
pour,  et  daprès  tous  ces  voyageurs ,  les  rochers  sur  lesquels 
.sont  tailles  les  baa-reliefs  que  nous  venons  d'indiquer  sont 
du  plus  grand  intérêt  par  les  détails  qu'ils  offrent  sur  les 
costumes  et  les  armes  des  différens  personnages  qui  y 
sont  sculptés  :  quelques  uns  présentent  les  mêmes  sujets 
que  ceux  qui  sont  exécutés  prés  des  ruines  de  Persépolis  : 
ils  paraissent  avoir  été  destinés  à  éterniser  le  souvenir 
du  triomphe  de  Sapor  sur  l'empereur  Valérien.  La  vallée 
de  KazTOun  s'étend  vers  le  golfe  Persique  ;  elle  est  embellie 
par  des  jardins  channans,  plantés  de  jasmins,  de  rosiers  et 
d'autres  végétaux  odoriférans;  mais  elle  est  souvent  rava- 
gée par  des  nuées  de  sauterelles. 

Fironz-abad ,  qui  portait  autrefois  le  nom  de  Djiour,  et 
chez  les  anciens,  à  ce  que  l'on  croit,  celui  de  Cyropolis, 
est  bâtie  en  partie  sur  les  ruines  de  Firouz-chah;  elle  est 
entourée  de  murailles  et  de  fossés  ;  sa  population  n'est  que 
de  2  à  3ooo  âmes;  mais  elle  est  célèbre  par  ses  fabriques 
d'eau  de  rose,  qui  passe  pour  la  meilleure  de  la  Perse,  Ce 
qui  rend  cette  ville  intéressante ,  ce  sont  les  restes  des  an- 
ciens édifices  de  celle  qu'elle  remplace.  Hors  de  son  en- 
ceinte s'élève  le  palais  des  anciens  rois  de  la  dynastie  des 
Sassanides;  un  peu  plus  loin,  sur  le  bord  du  Berared,  ri- 
vière qui  baigne  les  mui's  de  Firouz-abad,  on  voit  les  restes 
d'un  vaste  temple  des  Guèbres.  A  7  lieues  de  Firouz-abad, 
en  se  dirigeant  vers  Chiraz,  deux  sculptures  représentent, 
dans  des  dimensions  colossales,  deux  personnages  à  che- 
val (.). 

A  4'*  lieues  au  nord  de  Chiraz,  la  petite  ville  appelée 
Yezd'Khâst\?) ,  est  suspendue  de  la  manière  la  plus  pitto- 
resque sur  la  crête  d'un  roc,  à  l'extrémité  orientale  d'une 


L 


(>}  MacdonaU Kiiuieir  .-  G«>(;r.  mi-ni. 
0  ye:^il~.Khâsl,  signifie  Dcus-voluU. 


ASiK  :  La  Perse.  379 

T&llée  que  traverse  ta  plaine  du  même  nom,  et  dont  le 
sol  est  arrosé  par  un  grand  nomlire  de  ruisseaux  et  de 
canaux  d'inigution  (i).  •  Une  reine  de  la  famille  des  Séfis, 
•  dit  M.  de  Hammer,  y  construisit  un  beau  caravansérail  et 

■  une  mosquée;  on  y  trouve  aussi  la  sépulture  dun  Imeim- 
>  xadé  :  elle  a  sooo  âmes  de  population.  Ses  productions 

■  sont  le  coton  )  le  riz,  du  blé  magnifique,  qui  fait  que 
«  Yezd-Kliâst  est  renommé  par  la  blancheur  et  l'excellence 
«  de  son  pain.  Un  proverbe  dit  que  la  suprême  félicité  con- 
"  siste  à  manger  du  pain  t/e  Yezrl-Khàst ,  à  boire  dit  vin  de 
.  Chimz  auprès  d'une  Jille  de  Yezd.  •  Yezd-Khâst  est  la 
forteresse  frontière  entre  le  Farsistan  et  Tlrak-Adjenii , 
comme  Yezd ,  dont  nous  avons  parlé  précédemment ,  est  la 
ville  frontière  entre  l'Irak,  et  l'Afgbanistan. 

Dnrnbtljenl  ou  Dnrabgheiyl ,  ou  simplement  Darah,  est 
le  chef-lieu  d'un  district  qui  portail  autrefois  le  nom  de 
Choiibankare ,  et  qui  comprend  la  partie  orientale  du  Far- 
sistan, Cette  ville  est  située  au  milieu  d'une  plaine  ;  elle  est 
fort  étendue,  mais  une  grande  partie  n'offre  que  des  ruines; 
au  centre  s'élève  un  monticule  qui  porte  la  citadelle  : 
celle-ci  seit  de  palais  au  gouverneur.  Le  nombre  des  mai- 
sons est  d'environ  800,  et  celui  des  habîtans  de  9  à  10,000. 
A  une  demi-lieue  de  la  ville  sont  de  magnifiques  monumens 
antiques  dont  on  admire  les  sculptures.  M.  de  Hammer 
pense  que  Darabgherd  est  l'antique  Pasnrgade.  D'autres 
savans  ont  pensé  que  celle-ci  occupait  l'emplacement  de 
Pasa  ou  Feza,  que  l'on  nomme  aussi  Besa;  mais  ils  ont  été 
entraînés  à  cette  opinion  par  la  ressemblance  du  nom  mo- 
derne plutôt  que  par  d'autres  considérations;  et  à  ce  sujet, 
M.  de  Hammer  a  fait  observer  avec  raison  tjue  Besa  est  trop 
éloignée  de  Persépolis,  et  n'est  point  placée  sur  un  fleuve 
tributaire  du  golfe  Persique  :  circonstances  qui  se  trouvent. 

î')  De  Hammtr:  Mémoire 


1 


■  380  irVRE    CENT    ViNGT-HDITlfeBIE. 

dans  la  position  de  Darabgherd.  Quoi  qu'il  en  soit,  Fesa 
ou  Besa  est  une  ville  que  l'on  dit  aussi  grande  que  Chiraz, 
raais  qui  n'a  qun  lo  à  i5,ooo  liabitans  dont  les  maisons 
sont  presque  toutes  en  liois. 

■  Les  forêts  clair-semées  sur  les  montagnes  du  Farsistau, 
et  les  eaux  qui  en  arrosent  les  t'oni»ntiques  vallées,  don- 
nent à  cette  province  un  grand  avantage  sur  les  arides 
plaines  de  l'Irak-Adjcrnî.  Les  cliènes,  les  bouleaux,  les  cy- 
près ,  les  lentisques  ornent  les  montagnes;  le  grenadier,  le 
platane,  l'oranger,  la  vigne,  enrichissent  les  plaines (')■  Les 
chevaux  ont  un  peu  perdu  de  leur  renommée  ;  mais  la  race 
des  moutons  à  grosse  queue  s'est  conservée.  Il  y  a  pour- 
tant dans  cette  belle  province  des  déserts  d'une  étendue 
considérable,  de  vastes  plaines  de  sable,  et.heaucoup  de 
rochers  stériles.  Ces  rochers,  aux  environs  de  Darabgherd, 
fournissent  une  production  célèbre  et  précieuse ,  c'est  le 
moiiin,  espèce  de  pétrole  liquide,  d'une  limpidité  parfaite 
et  d'une  odeur  agréable  W.  On  garde  avec  un  soin  reli- 
gieux la  caverne  des  parois  de  laquelle  distille  ce  pétrole; 
une  fois  pjir  an,  le  gouverneur  du  district  de  Darabgherd 
la  fait  ouvrir,  et  en  fait  extraire  une  petite  quantité ,  qui  est 
envoyée  à  la  cour  de  Perse,  Le  moum  passe  parmi  les  Per- 
sans pour  un  baume  miraculeux,  qui  guérit  promptement 
les  blessures  les  plus  graves. 

«  Les  côtes  maritimes  du  Farsîstan  nous  présentent  deux 
ports  importans,  occupés  par  des  cheiks  arabes.  Le  pre- 
mier et  le  plus  méridional  est  Ahou-Ckchr  ou  Bender-Bou- 
cliehr,  autrement  Bouchir,  qui  est  appelé  Boucher  par  les 
Français,  et  Buscheer  pav  les  Anglais.  Les  vaisseaux  qui  ne 
prennent  que  douze  pieds  d'eau  peuvent  arriver  par  le  flux 
tout  auprès  des  maisons.  Le  cheik  Benderi  Abou-Chehir 

(0  Franklin,  Voyage  à  Scliiroz  ,  1,  p.  53,  etc.,  Irad.  de  Langlh. 
Chai-dm,  Vojogi,  VJII,  aiS,  a3i ,  ^a8.  — (>)  Kamp/er,  Amœnitat. 
'cxoliGx  ,  Si6-5i4.  tanglèiy  noie  sur  Cliardtn ,  111,  3it. 


ASIE  :  La  Perse.  38 1 

possède  rîlc  de  Bnhreïn ,  ce  qui  le  met  à  même  d'entretenir 
quelques  bàtimens  armes  en  guerre.  Il  importe  infiniment 
à  la  \ille  de  Chiraz,  dont  Aboti-Chehr  est  le  port  le  plus 
proche,  que  ce  cheik  ne  se  révolte  pas.  » 

La  mer  entoure  ce  port  de  tous  eûtes,  excepté  au  midi. 
Suivant  les  voyageurs,  l'air  y  est  très -chaud  et  l'eau  de 
mauvaise  qualité.  Les  habitans ,  au  nombre  de  i5  à 
aOjOoo,  en  iSSa,  ont  été  réduits  par  la  peste  à  i,5oo.  Ils 
n'ont,  ditM.  de  Hammer,  d'autre  moyen  de  se  soustraire  à 
l'ardeur  de  lii  température,  que  des  clieniinées  hantes  et 
étroites,  où  le  vent  s'engoufl're  pour  se  répandre  dans  les 
appartemens ,  et  que  l'on  nomme  Bad-ghii;  Les  salles  sou- 
terraines, nommées  sei-dab,  sont  encore  un  de  leurs  pré- 
servatifs contre  l'étouffante  chaleur  de  ce  climat.  Tout  le 
territoire  est  un  champ  fertile  pour  l'antiquaire,  en  raison 
de  la  quantité  de  médailles,  de  pierres  gravées  et  d'urnes 
cinéraires  des  anciens  Guèbrea  que  l'on  retire  des  fouilles 
qu'on  y  fait  faire  (')■  Les  montagnes  voisines,  que  l'on 
nomme  Halilâ  ou  K Itourmoitdj ,  oITrent  aussi  des  vestiges 
d'antiques  constructions.  Beitder^Ryk  ou  Bender-Beyk,  au 
nord  d'Abou-Chehr,  est  une  petite  place  maritime  de  la- 
quelle dépend  un  domaine  asset  considérable.  Les  habi- 
tans logent  dans  des  cabanes  de  feuilles  de  palmiers. 

"  Il  y  a  beaucoup  d'Arabes  indépendans  sur  la  côte  du 
golfe  Persique,  et  presque  tous  y  vivent  île  la  mènuï  ma- 
nière. Ils  ne  subsistent,  pour  la  plupart,  que  par  le  com- 
merce, par  la  pêche  des  perles  et  celle  du  poisson.  Leur 
nourriture  consiste  en  dattes,  en  poisson  et  en  pain  de 
dour.i.  Le  peu  de  bétail  qu'ils  ont  se  nourrit  dil-on  aussi 
du  produit  de  leur  pêche.  Chaque  bourgade  a  son  chef  in- 
dépendant ,  auquel  elle  ne  paie  presque  rien.  Les  armes  ili 
ces  Arabes  sont  le  mousquet  à  mèche,  le  sabre  et  leboucli 


(')  Piiïrfo"-' Tora-I,  p,  I 


r 


382  LIVRK    CENT    VIWGT-UUITI ÉIWE. 

Tous  leurs  Mtîniens  deviennent  navires  de  guerre  lors- 
qu'ils la  font.  Ces  tribus, parmi  lesquelles  celle  dos  Houles  {>] 
vst  lu  plus  puissante,  parlent  encore  lu  langue  aral)e,  et 
sont  pour  la  plupart  Sunnites,  et  de  là  ennemies  nées 
des  Persans ,  avec  lesquels  elles  ne  s'allient  jamais.  Les  mai- 
sons de  ces  Arabes  sont  si  chétîves,  que  l'ennemi  regret- 
terait la  peine  qu'il  aurait  prise  à  les  détruire.  Comme  en 
général  ils  n'ont  pas  beaucoup  à  perdre  en  terre-ferme, 
dès  qu'une  armée  persane  approche,  tous  les  habîtans  des 
villes  et  villages  s'embarquent  sur  de  petits  bàtimens,  et  se 
sauvent  dans  quelque  Ile  du  golfe  Persique  jusqu'à  ce  que 
l'ennenil  se  soit  retiré.  ■ 

Le  district  de  Kouré-i-Kobad,  dans  la  partie  occidentale 
«lu  Farsistan ,  était  peu  connu  des  Européens  avant  la  re- 
lation du  voyage  de  Macdonald  KJnneir,  parce  que  la  route 
que  suivaient  les  voyageurs  étaitsouvent  interceptée  par 
une  tribu  que  les  uns  nomment  Mémacena,  les  autres 
Memessaui,  d'autres  encore  Memeh-Sunni ,  et  enfin  Kkogi- 
loii,  et  qui  paraît  être  identique  avec  les  Memaceni  dont 
parle  Quinte -Curce  W,  qui  arrêtèrent  la  marche  d'A- 
lexandre comme  ils  attaquent  encore  aujourd'hui  les  cara- 
vanes. Ils  vivent,  dit  un  voyageurP),  dans  les  plus  pro- 
fondes retraites  de  leurs  vallées  sauvages.  °  La  structure 
a  abrupte  de  leurs  montueux  repaires,  vrais  labyrinthes 
«  pour  qui  n'en  a  pas  une  longue  habitude,  favorise  tetle- 
«  ment  ces  bandits,  qu'un  les  a  vus  parfois  fondre  sur  les 
«  voyageurs  et  enlever,  au  milieu  des  caravanes,  des  hom- 
"  mes  et  des  mulets  chargés,  lorsqu'ils  jugeaient  qu'on  ne 
^■  pourrait  leur  opposer  une  grande  résistance.  » 

n  Lorsque  le  général  Malcolm  traversa  leurs  montagnes 
•<  dans  sa  première  mi&sion ,  ce  furent  ces  brigands  qui  cliar- 


{')  NUbuhr,  Description  lie  l'Arabie,  1,^7 i-ï;4.  —  (')  Quiiit.  Cun., 
lib.  VII.  Memaceni,  vftlidn  gens.  —  {})  Afort'n-.- First  jourucy,  p.  iSa. 


ASIE  :  ha  Perse.  383 

■  gèrent  sur  leurs  mulets  les  riches  présens  destines  au  rot 
"  de  Perse,  •  Cette  tribu  redoutable  peut  mettre  sur  pied 
lo  Si  12,000  hommes;  leurs  principales  habitations  sont 
dans  les  montagnes  qui  entourent  la  forteresse  de  Kala-i- 
Sejtd,  château  inaccessible  qui  commande  le  territoire  sur 
la  lisière  du  Farsistan.  Cette  l'orteresse  est  appelée  aussi 
Kala-i-Espid,  Kala-i-Ziad  et  Zdid-Abad, 

Nevbendjan  ou  Nébangan,  jadis  cite  conside'rable,  est 
située  à  peu  de  distance  de  la  vallée  de  Ckanb-Bévaii, 
l'un  des  quatre  paradis  terrestres  des  Persans.  Batza  tire 
son  nom  de  la  blancheur  des  pierres  qui  cumposentses  édi- 
fices. Ses  jardins  produisent  des  raisins  d'un  poids  prodi- 
gieux et  des  pommes  d'une  grosseur  énorme.  Ardjan,  au- 
trement Enljàni  ou  Arglian,  est  situé  sur  la  frontière  du 
Farsistan  et  du  Khousistan.  C'est  une  grande  ville  entourée 
de  murailles  percées  de  sept  portes.  On  y  voit  plusieurs 
mosquées,  de  beaux  bazars  et  un  pont  qui  passe  pour  un 
chef-d'œuvre  d'architecture  persane  moderne.  Le  port 
d'Ardjan,  situé  a  peu  de  distance,  se  nomme  Méh-omaii; 
l'air  y  est  chaud  et  malsain  j  mais  l'activité  qui  y  règne  le 
rend  un  des  principaux  de  la  Perse  (■)■ 

■  IjC  Laristan,  dont  une  lisière  maritime  s'appelle  le  Gaer- 
masirouKer/Hasir,cest-À-dire  le  pays  chaud,  a  souvent  fait 
partie  du  gouvernement  de  Farsistan,  et  doit  même  être 
considéré  comme  un  district  de  cette  province,  dont  il  occupe 
l'angle  sud-ouest.  La/;  qui  en  est  la  capitale,  est  bâtie  aux 
pieds  de  collines  qui  dominent  une  plaine  couverte  de  pal- 
miers. C'était  jadis  une  ville  florissante  j  le  palais  du  gou- 
verneur et  le  château  sont  en  délabrement;  mais  le  bazar 
est  encore  un  des  plus  magnifiques  de  la  Perse.  Sa  popula- 
tion, suivant  un  voyageur,  est  de  i5,ooa  âmes  W.  Celte 


('}    lie    Hammcr  :   ïliiiiiuif.'  sur   la    Pevso.  —  (■)    MacloiiaU   A'.ii 
.,«■-■.  p.  33 


I 


384  LIVRE    CENT    VlrTGT-HtJITlÈME. 

ville  possède  des  manulactures  d'armes  et  d'étoffes  de  soie. 
Quoique  sablonneux,  son  territoire  est  rempli  d'orangers, 
de  citronniers,  de  tamariniers;  les  dattes  y  abondent.  On  y 
boit  de  l'eau  de  citerne ,  qu'on  Lt  soin  de  faire  bouillir  pour 
la  purger  d'un  ver  contagieux  qui,  sans  cette  prt'caulion, 
s'établit  entre  cuir  et  chair,  et  est  aussi  menu  qu'un  cheveu  ; 
on  l'extirpe  en  le  roulunt  sur  un  petit  morceau  de  bois.  Ce 
n'est  pas  sans  douleur,  m  même  sans  danger,  qu'on  vient  à 
bout  de  s'en  défaire.  Ce  désagrément  est  commun  à  presque 
toutes  les  côtes  du  golfe  Persique  (')■ 

n  Bender- Àbnssi-,  port  situé  à  l'opposite  d'Ornius,  est 
plus  connu  sous  le  nom  de  Goumroun;  c'était  le  plus  cé- 
lèbre abord  du  golfe  Persique,  et  l'entrepôt  général  des 
marchandises.  Les  Portugais  s'en  étaient  emparés.  Abbas- 
le-Grand,  aidé  des  Anglais,  les  en  chassa  en  1614.  Le  bril- 
lant commerce  de  Cender-Abassi  est  aujourd'hui  bien  dé- 
chu, et  les  Hollandais  avaient  même  abandonné  cette  ville 
pour  se  retirer  dans  l'île  de  Kharek.  L'entrepôt  des  Anglais 
est  à  lîassorah,  Bender-Kœiigoun  ou  Bender-Congoun  est  le 
port  le  plus  fréquenté,  entre  Goumroun  et  Abou  Ghehr  (a). 
On  éprouve,  tant  à  Goumroun  que  sur  le  reste  de  la  côte,  des 
chaleurs  excessives  ;  l'imprudent  qui  s'expose  anx  rayons 
du  soleil,  à  midi,  trouve  quelquefois  une  mort  subite  (3).  La 
canne  à  sucre  y  prospère,  Ziraf  ou  Si'raf,  à  1 1  lieues  au 
sud-ouest  de  Lar,  était  jadis  la  ville  de  commerce  la  plus 
importante  de  la  côte.  Entre  Sira/et  Baa/ian,  une  série  de 
rochers  semblables  à  des  obélisques  brisés  ou  à  des  tours 
ruinées,  s'élève  du  milieu  d'un  plateau  aride  (i), 

"  Toute  cette  côte  est  bordée  d  îles.  Nous  venons  de 
nommer  Kharek  au  Kfuiredje,  où  les  Hollandais,  attirés 
par  la  bonté  du  sol,  des  eaux  et  du  moudiage,  bâtirent 

(')  K<Bmpfer,  AinŒnit.  cior.  SaS  sqq.  Comp.  Chardin,  &Aii.  de 
Langlês ,  VIll ,  473.  —  W  Itinéraire  coniinunif|ué  par  un  Arabe  h  M.  T. 
—  {')  Kcempfer,  AmrEnil. ,  p.  710 ,  38a.  — W  Idem,  ibid, ,  p.  434* 


ASIE  :  La  Perse.  385 

une  ville  en  17481  peuplée  aujourd'hui  d'un  millier  d"Ara- 
bes:  elle  est  fermée  de  bancs  de  coiail  posés  sur  un  rocher 
calcaire  [")■  H  est  probable  que  la  même  nuture  de  roche  se 
retrouve  d;ins  les  autres  îles;  cependant  il  faut  en  excepter 
celle  de  Kais,  qui,  selon  Ibn-el-Ouardy  W ,  produit  du  fer 
excellent.  »  Cette  île  est,  suivant  le  voyageur  Morier,  plus 
importante  pour  la  pècbc  des  perles  qu'aucune  des  îles 
Bahieïn. 

La  plus  grande  et  la  plus  fertile,  c'est  Kichmich  ou 
Keichiiie,  appelée  aussi  Froel  ou  Djessen,  que  les  Portugais 
du  XVI"  siècle  nommaient  Qaeùcom  et  Broct;  ce  dernier 
nom  nous  rappelle  que  c'est  VOaraçta  des  anciens.  Elle  a 
environ  26  lieues  de  longueur  sur  6  de  largeur  ;  des  récifs 
de  corail  l'entourent;  elle  est  séparée  du  continent  par  un 
canal  large  de  i  à  5  lienes.  Elle  produit  une  espèce  parti- 
culière de  raisin  sans  pépins  renommée  dans  toute  la 
Perse,  On  y  élève  un  grand  nombre  de  bestiaux,  et  surtout 
de  moutons.  Ses  habitans  sont  au  nombre  d'environ  1 5,ooo. 
La  seule  ville  qu'elle  renferme,  appelée  Keichme,  est  bâtie 
en  pierres  et  peuplée  de  ^oao  âmes. 

■  Aucune  de  oes  îles,  ombragées  de  cocotiers  et  de  ba- 
naniers, ne  jouit  d'une  célébrité  égale  à  celle  qui  est  con- 
nue sous  le  nom  d^Ormuz  ou  à! Ormouz,  l'antique  Oriatui 
ou  Ogjrrès.  Cependant  ce  n'est  qu'un  rocher  couvert  de 
pierres  salines  rouges  et  blanchâtres,  sans  eau  potable,  et 
presque  sans  végétation.  Le  commerce  y  entassait  les  trésors 
de  l'Orient:  depuis  163a,  abandonnée  et  oubliée,  elle  n'u 
plus  que  4 'I  5oo  habitans,  et  est  soumise  à  l'imam  ou  l'iman 
deMascate,quiyenlietient  une  garnison  de  200  hommes,  u 

Le  Kertnan,  dont  les  anciens  vantaient  les  raisins, 
blés,  les  mines,  est  aujourd'hui  connu  pour  ses  beaux  châles 


(')  Nieùulir,  Voyage ,  H  ,  igi  [en  alkm.'J,  —  W  Notfcca  cb  extraits 
desMMS..  (    II. 


I 


386  IIVHF.    CEffT    VIBGT-HOITliîME. 

6e  poil  de  cliameau ,  et  pour  ses  étoffes  fabriquées  avec  !« 
duvet  soyeux  d'une  espèce  de  chèvre  semblable  à  celle  d'An- 
gora W-  On  y  trouve  diverses  drogues  médicinales  et  gom- 
mes, le  moiirn  ou  le  naphte ,  l'alun ,  le  soufre  cl  la  houille  W  - 
l'or,  l'argent,  le  cuivre  et  le  fer,  et  le  luti'e,  substance  mi- 
nérale dont  les  Persanes  se  servent  pour  rendre  plus  re- 
marquable la  douceur  de  leurs  beaux  yeux.  Les  roses  blan- 
ches y  abondent  et  fournissent  une  essence  assez  estimée;  la 
vigne  y  fournit  un  vin  excellent;  on  y  élève  une  grande 
quantité  d'nbçilles  et  de  vers  à  soie.  Le  mont  Kophez  oti 
Kafis  se  couvre  d'une  verdure  perpétuelle;  mais  un  vaste 
désert  occupe  la  moitié  intérieure  du  pays.  Plusieui-s  de  ses 
cours  d'eau  étaient  connus  des  anciens  :  le  Deriiai,  torrent 
impétueux,  est  le  Datas  de  Pline  et  le  Dara  de  Ptolémée; 
l'antique  Bagrades  est  le  Varabïrv  des  modernes  et  le  Zi- 
degan  des  géographes  orientaux;  \e  Nehr-lbmhim  est  VA- 
namis  de  Ptolémée;  et  le  C/wureroiid  est  le  Snlsos  de 
Pline  (3). 

La  ville  de  Kerman,  florissante  par  ses  métiers  de  châles 
et  d'étoffes ,  ne  paraît  plus  posséder  son  ancienne  fabrique 
de  porcelaine.  Son  véritable  nom  est  Sirdjan(i],  et  sa  po- 

»pulation  est  de  3o,ooo  âmes.  M.  de  Hammer  paraît  avoir 
confondu  cette  capitale  avec  le  village  de  Sùjon  ou  Sirjoun. 
«  Les  villes  de  Kermasïn  ou  de  Noukim-Abad,  et  de 
Berdachyr,  n'offrent  que  des  noms  à  remarquer;  Velaz- 
gherd  peut  avoir  environ  8ooo  âmes.  Kltomda  ou  Heme- 
daii  renferme,  selon  la  tradition  des  juifs,  le  tombeau  de 
la  belle  Esther  et  du  sage  Mardochée.  La  partie  maritime 
du  Kerman,  contrée  malsaine,  se  nomme  le  Mogkistan  ou 
Moghostan,  c'est-à-dire  \t  pays  des  dattes  ;  c'est  la  Catinania 
déserta  des  anciens;  Minab,  l'antique  Harmosia ,  en  est  le 

10  Olivier,  V.  3oJ-33i.  meùukr.  Teixcra,  elt.  —  (')  Djil.aii-JVouml. . 
aSg.  — (3)  De  Ifammer:  Mdmoirc  anr  la  Perse.  —  Ci)  /Ihoidftda,  (rad. 
lie  Beiike,  p.  361. 

\         i 


ASij:  :  La  Perse.  38^ 

chef-lieu  :  c'est  une  ville  bâtie  sur  un  coteau  et  divisée  eu 
forteresse  haute,  basse  et  moyenne.  Elle  dépend,  avec  son 
territoire,  des  possessions  de  l'imam  de  Muscate,  qui  pour 
cette  raison  paie  un  tribut  au  roi  de  Perse.  » 

La  grande  province  du  Khorassan  mériterait  à  elle 
seule  une  description  très-éteudue;  mais  il  faut  nous  bor' 
aer  à  ce  qu'elle  offre  de  plus  remarquable.  Eornée  au  nord 
par  le  Turkestan  ou  la  Tatarie  indépendante,  et  à  l'est  par 
le  Khorassan  afghan  ,  ou  le  Khorassan  oriental ,  elle 
éprouve  de  grandes  variations  de  chaleur  et  de  froidure. 
On  lui  donne  environ  200  Ileuês  de  longueur,  100  de  lar- 
geur, et  plus  de  10,000  lieues  carrées  de  superficie.  Elle 
correspond  à  la  Parlhie,  à  la  Margiane  et  à  une  portion 
de  Xjin'e  des  anciens.  Pour  justifie^  ce  que  nous  venons  de 
dire  de  son  chmat,  nous  ajouterons  que  la  partie  monta- 
gneuse est  très-froide  en  hiver,  et  que  pendant  qu'il  y  tombe 
beaucoup  de  neige,  c'est  la  saison  des  pluies  dans  les 
plaines,  bien  que  celles-ci  soient  humectées  souvent  au 
printemps  et  à  l'jïutomne  par  des  ondées  qu'amène  le  vent 
d'ouest. 

"  Le  solj  quoique  en  beaucoup  d'endroits  sablonneux  et 
aride,  produit  en  abondance  tout  ce  qui  est  né(;essaire  à  la 
vie  j  on  en  tire  beaucoup  d'indigo,  des  noix  de  galle,  et  même , 
dit-on ,  d'assez  bonne  cochenille.  XI  y  a  uo  grand  nombre 
de  Turcomans  daos  cette  contrée,  qui  fournit  de  bons  pâ- 
turages à  leurs  troupeaux.  Les  plus  beaux  tapis  de  Perse 
sont  fabriqués  dans  le  Khorassan  j  on  y  fait  des  lames  de 
sabre  dont  la  réputation  égale  celle  des  lames  de  Damas. 
Les  montagnes  fournissent  des  rubis  -  balais  et  des  tur- 
quoises. La  réputation  qu'ont  les  chevauK  de  celte  province 
nous  a  fait  penser  que  l'on  pouvait  chercher  ici  le  pays 
natal  de  ces  fameux  clievana:  nysaijis  ou  rtfséens,  tant  vantés  , 
dans  l'histoire.  Les  anciens  s'accordent  assez  généralement 
à  placer  X Hippobotos ,  ou  le  grand  haras  de  Perse ,  dans  les 


ï 


388  LIVRE    CE>T    VINGT-milTlfeME. 

plaines  de  Rei  ou  de  Iiagœ,àe  sorte  qu'en  allant  de  Persé- 
polis  ou  de  Babylone  aux  Portes  Caspiennes,  on  y  passait 
nécessairement  (■)•  Us  appliquent  encore  assez  générale- 
ment, mais  avec  des  doutes  très'-forts,  la  dénomination 
de  Champ  Nyséen  a.  cet  Hippobotos  de  Médie.  En  se  te- 
nant à  ces  données,  les  chevaux  nyséens  auraient  été  une 
race  trèS'répandue,  puisqu'on  comptait  dans  l'Hippobotos 
i3o,ooo  chevaux,  ou,  selon  d'autres,  5o,oon  cavales.  Mais 
quand  on  voit  Xei'cès  faire  mener  en  pompe,  devant  son 
char  de  triomphe,  dix  chevaux  nyséens  consacrés  et  ma- 
gnifiquement ornés;  quand  on  voit  ce  même  monarque 
traîné  par  des  chevaux  nyséens,  tandis  qu'on  ne  donne 
point  à  ses  gardes  ni  à  son  cortège  cette  monture  pré- 
cieuse W ,  on  est  tenté  de  croire,  avec  le  savant  Manneit, 
qu'il  faut  distinguer,  malgré  les  anciens,  entre  le  grand 
Hippobotos  destiné  à  la  remonte  de  toute  la  cavalerie,  et 
le  haras  particulier  du  roi  à  Nysa.  Mais  quelle  était  cette 
Nysa  parmi  toutes  celles  que  nomme  l'antiquitéP  Les  an- 
ciens mettent  les  haras  royaux  de  Perse  dans  la  Médie;  ce 
nom ,  pris  dans  le  sens  très-étendu  que  lui  donne  Hérodote , 
peut  embrasser  l'Hyrcanie  et  la  Parthiéne.  On  peut  donc 
croire  que  Nesa  sur  le  ïedjen ,  qui  correspond  à  ^ysœa 
sur  l'OchusP/,  était  la  patrie  de  ces  chevaux  tant  recher- 
chés par  les  monarques  persans.  » 

La  guerre  a  dévasté  depuis  im  demi-siècle  les  nom- 
breuses villes  du  Khorassan;  elles  se  rétablissent  lente- 
ment. Cette  province  est  souvent  exposée  aux  incursions 
des  nations  barbares  qui  l'avoisinent  ;  en  1826,  une  armée 
de  Tatares-Ouzbeks,  commandée  par  le  khan  de  Khiva,  y 
commit  de  grands  excès  :  aussi  est-elle  dans  une  situatiou 
peu  prospère ,  et  n'enrichit-elle  pas  beaucoup  le  trésor  de 

(.')Stiiil>.,  Gcogr.,  XI,  796-801.  Wodbr,,  XVII,  110.  Anian.,  VII. 
i3.  Eustath.  ad  Dionya. ,  Perieg. ,  v.  101;.  liidor. ,  elc.  — CO  Herotl. , 
VI,  io.—l^)Stra&..  XI.  p.  ^-jS-iig:  Plin-.Vl,  cap.  xm. 


ASIE  :  La  Perse.  389 

la  Perse,  bien  qu'on  porte  à  1,000,000  d'individus  sa  popu- 
lation sédentaire,  et  à  4  oi^  5oo,ooo  celle  de  toutes  les 
tribus  nomades, 

Mecbehed  ou  Meckked  a  le  titre  rie  capitale  du  Khorassan 
depuis  l'époque  où  Ismaèl-Chah ,  premier  sophi  ou  sephi 
de  Perse,  l'éleva  à  ce  rang  vers  le  commencement  du 
XV*  siècle.  Après  avoir  eu  près  de  100,000  habitans,  elle 
en  a  à  peine  le  tiers  aujourd'hui.  Ses  maisons  sont  mal 
bâties,  mais  on  y  remarque  plusieurs  belles  mosquées,  entre 
autres  une  dans  laquelle  Chah-Abbas  a  fuit  ériger  un  tom- 
beau à  un  saint  niahoiuétau  appelé  Aly-ben-Moussa,  que 
viennent  visiter  une  foule  de  dévots  et  de  pèlerins,  parce 
qu'il  est  considéré  comme  le  patron  du  royaume.  Cette 
mosquée  forme  un  groupe  de  constructions  qui  passe  pour 
le  plus  magnifique  monument  de  la  Perse.  Meclihed  jouit 
d'un  autre  genre  de  célébrité  ;  c'est  dans  ses  murs  que 
naquirent  le  poète  Firtloucy,  le  philosophe  Cassait,  l'astro- 
nome JVassiretltàn  et  le  géographe  Uamdullah-Moustewji. 
Dans  les  environs  de  Mechhed  on  remarque  les  ruines  de 
Thous,<\*\\  fut  jadis  une  des  plus  importantes  villes  de  l'Asie, 
et  daiis  laquelle  mourut  le  célèbre  Haroun-al-Raschyd, 

Au  milieu  d'une  vaste  et  fertile  plaine  s'élève  Nichnbour, 
ville  qui  fut  bâtie  par  Sapor  1"  sur  remplacement  d'une  cité 
détruite  par  Alexandre.  Elle  fut  pendant  long-temps  la 
capitnie  de  la  Perse  sous  JesSeldJoukides,  mais  au  Xll"  siècle 
elle  fut  complètement  ruinée  par  les  Ta  tares.  Un  peut  Juger 
de  l'état  Ilorissant  auquel  elle  était  parvenue,  puisque  ses 
ruines  occupent  une  circonférence  de  10  lieues.  C'est  la 
patrie  des  philologues  Djei-heri  et  Chaalehi,  et  des  poètes 
Attar,  Omar-Kiam  et  Kialibïn.  Aujourd'hui  elle  ne  se  com- 
pose pas  de  aooo  maisons.  Ses  environs  sont  célèbres  paj- 
les  turquoises  que  l'on  y  trouve,  et  dont  l'exploitation  est 
affermée  too,ooo  francs  k  la  couronne.  Le  bourg  de 
Knhoiifkaii  ou  K  hou  boucha  h  ,  à  12  lieues  de  Nichabour  et 


WMià 


és^m 


390  LIVRE    CEwr    VIMGT-HCITIÈME. 

a5  de  Mechhed,  est  la  résidence  d'un  chef  que  l'on  i-egaide 
comme  indépendant  de  la  Perse ,  et  qui  peut  mettre ,  dit-on , 
1 2,000  Iiommes  sous  les  armes. 

Pour  achever  la  tournée  topographique  de  la  Perse ,  il 
ne  nous  reste  qu'à  jeter  un  coup  d'oeil  sur  la  province  de 
Kokiâtan  ou  Kouhestan.  Son  étendue  paraît  être  de  1 20  à 
i4o  lieues  de  longueur  sur  5o  à  60  de  largeur.  Comprise 
entièrement  dans  le  plateau  de  la  Perse ,  elle  renferme  une 
partie  du  grand  désert  salé  de  Naubendan  et  celui  de 
Miané.  Le  premier  de  ces  déserts  est  long  de  plus  de  100 
lieues,  et  large  de  5o;  le  second,  situé  au  nord  de  l'autre, 
dont  il  est  séparé  par  des  montagnes,  est  beaucoup  moins 
étendu^  à  l'est  il  est  borné  par  les  monts  Madnofriad, 
chaîne  importante  connue  des  anciens  sous  le  nom  de 
MasdoranuSf  et  qui  traverse  le  centre  de  la  province.  Le 
Kouhestan  comprend  une  partie  de  l'antique  Arie  et  le  pays 
de  Tahiéne,  dans  la  Médie  orientale.  Les  déserts  qu'elle 
comprend  s'opposent  à  ce  que  sa  population  soit  considé- 
rable :  aussi  ne  paraît-elle  pas  s'élever  à  plus  de  i5o,ooo 
individus.  Elle  se  divise  en  deux  districts  :  celui  de  Terbtdjan 
au  nord,  et  celui  de  Tcbbes  au  sud. 

Le  premier  a  pour  chef-lieu  Rabat- Chéheristan ,  ou  sim- 
plement Chèlieràtan,  qui  est  aussi  la  capitale  de  la  province. 
Elle  n'offre  rien  de  remarquable  ;  c'est  la  patrie  de  l'histo- 
rien Mihelou-Nihel.  Tabs  ou  Tebbes  est  plus  importante 
par  son  commerce  et  sa  population  :  on  lui  donne  20,000 
habitans.  Toiin,  autre  ville  dans  le  district  de  Terbidjan, 
est  située  sur  un  territoire  riche  en  blé  et  en  soie.  Telles 
sont  les  villes  de  cette  province  qui  ne  mérite  pas  de  nous 
arrêter  plus  long-temps. 


I 


i 


LIVRE  CENT  VINGT-WEUVIÈME. 

Suite  de  la  DcscriptioD  de  l'Asie.  —Fin  du  Tableau  de  la  Pci'sc. 
—  Aperçu  moral  et  politique. 


■  jNoas  avons  déjà  donne  quelques  idées  générales  de  l'étal 
[lolitique  actuel  de  la  Perse  :  nous  devons  ici  nous  attacher 
à  faire  connaître  la  nation  dont  nous  venons  de  décrire  la 
patrie^  mais  avouons  d'abord  que  ce  sujet  offre  autant 
d'obscurité  que  d'intérêt. 

<<  Les  anciens  distinguent  tous  les  Perses  en  général  de 
tous  les  Scythes.  Les  écrivains  orientaux  distinguent  de 
même  le  Touran,  ou  la  Scythie  d'Asie,  de  l'Iran  ou  lyran, 
qni  est  la  Perse.  Ce  derftier  nom  se  trouve  aussi  écrit 
Eriène  sur  les  monuniens  de  Persépolîs  (')■  Il  est  évidem- 
ment identique  avec  celui  ^Ariane,  connu  des  Grecs; 
mais  Ptolémée  et  Eratostbène  ne  comprennent  sous  le  nom 
d'Ariane  que  la  Perse  orientale.  11  semble  que  l'ancien 
nom  d'Iran  ou  Eriène  était  resté  affecté  à  cette  partie 
seule,  après  que  la  Perse  et  la  Médie,  devenues  des  Etats 
belliqueux,  eurent  illustré  leur  nom  particulier.  Hérodote 
nous  fournit  cependant  une  preuve  de  la  généralité  du 
nom  d'Iran  ou  Ariane,  en  nous  apprenant  que  les  Mèdeft 
étaient  d'abord  nommés  Arii  ['^).  Le  nom  d'Iran  ne  fut 
jamais^  éteint  dans  l'Orient  ;  le  géographe  arménien  ,  Moïse 
de  Khorène,  né  presque  sur  les  lieux,  entend  sous  Aria 
ou  j4rianu  tout  l'eiiipire  des  Persans  dans  le  IV*  siècle. 

«  Les Scythesd'Asie,  loin  d  être  identiques avecles Perses, 
en  étaient  les  ennemis  constans  et  implacables;  les  der- 
niers appelaient  les  Scythes  iS'orfs  ou  i'èA:,' ce  qui,  en  pei'san, 

■■')  Laneti'  ,  Kolca  !.ur  Churdin.  111 ,  3l>>.  »Wif ,  Asien,  1 ,  an. 

,w.//(TOf/.,yii,  &ï. 


I 
1 


mm 


I 


3qà  LIVRE    CEWT    VINGT-SEUVIÈME- 

signifie  c/iienW.  Les  Scythes  paraissent,  selon  quelques 
faibles  autorités  W ,  avoir  fondé  dans  les  temps  fabuleux: 
un  empire  qui  embrassait  la  Perse  et  toute  l'Asie  occiden- 
tale; mais  si  cet  empire  n  existé,  il  n'a  point  laissé  de  traces. 
LTiisloire nadmet  qu'une  invasion  connue  des  Scythes;  elle 
eut  Tieu  l'an  6a4  avant  J.-C,  Tiès- probablement  les  tribus 
nojnades  de  lancienne  Perse,  telles  que  les  Cossœens ,  les 
Uxiens,  les  Mardes  et  autres  peuplades  de  pasteurs ,  furent 
des  restes  des  hordes  scythiques  qui,  repoussées  dons  les 
montagnes,  continuèrent  toujours  à  infester  par  leur 
brigandages  les  plaines  cultivées. 

-  Les  Partîtes  qui,  deux  siècles  après  Alexandre,  réta- 
blirent glorieusement  l'indépendance  de  la  Perse,  étaient 
Scythes  ou  Saces,  selon  quelques  auteurs  dune  autorité 
médiocre  (5)-  Hérodote  et  d'autres  écrivains  de  poids  les 
nomment  simplement  comme  habitans  d'une  province  de 
la  Perse  orientale;  rien,  dans  leurs  usages  ni  dans  les  noms 
de  leurs  rois,  n'indique  une  origine  scythique  (4). 

■  11  semble  donc  démontré  que,  jusqu'à  la  grande  révo- 
lution provoquée  par  les  Arabes  et  la  religion  maliomé' 
tane,  \ Iran  ou  la  Perse  a  été,  généralement  parlant,  peu- 
plée d'une  seule  race  indigène  divisée  en  plusieurs  nations, 
et  employant ,  quoique  dans  divers  dialectes ,  la  même 
langue. 

'  Ce  résultat  des  témoignages  historiques  les  plus  au- 
thentiques recevrait  un  nouveau  jour  par  la  comparaison 
des  idiomes  originaires  de  la  Perse,  si  le  temps  et  la  bar- 
barie nous  en  avaient  laissé  des  monumens  complets  et 
d'une  authenticité  tout'à-fait  incontestable.  Voici  ce  que 
la  critique  a  pu  recueillir.  Le  dialecte  le  plus  ancien  est 

(')Wi>i.,VI,i7.&/û..c.iLii.  — (07ujI<«.,HiBl.lI.c.iii.£iuSfa, 
Ciironicon  Pascbal.^O)  Juttiii. ,  Il ,  cap.  i  (C'fst  îles  Partîtes  que  parle 
Jmmien  Marcrllùi,  XXI.  Comp.  XXllI ,  in  fine).  — («  Richter,  EsnJ 
hisloriijue  et  critique  sur  les  Arsncidcs  cl  les  SaBESnidcs,  Lelpsiclt,  iSof. 


ASIE  :   La  Perse.  SgS 

la  langue  zeiid,  dans  laquelle  étaient  écrits  les  livres  saciës , 
compris  sous  le  nom  de  Zend-Jvesta,  livres  qui,  bien  que 
dépourvus  d'une  authenticité  complète,  contiennent  cer- 
tainement des  traditions  très-anciennes  (0,  même  très- 
probablement  des  fragmens  antérieurs  à  la  prétendue  des- 
truction des  manuscrits  des  Mages ,  attribuée  à  Alexandre  W. 
11  répugne  au  bon  sens  de  ne  voir  dans  cette  langue  qu'un 
jargon  inventé  à  plaisir  par  les  Guèbres  modernes;  mais  il 
est  difficile  de  fixer  les  lieux  où  celte  langue  a  été  parlée. 
Ceux  qui  soutiennent  le  plus  fortement  l'authenticité  du 
Zend- Avesta ,  varient  entre  Bacires  (5) ,  le  point  le  plus  orien- 
tal, et  r Azerbaïdjan ,  la  contrée  la  plus  occidentale  (4). 
Peut-être  n'était-ce  qu'une  tangue  sacrée,  comme  le  san- 
scrit, avec  lequel  il  a  beaucoup  de  racines  communes.  Le 
dialecte /leA/w/ ou  ^jeA/oficrtH,  c'est-à-dire  Tidiome  des  guer- 
riers, des  héros,  paraît  avoir  régné  dans  l'Irak-Adjemi  ou 
la  Grande-Médie ,  et  chez  les  Parihes.  On  veut  même  que 
ce  dialecte  ait  été  le  seul  qu'on  parlât  à  la  cour  des  descen- 
dans  de  Cyrus  et  des  rois  parthes.  11  est  très-mèlé  de  mots 
chaldaïques  ou  syriaques;  mais  il  n'est  pas  pour  cela  un  i 
dialecte  du  chaldéen,  comme  William  Jones  a  paru  le 
croire  (5).  Selon  quelques  auteurs ,  le  peklevi  serait  encore 
en  usage  parmi  quelques  tribus  du  nord  de  la  Pi-rse,  entre 
autres  les  Paddars  du  Chirvan  l3).  Le  géographe  turc  dit    , 

<'}  Zend-Ai/esta  y  uuvragt  Ae  Zoroastrc ,  etc. ,  par  M.  Jiiijuelii  Du- 
permii,  1771-  Kleuker,\raAuc\..  ftconmienl.  aurle  Zend-Avesla,  i;St> 
(en  allfin.).  Comp.  ft'.  Jones,  LcItreàM.  Anquetil ,  ou  Examen,  etc. 
Londres,  1771-  JUeitiers  elTf chien  ,  Mémoires  ilivergdanB  \eB  Comment. 
Gouing. ,  aurlont  Micluuiiioii ,  Disscrtalinn  un  the  langusge  of  eaiiter» 
nations  ,  à  la  tële  de  son  Dictionnaire  fienan,  — W  Massoudi.  dans  Icb 
Hotices  et  Eitraita,  etc. ,  l ,  a  1  si/q.  —  1')  Heereii ,  Iddes  sur  la  poli- 
tique, etc. ,  II,  4o3.  —  H)  Jiu/uelii-Diipcrroii ,  Zend-Avesta  ,  passim. 
/ro/i^  Histoire  dea  langues  de  ]'OrieDt,  p.  iSj.  — (''}  //deluiig  .  nilhti- 
datea,  1 ,  371.  *K  Jones,  Discimr!  sur  les  Persans,  dans  les  Rechei-ch.es. 
asiat.  el  les  noies  de  M.  Laiiglès.  — (t^)  V.  Jngetus  à  .\  Josepho  ,  Gazo- 
phjilac,  pcrs. ,  p.  iijg. 


i 


195  LIVRE    CEKT    VIMGT-KEUVIEME. 

qu'on  le  parle  dans  une  partie  du  Farsistan.  Les  livres  sacres 
furent  traduits  dans  cette  langue,  qui  est  aussi  celle  de 
plusieurs  inscriptions  du  temps  des  Sassanides  ['].  Mnis  peu 
ùpei)  les  princes  de  cette  dynastie  (an  2ii-63a)  reléguèrent 
le  pehlevi  dans  les  monts  de  la  Parthiène ,  et  introduisirent, 
même  par  des  lois  formelles,  l'usage  du  parsi  ou  du  dia- 
lecte de  la  pi'Oïince  de  Farsistan ,  la  Perse  proprement  dite. 
Cet  idiome,  plus  doux  tyue  ie  pe/i  feu  i ,  qui  déjà  surpassait  en 
douceur  le  zend,  a  dû,  long-temps  auparavant,  dominer 
dans  la  monarchie  persane  j  c'est  le  seul  qui  fournisse  l'ex- 
plication de  presque  tous  les  noms  persans  connus  aux 
Grecs  et  aux  Romains  {'').  Lorsque  les  Arabes  envahirent  la 
Perse  dans  le  VU^  siècle ,  le  parsi,  banni  de  la  cour ,  perdit 
lie  sa  splendeur;  et  quand,  sous  les  Dilémiles,  en  977,  on 
voulut  rendre  à  cette  langue  sa  domination  antique,  elle 
se  trouva  dénaturée  par  un  fort  mélange  d'arabe.  Cepen- 
dant de  grands  poètes,  d'habiles  orateurs  en  firent  une 
langue  riche  et  liaimonieuse ,  qu'on  distingue  sous  le  nom 
de  persan  moderne.  L'ancien  parsi,  usité  parmi  les  Guebres 
ou  adorateurs  du  "feu,  devra  son  immortalité  au  Ckah- 
Naiiw,  long  poème  historique  de  Ferdoucy,  et  à  Vjiïinî- 
^/!-ier(,  statistique  de  l'Hindoustan  ,  écrite  en  1600;  car  à 
mesure  que  la  vraie  lajigaeparsi  perdit  de  son  empire  dans 
sa  contrée  natale ,  elle  en  gagna  à  la  cour  du  Grand-Mogol. 
Aujourd'hui  le  persan  moderne  n'est  pas  le  seul  usité  dans 
le  nord  de  la  Perse  :  on  y  emploie  aussi  le  grossier  langage 
de:î  Tui'cs.  Le  persan  moderne  mérite  cependant  encore  le 
surnom  de  dert,  c'est-à-dire  idiome  de  la  cour  (3},  sous 
lequel  le  désigne  Ferdoucy  dans  le  passage  suivant; 
n  Le  langage  des  Perses  était  divisé  en  sept  dialectes 

(')  SUfeiti-e  de  Sacy,  Antiquité  de  Perse,  p.  a  si}q. — (0  Reland, 
de  relit] ui il  lingnse  pcrs,  in  Diu.  miacell, ,  II,  97-166.  Adeliing  1  I^- 
IhridateB,  !,  37$.  Anquelil,  Zend-Avesla ,  II,  elc. —(^)  i^r,  porte  , 
jiaUia  (  dœr  su  danoli ,  lltor  uii  allemand ,  door  cd  anglai:  ' 


ASiK  :  La  Perse.  îgS 

»  férens  :  quatre  d'entre  eux,  le  souki,  le  harohi,  le  sagsi, 

•  le  sewa/i,  sont  tombés  eu  désuétude,  et  n'ont  jamais  «u 

•  de  vogue;  mais  il  n'eu  est  pas  de  mènit  des  trois  autres  : 
■  le  parsi,  le  deri,  le  peklcvi.  Le  parsi  est  célèbre  par  sa 
■■  douceur,  et  se  parle  principalement  dans  te  district  d'Is- 
»  takhar.  Le  deii,  dérivé  de  l'ancien  parsi,  est  célèbre  par 
-  sa  politesse  et  son  élégance,  fiaikh,  Mervichah-djihan 
"  et  Doukliura  sont  les  principales  villes  où  on  le  parle; 

•  quelques  auteurs  ajoutent  la  ville  de  Qedakhcban.  <• 

■  Parmi  ces  dialectes ,  le  hazoki  ou  liezt'y  était  parlé  dans 
le  Khorassan ,  le  sègs  ou  sagzy  dans  le  Sedjestan ,  et  le  snaly 
ou  zabouly  dans  le  Zaboulistan.  D'autres  nomment  encore 
les  dialectes  soghdjr^  khoazy,  adevy  et  merouzy.  Le  Jcourde 
est  un  persan  mêlé  de  chaldéen ,  comme  le  peblevi, 

«  Venons  maintenant  au  grand  phénomène  que  cette 
langue  persane ,  tant  ancienne  que  moderne ,  présente  à  la 
géograpbie  historique.  Le  persan,  dans  tous  ses  dialectes 
et  à  toutes  ses  époques,  offre  non  seulement  un  grand 
nombre  de  mots  germaniques,  mais  même  des  inflesions 
et  des  constructions  allemandes  (i).  H  renferme  encore  des 
mots  danois,  islandais,  anglais,  qui  ne  sont  pas  germani- 
ques, mais  purement  gothiques  W.  Enfin ,  pour  comble  de 
singularité,  il  suit  en  partie  les  règles  si  bizarres  et  si  ar- 
bitraires de  la  versification  islandaise  l^).  Cette  ressem- 
blance, moins  forte  et  moins  suivie  que  ne  l'a  cru  Leib- 


I 


(')  Adelung  avait  réuni  an  rnriflCB  allemandes  dans  \cparai.  Les  in- 
Goitifi  se  terminent  en  len.  den,  elc.  Les  artiules  pn^ptultirs  bi,  mi, 
der,  répondent  ii  be ,  ge,  etc. ,  dans  l'allemand.  Mitiiridales ,  1,  3^4' 

W  Frètent,  grandeur  (zend) ;  Jretaum  ,  nourrissant  (^idem'j;  freya  , 
force  nutritive  (islandaii)j  ihraiifd,  aliment  [aend);  trifes,  s'engrais- 
ser Çdanoii);  gueochte ,  troupeau  (mu/);  queg,  îdvia  (danois);  khouda , 
<Jieli  (parii)f  gud,  prononcez  ghiiiid ,  idem  (suédot))/  halaeh,  pur, 
^nC  (pehtevi);  hatog,  aaini  {ïslandoia),  —  (^1  Comparez  Gtadwin; 
Persi.-inrhe|[iHc9,ctla.^iUi/.f  ,MS.  ,i»lmid.,  ou  OlaJUn,  Podl i<|iie dci 


LIVRE   CEHT    VISGT-MEUVil 

z('),  toujours  copié  par  les  compilateurs,  l'est  poi 
tant  assez  pour  iju'un  Islandais  transporte  à  Chiraz  en  aoit 
frappé,  et  pour  que  les  anciens  noms  persans  et  Scandinaves 
s'éclaireissent  souvent  les  uns  à  l'aide  des  autres.  Ainsi,  la 
ville  de  Pasargnilce ,  dont  le  nom  signifiait  camp  retran- 
ché des  Perses  (s) ,  s'appellerait  en  islandais  Parsa-Gaiii;  et 
c'est  probablement  le  nom  persan  dont  les  Grecs  ont  fait 
Pnsargndœ. 

n  De  celte  ressemblance  bien  constatée,  les  faiseurs  de 
système  ont  tiré  mille  conséquences  hasardées  ;  on  a  vu 
dans  les  peuples  ^othico -germa niques  une  colonie  persane, 
et  dans  le  Kerman  l'ancienne  Germanie.  Des  compilateurs 
audacieux  ont  été  plus  loin;  un  Écossais  ayant  renouvelé 
la  vieille  erreur  de  ceux  qui  confondent  les  Scythes,  les 
Gètes  et  les  Goths,  a  osé  tracer,  depuis  la  Perse  jusqu'en 
Ecosse,  la  marche  icnaginaire  du  peuple  chimérique  qu'il 
a  créé  de  tant  d'éléniens  hétérogènes.  Ces  l'èveries  s'éva- 
nouissent comme  un  songe,  lorsqu'on  observe  que  la  res- 
semblance du  persan  avec  le  gothique  n'est  pas  plus  forte 
que  celle  de  la  même  langue  avec  le  sanscrit  et  les  autres 
anciens  idiomes  de  l'Hindoustan  (3).  Dun  autre  côté,  elle 
se  montre  également  entre  le  sanscrit,  le  grec  et  le  latin  (4), 
£nSn,  d'après  l'observation  récente  d'un  grand  critique, 
l'ancien  slavon,  dont  la  ressemblance  avec  le  persan  était 
déjà  connue,  présente  aussi  plus  d'affinité  avec  l'allemand 
et  avec  l'islandais,  que  les  idiomes  slavons  modernes  (5). 
Ainsi  ces  langues  se  ressemblent  toutes;  l'une  n'est  pas  la 
mère  de  l'autre,  mais  elles  remontent  toutes  à  une  souche 
inconnue.  Est-ce  que  des  hommes  d'une  même  race  au- 


10  R  Iiitegri  venui  periicè  scribi posiUiit'quot  Germanui  iiileUigat.  > 
Ot.  Hanov.,  p.  >5i.  —  W  iï^/i. ,  in  voce  Oirtûu,  V.b.~t})  Paul,  à 

S.  Bartholomeo ,  île  Aniiquitale  et  allinllnle  lingiiic  zendica? ,  samaerda- 
micn;  rt  gcrmanii^ic.  Rome,  179^.  —  W  SchUgel,  sur  la  langue  et  lu 
Eogcsbc  des  Indiens,  ch.  1.  —<.••)  Schlaiei;  dana  son  édition  de  JWsMP. 


ASIE  :  La  Perse.  397 

raient  peuplé  tous  ces  pays  à  uii«  époque  antérieure  à  l'Iiis- 
toire  i"  Est-ce  que  d'anciennes  communications  auraient  ré- 
pandu dans  taus  ces  pays  les  mêmes  idées  de  civilisation , 
et  plié  sous  le  joug  de  règles  assez  semblables  entre  elles 
les  sons  (jui  désignaient  ces  idées?  Nous  l'ignorons;  mais 
nous  savons  que  l'une  de  ces  nations  n'a  pas  plus  de  droits 
que  l'autre  à  être  considérée  comme  la  souche  des  autres. 

«  La  constitution  physique  des  Persans  les  rapproche  des 
Syriens,  des  Arabes  et  des  Juifs.  Le  sang  est  beau;  mais  le 
teint,  même  dans  les  provinces  septentrionales,  est  un 
peu  jaunâtre.  11  devient  aussi  un  peu  olivâtre,  du  moins 
chez  les  hommes,  dans  le  Farsistan  et  le  Kerman.  Ils  ont  les 
cheveux  noirs,  le  front  haut,  le  nez  aquilin,  les  joues 
pleines,  le  menton  large,  et  la  coupe  de  la  figure  le  plus 
communément  ovale,  La  sobriété  habituelle  aux  Persans, 
et  la  sécheresse  du  climat,  expliquent  pourquoi  les  exem- 
ples d'obésité  sont  si  rares  eu  Perse.  Une  beauté  persane 
doit  avoir  une  moyenne  taille,  de  longs  cheYeux  noirs,  les 
yeux  grands,  les  sourcils  arqués,  de  longues  paupières,  une 
belle  carnation,  avec  un  peu  de  couleur,  un  petit  nez, 
une  bouche  étroite,  un  menton  resserré,  les  dents  blancbes, 
le  cou  long,  le  sein  garni  avec  une  ricbcsse  modeste,  les 
mains  et  tes  pieds  petits,  la  taille  mince  et  la  peau  extrême- 
ment douce.  Les  hommes  sont  généralement  forts  et  ro- 
bustes, et  propres  aux  exercices  militaires:  mais  la  siccité 
d'un  air  brfilanl  et  rempli  de  particules  salines  les  rend  par- 
ticulièrement  sujets  aux  maux  d'yeux.  I^a  forme  et  les  orne- 
mens  de  la  coiffure  varient  selon  la  dignité,  les  richesses 
ou  le  caprice  ;  une  sorte  de  turban  en  usage  chez  les  grands 
et  les  princesse  couvre  d'aigrettes  flottantes,  de  perles,  de 
diamans  :  le  monarque  seul  charge  sa  tête  des  emblèmes 
du  soleil  ou  du  globe  terrestre  (0.  La  barbe  est  sacrée  pour 


)  Vciyci  nalU,  Asicn.  I.  plancht-s  III  cl  IV, 


3qB  LIVnF    CENT    VINGT-SEUVIKME. 

les  Persans;  ils  l'entretiennent  avec  le  plus  grand  soin.  Us 
mettent  souvent  trois  ou  quatre  habits  légers  l'un  surl'autre, 
attaches  avec  une  ceinture.  Les  paysans  ne  portent  qu'un 
simple  surtout  carré;  mais  ce  vêtement  varie  d'ampleur  et 
de  longueur  de  province  à  province  (')■  Les  femmes senve- 
loppentla  tête  de  morceaux  de  soie  dediftërentes  couleurs: 
leurs  robes,  plus  courtes  que  celles  des  hommes  chez 
les  danseuses,  descendent,  chez  les  femmes  de  condition, 
jusqu'à  la  pointe  des  pieds  (a).  Flottant,  ample  et  léger,  cet 
habillement  a  l'air  d'un  costume  religieux  ou  d'un  négligé 
magnifique.  Le  voile  est  de  rigueur  dans  les  villes.  Une 
mode  générale,  dans  l'Orient  mahométan,  oblige  les  femmes 
de  Perse  à  porter  des  pantalons  énormes,  bourrés  de  co- 
ton. Le  luxe. des  habits  a  diminué  pendant  les  derniers 
troubles.  » 

Nous  pourrions  donner  plus  de  détails  sur  l'habillement 
persan,  en  énuméranr,  d'après  IVI.  de  Hammer,  tous  les  vête- 
mens  dont  il  se  compose.  C'est  d'abord,  pour  les  hommes, 
le  zir-djamé,  sorte  de  pantalon  en  soie  ou  en  coton ,  rouge 
ou  bleu,  long,  large  et  attadié  par  une  ceinture  en  filet; 
la pira/ien,  chemise  de  soie,  de  lin  ou  de  coton,  ne  des- 
cendant qu'un  peu  au-dessous  de  la  ceinture;  ïarkalik  ou 
nlkalik,  tunique  d'indienne  peinte,  ouatée  en  coton,  ou- 
verte sur  le  devant,  taillée  carrément  sur  la  poitrine  et  ne 
dépassant  pas  le  mollet;  le  donc,  kaba  ou  ouiemè^  longue 
robe,  sériée  sur  la  taille  et  descendant  jusqu'à  la  cheville; 
le  btdapouch,  vêtement  de  dessus,  que  l'on  peut  regarder 
comme  le  manteau  de  ville;  le  tiqniè,  habit  de  drap  dont  la 
manche  est  ouverte  en  dessous,  depuis  les  aisselles  jusqu'au 
coude,  et  que  l'on  porte  principalement  à  cheval;  Iskatihi, 
vêtement  de  brocard  garni  de  fourrure  sur  les  épaules  et 
sur  le  dos,  que  l'on  ne  porte  que  dans  les  joun 

(OVojez  «nW.piauclii^V,  — l'I  /*h/c«^  planche  VI. 


ASIE  :  La  Perse.  Bgç) 

;  le  kourdi-nimten, ,  espèce  de  camisole  serrée  à  la 
ceinture  el  ne  couvrant  que  la  moitié  des  cuisses;  \epoustik 
on.  hameimi ,  pelisse  eh  peau  de  mouton,  dont  le  poil  est 
en  dedans  et  que  l'on  met  pour  aller  au  bain  ;  le  kemer  on 
la  ceinture;  les  tckorab,  sortes  de  bus  ou  de  grandes  bottes 
en  drap  rouge;  les  kechf  o\\  pantoufles  en  sagfiri  ou  cha- 
grin; et  les  djizmè  ou  bottes  en  cuir.  Le  complément  du 
vêtement  persan  est  le  poignard  (khandjar),  le  couteau 
[kard^,  et  le  sabre  (  cAemchir  ).  La  coiffure  habituelk- 
d'un  Persan  est  un  bonnet  en  peau  de  mouton  noir  de 
forme  conique  ;  mais  dans  les  jours  de  cérémonies  on  roule, 
sur  un  bonnet  semblable ,  un  cbàie  qui  donne  à  cette  coif- 
fure la  forme  dun  baril.  Ce  costume  est  moins  majestueux 
que  celui  des  Ottomans;  mais  il  est  plus  commode  et  plus 
élégant.  On  voit,  par  les  parties  que  nous  venons  de  décrire, 
qu'il  est  entièrement  différent  de  ce  qu  il  était  du  temps  de 
Chardin.  Quant  aux  couleurs,  elles  changenlsuîvant  les  âges , 
et  surtout  suivant  les  variations  de  la  mode.  En  général, 
les  Jeunes  gens  aiment  les  couleurs  claires  et  éclatantes. 

Les  femmes,  dans  leur  intérieur,  ne  sont  vêtues  que 
d'une  simple  chemise  fendue  jusqu'au-dessous  du  nombril, 
et  d'un  pantalon  de  toile  ou  de  soie.  Lorsqu'elles  sortent, 
elles  se  couvrent  de  quatre  voiles  épais  et  s'enveloppent 
d'une  pièce  de  toile  immense,  souvent  quadrillée,  qui  les 
cache  de  manière  qu'on  ne  leur  voit  que  les  yeux. 

Pour  ajouter  à  leurs  attraits  naturels ,  elles  se  teignent  les 
ongles,  la  plante  des  pieds  et  la  paume  des  mains  en  une 
couleur  rougeâire  (le  lianna),  et  rendent  leurs  sourcils 
plus  noirs  et  plus  arqués  au  moyen  d'une  leintur'j  de  surme 
de  cette  couleui-.  Une  de  leurs  coquetteries  serjrètes  est  de 
se  peindre  autour  du  nombril  des  fleurs  et  d'autres  orne- 
mens  qui  ressemblent  au  tatouage  (■}. 


<l 


i 


400  LIVRK    CENT  VINGT-KËCVIÈME. 

»  Les  Persans  mangent  deux  ou  trois  fois  par  jour  :  ils 
dîuent  vers  midi;  leur  meilleur  repos  est  le  souper.  Le 
mets  favori  des  riches  est  le  p/'/au  ou  le  r'a,  bouilli ,  préparé 
de  différentes  façons.  Le  blé  est  la  nourriture  ordinaire  du 
peuple.  Les  melons,  les  fruits,  les  confitures  jouent  un 
gr.ind  rôle  dans  les  festins  persans.  Les  gens  comme  il  faut 
trahissent  presque  ouvertement  la  loi  du  prophète  pour  le 
culte  dé  Baechus  ;  mais  le  peuple  ne  connaît  pas  l'ivrogne- 
rie. Cérémonieux  et  silencieux,  leurs  repas  ne  durent  ja- 
mais plus  d'une  heure.  On  loue  leur  propreté,  tant  sur  leur 
personne  que  dans  leurs  habitations;  le  peuple  est  pour- 
tant sale.  "  La  manière  dont  ils  prennent  leurs  repas  n'est 
pas  très-commode  :  le  jo/ra,  grande  nappe  d'indienne, 
souvent  ornée  d'inscriptions,  s'étend  moitié  sur  le  sol  et 
moitié  sur  les  genouK  des  convives  accroupis;  elle  est 
couverte  de  petits  plateaux  chargés  de  trois  ou  quatre  sortes 
de  riz  bouilli;  plusieurs  petits  bols  pleins  de  ragoûts  sont 
entremêlés  de  petites  soucoupes  de  confitures  ou  d'autres 
sucreries,  et  de  grandes  jattes  de  sorbets. 

■  La  circoncision  des  garçons  s'opère  par  un  chirurgien  ; 
mais  celle  des  filles,  pratiquée  par  les  Arabes,  est  incon- 
nue chez  les  Persans.  Les  mariages  se  font  par  la  média- 
tion des  procureurs;  il  n'y  a  de  dot  que  le  trousseau  :  la 
mariée  est  conduite  chez  son  époux,  de  nuit,  en  grande 
procession,  à  la  lueur  des  flambeaux  et  au  son  fies  instru- 
mens.  La  polygamie  est  permise;  maïs  la  première  épouse 
jouit  de  grandes  prérogatives,  ils  mettent  beaucoup  d'os- 
tentation dans  leurs  pompes  funèbres.  On  élève  auK  riches 
de  superbes  tombeaux  :  tels  sont  ceux  des  douze  imans  ou 
vicaires  du  prophète,  regardés  par  les  Persans  comme  ses 
seuls  successeurs  légitimes. 

"  Le  luxe  des  Persans  modernes  rappelle,  sur  plusieurs 
points,  celui  des  anciens  Perses.  De  vastes  jardins  offrent 
une  promenade  solitaire  aux  femmes  des  grands,  qu'une 


ASIE  :  La  Perse.  4o  i 

jalousie  extrême  dérobe  à  la  vue  des  étrangers.  Les  harems 
sont  peuplés  de  belles  esclaves,  qui,  par  une  dépense  énorme 
en  parures  frivoles,  ruinent  les  seigneurs  les  plus  riches. 
Outre  le  goût  efféminé  pour  les  bijoux  et  les  pierreries,  le 
Persan  conserve  encore  lancien  usage  de  se  peindre  en 
noir  les  sourcils  et  la  barbe  (i).  Les  parasols,  les  chaises 
à  porteurs,  lès  tapis  de  pied,  et  bien  d'autres  usages  de 
luxe  et  de  commodité,  nous  sont  venus  de  1  ancienne  Perse, 
par  Imtermédiairé  des  Grecs,  et  surtout  des  Macédoniens. 
Les  monarques  et  les  satrapes  persans  mangeaient  au  bruit 
d*un  concert  vocal  et  instrumental,  exécuté  par  des  dan- 
seuses, que  les  Grecs  appelaient  musurges  ^  que  les  Per- 
sans désignent  sous  les  dénominations  de  raccas  ou  alimeli^ 
c  est-à-dire  savantes^  et  que  nous  nommons  hay adirés^  d Câ- 
pres le  nom  que  les  Portugais  leur  ont  donné  dans  Tlnde. 
Tout  ce  que  disent  de  ces  espèces  de  courtisanes  Suidas  et 
Athénée  convient  aux  Persans  modernes,  et  semblerait  copié 
dans  Chardin  (2)  :  «  Les  unes  jouaient  de  la  flûte,  les  autres 
«  An psaltérion  à  cinq  ou  sept  cordes,  La  musique  naccom- 
«  pagnait  pas  le  chant  comme  chez  les  Grecs  ;  elle  en  for- 
«  niait  le  prélude.  » 

«Le  goût  des  Persans  pour  les  fleurs  est  dune  très-^an- 
cienne  origine.  Il  est  vrai  que  le  savant  Langlès  a  parfaite- 
ment démontré  que  la  découverte  de  l'essence  de  rose  ne 
date  que  de  Tan  1612  (3);  cependant  la  fêle  de  Goulryzé^  ou 
de  la  profusion  des  roses,  paraît  indiquée  par  Hérodote 
erQuinte-Curce  comme  un  usage  ancien  lors  de  l'entrée  so- 
lennelle des  monarques  dans  une  ville.  Un  beau  climat  et 
une  riche  végétation  doivent  rendre  cette  fête  éternelle. 

«  Mais  c'est  une  triste  gloire  pour  les  Perses  d'avoir,  d  a- 

(0  Olivier,  V,  271.  Xénophon,  Cyrop. ,  I  et  VIII.  —  >»)  Jihén.  ,111. 
Suiffas,  in  voce  Musurgi.  Xénophon ,  Cyrop.  IV,  in  fine.  Chardin, 
I.  IV,  p.  3o5,  etc. — (^)  Lànglès  .*  Recherches  sur  la  découverfe  de 
r essence  de  rose. 

VIII.  a6 


402  LIVRK    CENT    VIHGT-NtUVlÈMK. 

près  les  témoignages  des  anciens  (i),  inventé  une  opération 
qui,  en  produisant  des  êtres  sans  sexe,  donne  aux  sérails 
des  gardiens  sans  pitié  ;  il  est  du  moins  certain  que  les  eu- 
nuques étaient  aussi  nombreux  et  aussi  puissans  à  l'an- 
cienne cour  de  Persépolis  qu'aux  cours  modernes  d'Ispahan 
et  de  Téhéran.  L'éducation  des  princes,  admirée  par  Platon, 
était,  comme  chez  les  Persans  modernes,  confiée  à  des 
hommes  mutilés  (>).  Ce  n'est  pas  la  seule  trace  d'ancienne 
barbarie  qui  s'est  conservée.  Plusieurs  punitions  atroces, 
encore  aujourd'hui  usitées,  sont  d'ancienne  institution  : 
on  écorchait  vifs  les  rebelles,  on  les  sciait  en  deux;  on 
crevait  les  yeux  aux  victimes  de  la  politique.  Depuis  Héro- 
dote, au  V  siècle  avant  Jésus-Christ,  jusqu'à  Procope, 
au  IV^de  notre  ère,  l'histoire  est  attristée  par  de  fameux 
exemples  de  ces  atrocités.  Faire  couper  les  oreilles,  le  nez, 
les  mains,  était  un  jeu  pour  les  anciens  comme  pour  les 
modernes  souverains  de  ce  pays  (5),  Les  Perses  anciens, 
comme  les  modernes ,  après  avoir  passé  par  les  verges  ou 
reçu  la  bastonnade  par  ordre  du  roi ,  venaient  remercier  à 
genoux  le  monarque  de  ce  qu'il  avait  bien  voulu  se  souve- 
nir d'eux  (4).  Les  marques  de  ia  servitude  la  pins  ignomi- 
nieuse ne  révoltaient  pas  plus  tes  anciens  que  les  modernes 
grands  seigneurs  de  la  Perse.  Si,  comme  aujourd'hui,  du 
temps  de  Chardin,  les  courtisans  se  donnaient  et  recevaient 
sans  honte  l'épitliète  de  chiens  du  roi ,  les  satrapes  du  temps 
de  la  dynastie  des  Arsacides  allaient  encore  plus  loin,  et, 
fidèles  à  cette  expression  allégorique,  se  couchaient  au  bas 
de  la  table  royale  pour  manger  avec  respect  les  restes  d'a- 
limens  que  le  monarque  leur  jetait  t^).  Les  génuflexions, 

(■)  Hérod. ,  VI.  Joseph. ,  Anliq.  Jud. ,  X ,  i6,  Steph. ,  in  voci;  Spadd. 
—  W  Plat.,  de  leg..  111.  Luciau.,  in  Eunueho,  — W  Hèmd.  V.  Plu- 
tarch. ,  in  Artaxcnc-  Ciétiat,  inPers.  Xénophon,  Espetlit.  1.  Jmmian. 
jtfflJveWiM. ,  XXUI  et  XX-X.  Procop. ,  de  bello  Fera.,  etc.  — Ci)  ^leo/. 
Damatc.  aa.Strab..  XU.  —  i^Posnd.  np.  Mien.  XIV.  

k  1 


ASIE  :  La  Perse  4^3 

les  titres  de  frère  du  soleil  et  de  la  lune^  ne  permettaient 
point  au  roi  de  Perse  de  se  croire  un  mortel;  il  demeurait, 
comme  les  schâhs  d'aujourd'hui  ^  inaccessible  dans  son  sérail, 
au  milieu  des  femmes  et  des  eunuques.  Tous  ses  sujets ,  sans 
distinction  de  rang,  étaient  qualifiés  ^esclaves.  En  un  mot , 
l'histoire  ancienne  de  la  Perse  nous  retrace  presque  trait 
pour  trait  le  hideux  spectacle  de  despotisme  et  d'esclavage 
que  nous  présentent  les  annales  modernes  de  ce  pays.  Il  y 
a  quelque  chose  d'effrayant  dans  cette  succ*ession  hérédi- 
taire des  mêmes  vices  et  des  mêmes  atrocités.  * 

Chez  les  Persans  d'aujourd'hui ,  dommé  au  temps  de  Xérto- 
phon ,  les  règles  de  la  plus  sévère  étiquette  fixent  les  rangs 
et  les  prérogatives  de  toutes  les  classes  d'individus.  De  même 
que  le  premier  ministre  rampe  devant  le  souverain ,  on  voit  le 
plus  misérable  paysan  prendre  la  plus  humble  Contenance 
devant  le  chef  de  son  village.  Un  fils,  de  quelque  haute 
dignité  qu  il  soit  revêtu ,  ne  s'assied  jamais  devant  son  père. 
A  la  cour,  les  princes  du  sang,  les  poètes,  les  savans  et  les 
ambassadeurs  sont  les  seuls  personnages  qui  aient  le  privi- 
lège de  s'asseoir  devant  le  roi. 

«  On  a  souvent  dit  que  les  Persans  étaient  les  Français 
de  l'Asie;  en  effet,  les  habitans  de  Chirac  ressemblent  uh 
peu  aux  Parisiens  par  leur  démarche  vive  et  légère,  par  la 
volubilité  de  leur  langue,  la  facilité  avec  laquelle  ils  tour- 
nent un  compliment,  le  plaisir  qu'ils  éprouvent  à  dire  des 
riens  agréables,  le  soin  minutieux  qti'ils  prennent  de  leurs 
vêtemens  et  de  leur  parure.  Il  serait  cependant  plus  juste  de 
les  nommer  les  Italiens  de  l'Asie.  Les  Persans  ont,  en  géné- 
ral, beaucoup  de  finesse  et  de  souplesse  d'esprit;  ils  en  ont 
même  trop;  Chardin,  leur  meilleur  apologiste,  convient 
qu'ils  sont  fourbes,  égoïstes,  livrés  à  la  vénalité,  et  inca- 
pables d'aucun  essor  généreux.  Leur  politesse  n'est  qu'un 
vain  cérémonial;  leur  hospitaUté  n'est  ni  exempte  de 
nité,  ni  séparée  de  l'espoir  d'être  payés  de  leurs  atteiiti 

a6- 


4o4  LIVRE    CENT   VINGT- NEUVIÈME. 

par  des  prësens.  Ils  semblent  se  considérer  comme  beau- 
coup plus  sages  et  plus  spirituels  que  les  autres  nations  : 
cependant  ils  flottent  toujours  entre  l'anarchie  et  le  des^ 
potisme.  Doux  et  humains  en  temps  de  paix,  ifs  semblent, 
dans  leurs  guerres  civiles,  altérés  de  sang;  mais,  vainqueurs 
ou  vaincus,  riches  ou  pauvres,  leur  gaieté  et  leur  présence 
desprit  ne  )es  abandonnent  jamais;  on  voit  chez  eux  une 
joie  immodérée  succéder  aux  plus  violentes  querelles.  » 

«  Le  persan,  dit  un  voyageur  français  (0 ,  n'a  pour  lui 
«  que  le  premier  coup  d'œll.  Il  n'a  que  l'extérieur  de  la 
«  bonté  :  n'en  attendez  pas  autre  chose.  Que  vous  excitiez 
<c  ou  non  sa  méfiance,  qu'il  vous  aime  ou  vous  haïsse,  qu'il 
«  espère  ou  qu'il  n'espère  pas  de  vous,  il  cherchera  à  vous 
«  tromper.  Il  ne  tiendra  jamais  ses  promesses,  et  vous  serez 
«  toujours  sa  dupe.  » 

Si  nous  consultons  Malcolm,  voici  ce  qu'il  nous  dit  : 
«  La  nation  persane,  en  général,  forme  un  beau  peuple, 
«rempli  d'énergie,  d'activité,  d'imagination;  un  peuple 
«  d'une  conception  rapide ,  et  dont  les  manières  sont  agréa- 
ce  blés  et  même  entraînantes.  Mais  les  défauts  des  Persans 
«  l'emportent  sur  leurs  vertus.  Sous  le  régime  qui  les  gou- 
«  verne,  étant  contraints,  dans  toutes  les  circonstances,  de 
«  recourir  à  la  ruse  ou  à  la  violence,  ils  sont  alternative- 
«  ment  ou  esclaves  ou  tyrans.  » 

Pottinger  peint  ainsi  les  Persans  :  Aimables  envers  leurs 
égaux,  serviles  envers  leurs  supérieurs,  superbes  envers 
leurs  subordonnés,  ils  sont,  dans  les  plus  hautes  conditions 
comme  dans  les  classes  les  plus  inférieures,  également  avares 
et  fripons.  La  fausseté  et  la  perfidie  leur  paraissent  des 
moyens  plausibles  pour  parvenir  à  leurs  fins.  Bref,  la  Perse 
est  pour  ainsi  dire  le  foyer.de  toute  espèce  de  vexation, 
de  tyrannie,  de  cruauté,  de  bassesse  et  d'opprobre. 

(0  Dupré  1  t.  II,  p.  399  et  suiv. 


ASIE  :  La  Perse,  4^^5 

Le  voyageur  Otter  s'exprime,  à  1  égard  des  Persans,  dé  la 
manière  suivante  :  «  Ils  ont  Tesprit  très-délié;  ils  réussis- 
se sent  dans  les  sciences,  dans  les  arts,  et  généralement 
«  dans  tout  ce  qu'ils  entreprennent.  Ils  sont  de  bonne  so- 
«  ciété,  civils  et  polis  envers  les  étrangers.  Ils  aiment  le 
«  vin ,  les  fêtes  et  le  luxe,  qu'ils  ont  porté  aussi  loin  qu'au- 
«  cune  autre  nation.  Ils  sont  bons  connaisseurs  en  tout,  et 
«  il  est  difficile  de  les  tromper  :  c'est  ce  qui  fait  que  les  juifs, 
«  qui  dans  la  Turquie  sont  puissamment  riches ,  sont  fort 
«  misérables  en  Perse.  » 

Ecoutons  maintenant  M.  Jaubert  :  «  Persuadés  que  la 
«  justice  n  a  d'autre  règle  que  la  volonté  du  prince,  les 
«  Persans  courbent  la  tête  sous  le  joug,  et  ne  conçoivent 
«  pas  même  qu'il  soit  permis  de  s'y  soustraire.  Ils  combat- 
«  tent  par  obéissance  ou  pour  changer  de  maître,  mais  non 
"  pour  la  liberté,  mot  qui  n'a  point  d'équivalent  dans  leur 
«  langue.  Ils  flattent  sans  pudeur  l'homme  puissant  qui  les 
«  opprime,  et  mettent  souvent  en  pratique  cette  maxime 
«  odieuse,  qui  est  devenue  proverbiale  chez  eux  :  Baise 
«  la  main  que  tu  ne  peux  couper,  A  leurs  yeux  le  droit 
«  n  est  rien,  la  force  est  tout.  Le  succès  justifiant  toujours 
«  l'entreprise,  ils  comptent  pour  peu  de  chose  le  choix 
«  des  moyens.  La  perfidie,  la  trahison,  le  parjure  n^ônt 
«  rien  qui  leur  paraisse  répréhensible  :  il  faut  réussir.  Dis- 
«  simuler,  retiier  même  sa  religion  dans  un  danger  pres- 
«  sant,  n'est  point  un  crime  à  leurs  yeux.  Je  le»  ai  entendus 
«  se  glorifier,  comme  d'une  action  héroïque,   d'avoir  fait 
«  assassiner  lâchement  un  général  ennemi.  Cette  morale 
«  affreuse  fut   de   tout  temps   celle   des   habitans   de  la 
«  Perse  (i).  «       ■ 

Outre  la  fête  des  roses,  dont  nous  avons  parlé,  il  existe 
en  Perse  plusieurs  autres  fêtes  plus  ou  moins  célèbres  e^ 

(0  À,  Jauben  :  Voyage  en  Arménie  et  en  Perse,  p.  ^-2^. 


4o6  LIVRE    CENT    VlNGT-NEyVIEME. 

plus  OU  moins  antiques  :  telles  sont  la  fête  des  flammes 
{Ydi'niran)y  ia  fête  des  eaux  {^Abrizegan) ^  la  fête  dcjs 
sacrifices  (  Ydî'Kourban)^  le  Ramazan,  le  petit  Beyram, 
XAchoura  ou  le  martyre  de  Hassan  et  Hussein  >  enfin  le 
Nèw-rouz  ou  la  fête  du  nouvel  an,  instituée  par  Djemchid, 
et  dont  les  processions  sont  représentées  sur  les  marbres 
dlstakhar^  dans  la  plaine  de  Persépolis, 

<i  La  fête  du  nouvel  an ,  la  seule  fête  civile  que  les  Per- 
sans connaissent,  est  célébrée  avec  beaucoup  de  pompe« 
Le  sultan  Djélaleddin ,  instituteur  d*un  calendrier  qu  on 
dit  préférable  au  calendrier  grégorien,  a  fixé  la  fête  du 
irenouvellement  de  Tannée  solaire  au  jour  de  1  equinoxe 
du  printemps,  tandis  que  l'année  mahométane  et  lunaire 
commence  à  une  époque  variable.  «  On  annonce  la  fête  au 
•  peuple,  dit  Chardin,  par  des  décharges  d'artillerie  et  de 

«  mousqueterie  dans  les  lieux  où  il  y  en  a Les  astrolo- 

«  gués,  magnifiquement  vêtus,  se  rendent  au  palais  royal 
<(  ou  chez  le  gouverneur  du  lieu,  une  heure  ou  deux  avant 
«  lequinoxe,  pour  en  observer  le  moment...  A  l'instant  qu'ils 
%  en  donnent  le  signal,  on  fait  des  décharges,  et  les  instru- 
«  mens  de  musique ,  les  timbales ,  les  cors  et  les  trompettes 
«  font  retentir  l'air  de  leurs  sons.  Ce  ne  sont  que  chants  y 
«  qu'allégresse  chez  tous  les  grands  et  les  riches  du  royaunae» 
(c.  A  Ispahan  on  sonne  des  instrumens  tous  les  huit  jours  de 
«  la  fête  devant  la  porte  du  roi,  avec  des  danses,  des  feux 
«  e^  des  comédies  comme  à  une  foire,  et  chacun  passe  la 
<(.  huitaine  dans  une  joie  qui  ne  se  peut  représenter.  Les 
«^  Persans,  entre  autres  noms  qu'ils  donnent  à  cette  fête,  la 
«.  nomment  \àfète  des  habits  neufs  ^  parce  qu'il  n'y  a  homme 
«  si  pauvre  et  si  misérable  qui  n'en  mette  un ,  et  ceux  qui 
K  en  ont  le  moyen  en  mettent  tous  les  jours  de  la  fête.  C'est  le 
«  vrai  temps  de  voir  la  cour,  car  ^Uç  est  plus  pompeuse  qu'en 
«  aucun  autre  temps,.,.  Chacun  s  envoie  des  présens,  et  dès 
«  la  veille  on  sentr'ençoie  des  œufs  peints  et  dorés.  Il  y  a 


ASIE  :  La  Perse.  4^7 

<t  de  ces  œufs  qui  coûtent  jusqu'à  trois  ducats  d  or  la  pièce. 
«  Le  roi  en  donne  comme  cela  quelques  cinq  cents  dans  son 
«  sérail,  dans  de  beaux  bassins ,  aux  principales  dames.  J'eii 
•  ai  rapporté  quelques  uns  de  cette  sorte.  Uœuf  est  couvert 
«  d'or,  avec  quatre  petites  figures  ou  miniatures  fort  fines 
«  aux  côtés.  On  dit  que  de  tout  temps  les  Persans  se  sont 
n  donné  des  œufs  comme  cela  au  nouvel  an ,  parce  que  l'œuf 
(«  marque  le  commencement  des  choses.  ^  M.  Langlès  fait 
remarquer,  à  ce  sujet,  le  rôle  que  joue,  dans  les  cosmo- 
gonies  orientales ^  ïceuf  mythologique^  symbole  du  chaos 
et  de  letat  primitif  du  monde.  «  Après  le  moment  de  Téqui- 
«  noxe,  continue  Chardin,  les  grands  vont  souhaiter  là 
<(  bonne  iete  au  roi  j  leur  tadje  ou  bonnet  royal  en  tête , 
N  chargé  de  pierreries,  dans  1  équipage  le  plus  leste  qu'ils 
'(  se  peuvent  mettre,  et  chacun  lui  fait  son  présent,  con- 
'«  sistant  en  bijoux  et  en  pierreries,  ou  en  étoffes^  ou  en 
«  parfums,  ou  en  des  raretés,  ou  en  chevaux,  ou  en  ar* 
«  gent ,  chacun  selon  son  emploi  et  selon  ses  biens.  La 
«plupart  donnent  de  lor,  s  excusant  sur  ce  que  Ton  ne 
«  trouve  plus  rien  dans  le  monde  qui  soit,  assez  beau  pour 
»  entrer  dans  la  garde-robe  de  sa  majesté.  On  lui  donqe  or* 
«  dinairenient  depuis  5oo  ducats  jusqua  4ooo.  Les  grands 
«  qui  sont  en  emploi  dans  les  provinces  font  aussi  faire 
«  leurs  complimens  et  leurs  présens^  nul  ne  s'en  exempte , 
«  et  c'est  à  qui  surpassera  les  autres  et  soi-même ,  à  l'égard 
«  de  ce  qu'il  a  fait  les  années  précédentes,  de  manière  que 
a  le  roi  reçoit  de  grandes  richesses  en  cette  fête,  dont  en^- 
«  suite  il  dépense  une  partie  dans  le  séi*ail  à  donner  les 
«  étrennes  à  tout  ce  grand  monde  qtii  le  compose....  Les 
u  grands  passent  le  reste  du  jour  à  recevoir  les  visites  et 
«  aussi  les  présens  de  ceux  qui  sont  sous  leur  dépendance^ 
«*  car  c'est  l'invariable  coutume  de  l'Orient,  llnférîeure/b/i- 
«  nant2k\x  supérieur,  ef  le  pauvre  donnant  au  riche,  depuis 
<(  le  laboureur  jusqu'au  roi.  » 


4u8  LIVRE   CENT    VINGT-NEUVIÈME. 

«  Cet  usage  remonte  à  la  plus  haute  antiquité,  et  pro- 
hablement  aux  temps  du  gouvernement  patriarcal.  Quand 
les  anciens  rois  de  Perse  passaient  dansj  un  village,  on  leur 
offrait  des  bœufs,  du  fromage,  du  blé.  Le  roi  Artaxercès- 
Mnémon  ayant  un  jour  rencontré  à  Timproviste  un  nommé 
Sénéfas ,  celui-ci ,  qui  n'avait  rien  sous  la  main  qu'il  pût 
offrir  au  monarque,  courut  chercher,  dans  la  paume  de  sa 
jnain,  un  peu  deau  limpide;  et  ce  don  si  simple,  accom- 
pagné duri  discours  plein  de  dévouement,  lui  valut  Tac- 
cueil  le  plus  gracieux.  Plutarque  et  ^lien  racontent  encore 
^  un  autre  trait  de  ce  même  prince.  Un  certain  Mégisthès  lui 
offrit  en  présent  une  pomme  d'une  grosseur  démesurée;  il 
en  conclut  que  ce  particulier  saurait  faire  prospérer  tout 
ce  que  Ton  confierait  à  ses  soins,  et  lui  donna  une  grande 
place.  Cela  est  tout-à-fait  dans  l'esprit  de  l'Orient,  esprit 
qui  n'a  jamais  changé.  » 

«  Mais  reprenons  la  description  de  la  fête  du  nouvel  an. 
Les  gens  dévots,  continue  Chardin,  passent,  s'ils  le  peuvent, 
tous  les  premiers  jours  de  la  fête  en  dévotion  dans,  leur  lo- 
gis. Us  se  purifient  au  point  du  jour,  en  se  lavant  tout  le 
corps  dans  l'eai^,  puis  ils  se  vêtent  d'habits  bien  nets, 
s'abstiennent  de  femmes,  font  leurs  prières  ordinaires  et 
les  extraordinaires  du  jour,  lisent  le  Coran  et  leurs  bons 
livres  ;  tout  cela  à  dessein  de  se  procurer,  par  cette  dévotion, 
une  heureuse  année.  «  Une  chose  aide  fort  à  rendre  cette 
«  fête  solennelle,  c'est  qu'on  y  fait  aussi  commémoration 
«  de  l'inauguration  d'Aly  à  la  succession  de  Mahomet.  >» 
Les  Persans  qui  sont  chiites,  prétendent  que  ce  fut  au  jour 
de  l'équinoxe  que  le  prophète  remit  le  khalifat  entre  les 
mains  d'Aly;  ce  qui  fait  que  de  toutes  les  fêtes  religieuses, 
celle-ci  est  la  seule  qui  ne  soit  pas  mobile,  étant  réglée 
d'après  l'année  -solaire.  » 

«  Il  parait  prouvé  que  cette  fête  du  nouvel  an ,  chez  les 
Persans ,  remonte  à  la  plus  haute  antiquité.  I<e  roi  Djenichid ,, 


ASIE  :  Za  Perse.  4^9 

qui,  d'après  la  conjecture  bien  appuyée  de  M.  Wahl,  est 
le  même  que  \ Achœmenès  des  historiens  gre(?s,  régla  le 
premier  le  calendrier,  et  établit  la  fête  de  Nèw-rouz  ou  de 
la  nouvelle  année;  mais  l'ordre  des  mois  persans  a  subi 
plusieurs  changemens ,  vraisemblablement  dus  à  une 
irrégularité  primitive  du  calendrier.  M.  Langlès  a  re- 
marqué cette  circonstance,  mais  voici  un  fait  qui  semble 
pouvoir  conduire  à  calculer,  du  moins  à  peu  près,  la 
marche  progressive  de  cette  irrégularité.  Strabon  dit  que 
les  mariages  des  Perses  se  concluaient  à  l'équinoxe  du 
printemps  ;  d'après  le  calendrier  de  Djélaleddin ,  expliqué 
par  M.  Langlès,  le  jour  spécialement  consacré  aux  maria- 
ges était  le  5  du  mois  à' Esfendiarmez j  qui  répond  au  26  ou 
au  27  février  :  il  paraîtrait  donc  que  depuis  le  temps  de 
Strabon  jusqu'au  siècle  de  Djélaleddin,  c'est-à-dire  pen- 
dant onze  cents  ans ,  le  dérangement  du  calendrier  ne 
montait  pas  tout-à-fait  à  un  mois.  Si  donc  le  mois 
Azer  qui,  selon  Djélaleddin^  répond  à  novembre,  occu- 
pait autrefois  la  place  de  Fen^erdiriy  ou  mars,  il  faudrait, 
pour  expliquer  ce  changement  par  l'effet  d'une  irrégula- 
rité progressive ,  faire  remonter  l'origine  du  calendrier  de 
Djemchid  et  de  l'empire  persan  à  plus  de  35oo  avant  Jésus- 
Christ.  » 

«  Toutes  ces  choses  resteront  encore  long-temps  enve- 
loppées d'épaisses  ténèbres.  Je  ne  saurais  pourtant  passer 
sous  silence  une  analogie  frappante  que  la  mythologie 
adoptée  dans  le  calendrier  persan  de  Djélaleddin  offre 
avec  la  mythologie  Scandinave.  Tirest,  chez  les  Persans, 
Tange  gardien  des  troupeaux  et  du  mois  de  juin;  Tyr  est 
selon  l'Edda,  le  dieu  de  l'aveugle  force;  c'était  le  dieu  de  la 
guerre  avant  Thor  et  Odin.  Le  nom  de  Tyr  signifie  encore 
en  danois  et  en  suédois,  taureau.  C'était  donc  évidem- 
ment cette  divinité  que  les  Cimbres  adoraient  sous  l'em- 
blème d'un  taureau  de  cuivre*  Ce  rapprochement  peut 


4lO  LIVRE   CEWT   VINGT-NEUVIÈME. 

ètre.âjoutéà  tant  d'autres  indices  dune  ancienne  pai*enté 
entre  les  Persans  et  les  peupleis  de  race  gothique  (0*  » 

«  La  religion  mahométane^.qui  est  aujourd'hui  celle  de 
la  plupart  des  Persans  y  a  perdu  ici  une  partie  de  Tinto- 
léranc0  fanatique  qui  la  caractérise.  Comme  chiites  ou 
partisans  d'Aly ,  les  Persans  portent  aux  Turcs  et  à  d  autres 
sectateurs  d'Omar  uiie  haine  mortelle;  dans  la  fête  d'Hus^ 
sein,  fils  d'Aly,  et  l'un  dés  grands  saints  de  la  secte  per- 
sane, on  entend  |6s  rués  de  Chiraz  retentir  d'imprécations 
contre  les  sunnites  (^);  mais  ces  haines,  peut-être  entrete* 
nues  par  la  rivalité  politique  de  deux  empires,  ne  s'étendent 
pas  aux  autres  religions.  Nulle  part  dans  FOrient  les  chré- 
tiens d'Europe  né  sont  mieux  reçus;  les  Juifs  et  les  Armé- 
niens sont  vexés,  mais  moins  qu'ailleurs  ;  depuis  long-temps 
on  a  cesse  de  persécuter  les  Guèbres  ou  adorateurs  du  feu; 
le  roi  régnant  tolère  même,  malgré  le  clergé  persan,  di- 
verses sectes  mahométanes ,  entre  autres  les  ismaélites, 
dont  le  patriarche  réside  dans  l'Irak- Adjemi(^).  Le  clergé 
persan  avait  déjà  éprouvé  un  contre  «temps  plus  sensible 
sdos  le  règne  du  fameux  Nadir.  Ce  conquérant,  qui,  dans 
sa  profonde  mais  cruelle  politique,  méditait  la  réunion  de 
toutes  les  sectes  mahométanes,  fit  un  jour  assembler  les 
mollams  et  les  imasj  ou  les  docteurs  en  théologie,  et  les 
desservans  des  églises;  il  leur  demanda  quel  usage  ils  fai- 
saient de  leurs  revenus  :  «  Nous  les  employons  en  œuvres 
pieuses;  nous  faisons  dire  des  prières  pour  la  prospérité  de 

(0  L*ère  persane ,  dont  la  fondation  est  attribuée  à  Djemchid ,  com- 
mençait à  Vëqainoxe  de  Taiitomne  ;  les  nonns  des  mois  étaient  les  mêmes 
que  ceux  dont  se  sert  Tère  djekleenne  qui  commence  à  Téquinoxe  du 
printemps.  Chaque  mois  est  de  3o  jours  »  auxquels  on  ajoute  5  ou  6  jours 
complémentaires.  Ainsi Tancienne  année  persane,  qu'on  appelle  encore 
yezdedjirdique ,  était  la  même  que  celle  dont  on  aurait  essayé  l'établis- 
sement en  France  en  1793  sous  le  nom  d*ère  républicaine. 

{Note  communiquée  par  M*  Jouarmin.  ) 

(*)  Franklin ,  II,  9a -(|5.  —  (^)  M.  Rousseau,  dans  les  Annales  des 
Voyages,  XIV,  279. 


ASïK  :  La  Perse.  l\\i 

l'empire  ;  nous  élevons  la  jeunesse  dans  les  collèges.  »  Le 
despote  leur  répliqua  :  «  Les  calamités  que  l'empire  éprouve 
«  depuis  un  demi-siècle  montrent  assez  combfen  vos  prière» 
«  sont  impuissantes;  quant  aux  collèges,  je  me  chai'ge  de 
«  leur  entretien;  ainsi,  comme  mes  soldats^  soutiens  de  la 
»  foi  et  de  FEtat,  sont  aussi  les  seuls  véritables  mollas^j'or*- 
«  donne  que  vos  biens  soient  confisqués  à  leur  profit  (i).  » 

Nous  pouvons  ajouter  qu'en  Perse  là  religion  mahomé- 
tane  a  dégénéré  en  momerie ,  et  ne  consiste  plus  que  dans 
l'accomplissement  de  quelques  cérémonies  et  dans  des  pra*- 
tiques  passées  en  habitude  ;  ce  qui  n'empêche  pas  les  Per- 
sans de  punir  sévèrement  ce  qu'ils  appellent  la  profanation 
des  choses  saintes.  Cet  esprit  irréligieux  a  même  passé  dans 
toutes  les  classes  :  les  derviches  eux-mêmes  en  donnent 
l'exemple  au  peuple  par  leur  scepticisme;  aussi,  avec  la  foi 
religieuse  s'est  évanoui  l'enthousiasnie  belliqueux;  aussi 
le  Persan  n'a-t-il  plus  pour  mobile  dans  ses  expéditions 
guerrières  que  l'ardeur  du  pillage. 

«  Nous  ferons  observer  ici,  en  passant,  qu'il  existe  en- 
core dans  le  Khousistan  une  secte  mahométane  très-reroar" 
quable  :  c'est  celle  des  Sàbiens,  en  arabe  Sabioun,  qu'on  a 
tort  d'appeler  SabéenSy^  et  de  confondre  par-là  avec  les  adhé^ 
rens  de  l'antique  culte  des  astres ,  désigné  sous  le  nom  de 
Sabéisme,  et  avec  les  peuples  de  l' Arabie-Heureuse  connus 
sous  les  noms  de  Sabâ  et  Schabâf  d'où  les  géographes  grecs 
firent  SabœL  La  secte  dont  nous  partons,  quoiqu'elle  ait  queK 
ques  établissemens  près  de  Bassorah  et  de  Lahsa ,  n'a  rien  de 
commun  avec  les  Sabéens  de  l'Yémen  ni  avec  Iç  culte  des 
astres;  elle  a  été  fondée  dans  le  IX®  siècle  par  un  certain 
Nassaïri;  et  ses  livres  religieux,  écrits  dans  un  idiome 
syriaque  qui  se  rapproche  du  dialecte  galiléen ,  indiquent 
le  pajrs  d'où  elle  est  originaire  W.  Comme  les  Sabiens  ré- 

(0  Langlès ,  Notice  chronologique ,  d»ns  Chardin ^  X  ^  ai  i .  —  (»)  I^or-t. 


4l2  LIVRE    CENT    VINGT-NEUVIÈME. 

vèrent  la  croix,  comme  ils  emploient  une  sorte  de  bap- 
tême, et  s'appellent  en  même  temps  disciples  de  JohanneSy 
on  a  pense  un  instant  que  c'était  une  secte  née  avec  le 
christianisme  dans  la  Galilée  :  mais  cette  opinion  paraît 
avoir  été  suffisamment  réfutée;  leurs  dogmes  se  rappro- 
chent beaucoup  de  ceux  des  Ismaéliens,  et  en  partie  de 
ceux  des  Guèbres.  Le  nom  de  Johannes  signifie ,  selon  un 
savant  orientaliste ,  la  lumière ,  et  n'a  rien  de  commun  avec 
la  dénomination  des  Chrétiens  de  Saint- Jean  dans  l'Inde  (0  : 
peut-être  faudrait-il  plutôt  y  voir  un  reste  de  l'ancienne 
fable  chaldéenne  sur  le  prophète  et  demi-dieu  Oannes.  Les 
Sabiens  immolent  des  poules  et  un  bélier.  Leurs  mariages 
sont  accompagnés  de  beaucoup  de  cérémonies  relatives  à 
la  conservation  de  la  virginité  (2). 

«  Revenons  au  portrait  général  des  Persans.  Les  sciences 
et  les  lettres  avaient  jeté  plus  d'éclat  en  Perse  sous  les  sé- 
phisque  dans  aucune  autre  contrée  d'Asie,  depuis  l'époque 
des  califes.  Les  poèmes  de  Ferdoucyiy  de  Saadiet  de  Hajis^ 
ont  plu  dans  des  traduction^  européennes.  L'imagination 
vive  et  fleurie  de  ces  auteurs  ne  respire  que  l'odeur  des 
roses,  n'entend  que  les  soupirs  du  rossignol,  ne  vit  que 
dans  le  monde  des  génies  et  des  fées;  mais  il  y  a  du  vide 
dans  les  pensées  et  dans  les  sentimens  ;  c'est  l'image  du  sol 
persan  avec  ses  paradis  et  ses  déserts.  Il  reste  encoreT  quel- 
ques faibles  clartés  ;  le  souverain  actuel  cherche  à  les  en- 
tretenir et  à  les  répandre.  Les  langues  arabe,  turque  et 

bei"^  j  dams  Jj^icïtaè'Us  f  Bibliothèque  orientale,  XV,  p.  iî6-i43.  Obser- 
\ati0n3  de  Nielfuhr,  ibid.  XX,  p.  i ,  et  réponse  de  Norber^g  <,  p.  149» 
Idem,  de  religione  et  linguâ  Sabaeorum,  in  Comment.  Gotting. ,  XV. 
(  M.  Norberg ,  savant  orientaliste  et  professeur  à  Lund ,  en  Scanie , 
travaille  à  un  ouvrage  sur  le  dialecte  et  les  dogmes  des  Zabiens  ). 

(0  Tychsen ,  dans  le  Muséum  allemand ,  1 784  ;  dans  le  Journal  de 
AlutTf  l^'  cah.  ;  Bruns,  dans  le  Reperlor.  orient.  ^  XVII,  p.  aS,  etc. 
(  Langlès  devait  publier  l'alphabet  des  Zabiens  ou  Ssaby.)  —  (*)  Boullaye- 
la-Gouz ,  Voyages,  p.  3o3.  Chardin,  VI ,  48- 143  sqq.  Niebuhr ,  11 ,  14 1  • 


ASIE  :  La  Perse.  4^3 

persane,  1  éloquence,  la  poésie,  la  théologie,  la  médecine 
et  1  astrologie  sont  enseignées  dans  de  nombreux  collèges. 
Si  la  Turquie  n  était  pas  placée  comme  une  barrière  entre 
les  lumières  de  l'Europe  et  le  génie  naturel,  nous  verrions 
peut-être  ce. peuple  asiatique  prendre  un  essor  extraordi- 
naire. En  Perse,  on  estime  les  gens  instruits^  on  leur  accorde 
les  places  les  plus  importantes  (0. 

«  Les  talens  naturels  des  Persans  s'étaient  exercés  dan^  la 
carrière  de  l'industrie.  Chardin  a  donné  un  aperçu  fort  dé- 
taillé des  manufactures  et  du  commerce  de  la  Perse  dans  le 
XVII®  siècle.  On  avait  porté  à  une  haute  perfection  la  bro- 
derie sur  le  drap,  la  soie  et  le  cuir.  La  poterie  se  fabriquait 
dans  toute  la  Perse,  et  la  meilleure  venait  de  Chiraz,  de 
Mechhed,  d'Yezd*  11  s'en  fabriquait  d'une  qualité  qui  ré- 
sistait au  feu  ;  la  matière  en  était  si  dure ,  qu'on  en  tirait 
des  mortiers  assez  forts  pour  y  piler  différentes  substances. 
La  porcelaine  qui  se  fabrique  à  Kerman,  renommée  pour 
sa  légèreté,  est  encore  remarquable  sous  un  autre  point  de 
vue.  Pline  dit  que  les  fameux  vases  murrhins  étaient  ap- 
portés en  partie  de  cette  province ,  nommée  alors  Carma- 
nie  (2).  Peut-être  les  vases  murrhins  n'étaient -ils  qu'une 
sorte  de  porcelaine  fabriquée  d'après  des  procédés  aujour- 
d'hui oubliés.  Les  manufactures  de  cuir,  de  chagrin  et  de 
maroquin  remontent  aux  temps  des  rois  parthes,  et  peut- 
être  à  l'époque  de  Cyrus  P)  ;  elles  se  maintenaient  lors  du 
voyage  de  Chardin  ;  elles  fleurissent  encore.  Les  Persans 
travaillent  fort  bien  en  chaudronnerie  :  ils  se  servent  de 
1  etain  de  Sumatra  pour  étamer  leurs  batteries  de  cuisine. 
Les  arcs  de  la  Perse  étaient  les  plus  estimés  de  l'Orient; 
leurs  sabres  damasquinés,  faits  avec  du  fer  et  de  l'acier 

(0  Olivier,  Voyage  en  Perse,  chap.  x.  — (=»)  Plia. ,  XXXVII,  a. 

(})  Voyez  les  passages  cités  par  Moiigez,  Mémoire  sur  le  costume. des 
Perses,  clans  les  Mémoires  de  V Institut,  classe  de  littérature  et  beaux- 
arts,  IV,  p.  lôa.  Coijip.,  F- S^* 


4l4  LIVRE    CEftT    VINGT-NEUVIÈIVU:. 

de  THindoustan  (0  9  paraissent  à  Chardin  inimitables  pour 
nos  armuriers  d'Europe.  Leurs  rasoirs  et  autres  ouvrages 
dacier  étaient  aussi  recherchés.  Ils  étaient  habiles  a  tailler 
les  pierres  précieuses  et  à  faii'e  des  teintures  solides  et 
brillantes.  Leurs  manufactures  de  verre  ne  méritaient  pas 
grande  attention.  Leurs  étoffes  de  Coton,  celles  de  laine, 
et  celles  fabriquées  avec  du  poil  de  chèvre  et  de  chan^eau , 
leurs  spies ,  leurs  brocards  et  leurs  velours  atteignaient  à 
une  qualité  supérieure.  Les  tapis  si  précieux  venaient 
principalement  du  Khorassan.  Chardin  ajoute  que ,  de 
son  temps ,  on  les  appelait  tapis  de  Turquie ,  parce  qu'on 
les  faisait  passer  en  Europe  par  ce  pays.  Les  étoffes  faites 
de  poil  de  chameau  se  fabriquaient  généralement  à  Kerman, 
et  celles  de  poil  de  chèvre  dans  les  montagnes  du  Mazan- 
deran;  mais  les  draps  de  coton  venaient  principalement 
de  THindoustan.  La  fabrique  des  draps  larges  n  était  pas 
connue,  et  on  j  suppléait  par  une  espèce  de  feutre.  Le  roi 
lui-même  était  intéressé  dans  les  marchandises  de  soieries 
brocards,  les  tapis  et  les  bijoux,  probablement  avec  peu 
d  avantage  pour  le  pays.  La  marchandise  principale  de  la 
Perse  était  la  soie  de  différentes  qualités^  On  envoyait  à  FHin- 
doustan  le  tabac,  des  fruits  con&ts,  particulièrement  des 
dattes,  des  vins,  des  chevaux^  de  la  porcelaine  et  des  ouirs 
<le  différentes  couleurs  ;  à  la  Turquie ,  du  tabac,  des  usten- 
siles de  cuisine;  à  la  Russie,  des  soies  fabriquées. 

a  Cet  état  de  choses  n'a  pas  autant  changé  qu  on  pour- 
rait se  l'imaginer.  On  fabrique  encore  d  excellens  sabres  à 
Kazvïn  et  dans  le  Khorassan.  On  les  reconnaît  à  la  qualité 
de  lacier  très-fin ,  sur  lequel  on  voit  des  veines  ondoyantes 
qui  forment  une  espèce  de  moire;  on  les  damasquine  en 
or  ;  ces  lames  ne  plient  pas.  Les  sabres  de  Kazvïn  coûtent 
6o  à  8o  piastres,  mais  ceux  du  Khorassan  coûtent  jusqu'à 

(0  Chardin,  IV,  i36,  édit.  de  Langlès. 


ASiK  ;  La  Perse,  4*5 

loo  s«quins  ou  ySo  livres  de  France.  Les  Persans,  ainsi  que 
les  Turcs,  battent  à  fi*oid  tous  les  métaux,  jusqu*aux  fers 
des  chevaux;  ce  qui  donne,  dit-on,  plus  de  solidité.  Les 
Persans  connaissent  encore  aujourd'hui  1  etamage  des  gla- 
ces, et  taillent  le  diamant;  ils  paraissent,  généralement 
parlant ,  n'avoir  oublié  aucun  des  arts  qu'ils  exerçaient  du 
temps  de  Chardin,  et  ils  en  ont  encore  acquis  de  nou- 
veaux ,  tels  que  l'art  de  travailler  l'émail ,  qu'ils  possèdent 
très- bien  (i).  » 

Les  laines,  dit  M.  de  Hammer,  sont  une  des  principales 
marchandises  de  la  Perse  :  les  lliat  ou  tribus  en  font  les  plus 
riches  tapis,  des  feutres  magnifiques,  des  tentes  et  des 
manteaux  de  voyage  nommés  kabas.  Entre  Hamadan  et 
Ispahan  on  recueille  une  manne  dont  on  fait  des  pâtes 
pectorales  Qslvaxée^^novaméesguézengubïn,  Yezd  et  Ispahan 
sont  célèbres  par  leurs  riches  brocards,  et  cette  dernière 
ville  par  ses  tissus  nommés  kàt'toun;  Kachan  par  ses  étoffes 
de  soie  et  ses  ouvrages  en  cuivre  ;  Koum  par  ses  poteries  ; 
Recht  par  ses  bures  à  sept  brins  {heft  tahmiz);  Kerman- 
chah  et  Ghiraz  par  leurs  armes,  et  la  seconde  de  ces  villes 
par  ses  cristaux  ;  Kerman  par  ses  châles ,  et  Nichapour  par 
ses  turquoises.  Les  ventes  et  les  achats  se  font  rarement  au 
comptant ,  mais  ordinairement  à  6  mois  de  terme. 

«  Le  manque  de  bois  de  construction  et  la  chaleur  du 
climat  semblent  avoir  empêché  les  Persans  d'établir  une 
marine  dans  les  ports  qu'ils  possèdent  sur  le  golfe  Persique. 
Ils  ont  d'ailleurs  beaucoup  d'éloignement  pour  le  métier  de 
marin ,  et  le  pilote  est  appelé  en  persan  hakhouda ,  c'est-à- 
dire  athée.  Leur  commerce  maritime  ne  se  fait  que  par  des 
navires  étrangers.  Celui  qu'ils  faisaient  par  Ormus  et  Gom- 
roun  avec  les  Anglais  et  plusieurs  autres  nations,  était  le  plus 
lucratif  qu'ils  eussent ,  mais  leurs  guerres  perpétuelles  l'ont 

(')  Deauchamp y  Journal  des  Savans,  1790,  p.  73(1. 


4l6  LIVRE    CENT    VINGT-HEUVIÈME. 

ruiné.  On  prétend  cependant  encore  évaluer  à  1 2  millions 
les  marchandises  qui  entrent  annuellement  dans  le  golfe 
Persique  ;  les  deux  tiers  y  sont  apportés  par  les  Anglais  ;  les 
Maures,  les  Indiens,  les  Arméniens  et  les  Arabes  four- 
nissent le  reste.  Les  cargaisons  de  leurs  navires  consistent 
en  riz ,  en  siicre ,  en  coton  ;  en  mousselines  unies ,  rayées 
ou  brodées,  du  Bengale;  en  épiceries  de  Ceylan  et  des 
Moluques;  en  grosses  toiles  blanches  et  bleues  de  Coro- 
mandel  ;  en  cardamome ,  en  poivre ,  et  toutes  sortes  de 
drogues  indiennes.  L'occupation  de  la  Turquie  d'Asie  par 
des  puissances  européennes  pourrait  rendre  au  golfe  Per- 
sique son  ancienne  importance.  Des  caravanes  entre  Bas- 
sorah  et  les  échelles  de.  Syrie ,  offriraient  plus  de  sûreté 
que  la  navigation  du  golfe  Arabique.  Le  Danube  pourrait 
aussi  recevoir  les  flottes  qui,  de  Trébizonde  et  du  Phase, 
apporteraient  les  marchandises  de  la  Perse. 

«  Telle  est  l'idée  générale  que  nous  avons  prise  des  Per- 
sans modernes ,  en  comparant  entre  elles  les  relations  des 
voyageurs  :  mais  avouons  que  cette  esquisse  est  nécessaire- 
ment incomplète ,  tant  qu'on  n'aura  point  observé  les  nom- 
breuses tribus  nomades  dispersées  sur  tout  le  sol ,  et  qui , 
d'après  des  voyageurs  récens ,  y  forment  comme  une  se- 
conde nation  presque  indépendante  et  souvent  ennemie 
de  la  population  sédentaire ,  fuyant  avec  horreur  le  séjour 
des  villes,  et  pillant  les  caravanes  (i).  Les  hordes  turques  ou 
turcomanes^  répandues  dans  le  nord  de  l'empire,  comptent 
625,000  individus;  celle  des  Ef chars j  dans  l'Azerbaïdjan , 
autour  du  lac  Méraga,  forte  de  90,000  têtes,  a  produit  le 
féroce  mais  habile  Nadir-Chah  ;  elle  se  divise  en  Kassemlou 
et  Erechlou  ;  celle  des  KadjarSy  qui  comprend  5o,ooo  âmes, 
et  qui  demeure  dans  le  Mazanderan ,  et  principalement  aux 
environs  de  Téhéran,  a  donné  à  la  Perse  son  souverain 

(0  Voyez  ci-aprcs  le  l^ableau  des  Nations  qui  habitent  la  Perse, 


ASiK  :  La  Perse.  4>7 

actuel  ;  aussi  la  langue  turque  domine-t-elle  à  la  cour.  Les 
Kadjars  se  divisent  en  lokarou-bâchy  en  Achagha-hâchy  et  en 
plusieurs  antres  tribus.  Les  tribus  Kourdes  de  Perse ,  parmi 
lesquelles  les  Erdelany  sont  les  plus  puissans,  comptent 
1 55,000  individus:  dans  cette  estimation  on  ne  comprend  pas 
les  Kourdes  agricoles.  D'autres  tribus  importantes  sont  celles 
des  Bakhtïariy  dans  l'Irak  et  le  Louristan ,  et  celles  des  Féîliy 
dans  le  Khousistan.  Les  tribus  Loures  ou  LourlenneSy  dont 
la  population  est  estimée  à  2i5,ooo  individus,  parcourent 
principalement  les  contrées  montagneuses  entre  le  Khou- 
sistan et  rirak,  qui,  d'après  eux,  ont  pris  le  nom  de 
Louristan;  elles  parlent  un  dialecte  particulier,  qui  pour- 
tant doit  ressembler  assez  au  kourde  pour  avoir  été  con- 
fondu avec  cet  idiome  (0.  Comme  Hadji-Khalfa  assure 
que  dans  le  Farsistan  on  parle  trois  langues ,  le  parsi ,  Tarabe 
et  \^ pehlevij  on  peut,  avec  beaucoup  de  probabilité,  con- 
clure que  la  langue  loure,  seul  dialecte  aujourd'hui  connu 
dans  le  Fars,  outre  Tarabe  et  le  parsi,  est  ou  le  pehlevi,  ou 
du  pioins  un  dialecte  de  cette  ancienne  langue.  La  côte 
du  golfe  Persique  est  comme  abandonnée  aux  tribus  arabes 
dont  nous  avons  déjà  parlé  ;  mais  il  y  a  encore  dans  l'in- 
térieur des  tribus  arabes  nomades,  dont  la  force  est  d'en- 
viron 400,000  individus.  Une  classe  particulière  parait 
comprendre  les  Ghelakyou  Ghilèki,  sur  les  montagnes  du 
Ghilan,  qui  parlent  entre  eux  un  idiome  particulier,  tan- 
dis que  les  Embarlou^  habitans  des  vallées,  parlent  un 
dialecte  persan  W,  Les  Paddar^  les  Hassaraïsy  et  autres 
tribus  peu  connues ,  errent  sur  les  bords  de  l'Araxe, 

«  Toutes  ces  hordes  errantes,  ou ,  comme  les  Persans  les 
nomment,  les  Ilot  y  forment  depuis  long- temps  la  princi- 
pale force  des  armées  persanes  (3)  ;  ce  sont  elles  qui  boule- 

(0  Comp.  Otter,  Voyage ,  I ,  p.  267  (  en  allcm.  ).  Sanson ,  Voyage  de 
Perse,  p.  aa2.  —  (2)  Gmelin ,  Voyage  en  Perse ,  111 ,  35o  et  35a  ( en  ail. , 
in-4**  ). — C^)  Jbdoul'Kerym,  Voyage  de  l'Inde  à  la  Mekkc,  p.  37, 
trad.  de  Langlès. 

VIII.  37  * 


( 


4l8  LlVIUi    CKNT    VINGT-NEUVIKME. 

versent  ce  pays ,  comme  les  tribus  gothiques  bouleyeraaient 
l*eiiipire  romain.  »  / 

Disons  un  mot  de  l'administration ,  des  revenus  et  4jes 
ressources  de  la  Perse.  Le  gouvernement  persan  est  uûé 
monarchie  absolue ,  un  despotisme  militaire  qui  ne  recon^ 
naît  aucun  frein;  le  chah  peut  disposer  à  son  gré  de  la  vie 
et  des  biens  de  ses  sujets.  La  couronne  est  héréditaire 
en  ligne  directe  :  et  c'est  à  tort  que  Ton  a  prétendu  qu'elle 
passe  de  frère  en  frère ,  et  que  ce  n'est  qu'à  défaut  de  branche 
cadette  que  le  fils  succède  au  père. 

Les  titres  et  les  dignités  sont  en  grand  nombre  dans  la 
Perse  :  nous  allons  mentionner  tous  ceux  qui  sont  de  quelque 
importance.  La  désignation  de  mirza  se  donne  à  tous  les 
lettrés,  inais  pour  ceux-ci  elle  précède  toujours  le  nom  de 
l'individu  ;  elle  ne  se  place  après  que  pour  désigner  les  fils  du 
monarque  et  les  princes  du  sang.  Le  titre  de  khan  se  donne 
ordinairement  aux  chefs  de  tribus  militaires  et  aux  gouver- 
neurs des  provinces  et  des  villes:  il  est  héréditaire  dans  beau- 
coup de  familles.  Le  roi  le  confère  à  ceux  qu'il  veut  anoblir. 

Après  le  Vely-Ahdy  dénomination  réservée  à  l'héri- 
tier présomptif  du  trône  et  aux  princes  du  sang,  la 
plus  éminente ,  dit  M.  de  Hammer,  est  celle  de  premier 
ministre  (  sadri-azem  ) ,  qui  porte  aussi  le  titre  de  itimad' 
ud'dew/ety  ou  celui  de  mou-temid'ud-dewlet  y  c'est-à- 
dire  soutien  et  confiance  de  Vempire.  Viennent  ensuite  le 
ministre  des  finances  ou  l'intendant  de  l'empire  (  emin^ 
ud'dewlet  )  ;  le  ministre  de  f  intérieur,  ou  l'ordre  de  l'empire 
(nizam-ud'dew/et)^  qui  reçoit  aussi  le  titre  de  grand-chan- 
celier de  l'Etat  (  mounchi-U-memâlik  ).  Le  naïb-i-mounchi- 
oul-memâlik  est  son  substitut.  Les  mouste^fi  sont  les  secré- 
taires d'État.  Le  lechker- hui>is  est  le  secrétaire  d'Etat  au 
département  de  la  guerre;  Tune  des  principales  fonctions 
est  celle  d'exécuteur  des  confiscations  (  darogha4-defter). 
Le  chef  de  la  justice  et  des  cultes  se  nomme  sadr  ou  bien 
cheik'ul-islam» 

JiCs  gouverneurs  des  provinces,   qui  représentent  les 


ASIE  :  La  Perse.  4 1 9 

anciens  satrapes,  sont  nommés  iég/er-ieg^,  cest-à-dTre 
prince^  des  princes  ;  les  commandans  de  villes  considé- 
rables hakim;  ceux  de  places  moins  importantes  jza^/^^ 
qui  signifie  autorité.  Viennent  ensuite  les  maires  des  villes 
{kelanter)^  les  lieutenans  de  police  [darogha)^  les  com- 
missaires de  mai*chés  {mouIUesib)^  les  chefs  des  gardes 
de  police  (^mir-i-aMas) ^  cest-k-^re pnnces  des  accidens; 
les pak-kar  ou  percepteurs  des  contributions,  et  les  maires 
de  villages  (  ketkhouda  ). 

Les  principaels  charges  de  la  cour  sont  les  suivantes  : 
le  nasaktchi'bachi  ou  grand-maréchal,  qui  est  en  même 
temps  lexécuteur  de  la  justice;  Xichik^aghasi  où  grand- 
maître  des  cérémonies  j  et  \t  Tàihmandar^backi  on  •^^nà.- 
maître  de  Thospitalité,  chargé  de  faire  les  honneurs  aui 
étrangers  et  de  pourvoir,  aux  frais  de  l*État,  aux  dépenses 
des  ambassadeurs. 

Dans  les  audiences  solennelles  le  roi  est  entouré  de  dif- 
férens  officiers  :  ce  sont  leporte-épée  Çsilikhdar)^  \e porte" 
bouclier  (^kalkandar)^  le  ^erse-café  {kah\fedjibachi^y  le 
porte-pipe  {kalioundar  ) ,  le  porte^sceau  (  muhurdar  ) ,  et  le 
porte- couronne  (  tadjdar).  Il  faut  y  ajouter  le  porte-para- 
sol  y  le  porte-tabouret  et  le  porte-aiguière.  Les  gardes-du- 
corps  se  nomment  kechiktchi. 

C'est  le  ministre  des  finances  qui  est  chargé  de  toutes  les 
dépenses  du  harem  ;  mais  la  surintendance  en  est  toujours 
confiée  à  une  princesse  du  sang ,  qui  porte  le  titre  de  dame 
du  harem  (  banou-i-harem  ).  M.  de  Hàmmer  fait  remarquer  à 
ce  sujet  que  c'est  im  usage  qui  existait  chez  les  anciens  Perses. 
Ainsi,  dit-il,  les  reines  Esther  [Asitaré,  étoile),  Parisatis 
(  Perizadéj  fille  de  fée  ) ,  Roxane  (  Rouhsan,  semblable  à  un 
esprit),  Monimé  {Mou^niméy  la  clémente) ,  étaient  dames  du 
harem.  Les  autres  dignitaires  du  harem,  femmes  ou  hom- 
mes, portent  le  nom  de  barbeblanche  (rich-sifid(^). 

Avant  d'examiner  quels  sont  les  revenus  de  la  Perse ,  il 

(0  M,  de  Hammei'  :  Mcmoire  sur  la  Perse. 


4^0  LIVRE   GEKT   VINi^T-NEnVlEME. 

conyient  de  donner  une  idée  de  la  nature  des  propriété». 
Le  sol  est  partagé  entre  quatre  classes  de  propriétaires  : 
la  couronne  I  les  particuliers,  les  communautés  religieuses , 
et  les  personnes  qui  ont  reçu  du  roi  des  biens-fonds  en 
récompense  de  quelque  service  éclatant.  Les  biens  de  la 
couronne  se  nomment  khalisié;  ceux  qui  sont  confisqués 
au  profit  du  roi  prennent  le  nom  de  zabt-i-chah;  et  lors- 
qu'il daigne  accorder  au  propriétaire  une  petite  rente  sur 
le  bien  confisqué,  cette  rente  est  appelée  moustéémn. 

Les  grands  propriétaire^  partagent  leurs  terres  entre 
les  paysans  d*un  village ,  et  ceux-ci  les  cultivent.  Alais  si 
le  cultivateur  fertilise  un  terrain  inculte  en  le  canalisant, 
ce  terrain  devient  sa  propriété.  Chaque  village  possède  un 
certain  nombre  d'instrumens  aratoires  et  de  boeufs;  les 
cultivateurs  qui  n  en  ont  point  trouvent  facilement  à  en 
louer.  Le  propriétaire,  par  héritage,  par  achat,  ou  par 
concession  royale ,  reçoit  de  ses  fermiers  un  dixième  du 
revenu  annuel.  S'il  canalise  le  terrain ,  il  en  vend  leau  au 
fermier;  s  il  fournit  la  semence,  il  perçoit  en  outre,  à  titre 
d'intérêt,  un  dixième  de  la  récolte  totale  ;  enfin  s'il  fournit 
les  bestiaux  pour  le  labour,  il  a  les  deux  tiers  de  la  ré- 
colte et  quelquefois  plus,  mais  alors  il  se  charge  de  payer 
les  contributions.  Les  fiefs,  ainsi  que  les  terres  concédées  par 
le  roi,  n'étant  soumis  à  aucun  impôt,  l'usufruitier  perçoit 
seulement  trois  dixièmes  du  revenu^  parce  que  le  droit 
de  propriété  et  l'impôt  absorberaient  ces  trois  dixièmes. 

L'impôt  foncier  ou  maliat  se  paie  à  la  couronne  partie 
en  nature  et  partie  en  argent.  C'est  en  nature  que  le  roi 
reçoit  le  cinquième  des  céréales,  du  tabac,  de  Tindigo, 
du  coton ,  de  la  soie  et  d'autres  denrées  de  quelque  valeur  ; 
mais  pour  les  légumes  et  les  fruits  des  jardins  qui  en* 
tourent  les  villes  et  les  villages,  il  se  fait  donner  de  l'argent. 
Autrefois  cet  impôt  était  du  dixième ,  aujourd  hui  il  est  du 
cinquième,  et  est  levé  par  les  soins  de  percepteurs  qui 


ASIE  :  La  Perse.  4^i 

achètent  et  revendent  leur  emploi  et  qui  ne  livrent  que  la 
quantité  due,  mais  qui  trouvent  un  grand  bénéfice  dans 
les  extorsions  dont  ils  accablent  les  contribuables. 

Les  animaux  sont  également  imposés  :  un  dieval  paie 
un  réal{^  5^  c.)  par  an ,  un  chameau  ou  un  bœuf,  les  quatre 
cinquièmes  d*un  réal;  un  mouton  et  une  chèvre  le  tiers 
dun  réal;  et  une  ruche  d'abeilles  le  sixième  de  la  même 
monnaie.  La  quotité  de  Fimpôt  personnel  et  celle  de  la  taxe 
des  maisons  sont  difficiles  à  déterminer  :  on  sait  seulement 
que  les  Arméniens,  les  Juifs  et  les  Guèbres  paient  une  ca- 
pitation  plus  forte  que  les  Mahométans  ;  elle  varie  de  3  à 
8  réaux  ,  suivant  les  provinces.  Les  habitans  des  villes  en 
sont  exempts.  Les  boutiques  et  les  nïagasins  paient ,  suivant 
Timportance  du  commerce  des  marchands^  depuis  :i  jus- 
qu'à 2o  réaux. 

Par  ces  impôts  on  voit  que  le  paysan  doit  être  fort  obéré; 
il  est  certain  aussi  que  le  boutiquier  {dukandar)  l'esit 
moins ,  et  que  le  marchand  ou  négociant  {sewdagher)  Test 
encore  moins ,  puisqu'il  ne  paie  que  des  droits  de  douane 
et  d'octroi. 

Les  marchandises  étrangères  sont  soumises  à  un  droit 
d'entrée  de  5  pour  cent;  mais  il  existe  en  outre  Un  grand 
noipbre  de  douanes  particulières  {goumrouk-khanè')^  où 
les  marchandises  qui  ont  déjà  payé  le  droit  d'entrée  en 
paient  un  nouveau  de  i  à  a  |  pour  cetit.  Ces  douanes  sont 
affermées  à  un  prix  énorme,  de  sorte  qu'il  n'est  pas  de 
vexations  dont  le  fermier  n'accable  le  marchand  pour  aug- 
menter ses  propres  bénéfices. 

Les  impôts  que  nous  venons  d'énumérer  ne  sont  pas  les 
seuls  que  le  peuple  ait  à  supporter:  il  en  est  un,  le  sadr, 
ou  tribut  extraordinaire,  qui  est  de  sa  nature  tout-à-fait 
vexatoire.  Ainsi  Thabitant  est  oblige  de  fournir  de  che- 
vaux ,  de  grains ,  de  fourrages ,  de  moutons ,  etc.,  le  roi ,. 
les  princes,  les  hauts  fonctionnaires,  les   ambassadeurs. 


42»  LIVRE   CENT   VIWGT-NEUVIÈME. 

étrangers,  lorsqu'ils  voyagent  ;  d'approvisionner  les  troupes 
en  marche,  d'héberger  les  courriers,  et  d'entretenir  les 
routes,  les  ponts,  les  édifices  publics. 

Ce  n'est  pas  tout  :  nous  n'avons  pas  encore  parlé  du 
pichkechy  présent  que  le  roi  reçoit  à  la  fête  du  Netvrouz. 
C'est  un  impôt  qui  passe  pour  volontaire,  mais  qui  ne 
laisse  pas  d'être  très-onéreux  pour  le  mïa  (^reuet)^  parce 
que  les  gouverneurs,  dans  l'espoir  de  mériter  la  faveur 
du  souverain,  cherchent  à  se  surpasser  les  uns  les  autres 
dans  l'importance  du  présent.  Les  simples  courtisans  n'ont 
garde  de  se  présenter  chez  le  roi,  sans  s'être  munis  au  moins 
d'une  bourse  pleine  d'or;  et  ceux  qui  ne  peuvent  apporter 
ni  or,  ni  argent,  ni  pierres  précieuses,  donnent  des  che- 
vaux, des  châles  et  d'autres  objets  de  valeur.  A  cette 
époque  tout  s'offre  et  rien  n'est  refusé.  On  évalue  à  plus 
<le  i,5oo,ooo  tomans,  ou  plus  de  3o,ooo,ooo  de  francs, 
la  valeur  des  présens  qui  viennent  s'engloutir  dans  le 
trésor  du  roi  pendant  la  durée  de  cette  fête. 

On  assure  que  la  couronne  tire  un  revenu  considérable 
des  édifices  publics  ;  mais  nous  n'avons  aucune  donnée  sur 
son  importance.  Bien  qu'il  soit  impossible  de  connaître 
ou  d'évaluer  d'une  manière  exacte  les  revenus  de  la  Perse 
ou  de  son  souverain,  ce  qui  est  absolument  synonyme, 
nous  croyons  qu'ils  ne  s'élèvent  pas  à  moins  de  2,5oo,ooo 
tomans  qui,  calculés  en  monnaie  française,  forment 
5o,ooo,ooo  de  francs  (0. 


(0  M.  Ad.  Balbi  porte  ces  revenus  à  80,000,000  de  francs  :  c*est 
probablement  en  y  comprenant  le  pichkech.  Un  anonyme ,  auteur  de  plu- 
sieurs articles  sur  la  Perse  »  insérés  dans  le  journal  Le  Temps ,  des  aB 
juin,  4  <^t  39  juillet  i834y  articles  du  reste  généralement  très-exacts ,  et 
que  nous  avons  consultés  avec  fruit,  porte  ces  mêmes  revenus  à  2,489,000 
tomans;  ce  qui,  hraison  de  30 francs  par  toman,  forme  49;78o,ooo  francs. 

Nous  ferons  observer  à  ce  !>ujct  que  le  foman  porté  pour  la  valeur  d(^ 
44  fr.  44  ^'  <^«»ns  lo  Nouveau  Traité  des  Monnaies  de  M.  Guérin  de 
riiionvillc,  n'est, plus  qu'une  monnaie  do  compic. 


ASIE  :  La  Perse.  4^3 

Cette*somme,  dans  un  État  comme  la  Perse,  où  les  objets 
nécessaires  à  la  vie  sont  à  un  taux  bien  moins  élevé  qu  en 
Europe ,  doit  suffire  non  seulement  à  lentretien  de  larmée 
et  aux  autres  dépenses  publiques,  mais  à  celles,  du  mo- 
narque, qui  sont  très<-considérables ,  lorsque  Ton  songe  à 
ce  que  doit  coûter  un  harem  composé  de  3oo  femmes, 
avec  domestiques ,  esclaves.,  eunuques  et  autres  employés , 
la  solde  des  gardes-du-corps ,  Tachât  et  l'entretien  des 
bétes  de  somme ,  des  chevaux ,  des  chameaux  et  des  équi- 
pages du  roi,  la  réparation  des  châteaux  royaux,  le  salaire 
des  fonctionnaires  publics,  les  pensions  faites  aux  membres 
de  la  famille  royale  qui,  à  lexception  de  19  fils  et  petits- 
fils  soutenus  par  les  revenus  des  divers  gouvememens  qui 
leur  sont  confiés,  s  élèvent  à  des.  sommes  importantes; 
enfin  les  cadeaux  faits  par  le  prince,  non  seulement  aux 
différentes  personnes  qui  composent  sa  cour,  mais  aux 
étrangers  de  distinction.  Cependant  il  est  probable  que 
les  guerres  malheureuses  que  la  Perse  a  soutenues  depuis 
une  vingtaine  d'années,  que  la  perte  qu'elle  a  faite  de 
quelques  unes  de  ses  provinces ,  ont  dû  considérablement 
diminuer  les  ressources  de  cet  Etat,  et  peut-être  même 
absorber  en  grande  partie  le  trésor  immense  que  le  chah 
régnant  conservait  dans  son  palais  à  Téhéran. 

Ce  n'est  pas  cependant  le  traitement  des  fonctionnaires, 
quel  que  soit  leur  rang,  qui  peut  obérer  le  trésor  royal, 
puisque  l'on  sait  qu'ils  sont  en  général  très-peu  rétribués. 
Mais  il  est  bon  de  répéter  que,  dans  les  provinces,  c'est  le 
peuple  qui  est  victime  de  la  parcimonie  du  gouvernement  : 
ainsi  certaines  classes  de  fonctionnaires,  qui  sont  payés  en 
traites  sur  les  districts  qu'ils  administrent,  obtiennent  par 
leurs  exactions  le  double  et  le  triple  de  ce  qui  leur  est 
alloué;  ceux  qui  sont  rétribués  sur  les  fonds  du  trésor  n'ont 
pas  toujours,  à  la  vérité,  cette  ressource  désastreuse  pour  le 
pays,  mais  le  roi  les  indemnise  quelquefois  par  de  ridies 


4^4  LIVRE   CENT    VINGT-NEUVIÈME. 

présens.  Il  est  vrai  encore  que ,  lorsque  ces  fonctionnaires 
ont  acquis  quelques  richesses ,  le  monarque  absolu  les  dé- 
pouille suivant  son  caprice.  Aussi  la  Perse  est-elle  le  pays 
où  le  peuple  est  le  plus  écrasé  d'impôts,  et  la  haute  classe 
la  plus  endettée,  la  plus  mécontente  et  la  plus  démorali- 
sée. Quelle  perspective  encourageante  pour  les  projets  am- 
bitieux de  la  Russie  !  Déjà  cette  puissance  a  su  importer 
chez  les  Persans  le  fléau  du  jeu,  et,  malgré  le  précepte  du 
Coran,  ce  fléau  fait  déjà  parmi  eux  d effroyables  ravages. 

L'armée  persane  se  compose  de  milices  provinciales  et 
de  cavalerie  fournie  par  les  tribus  nomades,  soldats  presque 
indisciplinés ,  et  de  troupes  exercées  et  équipées  à  peu  près 
à  leuropéenne,  et  que  Ton  désigne  sous  le  nom  de  kou- 
chx>uTw<Lkavi y  c'est-à-dire  troupes  à  la  solde  du  roi.  Elle 
est  conséquemment  divisée  en  deux  grandes  classes:  les 
djanhazj  ou  soldats  soumis  à  Tancienne  discipline ,  et  les 
serbaz,  ou  soldats  soumis  à  la  nouvelle.  On  y  distingue 
plusieurs  corps  particuliers  :  les  zemhourektchi ^  artilleurs 
montés  sur  des  chameaux  ;  les  kechikdjij  gardesrdu-corps 
répandus  dans  les  différentes  résidences  royales,  et  for- 
mant un  total  de  3ooo  hommes,  et  les  ghoulam^  gardes-du- 
corps  à  cheval ,  qui  ne  quittent  jamais  le  roi ,  et  qui  sont  au 
nombre  de  3  à  4ooo.  Outre  leur  service  habituel ,  ils  sont 
souvent  chargés  de  missions  qui  exigent  de  lactivité  et  une 
fidélité  à  toute  épreuve;  quelquefois  ils  sont  employés  dans 
des  affaires  importantes;  on  leur  confie  même  la  percep- 
tion de  quelque  impôt  extraordinaire;  ce-st  alors  qu'ils 
savent  tirer  de  leur  position  des  profits  considérables  : 
aussi  l'arrivée  d'un  ghjoulam  dans  un  canton  est-elle  sou- 
vent considérée  par  les  habitans  comme  un  véritable  lléau  ; 
la  terreur  qu'elle  inspire  est  si  grande  qu'à  son  approche 
ils  s'enfuient  épouvantés  dans  les  montagnes  ou  dans  le 
canton  voisin. 

Les  généraux  portent  le  litre  de  hhan;  ics  gra(l<»s  infé- 


ASiB  :  La  Perse.  4^5 

rieurs  se  désignent  par  les  noms  de  binrbachiy  ïouz-ia^hiy 
pendjah'bachi  et  deh-bachiy  c'est-à-dire  chefs  de  looo, 
loo,  5o  et  10  hommes. 

Comnie  la  Perse  ne  possède  ni  hôpitaux  militaires,  ni 
magasins  pour  lapproyisionnement  de  larmée^  le  soldsit 
est  obligé  de  se  fournir,  sur  sa  solde  annuelle,  de  tout  ce 
dont  il  a  besoin.  Cette  solde  varie  de  6  à  7  tomans  (120 
à  i4o  fr.  )  par  soldat,  et  de  20  à  3o  (  4oo  à  600  fr.  )  par 
officier.  La  paie  la  plus  haute  pour  un  officier  supérieur  est 
de  5oo,  1000  et  même  2000  tomans  par  an.  Quant  aux  chefs 
des  nomades ,  leur  traitement  n'est  point  fixe  ;  il  est  pro- 
portionné au  nombre  d'hommes  qu'ils  commandent. 

Les  armes  en  usage  dans  l'armée  persane  sont  le  fusil  à 
mèche 9  la  carabine,  le  sabre,  le  pistolet,  de  longues  lances 
en  bambou  flexible,  des  boucliers,  des  javelots  et  des 
masses  d'armes.  La  cavalerie  turcomane  porte  aussi  des 
arcs  et  des  carquois.  L'infanterie  est  peu  nombreuse.  L'ar- 
tillerie est  le  corps  le  plus  mal  organisé  :  elle  est  même 
presque  toujours  un  embarras  dans  une  bataille,  parce 
qu'elle  n'est  pas  pourvue  des  munitions  nécessaires  ; 
aujourd'hui  elle  a  rarement  plus  de  20  à  25  charges  par 
pièces ,  et  il  arrive  souvent  qu'avant  la  fin  d'une  affaire  elle 
devient  tout-à-fait  inutile.  C'est  au  prince  Abbas-Mirza 
qu'elle  doit  son  organisation.  Le  voyageur  Morier,  qui  fut 
attaché  à  une  ambassade  anglaise  en  Perse,  raconte  qu'un 
jour  que  Ton  parlait  au  prince  du  projet  de  soumettre  les 
Ta  tares  Ouzbeks,  celui-ci  s  écria  :  «  Oh  rien  n'est  si  facile! 
Je  me  rappelle  le  temps  où  nous  autres  Persans  nous  ne 
valions  guère  mieux  qu'eux.  Le  chah  mon  père,  ajouta- 
i-il,  assiégeant  une  fois  un  fort,  n'avait  qu'une  seule  pièce 
de  canon  et  trois  boulets  ;  et  cependant  on  regardait  cela 
("onime  quelque  chose.  11  tira  deux  de  ses  boulets  sur  les 
ennemis  et  les  somma  de  se  rendre;  les  assiégés,  qui  sa- 
vaient qu'il  n'avait  quun  boulet  de  reste,  lui  répondirent  ; 

•f 
4 


426  LIVRE   CENT   VINGT-NEUVIÈBIE. 

«Pour  Dieu!  tirez-nous  votre  dernier  boulet  et  laissez- 
H  nous  tranquilles.  »  Cette  réponse  y  toute  plaisante  qu'elle 
est,  n'est  cependant  pas  sans  justesse  :  les  Persans  cou- 
ronnent leurs  ouvrages  de  construction  par  les  plus  grosses 
pierres  au  lieu  de  les  placer  dans  les  fondations  ;  il  s'ensuit 
que  la  plupart  de  leui*s  forts  s'écroulent  facilement;  dès 
lors  on  conçoit  qu'un  boulet  de  plus  ou  de  moins  n'est  pas 
une  chose  indifférente. 

Les  troupes  persanes  marchent  presque  toujours  de  nuit, 
à  la  clarté  de  torches  allumées  et  au  son  d'une  musique 
bruyante.  Elles  vivent ,  avons-nous  dit ,  sur  le  sol  persan , 
aux  dépens  des  habitans;  de  sorte  que  leur  approche  est 
aussi  redoutée  que  celle  d'une  armée  ennemie.  Précédées 
de  leurs  bagages,  elles  avancent  toujours  dans  le  plus 
grand  désordre,  pillant  et  saccageant  les  pays  qu'elles 
traversent.  Lorsqu'un  khan  arrive  dans  le  lieu  désigné 
pour  le  quartier-général,  ses  gens  renversent  les  habita- 
tions et  les  murs  de  clôture  pour  donner  passage  aux 
troupes,  construisent  une  habitation  pour  le  chef,  et  dé- 
tournent toutes  les  eaux^  courantes  pour  les  amener  dans 
le  camp.  Pendant  ia  nuit  personne  ne  fait  sentinelle;  les 
cavaliers  mettent  des  entraves  aux  pieds  des  chevaux,  et 
toute  la  troupe  se  livre  au  sommeil,  restant  exposée  au 
danger  des  surprises  nocturnes. 

Gomment  croire  qu'un  peuple  aussi  abruti  que  le  peuple 
persan ,  courbé  sous  le  joug  le  plus  despotique ,  et  défendu 
par  des  armées  si  peu  à  craindre  pour  un  ennemi ,  et  si 
redoutables  pour  la  nation  seule ,  puisse  résister  aux  projets 
d'un  voisin  ambitieux? 


TABLEAOX. 


TABLEAU 


4*7 


De  la  population  y  de  la  superficie ,  des  contributions ,  et  du  contingent 
en  soldats ,  de  chaque  province  de  la  Perse. 


PROVINCES. 

CAPITALES. 

1       ^ 

S      Q 

SI-   S 

il.     H^ 
S 

POPULATION. 

MONTANT  NET 
des 
contributions 
en  touians. 

CONTINGENT 

en  kommes. 

Irak-Aojkmi  .. . 

Tabaristan 

AIazanoerak.  >  > . 

TéUrun 

Damavtnd 

Sari  ........«■ 

ia,ooo 

.85o 

qSo 

6oo 

* 

3,900 

1,700 

3,800 
i6,5oo 

8,5oo 

3,000 
io,5oo 

a, 300,000 

X  00,000 

65o,ooo 

aoo,ooo 
x,8oOfOOo 

400,000 

/oo,ooo 
i,3oo,ooo 

5oo,ooo 

1 
• 

i5o,ooo 
i,5oo,ooo 

53o,ooo 
»     (a) 
1 5,000 
iGo,ooo 
«     (a) 
3o,ooo 
1,000? 
a  04, 000 
5o,ooo 
»     (a) 
»     (3) 

5o,46o 

1,700 

13,000 

OuiLAM.  ....... 

Rechi 

3,000 

A2KRBAÏOJAK.... 
KnORDISTAN.  ... 

Khouzistan.  .  .  . 
Fars 

Tauris 

Kirmanchah  . . . 
Choutter. ...... 

Clara* 

Kerman.  •••*.. 
Chehéristan.  , .. 
Mcchhed 

45,340 

6,000 

1 3,000 

3o  000 

Kerman  

KoURISTAir 

KuORASSAir 

7,000 

a, 000 

a3,ooo 

62f3oo 

9,5oo,ooo  (i) 

990,000 

193,500 

Amendes,  confiscations,  prësens  ëralués  à i,5oo,ooo 


Total  approximatif  da  revenu  de  ]a  couronne 3,490,000 


(1)  N.  D.  C'est  une  erreur  typographique  qui  nous  a  fait  dire,  pago  3a8,  que  le  nombiro 
«les  liabitans  de  la  Perse  est  de  cinq  à  six  millions  :  c*est  neufk  dix  qu'il  faut  lire. 

(ï)  Tjcs  provinces  de  Tabaribtan,  Aserbaîdian  et  KonUistan  ,  absorbent  le  montant  de  leurs 
cnnlributions  en  frais  d'administration. 

(3^  fin  Kliorassan  passe  pour  ne  rien  rapportera  la  couronne,  attendu  que  les  contributions 
.suflisrul  à  peioe  pour  pnj«?r  1rs  gouverneurs  et  autres  agens  de  i'atlministralion. 


4a8  tlVHB  CB!fT    VIIIGT-ffBUVlfeMX. 

TABLE4U 

l>£8  POSITIONS  AETROHOHIQUEfi  DES  PBIHnPAUX  LIEUX  DE  U  PEHEE. 


NOMS 


Aboucher 

Amadan  oh  Hama- 

dan 

AmotOu  Amou 

Arddàl. 

Atterabad 

Baffrouck 

Bender-Abaiti  ou 


Cttchanou  Kaclui. 
Cashïn  ou  Katvii 
Chehéristan 

Damégan 

Dourak 

EbheroaAbker. 
Enzeii  ou  Inteti. 

Echref 

Ferhabad. 

Itpahan 

Kermanckak. . . . 
Kharek{ae).... 

Ur !!!".!!!! 

Maragha 

Mianek 

IXyckabaur 

Ouriniak 

Oimoia  (lie) 

Persipolii 

Kee}u 

Seomaii 

Siwié 

Tauns 

TVAc'ron 


36  .1 
3S  U 


37  So  n! 


n% 


36  54  o  k: 

3»  >4  M  tl. 
3ï  ï4  a  N. 
3a  39  34  H. 
34  14  o  N. 
ag  13  o  H. 
39  56  o  N. 
17  ai  iS  N. 
37  i3  o  H. 
37  M  o  H. 

36  13  3oN. 

37  38  3o  N. 
37  7  oN. 
3o  o  oN. 

37  17  3o  N. 
137  14  iSH. 

3!!  33  3o  N 
3i  33  3S  N. 

38  r.  10  N. 
[  35  4i  5o  N. 
1 35  4&  o  N. 


ivg.  Bi».  «, 

4if  sS  45  I 


47  35 
4î  .3 
'.3  41 


54  33  o  E. 

4543  oE. 

45  3o  o  E. 

So  i5  o  E, 


49  '4  "  E. 
44  55  o  E. 
4?  5o  oE. 

53  40  o  E. 
5i  45  oE. 

44  10  45  E. 

45  14  3o  E. 
56  30  13  E. 
43  34  o  E. 

54  i&  45  E. 
-  o  o  E. 
„  -a  38  E. 
47  =7  >5  E. 


44  57  3o  E. 
48  3i  10  E. 
3  35  E. 


Auteun, 

rdem. 

ConDaisaancc  dei  Tempa , 

Auteun. 
Fraser. 

IdeT"' 
tdem. 

Conna  iuance  i.i&  Tcmpi. 

Auteurs. 
Idtm. 

Trexel. 
Jaubert. 

Fraser. 

Riddli. 
Auteun. 

Jaubert. 

Transactions  piiilosoph 


TABLEAUX.  4^9 

TABLEAU  coii^ARATiP  des  divisions  anciennes  et  modernes 

de  la  Perse, 


PROVINCES 

MODERtlSS. 


CH1RVA^. 


Erivak  ouAbmé- 
MB  persane... 

A.    AZERBAÎDJAK. 


PROVINCES 

AHCISKNKS. 


Albania. 


Àvmeniapersica . 

Media     Att^pa- 

tène «... 


B.  GniLAN 

•  Djiein. 

*  Dùtrii-t  de  f^eng- 

kerdn. 


C.  Mazanderan.. 


Dordian  s.  Korkan. 
Dahistan 

D.  K1IORASSA9 

persan 

£.  InAK-AnJBMi. 

*  Isfaliaii  Scheriar.  . 

*  Kdm 

*  Kachan 

•Roï 

*  liainadufi ,  elc . .  • . 

F.         K0URDISTA^ 

persan 

G.  Rmouzistak.. 

1  Hou.si&tan  .  ..... 

2  Souaitttaii  ..«•... 

3  Lourùian * . 

4  Elum  .k 

H.   Parsistak  ou 

Farsistan 

(Fars) 


VILLES 

principales. 


Cftamakhie^  <>tc. 
Svkonsche. 


/Crivan. . . . 
Naksliiran. 


ToMm.. . 

Ardebil. 
Maraglia. 
Ouriuiuh. 
Oudiab. 


KhoV. 

Selmas. 

1 

Sabalag . 

Ahar. 

GeloBt  s.  Cadiisii 

(pays  des)..... 

HcchL 

Ajitara. 

Enzcly. 

Lengheroud. 

Roudbar. 

Sari. 

Fcrbabad. 

Partie    occidenf. 

de  la  satrapie 

d^ffjnvanie — 

Hyrcania  propria. 

Kalfroiicn..  ......... 

Asterabad. 

Dahœ  (pays  des). 

Âchraf  s.  Esclircf . 

Âmol. 

Parthyhie 

iiargiane  occfdentale. 

Mechhed 

Nychabour. 

" 

Kabutu-liaii. 

Media  magna . . . 

îspahan  (  Is'ahan ). . .. 

. 

Tt'-hêran. 

Kuchan. 

Kuuiu . 

Media  Rageiana. 

Casbïn  (  Kaz\ïn  ). 

Camhadbne  (  Isidore  ). 

Ilaniadun. 

Sidtanieh. 

Zcudjan. 

Partie  de  XAssy- 

ria,  ctc 

Kirmanchah 

Senney. 

Susiana,  satrapie. 

Chvuster. 

f/xii  (pays  des) 

Dizfou]. 

Susiana  propria 

Goba  II. 

Il^ivizu. 

Cossaei  (pays  des)  ou 

Sjrro~Media 

Kliourrcnioliad. 

Elyniaïs 

j 

Persis  ou   Perse 

4 

propre 

Cfiiraz. 

SOUVERAINS 
en  1834. 


L'empereur  dj|  Russie 
ou  khans  vassaot  de 
la  Russie. 

f 

Rus&ie. 


Le  cbali  de  Persp. 


Itiem . 
Idem . 


Idem . 


Idem. 


Idem . 


Idem . 
Idem . 


(  Tribus  arabes   [icn 
soumisrii). 


Idem , 


43o 


LIVRE   CErfT    VINGT-NEUVlèsiE. 


PROVINCES 

MODERlfSS. 

PROVINCES 

AHCIEMICBS. 

VILLES 

PRINCIPALES. 

SOUVERAINS 
en  1854. 

I  Khoureh  A.«chekh. . . 
a  —  Kobaad. 

3  —  Sckaapour. 

(Schiraz). 

4  —  Ardchyr. 

•  Guermsir  ou  Shjrf- 
eUBahr.  ...<•.... 

*  Paraotaeene. 

•  Mesamhria  (  c'est-à- 
dire  côte  mcridion.) 

KonmcKah. 

Yezdekast. 

Kazeroun. 

Istakhar. 

MourgÂb. 

Fesa  ob  Bessa. 

Bender-Rvk 

(Tribus  arabes  peu 
soumises  ). 

5  —  Arradjan. 

6  —  Dsliiaur. 

(  Firouzabad  )•  •  • 

j  rdem. 

Bender-Rouchelir  .... 

Firouzabad. 

Aberkouh. 

Darabgfaerd. 

Yezd. 

Bender  î-vheher. 

IfOar  on  Lar 

Taroum. 

m Darâb 

Pasargads  .•.<••.••. 

« Istakliar    ^ .  x  . . . . 

Pers^uolîs.  ...<...... 

t\  ^K  Ahprknn  .••••.•• 

lo Yezd 

fsatichœ  de  Ptolémëc . 

Partie  de  Mesam- 
bria  ou  Persis 
mantima.,.4.,. 

Hannuzia 

Carmania 

t^ai  isttin 

•  Partie  du  Guermsir, 

•  Hormouz  ,    province 

dans  le  moyen  «ge. 

I.  K.fiBIiAV 

îdem. 

(Cheik  arabe  dépen- 
dant de  l'imm  dn 
Mascate  ). 

Idem. 

Kerman  on  Sirdjan. . . 
Berdacliyr. 
Yelazgherd. 
Bendcr-Abassy  ou  Gom> 

rouii. 
Minab, 
IVIinam  .«••«•• 

*  Sird)an. 

*  Berdachyr. 

*  Yelazglierd ,  etc. 

*  Mogliostan » 

Portion  delà Pap- 
thic  (  pays  des 
Tapyri) 

Comisena. 
Tabiène. 

Aria * 

Gedi'osîa  avec  la 
côte    des    Ich- 
tyophages 

^rabitœ    et  Iloritm 
(pays  des). 

Draiigiane 

Sacast^ne  (d'Isidore). 

Idem. 

J.  Tabaristan.... 

Krouk. 
Kebis. 
Kichm. 
Djask. 

Damavend , , ,, 

*  Komis. . ........... 

Damégan. 
Komis. 

Chehérislan  *. .• 

K.  KouHISTA^... 

idem. 

Khorassan  oriek- 

TAL 

Toun. 

Ta})8  ou  Tebbes. 

Mekrah 

lierai,  ..••.....••.. 
Tiz 

Un    prmce   indépen- 
dant dont  les  Élut» 
sont  compris  soub  le 
nom  de  rojraume  de 

Herat. 

Un  ou  plosieun  prin- 
ces ou  «ali^  indê- 
peadans. 

•  Malan 

. 

Sedjistak 

Appartenant  aujour- 
d'hui à  l'Afghani- 
stan. 

Idem. 

Saboulistak 

jiareng  ••••••••••.. 

Farra. 

Dergasp. 

Rnk/in/Iii'       

1  Arokliadi 

Araehosia. 

Paropamisadœ  (  le  pays 
des). 

Bainian, 

a  Bamian . 

3  Onaur ••.•....... 

TABLEAUX. 


43 1 


PROVINCES 

MODERKES. 


Afghakistav 


I   KandaLar  (Canda- 

har. 
a   Peria. 

3  Hasaridjat. 

4  Tkoiiran. 


PROVINCES 

AliCIEKNES. 


Paropamisadœ{  le 
pays  des) 


VILLES 

PRIKCIPALES. 


Candafmr. 


SOUVERAINS 
en  1854. 


Idem.  (  N.  B.  Le  nom 
à* jéfghanistan  j  ou 
pays  des  Afghans,  sr? 
prend  quelquefoii» 
pour  tous  les  État3 
Afghans. 


TABLEAU   des  nations  qui  hahitent  la  Perse  ^  tiré  des 
Itinéraires  de  plusieurs  voyageurs  français  ^ 


A.  Nations  agricoles  ou.  manufacturières  ,  ayant  des 

demeures  stables. 

1 .  Les  Persans  moderDes ,  nommés  Tadjiks  ou  tributaires 
par  les  nomades.  C'est  un  mélange  d'anciens  Persans , 
de  Tatares,  d'Arabes  et  de  Géorgiens.  Nombre  pré- 
sumé     7 ,4<)o>ooo 

a.  Les  Parsis  ou  Guèùres ,  restes  des  Persans  des  V«  et 
VI®  siècles,  adorateurs  du  feu.  Nombre  présumé 
a5,ooo  à  3oyOoo 

3.  Les  Ghilèky  ou.  anciens  habit  ans  du  Ghilan a  70.000 

4.  Les  yfrméniens.  Dans  TAzerbaïdjan  ,  etc 70,000 

5.  LesTui/f.  A  Ispahan,  Chiraz,  Téhéran,  Kachan.....         35, 000 

6.  Les  Syréetis  ou  Zaùéens.  Dans  le  Kiiousistan i5,ooo 

7,820,000 
B.  Nations  nomades  ou  tribus  vivant  de  leurs 
troupeaux  ou  de  la  pèche ,  changeant  de  demeu- 
res ,  ou  du  moins  prêtes  à  en  changer  (  i  ,680,000 
individus). 

1.  l^ibus  de  la  langue  turque  (626,000  individus). 

a.  Les  Efchars^  dans  T Azerbaïdjan  ,  le  Khousistan ,  le 

Kerman,  le  Khorassan,  le  Farsistan  et  le  Mazanderan. 

Le  noyau  est  à  Ourmiah \ 90,000 

Subdivisés  en  Kassemlou  et  Erechlou. 

b.  Les  Qatchars  ou  Kadjars.  Tribu  dont  Feth-Aly-Chah 

est  originaire.  Noyau  à  Asterabad ,  dans  le  Mazan- 
deran ;  à  Mérou  ,  dans  le  Khorassan  ;  et c. 

Subdivisés  en  lokarou  Bach  et  Jchagha  Bach .SOjOoo 

Ces  deux  subdivisions  comprennent  les  Kai^âllou ,  les 

Dèièllou ,  les  Khiâklou ,  les  Dâbânlou ,  les  Sont- 

châidou,  les  Kerlou  et  les  Ezèdetdou. 

c.  Les  Mukaddem,  à  Maragha,  dans  l'Azcrbaïdjan.  Tribu 

extrêmement  brave 8,000 

A  reporter 7,968,000 


43a  LIVRE   CENT    VINGT-NEUVIÈME. 

Bepoit 7,968,  oo.> 

d.  lies  Domùalou,  aux.  environs  de  Khoï  et  de  Selmar...  70,000 

e .  Les  Turkmens  ou  Turcomans ,  dans  l'Azerbaïdjan  ;  près 

d'Hamadan  dans  l'Irak  ;  près  de  Kazeroun  dans  le 

Fars 3o,ooo 

Les  Turkmens  sont  divisés  en  Kadim  et  Djédid 
(branche  vieille  et  nouvelle). 

/*.    Les  TalicJis ,  dans  le  Mazanderan  et  le  Ghilan ao,  000 

g.  Les  Kara-Gheuzlou ,  aux  environs  d*Hamadan i5,ooo 

■    A.  Les  Beïat,  dans  TAzerbaïdian;  a  Téhéran,  à  Nycha- 

bour  (  dans  le  Khorassan  )  ,  dans  le  Fars ,  etc ao,ooo 

Les  Bciat  se  partagent  en  Kai^-Beiat  et  en  Jk-Beïat. 
i.  Les  Châh-sei'en f  aux  environs  d'Ardebil  et  de  Reï...  20,000 
k.  Les  Djelaïr,  à  Kelat  dans  le  Khorassan  (ûombre  in- 
connu)   10,000? 

/.    Les  Far-Modaidbu ,  dans  le  Farsistan 10, 000 

m.  Les  Kodjaifetid,  dans  le  Ghilan  et  le  Mazanderan. ....  5,opo 
«.    Les  Kara-Tchorlôu ,  dans  T Azerbaïdjan ,  le  Kho- 
rassan ,  elc 1 3,000 

o.  Les  JSïnallou .  5, 000 

p.  Les  Bekdillou ,  dans  l'Azerbaïdjan » .5,000 

q.  Les  Kourd'Petché ,   dans  Flrak-Adjerai  et  l'Azer- 
baïdjan   6,000 

v.   Lès  Jùdoul-Méléki,  dans  le  Mazanderan  et  le  Ghilan.  6,000 

s.    Les  Bèhindùu .\ooo 

t.    Les  Nésèr-Bêchârlou ,  dans  le  Fars 1 5 ,  000 

u.  Les  Khodd-Bcndélou 6, 000 

V,  Les  Hâdjilèr ,  dans  le  Mazanderan 5 ,000 

X.  Les  Emrdnliiu  y  idem 4»ooo 

y.  Les  Kara-EmrârMu ,  aux  environs  d'Ispahan.. 3, 000 

s.  Les  EmwarloUy  sur  le  territoire  de  Kasvïn 5, 000 

aa .  Les  Oustedjarlôu ,  dans  ï Azerbaïdjan 3 ,  000 

où.    Les  Saridjelùu .  idem.... .5,000 

ce.  Les  Khân-ChobàtUàu,  idem 10,000 

dd.  Les  Djiuâtichiry  idem 8,000 

ce.  Les  Kou'iounlou ,  idem 8,000 

ff.    Les  KhaLedj ,  idem 8,000 

gg.  Les  SeïdLoà ,  dans  le  Ghilan 5, 000 

iili.  Les  BouLwerdi ,  dans  le  Farsistan 5, 000 

ii.    Les  Kdchkaï ,  idem 1 5 ,000 

jj.    Les  Kourdy  dans  l'Irak,  le  Fars  et  le  Mazanderan.  4  000 

kk.  Les  Jdjerlou ,  au  nord-ouest  d'ispahan 6,000 

11  y  a  encore  20  à  00  autres  tribus  moins  connues , 

dont  le  nombre  d'individus  est  évalué  h 1 35,000 

2.  Tribus  de  lu  langue  arabe  (4oo,ooo  individus). 

A.  Arabes  pasteurs  introduits  par  Tamcrian. 

a )  Les  BesLami ,  à  Bestani  dans  le  Khorassan uo,ooo 

b  )  Les  Tliouni ,  dans  le  Khorassan 20,000 

c)  Les  Djiiidaki,  dans  une  oasis  du  grand  désert 

salé 12, 000 

d  )  Les  /igakhani ,  dans  le  Bas- Fars 20, ooo 

A  reporter 8,51? ,oo(i 


•j 


TABLEAUX. 

BefOTt 

e)  Les  Ahwaz  ou  Jhwizè,  dans  les  plaines   du 

Khousistah 

f)  Les  Jthullahi,  dans  le  Rerman 

g)  Les  j4rdestâni,..^ 

n)  Les  Kermâni 

i  )  Les  Sistâni 

Plusieurs  autres  tribus ,  dont,  le  nombre  est 
évalue  à 

B.  Jrabes  pécheurs ,  sur  la  côte  méridionale. 

a  )  Les  Beni'Kiab ,  dans  le  Khousistan  (  Elam  }. . 
b  )  Les  Arabes  ffindidn,  sur  les  côtes  du  Fars. .  .^ 

c  )  Les  Beni'ffoule ,  idem. 

d)  Les  Arabes  Lindje  (  peut-être  de  la  ville  de 
Lundje) ,  idem 

5.  Tribus  de  la  langue  hure  (qi5,ooo  individus). 

a.  Les  Zend,  aux  environs  d*Ispahan.et  dans  Je  nord 

du  Fars ...^ 

b.  Les  Lekes,  dans  le  Fars 

c.  Les  Khogilou,  idem 

d.  Les  Zinguénéh,  aux  environs  de  Kirmanchah 

e.  Les  Feïli  ,  dans  le  Louristan  ,  entre  Souster  et 

Kermanchah 

yi  Les  Bakhtari,  dans  le  Louristan ,  entre  Souster  et 

Ispahan 

g.  Les  Kerrous ,  aux  environs  de  Rhamsé 

7i .  Les  Kara  -  Zendji'ri ,  près  Kirmanchah 

Les  Mâfi ,  les  Bâ^emiou ,  les  Païrwend,  les 
Kàrkâijèïf  les  Kebhour,  les  Tchiguini^  les 
Sadewendj  les  Oourguij  les  Nouti,  les  Me- 
messdni ,  les  Dechtistâni,  çt  onze  autres  tribus 
qu*il  est  inutile  de  nommer ,  forment  im  nom- 
bre d'individus  que  Von  peut  évaluer  à 

4.  Tribus  de  la  langue  kourde  (  275,000  individus  ). 
A.   Dans  le  Kôurdistan, 

a  )  Les  Moukri,  indépendans,  pouvant  lever  dans  une 
journée  3, 000  chevaux 

b  )  Les  Bilbas ,  indépendans ,  dispersés ,  pouvant  le~ 
ver  1 5,000  hommes  et  5  à  6,000  chevaux 

c)  Les  Giafs ,  habitant  les  États  d'Abdoui-Ramal, 

chef  indépendant  ;  4  ^  5 ,000  familles 

d)  Les  Gourars ,  aux  environs  de  Senney,  soumis  i^u 

valhi  ou  gouverneur  persan 

c  }  Les  Baras  y  i  ,000  familles.  \ 

^'  ^4ilS^!!T;..'.:?°.°..'!'Pé«ne  demeure,  etc. 

g  )  I^s  Leks ,  1 ,000  familles. .  / 

h)  Les Kotchanlou 

i)  Les  Chaghaghis,  Cette  tribu  pacifique,  agricole 
et  heureuse,  est  aussi  répandue  dans  î'Azer- 
baïdjan 


433 

8|5i7,ooo 


5yOOO 

7,000 
,000 
,000 

8,000 


l 


100,000 


193,000? 


i.'>,ooo 

a5,ooo 

ao,ooo 

8,000 

40,000 

4o,opo 

13,000? 

8,000 


47,000 


ji  reponer. . . 


VllI. 


40,000 
87,000 
35,000 
4»ooo? 

16,000 

10,000 

20,000 
9,262,000 

28 


434  LIVRE   CENT    VIlSrGT-NEUVlÈME. 

Report -9,^62,000 

B.  Hors  du  Kourdistan. 

a  )  Les  Rechevend;  dans  le  canton  de  Taroan ,  près 
le  défilé  de  Routbar»   entre  l'Irak  et  le  BCa- 

zanderan la,  000 

bj  Les  Pazègui,  entre  Rey  et  Téhéran 4»ooo 

c  )  Les  Zafèranlou ,  dans  le  Khorassan 1 0,000 

d)  Vas  Erddany,  dans  le  Kousistan  (  ?  ) 

e  )  Les  Boïnourd ,  dans  le  Khorassan 8,000 

f  )  Les  Modanlou ,  dans  le  Mazanderan 5, 000 

g)  Les  ^m^ar/oa,  etc. ,  etc 4«<)c>o 

h  )  Les  Djikàn-BehUm ,  dans  le  Mazanderan 5 ,  000 

i  )  Les  Chèkdki ,  dans  TÂzerbaldjaiv 25,ooo 

5.  Tribus  de  la  langua  patanc. 

*  Les  Beloutchis  on  Batioudches ,  dans  le  Kcrman  et 
leMoghostan,  les  Ify6er,\^  iSSert'omVles  Aèdûlli, 
et  plusieurs  autres  tribus  issues  de  la  même  race 
que  les  Afghans ,  et  parlant  à  peu  près  la  même 
langue ,  errent  plutôt  comme  brigands  que  comme 
nomades  dans  la  partie  orientale  de  la  Perse 1 65, 000 


Total  approximatif  de  la  population 9, 5oo,ooo 


Nota.  Il  est  question,  dans  les  Itinéraires,  de  quelques  autres  tribus 
nomades ,  telles  que  les  Kechlacks  ,  dans  le  Guermsir  et  le  Kourdistan  ; 
les  Seïds,  qui  prétendent  faire  des  miracles,  et  qui  demeurent  dans 
r Azerbaïdjan ,  etc.  ;  mais  les  Itinéraires  manuscrits  que  nous  avons  pu 
consulter  ne  fournissent  aucun  renseignement  ultérieur  sur  ces  tribus. 

MM.  Jmédée  Jaubert ,  maître  des  requêtes ,  Fabvier^  Trézel  et  Treil- 
hier,  oiEciers  distingués ,  ont  aussi  fait  diverses  remarques  sur  ce  sujet 
neuf  et  intéressant ,  qui  a  été  indiqué ,  je  le  pense ,.  pour  la  première  fois , 
dans  le  Foyage  d^Abdoul-Kerym,  p.  87,  traduction  de  M.  Langlès. 
Nous  avons  consulté  aussi  le  Voyage  en  Perse  de  M.  Adiien  Dupré ,  dans 
lequel  se  trouve  un  Tableau  très-complet  des  tribus  nomades ,  dont  les 
matériaux  ont  été  fournis  par  M.  Joiiannin ,  ex-premiér  interprète  de  la 
légation  française  en  Perse,  aujourd'hui  premier  secrétaire  interprète 
du  roi. 


r  rîffn  ■ytwtTt  «y  !!■■ 


LIVRE  CENT  TRENTIÈME. 


Suite  de  la  Description  de  l'Asie.  —  Description  du  Bëloutchistan, 


Les  pays  dont  la  description  va  faire  le  sujet  de  ce  livre 
et  du  livre  suivant ,  sont  des  dëmembremens  de  la  Perse 
alors  quelle  formait  un  puissant  empire;  leur  histoire  se 
lie  à  celle  des  souverains  de  l'Iran.  En  proie  à  Fanarchie 
et  aux  changemens  frëquens  qu  elle  provoque ,  il  est  diffi- 
cile d  en  connaître  avec  exactitude  le  gouvernement  et  les 
divisions  administratives.  Commençons  par  la  plus  méri- 
dionale de  ces  anciennes  annexes  du  territoire  persan. 

Le  Béloutchistan  ou  Béloudjistarty  borné  au  nord  par 
l'Afghanistan ,  au  sud  par  la  mer  d*Oman ,  à  Fouest  par  la 
Perse,  et  à  lest  par  le  Sindhy,  a  environ  275  lieues  de 
longueur  de  Fouest  à  Fest,  1^5  dans  sa  moyenne  largeur  du 
sud  au  nord,  et  19,000  lieues  géographiques  carrées. 

Il  appartient  physiquement  à  la  Perse  :  c  est  le  prolon- 
gement du  même  plateau  et  des  mêmes  chaînes  de  mon- 
tagnes; celles-ei  se  dirigent  les  unes  à  Fest  et  les  autres  au 
nord-est ,  séparées  par  de  longues  vallées.  Dans  le  nord-est 
on  traverse  d'effroyables  défilés  dominés  par  des  sommets 
de  8000  à  9000  pieds  de  hauteur;  l'intérieur  du  pays  est 
coupé  par  le  désert  de  Ben-pour,  entouré  de  rochers,  et  le 
nord  par  un  autre  plus  vaste ,  connu  sous  le  nom  de  désert 
du  Béloutchistan ,  dont  le  sol ,  composé  de  sables  mouvans , 
est  parsemé  de  quelques  petites^  oasis  inhabitées^  Le  pays 
n'est  arrosé  par  aucune  rivière  importante;  le  Doust,  dont 
le  cours  est  peu  connu ,  passe  pour  l'une  des  plus  considé^ 
râbles ,  et  paraîtrait  avoir  une  centaine  de  lieues  de  cours  ; 

le  Bkegçory  grossi  du  Nekenk,  en  a  environ  1 3o  ^  le  Pouralfyy 

a8. 


436  LIVRE    CENT    TRENTIÈME. 

YArabis  des  anciens ,  n'en  a  que  ^o  ;  le  Mouklou  est  à  peu 
près  de  la  même  étendue  ;  toutes  les  trois  se  jettent  dans  la 
mer  d*Oman.  Le  Nary^  le  Kouhi^  le  Kaskïn  et  le  Serhoud 
vont  se  perdre  dans  les  sables  des  déserts. 

Sur  le  plateau  du  Béloutchistan ,  le  sol ,  aride  et  sablon- 
neux, est  rebelle  à  la  culture;  il  ny  croît  que  des  grami- 
nées qui  servent  de  pâture  à  de  nombreux  troupeaux. 
Toute  la  partie  méridionale ,  depuis  la  côte  jusqu'à  quel- 
ques lieues  dans  les  terres,  ne  présente  que  des  plaines 
dun  aspect  sauvage;  puis  s'élèvent  les  monts  Bechkord, 
au-delà  desquels  s  étend  le  désert  de  Pendjgour,  sépare  du 
grand  désert  par  les  monts  Vacheti;  puis  on  trouve  tes 
monts  Saravan  et  Kounaji,  et  au  nord-est  la  chaîne  des 
Brahouiks,  montagnes  d'une  grande  élévation,  et  que 
Pottinger  désigne  ainsi  du  nom  du  principal  peuple  qui 
1  habite  (0.  En  se  dirigeant  vers  le  nord,  il  se  trouve  vers 
la  moitié  de  sa  longueul*  une  ouverture  de  lo  à  ii  lieues, 
due  à  une  plaine  nue  dont  la  stérilité  est  suffisamment  in- 
diquée par  son  nom  de  Dechtibédoulet  ou  désert  de  la 
pauvreté  :  quelquefois  on  le  nomme  aussi  Dechtibédur  ou 
désert  inhabité.  A  l'occident  les  monts  Bechkord  et  Bagous 
forment  les  principales  limites  de  la  province  du  Kouhestan , 
dont  l'intérieur  est  occupé  par  les  monts  Serhoud.  Ces 
montagnes  offrent  des  foyers  volcaniques  qui  ne  sont  pas 
encore  éteints  :  dans  certains  endroits  la  surface  du  sol  est 
brûlante  et  se  couvre  de  larges  crevasses.  Les  parties  orien- 
tales sont  souvent  ravagées  par  des  tremblemens  de  terre. 
Quelques  unes  des  chaînes  de  collines  qui  partent  du  Kou- 
hestan, se  dirigent  au  sud  et  vont  former  un  groupe  qui 
comprend  le  Kouhé-'Nouchadir  ou  mont  du  Sel  ammoniac. 
Les  vallées  du  Béloutchistan  sont  en  général  couvertes 
d'une  terre  noire,  argileuse  et  assez  productive. 

(0  H.  PoLLinger :  Voyage  dans  le  Béloutchistan,   tom.  II,   p.    iq, 
traduction  de  M.  JEpiès. 


Asi£  :  Le  Beloutchàtmn.  4^7 

Les  montagnes  appartiennent  à  des  terrains  anciens 
composés  de  granités,  de  gneiss,  de  calcaires. et  de  por* 
phyres.  Elles  renferment  des  marbres  de, diverses  couleurs, 
du  sel  gemme ,  du  soufre ,  de  lalun ,  et  des  métaux  utiles 
et  précieux,  tels  que  l'or,  l'argent,  Tétain,  le  cuivre,  le 
fer,  le  plomb  et  Tantimoine. 

Le  climat  varie  dans  les  diverses  parties  du  Béloutchis- 
tan  :  au  nord-est  et  à  lest,  les  saisons  sont  réglées  à  peu 
près  comme  en  Europe  ;  cependant  sur  les  bords  du  Kauby, 
affluent  de  Tlndus ,  et  dans  les  environs  de  Gondavà ,  leté 
est  si  chaud  que  les  habitans  sont  souvent  obligés  d  aller 
chercher  un  refuge  contre  la  chaleur,  dans  les  montagnes. 
Le  printemps  commence  du  i5  au  25  février,  et  dure  deux 
mois;  Tété  se  prolonge  ensuite  jusqu'au  commencement 
d'août,  et  l'automne  lui  succède  jusque  dans  les  premiers 
jours  d'octobre  que  vient  l'hiver,  saison  qui  est  ordinaire- 
ment assez  rigoureuse.  Dans  les  autres  parties ,  le  prin- 
temps et  l'été  commencent  plus  tôt  qu'en  Europe;  dans 
toutes^  l'hiver  est  toujours  accompagné  du  vent  de  nord- 
ouest,  le  seul  qui  souffle  périodiquement  dans  le  pays. 
Dans  la  partie  maritime,  les  chaleurs  ont  lieu  en  mars  et 
finissent  en  octobre  ;  elles  ne  sont  interrompues  que  par 
les  moussons  du  sud-ouest  vers  le  mois  d'août  ;  mais  cette 
partie  est  malsaine,  et  même  ce  n'est  que  sur  le  plateau 
intérieur  que  l'air  est  pur  et  salubre. 

Le  Béloutchistan  n'est  pas ,  comme  la  P«pse ,  dépourvu 
de  forêts;  celles-ci  même  y  sont  remplies  d'arbres  précieux. 
Le  meilleur  bois  de  charpente  est  fourni  par  le  jujubier  et 
le  tamarinier,  qui  parviennent  à  une  dimension  considé- 
rable. Le  chêne ,  le  frêne  et  le  sapin  y  sont  tout-à-fait  in- 
connus. Du  reste ,  on  y  récolte  les  mêmes  productions  que 
sur  le  sol  persan.  On  y  trouve  aussi  les  mêmes  «animaux ,  . 
tels  que  le  buffle,  le  mouton,  la  chèvre,  le  cheval  et  l'âne. 
Le  cheval  y  est  grand ,  robuste  et  bien  fait,  mais  ordinaire- 


438  hiVtCÈ   CENT    TUEJÏTlÈftTK» 

ment  très- vicieux.  Lé  dromadaire  se  plaît  dans  le»  sables 
des  déserts,  ainsi  que  l'aiftilope,  le  léopard,  Thyène,  le  loup 
^t' le  chacal.  Le  lion  et  le  tigre  y  sont  rares.  Les  bois  sont 
peuplés  de  singes,  de  caméléons,  doiseaux  d'un  grand 
nombre  d  espèces ,  et  d'abeilles  ;  mais  le  pays  nourrit  peu 
d'insectes ,  et  surtout  de  reptiles  venimeux. 

Le  Béloutcbistan  paraît  renfermer  au  moins  2,000,000 
d'habitans;  quelques  auteurs  portent  même  sa  population 
à  3>ooo,ooo  d'individus.  Us  appartiennent  principalement 
à  deux  peuples  différens ,  les  Béloutchis  ^t  les  BrahouU^  qui 
se  distinguent  par  leurs  mœurs  et  leur  langage,  mais  qui 
mènent  généralement  la  vie  nomade;  aussi  les  villes  de 
quelque  importance  y  sont-elles  en  petit  nombre,  et  la  po-* 
pulation  est-elle  partagée  en  plusieurs  territoires,  gouTeis 
nés  chacun  par  un  chef.  Ces  différens  chefs  reconnaissent 
cependant  la  suprématie  de  celui  qui  réside  à  Kélat,  et  quî 
s'est  reiidu  indépendant  du  roi  de  Kaboul.  C'est  ce  qui  a 
même  porté  plusieurs  géographes  à  considérer  le*Bélout-« 
chistan  comme  une  réunion  d'États  fédératifs,  à  laquelle 
ils  ont  donné  la  dénomination  de  Confédération  des  Bélout" 
chis;  dénomination  qui  ne  serait  pas  sans  justesse,  si  cette 
forme  de  gouvernement  était  établie  sur  des  garanties  poli- 
tiques réelles,  et  si  elle  ne  variait  pas  suivant  les  vues  diffé- 
rentes des  cliefs  ou  selon  les  révolutions  qui  surviennent. 

Les  Béloutchis  prétendent  descendre  des  premiers  maho» 
métans  qui  envahirent  la  Perse  \  ils  sont  très-flattés  qu'on 
les  suppose  d'extraction  arabe,  et  sont  choqués  de  l'idée 
qu'ils  viennent  d'une  souche  commune  avec  les  Afghans. 
On  a  cru  qu'ils  pouvaient  descendre  des  Mongols;  mais 
Pottinger  pense  qu'ils  sont  plutôt  d'origine  turcomane. 
Quant  aux  Brahouis,  dit-il,  ils  semblent  être  une  peuplade 
de  Tatares  montagnards  qui,  à  une  époque  très-reoulëe, 
se  sont  établis  dans  les  parties  méridionales  de  l'Asie,  où 
ils  menaient  une  vie  errante ,  réunis  en  kheils  ou  sociétés , 


ASIE  :  Le  Béloutchistan.  4^9 

conduits  et  gouvernés  par  leurs  chefs  et  par  leurs  lois 
pendant  plusieurs  siècles,  jusque  vers  le  commencement 
du  XYIP,  épocjue  où  ils  se  réunirent  en  un  corps  et  par- 
vinrent à  former  les  établissemens  qu  ils  ont  aujourd'hui  à 
Kélat  et  dans  tout  le  Béloutchistan ,  en  assurant  à  leurs 
chefs  la  prépondérance  dans  le  pays.  Au  surplus,  malgré 
la  date  peu  ancienne  de  leur  établissement,  les  Brahouis 
sont  tellement  ignorans  qu'ils  s'imaginent  être  aborigènes 
du  Béloutchistan.  Us  croient  que  rien  n'est  antérieur  à 
l'islamisme ,  excepté  que  l'univers  existait  ;  et ,  pçur  prouver 
qu'ils  furent  l'objet  d'une  prédilection  particulière  de  la 
part  du  prophète  arabe ,  ils  racontenj;  que  pe^idant.  une 
nuit  il  vint,  monté  sur  une  colombe,  leur  prendre  visite >  et 
qu'il  laissa  parmi  eux  plu$i^urs /^r^^  ou  saints  pour  être 
leurs  guides  spiri^u^l^  lU  ajoutent  même  que  les  reliques 
de  quarante  de  ces  docteurs  déifiés  sont  enterrées  à  26  et 
quelques  lieues  au  nord  de  Kélat,  sous  une  montagne  qu'ils 
appellent  pour  cette  raison  Kouhétchéhelten  (  la  montligne 
des  quarante  corps),  et  qui  est  pour  les  musulmans  et  les 
Hindous  un  lieu  de  pèlerinage  (0. 

Outre  les  Béloutchis  et  les  Brahouis,  le  Béloutchistan 
renferme  des  Dehvars  ou  Dekhans  qui,  selon  Pottinger, 
ne  sont  que  des  descendans  des  anciens  Guèbres  et  des 
Hindous,  qu'il  regarde  comme  les  premiers  colons  de  la 
partie  supérieure  des  monts  Brahouiks,  à  l'époque  où  ils 
furent  expulsés  du  Mekran,  du  Lotsa  et  du  Sindhy  par  les 
armées  des  califes  de  Bagdad ,  dans  les  années  pS  et  94  4^ 
l'hégire. 

Le  vol  chez  les  Béloutchis  est  regardé  coimae  une  9Cti^ 
méprisable ,  mais  le  pillage  des  nation^  voisinas  est  l'aictiaii 
la  plus  glorieuse  :  quelques  unes  de  leurs  tribus  y  exo^enC. 
L'hospitalité  est  pour  eux  un  devoir  sacré  s  quand  une  fcds 

CO  //.  Pouitiger  <*  Deseription  du  Béloutchistan. 


44o  LIVRE   CENT    TRENTIÈME. 

ils  offrent  ou  promettent  d  accorder  leur  protection  à  quel- 
qu'un,  ils  mourraient  plut;ôt  que  de  manquer  à  leur  parole. 
Us  habitent  ordinairement  sous  des  tentes  ou  ghedans, 
faites  de  feutre  noir  ou  de  couvertures  grossières  étendues 
sur  une  carcasse  en  branches  de  tamaiisc  entrelacées.  La 
réunion  d'un  certain  nombre  de  ghedans  forme  un  toumén 
ou  village ,  et  celle  de  leurs  habitans  une  société  ou  kheîL 
Plusieurs  tribus  préfèrent  les  maisons  en  terre  aux  tentes , 
et  habitent  même  dans  des  forts.  La  plupart  des  Béloutchis 
ont  ordinairement  une  ou  deux  femmes;  les  chefs  en  ont 
quatre.  Ils  ont  des  attentions  et  des  égards  pour  elles.  Us 
entretiennent  un  grand  nombre  d'esclaves  des  deux  sexes, 
qui  ne  sont  que  les  prisonniers  qu'ils  ont  faits  dans  leurs 
tchépaos  ou  courses  de  pillage. 

L'habillement  ordinaire  d'un  Béloutchi  consiste  en  une 
chemise  de  toile  de  coton  blanche  ou  bleue,  en  pantalons 
de  la  même  toile  fermés  autour  de  la  cheville,  en  une  pe- 
tite calotte  piquée  de  soie  ou  de  coton  ;  quand  ils  se  parent, 
ils  ajoutent  un  turban  et  une  ceinture  en  toile  bleue.  L'hi- 
ver ils  mettent  par-dessus  ces  vêtemens  une  tunique  ou 
une  sorte  de  manteau.  Les  femmes  s'habillent  à  peu  près 
comme  les  hommes.  Un  soldat  bien  armé  présente  un  aspect 
formidable  :  il  porte  un  fusil,  une  épée,  une  lance,  un 
poignard  et  un  bouclier ,  avec  un  grand  nombre  de  cornets 
à  poudre  et  à  balles ,  et  d'autres  munitions.  Ils  sont  excel- 
lens  tireurs. 

Les  Brahouis  diffèrent  peu  des  Béloutchis  par  leurs  mœurs 
et  leurs  costumes;  c'est  la  même  hospitalité  envers  les 
étrangers,  les  mêmes  vertus  et  presque  les  mêmes  vices, 
bien  qu'ils  soient  moins  avares  et  moins  vindicatifs.  Ils  soqt 
plus  tranquilles,  plus  industrieux,  et  surtout  opposés  à  ces 
habitudes  de  rapine  et  de  violence  dans  lesquelles  se 
plaisent  les  Béloutchis.  Du  reste,  les  mariages  tendent  à 
confondre  complètement  ces  deux  peuples  (0. 

(0  //.  Pouinger  :  Voyages  dans  le  Bcloulchibtan. 


ASIE  :  Le  Béloutchistan.  44' 

On  s'accorde  à  considérer  le  Béloutchistan  comme  divisé 
en  six  provinces,  dont  nous  allons  parcourir  les  villes,  en 
commençant  par  la  partie  méridionale. 

Le  Mékran  est  la  plus  grande  de  ces  provinces  :  elle 
s  étend  depuis  le  centre  jusqu'à  la  mer  d*Oman;  on  lui 
donne  plus  de  loo  lieues  de  largeur  du  nord  au  sud^  et 
environ  200  lieues  de  longueur  de  louest  à  lest.  Elle  est 
composée  de  plaines  arides  et  sablonneuses,  coupées  de 
montagnes  escarpées  appartenant  aux  Brahouis.  Ce  n'est 
que  près  des  côtes  que  le  sol  est  arrosé ,  non  par  des  ri- 
vières, mais  par  des  torrens  qui  ne  coulent  que  pendant 
quelques  heures  après  que  la  pluie  a  cessé ,  et  dont  le  lit 
est  très-profond.  Les  autres  cours  d  eaux  ne  sont  que  des 
ruisseaux  plus  ou  moins  considérables.  Un  de  ces  ruisseaux , 
appelé  le  Dest ,  qui  n  a  que  deux  pieds  de  profondeur  à  son 
embouchure,  a  cependant  plus  de  3oo  lieues  de  longueur.  Peu 
productive,  cette  province  nourrit  peu  d'habitans;  c'est  l'an- 
cienne Gedrosia  :  Alexandre  la  traversa  en  revenant  de 
l'Inde ,  et  son  armée  y  éprouva  toutes  sortes  de  privations. 
Les  villages  7  sont  disséminés;  ils  ne  se  composent  que 
de  cabanes  couvertes  de  paille,  et  sont  ordinairement  dé- 
fendus par  un  petit  fort  en  terre.  Kedge  ou  Kidgé,  l'an- 
tique Chodda^  est  la  capitale  de  la  province  et  la  résidence 
d'un  hakerriy  chef  qui  entretient  une  garde  de  4  ^  5oo 
Arabes.  Elle  est  bâtie  autour  d'une  montagne  dont  le 
sommet  est  occupé  par  une  forteresse.  On  dit  qu'elle 
a  2000  maisons,  mais  pas  un  seul  édifice  digne  d'être 
mentionné.  Selon  le  géographe  turc  Cherefeddyn,  elle 
serait  aussi  grande  qu'Ai ep  (0.  C'est  dans  ses  environs  que 
l'armée  d'Alexandre  eut  le  plus  à  souffrir  de  la  variation 
continuelle  du  chaud  et  du  froid  et  des  passages  difficiles 
à  travers  des   montagnes  de  sables  brulans  ;  c'est  aussi 

(0  Cherefeddyn  y  II,  p.  17,  traduction  française 


44^  LIVRE   Cfii!fX    TRENTIÈME. 

dans  les  mèmiis  lieux  que  Sémiramis  vit  réduire  à  une 
vingtaine  dliommes  les  restes  de  son  armée, 

Kellégan  ,  située  dans  une  vallée  étroite  et  irom^ui- 
tique  ;  se  compose  d'environ  i5o  maisons,  dont  plusieurs 
sont  à  deux  et  trois  étages,  afin  quen  cas  d'attaque  les 
habitans  puissent  se  réfugier  d^ns  la  partie  supérieure* 
Chaque  habitant  monte  dans  sa  demeure  à  laide  cl'une 
échelle  quil  retire  ensuite.  Nous  pouvons  çi^er  ençppe 
d'autres  villes  qui  ailleurs  pourraient  passer  pour  des  vil*- 
lages:  Tiz^  l'antique  Tiza^  sur  la  côte  des  Ichtyophages, 
était  autrefois  importante;  elle  esf  située  dans  une  v9U4e 
ouverte  du  côté  de  la  mer.  Dans  les  montagn^ç  qi|i  l'en- 
vironnent on  voit  plusieurs  grottes  qui  passent  pour  avoir 
servi  an  culte  des  Hindous,  Ç^tte  ville  a  ui)  port  assez 
fréquenté,   d'où   l'on   exporte  de  la  spie,  du  cptpn   et 
des  châles  ;  ce  port  esl;  Serbar,  ou  plutôt   Tckarbagh* 
Gouattor^  composé  de  i5o  cabanes  çt  défendu  par  un 
petit  fort  en  terre,  possède  sur  le  golfe  du  m^me  nom 
un  petit  port  à  l'embouchure  du  N^ghor.  Oq  en  ex- 
porte une  grande  quantité  de  dattes.  Jalk  est  situé  près 
du  grand  désert  du  Béloutchistan  \  Kasr^Kend  ou  KMser^ 
Koundy  défendu  par  un  fort  construit  en  terre  >  a.  5oo 
maisons.  Kohfik  est  sur  le  I^ord  gauche  d'uue  rivière  du 
même  nom  \  Koulaj  est  à  8  lieues  de  la  mer  d'Oman  ; 
Motch  sur  la  rive  droite  du  BhegyoTy  et  Pendjgwr  ou 
Purygour  sur  la  rive  gauche,  Cette  petite  viUe  est  le  chef- 
lieu  du  Pendjgour^  pçtit  cai^ton  fertile  à  neuf  journées  de 
marche  au  nord-est  dç)  Kedj ,  et  formé  par  une  vallée  qui 
renfern^e  habituellement  unç  douzaine  de  villages  composés 
de  tentes  et  assez  peuplés.  Ce  canton  abonde  en  dattes,  qui 
passent  pour  les  meilleures  du  Mékran. 

Les  habitans  du  Mékran  sont  d'une  race  petite  et  gréle; 
ils  sont  fort  adonnés  à  lusage  du  jus  fermenté  de  dattes, 
dont  ils  font  un  abus  dangereux.  I^urs  femmes  sont  ordi- 


ASIE  :  Za  Béloutehistan-  443 

nairemên^  très-laides ,  et  tellen)ent  débauchée^)  qu'aucun 
frein  ne  peut  les  empeGher  d  assouvir  leurs  passons;  aussi 
les  hommes  sont-ils  fort  peu  sensibles  à  leurs  intidélités. 

La  province  de  Lous  ou  de  Lotsa^  sur  une  longueur  dct 
4o  lieues  et  une  largeur  de  3o ,  pe  nourrit  que  5o,ooq  in^ 
dividus,  Cest  une  contrée  plate  )  ainsi  que  l'indique  son 
nom.  Située  à  lest  dç  Ifi  précédente 9  elle  e$t  entourée 
de  montagnes  et  offre  d^  vastes  plaines  au  centre  ;  mais  ce 
n'est  que  sur  les  bords  du  PpuraHy  et  de  ses  nombreux 
affluens  que  le  sol  s^  nioptre  fertile.  Le  djam ,  ou  le  chef 
de  cette  province  ^est  obligé  de  fournir  au  khan  de  Kélat 
un  corps  de  troupes  de  é^^QO  hommes.  Bela^  sa  capitale  ^ 
est  une  jolie  petite  ville  bâtie  $ur  un  roqher,  au  pied  duquel 
coule  le  Pourally  qui ,  dans  les  temps  de  séehere&se  »  n  A 
pas  plus  de  5o  à  60  pieds  de  largeur ,  tandis  qu'il  a  plus 
d'un  quart  de  mille  dans  la  saison  des  pluies.  £lla  est  dé-^ 
fendue  par  une  muraille  en  terre  ;  ses  maisons  sont  con- 
struites en  bois  et  en  argile^  et  ses  rues  sont  fort  étroites: 
on  y  remarque  le$  sépultures  du  djam  et  de  sa  famille.  Ce 
chef  jouit  d'un  revenu  annuel  d'environ  400,000  francs  que 
produisent  les  droits  de  douane  dans  la  province.  Une 
autre  ville ,  appelée  [Mari  ou  Leyari^  sur  le  Pourally,  con- 
tient environ  1600  à  1800  maisons.  Du  reHe,  il  n'y  a  pas 
dans  tout  le  pays  dou'^e  villages  fixes.  Le  peuple  demeure 
généralement  dans  de$  buttes  que  l'on  change  de  place  à 
volonté.  Le  Commerce  consiste  en  exportations  considé- 
rables de  grains  et  de  tapis  grossiers,  et  en  importations^ 
de  dattes,  d'amandes,  de  fer,  d'acier,  d'étain,  de  sucre,  de 
bétel  et  de  cocos. 

Dans  la  partie  orientale  du  Béloutcbistan,  la  province 
de  Kotch'Gondai>af  ou  Koutch- Goundaua  ^  appelée  aussi 
Katch'Gandaifa^  longue  de  5o  )iei|eis;  et  large  de  4o>  est 
un  pays  plat  et  fertile ,  parce  que  le  sol  en  est  limoneux  et 
bien  arrosé;  on  assure  que  s'il  était  mieux  cultivé,  il  pour- 


444  LIVRE   CENT    TRENTIEME. 

rait  nourrir  tout  le  Béloutchistan  :  aussi  l'exportation  des 
grains  fait-elle  sa  richesse.  La  plus  grande  partie  de  sa  popu- 
lation se  compose  de  Djeths^  peuple  dont  les  mœurs ,  Texte- 
rieur  f  t  les  usages  prouvent  qu'il  descend  des  Hindous  abo- 
rigènes qui  ont  été  convertis  de  gré  ou  de  force  à  la  foi 
musulmane.  De  même  que  les  Dehvars  des  environs  de  Kélat , 
ils  demeurent  exclusivement  dans  des  villages,  et  cultivent 
les  teiTes  des  propriétaires  béloutchis  et  brahouis  (O*  Gon- 
daça  ou  Ganda^a ,  qui  en  est  le  chef-lieu ,  est  une  ville  assez 
grande  et  1  une  des  mieux  bâties  du  pays  des  Béloutchis.  Le 
khan  y  a  son  palais  d'hiver,  et  les  principaux  serdars  et 
seigneurs  du  Djhalavan  et  duSaravan  viennent  y  passer  cette 
saison  pour  éviter  le  froid  rigoureux  des  régions  élevées. 
Dador  ou  Dadoury  sur  la  rive  gauche  du  Kâby,  se  compose 
de  ï5oo  maisons.  Horrond  ou  Hourroundy  sur  un  petit 
affluent  du  Sind ,  Dadjely  Bagh  et  Lhériy  sont  encore  moins 
considérables. 

A  l'ouest  de  la  province  dont  nous  venons  de  parler 
s'étend  celle  de  Jhalavan  ou  Djhalavan  y  que  l'on  prononce 
Djalaouan ,  longue  de  90  lieues  et  large  de  4o  à  5o.  Ses  ha- 
bitans  se  composent  de  Béloutchis  et  de  Brahouis,  la  plupart 
nomades.  Le  plus  grand  de  ses  cours  d'eau  est  le  ruisseau  de 
r  Ournatch ,  qui  est  souvent  à  sec  pendant  la  saison  chaude. 
Zouhn  ou  Zouhouriy  appelé  aussi  Zehriy  qui  en  est  le  chef- 
lieu  ,  renferme ,  dit-on ,  2  à  3ooo  maisons  défendues  par  un 
mur  en  terre;  Khozdar  en  a  5oo  dans  une  vallée  profonde, 
où  lliiver  est  très-rigoureux. 

La  province  de  Saras>an  ou  de  Saraouariy  ou  le  Khanat  de 
Kélay  a  90  lieues  de  longueur  sur  aS  de  largeur  moyenne; 
elle  comprend  des  montagnes  et  des  déserts ,  et  sa  popula- 
tion ne  se  compose  presque  que  de  Brahouis  ;  plus  peuplée 
que  les  autres,  elle  renferme  aussi  plus  de  villes  importantes. 

i})  H.  Potlinger  :  Description  du  Béloutchistan. 


ASIE  :  Le  Béloutchistan.  445 

Cest  à  Kélaty  qui  renferme  !i5oo  maisons,  et  dont  le  nom 
béloutchi  signifie  cité^  que  réside  le  khan  auquel  tous  les  au- 
tres se  soumettent.  Cette  ville  est  bâtie  sur  le  sommet  d'une 
montagne  qui  s  élève  au  milieu  d'un  territoire  fertile;  sa 
forme  est  carrée  ;  elle  est  environnée  de  trois  côtés  de  murs 
et  de  bastions  bâtis  en  torchis,  et  dominée  par  une  forteresse 
qui  dans  le  pays  passe  pour  importante.  Le  quatrième 
côté  a  pour  défense  le  flanc  occidental  de  la  montagne 
coupée  à  pic.  Elle  a  des  faubourgs ,  et  ses  maisons ,  presque 
toutes  bâties  en  briques  et  en  bois ,  forment  des  rues  assez 
larges  et  garnies  de  trottoirs ,  mais  sales  parce  qu'elles  ont 
peu  de  pente.  On  y  voit  des  temples  des  différens  cultes  ma- 
hométans  et  hindous ,  un  bazar  bien  approvisionné  et  une 
manufacture  d'armes.  Le  palais  du  khan  n'est  qu'un  amas 
confus  de  bâtimens  en  terre  avec  des  toits  en  terrasses.  La 
population  de  Kélat  est  évaluée  à  20,000  âmes.  Le  plateau 
sur  lequel  elle  est  construite  est  élevé  de  7800  pieds  au- 
dessus  du  niveau  de  la  mer.  La  neige  y  reste  constamment  ^ 
même  daiis  les  vallées ,  depuis  la  fin  de  novembre  jusqu'à  la 
fin  de  février;  le  riz  et  plusieurs  autres  plantes  qui  aiment 
la  chaleur  n'y  réussissent  pas;  le  froment  et  l'orge  y  mû- 
rissent plus  tard  que  dans  les  îles  Britanniques,  et  cependant 
Kélat  est  situé  par  29®  de  latitude  septentrionale.  Sarai^an, 
qui  donne  son  nom  à  la  province,  le  doit  peut-être  aux 
monts  Saravani,  dont  elle  n'est  éloignée  que  de  2  ou  3  lieues. 
Elle  se  compose  de  5oo  maisons,  et  est  défendue  par  un 
mur  en  terre ,  flanqué  de  bastions.  Kharan,  qui  passe  pour 
être  un  peu  plus  considérable ,  est  la  résidence  d'un  serdar 
qui  peut  mettre  5  à  600  hommes  sur  pied  ;  elle  est  située 
au  pied  même  des  monts  Saravani. 

Dans  la  partie  occidentale  du  Béloutchistan ,  s'étend  une 
province  qui  porte  le  nom  de  Kouhestan^  c'est-à-dire  pays 
montagneux  (0.  Elle  a  70  lieues  de  longueur  du  sud  au 

(0  De /:oii/t  (mon! agne),  et  stan  (contrée).  Voyez  //.  Pottinger^ 
Voyages  dans  Je  Béloutchistan. 


446  LIVAE   CENT   TRENTIËMB. 

nord,  et  3o  de  leàt  à  louest.  Les  monts  Brechkordfôrment 
sa  limite  méridionale,  les  monts  Bagous  lorientale^  et  les 
monts  Serhed  ou  Serhoud  le  centre.  Ces  derniers ,  dont  le 
nom'^ignifie  montagnes  froides,  sont  situées  entre  les  29^ 
et  3o*  degrés  de  latitude  ;  on  peut  les  apercevoir  à  la  dis- 
tance de  20  à  3o  lieues,  s'élevant  par^dessus  toutes  les 
autres.  Elles  abondent  en  productions  minérales  :  les  habi- 
tans  y  exploitent  du  cuivre,  du  fer  et  d'autres  métaux;  dans 
plusieurs  de  leurs  vallées  se  trouvent  des  étangs  qui  se 
couvrent  d'une  croûte  de  bitume  qui  coule  de  leurs  flancs. 
C'est  dans  ces  montagnes  que  se  trouve  le  Kouhé-Noucha- 
dir  ou  mont  de  Sel  ammoniac,  dont  les  roches  sont  volca- 
niques ,  et  dont  les  crevasses  se  couvrent  d  efSorescences 
de  soufre  et  d ammoniac.  Avant  de  se  réunir,  les  différens 
groupes  de  montagnes  du  Kouhestan  se  dispersent  en  un 
nombre  infini  de  petits  chaînons  de  collines  rocailleuses 
qui  s  étendent  à  hauteurs  égales,  mais  souvent  en  lignes 
interrompues,  à  travers  le  Mékran.  Le  Kouhestan  produit 
peu  de  blé ,  mais  beaucoup  de  dattes ,  et  n'est  peuplé  que 
de  Béloutchis.  Ce  pays  se  divise  en  deux  parties  :  lé  Mydani 
ou  la  plaine ,  et  le  Kouhéky  ou  la  montagne.  Dans  la  pre- 
mière se  trouvent  les  villes  et  les  villages;  dans  la  seconde 
on  ne  voit  que  des  groupes  de  tentes  en  feutre ,  seules  de- 
meures des  montagnards.  Pourha^  sa  principale  ville,  se 
compose  de  4oo  maisons.  Elle  est  située  au  milieu  d'un 
bois  de  palmiers  qui  produit  beaucoup  de  dattes.  C'est  la 
résidence  du  chef  de  la  tribu  des  Ourabhi^  le  plus  puissant 
serdar  de  la  province.  Sourhoudy  chef-lieu  de  district,  est 
une  ville  de  peu  d'importance,  même  pour  le  Bélout- 
chistan  ;  Basman,  Ben-pour  et  Rester  ne  sont  que  des  vil- 
lages de  2  à  3oo  maisons. 

Nous  avons  dit  que  les  deux  nations  qui  forment  la  prin- 
cipale population  du  Béloutchistan  diffèrent  de  langage  et 
de  mœurs.  La  langue  des  Béloutchis  a  beaucoup  de  rapports 


ASIE  :  Le  Béloutchistan.  44? 

avec  le  persan;  elle  se  divise  en  deux  dialectes  :  le  bélotit- 
chî  proprement  dit,  qne  parlent  la  plus  grande  partie  de  la 
nation  ainsi  que  les  habitans  du  Khanat  de  Réiat  ;  et  le 
babi^  en  usage  dans  le  royaume  de  Kaboul.  La  langue  des 
Brahouis  paraît  dériver  de  Thindoustani;  cependant  un  au- 
teur, qui  s*est  beaucoup  occupe  d*ethnographie,  comprend 
le  brahoui  parmi  les  idiomes  persans,  et  le  regarde  même 
comme  un  dialecte  béloutchi.  Ces  langues,  qui  au  surplus 
sont  encore  très-peu  connues,  et  qpiî  ne  possèdent  aucun 
monument,  s'écrivent  avec  un  caractère  arabe,  auquel  on 
a  ajouté  quelques  lettres  pour  représenter  des  sons  parti- 
culiers (0. 

Les  nombreuses  tribus  du  Béloutchistan  jouissent  toutes 
du  droit  d  élire  leurs  chefs  ou  serdars  ;  mais  il  paraît  que 
cette  charge,  fixée  une  fois  sur  quelqu'un,  devient  héré- 
ditaire. 

Le  khan  de  Kélat  jouit  des  prérogatives  de  la  souverai- 
neté; c'est  lui  qui  confirme  l'autorité  qu'exerce  chaque  ser- 
dar  sur  sa  tribu,  et  celui-ci  se  reconnaît  alors  comme  son 
tributaire.  Cependant  plusieurs  serdars  se  sont  affranchis  du 
tribut  qu'ils  lui  payaient;  mais  bien  que  quelques  uns  se 
soient  rendus  îndépendans ,  aucun  ne  peut  refuser  de  l'as- 
sister en  personne  pendant  les  guerres  entreprises  dan» 
Tintérêt  général.  Chaque  serdar  a  sa  bannière  ornée  de  ses 
couleurs.  C'est  le  khan  qui  a  le  di'oit  de  déclarer  la  guerre,  de 
conclure  les  traités,  et  de  déterminer  les  limites  territoriales 
de  chaque  tribu.  Ce  chef  est  le  juge  suprême  de  tout  le  Bé- 
loutchistan  ;  aucun  criminel  ne  peut  subir  la  sentence  rendue 
contre  lui  si  le  khan  ne  Ta  sanctionnée,  à  moins  qu'il  ne 
s'agisse  d'un  outrage  ou  d'un  meurtre  commis  sur  la  per- 
sonne d'un  étranger.  Outre  cette  disposition  du  code  criminel 
du  Béioutchistan ,  nous  en  citerons  d'autres  qur  en  donne- 

(•)  M.  /4.  Balbi  :  Atlas  ethnographiqac  du  globe. 


44B  LIVRE    CEHT    TRENTIEME. 

ront  une  idée  plus  exacte.  Le  meyrtre  est  ordinairemaiii; 
expié  par  un  emprisonnement  et  par. de  grosses  amendes, 
si  les  parens  du  mort  y  consentent.  Dans  le  cas  où  ils  de- 
mandent sang  pour  sang ,  le  khan  ëlrite  toujours  de  pro- 
noncer la  sentence  de  mort  :  il  livre  le  meurtrier  aux  parens 
pour  en  faire  ce  qu'ils  jugent  à  propos  ;  mais  presque  tou- 
jours ceux-ci,  dans  leur  propre  intérêt,  le  retiennent  en 
esclavage  et  remploient  à  de  rudes  travaux.  Le  vqI  de  nuit 
et  avec  effraction  est  passible  de  la  peine  capitale;  le  vol 
en  plein  jour ,  du  fouet  et  de  1  emprisonnement ,  suivant  le 
nombre  et  la  valeur  des  objets  volés.  Un  mari  qui  surprend 
sa  femme  en  adultère  peut  la  tuer  ainsi  que  son  amant; 
mais  il  est  obligé  d'amener  deux  témoins  recommandables 
pour  attester  le  fait,  autrement  il  est  traité  comme  meur- 
trier. Si  un  homme  séduit  une  fille,  et  que  le  père  s'en 
aperçoive  avant  qu'elle  soit  enceinte ,  il  peut  exiger  que  les 
deux  amans  soient  mis  à  mort.  Les  querelles,  les  petits 
vols  et  autres  délits  sont  jugés  par  les  serdars  (O* 

La  dignité  de  khan  est  héréditaire  çt  se  transmet  dans  la 
famille  et  la  tribu  des  Kembérami,  Ses  revenus  s'élèvent  à 
plus  de  4)000,000  de  francs,  et  son  armée  à  4ooo  hommes 
eu  temps  de  paix.  Mais  en  cas  d'invasion ,  le  Béloutchistan 
peut  mettre  i5o,ooo  hommes  sui^pied. 

L'origine  de  cet  Etat  n  est  pas  fort  ancienne  ;  la  ville  et 
le  territoire  de  Kélat  étaient  depuis  deux  siècles  sous  la  do- 
mination dun  radjah  hindou  et  de  sa  famille,  lorsque  l'un 
de  ces  princes ,  ne  pouvant  réprimer  les  brigandages  d'une 
horde  voisine ,  demanda  du  secours  à  Kember ,  chef  d'une 
autre  horde.  Kember  vint  et  détrôna  le  radjah.  En  1738^ 
Nadir  Chah  s'empara  du  pays  et  en  laissa  le  gouvernement 
à  la  famille  de  Kember,  et  c  est  encore  un  membre  de  cette 
famille  qui  le  gouverne  aujourd'hui. 

(0  //.  Poitiiiger  :  Dcscriprion  du  Béloutchistan. 


ASIE  :  Le  Béloutchistan. 


449 


TABLEAU  des  principales  tribus  du  BéloutcJUstan ,  d'après 

H.     POTTIJIGER. 


BELOUTCHIS. 
A.  Béloutchis  Néhroui. 


Noms.  Cooibattaus. 

i  Rockchenis 700 

a  Sedjedts \^o 

3  Khesodjis liîo 

4  Kourds  ou  Giehidès....  4^oû 


Noms.  Comliattans. 

5  Mings  ou  Mtnde Soo 

6  Erbabis 6000 

7  Mélikêhs aSo 


B.  BétoiUchis'JRinds . 


1  Rindanis 8000 

2  GoulemLoulks 700 

3  Poghs âoo 

4  Djellcmbanis 800 

5  Dinaris 700 

6  Pouzhés 600 

7  Kélouis 

8  Djétouis 

g  Doumbekis 

10  Boudléis 900 

11  Dankis 80 

12  Kharanis 1000 

i3  Omranis 4^^^ 


700 


i4  K'osés 

i5  Tchengyas....^ 

1  b  Noucby  rvanis 

17  Bégolhis 

18  Méris.... 

iQ  Gourkanis 

30  Mezaris , 

21  Dirichks 

22  Legharis , 

23  Lourds 

24  Tchélchris 

25  Moundcstrift 


i5o 
100 
700 

• 

3ooo 
25oo 
5  00 
5ooo 
1000 
1.^00 
i5oo 


c.  Béloutchis- Meghsis. 


i  Meghsis 8000 

2  Ebrebs 3ooo 

3  Lacbaris 20,000 

4  Mctyhis 1000 

5  Bourdis 200 

6  Ouners »...  ? 

7  Nêris 5oo 

8  Djctkis 4°^^ 


9  Kellenderanift. 

I  o  Mousanis 

II  Kckrânis 

12  Djckrûnis 

i3  Isobanis 

14  Djekrahs , 

1 5  Djellûnis 

16  Tourbendzahs. 


70^» 
Cooo 

m 

•f 

m 


BUAHOUIS. 


3 
4 


Kemberany 1000 

Zéhry 8000 

MingoU io,5oo 

Soumlery J^ooo 

Gourguenany 3oo 

(^  Iman-Hoçciny 2000 

7  Koultchi-Bhegva 5oo 

8  Mahmoudany 5oo 

c)  Moureha 1 000 

VIII. 


0  Koury i5o 

1  Berdjeî 1000 

2  Kaiky 700 

3  PenJcrany 3ooo 

4  Rysetké 100 

5  Cnerouary 8000 

G  Rysany i5oo 

7  Kitchary 2000 

8  Bpzendja 1000 

=»9 


45o 


LIVBE   CENT    TRENTIEME. 


N'oins.  Combittan*. 

19  Choudjaoïidiny 1000 

30  Momasiny 1 5oo 

ai  Harouny aoo 

aa  Rodény 600 

a3  Sesouly aoo 

a4  Kerou-Tchékou 5oo 

a5  Bedjeï 700 

a6  Kourda aoo 

27  Negry aooo 

a8  Ridjen-Bouledy 7000 

39  Nessir-Rodany 3ooo 

3b  Tchotva 700 

3i  Khedrany 5ooo 

3a  Mirvary 7000 

33  Keledaï 3oo 

34  Ghelousoury 700 

35  Kouletchy a5o 

36  Làguy 3ooo 


Noms.  Combattanr. 

37  Kery i5oo 

38  M ahmoud-Châhy . . .  35oo 

39  Dil>eky 4^0^ 

40  Rysany Boo 

4»  Kaïssery. ..' 1000 

4a  Moury 3oo 

43  Geddjaga aoo 

4i  Djyany 60 

45  Mousouvàny 1000 

46  Saravany 10,000 

47  Serferany ■    aSoo 

4o  Pourdiehaï aoo 

49  Koutciitka 3oo 

50  Bhouldra 3oo 

5i  Bhouka 3oo 

5a  Ridy 1700 

53  Isirêny ? 


♦^^■i>oo.o^'OK»»o-o-»tt-^^o-»»»»oO'0-»o-»o-a-»»«-^<»»^o»^oo-ooB>aooooo«oooop»ao-«»o-oaoooo« 


LIVRE  CENT  TRENTE-UNIÈME. 

Suite  de  la  Description  de  l'Asie. — Description  de  l'Afghanistan 
occidental,  comprenant  le  royaume  de  Kaboul,  le  Sedjistan  et 
le  Khorassan  afghan. 


La  contrée  que  nous  allons  parcourir  est,  depuis  le  com- 
mencement du  XIX®  siècle,  tellement  livrée  aui^  horreurs 
de  la  guerre  civile  et  aux  désordres  de  lanarchie,  qu'il  est 
difficile  de  fixer  d'une  manière  précise  1  étendue,  le» limites 
et  la  population  des  États  qu'elle  comprend.  Considérée 

s 

sous  le  point  de  vue  physique ,  la  partie  de  TA^hanistan , 
qui  n'appartient  pas  à  llnde ,  est  circonscrite  au  sud  par  les 
ramifications  des  monts  Bagous,  Braliouiks  ou  Ghizneh;  à 
l'est  par  la  chaîne  de  Rouh-Soleyman ,  qui  forme  le  côté 
occidental  du  bassin  de  l'Indus;  au  nord  par  le  prolongement 
occidental  de  celle  de  l'Hindou-Kouh  ou  Hindou-Koh,  le 
Paropamisus  des  anciens;  et  à  l'ouest  par  une  partie  d'une 
autre  chaîne  qui  forme  la  limite  du  désert  de  Kerman. 

«  Aucune  nation  de  l'Asie  occidentale  n'a  joué  un  rôle  aussi 
bruyant  et  aussi  important  que  les  Afghans,  que  certains 
auteurs  appellent  ^^A^rt/w.  On  ignore  l'origine  de  ce  peuple, 
connu  dans  l'Inde  sous  le  nom  de  Patanes  ou  Pntaji; 
sont-ils  une  colonie  des  Albaniens,  comme  on  a  voulu  le 
conclure  de  la  prétendue  identité  des  noms  de  Aghvan  et 
Alvhan?  Cette  identité  ne  nous  semble  pas  suffisamment 
prouvée.  Sont-ils  des  descendans  des  dix  tribus  d'Israël 
exilées  dans  le  pays  à'Arzareth  ou  Hazareh,  comme  quel- 
ques uns  parmi  eux-mêmes  ont  paru  le  croire  (i)  ^  Le  nom 

(0  Suivant  M.  Burnes ,  les  Afghans  se  nomment  eux-mêmes  Beni- 
Israèl  ou  enfans  d'Israël.  Ils  prétendent  que  Nabuchodonosor ,  après  le 
sac  de  Jérusalem,  les  transporta  dans  la  ville  de  Ghore,  et  qu'on  les 
appela  afghans ,  du  nom  de  leur  c\iQ{  Jfghana;  qu'ils  suivirent  la  loi  de 


452  LIVRE    CENT    TRENTE-UNIEME. 

d Hazareh  j  donné  à  un  canton  de  l'Afghanistan,  signifie  en 
kourde  et  en  chaldéen,  langue  rapprochée  de  Fafghan,  des 
tribus  en  général;  c'est  donc  un  terme  vague.  Nous  devons 
avouer  qu'en  réfléchissant  sur  le  grand  nombre  de  tribus 
afghanes,  nous  avons  peine  à  croire  qu'elles  ne  soient  pas 
indigènes  des  contrées  qu'elles  habitent,  et  où  Alexandre 
déjà  trouva  des  peuplades  nombreuses  et  guerrières,  peu- 
plades qui  n'ont  pu  disparaître  (0.  On  sait  d'ailleurs  que 
depuis  un  temps  immémorial  ils  habitent  les  revers  de 
l'Hindou-Kouh  et  du  Kouh-Soleyman. 

«  Quoi  qu'il  en  soit,  les  Afghans,  avec  leurs  tribus  se- 
condaires, occupent  toute  la  lisière  orientale  de  la  Perse. 
Les  Rohillas ,  qui  ont  formé  un  petit  Etat  dans  l'Hindou- 
stan,  sont  sortis  de  ce  pays.  Les  Béloutchis^  qui  parcourent 
leurs  propres  provinces  et  une  partie  de  l'Hindoustan,  pas- 
sent généralement  pour  Afghans.  Le  canton  ou  sircar  de 
Candahar  parait  le  centre  des  tribus  afghanes  fixes.  Cette 
nation,  qui  compte  peut-être  8  à  io,poo,opo  d'individus, 
règne  aujourd'hui  sur  les  provinces  indiennes  de  Cache- 
mire ,  de  Kaboul  et  de  Moultan ,  et  sur  les  provinces  au- 
trefois persanes  de  Mékran,  en  partie,  de  Sedjistan,  de 
Candahar  et  du  Khorassan  oriental. 

^  Robustes,  braves,  mais  sanguinaires  et  indisciplinés, 
les  Afghans  montrent  déjà  par  leurs  manières  une  arro- 

Moïse  jusqu'au  IX"  siècle  qu^ils  furent  subjugués  par  Mahmoud  de  Gliiz- 
neh.  Au  surplus ,  ils  ont  tout-à-fait  Vaspcct  des  Juifs,  et  nfême  ils  en  ont 
plusieurs  coutumes  :  chez  eux  les  jeunes  frères  épousent  la  veuve  de  leur 
aine ,  suivant  la  loi  de  Moïse.  Ce  qui  porterait  à  croire  que  l'origine  que 
s'attribuent  les  Afghans  est  basée  sur  un  fond  de  vérité,  c'est  qu'ils  ont 
contre  les  Juifs  une  foule  de  préjugés  fortement  enracinés  :  ce  n'est  donc 
pas  par  amitié  pour  les  Israélites  qu*ils  prétendeiit  appartenir  à  la  mémo 
souche.  J.  H. 

(0  Tychsen ,  de  Afghanorum  origine  et  historiâ ,  dans  le  journal  : 
Gœttinger  gelehrte  anzeigen ,  i8o4 ,  p.  ^49  sqq.  W,  Jones  et  Fcui  Sittart , 
dans  les  Recherches  asiatiques.  Laiiglès ,  dans  les  notes  sur  le  Voyage 
de  Forstet\  Bommel,  Caucasus,  in  Excurs.,  etc. 


ASIE  :  Afghanistan  occidental,  4^3 

gance  barbare,  et  du  mépris  pour  toutes  les  occupations 
de  la  "vie  civilisée. 

«  Les  Afghans  reçurent  des  Tatares ,  leurs  conquérans , 
la  religion  musulmane.  Ils  suivent  comme  eux  la  secte  des 
sunnites;  mais  on  les  regarde  aujourd'hui  commft  les 
musulmans  les  plus  relâchés.  Un  haut  bonnet  de  forme 
conique,  une  veste  de  laine,  un  haut-de-chausse  étroit 
composent  lagreste  costume  des  Afghans  ;  il  ne  ressemble 
ni  à  celui  des  Hindous,  ni  à  celui  des  Persans. 

«  Les  Afghans  ne  vivent  absolument  que  de  pain,  de  lait 
caillé  et  d  eau ,  sous  un  climat  où  Ion  passe  en  un  seul  jour 
du  grand  froid  au  plus  grand  chaud.  Leurs  femmes  se 
tiennent  cachées.  Cependant  les  hommes  ne  sont  pas  très- 
rigides  sur  ce  point,  et  ne  se  livrent  pas  aux  plaisirs  du 
harem  avec  autant  d'ardeur  que  les  Indiens,  les  Persans  et 
les  Turcs  (i).  » 

Ajoutons  que  les  Afghans  sont  en  général  maigres  et 
musculeux;  qu'ils  ont  les  cheveux  et  la  barbe  noirs,  et 
quelquefois  bruns;  que  leurs  femmes  sont  ordinairement 
grandes  et  bien  faites;  que,  malgré  leur  caractère  fier  et 
vindicatif,  que  malgré  leur  avarice  et  leur  avidité,  ils  sont 
braves ,  francs ,  hospitaliers  et  pleins  d'ardeur  pour  le  tra- 
vail. Ils  se  divisent,  comme  les  autres  peuples  de  l'Asie 
occidentale,  en  nomades  et  sédentaires.  Les  uns  ont  em- 
brassé différentes  sectes  de  l'islamisme  :  ils  sont  sofis^  zckys^ 
rouchanys^  etc. ,  cependant  en  général  ils  sont  peu  religieux, 
mais  plutôt  fort  superstitieux.  La  polygamie  leur  est  per- 
mise, mais  elle  n'est  en  usage  que  chez  les  riches.  Les  autres 
achètent  une  femme ,  et  ils  peuvent  la  répudier  sans  alléguer 
aucun  motif,  tandis  que  la  femme  ne  peut  quitter  son 
mari  sans  exposer  ses  raisons  au  cadi. 


(0  /^o/'s£ cr  :  tom.   II.  Passim  Hamilton  :  Hislotûcat  aecount  of  thc 
Afghans. 


454  LIVBE    CENT    TRENTE-tJNlÈRIE. 

Les  Afghans  occidentaux  prennent  un  grand  plaisir  à 
une  danse  nationale  qu'ils  nomment  attem ,  et  qui  s'exécute 
au  son  des  instrumens  accompagnés  de  chants,  de  cris  et 
de  battemens  de  mains  ;  dix  à  Tingt  danseurs  se  mettent  en 
cercle,  prennent  toutes  sortes  d attitudes,  et  exécutent 
des  figures  très-variées.  Us  aiment  beaucoup  les  courses  de 
chevaux,  et  lexercice  de  la  chasse,  à  laquelle  ils  emploient 
souvent  Thyène.  La  manière  dont  ils  prennent  cet  animal 
est  assez  singulière  et  hardie  pour  être  rapportée.  Ils  se  mu- 
nissent d'une  corde  à  deux  nœuds  coulans  qu'ils  tiennent 
de  la  main  droite,  tandis  que  de  l'autre  ils  portent  un  petit 
manteau  die  feutre  ou  de  drap.  Ainsi  équipés ,  ils  s'avancent 
hardiment  vers  la  tanière  de  l'hyène  :  celle-ci ,  à  l'approche 
du  chasseur,  se  caché  au  fond  de  sa  retraite  ;  malgré  l'ob- 
scurité du  lieu ,  l'Afghan  reconnaît  ioujoiirs  l'endroit  où  elle 
s'est  retirée  à  la  scintillation  de  ses  yeux.  Il  se  dirige  vers 
elle  en  marchant  sur  les  genoux ,  et ,  lorsqu'il  en  est  tout 
près,  il  jette  adroitement  sur  la  tête  de  l'animal  le  feutre 
ou  le  drap  qu'il  tient  de  la  main  gauphe;  l'hyène,  embar- 
l'assée  dans  les  plis  de  l'étoffe ,  s'accroupit ,  mord  le  tissu , 
mais  ne  cherche  point  à  mordre  le  chasseur.  C'est  alors  que 
celui-ci  passe  sans  crainte  les  jambes  de  devant  de  l'animal 
dans  les  nœuds  coulans  de  sa  corde,  et  qu'il  les  lie  en  même 
temps  avec  le  cou,  après  quoi  il  emporte  l'hyène,  que  l'on 
s'amuse  ensuite  à  lancer  dans  les  plaines  pour  les  plaisirs 
de  la  chasse,  mais  en  ayant  soin  de  lui  mettre  un  bâillon 
pour  l'empêcher  de  mordre  les  chiens.  Jamais  les  Afghane 
ne  tuent  les  oiseaux  au  vol  5  ils  ne  les  tirent  que  lowqui^ 
ceux-ci  sont  en  repos  à  terre  ou  sur  les  arbres.  Ils  forcent 
la  perdrix  à  la  course  :  ainsi  deux  ou  trois  cavaliers  fôlit 
lever  une  perdrix  et  la  poursuivent  au  galop  jusqu'à  Ce 
qu'elle  s'arrête  après  une  courte  volée;  alors  un  des  chas- 
seurs la  poursuit  seul ,  et  les  autres  lui  succèdent  jusqu'à 
oe  que  la  perdrix  épuisée  tombe  de  fatigue. 


é 

ASIE  :  Afghanistan  occidental.  455 

La  langue  dés  Afghans  se  novaixii^  pouVKto  oixpouchtoû; 
elle  se  divise  en  trois  principaux  dialectes  :  le  doumhni,  le 
berdourahni  et  \epatahni,  en  usage  chez  les  nombreuses  tri- 
bus afghanes.  Cies  dialectes  diffèrent  non  seulement  par  la 
prononciation ,  mais  par  les  mots  mêmes.  Le  pouchtou , 
malgré  sa  dureté,  a  beaucoup  d^analogie  avec  le  persan  (ï). 
Il  n  est  pas  sans  éilergiè ,  et  ne  déplaît  pas  aux  oreilles  fa- 
miliarisées avec  les  idiomes  orientaux.  On  ignore  quelle  est 
son  origine.  M.  William  Jones,  qui  a  vu  un  dictionnaire  de 
cette  langue,  lui  trouve  une  grande  ressemblance  avec  le 
ohaldéen.  Selon  M.  Elphinstone ,  tandis  qu'une  grande  par- 
tie des  mots  qui  la  composent .  dérivent  de  racines  incon- 
nues, pliisieUrs,  tels  que  les  noms  de  nombre  et  ceux  de 
père,  mère,  frère  et  sœur,  viennent  du  sanskrit;  d'autres, 
tels  que  les  termes  qui  se  Rapportent  à  la  religion ,  au  gou- 
vernement et  aux  sciences,  viennent  presque  tous  de  l'a- 
rabe et  du  persan.  Enfin  on  y  reconnaît,  dit-il,  des  mots 
hindoustàni,  arméniens,  géorgiens,  hébraïques  et  chai- 
daïques  (2),  Le  même  voyageur  assure  que  la  littérature 
afghane  est  peu  ancienne  et  paiivrei,  puisqu'il  n'y  a  pas  de 
livre  écrit  en  pouchtou  qui  remonté  à  plus  de  trois  siècles , 
et  que  ses  principaux  ouvrages ,  entré  autres  ceux  de  leurs 
meilleurs  poètes,  Khouchal  et  Rehman,  sont  traduits  du 
persan.  Cette  dernière  langue  est  tnême,  avec  l'arabe,  celle 
qu  etiiploient  communément  les  savàns  afghans  les  plus 
distingués.  Le  pouchtou  s'écrit  avec  un  caractère  particu- 
lier qui  n'est  que  le  neskhy  des  Persans,  auquel  plusieurs 
nouvelles  lettres  ont  été  ajoutées  poiir  représenter  diffé- 
rens  sons  particuliers  (3).  C'est  dans  la  caste  dès  savans  que 
Ton  prend  les  administrateurs  et  les  chefs  du  culte  :  aussi 
les  études  sont-elles  principalement  dirigées  vers  la  jurîs- 

(0  Jd.  Balbi  :  Atlas  ethnographique  du  globe.  —  (*)  Mountstuarl- 
Elphinstone  ;  An  account  of  the  Ringdom  of  Caubul. 
(*)  Idem  j  p.  iQi. 


456  LIVR£    CENT    TRENTE-UWliîME. 

prudence  et  la  théologie.  Les  princes  encouragent  et  dis- 
tinguent les  savans,  et  dans  toutes  les  Tilles  il  y  a  des 
écoles  assez  semblables  aux  gymnases  établis  eïi  Europe. 

Les  Afghans  ont  été  la  nation  dominante  dans  l'Inde 
depuis  le  commencement  du  XIP  siècle  jusqu'au  quart  du 
XVI®,  En    1584}  ils  possédaient  encore  le  royaume   du 
Bengale.  En  1722,  ils  conquirent  toute  la  Perse.  Ils  sont 
partagés  en  trois  branches  principales,  subdiyis^s  en  un 
grand  nombre  de  tribus  fixées  en  général  dans  la  partie 
occidentale.  Les  Berdomuhnis  ^  tribus  agricoles  qui  habitent 
les  vallées   et  les  collines  de  THindou-Koh,  se  divisent 
en  un  grand  nombre  de  petites  sociétés.  Comme  ils  ne 
peuvent  pas  étendre  leur  culture  en  proportion  de  laccroîs- 
sement  de  leur  population,  ils  sont  souvent  en  querelle,  et^e 
livrent  même  des  combats  sangians.  Les  Youssoufzdis  on  fils 
de  Youssoufy  tribu  voisine  en  proie  à  la  guerre  civile  et  aux 
déchiremens  intérieurs  par  suite  de  leur  organisation  dé- 
mocratique, qui  place  le  principal  pouvoir  dans  des  assem- 
blées populaires,  habitent  près  des  Berdourahnis.  Le  pays 
qu'ils  occupent  leur  appartient  depuis  3oo  ans.  lis  unissent 
la  férocité  et  la  ruse  des  sauvages  à  la  modération  des 
peuples  civilisés.  Agriculteurs  et  guerriers  à  la  fois,  ils 
forment  au  moins  une  trentaine  de  petites  républiques. 
Chaque  horde  procède  périodiquement  à  un  partage  jde 
terres  pour  un  certain  nombre  d'années ,  de  sorte  que  toutes 
jouissent  alternativement  de  la  possession' de  leur  fertile 
sol.  Les  Kattaksy  les  Otmankhïals  et,  les  TurcolaniSy  qui  ha- 
bitent les  mêmes  contrées  que  les  précédentes,  sont  con- 
stamment  en    querelle    entre    eux.   C'est  au   milieu   des 
Youssoufzaïs  que  l'on  trouve  une  nation  esclave,  probable- 
ment conquise  par  les  Afghans  à  une  époque  reculée,  et 
qui  cultive  la  terre  au  profit  de  leurs  maîtres,  qui  lui  donnent 
la  dénomination  de  Fakirs.  Chacun  de  ces  Fakirs  reconnaît 
un  seigneur  à  qui  il  paie  une  redevance ,  et  à  qui  il  doit 


ASIE  :  Afghanistan  occidental.  4^7 

un  certain  nombre  de  corvées.  Le  maître  peut  battre  et 
même  tuer  son  Fakir  sans  être  recherché  par  la  justice; 
mais  il  faut  dire  que  le  maître  se  trouverait  presque  désho- 
noré s'il  se  portait  à  une  extrême  sévérité  envers  le  Fakir, 
et  que  même  il  lui  doit  protection  dans  toutes  les  circon- 
stances où  elle  est  nécessaire.  Les  principales  tribus  des 
montagnes  de  Kouh-Soleyman  sont  les  Chiranis  et  les 
Visiris^  qui  vivent  de  brigandage  et  mettent  à  contribution 
les  caravanes  qui  t|:averseut  leur  territoire. 

A  Touest  des  précédentes  nous  trouvons  les  Dourahnis^ 
nommés  jadis  Abdally;  ils  doivent  leur  nom  à  Ahmed- 
Chah ,  qui  était  issu  de  cette  trilju  et  qui  prit  le  titre  de  chahi 
douri  douran^  ou  roi  du  monde  des  mondes.  Au  nord  de 
ceux-ci  se  trouvent  les  Ghildjis  ou  Ghlldeksy  célèbres  pour 
avoir  conquis  la  Perse  dans  le  siècle  dernier.  Les  Hazarehs 
sont  connus  comme  étant  passionnés  pour  le  chant,  la 
poésie  et  la  chasse;  leur  caractère  est  cependant  grave  et 
sérieux;  plusieurs  de  leurs  villages  sont  creusés  dans  les 
montagnes.  Les  voyageurs  ont  remarqué  que  les  tribus 
occidentales  sont  en  général  plus  civilisées  que  celles  de 
lest;  ce  qui  tient  sans  doute  à  leurs  rapports  fréquens  avec 
les  Persans;  les  tribus  orientales,  au  contraire,  à  leur 
voisinage  des  Hindous. 

L'Afghanistan  occidental  a  été  nommé  par  les  Anglais 
Kaboulistany  parce  que  la  ville  de  Kaboul  en  a  été  la 
capitale  jusque  dans  ces  derniers  temps  :  c'est  le  royaume 
de  Candahar  des  anciens  géographes.  Les  montagnes  de 
cette  contrée  appartiennent  au  système  que  nous  avons 
proposé  d'appeler  himalayen.  Plusieurs  de  leurs  cimes 
sont  couvertes  de  neiges  éternelles;  l'une  d'elles,  appar- 
tenant à  l'Hindou-Koh,  a  plus  de  20,000  pieds  de  hau- 
teur. Au  sud  de  cette  chaîne,  au  sommet  du  Spinnghoury 
dont  le  nom  signifie  Mont-Blanc  en  afghan ,  commence  le 
Kouh-Soleyman.  Les  flancs  de  toutes  ces  montagnes  sont 


458  LIVRE   CENT    TRENTE-UNIÈME. 

garnis  de  forêts.  Leurs  entrailles  sont  (ïune  faible  richesse 
en  métaux,  si  ce  nest  en  fer;  elles  donnent  naissance  à 
un  grand  nombre  de  sources  minérales.  Des  roches  en- 
tières de  lapis-lazuli  dominent  le  cours  du  Kachgar.  On 
trouve  des  Eions  argentifères  dans  le  nord ,  et  de  lor  dans  le 
lit  de  quelques  rivières.  Celles-ci  sont  le  Kaboul  qui  sort  des 
monts  Brahouiks  et  va  se  jeter  dans  le  Sind  après  un  cours 
de  75  lieues,  souvent  interrompu  par  des  cataractes;  le 
Kachgar  ou  Kameh  qui,  plus  large  et  plus  profond,  s'y 
réunit  sur  sa  rive  gauche  après  avoir  parcouru  un  espace  de 
plus  de  100  lieues;  enfin  YHelmendy  YEty'mander  des  an- 
ciens, rivière  de  aSo  lieues  de  Ipngueur,  qui  va  se  jeter  dans 
le  lac  Zerreh  ou  Zéreh,  Ce  lac,  appelé  aussi  Khachek  ou  . 
Loukhy  est  très-peu  connu;  les  anciens  l'appelaient  Aria 
Palus.  Il  paraît  avoir  35  lieues  de  longueur  sur  10  de  lar- 
geur. Suivant  Ibn  Haukal ,  il  est  long  de  3o  farsangs  et  large 
d'une  journée  de  marche.  L'eau  en  est  fraîche  et  poisson- 
neuse. Le  voyageur  anglais  Mounstuart-Elphinstone  assure 
que  ses  eaux  sont  crues  et  à  peine  potables;  elles  inondent 
chaque  année  le  pays  environnant.  Nous  ne  parlerons  pas 
de  plusieurs  cours  d  eau  quelquefois  assez  considérables  qui 
ressemblent  à  de  grands  torrens,  guéables  pendant  la  plus 
grande  partie  de  Tannée. 

Le  climat  de  l'Afghanistan  occidental  varie  suivant  les 
expositions  des  différens  pays  qu'il  comprend ,  tant  à  cause 
de  l'étendue  qu'il  occupe  que  des  hautes  montagnes  qui 
le  traversent.  Les  extrêmes  de  chaleur  et  de  froid  s  y  font 
sentir;  les  pluies  y  sont  rares.  Les  vents  les  plus  habituels 
sont  celui  de  l'ouest  qui  est  froid  et  celui  de  l'est  qui  est 
chaud.  Au  sud  et  au  sud-ouest  régnent  des  vents  pério- 
diques qui  correspondent  aux  moussons  de  l'océan  Indien  ; 
ils  tliminuent  vers  le  bassin  de  l'Helmend,  et  reprennent 
toute  leur  force  dans  la  partie  du  nord-est.  Le  pestilentiel 
sémoun  se  fait  quelquefois  sentir,  même  dans  le  nord ,  mai» 


ASIE  :  Afghanistan  occidental,  4^^9 

il  ne  dure  que  quelques  minutes  et  exerce  principalement 
ses  ravages  sur  les  contrées  désertes.  Les  pluies  pério- 
diques sont  loin  d  être  aussi  abondantes  que  dans  Tlnde , 
et  les  brouillards  sont  rares.  L'air  est  en  général  plutôt 
sec  qu'humide;  aussi  les  pluies  qui  accompagnent  l'hiver 
sont-elles  d'une  grande  importance  pour  la  végétation. 
Les  maladies  les  plus  communes  sont  l'ophthalmie,  les 
fièvres ,  daais  l'automne  et  au  printemps  :  les  rhumes  sont 
dangereux,  et  la  petite- vérole  fait  de  grands  ravages,  mal- 
gré Tintroduction  de  l'inoculation  et  même  de  la  vaccine* 

Presque  partout  on  fait  deux  récoltes  par  an  ;  ainsi  le  riz 
et  le  maïs ,  que  l'on  sème  à  la  fin  du  printemps ,  se  recueillent 
en  automne  ;  le  froment  et  les  autres  graines ,  qile  Ton  sème 
à  la  fin  de  l'automne,  se  nécoltent  en  été.  Le  blé  est  la 
principale  nourriture  de  l'homn^e ,  et  l'orge  celle  des  che- 
vaux; on  cultive  le  riz  dans  la  plupart  des  vallées.  Le  tabac, 
le  lin  et  la  garance  réussissent  presque  partout  ;  la  canne  à 
sucre,  le  gingembre  et  le  coton,  dans  lès  parties  méridio- 
nales. Le  cèdre ,  le  cyprès ,  le  chêne ,  le  sapin  et  d'autres 
arbres  de  l'Europe,  sont  les  plus  communs  dans  les  mon- 
tagnes; dans  les  plaines  croissent  le  peuplier,  le  platane,  le 
mûrier,  la  plupart  de  nos  arbres  fruitiers,  ainsi  que  les 
orangers,  les  figuiers,  les  amandiers  et  les  grenadiers. 

Les  animaux  sauvages  les  plus  communs  sont  l'hyène, 
le  loup,  le  chacal,  l'ours,  le  léopard  et  plusieurs  espèces 
de  renards.  Il  y  a  aussi  des  chèvreé,  des  sangliers,  des 
cerfs ,  des  antilopes ,  des  singes  et  des  porcs-épics.  Les 
dromadaires,  les  buffles,  les  mules,  sont  très-répandus; 
vers  le  nord  on  élève  une  race  de  chevaux  aussi  estimée 
que  la  race  arabe.  Les  moutons  sont  la  richesse  des  tribus 
de  pasteurs. 

Tout  ce  que  nous  venons  de  dire  sur  l'Afghanistan  occi- 
dental convient  à  la  partie  que  l'on  peut  considérer  comme 
formant  le  royaume  de  Kaboul  aussi  bien  qu'à  (ylle  (jui 


46o  LIVRB    CENT    TREWTE-UNlÈMJî. 

constitue  le  Sedjislan.  Commençons  notre  description  topo- 
graphique par  le  premier  de  ces  États. 

Le  Kahoulistan^  ou  le  royaume  de  Kaboul,  que  Ton  écrit 
aussi  Caboul,  se  divise  en  sept  provinces,  dont  six  portent 
les  noms  de  leurs  capitales  :  Kaboul,  Djelal-abad,  Ghaz- 
nah,  Sivi,  Kandahar,  Farrah,  et  la  septième  appelée  le 
Loghman ,  qui  a  Dir  pour  chef-lieu. 

Le  gouvernement  est  féodal;  le  pouvoir  du  prince  est  li- 
mité ,  et  la  liberté  du  peuple  est  garantie  par  la  puissance 
aristocratique  des  grands  et  par  l'organisation  des  tribus.  Le 
trône  est  héréditaire,  mais  aucun  usage  fixe  ne  règle  les 
droits  de  primogéniture.  Lorsque  le  roi  meurt,  les  gi*ands 
déterminent  lequel  de  ses  fils  doit  hériter  de  la  couronne  ;  les 
autres  membres  de  la  famille  royale,  à  lexception  de  ceux 
que  le  prince  favorise,,  sont  enfermés  dans  la  citadelle  de 
Kaboul  où  ils  sont  bien  traités,  mais  gardés  rigoureusement. 
Le  roi  a  le  titre  de  chah  ou  de  padichah;  \\  possède  le 
pouvoir  législatif  et  exécutif,  le  droit  de  battre  monnaie, 
celui  de  faire  la  paix  et  la  guerre  et  de  conclure  des  traités  ; 
mais  il  ne  peut  céder  aucune  partie  du  territoire  afghan. 
Les  princes  de  la  famille  royale  auxquels  il  accorde  la  liberté 
sont  nommés  gouverneurs  de  provinces  ou  chefs  des  armées. 
Les  différens  chefs  se  confinent  dans  leurs  villages  fortifiés, 
d'où  ils  exercent  sur  leurs  vassaux  une  autorité  non  contestée 
et  néanmoins  modérée.  Ils  témoignent  peu  d'égards  au  padi- 
chah ,  si  ce  n'est  dans  le  cas  où  la  chose  publique  est  me- 
nacée; car  alors  tous  s'empressent  de  lui  obéir.  Dans  les 
villes,  les  magistrats  qui  rendent  la  justice  sont  les  cadis, 
les  mouftis,  etc.;  dans  les  campagnes,  les  principaux  pro- 
priétaires fonciers  sont  responsables  de  la  police.  Au  sur- 
plus, celle-ci  est  généralement  très-mal  faite.  Le  prince 
traite  ses  sujets  avec  modération  et  douceur.  Ses  édits  sont 
rarement  accompagnés  d'exécutions  sanglantes,  et  il  ne 
se  montre  l'ennemi  d'aucune  secte  i^eligieuse.^Sous  Ahmed- 


Â.SIE  :  KabouUstan.  [\&\ 

Chah,  qui  fonda  le  royaume  de  Kaboul  en  1747  en  l'en- 
levant à  la  Perse  après  l'assassinat  de  Nadir-Chah',  les 
revenus  de  TÉtat  étaient  évalués  à  environ  75  millions  de 
livres  tournois;  mais  sous  son  fils  Tymour-Chah,  qui 
commença  à  régner  en  1773,  ils  n'étaient  que  d'environ  aS 
millions  :  il  est  vrai  que  ce  prince  perdit  quelques  unes 
des  conquêtes  que  son  père  avait  faites  dans  l'Inde.  Au- 
jourd'hui c'est  peut-être  le  porter  trop  haut  que  de  l'éva- 
luer à  36  millions,  bien  qu'il  soit  estimé  par  les  uns  à  27 
et  par  d'autres  à  45  millions.  D'ailleurs,  non  seulement  ce 
revenu  ne  peut  pas  être  exactement  connu  des  Européens, 
mais  encore  il  paraît  être  très- variable. 

Il  n'est  pas  plus  facile  d'évaluer  au  juste  la  force  militaire 
de  cette  monarchie ,  bien  que  sa  population  soit  estimée  à 
4,000,000  d'individus.  On  porte  l'armée  à  100,000  hommes; 
mais  il  est  certain  que ,  dans  un  besoin  urgent ,  elle  pourrait 
s'élever  à  i5o,ooo  hommes.  La  cavalerie  constitue  la  prin- 
cipale force  des  Afghans.  On  se  procure  à  bas  prix  dans  le 
Kaboul  d'excellens  chevaux  du  pays  même  ou  des  districts 
de  la  Tatarie  et  de  la  Perse  situés  dans  les  environs.  Un 
corps  d'infanterie ,  armé  de  mousquets ,  fait  aussi  partie  de 
l'armée  afghane;  mais  il  a  peu  de  supériorité  sur  la  solda- 
tesque indisciplinée  de  l'Inde.  Ahmed-Chah  avait  sur  pied 
100,000  hommes  de  cavalerie,  et  Tymour-Chah  n'en  en- 
tretenait que  3o,ooo.  L'artillerie  des  Afghans  ne  vaut  pas 
mieux  en  général  que  leur  infanterie. 

La  proi^ince  de  Kaboul  paraît  avoir  environ  45  lieues 
de  longueur  dif  nord  au  sud,  et  20  de  l'est  à  l'ouest  dans 
sa  moyenne  largeur.  Kaboul j  sa  principale  ville  et  la  rési- 
dence du  padichah,  est  d'une  médiocre  étendue.  Elle  est 
bâtie  sur  les  bords  de  la  rivière  dont  elle  porte  le  nom ,  et 
environnée  d'un  mur  en  briques.  Sur  le  sommet  d'une 
colline  s'élève  le  Balla-hissar y  espèce  de  citadelle  dans 
laquelle  se  trouve  le  vaste  palais  du  souverain  ;  il  est  flari- 


462  LIVRE    CENT    TREDfTE-DWlÈME. 

que  de  trois  tours  dont  les  flèches  sont  dorées,  et  renferme 
une  belle  salle  soutenue  par  des  colonnes.  Une  autre  cita- 
delle sert  de  prison  d'Etat  :  c'est  là  que  Ton  renferme , 
ainsi  que  nous  lavons  dit,  les  principaux  membres  de  la 
famille  régnante.  Au  centre  de  la  ville  on  remarque  quatre 
beaux  bazars  à  deux  étages  et  toujours  bien  approvision- 
nés. La  plupart  des  maisons  sont  en  bois ,  d'autres  en  terre,  et 
un  très-petit  nombre  en  pierres.  Avant  les  derniers  troubles 
civils,  Kaboul  renfermait,  dit-on,  80,000  habitans.  Suî» 
vaut  un  voyageur  anglais  (i),  elle  n'en  a  pas  plus  de  3o,ooo. 
Plusieurs  poètes  persans  et  indiens  ont  chanté  le  bel  aspect 
de  cette  ville.  Hors  de  son  enceinte ,  on  remarque  sur  une 
colline  le  tombeau  de  l'empereur  Baber.  Les  autres  villes 
de  la  province,  telles  que  Logar  et  Safaïd-Kouh^  n'offrent 
rien  de  remarquable. 

m 

h^proi^ince  de  Djelal-abad  s'étend  entre  celle  de  Kaboul, 
les  monts  Soleyman  et  Keiber.  Djelal-abad y  sa  capitale, 
est  une  petite  ville  où  réside  le  liakim;  elle  a  un  marché, 
et  son  commerce  est  assez  important.  Dans  ses  environs, 
on  cultive  la  canne  à  sucre. 

Dans  celle  de  Ghaznah  ou  Ghaznih^  appelée  aussi  Ghiz- 
nihy  pays  montagneux  et  froid,  habité  principalement 
par  les  Ghildjis,  la  ville  de  Ghizm'h  ou  Ghizneky  n'est  plus 
<;e  qu'elle  était  lorsque  les  sultans  Ghaznevides  y  rési- 
daient. Bâtie  sur  une  petite  montagne,  sa  vaste  enceinte, 
formée  d'une  muraille  en  pierres,  renferme  à  peine  i5oo 
maisons.  Les  beaux  édifices  construits  par  le  célèbre  Mah- 
moud Ghazneh,  le  premier  prince  de  cette  dynastie  qui  prit 
le  titre  de  sultan ,  ont  disparu  :  il  ne  reste  plus ,  de  deux 
siècles  de  splendeur,  que  de  vastes  ruines,  deux  minarets  de 
100  pieds  de  hauteur  et  trois  bazai's.  Mais,  hors  de  son  en- 
ceinte ,  on  voit  encore  le  superbe  tombeau  du  sultan  Mah- 

(0  Mowistuart-Elphînstone  :  A  n  accoiint  of  tlic  Ringdom  of  Caubul ,  etc. 


ASIE  :  Kaboulistan.  4^3 

moud  Ghazneh ,  mort  en  io3o  ;  il  est  en  marbre  et  surmonté 
d'une  coupole.  D'autres  tombeaux,  érigés  à  la  mémoire  d'un 
grand  nombre  de  saints  personnages ,  ont  fait  donner  à 
Ghizneh  le  surnom  de  Seconde  Médine.  Bien  que  cette  ville 
soit  sous  le  33®  parallèle,  elle  est  une  des  plus  froides  de 
l'Asie  ;  ce  qui  s'explique  tout  naturellement  par  son  élévation 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  A  quelques  lieues  au  nord 
on  trouve  une  autre  ville ,  appelée  Sourmoul^  qui  donne  son 
nom  à  une  vaste  plaine  dans  laquelle  elle  est  bâtie. 

Nous  n'avons  rien  à  dire  de  la  petite  ville  de  Swi  ou  Sévi  y 
chef-lieu  de  la  province  de  ce  nom. 

Celle  de  Loghmon  ou  Loughmoriy  qui  confine  aux  pro- 
vinces de  Kaboul  et  de  Djelal-abad,  est  un  pays  important 
par  sa  population  que  l'on  évalue  à  900,000  âmes;  mais 
Dir,  sa  principale  ville ,  résidence  d'un  khan  puissant ,  est 
peu  considérable  ;  il  en  est  de  même  de  celle  de  Bandjaour 
ou  Bajour,  Dans  le  Farrah  ou  Fourrah ,  que  l'on  écrit  aussi 
Ferrah ,  nous  ne  connaissons  non  plus  aucune  cité  digne 
d'être  nommée,  si  ce  n'est  le  chef-lieu  qui  porte  le  même 
nom.  Farrah  est  une  grande  ville  murée,  située  dans  une 
vallée  fertile ,  à  moitié  chemin  de  Hérat  à  Kandahar.  Son 
bazar  est  bien  approvisionné  (i). 

hsi  prouince  de  Kandahar^  que  l'on  a  l'habitude  d'écrire 
Candahar,  est  plus  digne  de  fixer  notre  attention.  Elle  est 
bornée  au  nord  par  le  Khorassan  afghan  ou  oriental,  et 
au  sud  par  le  Sedjistan  ;  depuis  le  nord-est  jusqu'au  sud- 
est  s'étendent  plusieurs  chaînes  de  montagnes,  telles  que 
les  monts  Mokhour  et  la  chaîne  du  Khodjah-Amran ,  et 
depuis  le  nord-ouest  jusqu'à  l'ouest  ce  sont  de  vastes 
plaines  désertes  et  sablonneuses  et  des  rochers  arides.  Sa 
population,  que  l'on  évalue  à  7  ou  800,000  âmes,  est 
principalement  composée  d'Afghans  :  ce  sont  des  Dourah- 

vO  H.  Pottinger  :  Voyages  dans  le  Bdloutchistan  et  le  Sindliy. 


464  LIVRE    CENT    TRENTE-UNIÈME. 

nis ,  des  Tadjiks  et  des  Kizilbachi ,  la  plupart  de  la  secte 
sunnite.  Le  Kandahar  a  long-temps  fait  partie  de  la  Perse 
et  passé  tour  à  tour  de  ëelle-ci  aux  souverains  de  Dehiy. 

Kandahar  y  la  capitale,  est  une  longue  et  va^te  ville 
située  dans  une  plaine,  près  de  la  rive  gauche  de  TOrghen- 
dab,  rivière  de  60  lieues  de  cours , affluent  de  IHelmend. 
Cette  cité,  dont  Vorigine  est  incertaine,  mais  qui  paraît 
avoir  existé  du  temps  d'Alexandre  et  avoir  été  détruite  et 
réédifiée  plusieurs  fois,  fut,  en  dernier  lieu,  construite 
sur  un  plan  régulier,  par  Ïîadir-Chali ,  près  de  son  antique 
enceinte.  Une  muraille  lentoure  et  deux  forts  la  défen- 
dent ;  ses  rues  sont  étroites  mais  bien  alignées  ;  ses  maisons 
sont  en  briques  et  à  plusieurs  étages;  en  un  mot,  elle  passe 
pour  une  A^  plus  belles  villes  de  TAsie-  Au  centre  selève 
une  rotonde  voûtée,  nommée  Tchassou^  de  4o  à  5o  mètres 
de  diamètre,  garnie  intérieurement  de  boutiques,  et  à 
laquelle  viennent  aboutir  quatre  grands  bazars.  Cette  ro- 
tonde sert  de  place  publique  ;  c'est  là  que  l'on  fait  les  pro- 
clamations et  que  Ton  expose  les  corps  des  criminels.  Plu- 
sieurs caravansérails ,  l'ancien  palais  royal  y  la  mosquée 
voisine  de  ce  palais,  le  tombeau  d'Ahmed -Chah,  surmonté 
d'une  élégante  coupole,  et  orné  intérieurement  de  pein- 
tures et  de  dorures,  sont,  avec  le  Tchassou,  ses  principaux 
édifices.  Kandahar  est  arrosée  par  deux  canaux  dérivés  de 
rOrghendab  et  traversée  par  plusieurs  petits  ponts.  Elle  est 
partagée  en  un  grand  nombre  de  quartiers  réserves  cha- 
cun à  une  des  nations  qui  l'habitent  (i).  Sa  population 
qui,  en  1809,  s'élevait  à  100,000  âmes,  ne  paraît  pas 
avoir  beaucoup  diminué,  bien  que  cette  ville  n'ait  plus, 
depuis  1774  5  le  titre  de  capitale  du  Kaboulistan.  Des 
anciens  privilèges  attachés  à  ce  titre,  elle  n'a  conservé 
que  celui  de  battre  monnaie.  Cependant  c'est  encore  la 

(0  Mounstuart-Elphinstone  :  An  accoiint ,  olc. 


ASIE  :  Kaboulistan.  465 

principale  place  de  commerce  et  celle  où  l'industrie  est 
la  plus  active.  L  empereur  Baber ,  connu  aussi  sous  les  noms 
de  Babr  ou  Babour,  et  arrière-petit-fils  de  Tamerlan,  s'en 
empara  en  i5o7;  en  i625  elle  fut  prise  par  Chah-Abbas-le- 
Grand;  en  i638  le  gouverneur  persan,  Aly-Merdan-Klian , 
la  livra  à  l'empereur  Djehanghir;  en  1649  elle  tomba  au 
pouvoir  de  Chah-Abbas  II  ;  le  chef  afghan ,  Myr-Veïs ,  la  prît 
en  1709  et  la  garda  jusqu'en  1737,  que  Nadir-Chah  s'en 
rendit  maître  après  un  siège  de  18  mois.  Il  la  détruisit  et 
la  rebâtit  un  peu  plus  au  sud  en  lui  donnant  le  nom  de 
Nadir-Abad;  mais,  en  1747?  Ahmed-Chah- Abdalli  la  surprit 
et  en  fit  la  capitale  de  l'Afghanistan  en  lui  rendant  son 
ancien  nom.  Outre  cette  ville  on  trouve  encore  dans  le 
Kandahar  Meïmoud,  chef-lieu  de  la  tribu  des  Popoulzis, 
et  Ourghessan ,  chef-lieu  de  celle  des  Bahrikseï. 

Le  Ghennsyl ou  Ghermsir^  que  Ion  écrit  aussi  Guermsiry 
et  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  un  district  de  la  pro- 
vince de  Kerman,  en  Perse,  désigne  ici  un  canton  qui 
dépend  de  la  province  de  Kandahar,  et  qui  s'étend  sur  la 
rive  méridionale  de  l'Helmend.  Il  paraît  occuper,  suivant 
un  voyageur  (i) ,  l'ancien  lit  d'une  rivière  à  sec.  Son  nom 
signifie  pays  chaud.  Il  est  humide  et  marécageux  en  plu- 
sieurs endroits  et  couvert  d'herbes  et  de  buissons,  au  milieu 
desquels  vienpent  camper  les  Alekkosis.  Sur  les  bords  de 
FHelmend  s'élèvent  cà  et  là  quelques  villages  tadjiks ,  avec 
les  châteaux-forts  qui  les  défendent.  Sa  partie  septentrio- 
nale est  bornée  par  des  montagnes,  au  milieu  desquelles 
s'étendent  des  vallées  fertiles  en  blé,  en  orge  et  en  riz, 
tandis  que  les  flancs  de  ces  montagnes  sont  couverts  d'aman- 
diers ,  de  figuiers ,  de  grenadiers ,  de  noyers  et  de  platanes. 
Les  Alekkosis  sont  au  nombre  de  10,000  familles;  c'est  un 
ramas  de  tous  les  voleurs  sortis  des  pays  voisins.  Ils  sont 

(0  H.  Pottinger  :  Voyage  dans  le  Béloutchistan  et  le  Sindhy. 
VIII.  3o 


466  LIVRE    CENT    TRENTE-UNIÈME. 

célèbres  par  leurs  brigandages.  Il  paraît  que  ce  qui  les  a 
engagés  à  venir  s'établir  dans  ce  district ,  c'est  la  facilité 
avec  laquelle  on  y  obtient  des  récoltes  :  ce  qu'il  faut  attri- 
buer à  la  température  et  aux  débordemens  périodiques  de 
l'Helmend. 

Le  Khountchi  est  un  petit  district  contigu  au  Ghermsyl 
et  qui  présente  le  même  aspect  physique  et  politique.  On 
y  trouve  un  village  du  même  nom. 

Le  Khorabouk ,  pays  situé  à  l'ouest  des  monts  Khodjah- 
Amram,  se  compose  d'une  plaine  aride,  arrosée  par  la 
Lora  et  habitée  par  les  Barytchis  au  nombre  de  aSoo  à 
3ooo  familles ,  divisées  en  tribus  ^  en  partie  nomades  et  en 
partie  fixées  dans  des  villages.  C'est  la  plus  méridionale 
des  possessions  du  roi  de  Kaboul  :  un  de  ses  agens  y  réside 
pour  la  perception  des  revenus,  qui,  au  surplus,  sont  peu 
considérables  (i). 

Le  Sedjestan  ou  Séistan ,  que  1  on  nomme  aussi  Saghis^ 
tan  et  Sistan,  et  qui  faisait  partie  de  YArie  des  anciens, 
est  situé  au  sud  du  Kaboul  et  au  nord  du  Béloutchistan  ; 
la  Perse  le  borne  à  l'ouest.  Il  a  environ  loo  lieues  de  rorient 
à  l'occident  et  un  peu  moins  du  nord  au  midi.  C'est  un  pays 
plat  et  sablonneux,  couvert  en  quelques  endroits  de  bois 
et  de  halliers  ;  l'Helmend  le  traverse  et  va  se  terminer  sur 
la  frontière  de  la  Perse  dans  le  lac  de  Zereh.  En  cet  en- 
droit le  sol  est  tellement  humide  et  marécageux  qu'il  sort, 
des  roseaux  et  des  broussailles ,  des  myriades  de  mouches 
et  de  cousins  qui  incommodent  les  habitans  depuis  le 
mois  d'avril  jusqu'au  commencement  d'octobre.  Durant  ce 
temps,  on  est  obligé  de  préserver  de  leur  piqûre  les  che- 
vaux et  les  dromadaires  en  les  couvrant  de  toiles  de  coton 


(0  H.  Pottinger  :  Voyages  dans  le  Béloutchistan  et  le  Sindhy,  t.  II, 
p.  i3i-i33. 


ASIE  :  Sedjestan.  467 

qui  leur  descendent  jusqu'aux  pieds.  Les  sables  brûlans 
du  Béloutchistan  sont  transportés  par  les  vents  dans  le 
Séistan  où  ils  ensevelissent  quelquefois  de  vastes  champs 
et  des  villages  entiers;  quelque  vent  qu'il  fasse,  on  voit  se 
lever  dans  les  airs  des  nuages  de  poussière  ;  et  cette  con- 
trée, jadis  fertile  et  remplie  de  cités  florissantes,  ainsi  que 
l'attestent  une  foule  de  ruines ,  a  été  tellement  envahie  par 
les  sables  qu'elle  est  presque  entièrement  réduite  à  la  plus 
complète  stérilité.  Ce  n'est  que  sur  les  bords  de  l'Helmend, 
dans  une  vallée  large  d*environ  une  lieue ,  que  l'on  trouve 
de  vastes  champs  en  culture  ;  c'est  là  que  s'élèvent  quelques 
villes  et  de  nombreux  villages  :  le  reste  n'est  habité  que 
par  des  tribus  nomades  qui  cherchent  çà  et  là  de  rares 
pâturages ,  et  qui  vivent  dans  une  mésintelligence  presque 
continuelle  avec  la  population  sédentaire. 

«  Le  Séistan  est  désigné  par  Isidore  de  Gharax,  au  III^  siè- 
cle avant  notre  ère,  sous  le  nom  deSacastène,  L'orientaliste,^ 
incertain  entre  les  étymologies  que  fournissent  les  diffé- 
lens  noms  de  ce  pays ,  n'ose  décider  si  le  Seghistan  ou  le 
Sedjistan  est  un  pays  des  chiens  ou  un  pajrs  d'or,  ou  sim- 
plement un  pays  de  plaines  [^),  La  dernière  version  s'accor- 
derait avec  les  relations  du  petit  nombre  de  voyageurs  qui 
ont  visité  cette  contrée.  » 

Elle  fut  la  patrie  de  deux  héros ,  Djemchid  et  Roustem , 
et  devint  le  patrimoine  de  ce  dernier,  que  Ton  peut  regai*der 
comme  l'Hercule  persan,  qui,  suivant  les  écrivains  nationaux, 
vécut  plusieurs  siècles  et  défendit  l'Iran  contre  les  entre- 
prises des  peuples  du  Touran  ou  de  la  Tatarie.  Aujourd'hui 
ce  pays  forme  deux  principautés  :  le  Sultanat  de  Djelal-abad 
et  le  Khanat  d^Illoumdary  qui,  avant  les  derniers  troubles  j 
étaient  tributaires  du  roi  de  Kaboul,  et  dont  la  plus 
considérable,  qui  est  la  première  que  nous  venons  de  nom- 

(0  /f  a/i/ :  Asien ,  1 ,  378. 


468  LIVRE    CENT    TRENTE-UNIÈME. 

mer,  ne  peut  pas  mettre  sur  pied  plus  de  3ooo  hommes. 

DjelaUabad  ^  appelée  aussi  Donchak  ou  Zarangy  est  la 
principale  yille  de  tout  le  Séistan.  Elle  renferme  environ 
aooo  maisons  construites  en  briques  et. un  assez  beau 
bazar.  On  y  fabrique,  dit-on,  de  la  porcelaine.  Il  paraît 
qu  elle  est  bâtie  sur  les  ruines  d'une  autre  ville  impor- 
tante qui  pourrait  bien  être  lantique  Prophtasia,  la  même 
que  celle  où  se  trouvait  Alexandre  au  moment  où  se  décou- 
vrit une  conspiration  tramée  contre  lui,  et  dans  laquelle 
furent  impliqués  Parménion  et  son  fils  Philotas.  Ce  qui  au 
surplus  semble  l'indiquer,  c'est  son  nom  de  Zarang,  qui 
vient  -évidemment  de  Zarangœ  ou  Drangœ  ^  dénomina- 
tions par  lesquelles  on  désignait  les  anciens  habitans  de  la 
éontrée  qui  environne  le  lac  Zereh. 

Si  nous  n'avons  rien  de  particulier  à  dire  des  petites 
villes  de  Koulinout  et  de  Rodbar,  qui  appartiennent  au 
sultan  de  Djelal-abad^  nous  ne  chercherons  pas  à  nous 
arrêter  à  Illoumdar  qui,  bien  que  chef-lieu  d'un  khanat, 
n'est  pas  plus  digne  que  les  autres  de  fixer  notre  attention. 

Le  petit  État  que  nous  allons  parcourir  est  connu  sous  le 
nom  de  Kharassan  oriental  y  parce  qu'il  est  en  effet  situé  à 
l'est  de  la  province  persane  du  Khorassan  ;  sous  celui  de  Kho- 
rassan  afghan  ^  parce  qu'il  est  en  partie  habité  par  des  tribus 
afghanes,  et  sous  celui  de  royaume  de  Hérat^  parce  que  ce 
dernier  nom  est  celui  de  sa  capitale.  Il  formait  jadis  une  par- 
tie de  la  Bactnane.  Ses  limites  sont ,  à  l'est ,  au  sud  et  au  sud- 
ouest,  le  Kaboul ,^  à  l'ouest  et  au  nord-ouest  la  Perse,  et 
enfin  au  nord  le  pays  de  Balkh.  On  lui  donne  environ  i5o 
lieues  de  longueur  de  l'est  à  l'ouest,  70  de  largeur  du  nord 
au  sud,  et  à  peu  près  8700  lieues  carrées  de  superficie.  Au 
sud  il  appartient  au  grand  plateau  de  la  Perse  ;  il  est  tra- 
versé de  l'est  à  l'ouest  par  la  chaîne  de  montagnes  appelée 
Hindouh-Kouh  ou  Hindou-Koh,  qui  va  se  perdre  dans 


ASIE  :  Khorassan  oriental.  469 

les  hauteurs  qui  sillonnent  le  plateau  élevé  dont  nous  ve- 
nons de  parler.  Au  nord  il  forme  un  autre  plateau ,  borné 
par  les  monts  Hazara  ou  Hazareh ,  sur  une  longueur  d'en- 
viron 3o  Heues;  ceux  du  Kohy-Baba  s'étendent  dans  sa 
partie  orientale  où  ils  donnent  naissance  à  la  rivière  d'Hel- 
mend,  qui  l'arrose  au  sud-est;  tandis  que  le  Tedzen  ou 
Tedjen,  l'antique  Ochus  ^  et  le  Morg-al,  le  Margus  d^s 
anciens,  qui  appartiennent  tous  deux  au  bassin  de  la  mer 
Caspienne ,  traversent  le  nord  et  l'ouest  du  pays. 

La  hauteur  du  plateau  septentrional  d'où  descendent 
ces  rivières  paraît  être  de  4ooo  à  6000  pieds^  La  constitu- 
tion physique  des  montagnes  est  peu  connue;  cependant 
il  paraît  que  l'Hindou-Koh  est  principalement  formé  de 
gneiss ,  de  micaschistes  et  de  calcaires. 

Le  climat  que  Ton  éprouve  dans  le  Khorassan  diffère 
suivant  l'élévation  du  sol ,  mais  il  est  généralement  tem- 
péré; Thiver  n'y  est  pas  rigoureux,  et  Ion  y  jouit  au 
printemps  d'une  température  délicieuse ,  surtout  dans  les 
plaines  basses  et  dans  les  vallées.  L'agriculture,  favorisée 
par  un  sol  naturellement  fertile ,  y  est  dans  un  état  floris- 
sant :  on  y  cultive  du  blé,  de  Torge,  du  maïs,  du  riz,  du 
millet,  du  lin,  du  chanvre,  du  safran,  de  la  garance,  du 
sésame,  du  tabac,  du  coton,  des  pavots,  diverses  espèces 
de  légumes ,  et  des  fruits  délicieux ,  tels  que  du  raisin ,  des 
grenades,  des  melons,  des  amandes;  Xassafœtida  y  abonde 
ainsi  que  plusieurs  plantes  aromatiques ,  dont  on  fabrique 
différentes  essences  estimées  dans  l'Orient.  Le  mûrier  y 
réussit  parfaitement  et  nourrit  une  innombrable  quantité 
de  vers  à  soie,  dont  les  produits  alimentent  un  grand 
nombre  de  manufactures.  Outre  des  soieries,  on  fabrique 
des  étoffes  de  coton,  des  châles,  des  maroquins,  des 
armes  blanches  et  des  armes  à  feu.  Les  femmes  des  nomades 
font  de  la  toile  et  du  drap  pour  la  consommation  de  leurs 
familles.  On  y  élève  beaucoup  de  bestiaux  et  des  chevaux 


470  LIVRE    CEJVT    TRENTE-UNIEME. 

d'une  race  excellente.  Le  commerce  est  actif  :  le  pays  ex- 
porte du  blé,  du  tabac,  du  safran,  de  l'opium,  de  Yassa 
fœtiday  des  fruits  secs  et  confits,  des  bestiaux,  des  che- 
vaux ,  des  fourrures  et  des  armes. 

On  s'accorde  à  évaluer  la  population  du  Khorassan 
afghan  à  i,5oo,ooo  individus,  composés  de  Tadjiks,  qui 
mènent  une  vie  sédentaire,  et  de  peuples  nomades,  dont 
les  principaux  sont  les  Eïmaks  et  les  Hazarehs.  Ceux-ci  se 
distinguent  par  leur  extérieur  grave  et  sérieux  et  par  leur 
amour  pour  la  chasse ,  le  chant  et  la  poésie  ;  leurs  femmes 
sont  généralement  belles,  et  sont  traitées  avec  beaucoup 
d'égards  ;  leurs  villages  se  comppsent  ordinairement  de  3oo 
maisons;  souvent  leurs  habitations  sont  creusées  dans  le 
roc.  Les  Eïmaks  se  divisent  en  trois  principales  tinbus^  de 
même  que  les  Hazarehs.  Chacune  de  ces  tribus  est  gou- 
vernée par  un  chef  qui  prend  le  titre  de  khan.  A  ces 
peuples  il  faut  ajouter  des  Afghans ,  des  Béloutchis  et  des 
Ouzbeks.  A  l'exception  des  Hazarehs,  qui  sont  schiites 
zélés ,  toute  la  population  appartient  à  la  secte  sunnite. 

Le  Khorassan  afghan  était  divisé  en  trois  provinces,  et 
dépendait  du  royaume  de  Kaboul,  lorsqu'au  commence- 
ment du  XIX®  siècle  Mahmoud-Chah  détrôna  Zéman-Chah 
son  frère.  A  la  faveur  de  la  guerre  civile ,  plusieurs  parties 
de  ce  royaume  conquirent  leur  indépendance.  Mais  Mah- 
moud-Chah lui-même,  ayant  été  détrôné  par  le  gouverneur 
de  Cachemire,  se  réfugia  dans  le  Khorassan  oriental  que 
gouvernait  Kamram  son  fils,  et  y  fonda,  en  18126,  un 
Etat  indépendant  que  l'on  peut  appeler  le  royaume  de 
Hérat,  ou  du  Khorassan  oriental.  Il  est  probable  que 
l'ancienne  division  de  ce  pays  en  trois  provinces,  le  Hérat, 
le  Siahband  et  le  Bamiam,  a  été  conservée.  Nous  la  repro- 
duisons, à  l'exemple  de  plusieurs  géographes. 

IjSi province  de  Hérat,  bornée  au  nord  et  à  l'ouest  par 
la  Perse ,  au  sud  par  le  Kaboul ,  à  Test  par  le  Siahband , 


I 

ASIE  :  Khorassan  oriental,  47  ' 

et  au  nord-est  par  le  kbanat  de  Baikh,  porte  le  nom  de 
son  chef-lieu,  qui  est  en  même  temps  la  capitale  du 
royaume. 

La  ville  de  Hérat  est  bâtie  au  milieu  d  une  superbe 
vallée ,  aussi  importante  par  sa  culture  que  par  sa  popula- 
tion. Cette  vallée,  dit  le  capitaine  Christié,  est  entourée 
de  hautes  montagnes  et  se  prolonge  au  moins  à  3o  milles 
de  lest  à  l'ouest,  et  en  a  environ  i5  de  largeur;  elle  est 
arrosée  par  une  rivière  qui  paraît  porter  le  même  nom 
que  la  ville  et  être  un  affluent  du  Tedjen,  si  ce  n'est  cette 
rivière  elle-même.  Le  sol  y  est  cultivé  avec  soin  ;  de  tous 
côtés  on  ne  voit  que  villages  et  jardins.  En  arrivant  à  la 
ville  on  fait  quatre  milles  au  milieu  de  vergers  et  sur  une 
route  magnifique ,  à  l'extrémité  de  laquelle  on  traverse  la 
rivière  sur  un  ancien  pont,  long  de  1200  pieds  et  con- 
struit en  briques  :  on  l'attribue  à  une  marchande  d'huile 
qui  le  fit  construire  à  ses  frais;  il  est  aujourd'hui  en  très- 
mauvais  état.  Avant  sa  construction ,  la  communication  de 
la  capitale  avec  la  campagne  était  interceptée  tous  les  ans 
à  la  fonte  des  neiges  par  les  débordemens  de  la  rivière. 
Au-delà  du  pont ,  on  entre  dans  un  faubourg  qui  a  quatre 
milles  de  longueur  jusqu'à  la  porte  de  la  ville;  celle-ci 
couvre  une  superficie  de  quatre  milles  carrés.  Elle  est  dé- 
fendue par  une  haute  muraille  en  terre ,  flanquée  de  tours 
et  ceinte  d'un  fossé  plein  d'eau.  Au  nord  se  trouve  la 
citadelle,  située  sur  un  monticule  plus  élevé  que  les  murs 
de  la  ville  :  c'est  un  petit  château  carré,  dont  les  remparts' 
parallèles  à  ceux  de  la  ville  sont  construits  en  briques  cui- 
tes, avec  des  tours  à  chaque  angle  qui  sont  entourées  d'un 
fossé  plein  d'eau,  sur  lequel  il  y  a  un  pont-levis.  Au-delà 
du  fossé  règne  un  mur  extérieur  environné  d'im  fossé  sec. 
Hérat  a  une  porte  sur  chacun  des  côtés  de  ses  murailles , 
et  deux  sur  celui  du  nord.  Mais,  au  total,  ses  moyens  de 
défense  se  réduisent  à  peu  de  chose.  A  partir  de  chaque 


47^  LIVRE   CENT    TRENTE-UNIÈME. 

porte,  de  vastes  bazars  conduisent  au  tchoT'Souhh  ovù 
marché,  situé  au  centre  de  la  ville.  Les  rues  sont  étroites 
et  irrégulières;  les  mardis,  jours  de  marché,  elles  sont  tel- 
lement remplies  de  monde,  ainsi  que  la  grande  place, 
qu'il  est  impossible  d  y  circuler,  La  ville  est  bien  pourvue 
deau;  les  maisons  sont  en  briques;  quelques  unes  sont 
assez  belles;  mais  ledifice  de  la  plus  chétive  apparence 
est  le  palais  du  prince  :  à  lextérieur,  on  ne  voit  qu'une 
porte  ordinaire ,  au-dessus  de  laquelle  s  élève  un  bâtiment 
mesquin ,  et  en  avant  s  étend  une  place  ouverte  avec  des  gale- 
ries au  milieu  pour  les  nékarak-khénéoM  timbales.  Ses  jardins 
passent  pour  magnifiques.  Les  principales  constructions 
de  cette  ville  sont  d'abord  la  mosquée  appelée  Gaïat^ 
eddiri'Mohammed'Sam  y  puis  celle  que  l'on  appelle  Mesdjid* 
djoumâ  ou  mosquée  du  vendredi ,  qui  couvre  une  superfi- 
cie de  800  pieds  carrés,  mais  qui  tombe  en  ruines  (i).  Nous 
devons  citer  encore  le  tombeau  de  Khodj a- Abdallah  Ans* 
sari  y  et  le  medresséh  ou  collège,  nommé  Bdikara^  qui  fut 
fondé  par  le  sultan  Hussein ,  un  des  descendans  de  Ta- 
merlan ,  qui  résidait  à  Hérat  vers  la  fin  du  XV®  siècle,  et  qui 
se  rendit  célèbre  par  la  protection  éclairée  qu'il  accorda  aux 
lettres.  Hérat  est  une  des  villes  les  plus  peuplées  de  l'Afgha- 
nistan :  le  capitaine  Christié  estime  qu'avec  ses  faubourgs 
elle  renferme  environ  100,000  habitans,  dont  ia,ooo 
Afghans,  600  Hindous ^  et  le  reste  composé  de  Mongols^ 
d'Ëïmaks,  et  de  quelques  Juifs.  Les  Hindous  y  sont  très- 
considérés  :  ce  sont  les  seuls  capitalistes  de  cettç  ville  que 
Ion  peut  regarder  aussi  comme  la  plus  commerçante  de 
cette  partie  de  l'Asie;  c'est  l'entrepôt  du  commerce  entre 
le  Kaboul,  le  Kandahar,  le  Cachemire,  la  Perse,  Bag- 
dad, etc.  Ses  étoffes  de  soie  ne  sont  pas  autant  estimées 
que  celles  que  fabriquent  les  Persans  ;  cependant  elle  en 

(0  Voyage  du  capitaine  Christié ,  de  Nouchky  ù  Ispahaa. 


ASIE  :  Khorassan  oriental.  47 3 

exporte  beaucoup  :  aussi  les  jardins  qui  lentourent  sont- 
ils  remplis  de  mûriers  que  Ton  n  élève  que  pour  nourrir 
les  vers  à  soie.  Les  plaines  et  les  montagnes  d  alentour, 
surtout  à  l'ouest,  sont  couvertes  d^assafœiida  qui  s  élève 
à  la  hauteur  de  2  à  3  pieds.  Cette  plante  est  encore  une 
branche  importante  d'exportation  :  les  Béloutchis  et  les 
Hindous  l'aiment  beaucoup;  ils  la  mangent  après  avoir 
fait  cuire  la  tige  sous  les  cendres  et  avoir  assaisonné  l'om- 
belle comme  les  autres  plantes  potagères.  Les  revenus 
d'Hérat  et  de  son  territoire  sont  d'environ  1,200,000  francs; 
ils  proviennent  de  l'impôt  des  caravansérails,  des  bouti- 
ques et  des  jardins  ;  une  partie  se  perçoit  en  grains  ou  en 
bestiaux  et  le  reste  en  argent.  La  policejy  est  sévère,  dit  le 
capitaine  Ghristié ,  moins  pour  maintenir  les  bonnes  mœurs 
que  pour  tirer  les  amendes  qui  reviennent  au  gouverne- 
ment. Personne  ne  peut  se  montrer  dans  les  rues  dès  qu'il 
fait  nuit.  Hérat  est  de  toutes  les  villes  du  Khorassan  celle 
dans  laquelle  on  tend  le  plus  de  pièges  aux  étrangers  im- 
prudens  :  ainsi  des  fripons  les  attirent  chez  eux  sous  pré- 
texte  de  leur  faire  prendre  part  à  un  régal ,  et  les  accusent 
ensuite  d'avoir  enfreint  les  lois  de  l'hospitalité  en  cherchant 
à  séduire  leurs  femmes.  Le  pauvre  diable  qui  se  trouve  pris 
dans  un  piège  semblable  doit  s'estimer  heureux  d'en  être 
quitte  pour  une  amende  de  5oo  roupies  (1260  fr.);  au  sur- 
plus, ces  escrocs  ne  manquent  pas  de  proportionner  leurs 
prétentions  d'indemnité  à  la  condition  de  leurs  dupes;  la 
moitié  revient  au  dénonciateur  et  l'autre  au  ministre  et  au 
gouvernement.  Deux  vastes  jardins»  appartenant  au  prince 
servent  de  promenades  publiques.  Une  montagne  voisine, 
sur  laquelle  il  existait  jadis  un  temple  de  Parsis,  et  où  l'on 
exploite  aujourd'hui  de  bonnes  pierres  à  meules  de  mou- 
lin, fournit  à  la  ville  toute  l'eau  dont  elle  a  besoin.  A  une 
journée  de  route  de  celle-ci ,  de  beaux  herbages  nourris- 
sent une  race  de  chevaux  qui  se  vendent  de  2,5oo  à  io,ooa 


474  LIVRE   CENT    TRENTE-UNIÈME. 

francs  chacun.  Hérat  est  une  des  plus  anciennes  cités  de 
rOrient  ;  elle  portait  le  nom  &Aria  ou  èiArtacoana  et  la 
rivière  qui  larrose  celui  â^Arius.  Du  temps  d'Alexandre, 
elle  était  déjà  la  capitale  d'une  vaste  province.  Le  héros 
macédonien  apprit  que  cetait  dans  cette  ville  que  le  sa- 
trape Satibarsane,  à  qui  il  avait  déjà  pardonné,  rassem- 
blait toutes  ses  forces  pour  se  réunir  à  Bessus  ;  il  se  mit 
aussitôt  en  marche  pour  aller  ly  surprendre^  le  satrape 
s'enfuit,  mais  ses  complices  furent  punis  de  mort  ou  em- 
menés en  captivité.  Cette  ville  fut  prise  par  Djenghiz-Khan  ; 
Tamerlan  y  fixa  le  siège  de  son  empire  ;  elle  passa  ensuite 
sous  la  domination  de  la  Perse,  à  laquelle  elle  fut  enlevée, 
en  171 5,  par  les  Douranys,  nation  afghane.  Nadir-Chah 
la  reprit  en  1731;  mais  Ahmed-Chah,  prince  afghan,  s'en 
empara  en  1 749.  Depuis  ce  temps  elle  appartint  au  royaume 
de  Kaboul ,  et  n'en  fut  séparée  qu a  lepoque  récente  du 
démembrement  de  ce  royaume ,  pour  devenir ,  ainsi  que 
nous  lavons  dit ^  la  capitale  d'un  petit  État  indépendant. 

On  cite  encore  dans  la  province  d'Hérat  une  ville  appe- 
lée Gour  ou  Jaughouri  ou  Clioughehiran  ^  peut-être  la  même 
que  celle  que  d'autres  géographes  nomment  Goroudje; 
elle  fut  dans  le  XIP  siècle  la  capitale  d'un  petit  royaume; 
mais  depuis  qu'elle  a  été  saccagée  par  les  armées  de  Djenghiz- 
Khan  et  de  Tamerlan  elle  ne  s'est  point  relevée,  et  même 
elle  est  à  peine  connue  aujourd'hui.  On  trouve  dans  ses 
environs  des  eaux  thermales  et  des  mines  de  fer  et  de 
plomb.  Oubah  donne  son  nom  à  un  canton  dans  lequel  se 
trouvent  des  bains  d'eaux  minérales  et  des  carrières  d'une 
espèce  de  marbre  qui  a  servi  à  la  construction  des  monu- 
mens  publics  d'Hérat. 

La  pwuince  méridionale  de  Siahhand  ou  Chahbend  ne 
renferme  aucune  ville  importante ,  sans  en  excepter  même 
le  chef-lieu  qui  porte  le  même  nom.  Biliboud-Khan^  petit 
bourg,  Goura-Klian^  village  sur  la  route  d'Hérat  à  Kaboul, 


ASIE  :  Khorassan  orientât  47  5 

et  Kôuroum-Khan^  sont  les  résidences  de  trois  khans  des 
Eïmaks. 

Ce  peuple  annonce  par  ses  caractères  physiques  une 
origine  tatare;  un  auteur  indien,  Aboul-Fazl,  qui  fut  pre- 
mier ministre  et  historiographe  du  grand-mogol  Akbar, 
prétend  même  que  les  Eïmaks  sont  les  restes  de  l'armée 
du  quatrième  empereur  mongol ,  Mangou-Khan ,  petit-fils 
de  Djenghiz-Khan.  Ce  sont  des  hommes  grands  et  forts, 
qui  vivent  de  pain ,  de  légumes ,  de  lait  caillé ,  de  viande , 
et  pour  lesquels  la  chair  de  cheval  est  un  régal.  Ils  pos- 
sèdent d'immenses  troupeaux  de  moutons,  et  nourrissent 
des  chevaux  petits ,  mais  vifs  et  infatigables.  Leurs  villages 
sont  des  espèces  de  camps,  dont  les  chefs  reconnaissent 
l'autorité  d'un  chef  supérieur  appelé  khan  (i).  Tous  sont 
mahométans  sunnites  rigoureux. 

La  province  de  Bamiam  est  la  plus  septentrionale  des 
trois  qui  composent  le  royaume  de  Hérat;  c'est  aussi  la 
moins  productive;  la  plus  grande  partie  est  même  tout-à- 
fait  stérile  ;  c'est  enfin  celle  dont  le  climat  çst  le  plus  rigou- 
reux. Cependant  quelques  étroites  vallées  produisent  des 
grains  ;  mais  la  principale  ressource  consiste  en  nombreux 
troupeaux  de  moutons^  en  bœufs  et  en  chevaux.  Elle 
n'offre  rien  de  particulier ,  si  ce  n'est  son  chef-Ueu ,  intéres- 
sant par  les  antiquités  qui  s'élèvent  dans  son  voisinage. 
Au  milieu  des  montagnes  se  trouve  la  petite  ville  de  Ba- 
miam; celle-ci  ne  mérite  pas  de  fixer  l'attention;  mais  il 
faut  visiter  près  de  là  les  ruines  de  l'ancienne  Bamiam, 
qui  fut  prise  et  saccagée  en  1221  par  Djenghiz-Khan,  et 
abandonnée  par  ses  habitans.  Elle  consiste  en  un  nombre 
prodigieux  d'excavations  pratiquées  dans  une  montagne 
isolée.  Aboul-Fazl  en  compte  12,000  y  compris  celles  de 
ses  environs.  Mais  cette  ville  de  troglodytes ,  que  le  voya- 

0  MoiunsUutn-Eïpliinsione  :  Voyages  dans  le  Bétoutchistan ,  etc. 


476  LIVRE    CENT    TRENTE-UNIÈBIE. 

geur  Hamilton  appelle  la  Thèbes  de  TOrient,  offre  des 
antiquités  du  plus  grand  intérêt  qui  mériteraient  d'être 
visitées  par  des  archéologues  versés  dans  la  connaissance 
des  anciens  cultes  de  l'Asie  :  ce  sont ,  entre  autres ,  deux 
statues  colossales,  hautes  de  5o  coudées,  représentant  un 
homme  et  une  femme,  et  une  troisième,  de  i5  coudées 
de  hauteur,  qui  paraît  représenter  leur  fils.  Lliomme, 
coiffé  d'un  turban ,  a  lune  de  ses  mains  placée  sur  sa  bouche 
et  lautre  sur  sa  poitrine.  Ces  statues  adhèrent  à  la  mon- 
tagne et  sont  posées  dans  des  niches;  on  croit  quelles  se 
rapportent  au  culte  de  Bouddha.  Deh-Kounctjr^  Deh  Sendji 
et  Tchaghourij  situés  sur  une  montagne  qui  porte  le  même 
nom,  sont  de  petits  châteaux-forts  dans  lesquels  résident 
trois  khans  des  Hazareh. 

* 

Cette  nation  a  pour  demeures  des  chaumières  à  moitié 
enfoncées  dans  les  flancs  des  montagnes.  Chaque  village 
se  compose  de  20  à  200  habitations,  quelquefois  même  de 
tentes,  et  est  défendu  par  une  haute  tour  capable  de  ren- 
fermer dix  à  douze  hommes  et  percée  de  tous  côtés  de 
meurtrières.  En  temps  de  paix ,  un  seul  homme  reste  dans 
la  tour;  en  cas  d'alarme,  il  frappe  sur  uu  grand  bassin 
de  cuivre;  ce  signal,  donné  par  une  seule  tour,  est  répété 
par  toutes  les  autres,  de  village  en  village,  et  en  peu 
d'instans  toute  la  population  d'un  canton  est  sur  pied.  Les 
Hazareh  sont  très-irascibles  et  prompts  à  se  livrer  aux 
plus  violens  excès;  mais,  à  part  ces  momens  de  vivacité, 
ils  sont  gais  et  sociables;  ils  ont  un  goût  prononcé  pour 
le  chant  et  la  poésie  ;  les  amans  célèbrent  leurs  amours  en 
vers  de  leur  composition;  et  souvent  les  hommes  s'amu- 
sent pendant  des  heures  entières  à  se  railler  dans  des 
satires  improvisées.  Les  caractères  physiques  par  lesquels 
se  distinguent  les  Hazareh  sont  une  face  large,  de  petits 
yeux,  et  le  défaut  presque  absolu  de  barbe.  Leurs  femmes , 
en  général  assez  jolies,  sont  beaucoup  plus  heureuses  et 


ASIE  :  Khorassan  oriental.  477 

plus  libres  que  chez  la  plupart  des  autres  peuplades  asia- 
tiques: ce  sont  elles  qui  dirigent  tout  dans  la  maison  et 
qui  président  aux  soins  du  ménage;  jamais  elles  ne  sont 
battues  ;  elles  sortent  quand  elles  le  veulent  et  jamais  voi- 
lées ;  il  est  vrai  que  la  chasteté  est  la  vertu  à  laquelle  elles 
tiennent  le  moins,  et  quelles  se  livrent  même  souvent  au 
plus  honteux  libertinage.  Tous  les  Hazareh  sont  sectateurs 
fanatiques  d'Aly  :  aussi  ont-ils  en  horreur  les  Afghans ,  les 
Eïmaks  et  les  Ouzbeks,  qui  tiennent  à  la  secte  opposée  (0. 

Nous  ne  terminerons  pas  ce  tableau  de  rAfghanistan 
occidental  sans  donner  la  description  du  costume  de  ses 
habitans.  Celui  des  Douranys  se  compose  d'un  large  pan« 
talon  en  étoffe  de  coton  de  couleur  foncée,  d'une  sorte 
de  blouse  à  manches  larges,  tombant  sur  les  genoux,  et 
portant  en  arabe  le  nom  de  camiss,  dont  nous  avons  fait 
le  mot  chemise  y  parce  que  c'est  à  l'époque  des  croisades 
que  les  Européens  ont  emprunté  ce  vêtement  aux  Orien- 
taux; d'une  paire  de  bottines  dont  la  pointe  est  un  peu 
recourbée,  et  d'un  bonnet  étroit,  bordé  d'une  bande  de 
soie  et  surmonté  d'une  calotte  brochée  en  or.  Quelquefois 
ils  portent  par-dessus  leurs  habits  un  grand  manteau  à 
collet,  fait  avec  des  peaux  de  moutons,  dont  le  poil  est 
en  dedans,  ou  bien  en  une  sorte  de  feutre  doux  et  souple. 
Ce  manteau  flotte  sur  les  épaules,  et  les  longues  manches 
qui  y  sont  attachées  tombent  jusqu'en  bas.  Les  personnes 
de  la  haute  classe  s'habillent  comme  les  Persans. 

Quant  aux  Sedjestaniens^  parlant  la  même  langue  et  ayant 
le  même  culte  que  les  Persans ,  ainsi  que  de  fréquens  rap- 
ports avec  eux,  il  n'est  pas  étonnant  qu'ils  aient  adopté  le 
même  costume. 

Les  Eïmaks  portent  de  larges  pantalons,  sur  lesquels 
tombe  une  ample  l'obe  retenue  par  une  ceinture  ;  le  plus 

(0  Mowistuart-Elphinstone  :  Voyages  dans  le  Béloutchistan ,  etc. 


478  LIVRE   CENT    TRENTE-UNIEME. 

ordinairement  ils  ont  les  pieds  nus  ;  quelquefois  ils  se  coiffent 
d'un  turban ,  mais  le  plus  souvent  d'un  bonnet  de  peau  de 
mouton  noir. 

Les  Hazareh  ont  une  sorte  de  chemise  blanche,  par- 
dessus laquelle  ils  mettent  une  large  robe  en  étoffe  brune 
liée  par  une  large  ceinture  rayée  ;  leur  coiffure  consiste  en 
une  espèce  de  calotte  brodée  avec  deux  rebords  saillans 
qui  forment  quatre  pointes,  dont  deux  avancent  sur  le 
front  et  deux  sur  la  nuque  ;  au  lieu  de  bas  ils  enveloppent 
leurs  jambes  de  bandes  de  drap ,  et  leurs  souliers  sont  des 
espèces  de  petites  bottines  attachées  avec  des  cordons. 
Leurs  femmes  portent  de  longues  robes  de  laine  et  des 
bottes  en  peau  de  daim  qui  montent  jusqu'aux  genoux; 
leur  coiffure  consiste  en  un  petit  bonnet ,  derrière  lequel 
pend  une  longue  bande  d'étoffe  qui  descend  jusqu'aux 
reins. 


TABtEAU. 


479 


TABLEAU  des  positions  astronomiques  des  principaux  lieux 

de  r Afghanistan  occidental. 


NOMS 

DES     I.  I  EU  X. 


BÉLOUTCHISTAN. 

Kélat 

Bêla 

Kedjé 

Pouhra 

KABOULISTAIÎ. 

Kaboul 

Djelal-abad 

Ghaznah 

Kandahar 

Farrah 

SEDJESTAlf. 

Djelal-abad. 

KHORASSAV  ORIEKTAL. 

Hérat 

Bamiam 


Latitudes. 


deg.  min.  sec. 

39    6  o  N. 

36  49  o  JV. 

^6  26  o  N. 

a5    2  o  N. 


34  10  o  N. 

34    6  o  N. 

33  II  o  N 

3a  20  o  N 

3a  48  o  N 


3i  58  o  N. 


36  56  o  N. 
34  40  o  N. 


Longitudes. 


deg.  min.  sec. 

63  ai  o  E. 

7  12  4^  E. 

9  54  o  £. 
76  58  45  £. 


l 


66  54  45  E. 

67  20  o  £, 
66  32  o  E. 
64  5  45  E. 
60  6  o  £. 


59  5o  o  £. 


65  3o  o  E. 
65  38  o  E. 


NOMS 

DES   OBSERVATEURS. 


Auteurs. 
Hamilton. 
Auteurs. 
Hamilton. 


Idem. 

Auteurs. 

Idem. 

Allen. 

Auteurs. 


Idem. 


Idem. 
Idem. 


>o»oooooo»«>o«o«opo»»oooeoo»ooooooo>>oi>oooooo>ooo# 


LIVRE  CENT  TRENTE-DEUXIÈME. 


Suite  de  la  Description  de  l'Asie. — Recherchés  sur  la  mer 
Caspienne  et  sur  l'ancienne  embouchure  du  fleuve  Oxus  ou 
Djihoun  (0. 


«Il  est  peu  de  sujets  qui  aient  fourni  matière  à  plus  de 
discussions  que  la  mer  Caspienne;  la  Géographie  physique 
en  a  examiné  avec  étonnement  la  nature  particulière;  la 
Géographie  critique  en  a  changé  vingt  fois  la  situation ,  la 
configuration  et  l'étendue  sur  les  cartes ,  quoique  vraisem- 
blablement ni  l'une  ni  l'autre  n*aient  éprouvé  aucun  chan- 
gement réel  depuis  les  premiers  siècles  de  l'histoire. 

«  Telle  que  les  dernières  obseiTations  astronomiques  et 
les  mesures  locales  nous  représentent  la  mer  Caspienne ,  elle 
s'étend  du  nord  au  sud  avec  une  sorte  d'étranglement  pro- 
duit par  la  saillie  de  la  péninsule  à^  Apchéron  ;  la  partie  sep- 
tentrionale de  cette  mer  forme  pour  ainsi  dire  une  grande 
baie  qui  se  courbe  du  nord  au  nord-est,  et  qui  s'approche 
du  bassin  du  lac  Aral.  En  mesurant  la  mer  Caspienne  par 
les  seules  lignes  droites  qu'on  y  puisse  tirer,  elle  a  une 
longueur  de  122  |  myriamètres  (ayS  lieues)  W ,  et  une  lar- 
geur de  17I  myriamètres  (4i  lieues)  à  l'endroit  le  plus 
étroit,  mais  de  44  j  myriamètres  (100  lieues)  à  l'endroit  le 
plus  large  P).  Notre  atlas  indique  plus  en  détail  la  situation 

(0  Ce  Livre  traitant  plusieurs  questions ,  entre  autres  une  très-impor- 
tante ,  celle  de  Tancienne  réunion  de  la  mer  Caspienne  et  du  lac  Aral , 
nous  avons  pensé  qu*il  était  convena])lc  de  conserver  intact  le  texte  <le 
Malte-Brun,  afin  de  faire  connaître  son  opinion  tout  entière  :  nous  n*y 
ajouterons  que  les  notes  qui  nous  paraîtront  nécessaires.  J.  H. 

(0  Depuis  la  baie  de  Kolpinskom,  à  Touest  de  l'Oural ,  jusqu'h  Balfroch. 
Cette  ligne  passe  cependant  par  la  péninsule  Kamganskoï, 

(^)  Entre  Astara  et  le  Dahistan. 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  48 1 

de  cette  mer ,  situation  qui  n'offre  plus  que  de  très-Iëgères 
incertitudes. 

«  Il  n  en  était  pas  ainsi  il  y  a  cent  ans.  L'erreur  presque 
générale  de  l'antiquité,  qui  avait  regardé  la  mer  Caspienne 
comme  un  golfe  de  l'Océan  septentrional,  avait  disparu 
au  II®  siècle  de  l'ère  vulgaire  ;  Ptôlémée  avait  rappelé  la 
vérité,  connue  d'Hérodote,  et  peut-être  d'Aristote;  la  mer 
Caspienne  était  redevenue,  sur  les  cartes,  un  lac  ou  une 
mer  méditerranée ,  séparée  de  toutes  parts  de  l'Océan  et  de 
toute  autre  mer  (i).  Mais  au  lieu  de  lui  donner  sa  plus 
grande  étendue  du  nord  au  sud,  on  se  laissa  entraîner  à 
l'étendre  dans  une  direction  est  et  ouest  ^  d'abord  parce 
qu'on  se  figurait  l'Océan  septentrional  beaucoup  plus  rap- 
proché qu'il  n'était ,  ce  qui  obligeait  à  trouver ,  comme  on 
le  pouvait,  la  place  exigée  par  les  dimensions  connues  de 
la  mer  Caspienne  ;  ensuite  parce  que  le  lac  Aral ,  connu 
très -imparfaitement,  était'censé  faire  partie  de  la  mer  Cas- 
pienne ,  ainsi  que  le  prouve  l'opinion  des  anciens  sur  l'em- 
bouchure de  VOxus;  opinion  que  nous  allons  discuter. 

«  Pendant  les  siècles  ténébreux  du  moyen  âge,  les  fai- 
seurs de  cartes  se  bornèrent  à  répéter  celle  de  Ptôlémée. 
La  mer  Caspienne  y  occupait  20  degrés  de  l'est  à  l'ouest  : 
le  lac  Aral  y  était  confondu;  le  Djihoun  ou  l'Oxus  s'y 
écoulait  environ  à  l'endroit  où  nos  cartes  placent  la  ville 
de  Balkh.  Le  premier  voyageur  savant  qui  substitua  des 
observations  à  ces  traditions  vagues  et  obscures  fut  le 
négociant  anglais  lenkinson^  qui  voyagea,  en  i557  et 
i56i,  aux  frais  d'une  compagnie  de  commerce  (2).  Parti 
d'Astrakhan,  il  visita  les  côtes  septentrionales  jusqu'à 
l'embouchure  de  l'Iemba;  il  débarqua  à  Manghichlak,  daù 

(0  Voyez  les  passages  d^ Hérodote  y  à'Jristote,  de^rabon,  de  Ptôlé- 
mée y  etc. ,  cités  et  discutés  dans  notre  toI.  I^'^,  Histoire  de  la  Géogra* 
phie,  livre  MI,  pag.  6a-B5;  livre  XIV,  pag.  874. 

(0  «  Merchants  of  Landon  ofthe  Moscos^ie  Comp,  » 

VUI.  3i 


48a  LIVRÉ   CENT    tRENTÈ-DEÙÎLrèME. 

i4  se  tendit  à  Boukharâ.  Il  distingue  la  mer  d'At^l  sdus  le 
nom  de  lac  de  Kithay,  Son  deuxième  voyage  le  conduisit, 
pôt*  le  Caucase,  sur  les  rivages  méridionaux  de  la  mer 
Caspienne.  Il  fiit  suivi  par  son  compatriote  Christophe 
Bârt^ughy  qiii,  en  i58o,  traversa  la  Russie,  et,  s'étant 
émbdrqué  à  Astrakhan,  longea  le^  côtes  oticidentales  de 
là  kher  Càspieiine,  et  y  dëtemiina  la  latitude  de  plusieurs 
pditits  (i).  Eli  i633 ,  lé  savant  Oléarius  (2) ,  qui  accompagna 
utte  légation  du  duc  de  Holstein  au  séphi  de  la  Perse , 
détermina  les  liatitudes  de  plusieurs  points  de  la  côte  occi- 
deiitale  et  méridionale  de  la  mer  Caspienne  (3). 

«  Toutes  ces  observations  isolées  restèrent  à  peu  près 
inconnues  à  l'Europe  savante;  du  moins  il  serait  difficile 
de  produire  une  carte  française,  anglaise  ou  allemande  du 
XVII®  siècle,  qui  donnât  à  la  mer  Caspienne  une  forme 
tant  soit  peu  rapprochée  de  la  véritable.  Celle  de  Jean 
Stniy^^  la  plus  remarquable  sans  doute,  met  Astrahkan 
sur  la  côte  orientale,  et  place  les  îles  du  Volga  danij  le 
milieu  de  là  mer  (4).  Il  était  réservé  à  la  Russie  de  nous 
ouvrir  la  routé  de  la  vérité.  La  possession  de  la  ville 
d'Astrakhaîi  et  les  grands  projets  politiques  du  tzaf  Pierre  P** 
amenèrent  d'abord  des  doutes  sur  la  forme  de  la  mer  Cas- 
pienne,  ensuite  des  voyages  et  des  recherches  hydrogra- 
phiques ;  éhfirt ,  des  cartes  grossières ,  il  est  vrai ,  mais  où 
déjà  la  vérité  perçait  à  travers  un  nuage  d  erreurs.  Des 
Voyages  entrepris,  vers  Tan  1719 — i^^ao,  par  le  conseiller 

(»)  Coiiip.  Hàkîujrty  Voyages,  vol.  I,  p.  4^7  (édil.  de  1S99).  Blu-- 
menbaeh ,  dans  Zach ,  Corresp. ,  III ,  58o.  —  (»)  Son  vrai  nom  était 
Oelschlœgerj  il  était  natif  d'Ascliersleben  ;  il  fut  professeur  à  Leipsick , 
et  mourut  en  1671. 

C^)  En  1670,  le  Hollandais  Jean  Struys  alla  sur  un  navire  d'Astrakhan 
en  9^r»e ,  et  doi^na  une  carte  dans  laquelle  la  mer  Caspienne  est  sin- 
gulièrement contournée.  J.  H. 

(4)  «  Zeekaert  vertonende  de  Caspische  zee  ^  etc. ,  gcteckînt  door  Jan 
Janscn  Struys  ^  in  t'iaer  1668.  » 


ASIE  :  Mer  Cuspienne.  483 

d'Etat  Kirilofy  par  lamiral  Soinvonof^  et  par  le  vice-amiral 
CruySy  Norvégien  (0,  donnèrent  lieu  en  173 1  à  la  publi* 
cation  de  cartes  qui  sont  aujourd'hui  devenues  très-rates , 
même  en  Russie.  Dans  les  années  1726  et  1727,  Pierre  P' 
fit  parcourir  la  nier  Caspienne  par  quelques  navigateurs 
hollandais  qui,  pendant  trois  ans,  en  levèrent  la  catte 
sous  la  direction  dun  certain  Charles  Van^VerdJeen.  Lors 
du  voyage  du  tzar  à  Paris ,  ce  grand  prince  eut  des  entre- 
tiens fréquens  avec  le  savant  géographe  Guillaume  Dé-- 
lisle  (2) ,  et ,  d'après  les  vœux  de  cet  académicien ,  il  fit  Re- 
mettre à  l'Académie  des  Sciences  de  Paris  la  carte  de 
Van-Verdeen  (à  laquelle  il  avait  lui-même  pris  part),  et. 
celle  du  vice -amiral  Cruys,  lune  et  l'autre  dépourvues  de 
l'indication  des  longitudes.  Delisle,  les  ayant  examinées, 
y  trouva  encore  les  fautes  les  plus  grossières.  Celle  d«e 
Cruys  plaçait  Astrakhan  sur  la  côte  orientale  de  la  mer 
Caspienne  ;  les  mêmes  endroits  y  étaient  répétés  deux  fois 
à  une  distance  de  plus  de  cent  lieues;  les  latitudes,  qu'on 
pouvait  alors  facilement  observer  à  4  ou  5  minutes  près, 
offraient  des  erreurs  de  5  à  6  degrés.  La  carte  de  Van- 
Verdeen,  ou,  comme  on  l'appelait,  du  tzar  Pierre,  était 
meilleure;  cependant  la  latitude  d'Asterabad  était  fausse 
de  3  degrés.  I/académicien  français  publia  les  quatre  re- 
présentations de  la  mer  Caspienne,  résultant  des  données 
de  Ptolémée,  d'Aboulfeda,  de  Cruys  et  du  tzar  Pierre;  il  y 
joignit  une  nouvelle  esquisse  critique  d'après  les  observa- 
tions de  Burrough,  de  lenkinson  et  d'Oléarius  (3). 

«  Vingt  ans  se  passèrent  avant  qu'on  fît  aucune  tentative 
pour  perfectionner  la  géographie  de  ces   régions.  Une 

(0  Cruys  ou  Creux ,  né  à  Stavanger  en  Norvège.  Aiédorf,  Révolutions 
de  l'Europe,  dans  ses  OEuvres  complètes,  Ill«  partie,  !!•  vol.,  p.  aqo 
(en  danois ).  —  (*)  Mémoires  de  l'Académie  des  Sciences ,  1 720 ,  p.  SSa. 

(5)  Mémtiires  de  l'Académie ,  1 721 ,  p.  a45.  Carte  de  la  mer  Caspienne , 
1  feuilles ,  1725. 

3i. 


484  LIVRE    CENT    TRENTE-DEUXIÈME. 

nouvelle  compagnie  de  négocians  anglais  reprit  le  projet 
d'ouvrir  une  communiofttion  avec  Tlnde  par  la  route 
d'Astrakhan.  Le  célèbre  Jones  Hanway  qui,  dans  son 
voyage  de  Perse,  a  écrit  l'histoire  de  cette  entreprise, 
reçut,  en  1745,  des  capitaines  Elton  et  Woodroofey  une 
nouvelle  carte  de  la  mer  Caspienne,  contenant  très-peu 
d'observations  qui  ne  fussent  déjà  connues.  Hanway  en 
publia  encore  une  autre  qui,  étant  projetée  comme  les 
anciennes  cartes  plates,  donne  un  ensemble  informe.  Vers 
le  même  temps,  un  voyageur  allemand ,  le  docteur  Lerche, 
fit  quelques  observations  très-bonnes  sur  la  côte  du  Da- 
ghestan et  du  Chirvan. 

«  Notre  célèbre  d'Anville  ayant  trouvé  quelques  manu- 
scrits à  la  Bibliothèque  royale,  en  tira  une  nouvelle  carte  (>) , 
dans  laquelle  la  mer  Caspienne,  reculée  d'un  degré  à  Test, 
rétait  encore  de  plus  de  deux  degrés  de  sa  véritable  situa- 
tion. Vingt  ans  plus  tard,  l'hydrographe  Bonne  imagina 
un  nouveau  système  sur  ce  grand  problème;  il  admit 
comme  vraie  l'observation  du  P.  Bèze  sur  la  long^itude  de 
Trébizonde,  quoiqu'elle  soit  aujourd'hui  reconnue  fausse 
de  7  degrés  et  demi ,  et  que  déjà  Delisle  en  eiit  démontré 
l'inexactitude  W  •  d'un  autre  côté ,  il  plaçait  Gourief  à  l'ex- 
trémité septentrionale  de  la  mer  Caspienne ,  conformément 
à  la  bonne  obseï'vation  de  Lowitz,  académicien  russe  P). 
De  cette  combinaison  d'une  fausse  observation  et  d'une 
bonne,  il  résqlta  que  la  Géorgie  et  les  autres  contrées  cau- 
casiennes ,  repoussées  à  l'est  par  le  trop  grand  prolonge- 
ment de  la  mer  Noire,  envahissaient  la  place  du  milieu 
de  la  mer  Caspienne,  dont  la  partie  septentrionale  restait 
dans  sa  vraie  situation;  de  là  toute  cette  mer  prit  une 

(0  Essai  d'une  nouvelle  Carte  de  la  mer  Caspienne,  1754. 

(>)  Mémoires  de  l'Académie  des  Sciences,  1720,  p.  38 1.     « 

(^)  Nov.  Comment.  Academ.  Pctrop. ,  XIV,  1769,  parf.  II,  p.  i53. 


ASiK  :  Mer  Caspienne.  ,       485 

direction  oblique  du  nord-ouest  au  sud-est,  et  devint  en 
même  temps  ti'op  longue  d'un  cinquième.  D*  An  ville  com- 
battit ce  système,  et  maintint  la  véritable  direction  de  la 
mer  Caspienne  (i). 

«  Les  expéditions  nautiques  dont  Gmelin^  Hablitzl  et 
Tokmatchef^)  firent  partie,  procurèrent  la  détermination 
exacte  de  toutes  les  latitudes  et  de  quelques  longitudes 
relatives  à  la  côte  orientale  et  méridionale.  Les  observa- 
tions de  ces  voyageurs ,  mises  en  rapport  avec  la  longitude 
de  Kazvïn  déterminée  par  M.  Beaucharop,  et  comparées  plus 
récemment  avec  les  nombreux  itinéraires  des  officiers 
français  revenant  de  Perse,  paraissent  enfin  avoir  fixe 
l'étendue  et  la  position  de  la  mer  Caspienne.  Moins  éloi- 
gnée à  l'orient,  plus  dentelée,  plus  courbée  que  d'Anville 
ne  lavait  faite,  elle  a  pourtant,  comme  ce  savant  géo- 
graphe et  le  tzar  Pien*e  l'avaient  cru ,  une  direction  presque 
parallèle  au  méridien  (5). 

«  Si  nos  lecteurs  nous  pardonnent  cet  exposé,  nécessai- 
rement aride ,  des  longs  égaremens  de  la  Géographie  ma- 
thématique, ils  nous  suivront  avec  plus  de  plaisir  dans  la 
description  physique.  La  mer  Caspienne  a  un  niveau  plus 
bas  que  l'Océan  et  que  la  mer  Noire;  M.  Olivief  estime  la 
différence  à  60  pieds  ;  Tacadémicien  Lowitz ,  dont  ce  savant 
voyageur  paraît  n  avoir  pas  connu  les  recherches ,  ne  porte 


(0  Mémoires  de  T Académie  des  Sciences ,  1774»  P-  3^8. 

<^)  Les  côtes  orientales  de  la  mer  Caspienne  furent  visitées  et  décrites 
en  1764  par  Tokmatchef ,  et  les  côtes  occidentales  et  méridionales  par  le 
naturaliste  Gmelin  en  1770,  1771  et  1773.  ,      J.  H. 

(3)  Le  capitaine  russe  Mouraviev  est  le  plus  récent  voyageur  qui  ait 
visité  la  mer  Caspienne  :  il  partit  en  1819  de  Bakou  pour  Lankoran, 
alla  jusque  vis-à-vis  d'Asterabad,  côtoya  la  partie  orientale  jusqu*au  lac 
Amer ,  et  détermina  les  contours  du  golfe  du  Balkan  et  des  iles  voisines. 
D'un  autre  côté  le  voyageur  anglais  Fraser  a  déterminé  la  position  de  la 
côte, méridionale  ,  et  a  reconnu  que  cett«  mer  s'étend  plus  au  sud  qu'on 
ne  l'avait  cru  jusqu'alors.  J.  H. 


486  LIVRE  CENT    TRENTE-DE OXlÈME. 

cette  difEérenoe  qu'à  5o  pieds  (0*  Les  vents  du  nord  et  du 
sud,  engoufFres  dans  cette  vallée  deau,  soulèvent  et  abais- 
sent la  mer  assez  fortement  pour  que  le  niveau  varie  de 
4  à  8  pieds  W.  La  fonte  des  neiges  y  contribue  en  gon- 
flant les  rivières  qui  portent  leurs  eaux  dans  cette  mer,  et 
parmi  lesquelles  on  distingue  le  Volga  et  TOural  ou  Tlaîk, 
du  côté  de  FEurope;  le  Tedjep  ou  YOckus,  le  Rizil-Ozeu 
et  le  Kbour,  du  côté  de  l'Asie.  On  prétend  encore  y  avoir 
observé  une  variation  séculaire  ou  à  longue  période  ;  on 
assure  que.  depuis  i556,  les  eaux  de  la  mer  ont  générale- 
ment empiété  sur  les  terres  de  Russie,  au  nord.  Ce  fait 
mériterait  d'être  constaté.  La  profondeur  de  cette  mer  est 
peu  considérable,  excepté  vers  l'extrémité  méridionale,  où 
une  sonde  de  38o  toises  n'a  pas  atteint  le  fond  (3).  Hanway 
ne  l'a  pas  même  touché  avec  une  sonde  de  4So  toises.  Dans 
les  autres  parties  sa  profondeur  est  de  70  à  80  toisea. 

«  Quelques  naturalistes  ont  renouvelé  et  rendu  très-vrai- 
semblable l'opinion  émise  d'abord  par  Varénius,  d'après 
laquelle  la  mer  Caspienne  aurait  eu,  à  une  époque  trèa- 
reculée,  une  plus  grande  étendue  au  nord-ouest  y  et  même 
une  communication  avec  la  mer  d'Azof.  Des  terres  basses 
et  sablonneuses ,  des  plantes  salines  dans  un  sol  imprégné 
de  sel ,  des  coquillages  propres  à  la  mer  Caspienne  ;  tels 
sont  les  faits  que  Gmelin  et  Pallas  ont  observés  dans  toutes 
les  plaines  du  gouvernement  d'Astrakhan^  mais  spéciale- 
ment dans  les  deux  bas-fonds  où  coulent  la  Manytch  vers 
la  mer  d'Azof,  et  la  Kouma  vers  la  met*  Caspienne  (4). 

(0  Georgiy  Russie,  1,  a58.  Des  observations  récentes  ont  prouva  que 
cette  différence  de  niveau  était  bien  plus  considérable.  M.  de  Humboldt  » 
pendant  le  voyage  qu*il  fit  en  1829  dans  l'Asie  septentrionale ,  a  reconnu 
qu'Astrakhan  est  à  3oo  pieds  au-dessous  du  niveau  de  TOcéan.    J.  H. 

(>)  Hanway  y  Voyage  en  Perse,  I,  289.  — (3)  De  Sainte- Cix)ix ,  Exa- 
men des  Historiens  d'Alexandre ,  p.  701 .  — (4)  Pallas  ,  premier  Voyage , 
VII,  312 j  trad.  franc.  Gmelin,  Voyage,  IV,  49"^7  (en  allcm.)  Voyez 
fi-dcssus,  liv.  CXXII. 


Asiç  :  Mer  Cdspimnet  487 

C'est  là  qu'existait  Tanpien  détroit  ^ntre  les  deux  iT)ers; 
mais  quoique  ce  détroit,  comblé  peu  h^  peu  par  les  9llu- 
vions  du  Don,  du  Volga  et  du  Kouban,  ait  pu  se  oon- 
server  long-temps  après  la  dernière  grande  catastrophe 
du  globe,  il  nous  parait  certain  qu'il  nen  existe  pas  h 
moindre  trace  historique  dans  aucun  auteur  grave  qt  4igne 
de  foi.  Les  idées  des  géographes  anciens  ^vir  \^  vaste  éten- 
due de  la  mer  Caspienne  à  Cest  Xkont  rien  de  oommun 
avec  ce  détroit  >  les  navigations  des  Argonautes  ne  sau- 
raient sexpliquer  suffisamment  par  lexistenoe  de  cette 
communication^  et  s'expliquent  très-bien  sans  ellelO; 
enfin,  le  rapport  imagins^ire  qu'on  éf;ablit  entre  l'écou- 
lement de  cette  ancieppe  ipéditerranée  et  une  prétendue 
rupture  du  Bosphore  de  Thrace,  accompagnée  ^nn  dé- 
luge dévastateur,  a  été  démontré  contraire  à  des  vérités 
physiques  incont;estables  ;  la  vallée  du  Bosphore  est  na- 
turelle, et  nqn  point  formée  par  une  catastrophe  violente; 
les  eaux  réunies  dp  Pont-Ëuxin  et  de  la  iper  Caspieppe, 
élevées  à  un  assez  haut  niveau  pour  causer  un  déluge 
aussi  violent  et  Qussi  général  que  Ion  nous  peint  celui 
dont  il  est  question,  se  ^er^iept  époulées  par  d'autres 
vallées  que  celles  du  Bosphpre  (3).  Nous  ajouterons  encore 
que  ces  prétendus  déluges  généraux  n'étaient  trèa-proba- 
blement  que  des  inondations  locales  de  certaines  parties 
de  la  Grèce. 

<c  Disons  donc  que  le  comblement  de  Tancien  détroit, 
entre  la  mer  Caspienne  et  celle  d'Azof ,  a  eu  lieu  avant  les 
temps  historiques;  que  la  mer  Caspienne  et  l'isthme  cau- 
casien avaient,  du  temps  d'Hérodote  comme  du  temps  de 
Ptolémée,  leurs  formes  actuelles;  et  que  le  marais  dont 
parle  un  auteur  byzantin ,  comme  existant  dans  le  IV^  siè- 

(0  Voyez  notre  volume  1",  livre  H ,  p.  45>  et  spécialement  p.  49"^ "^^ 
(^)  Olii^ier,  Voyage  en  Perse,  V,  p.  337  sqq. 


488  LIVRE    CENT    TRENTE-DEUXIÈME. 

de  au  nord  du  Caucase,  nest  autre  chose  que  le  lac  Bol- 
cho{  9  qui  existe  encore. 

«  Mais  que  deyiennent ,  nous  demandera*t*on ,  toutes  les 
eaux  que  tant  de  fleuves  versent  dans  la  mer  Caspienne?  Se 
précipitent-elles  dansMeux  gouffres  qui  communiqueraient 
avec  le  golfe  Persique,  et  que  d'anciens  voyageurs  (i) 
prétendent  avoir  ijus  ?  Mais  ces  gouffres  ont.de  tout  temps 
paru  imaginaires  aux  observateurs  judicieux  (2).  Les  feuilles 
de  saules  qui  se  montrent  à  la  surface  de  ce  golfe  n'ont 
pas  besoin  de  venir  du  Ghiian;  elles  peuvent  venir  des 
bords  de  TEupfarate.  Les  eaux  de  la  mer  Caspienne  per- 
dent leur  supei'flu ,  comme  celles  de  TOcéan ,  par  Tévapo- 
ration.  Elle  est  extrêmement  forte  ;  c'est  ce  que  démontre 
l'éternelle  humidité  de  la  température  dans  le  Daghestan , 
le  Ghirvan,  le  Ghiian  et  le  Mazanderan. 

«  Les  côtes  de  la  mer  Caspienne ,  formées  à  lest  par  des 
hauteurs  escarpées,  sont  bordées  au  sud  par  des  plaines 
marécageuses;  et  à  l'ouest,  ainsi  qu'au  nord,  par  des  dunes 
sablonneuses  ;  le  fond  est  jonché  de  coquillages  à  l'état  de 
débris  et  à  celui  de  pétrification;  la  craie,  le  grès  et  les 
pyrites  y  sont  les  substances  les  plus  communes.  De  vastes 
amas  de  joncs  attristent  les  rivages  et  dérobent  à  la  viie 
l'embouchure  des  fleuves. 

«  L'eau  qui,  près  de  l'embouchure  des  rivières,  est  pres- 
que douce,  devient  médiocrement  salée  au  large;  elle 
contient,  outre  les  élémens  ordinaires  des  eaux  mai'ines, 
une  quantité  considérable  de  sel  de  Glauber  (5) ,  ou  sulfate 
de  soude,  qui  provient  peut-être  de  la  décomposition  du 
naphte,  si  commun  dans  les  montagnes  caucasiennes,  et 
dont  quelques  veines  paraissent  setendre  sous  la  mer. 
Les  vents  de  nord-ouest  font  diminuer  la  salure  et  aug- 

(0  Slvuys^  Voyage,  p.  126  (édit.  allem.  de  1678).  P.  Àxfrilf  Voyages 
eu  divers  États  d'Europe  et  d'Asie,  p.  73. — (*)  Kœmpfev^  Amœnitat. 
<;xot. ,  p.  ^54.  — Q)  Gmclin,  Voj'ngr,  HT,  261-267. 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  489 

menter  lamertume.  La  forte  phosphorescence  des  eaux 
grasses  et  bourbeuses  de  la  mer  Caspienne  a  été  remarquée 
par  Pallas  ;  mais  la  couleur  noire  qu  elles  semblent  prendre 
au  large,  paraît  ou  mal  observée  ou  due  à  des  illusions 
optiques  (0.  La  glace  couvre  souvent  les  golfes  septen- 
trionaux. 

«  Beaucoup  d'oiseaux  aquatiques  chérissent  les  rivages 
de  ce  grand  lac;  beaucoup  de  poissons  s  y  prti^agent; 
lesturgepn  ( acipenser  sturio)  est  le  principal  objet  de  la 
pêche;  on  en  a  pris  en  quelques  années  3  à  4o<^9<^oo9 
mais  on  préfère ,  pour  la  délicatesse  de  la  chair,  le  sterlet 
(  acipenser  ruthery  )  ;  et  c'est  de  Testurgeon  étoi)é  (  acipen- 
ser stellatuSy  en  russe  sei>nige  )  qu  on  tire  le  meilleur  ca- 
viar et  la  colle  la  plus  forte.  Un  million  et  demi  de  ces 
poissons,^ pris  dans  une  année,  ont  valu  un  million  de 
roubles.  Le  béluga  des  Russes  est  notre  huson  (  axiipenser 
Auso);  il  devient  d'une  gi^osseur  énorme;  il  y  en  a  que 
trois  chevaux  peuvent  à  peine  traîner.  On  retit)uvc  ce 
poisson  dans  le  lac  Aral,  la  mer  Noire,  le  Danube,  et 
dans  les  grands  fleuves  de  la  Sibérie ,  jusqu'à  la  Lena.  Cent 
mille  husons  qu'on  a  pris  une  année  dans  la  mer  Caspienne, 
ont  valu  34o,5oo  roubles  (2).  Cette  mer  renferme  des 
phoques  dont  l'espèce  n'est  pas  encore  bien  déterminée. 
Les  espèces  de  coquillages  et  de  plantes  marines  sont  peu 
nombreuses  (5). 

«  Les  îles  de  cette  mer  sont  indiquées  dans  les  descrip- 
tions des  contrées  auxquelles  elles  appartiennent.  Généra- 
lement parlant,  celles  qui  ont  de  l'élévation  manquent 
d'eau  et  de  végétation;  les  îles  basses  ne  sont  souvent  qu'un 
banc  de  sable  entouré  de  roseaux.  Le  nombre  de  ports 
sûrs  et  profonds  est  extrêmement  circonscrit;  circonstance 

(0  Kœmpfev ,  Ainœnit.  exol.  .  p.  259.  Comp.  Petreius ,  Chronic.  , 
folio  1 20.  —  (>)  Georgi ,  Description  de  la  Russie ,  pari.  111 ,  p.  1902  577. , 
iQfMj  sqq.  — 0)  Gmeliny  Voyage,  IH,  233-257- 


4gO  LIVRE   GBVX    TR£NT£-DEI}XIÈM£. 

qui,  jointe  aux  brusques  variations  des  vents,  ne  laisse 
pas  que  de  rendre  la  navigation  périlleuse. 

«  Nous  ne  perdrons  pas  notre  temps  à  énumérer  toutes 
les  dénominations  que  cette  mer  a  portées.  Celle  de  Cas- 
pienne, dérivée  probablement  de  Kasp^  montagne  (nom 
donné  au  Caucase  ),  est  une  des  plus  anciennes;  commune 
à  la  langue  grecque  et  à  la  latine,  elle  est  également  usitée 
en  arménien,  en  géorgien  et  en  syriaque  (i}.  Les  rabbins  et 
Perïtsol  rappellent  mer  Morte.  La  dénomination  turque  de 
Tenghiz  ou  Denghiz ,  que  lui  donnent  plusieurs  tribus  tur- 
comanes  qui  vivent  sur  ses  bords,  est  traduite  de  plusieurs 
manières  [2).  Les  Byzantins  et  les  Arabes  du  moyen  âge 
lont  appelée  mer  des  Khazares  ou  ChazareSy  d'après  une 
nation  puissante  ;  et  les  annalistes  russes  ou  slaves  l'ont 
connue,  dans  le  X®  siècle,  sous  le  nom  de  Khvalenskoé 
Moréj  d  api'ès  les  Khvalisses y  peuple  slavon  très -mal  connu, 
et  qui  demeurait  sur  le  Volga  (5).  Dans  les  cartes  du  moyen 
âge ,  à  une  époque  que  nous  n  osons  pas  déterminer,  on 


(')  JVahly  A  sien,  I,  679  sqq.  —  Les  Arméniens  disent  Gasbits  dsotf , 
et  les  Géorgiens  Kaspis  zghawa,  mer  Gkspienne;  ils  l'appellent  aussi 
Gourganis  zghawa,  mer  de  Gourgan,  et  Daronbandis  zghawa ^  mer  de 
Derbend.  Les  Persans  la  connaissent  sous  la  dénomination,  de  Kolzimiy 
qui  n'est,  comme  Ta  fait  remarquer  M.  Klaproth,  qu*une  corruption 
du  nom  de  Clysma ,  port  jadis  célèbre  du  golfe  de  Suez ,  qui  fit  dopni^r 
par  les  Arabes  le  nom  de  mer  de  Clysma  (  Bahv  el  Kolzum  )  à  la  mer 
Bouge.  Plus  tard ,  ajoute  le  savant  que  nous  citons ,  les  Persans,  supposant 
que  cette  dénomination  désignait  en  général  une  mer  enfermée  par  des 
terres,  comme  l'est  le  golfe  Arabique,  donnèrent  le  nom  de  Kolzum  à 
la  mer  Caspienne.  Outre  le  nom  de  mer  des  Khazares  {Bahr  el  Khozar) 
que  lui  ont  donné  les  Arabes ,  ils  lui  ont  réservé  ceux  de  merde  Djordjan 
(  Bahr  el  Djordjan  ) ,  mer  de  Dilem  (  Bahr  el  Dilem  )  ,  et  aussi  ceux  de 
mer  de  Tliabaristati ,  mer  de  Bakou,  Les  anciens  historiens  chinois  l'ap- 
pelaient mer  occidentale  (  Si  hai);  enfin  on  Ta  appelée  aussi  mer  d'As- 
trakhan. J.  H. 

(^)  Cette  dénomination  signifie  aussi ,  selon  M.  Klaproth ,  la  mer,  et 
a k  denghiz,  mer  Blanche.  J.  H. 

0)  Ihuching ,  Magasin,  vol.  XVI,  p.  287-348. 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  49  < 

voit  paraître  le  nom  de  Mar  di  Sala^  que  le  sarant  Wahl 
veut  expliquer  par  mer  salée;  nous  croyons  plat6t  qne 
cette  dénomination  est  due  à  la  ville  de  Sara  ou  Saray'^;^ 
capitale  du  Kaptchak  ou  Kiptchak,  dësigfnée  sur  quelques 
cartes  sous  le  nom  de  Sala^  et  qui  est  aujourd'hui  le  tîI* 
lage  de  Selitrénoï-  Gorodok,  Nous  ne  parierons  pas  des  ap- 
pellations tirées  des  provinces  limitrophes,  telles  que  mer 
d^Hyrcanie^  et  autres  semblables;  mais  celle  que  le  Zend* 
Avesta  indique  est  très-remarquable  ;  ce  livre  apocryphe  ^ 
et  cependant  plein  d'anciennes  traditions,  nomme  la  mer 
Caspienne  Tchekaèt  Daéti^  c  est-à-dire  la  grande  eau  du 
jugement.  Est-ce  que  le  déluge  de  Noé,  si  fameux  dans 
rOrient,  aurait  quelque  rapport  avec  les  affaissemens  qui 
ont  concouru  à  la  formation  de  la  mer  Caspienne? 

«  Après  avoir  ainsi  tracé  lliistoire  géographique  de  la 
mer  Caspienne ,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  d'y  join- 
dre Faperçu  dune  discussion  qui  s  y  rattache  naturelle- 
ment ,  question  célèbre  dans  les  fastes  de  la  Géographie  ; 
la  voici  :  Le  fleuve  Oxus  ou  Djihoun  a-t-il  jadis  eu  son 
embouchure  dans  cette  mer  ? 

«  Si  Ton  se  bonie  à  lire  superficiellement  les  géographes 
grecs  et  romains;  si,  au  lieu  de  peser  leurs  témoignages, 
on  les  compte,  on  ne  remarquera  qu'une  opinion  assez 
unanime  au  sujet  de  VOxus  :  il  est  censé  s'écouler  dans  la 
mer  Caspienne,  en  allant  droit  de  lest  à  l'occident  ;  Strabon 
et  Pline  le  supposent;  Ptolémée  le  dit  expressément;  mais 
diverses  circonstances  enlèvent  à  cet  accord  des  auteurs 
tout  ce  qu'il  offre  d'imposant.  D'abord,  l'extension  trop 
grande  donnée  par  ces  géographes  à  la  mer  Caspienne  du 
côté  de  l'est,  et  leur  silence  à  l'égard  du  lac  Aral,  doivent 
faire  croire  qu'ils  regardaient  ce  lac  comme  une  partie  dé 
la  mer  Caspienne,  et  que,  par  la  prétendue  jonction  de 

(0  Aboyez  Itinéraire  de  PegolelU  ,  dans  notre  vol.  V' ,  p.  44^. 


49^  LIVRE    CENT    TRENTE-DEUXIEME. 

rOxus  avec  cette  dernière  mer,  ils  n'entendaient  parler 
que  de  sa  jonction  réelle  avec  le  lac.  C'est  ce  qui  paraîtra 
surtout  probable  à  ceux  qui ,  la  carte  à  la  main ,  réfléchi- 
ront sur  le  passage  où  Strabon  affirme  que  Tlaxartes,  ou  le 
SiTr-déria,  s'écoule  également  dans  la  mer  Caspienne  ;  chose 
que  la  direction  du  cours  de  ce  dernier  fleuve  a  dû  de  tout 
temps  rendre  impossible  (0.  Donc  l'erreur  évidente  qui  a 
existé  au  sujet  de  ce  fleuve  a  facilement  pu  s  étendre  à 
rOxus;  ce  qui  était  fabuleux  à  l'égard  de  l'un,  l'est  égale- 
ment à  l'égard  de  l'autre.  Il  existe  d'ailleurs  un  témoignage 
foi*mel  d'un  ancien ,  qui  marque  le  cours  de  l'Oxus  con- 
formément à  l'état  actuel  des  lieux  ;  c'est  celui  de  Pompo^ 
nius  Mêla,  qui,  après  avoir  fait  couler  ce  fleuve  de  l'orient 
en  occident,  le  conduit  directement  au  nord^  et  lui  donne 
une  embouchure  dans  le  golfe  Scythique  (2).  Il  est  évident 
que,  pour  arriver  à  la  mer  Caspienne,  le  fleuve  devait 
continuer  à  couler  dans  la  direction  est  et  ouest  ;  s'il  tour- 
nait au  nord ,  il  ne  pouvait  rencontrer  d'autre  bassin  que 
celui  du  lac  Aral,  considéré  sans  doute  par  les  auteurs 
que  suivait  Mêla  comme  un  golfe  de  l'Océan  septentrio- 
nal ou  scythique.  L'ordre  dans  lequel  Denys  le  Périégète 
nomme  l'Oxus  indique  que ,  bien  qu'il  le  fasse  couler  dans 
la  mer  Caspienne ,  il  place  son  embouchure  dans  la  Sog- 
(liane  ou  dans  la  Chorasmiey  et  non  pas  chez  les  Derbices^ 
peuple  qui  occupait  les  environs  du  lac  Balkan  (5)  :  il  semble 
donc  avoir  connu  l'inflexion  du  cours  de  ce  fleuve  ^ers  le 
nord, 

«  Un  passage  très -important  de  Patrocle,  cité  par  Stra- 

(0  «  O  laÇoipTy);  èxcïi^uat  «  ô/jlo7o)$  (  OÇo  xal  O^w  )  «îç  tô  Kâ^TTiov.  » 
Lib.  XI,  p.  35i.  Edit.  Atreb. 

(*)  «  laxartcs  cl,  Oxos  per  dcscrta  Scytliiœ  ex  Sogdianoriim  rcgionibus 

in  Scy thicum  excuiit Hic ,  aliquandiù  adoccasum  ab  oriente  currens 

juxla  Dahas  primitm  injlectilur ,  cursuquc  ad  scptenlrionem  convcrso , 
iiiter  Amardos  et  Pnçsicas  os  apcrit.  »  —  O  Dion,  Perieg. ,  v.  747. 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  49^ 

bon,  prouve  encore  dune  manière  formelle  que  l'Oxus 
avait  son  embouchure  au  même  endroit  où  nous  la  trou- 
vons. «  Les  uns  disent  que  XOchus  (le  Tedjen)  coule  au 
«  travers  de  la  Bactriane;  les  autres  le  font  couler  sur  la 
«  limite  de  ce  pays;  ceux-ci  le  considèrent  comme  diffé- 
«  rent  de  \ Oxus  jusqu'à  son  embouchure,  et  plus  méri- 
«  dional  que  celui-ci,  quoique  tous  les  deux  ils  aient  leur 
«  écoulement  dans  la  mer  en  Hyrcanie;  ceux-là  convien- 
«  nent  que,  dès  l'origine,  ce  sont  des  fleuves  différens ,  mais 
«  qu'ils  se  réunissent,  et  que  le  lit  de  l'Oxus  a  souvent  6 
«  à  7  stades  de  large.  11  est  du  moins  sûr  que  Tlaxartes , 
«  dès  le  commencement  jusqu'à  la  fin,  est  différent  de 
«  rOxus,  quoiqu'// jrVc'OM/e  daiis  la  même  mer  (i).  Patrocle 
«I  dit  que  leurs  embouchures  sont  éloignées  l'une  de  l'autre 
«  d'environ  8o  farsangs;  mais  le  farsang  persan  est,  selon 
a  les  uns  de  6o  stades  \  selon  d'autres ,  de  3o ,  et  selon 
«  quelques  uns,  de  4o.  »  En  mesurant  à  l'ouverture  de  com- 
pas la  distance  actuelle  entre  l'embouchure  la  plus  méri- 
dionale de  riaxartes  ou  Sir-déria,  et  la  plus  orientale  de 
rOxus  ou  Djihoun,  on  trouve  2  degrés  et  20  minutes, 
équivalant  à  2592  stades  de  iiii  -au  degré;  or,  le  far- 
sang étant  pris  de  3o  stades ,  la  distance ,  selon  Patrocle , 
serait  de  2400  stades;  c'est  précisément  le  nombre  de 
stades  que  donne  Eratpsthène,  cité  par  Strabon  un  peu 
plus  haut  (2)  :  ainsi ,  les  distances  anciennes  et  modernes 
s'accordent  à  peu  de  chose  près.  Cet  accord  paraîtra  en- 
core plus  surprenant  si  l'on  examine  les  mêmes  distances 

(0  «  Eîç  fA«v  T/jv  avr^v  r/Aevrcov  3^ot^aTTav.  »  Lib.  XI. 

(»)  Pline ,  liv.  VI ,  c.  xiii ,  rapportant  le  même  passage  d'Ératosthène , 
dit  :  Ad  ostium  Zom  fltiminis  quatuor  MDCC  stad,  Ab  eo  ad  ostiutn 
Jaxartis ,  MCCC.  Quœ  sutnma  efficit  qiiùidecies  centena  LXXf^  millia . 
Le  passage  est  certainement  très-corrompu  ;  on  a  proposé  de  lire  ^/^ôo 
stades  pour  la  distance  cntn:  Zonus  et  laxartes;  mais  le  nom  de  Zonus 
est  curieux  ;  c'est  une  corruption  de  celui  de  -Djikoun  que  les  Orientaux 
ont  de  tout  temps  donne  à  l'Oxus. 


494  LIVRE    CENT    TRENTE-DEUXIÈME. 

prises  le  long  des  rives  du  lac  Arai  ;  on  les  trouve  alors  de 
33 20  stades,  ou  de  83  farsangs  à  40  stades.  Enfin,  si  on 
prend  pour  termes  extrêmes  i  embouchure  la  plus  occi- 
dentale du  Djihoun  et  4a  plus  septentrionale  duSir-déria, 
on  aura  82  farsangs  à  60  stades.  Ainsi ,  les  trois  indica- 
tions données  par  Patrocle,  ou  plutôt  par  les  Persans  qu'il 
avait  consultés,  concourent  à  démontrer  que  les  deux  em- 
bouchures de  rOxus  et  de  Tlaxartes  étaient  à  la  même  dis- 
tance Tune  de  Tautre  où  elles  sont  aujourd'hui  :  donc,  Tun 
et  Tautre  ils  s'écoulaient  dans  le  lac  Aral. 

«  11  reste  donc  prouvé  que  les  Grecs  et  les  Romains 
n'ont  eu  par  eux-mêmes  aucune  notion  sûre  et  positive 
sur  l'embouchure  de  TOxus  ;  mais  les  traditions  qu'ils  ont 
recueillies,  et  quelques  données  géographiques  qui  leur 
sont  parvenues,  rendent  probable  que  ce  fleuve  avait  alors 
le  même  cours  et  la  même  embouchui^  qu'aujourd'hui. 
Les  Grecs  et  les  Romains  ne  l'ont  conduit  dans  la  mer 
Caspienne  que  par  une  conséquence  nécessaire  de  leur  faux 
système  sur  l'étendue  de  cette  mer. 

«  Les  Orientaux  fourniraient  sans  doute  quelques  lu- 
mières sur  cette  matière  obscure;  mais,  ne  pouvant  con- 
sulter leurs  écrits  dans  les  langues  originales ,  nous  ne  pou- 
vons entrer  dans  une  discussion  détaillée  de  leurs  opi- 
nions. Ibn-Haukal^  suivi  par  Aboulfeda ,  décrit  le  cours  du 
ileuve  Djihoun  conformément  à  nos  cartes  modernes ,  et 
lui  assigne  son  embouchure  dans  le  lac  de  Khot^arezmj 
que  nous  appelons  la  mer  d'Aral.  Aboulfeda  cite,  mais 
sans  l'approuver,  l'assertion  de  Rasmol  Mamouri,  se- 
lon lequel  un  bras  du  Djihoun  se  jetterait  dans  la  mer 
Verte[^)^  c'est-à-dire  dans  le  golfe  Persique.  Le  géographe 
turc  Hadgi-Klmlfah  dit,  d'après  Hamdoulah,  gragraphe 


CO  Aboulfeda ,  Reiskii^  d'après  Busching.  Magasin  géogr. ,  IV,    169. 
Ibii  Haukaly  oriental  Geograpby,  par  Ouseley,  p.  a4i  sgq,  atiS. 


ASIE  :  Me^  Caspienne.  495 

persan,  qu'un  bras  de  FOxus  se  dirige  vers  la  mei*  Cas- 
pienne, en  traversant  à  grand  bruit  la  vallée  de  Khèrlavah, 
Le  voyageur  Abdoul  Keryniy  qui  visita  les  lieux  en  i^So- 
1740»  affirme  que  le  Djihoun,  «  loin  d  arriver  dans  le  Ma- 
«  zanderan  (rHyrcapie),  comme  lont  dit  quelques  auteurs, 
«  n  arrive  pas  même  jusqu'au  lac  de  Khovarezm ,  attendu 
«  que  de  fréquentes  saignées,  réclamées  parles  besoins  de 
«  lagriciilture ,  en  absorbent  entièrement  les  eaux  (0.  ^ 

«  Les  voyageurs  européens  des  XVP  et  XVIF  siècles 
nous  paraissent  avoir  vu  les  faits  moins  par  leurs  propres 
yeux  qu'à  travers  le  prisme  trompeur  que  leur  présentait 
la  géographie  de  Ptqlémée.  S'il  n'en  eût  pas  été  ainsi,  ces 
voyageurs  seraient-ils  tombés  dans  tant  de  contradictions  ? 
Hanwaff  Bruce  et  lenkinson  prétendent  tous  connaître  un 
bras  desséché  de  l'Oxus,  qui  autrefois  en  conduisait  les 
eaux ,  ou  du  moins  une  partie  des  eaux ,  dans  la  mer 
Caspienne.  Mais  l'un  d'eux  trouve  l'embouchure  de  ce 
bras  près  de  Sellisoure ,  par  4^  degrés  et  demi  ;  l'autre , 
dans  la  gi'ande  baie  de  Balkan,  par  89  degrés;  le  grand 
Atlas  russe  le  fixe  au  petit  golfe  de  Balkan.  On  n'est  pas 
plus  d'accord  sur  l'endroit  où  ce  bras  de  l'OxUs  se  dé- 
tache du  bras  qui  coule  dans  le  lac  d'Aral;  les  uns  placent 
le  point  de  départ  à  Hezàr-aSb ,  les  autres  à  Vazirkend  ;  il 
y  en  a  qui  descendent  jusqu'à  Ourghendj.  Enfin,  l'époque 
du  prétendu  dessèchement  de  ce  bras  par  les  Tatares  est 
également  un  sujet  d'incertitude  et  d'assertions  conti'adic- 
toires.  Les  Arabes,  que  noiis  venons  de  citer,  n'admettent 
point  l'idée  d'un  dessèchement  moderne  ;  il  a  dû  être  anté- 
rieur à  Ibn-Haukal,  c'est-à-dire  au  X®  siècle  :  les  Russes, 
au  contraire,  prétendent  qu'il  a  été  fait  vers  l'an  17 19, 
pour  empêcher  leurs  projets  de  conquête. 

«  Examinons  en    détail    le  récit  des  Russes   au    sujet 

(0  Ccllcction  des  Voyages,  par  M.  Langlès  ,  ï,  p.  55  sqq. 


496  LIVRE    CENT    TRENTE-DEUXIÈME. 

de  cette  prétendue  dérivation  des  eaux  du  Djihoun(0. 
•  Pierre-le-Grand  avait  entendu  parler  des  sables  d  or 
que  roule  le  Kisil-déria,  fleuve  qui,  venant  de  lest,  se 
jette  dans  le  Djihoun,  et  que  Ton  confond  quelquefois  avec 
celui-ci.  U  résolut  de  s'emparer  d'un  pays  où  il  espérait 
trouver  des  mines  très-riches ,  et  par  lequel  il  pouvait  d'ail- 
leurs ouvrir  un  commerce  avec  Tlude.  Des  maiîns  furent 
envoyés  chercher  l'embouchure  du  Kisii-déria,  que  l'on 
supposait  se  jeter  dans  la  mer  Caspienne.  On  trouva  une 
rivière  quelconque ,  peut-être  le  Tedjen  ,  qu'on  prit  pour 
le  Kisil-déria.  Les  savans  consultés  décidèrent  que  c'était 
rOxus;  une  expédition  fut  résolue  et  préparée.  Alexandre 
Beckeifitchj  fils  d'un  prince  circassien ,  capitaine  de  la  garde 
du  tzar,  et  sachant  la  langue  tatare,  fut  chargé  de  conduire 
un  corps  de  3ooo  hommes  aux  prétendues  embouchures 
du  Kisil-déria,  et  de  se  mettre  en  possession  des  contrées 
adjacentes.  Les  ïatares ,  inquiets  de  voir  les  Russes  reve- 
nir plusieurs  fois  à  ce  même  endroit,  détournèrent,  dit-on, 
le  cours  du  fleuve,  en  le  barrant  par  une  forte  digue,  et  le 
conduisant  par  trois  canaux  dans  le  lac  Aral.  Beckevitch 
arrive  avec  son  armée ,  et  cherche  en  vain  le  fleuve  par  où 
il  comptait  remonter  jusqu'à  Khiva.  U  ne  se  laisse  point 
effrayer  par  ce  contre-temps  ;  il  construit  en  pierre  cal- 
caire, cimentée  de  chaux  et  de  coquillages,  sur  le  promon- 
toire Karaganskoï,  un  fort  qui  devait  lui  servir  de  place 
d'armes ,  et  avance  ensuite  avec  ses  troupes  contre  Khiva. 
Le  khan  marche  à  sa  rencontre  avec  une  nombreuse  ar- 
mée; l'artillerie  européenne  décide  promptement  la  vic- 
toire. Le  khan,  vaincu  et  privé  d'espoir,  envoie  demander 
au  général  russe  quels  sont  les  griefs  de  la  Russie,  et  quels 
sacrifices  on  exige  de  lui.  Beckevitph,  plein  de  l'idée  de  la 


(0  Alùller,  Sammlung  russisclicr  geschichten  (Mémoires  pour  servir 
à  rhistoirc  de  la  Russie,  vol.  Vil  ). 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  497 

prétendue  dérivation  du  fleuve  Kizil-déria ,  demande  au 
khan  de  faire  abattre  les  digues  qui  empêchaient  le  fleuve 
de  couler  vers  la  mer  Caspienne,  et  de  lui  rendre  son  an- 
cien cours.  Le  prince  tatare  répond  que  cette  opération 
est  au-de$su6  de  ses  forces  y  et  qu'il  n  est  plus  possible  de 
fermer  les  canaux  dans  lesquels  le  fleuve  a  déjà  pris  sa 
nouvelle  direction.  Beckevitch  déclare  alors  qu'il  exécutera 
cet  ouvrage  avec  ses  propres  gens,  pourvu  quon  garan»- 
tisse  sa  sûreté  en  lui  donnant  des  otages.  Les  Tatares  ac- 
cèdent avec  plaisii'  à  cette  proposition.  Les  otages  sont 
donnés,  et  seiTent  en  même  temps  de  guides  à  larmée 
russe ,  qui  marche  pendant  cinq  jours  vers  le  prétendu  lit 
desséché  du  fleuve.  Partout  on  ne  rencontrait  que  de  pe- 
tites mares  d  eau  stagnante.  La  soif  dévorait  les  soldats. 
Les  guides,  dans  les  vues  les  plus  perfides,  proposent  aux 
Russes  de  se  séparer  en  petites  troupes,  et  de  suivre  dif- 
férentes routes.  La  nécessité  force  le  chef  des  Russes  à 
suivre  le  conseil  des  ennemis.  A  peine  la  petite  armée  russe 
s'-est-elle  disséminée  dans  ces  déserts  mai  connus,  que  les 
Tatares,  qui  la  guettaient,  attaquent  de  toutes  parts  ces 
faibles  détachemens.  Les  uns  périssent  sous  le  glaive,  les 
autres  sont  réduits  en  esclavage.  L'infortuné  Beckevitch , 
conduit  devant  le  khan ,  est  haché  en  morceaux;  un  tam- 
bour, couvert  des  lambeaux  de  sa  peau  écorchée,  et  con- 
servé à  Khiva  comme  trophée,  atteste  à  la  postérité  la 
désastreuse  issue  de  cette  expédition ,  conçue  et  conduite 
sans  prudence.  La  Russie  apprit  ces  événemens  par  ceux 
des  soldats  qui,  laissés  dans  le  fort  de  Karaganskoï, 
purent  se  sauver  à  bord  des  vaisseaux  qui  les  avaient 
amenés. 

«  Ce  récit  doit-il  nous  faire  changer  d  opinion  à  l'égard 
de  lancien  cours  de  l'Oxus?  Il  nous  semble  qu*il  est 
impossible  d'admetti^e  qu'une  faible  nation  tatare  ait,  en 

une  ou  deux  années,  exécuté  les  travaux  immenses  queùt 
VIII.  3a 


498  LIVRE    CENT    TRENTE-DETJXTEME. 

exigés  la  dérivation  d'un  grand  fleuve.  Il  est  plus  facile  à 
concevoir  qu'un  détachement  russe ,  envoyé  en  avant  pour 
reconnaître  la  prétendue  embouchure  du  Kizil-dérîa,  ait 
pu  se  tromper  en  se  contentant  de  remonter,  pendant  une 
lieue  ou  deux,  le  premier  torrent  gonflé  d'eau  de  pluie 
qu'il  aura  rencontré.  Les  Tatares,  voyant  Beckevitch  obs- 
tiné à  suivre  un  projet  chimérique,  se  seront  bien  gardés 
de  lui  dire  la  vérité,  puisque  Terreur  leur  devait  être 
utile. 

«  Toutes  ces  questions  seraient  décidées,  si  un  voyageur 
instruit,  le  baromètre  à  la  main,  pouvait  aller  par  terre 
de  GourJef  à  Asterabad ,  en  tournant  la  mer  Caspienne  par 
4'orient.  Les  cartes  russes  admettent  des  vallées  sablon- 
neuses entre  le  cours  actuel  de  l'Oxus  et  la  mer  Caspienne; 
mais  sur  quelles  autorités  se  fondent-elles .^^  Géorgi,  dans  sa 
Description  de  la  Russie,  et  Gmelin,  dans  ses  Voyages,  re- 
présentent ce  pays  comme  rempli  d'une  chaîne  de  monta- 
gnes, qui,  sortant  de  la  steppe  des  Kirghiz,  se  continue 
jusqu'à  Asterabad,  en  séparant  entièrement  le  bassin  du 
lac  Aral  de  celui  de  la  mer  Caspienne. 

«  Nous  ne  pouvons  juger  ce  procès  ;  mais  nous  en  avons 
fait  un  rapport  aussi  clair  que  les  connaissances  actuelles 
le  permettent  (i).  » 

(0  Ce  procès  parait  être  aujourd'hui  définitivemeut  jugé  :  le  voyage  de 
M.  Mouraviev,  celui  du  baron  de  Meyendorflf ,  celui  de  M.  de  Humboldt , 
et  une  série  de  nivellemens  barométriques  faits  par  MM.  Duhamel  et 
Anjou  pendant  l'expédition  du  colonel  Bcrg,  et  quelques  autres  encore, 
tels  que  MM.  de  Parroz ,  lïcngclhardt ,  Hofmann ,  Ilelmerseii  et  de  Ham- 
boldt ,  donnent  lieu  de  penser  qu'à  une  époque  ancienne ,  mais  cependant 
historique ,  la  mer  Caspienne  était  beaucoup  plus  éteiAlue  qu'aujourd'hui; 
peut-être,  ainsi  que  l'avait  présumé  Pallas,  se  prolongeait-elle  à  i  aS  lieues 
plus  au  nord  et  à  l'ouest  Jusqu'à  la  mer  d'Azof;  mais  il  y  a  tout  lieu  de 
croire,  avec  ce  savant  voyageur ,  qu'à  l'est  elle  se  réunissait  au  lac  Aral. 
Le  dessèchement  graduel  des  lacs  et  des  rivières  dans  la  partie  occiden- 
tale de  TAsie-Moyenne  suffirait  pour  donner  une  grande  prohabilitë  à 
vxttc  opinion.  Mais  lorsque  l'on  considère  que  le  capitaine  Mouraviev  a 


ASIE  :  Mer  Caspienne.  499 

reconnu  les  anciens  bords  de  la  mer  Caspienne  entre  les  côtes  actuelles  et 
l'extrémité  méridionale  du  lac  Aral  ;  que  le  Djan-déria  ou  le  bras  mé- 
ridional et  le  plus  considérable  des  trois  par  lesquels  le  Sir-déria  ,  l'an- 
cien laxartes ,  se  jette  dans  ce  lac ,  s'est  desséché  depuis  dix  ans  ;  que 
le  Kou\fan-déiiat  qui  forme  le  bras  du  milieu ,  a  diminué  considérable- 
ment en  cent  ans  ;  que  ce  dessèchement  est  tellement  rapide  que  le  co- 
lonel George  de  Meyendorff  cite  a  ce  sujet  le  témoignage  d'une  foule  de 
Kirghiz  qui  lui  assurèrent  que  leurs  pères  avaient  vu  les  eaux  du  lac  Aral 
s'étendre  jusqu'au  pied  du  Sari-boulac,  colline  éloignée  aujourd'hui  de 
i5  lieues  de  ses  rives,  et  que  le  Camechln-bach,  grande  baie  du  Sir-déria, 
s'est  reculé  de  trois  quarts  de  lieue  en  moins  de  quatre  ans  ;  n'est-on  pas 
en  droit  d'en  conclure  que  la  mer  Caspienne  a  dû  comprendre  jadis  le  lac 
Aral?  Les  environs  de  ce  lac  démontrent  si  clairement  que  ses  bords 
se  sont  rétrécis  ;  la  marche  des  sables  mouvans  qui  ont  contribué  si 
puissamment  à  diminuer  sa  surface  est  encore  si  rapide ,  que  le  témoi- 
gnage des  Kirghiz  est  ici  du  plus  grand  poids  pour  prouver  que  les  an- 
ciens n'avaient  pas  tort  de  donner  à  la  mer  Caspienne  une  étendue  beau- 
coup plus  grande  vers  l'est  qu'elle  ne  l'a  de  nos  jours.  D'ailleurs  ce  lac 
appartient  à  la  grande  dépression  du  bassin  de  la  mer  Caspienne  :  il  est, 
à  la  vérité ,  ainsi  que  l'a  reconnu  M.  de  Humboldt  »  à  1 14  pieds  au-dessous 
du  niveau  des  eaux  de  cette  mer,  mais  à  186  pieds  au-dessous  de  celles 
de  l'Océan.  11  est  donc  évident  que  si  les  anciens  n'ont  pas  parlé  de  ce  lac, 
c'est  qu'il  n'e.\istait  pas  encore  de  leur  temps  ;  c'est  que  la  mer  Caspienne 
ne  l'avait  point  formé  en  se  rétrécissant.  Du  temps  d'Hérodote,  ainsi 
que  l'a  fait  observer  M.  Klaproth,  le  bras  du  laxartes,  appelé 
Araxes ,  tombait  dans  la  mer  Caspienne  ;  3y  autres  bras  de  ce  fleuve  se 
perdaient  dans  des  marécages  qui  vraisemblablement  ont  séché ,  et  qui 
font  partie  de  la  steppe  des  Kirghiz.  Si  l'ancienne  mer  Caspienne  a  des- 
séché, ajoute  le  savant  orientaliste,  et  si  le  lac  Aral  est  le  reste  de  sa 
partie  orientale,  il  paraît  vraisemblable  qu'il  doit  être  plus  haut  que  la 
mer  Caspienne  de  nos  jours.  Et  en  effet  les  différens  nivellemens  ont 
prouvé  cette  élévation  dont  nous  venons  de  donner  plus  haut  la  dernière 
évaluation.  (Voyez  ce  que  nous  avons  dit  tome  I",  pages  a5i  et  a5a  de 
ce  Prtkis  ,  dans  une  note.  —  Voyez  encore  Notice  sur  la  mer  Caspienne , 
par  M.  Klaproth  :  Mémoires  relatifs  à  l'Asie,  toni.  111 ,  p.  27 1.  — Foya^e 
d'Orenbourg  à  £oukhara,  par  M.  le  baron  G.  de  Meyendorff ,  pag.  35. 
—  Foyage  en  Turcomanie  et  à  Khlua^  par  M.  jjlourai^ie^^ ,  p.  97. -r- 
Voyez  enfin  les  Fragmens  de  Géologie  et  de  Climatologie  asiatiques , 
par  M.  de  Humboltlt,  tom   I).  J.  H. 


3 


'i 


LIVRE  CENT  TRENTE-TROISIÈME. 

Suite  «le  la  Description  de  l'Asie.  —  Tatarie  indépendante  ouTur- 
kestan ,  comprenant  le  pays  des  Kirgliiz ,  le  khanat  de  Khokan  , 
la  Turcomanie,  le  klianat  de  Kliiva,  la  Graude-Boukharie,  les 
khanats  de  Clicrzbz  et  de  flissar,  le  Badackhchan  ,  le  khanat  de 
Bnlkh  et  ceux  d'Ankoï ,  de  Meïmaneb,  de  Khoulm ,  de  Koundouz, 
de  Taliklian,  de  Dervazeh,  de  Koiilab,  d'Abi-gherm ,  de  Ra- 
inid,  etc. 


«Les  contrées  à  Test' de  la  mer  Caspienne,  qu'arrosent 
rOxus  et  riaxartes ,  portaient  chez  les  Grecs  le  nom  de 
Scythie  asiatique.  Il  est  possible,  et  même  vraisemblable, 
que  les  véritables  Scythes  d'Europe,  les  peuples  de  la  race 
finnoise,  dont  nous  avons  parlé  à  leur  place,  aient  occupé 
ce  pays  à  une  époque  très-reculée  ;  mais  les  nations  que 
l'histoire  connaît  comme  habitans  de  la  Scythie  d*Asie,  pa- 
raissent ne  pas  avoir  différé  d'origine  avec  les  Tatares  ou 
Tatars  actuels.  Les  dénominations  tatares  des  fleuves,  des 
montagnes  et  des  provinces  (i)?  se  reconnaissent  au  milieu 
des  noms  persans  consacrés  par  la  géographie  gi*ecque  de- 
puis Alexandre,  et  l'on  n'y  a  retrouvé  aucune  trace  de» 
langues  finnoises.  D'ailleurs,  l'histoire,  depuis  le  siècle 
d'Alexandre  jusqu'au  IV**  ou  V®  siècle,  ne  connaît  avec  cer- 
titude aucune  grande  migration  des  peuples  qui  ait  pu 
amener  dans  ces  régions  de  nouvelles  colonies. 

«  Mais  des  tribus  belliqueuses  et  nomades  durent  souvent 
changer  de  rang,  de  nom  et  de  situation.  Les  Saces  et  les 
Massagètes  disparurent  de  la  carte  entre  le  II*  et  le  IV® 
siècle;  la  Perse  et  Byzance  apprirent  à  connaître  les  re- 

(0  Khowarezm  ,  Chorasmîa  (  Ptol. ,  Strab.  ).  Khaiizm  ^  Cliarasmii 
(  Herod.  ).  Uzesy  Ulii  (lïerotl.  );  Uitii  (  Strab.  ).  Tokharestan,  Todiari. 
Sakita,  (d'Anvillc)  Sacîe.  Turks  ^  Turcae  (  Pomp.  Mcl.).  Vjihotm,  Zonus 
(Plin.  ).  Sihouiif  Silys  (Pliii.  ).  Mus-Tag ^  Iniaus,  olc 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan,         5oi 

dou tables  noms  des  Turcs  de  la  Transoxiane  et  des  Huns 
blancs  ou  Ephthalites  :  ces  derniers ,  nommés  ainsi 
parce  qu'ils  demeuraient  sur  TOxus,  appelé  Aptelah  en 
persan,  étaient  probablement  des  Turcs;  et  peut-être  ne 
diffèrent-ils  point  des  Ouzes  ou  Ouzbeksy  qui,  après  plu- 
sieurs révolutions,  sont  restés  maîti*es  de  la'Grande-Bou- 
kharie.  Les  Turcs,  dont  la  capitale  était  Taraz,  et  ensuite 
Otrar,  donnèrent  à  une  grande  étendue  de  pays  le  nom  de 
Turkestan,  Toutes  les  nations  que  nous  désignons  sous  le 
nom  deTatares,  reconnaissent  celui  de  Turcs  pour  leur  ap- 
pellation commune  (0-  H  n'est  pas  encore  décidé  qu'il  faille 
rayer  ce  nom  dans  Pomponîus  Mêla  et  dans  Pline  {2)  ;  s'il  y 
est  conservé,  il  remonte  au-delà  de  l'époque  de  ces  abré- 
viateurs.  Sa  célébrité  est  répandue  dans  les  saga's  des  Is- 
landais (3) ,  et  semble  indiquer  d'anciennes  liaisons  entre 
les  Goths  et  les  nations  turques  ;  liaisons  dont  les  traces  se 
retrouvent  dans  les  langues. 

«  Ce  n'est  que  dans  le  XII*  siècle  que  le  nom  de  Tar- 
taresy  ou  plus  exactement  Tatars,  devint  célèbre  en  Europe. 
Aboul-Ghazi  affirme  qu'il  y  eut  parmi  les  hordes  turques 
une  tribu  nommée  Tatars^  et  il  en  parle  comme  de  l'une 
des  plus  considérables  parties  de  la  grande  nation  turque  (4). 

(0  Bytschhow ,  Orcnbiirgskaia  topografia,  t.  I,  cli.  1.  Fischer,  Quœs- 
tiones  petropoUtanœ ,  p.  58.  D*An\>ille^  Mém.  de  TAcacl.  des  Inscript. , 
t.  LU,  p.  201. — (*)  PUn.,Vl,  7,  Turcîe,  usque  ad  solitudines  sal- 
tuosis  coDvallibus  aspcras.  Pomp.  Mêla,  I,  21.  Comp.  llerod.,  IV,  aa. 

0)  StionH) ,  Hcimskringla ,  1,  p.  2.  Hervarar  Saga,  p.  I ,,  cap.  i. 
Langfedgatal f  etc. 

(4)  Voici  la  traduction  du  passage  d'Aboul-Gl»azi ,  donnée  par  M.  Kla- 
proth  :  «  Dans  ce  temps-lk  le  roi  des  Mogouls  était  originaire  de  la  tribu 
«  des  Gourlas.  Il  envoya  des  ambassadeurs  à  tous  les  peuples  pour  leur 
n  annoncer  la  sortie  d^lrgene  Koiin.  Quelques  uns  la  voyaient  avec  plai- 
u  sir,  d'autres  avec  un  mauvais  œil.  La  nation  des  Tatars  était  méchante» 
«  et  faisait  beaucoup  de  guerres.  Les  Tafars  et  les  Mogouls  se  mesurèrent 
<c  en  bataille  rangée,  ri  les  derniers  furent  victorieux;  ils  passèrent  les 
n  grands  au  (il  de  l'épéc ,  cl  rcduisirenf  les  jeunes  gens  en  captivité. 
f(  Pendant  4^0  ans  ils  s'étaient  considérablement  augmentés  et  avaient 


5o2  LIVRF    CENT    TRENTE-TROISIEME. 

Il  dit  encore  que  ces  Tatars  se  partagèrent  en  plusieurs 
tribus,  et  qu'une  d'elles  eut  des  guerres  sanglantes  à  sou- 
tenir contre  les  Chinois  :  ce  qui  s'accorde  fort  bien  avec 
les  annales  de  la  Chine  (0.  Une  opinion  différente  con- 
sidère la  dénomination  de  Tatars  comme  étrangère  aux 
nations  turques,  et  comme  leur  ayant  été  donnée  par  les 
Chinois;  il  paraît  en  effet  que  ceux-ci  nomment  Tata  les 
nations  nomades  de  l'Asie  centrale  (2).  Enfin,  M.  Klaproth 
a  prouve  que  les  Tatars  étaient  une  tribu  mongole  et  non 
pas  turque.  « 

Nous  allons  exposer  en  peu  de  mots  sur  quoi  se  fonde 
l'opinion  de  ce  savant.  Les  Chinois  ne  connurent  les  Tatars 
que  dans  le  IX®  siècle  de  notre  ère.  Ils  les  appelèrent  alors 
Thata^  et  plus  tard  Tha  tha  ew/,  parce  qu'ils  ne  prononcent 
pas  l'r  et  le  remplacent  par  euL  Dans  la  grande  géographie 
de  la  dynastie  Ming,  on  lit  ce  qui  suit  à  propos  des  Tatars: 
«  Dans  le  temps  de  la  dynastie  des  Soung  et  des  Khitans 
«  (  au  XP  siècle  )  ,  quelques  petites  hordes  devinrent  puis- 
«  santés,  comme  Xt^^Moung  kou  (Mongols),  les  Thai  tcfU 
1  (  Taitchout  ) ,  les  Tka  tha  eul  (  Tatars  )  et  les  Khe  lie 
«  (Rerit);  toutes  ces  hordes  furent  réunies  sous  la  domi- 
«  nation  des  Moung  kou  qui  firent  avec  eux  la  conquête  de 
«  la  Chine.  »  D'après  ce  passage ,  il  est  déjà  évident  que  les 
Tatars  et  les  Mongols  sont  des  tribus  d'un  même  peuple. 

«  acquis  des  richesses.  Ils  habitèrent  derechef  leur  ancienne  pafrie. 
«  Dans  le  même  pays  demeurèrent  aussi  des  Iribus  de  la  nation  turque, 
«  parmi  les((uellcs  il  n'y  en  avait  pas  une  plus  nombreuse  et  plus  brave 
K  que  celle  des  Tatars,  Après  la  sortie  d'Irgene  Koun^  les  Mogouls 
«  battirent  les  Tatars;  et  quand  ils  furent  de  retour  dans  leur  patrie, 
«  ils  dominèrent  sur  les  Tatars  et  sur  tous  les  autres  peuples.  Des  tribux 
«  qui  n'étaient  pas  Mogouls  étant  venues  se  mettre  sous  leur  protection  , 
«  se  disaient  aussi  Mogouls.  »  M.  Klaproth  fait  observer  que  dans  ce 
passage  Aboul-Gliazi  parle  des  Tatars  blattes  ou  Oiaigouts  qui ,  en  effet , 
appartiennent  à  la  nation  turque.  {Mémoire  sur  les  Tatars.  ) 

(0  Histoire  généalogique  des  Tatars,  p.  167  ;  Histoire  de  l'empire  de» 
Mogouls,  p.  5. — (0  FisdeloUy  Biblioth.  orient. ,  p.   147. 


ASIE  :  Tatarie  indép,  ou  Turkestan.         5o3 

Mais  il  y  avait  trois  tribus  de  Tatars  :  c'est  ce  que  nous 
apprend  Meng  Koung^  général  et  historien  chinois,  mort 
en  1246,  qui  commandait  un  corps  d'armée  envoyé  par  le 
gouvernement  chinois  au  secours  des  Mongols  contre  les 
Kiriy  et  qui  eut  ainsi  l'occasion  de  recueillir  des  renseigne- 
mens  exacts  sur  ce  peuple.  Les  Tatars  blancs^  qui  n'avaient 
rien  de  rebutant  dans  leur  extérieur^  et  qui  se  faisaient  des 
incisions  aux  joues ,  étaient  une  horde  turque  ;  leur  prince, 
du  temps  de  Djenghiz-Khan ,  tirait  son  origine  des  anciens 
khans   des  Thou  khine  ou   Turcs  de  F  Altaï,   Les  Tatars 
sauvages  étaient  stupides  et  servaient  d'esclaves  aux  pre- 
miers. Les  Tatars  noirs ^  parmi  lesquels  naquit  Djenghiz- 
Rhan,  portaient  le  petit  nom  de  Temondjin.  Ce  sont  les 
Tatars  noirs  qui  postérieurement  ont  reçu  le  nom  de  Mon- 
gols ou  Moung  kou  en  chinois,  ils  étaient  soumis  aux  Ta- 
tars blancs  ou  Turcs,  et  se  trouvaient  avec  eux  sous  la  dé- 
nomination de  Liao^  et  plus  tard  sous  celle  de  Kin  ou  A/m 
tchi.  Après  la  mort  de  son  père  Yesougai^  Djenghiz-Khan 
soumit  les  Tatars  blancs  qui  s'étaient  révoltés,  et  devint 
chef  de  toutes  les  tribus  tatares.  Il  garda  pour  ses  sujets 
le  titre  honorifique  de  Monggol^  qui  fut  celui  de  sa  horde 
et  qui  depuis  resta  à  la  nation  entière. 

D'après  tous  ces  faits,  on  ne  peut  douter  que  les  déno- 
minations de  Mongol  et  de  Tatar  ne  soient  synonymes  et 
n'appartiennent  à  une  seule  et  même  nation. 

«  Quoi  qu'il  en  soit,  le  nom  de  Tatars^  changé  en  celui 
de  Tartares^  malgré  les  réclamations  des  savans  (i) ,  et  que 
l'on  pourrait  écrire  Tatares  pour  se  rapprocher  de  l'or- 
thographe de  ce  dernier  nom,  eut  une  telle  vogue  dans 
les  XIV%  XV®  et  XVP  siècles,  qu'il  envahit  toute  l'Asie 
centrale  et  septentrionale.  Il  engloutit  celui  des  Mongols, 
quoique  ceux-ci  régnassent  sur  les  Tartares  j  on  doit  peut- 

(0  Leunclavius  f  Pandect.  hisfor.  Turc.  Lartglès,  Pallas,  etc, 


5o4  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIÈMB. 

être  en  chercher  la  cause  dans  les  victoires  mêmes  de 
Djenghîz  Khan.  »  G  est  à  la  même  cause  qu'il  faut^attribuer 
la  confusion  qui  s'est  établie  relativement  aux  dénomma^ 
tions  de  Turcs  et  de  Tatars^  bien  que  ceux*ci  soient  les 
méme«  que  les  Mongols;  c'est  à  la  même  cause,  enfin ,  qu'il 
iaut  attribuer  la  dénomination  de  Tatars  donnée  à  toutes 
les  tribus  turques  qui  ne  sont  paâ  comprises  dans  les  limites 
de  lempire  Ottoman. 

Quand  Touchi-Khan  ^  fils  de  Djenghiz ,  fit  la  conquête 
d'une  partie  du  nord-ouest  de  l'Asie  et  de  l'orient  de  l'Eu- 
rope,  dit  M.  Klaproth,  les  pays  situés  au  nord  dé  la  mer 
Caspienne  ^  et  entre  cette  mei*  et  le  Dnieper,  étaient  princi- 
palement habités  par  des  peuplades  turques  qui  toutes  de- 
vinrent les  sujets  des  conquérans  tatars.  Ceux-ci  fondèrent 
l'empire  du  Kaptchak  qui  s'étendait  depuis  le  Dniester  jus- 
qu'à  la  lemba  ^  et  se  terminait  à  l'orient  avec  la  steppe  des 
Kii*ghiz.  Les  princes  de  cet  empire  étaient  Tatars,  mais  la 
plus  grande  partie  de  leurs  sujets  étaient  Turcs.  Vers 
la  fin  du  XY^  siècle >  l'empire  du  Kaptchak  fut  divisé  en 
plusieurs  khanats  dont  les  chefs  descendaient  de  Djenghiz: 
ils  étaient  donc  Mongols  ou  Tatars,  «  Cependant  les  ar- 
«  mées  de  cette  dernière  nation^  venues  de  l'intérieur  de 
«  l'Asie^  n'existaient  plus;  l'usage  de'  la  langue  mongole 
«  même  s'était  perdu,  et  les  khans  étaient  entourés  de 
«  soldats  et  de  sujets  turcs,  issus  des  anciens  habitans 
«  du  pays.  Malgré  cela,  ces  khanats  furent  toujours  ap« 
«  pelés  Tatars ,  parce  que  les  princes  étaient  Mongols. 
«  On  disait  le  royaume  des  Tatars  d'Astrakhan ,  de 
«  Ka^an  et  de  la  Crimée.  Même  après  la  soumission  de 
•r  ces  pays  au  sceptre  des  tzars ,  la  dénomination  de  Tatai's 
«  resta  aux  habitans  turcs.  Leur  langue  fut  aussi  appelée 
«  tatare.  Mais  si  l'on  demande  à  un  soi-disant  Tatav  de 
«  Kazan  ou  d'Astrakhan,  s'il  est  un  Tatar,  il  répond  né- 
«  gativement  ;  il  appelle  aussi  l'idiome  qu'il  parle  turkè  et 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        5o5 

<t  jamais  tatarL  N  ayant  pas  oublié  que  ses  aneêtres  otit 
«  ^té  subjugués  par  les  Mongols  ou  Tatars^  il  regarde 
«  le  nom  de  ces  derniers  comme  une  injure  qui  équivaut  au 
«  mot  voleur  [^),  » 

«  Les  Tatares  dont  il  est  question  ici ,  c  est^à-^ire  ]e& 
Turcs,  diffièrent  autant  des  Mongols  par  leurs  traits^ 
leur  constitution  physique  et  leur  langue ,  que  les  Maure» 
diffèrent  des  Nègres.  Une  taille  élancée,  des  visages 
européens,  quoique  teints  un  peu  ert  jaune ,  de»  cheveux 
bouclés,  une  longue  barbe,  distinguent  le  Turc  du  mons- 
tre difforme,  trapu,  au  nez  écrasé,  aux  joues  saillantes^  atr 
menton  presque  imberbe,  aux  cheveux  raides,  qui  habite 
les  déserts  de  la  Mongolie.  Les  pays  de  ces  deux  races  con- 
stituent aussi  deux  régions  physiques.  Les  Mongols,  dont 
les  Kalmouks  sont  une  branche,  occupent  tout  le  plateau 
central  depuis  le  lac  Palcati  et  depuis  le  mont  Belour  jus- 
qu'à la  Grande-Muraille  et  jusqu'aux  monts  Siolki^  appelés 
plus  exactement  les  monts  Hing^an,  lesquels  séparent  ces 
peuples  des  Mantchoux ,  tribu  de  la  grande  race  des  Toun- 
gouses.  Les  Turcs  sont  restés  définitivement  les  maîtres  de 
la  vaste  contrée  qui,  des  monts  Belour,  s  étend  vers  le  lac 
Aral  et  la  mer  Caspienne,  et  qu'on  appelle  improprement 
Ta^ar/e,  tandis  qu'on  devrait  la  nommer  Turkestan^ 

«  Il  est  vrai  que  les  Tatares  ont  habité  et  même  dominé 
dans  la  Petite-Boukharie  ;  mais  ils  y  ont  été  subjugués  par 
les  Kalmouks.  D'un  autre  côté ,  les  Tatares  ont  possédé  les 
royaumes  ou  khanats  de  Sibir  ou  Sibérie ,  nommés  aussi  de 
Toura-,  de  Kazan,  d'Astrakhan  et  de  Krim  ou  Crimée; mais 
ces  quatre  Etats  sont  tombés  au  pouvoir  des  Russes.  Il  y  est 
resté  un  certain  nombre  de  Tatares;  les  uns  sur  le  Tobol 
et  rinyche,  jusqu'à  l'Ienisseï  en  Sibériç_,  les  autres  aux 


(0  Kluproth  :  Mc^moiro  sur  les  Tatars,  dans  la  colleclion  des  Mémoirch. 
relatifs  à  TAsie ,  (om.  I,  p.  461. 


5o6  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIEME. 

«nvirons  de  Kazan  ;  un  petit  nombre  est  demeuré  en  Cri- 
mée; enfin,  le  Caucase  en  recèle  quelques  tribus  réfugiées.. 
Voilà  Textension  de  la  Tatarie  dans  le  sens  historique ,  ou 
considérée  comme  le  pays  tatare.  Mais  les  nations  turques, 
indépendantes,  sont  circonscrites  dans  des  limites  plus 
étroites  ;  elles  n*occupent  que  la  région  physique ,  bornée  au 
nord  par  les  monts  Alglddin  tsano  ou  le  cours  de  Tlrtyche , 
à  louest  par  le  cours  de  l'Oural  et  la  mer  Caspienne ,  au 
^ud  par  le  Khorassan  y  à  Test  par  les  chaînes  de  Belour.    . 

«'  Au  nord ,  la  steppe  dichim  et  la  rivière  d'Iaik  ou  de 
l'Oural  les  séparent  de  la  Russie  ;  les  monts  Belour  les  dé- 
fendent contre  la  puissance  chinoise.  A  l'ouest,  la  mer 
Caspienne  leur  donne  une  frontière  naturelle;  mais  au  sud 
il  leur  manque  une  semblable  barrière  pour  les  garantir 
des  invasions  des  Afghans ,  qui  se  sont  rendus  maîtres  de 
la  ville  de  Balkh.  Cependant  la  Géographie  doit  considérer 
le  Turkestan  comme  s  étendant  au  sud- est  jusqu'aux  monts 
HindoU'Kohj  qui  le  séparent  du  Kaboul,  province  ou 
royaume  de  l'Afghanistan. 

«  Ce  pays ,  même  en  excluant  la  steppe  d'Ichiih  réclamée 
par  les  Russes,  a  plus  de  60,000  lieues  carrées  de  super- 
ficie ;  mais  il  ne  nourrit  peut-être  pas  cinq  millions  dTia- 
bitans. 

*  Les  principales  divisions  sont ,  au  nord ,  le  pays  des 
Kirghiz ,  avec  les  districts  des  Karakalpaks  et  des  AralienSy 
et  les  anciens  Etats  de  Tachkend  et  de  Turkestan^  qui 
forment  aujourd'hui  le  khanat  de  Khokhan;  à  l'ouest,  le 
Khovarezm  ou  Kharism^  appelée  aussi  Khivie  ou  khanat  de 
Rhiva,  avec  le  pays  des  Turkomans;  au  sud-est,  la  Grande- 
Boukharie  avec  les  khanats  de  Chehri-sebz  et  de  Hissary  etc. 
Au  sud,  les  khanats  de  Balkh  y  d'Ankoïy  de  Mei-manieh  y  etc. 

»  La  Tatarie ,  telle  que  nous  venons  de  la  circonscrire , 
occupe  à  l'est  de  la  mer  Caspienne  l'immense  dépression 
qui  comprend  une  grande  partie  de  l'Asie  occidentale  et 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.         5oj 

une  faible  partie  de  FEurope  orientale.  Cest  une  suite  de 
bassins  qui  aboutit  au  lac  Aral  et  à  la  mer  Caspienne. 
Le  niveau  dune  grande  partie  de  ce  pays  est,  ainsi  que 
nous  lavons  dit,  au-dessous  de  celui  de  TOcéan;  mais  des 
montagnes  l'encerclent  du  côté  du  sud^  de  l'est,  et  en  par- 
tie du  nord.  « 

Les  principales  montagnes  à  l'orient  sont  celles  de  Be- 
lour  ou  Bolor,  dont  toutes  les  relations  s'accordent  à  faire 
une  grande  chaîne  couverte  d'une  neige  éternelle.  La 
chaîne  du  Belour  ou  Belour^tagh ,  se  nomme  en  ouigour^ 
selon  M.  Klaproth  ,  Bouljt-tagh ,  c'est-à-dire  Mont-de»* 
Nuages  y  à  cause  des  pluies  extraordinaires  qui,  durant 
trois  mois,  tombent  sans  interruption  dans  la  région 
qu'elle  occupe.  Elle  est  si  âpre  et  si  peu  praticable,  qu'il  ne 
s'y  trouve,  dit  M.  de  Humboldt,  que  deux  cols  qui  depuis 
les  temps  les  plus  anciens  ont  été  fréquentés  par  les  armées 
et  les  caravanes  :  l'un,  au  sud-est,  entre  Badahkchpn  et 
Tchitcal,  l'autre  au  nord,  à  l'est  d'Ouchi,  près  des  sources, 
du  Sihoun  ou  Sir-déria  (0.  Sa  partie  méridionale  se  rat- 
tache à  l'ouest  à  Illindou-Koh,  et  à  l'est  au  Kouen-loun. 
Au  nord  elle  se  joint  à  une  chaîne  qui  passe  au  nord-ouest 
de  Kachghar,  et  qui  porte  le  nom  de  col  de  Kachghar  {Kach- 
ghar  Divan  ou  Doi^an  ).  Plus  loin  elle  va  couper  presque  à 
angle  droit  une  chaîne  de  montagnes  qui,  à  l'est,  prend  le 
nom  de  Mouztagh  ou  Thian-Chan,  et  à  l'ouest  celui  â^As- 
ferah'taghy  et  plus  à  l'ouest  encore  celui  ^Ak-tagh  (  Mont- 
Blanc  ou  Neigeux),  et  aussi  celui  ^AUBotoiriy  du  nom 
d'une  cime  qui ,  suivant  le  géographe  arabe  Ibn-al-Ouardi , 
fume  pendant  le  jour ,  est  lumineuse  pendant  la  nuit ,  et 
produit  du  sel  ammoniac.  Au  nord  de  cette  chaîne  s'étend, 
de  l'est  à  l'ouest  et  sur  la  rive  droite  du  Sihoun ,  une  chaîne 
appelée  Ala-tau  ou  Ala-taghy  nom  qui  en  kirghiz  signifie 

(0  Humboldt  :  Fragmen?  de  géologie  et  de  climatologie  asiatiques. 


1.^ 


5o8  LIVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

Monts  tachetés  j  parce  que  les  saillies  de  ses  rochers  noir» 
forment  de  loin  comme  autant  de  taches  et  de  raies  sur 
les  couches  de  neiges  qui  couvrent  sa  cime.  Il  existe  au  pied 
de  cette  chaîne  plusieurs  sources  chaudes. 

«  Toute  la  partie  orientale  du  hassin  du  Djihoun  est 
environnée  et  remplie  de  montagnes  et  de  collines,  à  trar 
vers  lesquelles  le  fleuve  se  fraye  un  passage  :  Fun  de  ce* 
défiles  n  a  que  cent  pas  de  large ,  et  porte  le  nom  persan 
de  Djani'Chir^  ou  Gueule-du-Lion,  qui  en  peint  les  su- 
blimes horreurs  (i).  Immédiatement  après  commencent 
des  plaines  sablonneuses.  * 

Au  nord  du  bassin  de  la  mer  Caspienne  on  ne  ti*ouve 
pas  ce  prolongement  oriental  de  TAltaï  que  la  plupart  des 
cartes  représentent  sous  les  noms  èi  Alghidin-tsano  ou 
Alghidin-cliamo^ei  que  Ton  suppose  aller  s  unir  aux  monts 
Oural  s.  Mais  il  paraît  que  depuis  Tlrtyche  jusqu'aux  sources 
de  richim  il  règne  une  chaîne  de  hauteurs  que  les  Russes 
nomment  Alghinskoe  Khrebet ,  et  les  Kirghiz  Dalaï  Kam-- 
tchat;  c'est  une  suite  de  montagnes  à  filons,  entrecoupées 
de  vastes  plateaux  inclinés;  Tun  de  ces  plateaux  porte  le 
nom  diOuloU'tau  (  la  Grande  Montagne  ).  A  lextrémîté 
orientale  de  cette  chaîne  setend  une  région  de  lacs  jus- 
qu a  lendroit  où  TOural  méridional  envoie  dans  la  plaine 
des  Kirghiz  la  chaîne  de  Moughodjar,  Cette  région  de  lacs 
indique,  suivant  M.  de  Gens,  une  ancienne  communica- 
tion d'une  masse  d  eau  avec  le  lac  Ak-Sakal ,  et  de  là  avec 
celui  d'Aral.  Les  monts  Moughodjar  sont  la  continuation 
des  monts  Gouberlinsk^  qui  sont  eux-mêmes  une  branche 
de  l'Oural.  Ce  sont  des  montagnes  rocailleuses  composées 
de  mamelons  coniques  bizarrement  groupés;  leur  sommet 
le  plus  élevé  est  le  mont  Aïrouky  c'est-à-dire  isolé ^  que 
l'on  nomme  aussi  Aïwurxmk  ou  fourche^  à  cause  de  sa 

(')  Hadgi-Khalfah,  p.  884,  trad.  MS. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.         Sog 

double  cime.  Il  a  900  pieds  de  hauteur  au-dessus  de  s» 
base.  «  Ces  montagnes  prennent  dans  la  steppe  les  noms 
<c  de  Tachkitchou  et  de  Karaoul-tepeh.  D'abord  séparées 
«  par  le  Kir-gheldi,  elles  se  réunissent  à  une  trentaine  de 
«  verstes  de  TOural ,  d  où  elles  se  dirigent  vers  le  sud  en 
«plateau  élevé,  et  forment  ensuite  les  monts  Ourkatch 
«  ou  montagnes  (VOurj  ainsi  nommées  de  TOur  ou  de  TOr, 
«  rivière  qui  baigne  leur  pied.  Près  des  sources  de  cette 
«  rivière,  les  monts  Ourkatch  se  réunissent  aux  monts^ 
«  Moughodjar,  qui  se  dirigent  vers  le  sud-ouest.  Des  moAt» 
«  Ourkatch  paitent  deux  chaînes  de  collines  vers  Touest; 
«  Tune  sépare  le  bassin  de  Fllek  de  ceux  du  Témir  et  de 
H  l'Emba.  Les  monts  lakchi-tagk  longent  la  rive  droite  de 
«  rOur,  et  s'en  séparent  ensuite  pour  aller  se  joindre  aux 
«  monts  Kornadur^  c'est-à-dire  réunion  de  montagnes  (i).  » 

«  D'immenses  steppes ,  ou  plaines  désertes,  occupent 
une  bonne  moitié  du  Turkestan.  Le  pays  des  Kirghiz  en 
forme  presque  la  totalité.  Il  y  a  un  désert  au  nord  de  la 
Grande-Boukharie,  et  un  autre  à  l'ouest.  Le  Khovarezm 
en  est  ceint  de  toutes  parts.  Les  bords  orientaux  de  la 
mer  Caspienne  n'offrent  qu'une  longue  et  triste  chaîne  de 
dunes  et  de  rochers  arides.  Il  paraît  que  tout  le  plat  pays 
compris  entre  les  pieds  des  montagnes  et  les  vallées  des 
(leuves  est  condamné  à  la  sécheresse  et  à  la  stérilité. 

«  Deux  grands  fleuves  arrosent  la  Tatarie  indépendante , 
XAmou  et  le  Sir:  on  ajoute  à  l'un  et  à  l'autre  de  ces  noms 
tatares  le  terme  de  déria  ou  fleuve.  Les  géographes  orien- 
taux nomment  le  premier  Djihoun  et  le  second  Sikoun.  » 

L'Amou,  appelé  dans  les  idiomes  turcs  Amiïn-déria^ 
est ,  suivant  M.  Klaproth ,  le  Veh  ou  Veh-roud  des  livres 
religieux  des  Parsis,  le  Vei  ou  Vei-choui  des  Chinois,  et 
XOxus  des  anciens.  Le  mot  Djihoun,  par  lequel  on  le  dé* 

(0  Baron  G.  de  Meyendorff  :  Voyage  d'Orenbourg  à  Boukhara. 


5lO  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIEME. 

signe  aussi,  paraît  signifier ^ew^^^?.  Il  y  a  un  autre  Djihoun 
dans  r  Asie -Mineure;  les  Arabes  rappellent  Djihân  :  c'est 
le  Pyramos  des  Grecs.  Le  nom  d'Amou-déria  vient  de 
lancienne  ville  d'Amou  ou  d'Amol ,  située  dans  la  province 
persane  du  Khorassan,  qui  est  sur  la  rive  gauche  de  ce 
fleuve.  Le  Djihoun  supérieur  s'appelait  autrefois  Hharrat 
ou  Hasyat^  et  porte  chez  les  Persans  le  nom  de  Peiidj, 
Ses  sources,  encore  peu  connues,  paraissent  être  situées 
vers  le  point  culminant  du  Belour-tagh^  sur  le  versant 
occidental  du  Pouchtihar  (0  ou  Pouchtikhar,  couvert  de 
neiges  perpétuelles.   Elles    sont   cachées    totalement,  dit 
M.  Klaproth,  sous  des  glaces  compactes,  qu'on  dit  épaisses 
de  plus  de  5oo  pieds  sans  aucune  fente.  A  peu  de  distance 
de  ses  sources,  le  fleuve  a  plus  de  5o  pieds  de  largeur;  il  en 
acquiert  bientôt  i25  après  avoir  reçu  plusieurs  torrens; 
enfin  son  bassin  s'élargit,  et  sur  sa  gauche  il  reçoit  7  à  8 
rivières  plus  ou  moins  considérables,  et  sur  sa  droite  le 
Chiber  ou  Adem-Kouch,  dont  la  largeur  est  de  i5o  pieds. 
Plus  bas  il  reçoit,  à  gauche,  le  Noumân,  le  Farghi  ou 
Farghen,  l'Andidjaragh ,  le  Kechem,  l'Anderâh  et  l'Ak- 
saraï;  et,  sur  la  droite,  la  grande  rivière  de  Vakhch  ou 
Vakhch-ab,  ou  l'eau  blanche,  qui  prend  ensuite  le  nom 
de  Sourkh-ab  ou  l'eau  rouge,  rivière  qui  roule  des  paillettes 
d'or,  et  qui  était  en  partie  connue  des  anciens  sous  le  nom 
de  Bascatis.  C'est  après  avoir  été  grossi  par  les  eaux  de  cette 
rivière  et  de  ses  affluens  que  l'Amou  quitte  le  nom  de  Pendj 
pour  prendre  celui  de  Djihoun.  A  10  lieues  plus  bas  il  reçoit, 
à  droite,  une  rivière  considérable  appelée  autrefois  Tcha* 
ghamân ,  et  aujourd'hui  Kafer-nihan  ou  Kafer-nikhan ,  et 
Hissarek.  Plusieurs  cours  d'eau ,  qui  allaient  autrefois  re- 
joindre la  rive  gauche  de  l'Amou-déria,  se  perdent  aujour- 
dliui  dans  les  sables  ou  dans  des  lacs  et  des  marais  qu'ils 

CO  Erakinc  and  U'addingioii  :  Méinoii  es  de  Bal)or ,  p.  27,  29  ,  \\  ,  G7. 


ASiK  :  Tatarie  indép,  ou  Turkestan,         5 1  f 

forment  :  tels  sont,  parmi  les  plus  considérables,  le  Dehâch 
ou  Derouha ,  et  le  Kohek  ou  Zer-afchân,  Après  avoir  reçu 
les  principaux  affluens  que  nous  venons  de  nommer,  le 
Djihoun  roule  majestueusement  ses  flots  dans  un  lit  de 
I200  à  1800  pieds  de  largeur,  et  c'est  après  un  cours 
d'environ  45o  lieues ,  en  y  comprenant  ses  nombreuses 
sinuosités ,  qu'il  se  partage  en  deux  bras  pour  se  jeter  dans 
la  partie  méridionale  du  lac  Aral.  Ses  bords  sont  sablon- 
neux et  cà  et  là  couverts  de  forêts.  En  hiver,  dit  M.  Kla- 
proth ,  il  se  couvre  liMlHhe  glace  si  solide  que  des  armées 
entières  le  peuvent  passer  :  c'est  aussi  cette  saison  que  les 
Ouzbeks  choisissent  pour  faire  leurs  excursions  dans  le 
Khorassan. 

Parmi  les  affluens  du  Djihoun  se  trouvait  autrefois 
le  Kizil'déria^  ou  la  rivière  rouge,  que  l'on  voit  encore 
cité  dans  plusieurs  géographies;  mais  cette  rivière  ne  se 
jette  plus  dans  le  fleuve,  et  même  il  paraît  qu'elle  est  pres- 
que entièrement  desséchée. 

Le  Slr-déria  ou  Sihoun ,  connu  des  anciens  sous  le  nom 
de  laxartes^  prend  naissance  au  pied  de  la  chaîne  de  Ming- 
houlak-tag  ou  du  mont  des  mille  sources.  Ibn-Haukal  ap- 
pelle ce  fleuve  Chajé  ou  Chach,  Dans  son  cours,  il  a  sou- 
vent 800  pieds  de  largeur;  mais  il  devient  moins  large  en 
approchant  de  son  embouchure,  parce  qu'il  se  partage  en 
deux  bras,  dont  le  moins  considérable,  qui  forme  quatre  ou 
cinq  longues  îles  parallèles ,  va  se  jeter  dans  le  lac  Aral ,  sous 
le  nom  àeRouçan-déria,  Ce  bras  a  considérablement  diminué 
depuis  cent  ans.  Un  bras  desséché  depuis  le  commence- 
ment de  ce  siècle,  et  nommé  Djan-déria^  paraît  avoir  été 
son  principal  lit,  à  en  juger  par  sa  largeur.  Le  Sihoun  est 
navigable  à  peu  de  distance  de  sa  source  jusqu'à  son  em- 
bouchure, où  sa  largeur  est  de  3oo  à  4oo  pieds.  Son  cours, 
non  moins  sinueux  que  celui  du  Djihoun,  a  environ 
36o  lieues  de  longueur. 


5ia  LIVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

•«  Plusieurs  lacs  et  rivières,  aujourd'hui  plongés  dans 
loubli,  eurent  jadis  de  la  célébrité  par  les  victoires  de 
Djenghiz-Khan  et  de  ses  successeurs,  lorsque,  dirigeant 
leurs  courses  au  nord  de  la  mer  Caspienne ,  ces  conquérons 
soumirent  la  plus  grande  partie  de  la  Russie  d'Europe.  Le 
})Ius  grand  lac  de  ces  contrées  est  la  mer  d^Araly  appelée 
chez  les  Orientaux  mer  (VOurghendj,  Ses  eaux,  presque 
«douces,  nourrissent,  comme  la  mer  Caspienne,  des  pho- 
ques et  des  esturgeons.  Si  ce  lac  joignit  jamais  la  mer  Cas- 
pienne, ce  ne  fut  probablement^^e  par  un  détroit  peu 
large,  puisque  les  plaines  qui  les  séparent  sont  fort  élevées, 
«et  que,  suivant  quelques  uns,  il  existe  même  entre  elles  de 
véritables  montagnes  (0;  les  rives  orientales  du  lac  sont 
plates  et  marécageuses. 

«  Les  autres  lacs  de  la  Tatarie,  peu  remarquables  par 
leur  étendue,  le  sont  presque  tous  par  la  nature  sau- 
mâtre  de  leurs  eaux.  Toute  la  steppe  des  Kirghiz  en  est 
parsemée;  toute  la  contrée  entre  la  mer  d'Aral  et  la  mer 
Caspienne  offre  également  une  infinité  de  mares  remplies 
d'eau  saumâtre.  Nous  avons  déjà  considéré  cette  espèce 
de  lacs  d'après  des  lois  générales  de  Géographie  phy- 
sique (2). 

«  II  est  singulier  que  les  régions  montagneuses  vers  les 
sources  de  TOxus  et  de  l'iaxartes  ne  présentent  point , 
comme  la  Haute-Sibérie,  un  amas  de  grands  lacs,  si  com- 
muns ordinairement  dans  le  voisinage  des  grandes  chaînes 
de  montagnes.  » 

(0  $)uivant  M.  G.  de  Meyendoiff,  ces  ipontagncs  ne  sont  formées  que 
tic  sable;  elles  ne  paraissent  avoir  qu'une  soixantaine  de  pieds  au-dessus 
de  leur  base ,  mais  elles  peuvent  être  d'une  date  assez  récente.  11  est  vrai 
aussi  que  M.  de  Humbuldt  leur  donne  48  toises  de  hauteur  au-dessus  de 
l'Océan ,  ce  qui  fait  588  pieds  au-dessus  de  la  mer  Caspienne,  et  474 
au-dessus  du  lac  Aral.  Cependant  ce  sol  élevé  ne  pouvait-il  pas  former 
des  îles  hautes  à  l'époque  où  le  lac  était  réuni  à  la  mer?  J.  H. 

(^)  Voyez  notre  vol.  11^,  p.  3ao-32i. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        5i3 

Le  lac  Teîetzkoïj  à  peu  de  distance  de  la  rive  droite 
du  Sir-déria,  reçoit  la  rivière  du  Sara-sou  dont  le  cours 
est  d'environ  1 5o  lieues.  Plus  au  nord  s  étendent  les  deux 
groupes  de  lacs  dont  lun  porte  le  nom  de  Koum-koul  et 
le  plus  septentrional  celui  de  Balec-koul,  Le  lac  Sikirlik 
reçoit  la  rivière  de  Talas^  longue  d'environ  loo  lieues. 
Enfin  le  lac  ^ara-^ott/ ou  lac  noir^  situé  à  i5  lieues  vers 
le  sud  de  Boukhara,  et  qui  n'a  pas  plus  de  7  à  8  lieues 
de  longueur,  reçoit  le  Zer-afchan  appelé  aussi  Kohek^ 
Sogd  ou  Kouan-déria ,  et  connu  des  anciens  sous  le  nom  de 
Polyiimetus  j  TÏyiève  de  plus  de  100  Ueues  de  cours. 
.  «  Le  climat  du  Turkestan  paraît  en  général  salubre;  la 
chaleur  même,  dans  les  parties  méridionales,  est  tem- 
pérée par  le  voisinage  des  monts,  dont  les  cimes  con- 
servent des  neiges  éternelles;  et  quoique  situées  sur 
le  parallèle  de  l'Espagne,  de  la  Grèce  et  de  la  Tur- 
quie asiatique,  des  vents,  des  pluies  abondantes  et  la 
proximité  des  déserts  de  la  Sibérie  et  des  Alpes  du  Tibet 
leur  donnent  des  étés  supportables.  Au  nord  du  Sir,  les 
hivers  sont  quelquefois  très-rudes.  Schereffedyn  nous  a 
laissé  une  terrible  peinture  de  celui  qu'éprouva  l'armée  de 
Tamerlan ,  rassemblée  sur  les  bords  de  ce  fleuve ,  pour  mar- 
cher contre  la  Chine.  «  Les  uns  perdaient  le  nez  et  les  oreil- 
«  les,  les  autres  voyaient  tomber  leurs  pieds  et  leurs  mains. 
«  Le  ciel  n'était  qu'un  nuage,  et  la  teiTC  qu'un  monceau 
«  de  neige  (0-  »♦ 

Le  printemps  commence  de  bonne  heure  et  fait  bientôt 
place  à  l'été,  comme  dans  les  régions  les  plus  septentrio- 
nales \  cette  dernière  saison  est  accompagnée  de  chaleurs 
excessives.  L'automne  est  ordinairement  pluvieux.  L'hiver 
est  tardif  mais  rigoureux  :  dans  les  régions  les  plus  méridio- 
nales, le  thermomètre  descend  en  janvier  à  8  degrés  au- 


(')  Schereffedyn  f  Histoire  de  Timour-Bcg ,  liv.  VI,  ch.  2cj. 
VIII.  33 


5l4  '   MVRE   CENT    TRENTE JTROlsi^E. 

dessous  de  zéro.  Dans  les  saisons  sèches,  un  yent  Violent 
élève  dans  les  airs  des  nuages  de  sable  fin  qui  obscurcis- 
sent souvent  latmosphère  et  qui  engloutissent  quelquefois 
et  les  récoltes  et  les  habitations.  Le  Turkestan  est  aussi  très- 
souvent  le  théâtre  de  violens  tremblemens  de  terre^ 

«  Cette  contrée  offrirait  probablement  à  un  voyageur  na- 
turaliste la  même  variété  de  productions  et  de  sites  que 
présente  la  région  caucasienne.  Le  sol  s  étend  ici  en  plai- 
nes à  peite  de  vue ,  que  couvre  une  herbe  grossière  ou  un 
amas  de  sable  mouvant  :  là ,  il  est  coupé  de  rivières  sans 
nombre  y  entremêlé  de  collines  agréables,  dominé  par  des 
monts  escarpés.  Généralement  les  bois  y  sont  rares ,  ainsi 
que  dans  la  Perse  orientale;  il  peut  y  avoir  des  bois  dis- 
persés sur  les  bords  du  Djihoun ,  et  de  grandes  forets  de 
pins  inconnues  sur  les  flancs  du  mont  Belour.  » 

La  fertilité  du  sol  se  fait  remarquer  sur  le  bord  des  ri- 
vières ,  où  rherbe  surpasse,  en  quelques  endroits,  la  hauteur 
d  un  homme  ;  quelques  pâturages  où  dominent  les  plante» 
de  la  famille  des  borraginées  et  de  celle  des  crucifères,  as- 
sociées à  des  liliacées  et  à  quelques  euphorbes,  croissent 
naturellement  dans  les  steppes  et  dans  les  parties  humides. 
Les  froids  rigoureux  auxquels  succèdent  de  fortes  chalears 
sont  autant  d  obstacles  à  la  végétation  des  arbres  et  des 
arbustes.  Ce  n  est  qu'au  bord  des  rivières  que  Ton  voit  pa- 
raître les  plus  grands  arbres,  tels  que  le  peuplier  blanc  et 
une  belle  espèce  de  saule,  mais  qui  dépassent  rarement  la 
hauteur  de  6  pieds.  Quant  aux  arbustes ,  ils  appartiennent 
principalement  à  la  famille  des  légumineuses ,  et  consistent 
en  astragales  et  en  robiniers ,  en  tamariscs.  On  y  trouve  aussi 
l'amandier  nain,  et  une  espèce  particulière  de  rosiers  à 
fleurs  simples.  Le  riz  et  d  autres  grains  sont  cultivés  en 
plusieurs  cantons  avec  beaucoup  d'industrie  et  de  succès. 
C'est  surtout  dans  la  partie  orientale  et  dans  les  oasis  du 
sud  que  ces  graines  réussissent  le  mieux.  On  y  ajoute  le 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.       5ii 

\Aéy  Torge  et  le  millet.  En  d  autres  mains  que  celles  dea 
Ouzbeks,  ces  contrées  pourraient  devenir  florissantes*  La 
vigne  et  quelques  fruits  de  TEurope  méridionale  réussis- 
sent dans  la  Boukharie.  Dans  les  jardins  on  cultive  des 
pommes,  des  poires,  des  cerises,  des  pêches,  des  prunes , 
des  figues  et  des  amandes.  Le  raisin  fournit  un  vin  excel- 
lent. On  cultive  aussi  des  melons,  des  pastèques,  quelques 
plantes  d*agrément,  telles  que  le  ^dLvme,v{cercis  siliquastrum), 
plusieurs  espèces  de  pavots,  dorobes,  dalyssons,  et  plu- 
sieurs plantes  dune  grande  utilité,  telles  que  la  rhubarbe, 
la  garance^  le  lin,  le  chanvre,  le  tabac,  le  sésame  ;  enfin 
le  cotonnier  y  réussit  aussi  bien  que  le  mûrier,  dont  la 
feuille  nourrit  une  grande  quantité  de  vers  à  soie,  et  dont 
1  ecorce  sert  à  fabriquer  un  papier  que  Ion  vend  sous  le  nom 
de  papier  de  Boukhara. 

«  Il  paraît  que  les  montagnes  du  sud-est,  le  Belour  et 
THindou-Koh  contiennent  de  Tor ,  de  l'argent ,  du  lapisla- 
zuli ,  et  une  variété  de  spinelle  qui  est  de  couleur  rose  pâle 
et  que  Ion  connaît  sous  le  nom  de  rubis-balais.  Son  nom 
vient  du  canton  de  Balascian^  dont  la  position  est  dou- 
teuse (0 ,  et  que  nous  croyons  être  le  Badakhchan.  Au 
X""  siècle,  avant  que  l'industrie  des  naturels  eût  été  paralysée 
par  une  longue  oppression,  on  tirait  àe  Fergana^cAnXon 
situé  vers  les  sources  du  Sir-déria,  du  sel  ammoniac,  du 
vitriol,  du  fer,  du  cuivre,  du  plomb,  de  l'or  et  des  tur- 
quoises; depuis  on  y  a  découvert  des  mines  de  mercure.  Il 
y  avait  aussi ,  dans  la  montagne  de  Zarka ,  des  sources  de 
naphte  et  de  bitume ,  et  «  une  pierre  qui  s'enflamme  et  brûle  »  ; 
description  qui  indique  le  charbon  de  terre  (^j.  Nous  étu- 
dierons plus  en  détail  les  contrées  les  mieux  connues.  Mais 
faisons  encore  ici  l'observation  générale  que,  selon  Strabon , 


(0  Marco  Polo,  extrait  dans  notre  vol.  I**",  liv.  XX,  p.  555. 
(^)  Hadgi'Khalfah ,  p.  866.  Trad.  MS. 

33 


5l6  LIVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

dont  les  connaissances  se  terminent  vers  Tlaxartes,  les  Scy- 
thes de  ces  contrées  manquaient  de  fer  et  d'argent,  tandis 
qu'ils  possédaient  en  abondance  lor  et  le  cuivre.  Ces  deux 
métaux  sont  d  une  exploitation  plus  facile.  Les  anciens  tra- 
vaux de  mines  dans  TAltaï  et  TOural ,  attribués  aux  Ouigours 
et  aux  Finnois,  avaient  aussi  pour  objet  For  et  le  cuivre.  » 

Suivant  M.  Pander,  naturaliste  attaché  à  l'expédition  faite 
en  1820  en  Boukharie,  par  ordre  du  gouvernement  russe, 
le  grès  rouge  constitue  les  collines  qui  s'étendent  depuis 
les  bords  de  l'Oural  jusque  dans  la  steppe  des  Kirghiz;  sur 
ce  grès  repose  en  plusieurs  endroits  le  calcaire  ancien  ap- 
pelé inuschelkalk ,  rempli  d'ammonites.  Le  grès  est  riche  en 
filons  métalliques  qui  ont  été  jadis  exploités,  ainsi  que  le 
prouvent  des  traces  distinctes  de  mines  abandonnées  et 
des  morceaux  de  minerais  roulés  par  les  eaux  des  torrens  ; 
le  métal  le  plus  commun  est  le  cuivre  à  l'état  de  carbo- 
nate; plusieurs  troncs  d'arbres  pétrifiés  ou  plutôt  agatisés 
servent  de  gangue  à  ce  métal.  Dans  la  partie  septentrio- 
nale de  la  steppe,  le  grès  rouge  est  remplacé  par  un  pou- 
dingue, formé  de  fragmens  de  quarz  roulés,  agglutinés 
par  un  ciment  siliceux.  Cette  roche  est  plus  ou  moins  fer- 
rugineuse; elle  repose  en  certains  endroits  sur  des  couches 
de  houille;  dans  d'autres,  le  poudingue  est  recouvert  de 
couches  calcaires  et  de  gypse  fibreux. 

Les  monts  Moughodjar ,  qui  ne  sont  élevés  que  de  3oo  à 
900  pieds  au-dessus  de  la  plaine,  sont  composés  d'une 
roche  appelée  grunstein  par  les  Allemands,  «t  diorite  par 
les  Français;  à  l'est,  ces  montagnes  sont  limitées  par  des 
masses  de  porphyre  et  de  syénite.  A  l'est  des  montagnes , 
les  plaines  sont  argileuses  et  sablonneuses;  et  c'est  sur  ces 
argiles  que  repose  le  sable,  qui  forme  çà  et  là  des  collines. 
D'autres  collines  sont  composées  d'une  marne  calcaire  dure, 
remplie  de  coquilles  marines;  elles  s'étendent  jusque  vers 
le  lac  Aral  dont  elles  paraissent  avoir  formé  les  anciens 


\siE  :   Tatarie  indép,  ou  Turkestan.        617 

rivages.  Cette  marne  se  perd  peu  à  peu  vers  Test ,  et  est 
remplacée  par  un  grès  blanchâtre  qui  p^sse  par  gradation 
au  quarz  blanc  ou  d  un  gris .  clair.  Près  de  l'embouchure 
du  Sir,  cette  roche  constitue  des  élévations  d'environ  200 
pieds  au-dessus  du  niveau  du  lac.  Au  milieu  des  plaines, 
on  trouve  de  petits  lacs  salans,  desséchés  pour  la  plupart 
à  bras  d'hommes. 

Entre  le  Sir-déria  et  l'Amou-dérîa  se  trouve  une  chaîne 
de  petites  montagnes,  composées  d'aphanite,  de  schiste 
siliceux,  de  diorite ,  de  talc  et  de  schiste  argileux.  Les  Bou- 
khares  prétendent  qu'elles  contiennent  de  l'or  et  des  tur- 
quoises; mais  il  est  probable  qu'ils  prennent  pour  des  pail- 
lettes dor  les  lames  de  mica  jaune  disséminées  dans  le 
diorite.  Quant  aux  turquoises,  on  en  trouve  fréquemment, 
mais  elles  ont  une  teinte  verdàtre  qui  empêche  qu'elles 
soient  recherchées. 

On  remarque  au  nord  de  l'ancienne  embouchure  de  FA- 
moudéria^  dans  la  mer  Caspienne,  des  porphyres  noirs  en 
partie  vitrifiés,  des  syériites,  des  granités  qui  constituent  la 
chaîne  des  monts  Krasnouodsk^  longue  d'environ  20  lieues. 
Les  côtes  orientales  de  la  mer  offrent  des  sources  de 
naphte  comme  les  côtes  opposées.  Les  traditions  des  Tatares 
nous  apprennent  que  la  naissance  de  ces  sources  a  été 
précédée  d'éruptions  ignées.  Plusieurs  lacs  salés  ont  une 
température  élevée.  Des  porphyres  trachytiques  s'élèvent* 
en  groupes  de  rochers  au  milieu  de  masses  de  sel  gemme , 
exploitées  à  ciel  ouvert  comme  des  carrières  de  pierres.  La 
chaîne  de  l'Oural,  de  même  que  celle  du  Belour,  ont  été  pro- 
bablement plus  récemment  soulevées  que  celles  de  l'Hima- 
laya et  du  Thian-chan  auxquelles  se  rattache  le  Belour. 

«  Commençons  notre  voyage  dans  le  Turkestan  par  le 
nord,  puisqu'en  effet  cest  de  ce  côté  que  l'on  peut,  à  la 
suite  d'une  caravane  russe  d'Orenbourg,  pénétrer  dans  ce 
pays  négligé  des  voyageurs  modernes  :  le  vaste  territoire  des. 


5f8  LIVRE    CENT    TRENTE^TROISIÈBIE. 

Kirghiz  le  présente  le  premier.  Les  frontières  entre  ces  no- 
mades et  leurs  voisins  les  Chinois  et  les  Russes  ne  sont 
pas  déterminées  d'une  manière  bien  fixe.  » 
Us  se  divisent  en  trois  djouz  ou  hordes, 
La  petite  horde ,  la  plus  occidentale ,  se  compose  de 
x5o,ooo  familles.  «  En  été,  dit  M.  Klaproth,  elle  campe 
principalement  sur  les  rivières  Soundouk,  Or,  Mourza- 
Boulak,  Ilek  et  Khobda,  qui  toutes  se  jettent  dans  la 
gauche  du  laîk ,  entre  Kizylskaia  et  Iletskoï-GorodoL  En 
hiver,  elle  occupe  les  endroits  suivans  :  les  bords  des  ri- 
vières Kamychloï-Irghiz  et  Taïl-Ii*ghiz,  formant  l'Oulou- 
Irghiz,  qui  se  jette  dans  le  lac  bourbeux  d'Âk-Sakal;  puis  le 
désert  sablonneux  appelé  Kara-Koum,  au  sud  de  ce  lac: 
le  canton  de  Tournak  sur  les  bords  du  Sir-déria;  le  Jemba 
ou  Djem  de  la  mer  Caspienne;  à  Touest  de  cette  rivière 
les  cantons  appelés  Boursouk;  le  voisinage  des  lacs  Tai- 
flougan  et  Karakoul,  entre  le  Jemba  et  le  laïk  ;  les  rivières 
Ouïl  et  KouU,  qui  viennent  de  l'est,  et  se  jettent  dans  ces 
lacs;  enfin  les  rives  du  Kaldagaïda  et  du  Bouldourta,  qui  se 
perdent  dans  les  lacs  marécageux  de  la  gauche  du  Ia&.  » 
La  hord^  moyenne  campe  souvent  au-delà  des  monts 
Altyn-toubé ,  dans  la  steppe  dlchim.  Les  Russes  compren* 
nent  sur  leurs  cartes  tout  cet  espace  dans  les  limites  de  leur 
empire  ;  mais  c'est  une  souveraineté  nominale.  Cette  horde 
est  la  plus  puissante  et  la  plus  riche;  elle  compte  envi* 
ron  160,000  familles.  «  Ses  campemens  commencent  à 
«  l'orient,  au  Sara-sou,  à  l'Irtyche ,  au  lac  Dzaîsang  {Dzaî" 
«  ^ang-noor)  et  à  l'Ichim  supérieur;  ils  sëtendent  sur  les 
«  sources  du  Tobol  et  les  rivières  nommées  Tourghen,  jus- 
•  qu'au  lac  Aksakal,  où  ils  atteignent  ceux  de  la  petite 
«  horde.  En  hiver,  ces  Kirghiz  habitent  les  contrées  qui 
«  avoisinent  le  lac  Balkhach  (^}.  » 

(0  M.  Klaproth  ;  Sur  la  langue  des  Kazak  et  des  Kirghiz. 


ASiB  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        619 

La  grande  horde  étend  sa  domination  au  sud-est  du  lac 
Aral ,  sur  les  bords  des  rivières  de  Sara-sou  et  de  Sir ,  et  jus- 
qu'à la  ville  de  Tachkend,  peut-être  jusque  dans  le  Ferga- 
na.  Malgré  son  nom ,  cette  horde  est  la  plus  faible  des  trois; 
elle  ne  peut  mettre  sous  les  armes  que   1 0,000  hommes. 

«.  Il  règne  ici ,  pendant  Thiver,  un  vent  de  nord  très-im- 
pétueux ,  accompagné  de  neige ,  d'un  froi<j[  excessif  et  de 
tourbillons  si  violens ,  qu'ils  élèvent  des  colonnes  de  pous- 
sière de  trente  pieds  de  haut;  cependant  la  neige  n'y  sé- 
journe que  très-peu  de  temps,  du  moins  vers  les  bords  de 
la  mer  Caspienne  (0.  » 

Cette  saison  rigoureuse  ne  dure  en  tout  que  trois  mois, 
décembre,  janvier  et  février.  Le  printemps  commence  en 
mars  et  est  très-court;  leté,  généralement  très-chaud,  est 
tempéré  dans  quelques  endroits  par  des  vents  (rais  et  des 
pluies  abondantes;  l'automne  se  prolonge  jusqu'à  la  fin  de 
novembre. 

«  Le  lac  salé  èiindersk  {Inderskoé) ,  à  2  lieues  des  bords 
du  fleuve  Oural,  mérite,  selon  Pallas,  le  nom  d'une  mer- 
veille de  la  nature  (^}.  C'est  une  flaque  d'eau  de  4  à  5  lieues 
de  longueur  sûr  2  à  3  de  largeur,  tellement  imprégnée  de 
sel ,  que  la  surface  en  paraît  toute  blanche  ;  des  sources 
salées  y  portent  constamment  de  nouveaux  alimeps  ;  les 
brouillards  qui  s'en  élèvent  sont  chargés  de  particules  de 
sel;  les  rivages  présentent  un  mélange  étonnant  de  coii^- 
ches  argileuses  et  marneuses ,  d'écaillés  d'huîtres,  de  cris- 
taux d'alun  et  de  soufre. 

«  Les  plantes  salines  dominent  dans  cette  contrée  stérile; 
cependant,  le  long  des  rivières,  il  croît  diverses  ei^ces 
d'arbres;  il  y  a  des  vallées  ou  bas-fonds  très-agréables  en 
été.  Sans  des  pâturages  étendus ,  les  Kirghiz  ne  pourraient 

(0  Pallas  y  Voysige,  t,  I,  p.  6i8  (in-4°).  iV.  Bytscïikow ,  Topogrîi- 
phic  d'Orenbourg  ;  dans  Busching ,  Magasin  g^ogr. ,  VI.  — (^)  Pallas , 
Voyage ,  1. 1 ,  p.  63o  et  suiv.  (  111-4°  )• 


5aO  LIVRE    CEIIT   TRENTE-TROISIÈME. 

pas  nourrir  des  chevaux,  des  chameaux,  3  à  4ooo  pièces 
de  gros  bétail ,  des  brebis  et  des  chèvi*es.  On  a  assuré  à  Pallas 
que  des  individus  de  la  moyenne  horde  possédaient  jusqu'à 
10,000  chevaux,  3oo  chameaux,  20^000  brebis,  et  plus  de 
1O9OOO  chèvres.  Leurs  dromadaires,  qu'ils  tondent  tous  les 
ans  comme  les  brebis,  fournissent  une  grande  quantité  de 
poil  laineux ,  que  les  Russes  ou  les  Boukhares  achètent. 
Ils  font  leur  nourriture  ordinaire  de  l'espèce  de  mouton  à 
large  queue;  et  l'agneau  y  est  d'un  goût  si  délicat,  qu'on 
l'envoie  d'Orenbourg  à  Pétersbourg  pour  les  tables  du  pa* 
lais.  Les  steppes  fournissent  beaucoup  de  gibier,  des  loups, 
des  renards,  des  blaireaux^  des  hermines,  des  belettes,  des 
marmottes.  Dans  les  montagnes  du  sud  et  de  l'est ,  on  vcrit 
errer  les  brebis  sauvages ,  le  bœuf  du  Tibet  ou  le  yak ,  les 
chamois ,  les  chacals ,  les  kulans  ou  ânes  sauvages,  l'antilope 
saïga  et  le  takia  ou  cheval  sauvage  (i).  On  y  rencontre  souvent 
le  tigre  royal,  qui  pénètre  même  beaucoup  plus  au  nord.  Les 
Kirghiz  ont  dressé  à  la  chasse  des  aigles  de  l'espèce  nommée 
en  russe  berkuti'^).  Dans  les  vastes  marécages  on  voit  fourmil- 
ler les  oies ,  les  canards  et  d'autres  oiseaux  aquatiques.  Des 
serpens  blancs  de  la  longueur  d'une  toise  et  au-delà ,  ef- 
frayèrent les  troupes  russes;  mais  les  Kirghiz  disent  que 
ces  reptiles  ne  font  aucun  mal.  Ils  craignent  beaucoup  une 
espèce  d'araignée  venimeuse,  noire,  velue,  qui  a  huit  yeux, 
et  qui  est  de  la  grosseur  d'une  noix  (3).  1. 

Il  est  aujourd'hui  prouvé  par  les  savantes  recherches  de 
M.  Klaproth ,  que  l'on  donne  en  Europe  le  nom  de  Kir- 
ghiz à  deux  nations  fort  distinctes  par  leur  origine,  bien 
qu'elles  se  confondent  par  leur  langage  (4).  Celle  dont 
nous  nous   occupons  ici   se  donne  elle-même  le  nom  de 

i^)Bardanes,  JV.  Jîytschkow ,  1.  c.  Pallas,  Neuc  nord.  Beytraegc, 
II ,  6.  —  (»)  Aigle  doré  de  Pallas.  —  (3)  N.  Jiytschkow ,  dans  le  Magasin 
géogr. ,  VII ,  48.  Idem ,  ibid. ,  VIII ,  461 .  —  (4)  Klapjvthj  sur  la  laogae 
des  Kazak  et  des  Kirghiz; 


A.SIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.       5a  i 

Kazak  et  repousse  la  dénomination  de  Kirghiz.  Elle  oc- 
cupe actuellement ,  dit  M.  Klaproth ,  l'immense  steppe  qui 
s  étend  depuis  la  rive  gauche  de  Flrtyche  supérieur  jus- 
qu'au bord  de  TOural;  au  nord,  elle  plante  ses  tentes  de 
feutre  jusqu'au  55®  parallèle;  et  au  sud  elle  s'arrête  aux 
monts  Tarbagataï,  au  lac  Balkhach^  au  lac  Aral  et  à  la 
mer  Caspienne.  C'est  elle  qui  se  divise  en  trois  hordes  et 
dont  les  déserts  portent  le  nom  de  Steppes  des  Kirghiz. 
A  l'époque  de  la  conquête  de  la  Sibérie  par  les  Russes, 
ils  habitaient  les  bords  de  l'Ichim.  L'autre  se  compose  de 
deux  peuples  :  l'un  nommé  Bourouty  qui  se  tient  à  l'est  des 
monts  Bolour,  et  l'autre  appelé  aujourd'hui  Karâ  Kirghiz: 
ce  sont  les  véritables  Kirghiz.  Sortis  de  la  Sibérie  méridio- 
nale, où  ils  s'étendaient  depuis  les  bords  de  l'Irtyche  jus- 
qu'à ceux  du  Ienisseï,  ils  sont  en  grande  partie  réunis  aux 
Bourout.  Nous  en  parlerons  en  temps  utile. 

Les  Kirghiz  ou  plus  exactement  les  Kazak^  nom  qui  si- 
gnifie homme  de  chenal  y  selon  les  uns,  et  guerriers^  selon 
les  autres,  ont  les  traits  tatares,  le  nez  écrasé,  la  bouche 
petite ,  les  oreilles  grandes  et  les  yeux  petits ,  mais  non  pas 
obliques  comme  les  Mongols  et  les  Chinois.  Leur  physiono- 
mie est  agréable.  Ils  sont  robustes  et  d'une  taille  moyenne. 
Leurs  femmes  ne  sont  pas  laides;  elles  sont  bien  constituées, 
lestes;  elles  montent  à  cheval  et  suivent  même  quelquefois 
leurs  maris  au  combat.  Belliqueux,  féroces  et  passionnés 
pour  la  vie  aventureuse ,  ils  prétendent  qu'ils  perdront  leur 
liberté  dès  qu'ils  habiteront  des  maisons  et  qu'ils  se  livre- 
ront à  l'agriculture.  Une  vie  frugale  et  tranquille  leur  pro« 
cure  une  longue  et  fraîche  vieillesse.  Leurs  maladies  ordi- 
naires sont  les  fièvres  intermittentes,  les  rhumes, l'asthme; 
la  maladie  vénérienne  est  répandue  parmi  eux,  mais  ils 
craignent  davantage  la  petite-vérole  (0. 

(0  Palias,  I,  p.  620. 


Ssa  LIVBE   CENT    TRfirTTE-TROISlÈMK. 

La  langue  des  Kirghiz  est  un  dialecte  turc;  mais  leur 
prononciation  est  très-forte ,  et  ils  aiment  le  style  allégo- 
rique. Enclins  à  la  mélancolie ,  le  murmure  des  eaux  ra- 
pides du  Sir  charme  leurs  nombreux  loisirs.  Ils  passent 
souvent  la  moitié  de  la  nuit ,  assis  sur  une  pierre  j  à  regaf^ 
der  la  lune  et  à  improviser  des  paroles  assez  tristes  sur  des 
airs  qui  ne  le  sont  pas  moins.  Ils  ont  aussi  des  chants  his- 
toriques qui  rappellent  les  hauts  faits  de  leurs  héros ,  mais 
ces  sortes  de  poèmes  ne  sont  chantés  que  par  des  chan- 
teurs de  profession  (i). 

Les  Kazak  ou  Kirghiz  sont  gouvernés  par  des  anciens  y 
des  béhadirsj  des  begs^  des  sultans  et  des  khans.  Un  ancien 
est  ordinairement  un  vieillard  qui  a  de  la  fortune  et  une 
famille  nombreuse.  Les  béhadirs  sont  des  hommes  d'une 
bravoure  reconnue,  d'un  esprit  juste  et  entreprenant,  qui 
combattent  en  partisans  pendant  la  guerre.  Le  titre  de  beg 
est  censé  héréditaire ,  mais  de  fait  il  est  électif.  Celui  qui  ne 
peut  le  soutenir  par  son  mérite  et  ses  qualités ,  le  perd  bien- 
tôt, tandis  que  celui  qui  sait  se  faire  estimer  lobtient,  soit 
par  riiabitude  qui  s'établit  insensiblement  de  lui  donner  une 
qualification  honorifique,  soit  parce  qu'une  assemblée  se 
réunit  exprès  pour  lui  conférer  ce  titre  honorable.  Les  sul- 
tans sont  les  parens  du  khan  ;  ils  conservent  toujours  quelque 
influence  sur  le  peuple.  On  les  nomme  toura  ou  seigneurs; 
mais  s'ils  sont  sans  mérite,  ils  sont  aussi  sans  crédit.  Le 
khan  a,  par  le  fait,  droit  de  vie  et  de  mort  sur  ses  sujets: 
ceux-ci  n  ont  quelque  garantie  contre  son  despotisme  que 
dans  lopinion  publique ,  qui  est  très-puissante  chez  ces  peu- 
ples nomades.  Il  arrive  souvent  que,  mécontent  d'un  ch^f 
injuste,  le  peuple  en  choisit  un  autre.  Le  khan  est  donc 
obligé  de  se  conformer  aux  lois  du  Coran  ;  mais  alors  il  9 
soin  de  s'attacher  un  mollah  qui  lui  soit  dévoué  et  qui  în- 

(')  G.  de  Meyetidorff  :  Voyage  (VOrenbourg  à  fioukhara. 


ASIE  :   Tatarie  indép,  ou  Turkestan.        5a3 

terprète  le  Code  sacré  selon  ses  vues  particulières.  Il  s  en- 
toure aussi  de  conseillers  qui  sont  pour  la  plupart  des  an- 
ciens fort  estimés  dans  sa  horde ,  et  qu'il  tâche  de  captiver 
par  des  libéralités  et  des  flatteries.  Mais  toutes  ces  précau- 
tions ne  lui  suffiraient  pas  pour  conserver  son  pouvoir  s*il 
ne  parvenait  à  se  concilier  Tassentiment  général ,  par  son 
courage ,  sa  hardiesse  et  son  activité ,  et  à  imposer  à  ses 
ennemis  par  une  juste  sévérité. 

«  Selon  les  rapports  les  plus  modernes,  les  deux  hordes, 
dites  petite  et  moyenne^  yavenl  fidélité  à  l'empereur  de 
Russie  par  leurs  députés;  mais  ils  ne  se  reconnaissent  nul- 
lement pour  ses  sujets,  et  ne  lui  paient  aucun  tribut  (i).  Au 
contraire,  la  Russie  leur  fait  de  petits  présens  annuels. 
I^s  caravanes  de  Boukharie,  de  Khiva  et  de  Tachkend 
paient  un  droit  de  transit  pour  passer  à  travers  les  terres 
des  Kirghiz  et  sous  leur  escorte. 

«  Libres  de  tout  joug  despotique  et  pourvus  en  abon- 
dance de  toutes  les  nécessités ,  les  Kirghiz  mènent  une  vie 
beaucoup  plus  agréable  que  Ion  ne  croit  communément. 
La  chair  de  leurs  moutons  et  le  lait  de  leurs  jumens  les 
nourrissent.  La  lance  et  le  fusil  à  mèche  sur  le  bras,  ils 
pillent  toutes  les  contrées  voisines.  Ils  ne  sont  point  san- 
guinaires, mais  ils  mettent  dans  leur  brigandage  une  adresse 
qui  déconcerte  les  garnisons  russes.  Ils  aiment  à  enlever 
les  femmes  des  KLalmouks ,  parce  qu  elles  conservent  long- 
temps les  attraits  de  la  jeunesse.  Ces  infatigables  brigands 
se  regardent  entre  eux  comme  frères  :  ils  se  font  servir  par 
des  esclaves  qu'ils  prennent  dans  leurs  incursions.  Us  por- 
tent l'habit  tatare ,  un  large  caleçon ,  des  bottes  pointues, 
ont  la  tête  rasée  et  couverte  d'un  bonnet  qui  a  la  forme  d'un 
cône.  Les  harnais  des  chevaux  sont  couverts  de  riches 
ornemens.  Les  femmes  coiffent  leur  tête  avec  des  cous  de 

(0  Le  Word  littéraire^  etc.  ,  à'Olivanus  ^  1799,  n.  X. 


524  LIVRE   CEITT    TRENTE-TROISIÈME. 

héron,  arrangés  en  façon  de  cornes.  Les  Kirghiz,  cheva- 
liers sauvages,  aiment  les  jeux,  les  exercices,  les  courses  à 
cheval.  Dans  les  funérailles  des  riches,  Théritier,  semblable  à 
Achille,  distribue  des  esclaves,  des  chameaux,  des  chevaux, 
des  harnais  et  d'autres  magnifiques  prix  aux  vainqueurs  dans 
la  course  à  cheval.  Ils  passent  des  rivières  sur  des  ponts  for- 
més de  nattes  de  jonc  roulées ,  et  réunies  par  deux  cordes 
tendues.  Leur  poudre  à  fusil  blanche  ^  dont  ils  cachent  la 
fabrication,  paraît  un  objet  digne  de  recherches (i).  »> 

«  Indompté ,  belliqueux ,  féroce ,  dit  le  baron  de  Meyen- 
«  dorff,  le  Kirghiz,  seul ,  à  cheval,  s'élance  dans  le  désert, 
«  et  parcourt  5  à  600  verstes  avec  une  rapidité  étonnante, 
«  pour  aller  voir  un  parent  ou  un  ami  d'une  tribu  étran- 
«  gère.  Chemin  faisant,  il  s'arrête  presque  à  chaque  aoul 
«  qu'il  trouve  sur  sa  route;  il  y  raconte  quelque  nouvelle, 
«  et  toujours  sûr  d'être  bien  accueilli,  quand  même  on  ne 
«  le  connaîtrait  pas ,  il  partage  la  nourriture  de  ses  hôtes. 
«  C'est  ordinairement  du  krout  (  sorte  de  fromage  ) ,  de 
«  Yhcdran  (lait  caillé  de  brebis  ou  de  chèvre),  de  la  viande, 
«  et  quand  on  en  a,  du  koumes^  boisson  extraite  du  lait  de 
«jument  et  très-estimée  dans  le  désert.  11  n'oublie  jamais 
<t  l'aspect  du  pays  où  il  a  passé,  et  revient  chez  lui  après 
«  quelques  jours  d'absence,  riche  en  nouvelles  histoires, 
«  se  reposer  auprès. de  ses  femmes  et  de  ses  enfans.  Ses 
«  femmes  sont  ses  uniques  ouvrières;  ce  sont  elles  qui  font 
«  la  cuisine,  façonnent  ses  habits,  sellent  son  cheval,  tan- 
«  dis  qu'avec  une  nonchalance  imperturbable ,  il  borne  ses 
«  soins  à  garder  tranquillement  ses  troupeaux.  J'ai  vu  le 
«^  frère  d'un  sultan  très-considéré  faire  paître  ses  mou- 
«  tons,  monté  sur  son  cheval,  en  habit  de  draprpuge,  et 
«  voyager  ainsi  pendant  une  quinzaine  de  jours,  sans  croire 
«  déroger  à  sa  dignité  (2).  » 

(0  N.  jRytschkow ,  1.  c. ,  p.  4^9' 

(')  G.  de  Meyendorff  :  Voyage  J'Orcnbourg  à  Boukhara,  p.  45- 


ASIE  :  Tatarie  indép,  ou  Turhestan.        5^5 

«  Ce  fut  vers  le  commencement  du  XVIP  siècle  que  ces 
peuples,  autrefois  chamaniens,  gagnés  par  les  prédica- 
tions des  prêtres  du  Turkestan,  se  soumirent  à  la  circonci- 
sion. Mais  Pallas,  en  1769,  les  trouva  livrés  à  toutes  les 
extravagantes  superstitions  de  la  magie.  Les  morts  sont  ho- 
norés chez  eux;  tous  les  ans  ils  célèbrent  une  fête  en  leur 
mémoire. 

«  Les  Kirghiz  font  quelque  commerce  avec  les  Russes; 
Orenbourg  en  est  l'entrepôt  ordinaire.  La  horde  moyenne 
va  jusqu'à  Omsk  en  Sibérie.  On  évalue  à  i5o,ooo  le  nombre 
des  brebis  quils  conduisent  tous  les  ans  à  Orenbourg; 
outre  cela,  ils  fournissent  une  grande  quantité  de  chevaux, 
de  bétail ,  d'agneaux ,  de  pelleteries ,  de  poil  de  chameau  et 
de  camelots  ;  ils  prennent  en  échange  des  ouvrages  de  ma- 
nufacture, surtout  des  draps  et  de  la  quincaillerie;  ils  por- 
tent en  Boukharie  et  à  Khiva  des  esclaves  persans ,  turco- 
mans  et  quelquefois  russes;  ils  en  reçoivent  en  échange  des 
chameaux  et  du  bétail. 

«  Au  sud  du  pays  des  Kirghiz  ou  des  Kazak ,  la  géogra- 
phie se  perd  dans  un  labyrinthe  de  petites  divisions,  la  plu- 
part mal  connues,  et  que  nous  allons  tâcher  de  déterminer. 
Tout  le  pays  qui  s  étend  sur  les  deux  rives  de  l'Iaxartes, 
jusqu'à  la  chaîne  des  monts  Ak-Tagh,  était  compris  dans 
l'ancien  Turkestan^  division  déjà  connue  de  Moïse  de  Kho- 
rène,  dans  le  V®  siècle  de  l'ère  vulgaire  (0,  et  qui  peut-être 
correspondait  au  fameux  Touran  des  écrivains  persans  et 
arabes.  On  distinguait  ce  Turkestan  occidental,  d'un  autre 
qu'on  appelait  oriental^  et  qui  paraît  avoir  embrassé  une 
partie  de  la  Kalmoukie  et  de  la  petite  Boukharie. 

«  Le  Turkestan  renfermait,  selon  les  géographes  orien- 
taux, la  province  de  Ferghanah  ou  Fergana^  où  sont  les 
villes  ai  Andekhan^  îX^Akhsikattl  autres,  sur  le  haut  Sihoun; 

'.')  Turkestan  et  Tuvkhia. 


5a6  LIVRE   CENT    TREKTE-TROISIÉME. 

celle  d!Osrouchnahy  avec  un  chef-lieu  de  même  nofn;  celle 
^Ylak  ou  Ylestan^  où  coule  la  rivière  de  Tounkat^  afQuent 
du  Sihoun  (i) ,  et  où  s  élevait  Otrar^  lancienne  capitale,  non 
loin  des  ruines  d'Iessij  capitale  plus  ancienne  encore,  et  qui 
répond  peut-être  à  Xlssedon  Scjthica  des  Grecs  (2)  ;  enfin  XAl- 
Chacky  qui  se  prolongeait  vers  lembouchure  du  fleuve 
Sihoun. 

Les  relations  modernes  ne  connaissent  presque  plus  ces 
divisions  ;  elles  nous  représentent  le  Turkestan  actuel  com- 
prenant tout  le  teri'itoire  de  lancienne  Tatarie  indépen- 
dante y  et  devant  son  nom  au  district  de  Turkestan  qui 
appartient  au  Khanat  de  Khokhan, 

«  Ce  pays  est  arrosé,  par  la  rivière  de  Kara-sou ,  qui  se  jette 
dans  le  Sir;  le  sol  y  est  assez  fertile  en  coton,  en  millet, 
blé  et  châtaignes,  mais  il  est  médiocrement  cultivé.  On  y 
voit  l'araignée  venimeuse  dont  nous  venons  de  parler,  et 
une  espèce  de  lézards  qui  ont  les  pieds  hauts  d  un  quart 
d  aune  (3).  » 

La  capitale  de  cet  Etat  porte  aussi  le  nom  de  Khokhan 
ou  Khokand'j  elle  est  située  dans  une  plaine,  sur  un  petit 
afQuent  et  à  peu  de  distance  de  la  rive  gauche  du  Sir- 
déria;  grande,  et  composée  de  rues  étroites,  non  pavées, 
mais  arrosées  par  des  ruisseaux  d  eau  courante,  elle  n'a 
que  des  maisons  en  terre,  et  pour  seul  moyen  de  défense 
le  château  du  khan.  On  dit  qu  elle  renferme  4oo  mosquées 
et  chapelles,  et  que  sa  population  est  de  60,000  âmes; 
quelques  voyageurs  ne  la  portent  qu  a  3o,ooo  ;  les  vastes 
écuries  du  khan,  bâties  en  briques,  et  quelques  mosquées, 
sont  ses  principaux  édifices.  Elle  a  deux  bazars  assez  bien 
approvisionnés.  On  y  fabrique  une  grande  quantité  d'étoffes 
de  coton,  et  de  soieries  brochées  en  or  et  en  argent,  des 

(0  Jbotdfeda  :  Descript.  Chorasmiaî  et  Mawcralnarae ,  p.  5o  sqq. 
(Geog.  Min.  ).  —  (')  ffadgi-KImlfah y  p.  908.  — (^)  Arapow,  interprète 
russe,  dans  Busching ,  Magas.  géogr. ,  VII,  48. 


I 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        Sa^ 

draps  et  d'autres  tissus.  C'est  dans  les  plaines  qui  environ- 
nent cette  ville  que  Djenghiz-Khan  avait  coutume  de  ras- 
sembler le  conseil  général  de  tous  les  khans  ou  chefs  mili  • 
taires  de  ses  vastes  Etats ,  réunions  auxquelles  on  compta 
quelquefois  jusqu'à  5oo  ambassadeurs  de  peuples  conquis. 
A  Test  de  KJiokhan,  on  trouve  Andekhan  ou  Andadkhauy 
autrement  Andidjan^  agréablement  située  au  milieu  de 
jardins  ;  etplus  loin,  dans  la  même  direction,  Och  ou  TakhU 
SouUajnan^  ville  célèbre  par  le  tombeau  d'Âsef-Barkhia , 
visir  de  Salomon ,  qui  attire  au  printemps  un  grand  nombre 
de  pèlerins.  Ce  monument  consiste  en  une  petite  maison 
carrée  placée  sur  la  montagne  de  Takht-Souleïman ,  dont 
le  nom  signifie  trône  de  Salomon.  Suivant  la  tradition  rap- 
portée par  le  baron  de  Meyendorff ,  Salomon  égorgea  près 
€k  ce  lieu  un  chameau,  dont  on  voit  encore  le  sang  rougir 
le  rocher.  «  Si  Ton  ressent  des  douleurs  de  rhumatisme ,  ou 
«  d'autres  maux,  on  s'étend  sur  une  pierre  plate  qui  est  là, 
«  et  le  mal  passe  infailliblement.  Tous  les  voyageurs  qui  ar- 
«  rivent  de  ces  pays  parlent  de  ce  but  de  pèlerinage  :  plu- 
«  sieurs  m'ont  assuré  qu'on  n'y  voit  point  de  traces  de  co- 
«  lonnes;  M.  Nazarov  prétend  y  avoir  vu  les  restes  de  deux 
«  anciens  édifices,  sous  lesquels  se  trouve  une  caverne  (i).» 
«  La  ville  qui  porte  les  deux  noms  de   Turkestan  et  de 
TarcLs  ou  Toros^  renferme  mille  maisons  bâties  en  terre; 
autrefois  elle  était  grande ,  florissante ,  et  le  chef-lieu  d'un 
khanat.Un  prince  kirghiz  y  résidait  (s).  Elleest  entourée  d'un 
fossé  large  de  i5  pieds  qu'on  peut  remplir  d'eau  à  l'appro- 
che de  l'ennemi.  C'est  une  ville  qui  renferme  les  tombes  de 
plusieurs  saints  personnages  :  de  tous  ceux  qui  y  sont  en- 
terrés Kora'Ahmed'KkodJa  est  le  plus  révéré.  Près  du  mo- 
nument qui  lui  est  consacré,  on  remarque  une  inunense 

(0  Baron  G.  de  Meyendorff:  Voyage  d'Orenbourg  à  Boukhara  ,  p.  n8. 
(')  Rytschkow  :  Topogr.  d'Orcfibr^iirg;  dans  Busching,  Magas.  gëogr. , 
V,  iyn  aqq. 


528  LiVRElfCENT    TRENTE-TROISIÈME. 

marmite  de  plus  dejia  pieds  de  diamètre  qui  sert  à  faire 
cuire  les  alimens  que  les  gens  riches  font  distribuer  à  cer- 
tains jours  ]aux  pauvres. 

Tachkent  OM  Tachkendy  situéesur  les  bords  duTchirt-chik, 
affluent  du  fleuve  Sir  ou  Sihoun,  renferme,  dit-on,  6000 
maisons  ;  mais  le  baron  de  Meyendorff  ne  lui  en  accorde 
qu'un  peu  plus  de  3ooo.  Elle  est  entourée,  sur  une  éten- 
due de  4  lieues  et  demie,  d  une  haute  muraille  en  briques 
séchées ,  ouverte  de  1 2  portes.  On  y  voit  un  grand  nom- 
bre de  vieilles  mosquées  qui  attestent  sa  splendeur  passée, 
probablement  à  lepoque  où  elle  s'appelait  Chach.  Elle  ren- 
ferme 10  médresséhs  ou  écoles.  Son  territoire,  arrosé  par 
des  canaux  d'irrigation ,  produit  les  fruits  les  plus  exquis. 
Le  climat  dont  on  y  jouit  est  agréable.  Ses  habitans  font 
un  petit  commerce  j  ils  ^cultivent  le  pêcher  et  la  vigne ,  le  fro- 
ment, le  coton  et  la  soie  ;  l'hiver  n'y  dure  que  trois  mois  ; 
les  montagnes  renferment  de  l'or.  Dans  ses  environs  s'élève 
un  fort  qui  peut  être  occupé  par  une  garnison  de   10,000  . 
hommes.  Marghc^lan^  appelée  aussi  Marghilan  ou  Marghi^ 
nan^  aux  pieds  des  monts  Kachgar,  est,  dit-on,  de  la  gran-  . 
deur  de  Khokhan.  C'est  une  antique  cité ,  entourée  d'une  . 
mauvaise  muraille  en  terre  et  remplie  de  portiques  et  d'an- 
ciens monumens.  Au  centre  s'élève  un  édifice  dans  l'inté- 
rieur duquel  on  conserve  un  étendard  en  soie  rouge,  qui 
passe  aux   yeux  des  habitans   pour  avoir    appartenu   à 
Alexandre-le-Grand ,  qui,  à  son  retour  de  l'Inde,  serait  mort 
dans  cette  ville.  Les  prêtres  promènent  cet  étendard  à  l'arri- 
vée de  chaque  nouveau  gouverneur.  Aune  lieue  de  la  ville, 
la  forteresse  ÔLYarmazar  peut  renfermer  20,000  hommes. 

Khodjend^  sur  la  rive  gauche  du  Sihoun,  à  une  ving- 
taine de  lieues  au  sud  de  Tachkend,  est  grande  et  bâtie  en 
terre  sur  un  sol  élevé.  On  y  fabrique  une  grande  quan- 
tité de  cotonnades ,  dont  elle  fait  un  important  commerce 
avec  les  Russes.  A  vingt  lieues  au  nord-est  de  Khodjend, 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.       Sap 

Akhsikat  bu  Akhssia  passa  pour  être  le  diRT-lieii  û%  la 
province^  dfi  Ferghanab,  dans  laquelle  il  exi^e  des  initiés 
d'or  et  dargent*  Sousak  est  une  petite  forteresse  dans  tes 
nriontagnes.  Ouratepeh^  à  une  vingtaine  de  lièues  de  Rho* 
khan,  est  bâtie  entre  deux  coltines  et  entourée  de  hautes 
murailles  (S'énefées.  U  ne  faut  pas  confondre  cette  tille 
avec  Ouratoupa  qui  s'élève  à  lo  lieues  au  nord-ouest  dé 
Khodjend,  sur  la  rive  gauche  du  Sir.     ^ 

L'état  de  Khokhan  s*est  considérablement  accru  par  des 
<}onquêtes  depuis  i8i5«  Il  occupe  maintenant,  dans  le 
Turkestan,  le  deuxième  rang  pour  la  population  et  le  troi- 
sième pour  rétendue.  On  estime  qu'il  renferme  environ 
1,200^00  habitans,  et  qu'il  a  160  lieues  de  longueur  sur 
70  de  largeur,  et  10,000  lieues  carrées  de  superficie.  La  plus 
iprande  partie  du  territoire  est  d'une  gi*ande  fertilité;  on  y 
ti'ouve  des  mines  d'or,  d'argent,  de  cuivre,  de  fer  et  de 
houille.  Les  habitans  s'occupent  beaucoup  il'agricultiire  et 
de  l'éducation  des  bestiaux.  Les  manufau^tinres  de  soieries 
«t  de  cotonnades  y  sont  florissantes ,  et  le  <x>mmerce  avec 
la  Chine,  k  Boukharie  et  la  Khivie^  jouit  d'une  grande  ac* 
tivité.  Le  pays  est  gouverné  par  un  khan ,  chef  suprême  qui 
entretient  une  armée  de  10,000  hommes  de  cavalerie  qiii  ne 
tiennent  la  campagne  que  pendant  deux  mois ,  et  à  laquelle 
se  réunissent  3o  à  40,000  hommes  fournis  par  les  tribus  et 
qui  ne  s'engagent  que  pour  un  mois  chaque  année.  Aussi  les 
guerres  sont- elles  courtes  et  n'interrompent-elles  pas  le 
conunerce.  L'artillerie  du  beg  de Tachkend  consiste,  comme 
.  en  Perse ,  en  petits  canons  portés  par  des  chameaux.  Dans  ce 
pays,  qui  est  mahométan,  les  prêtres  sont  juges  et  siègent 
avec  les  gouverneurs.  Les  procès  s'instruisent  sans  écritures  ; 
les  crimes  de  haute  trahison,  d'usure  et  d'adultère  sont 
punis  de  mort;  le  voleur  est  condamné  à  perdre  la  main, 
et  le  meurtrier  à  servir  comme  esclave  les  parens  de  celui 

qu'il  a  tué ,  à  moins  qu'il  ne  puisse  se  racheter. 

Vlll.  34 


63o  LIVRE    CENT   TREITTE-TROTSIEMJ?. 

.i  «Les  Karakalpaks  habitent  aussi  les  bords  du  Sihoun.  , 
Cette  peuplade  se  fiomme  elle^-méme  Kam-Kiptchak  ^  cest^ 
à-dire^  t  les  Kiptchak  noirs  ou  tributaires.  Cest  une  tribu 
4e$  Taiares  de  Kiptcbak  subjugués  par  les  Kirghiz.  Ils  se 
divisent  en  bordes  ou  oulous  supérieure  et  inférieure.  En 
i^4^>  ^^  horde  inférieure,  qui  était  alors  de  i5,ooo  famil- 
les,  rechercha  la  protection  de  la  Russie  ou  du  Tzar  blanc; 
mais  les  Kirghiz  détruisirent  presque  cette  tribu ,  qui  osait 
invoquer  contre  eftx  un  secours  étranger.  Ils  ne  comptent 
plus  maintenant  que  2  à  3ooo  guerriers. 

«  Les  chefs  des  oulous  se  donnent  pour  descend  ans  de 
Mahomet.  U  y  a  une  sorte  de  noblesse.  Le  genre  de  vie 
ressemble  à  celui  des  fiachkirs  en  Russie.  Les  cabanes 
d'hiver  ont  un  emplacement  fixe,  celles  d  été  sont  mobiles. 
Le  soin  de  lagriculture  s  allie  à  celui  des  bestiaux.  N  ayant 
que  peu  de  chevaux ,  ils  se  servent  de  leurs  bêtes  à  cornes 
pour  le  trait  et  la  selle.  Ils  exercent  avec  succès  plusieurs 
métiers;  ils  vendent  à  leurs  voisins  des  couteaux,  des  sa- 
bres, des  fusils,  des  marmites  et  de  la  poudre  à  tirer.  Ils 
'Sont  mahométans  et  connaissent  assez  bien  les.  préceptes 
de  leur  religion.  Le  pouvoir  des  khans  est  borné  par  l*in- 
fluence  dont  jouissent  les  khodcha  ou  prêtres ,  et  les  seits 
qui  prétendent  descendre  de  Mahomet. 

«  Les  Troukmenes  ou  Turcomans  habitent  toute  la  côte 
orientale  de  la  mer  Caspienne ,  pays  sablonneux,  rocailleux 
et  presque  dépourvu  d'eau,  excepté  près  de  la  côte.  La 
chaîne  des  monts  de  Manghichlak^  qui  occupe  une  longueur 
de  80  lieues,  est  peu  élevée,  très-escarpée  et  coupée  de  ra- 
vins; elle  présente,  du  côté  de  la  mer,  des  roches  calcaires, 
remplies  de  coquillages  littoraux ,  des  couches  de  marne  et 
d'argile,  beaucoup  de  sources  de  naphte  et  de  pétrole,  et 
tjuelques  indices  de  plomb  et  de  cuivre  (i).  On  rencontre 
^nr  le  rivage  des  conglomérats  de  coquillages  et  de  sable , 

(0  Gmelin ,  Bytschkow  et  Falk ,  cités  par  Georgi. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestau.        53 1 

cimentés  par  du  calcaire  et  quelquefois  par  du  bitume;  plus 
loin  de  la  mer  ces  masses  sont  déjà  entièrement  durcies. 
Les  eaux  sont  salées  ou  saumàtres.  » 

La  chaîne  de  Manghichlak  se  dirige  de  lest  à  louest 
jusqu'au  cap  appelé  Touk-Karagan^  qui  forme  le  côté  mé- 
ridional du  golfe  de  Kottchak-Koultiouk  y  à  l'entrée  du- 
quel se  présentent  les  îles  Si^iatoï,  Koulal  et  Dolgoï  cpï 
sont  inhabitées.  A  1 5  lieues  à  1  est  du  cap  Touk-Karagan , 
se  présente  un  enfoncemetit  appelé  aussi  Manghichlak ,  près 
duquel  campent,  leté,  des  Mank  ou  Nogaï;  une  langue  de 
terre  sy  avance  dans  la  mer  et  forme  un  port  qui  est  peu 
fréquenté,  parce  qull  est  exposé  aux  brigandages  conti- 
nuels des  Turcomans  (0.  A  quelque  distance  de- là  se  voit 
le  mont  Ahichtchœ^  volcan  dont  le  cratère  vomit  constam- 
ment des  vapeurs  sulfureuses. 

Au  sud  du  golfe  de  Kottchak-Koultiouk  se  trouve  le 
golfe  Alexandre ,  dans  lequel  le  Sirtbach  et  le  Kitthi  ont 
leur  embouchure.  A  6o  lieues  au  sud,  est  le  détroit  de 
Kara-boughaz  ou  Aehi  gorge  noire  ^  qui  communique  avec 
le  Kouli'déria  ou  lac  amer  y  grand  golfe  dans  lequel  s  en- 
gloutissent les  eaux  de  la  mer  Caspienui^.  Les  Turcomans 
viennent  y  pêcher  des  phoques. 

La  chaîne  du  Balkan  occupe  l'espace  qui  s  avance  dans 
la  mer,  entre  le  Kouli-déria  et  le  golfe  de  Balkan.  A  l'entrée 
de  ce  golfe  se  trouvent  plusieurs  îles  dont  nous  citerons 
les  deux  plus  considérables.  Tcheleken  ou  Nephtenoï  doit 
son  nom  aux  sources  de  naphte  qui  s  y  trouvent  :  on  la  dit 
habitée  par  une  centaine  de  familles  turcomanes  ;  elle  s  est 
agrandie,  en  i8o4,  par  sa  réunion  avec  Tîle  Dervich^  opé- 
rée à  la  suite  d'un  tremblement  de  terre.  Ogourtchinsk 
est  inhabitée  et  manque  d'eau  douce;  cependant  elle  nour 
rit  un  grand  nombre  de  moutons  qui  y  vivent  sans  ber- 


(0  Klaprolh  :  Notice  sur  la  mer  Caspienne. 


->  / 

04. 


53a  LIVRE  CENT   TRENTE-TROISIÈME.  \ 

ger.  Un  petit  nombre  de  Turcomans  vient  y  passer  l'hiver; 
ils  remplacent  leau  douce  par  celle  des  glaçons,  qui  perd 
en  cet  état  une  partie  de  son  goût  amer  et  salé.  Ils  y  trou- 
vent en  suffisance  du  bois  de  chauffage^  L'île  de  Djardji 
est  maintenant  réunie  au  continent.  Les  deux  principales 
cimes  du  Balkan  ont  un  aspect  noirâtre  et  paraissent  être 
granitiques.  Près  de  la  côte^  ces  montagnes  sont  escar- 
pées et  parsemées  de  roches  d'une  pierre  friable  qui  aug- 
mente beaucoup  la  difficulté  de  la  marche  (0. 

Le  cours  du  Gourghen  sert  de  limites  entre  la  Perse  et  le 
Turkestan^  comme  celui  de  Ylemba  entre  leTurkestan  et  la 
Russie  (3).  Le  Gourghen  coule  au  milieu  de  marais;  son  fond 
est  vaseux  ;  sa  largeur  est  de  20  à  36  pieds  ;  ses  rives  sont 
basses  et  inondées  à  une  distance  considérable  ;  son  cours 
est  embarrassé  d'herbes  de  3  à  5  pieds  de  hauteur;  son  eau 
a  un  goût  vaseux  et  légèrement  salé;  il  coule  avec  lenteur; 
en  été  il  a  peu  de  profondeur;  cependant  il  n'est  jamais 
entièrement  à  sec.  A  une  demi-lieue  de  son  embouchure  y 
ses  eaux  ont  un  peu  plus  de  3  pieds  de  hauteur.  UAtrek  est 
une  autre  rivière  plus  petite  que  le  Gk)iârghen  et  à  deux 
milles  au  nord  d^  celui-ci. 

«  La  végétation  de  ces  contrées  se  borne  à  peu  d'es- 
pèces, parmi  lesquelles  on  distingue,  par  ses  formes  raides, 
la  saliola  orientalis  (?).  L'absinthe  du  Pont  abonde,  ainsi 
que  le  câprier.  On  emploie  le  rhamnus  alpina  au  chauffage. 
Les  renards ,  les  chats  sauvages ,  le  mouton  d'Orient  et  le 
chameau,  sont  les  animaux  les  plus  répandus;  l'once  s'y 
montre,  et  même  le  tigre,  si  l'on  veut  en  croire  les  rela- 
tions. Les  insectes  y  fourmillent,  surtout  les  papillons  et 
les  sauterelles  ;  dans  les  golfes  et  les  baies ,  le  Noctiluca 
miliarU  au  corps   gélatineux  et  transparent,   répand  la 


(0  ^ouraftef  ;  Voyage  en  Turcomanie  et  à  Khiva. — (»)  Klaproth  : 
Notice  sur  la  raer  Caspienne.  —  (^)  Gmelin  :  Voyage ,  etc. ,  IV,  planche  5. 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan:        533 

nuit^  sur  la  surface  des  ondes ,  sa  lumière  phosphorique  (0.  » 

Il  est  une  particularité  que  nous  ne  devons  peut-être 
point  passer  sous  silence,  c*est  que  les  Turcomans  ont  as- 
suré au  capitaine  Mouraviev,  que  les  djeiran  ou  antilopes 
qui  peuplent  leurs  déserts  peuvent  passer  deux  ou  trois 
mois  de  1  été  sans  boire.  Ce  fait  aurait  besoin  d  être  con- 
firmé, mais  il  est  certain  que  dans  ces  déserts  on  ne  trouve 
ni  eau  douce  ni  eau  salée.  Peut-être  doit-on  supposer  que 
ces  animaux  trouvent  une  boisson  suffisante  dans  leau  dé- 
posée par  les  rosées  qui  sont  souvent  fort  abondantes. 

«  Les  Turcomans,  plus  basanés,  moins  grands,  mais 
ayant  les  membres  plus  carrés  que  les  autres  habitans  du 
Turkestan ,  vivent  sous  des  tentes  ou  dans  les  cavernes  des 
rochers.  Ce  sont  des  pasteurs  grossiers  qui  font ,  en  pas- 
sant, le  métier  de  brigands.  Ils  sont  divisés  en  plusieurs 
hordes ,  qui  oiit  chacune  leur  chef.  » 

Suivant  M.  Mouraviev,  ils  ont  la  taille  élevée,  les  épaules 
laides,  la  barbe  couite,  et  la  forme  du  visage  assez  sembla- 
ble à  celle  des  Kalmouks.  Les  Turcomans  méridionaux  ont 
adopté  le  costume  persan  et  le  bonnet  garni  de  peau  d'a- 
gneau noire.  Leurs  femmes  peignent  leurs  cheveux  avec 
beaucoup  de  soin ,  elles  les  séparent  sur  les  côtés  et  les 
réunissent  en  une  longue  tresse  garnie  de  grelots  en  ar- 
gent et  qui  tombe  par-derrière.  Elles  complètent  leur  coif- 
fure par  un  bonnet  qui  ressemble  à  celui  des  Cauchoises 
par  son  élévation ,  et  qui  est  orné  en  or  et  en  argent  selon 
la  fortune  du  mari.  Elles  ont  les  traits  agréables  et  gra- 
cieux et  ne  se  voilent  pas  le  visage ,  mais  elles  portent  un 
anneau  à  une  narine.  Leur  habillement  consiste  en  un  ca- 
leçon de  couleur  et  une  grande  chemise  rouge. 

Les  Turcomans  se  partagent  en  deux  nations ,  celle  du 
nord  et  celle  du  sud ,  et  se  divisent  en  plusieurs  tribus  ; 

(')  Gmclin,  Voyage,  1.  IV 


534  LIVRK    CENT    TRENTE -TROI SI KAIF. 

la  principale ,  au  nord ,  est  celle  des  Abdaloxx  Abdallah,  Au 
sud,  on  en  distingue  quatre,  appelées  lomondy  Er-saréy  Téké 
et  Keklen;  cette  dernière  est  la  plus  rapace.  Chacune  se 
subdivise  en  plusieurs  autres  tribus.  Celle  des  lomouds 
peut,  dans  un  moment  d'urgence,  mettre  jusqu'à  3o,ooo 
hommes  sous  les  armes,  et  celle  d'Er-saré  90,000. 

IjevLTsaouls  ou  villages  se  composent  d'un  groupe  plus  ou 
moins  considérable  de  kibitki  ou  tentes  en  feutre.  Ils  nour- 
rissent beaucoup  de  chameaux,  de  bœufs,  de  chevaux  et 
de  moutons;  la  chair  de  ces  derniers  est  excellente.  Avec 
le  poil  de  chameau  ils  fabriquent  une  étoffe  grossière.  Ils 
cultivent  un  peu  de  froment,  du  riz,  des  melons  et  des 
concombres.  Montés  sur  leurs  chevaux  infatigables,  ils 
parcourent  leurs  déserts  avec  une  incroyable  rapidité, 
vont  piller  les  villages  des  tribus  avec  lesquelles  ils  sont  en 
guer«re,  endurent  la  faim  et  la  soif,  aussi  bien  que  leurs 
coursiers  auxquels  souvent  ils  ouvrent  une  veine  pour  se 
désaltérer.  Leurs  armes  habituelles  sont  l'arc,  dont  ils  se 
servent  avec  beaucoup  d'adresse ,  le  sabre  et  le  pistolet.  Ils 
fabriquent  eux-mêmes  d'assez  mauvaise  poudre. 

Les  Turcomans  méridionaux  ont  pour  chefs  des  khans , 
nommés  par  le  gouvernement  persan  ;  mais  le  peuple  leur 
obéit ,  lorsqu'ils  ont  acquis  de  l'autorité  par  leurs  qualités 
personnelles  et  par  leur  conduite.  Cette  dignité  n'est  point 
héréditaire.  Celle  fLakh-sakhal  {barbe  blanche)  ou  ancien^ 
qui  est  élective ,  paraît  l'emporter  sur  celle  de  khan ,  et  se 
conserver  dans  la  famille,  lorsqu'après  la  mort  de  celui  qui 
en  est  revêtu ,  ses  parens  ont ,  par  leur  conduite,  des  droits 
à  l'estime  générale  (1).  Bien  que  les  tribus  voisines  de  la 
Perse  reconnaissent  l'autorité  de  cette  puissance ,  les  Tur- 
comans méridionaux  exercent  leurs  brigandages  sur  les 
Persans  eux-mêmes  et  sont  souvent  en  guerre  avec  eux. 

(0  Mourax'ieu  :  Voyage  en  Turconiauie  et  à  Khiva. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  oU  Turkestan.        535 

«  Les  Turcomans ,  dit  M.  Mouraviev^  n  ont  pas  cette  sé- 
«  vérité  et  cette  droiture  qui  distinguent  les  peuples  du 
«  Caucase;  au  milieu  de  sa  pauvi*eté^  ce  peuple  reste  étran- 
«  ger  aux  lois  de  l'hospitalité;  il  se  montre  tellement  avide 
»  d'argent,  qu'il  nest  point  de  bassesse  à  laquelle  il  ne  se 
«  soumette  pour  un  léger  salaire.  Les  Turcomans  ignorent 
«  ce  que  cest  que  l'obéissance;  quand  l'un  deux  montre 
«  un  peu  plus  de  pénétration  ou  de  hardiesse  que  les  autres, 
«  ils  récoutent  sans  s'informer  quel  est  son  droit.  Par  consé^ 
«  quent,  il  n'est  point  de  Russe  qui  ne  puisse  prendre  fa- 
«  cilement  parmi  eux  le  ton  de  la  supériorité,  et  qui,  en- 
«  touré  et  désarmé ,  ne  puisse  sans  danger  se  fâcher,  les 
«  injurier,  et  même  les  battre  s'il  en  a  sujet.  Ils  n'ont  au- 
«  cune  idée  de  bien  public  et  de  bienséance  ;  chacun  d'entre 
•  eux,  quand  il  croit  y  trouver  son  avantage,  prend  le 
«  titre  X  ancien  y  son  voisin,  qui  ne  le  reconnaît  pas  pour 
«  tel,  prend  à  sou  tour  celui  éiakh-sakhal  qui  est  syno- 
«  nyme.  » 

Les  Turcomans  parlent  un  dialecte  turc  semblable  à 
celui  qui  est  en  usage  à  Kazan.  Gomme  ils  sont  de  la 
secte  d^Omar,  on  conçoit  leur  antipathie  pour  les  Per- 
sans; mais,  du  reste,  ils  ne  sont  fidèles  qu'aux  pratiques 
extérieures  de  la  religion  et  ne  s'occupent  nullement  du 
dogme. 

lueurs  caractères  physiques  ainsi  que  leur  langue ,  indi- 
quent qu'ils  appartiennent  à  la  race  turque  ;  c'est  ce  peuple  N 
qui,  dans  les  XP  et  XIP  siècles,  inonda  la  Boukharie,  la 
Perse  septentrionale ,  l'Arménie,  la  Géorgie  méridionale,  le 
Chirvan  et  le  Daghestan.  Les  Persans  disent  que  le  nom  de 
Turcomans  signifie  semblables  aux  Turcs;  mais  M.  Klaprotb 
pense  que  ce  nom ,  composé  de  ceux  de  turc  et  de  coman , 
a  été  donné  à  la  partie  de  la  nation  comane  qui  est  restée 
à  l'orient  de  la  mer  Caspienne  sous  la  domination  des  Turcs 
de  l'Altaï,  tandis  qu'une  autre  qui  était  indépendante  s'est 


536  LIYRS   GE9T   TaENTE-TROISlisiE. 

étaUie  xlaDS  les  vastes  plaines  situées  à  Toccident  de  cette 
mer,  et  passa  même  depuis  jusqu  en  Hongrie  (i). 

Comme  ii  ny  a  dans  la  Turcomanie  que  des  aouls  qui 
sont  plutôt  des  camps  que  des  villages  ^  nous  n'avons  con- 
séquemment  aucune  ville  à  citer.  Les  bords  du  Gourghen 
et  de  TAtrek  sont  garnis  de  ces  aouls,  ainsi  que  plusieurs 
points  des  côtes  de  la  baie  de  Balkan ,  du  lac  Amer,  et 
qadques  parties  du  désert.  Mais  cette  contrée  n'a  pas  tou- 
jours été  dépourvue  de  villes,  c'est  ce  qu'attestent  plusieurs 
mines.  Sur  la  rive  droite  du  G&urghen  s'étendent  les  restes 
d'une  grande  murail|e  dont  on  ne  connaît  pas  l'origine, 
mais  qui  paraît  avoir  servi  de  frontière  entre  le  royaume 
d'Iran  et  celui  de  Touran.  Cette  muraille  porte  aujour- 
d'hui le  nom  de  kizil^alal;  elle  est  construite  en  bonnes 
briques  cuites  au  £eu.  A  l'extrémité  occidentale  de  la  mu- 
raille ,  et  sur  le  bord  de  la  mer^  on  voit  <^core  le  mur 
extérieur  d'un  grand  bâtiment  ou  d'un  fort ,  sur  le  côté 
oriental  duquel  s'est  formé  un  amas   de  sable    qui  lui 
donne  l'apparence  d'une  colline.  M.  Mouraviev  a  trouvé 
dans  ce  mur  des  tombeaux  et  des  ossemens  humains , 
qui  paraissent  être  moins  anciens  que  cette  construction, 
et  appartenir  à  des  Turcomans.  Le  mur  peut  avoir  envi- 
ron aoo  mètres  de  longueur  sur  4  de  hauteur.  Sous  ce 
mur,  M.  Mouraviev   aperçut  une  petite   voûte  dans  la- 
quelle il  trouva  un  morceau  de  verre  et  du  charbon.  A 
\4f>  QM  i5o  mètres  du  mur,  on  trouve  un  proniontpire 
qui  ne  paraît  pas  être  formé  par  la  nature  :  et  en  effet  on 
y  rrâiarque  des  murailles  qui  ont  appartenu  à  des  édi- 
fices, des  tours  rondes,  et^  de  petits  emplacemens  pavés 
régulièrement   en  grandes  briques  carrées;   on   observe 
ces  débris  jusqu'à  environ  80  mètres  dans  la  mer.  Mais  ce 


(0  Klaproth  :  Notes  ajoutées  au  Voyage  de  M.  Mouraviev  en  Turco- 
manie e(  à  Kbiva. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        53'j 

quil  y  a  de  plus  remarquable,  cest  que  ces  débris  n'of- 
frent pas  lapparence  de  ruines  :  les  murs  sont  tous  de  ni» 
veau  avec  Thorizon;  ce  qui  fait  croire  qu'ils  ont  appar- 
tenu à  des  bâtimens  qui  ont  été  engloutis  par  un  trem- 
blement de  terre.  Les  Turcomans  7  ont  souvent  trouvé 
des  monnaies  d'or  et  d  argent.  Ils  prétendent  que  ces  restes , 
qui  portent  dans  le  pays  le  nom  de  Sérébrénoï- bougor 
on  colline  d'argent ,  sont  sur  un  sol  qui  formait  autrefois 
une  île  que  l'abaissement  des  eaux  de  la  mer  a  réunie  au 
continent  depuis  i8i4  (0* 

A  environ  1 5  milles  allemands  àu  nord  de  ce  cap ,  on 
trouve  le  promontoire  7/ert  (Zélénoï-bougor)  ^  et  près  de  là , 
une  ancienne  mosquée  nommée  mama-kjrz  ou  mamelons 
de  vierge.  A  l'est  de  ce  cap ,  on  voit  dans  l'intérieur  des 
terres  les  ruines  d'une  ville  appelée  Metedi-Mesterian, 

Du  mont  Balkan ,  on  se  dirige  vers  Test  pour  aller  à 
Khiva.  On  traverse  la  chaîne  de  Saré-Baba  ou  du  Grand- 
Père  jaune  ^  qui  s'étend  du  nord  au  sud.  La  route  est  tracée 
au  milieu  d'un  sol  calcaire;  on  y  est  souvent  enveloppé  de 
tourbillons  de  sable ,  et  au  mois  de  septembre  on  y  éprouve 
un  froid  très-vif.  Sur  le  sommet  de  cette  chaîne  s'élève  le 
A^T,  monticule  où  règne  un  vent  violent  et  sur  lequel  on 
voit  un  monument  en  l'honneur  dii  fondateur  de  la  mbu 
appelée  Er-Saré-Babay  et  qui,  après  avoir  habité  long-temps 
les  environs  de  la  baie  du  Balkan,  s'est  établie  en  Boukha- 
rie.  Ce  monument  consiste  simplement  en  une  perche  à 
laquelle  sont  suspendus  des  chiffons  de  différentes  cou- 
leurs et  autour  de  laquelle  sont  entassés  des  bois  de  cerfs, 
des  pierres  et  des  tessons  de  vases,  offrandes  que  les  Tur^ 
comans  de  toutes  les  tribus  y  déposent. 

Vers  l'extrémité  orientale  du  territoire  des  Turcomans , 
Touer  est  un  lieu  où  se  trouvent  plusieurs  puits,  près  des-« 

(0  Mouvaviev  :  Voyage  en  Turcomanie  et  à  Khiva,  p.  4»- 


538  LIVRE    CEKT    TaENTE-TROISlÈME. 

quels  habite  la  tribu  appelée  Ata,  qui  diffère  des  autres 
par  rhabiilement,  les  mœurs  et  les  traits  du  visage,  et  qui 
paraît  avoir  une  origine  différente  :  elle  ne  se  compose  que 
de  looo  kibiùL 

«  Au  sud  du  lac  Aral ,  nos  regards  fatigués  de  la  monotonie 
des  déserts  trouvent  à  se  reposer  à  l'aspect  d'un  pays  un  peu 
plus  fertile,  appelé  Khosforesm  par  les  Arabes,  Karism  ou 
Kharizmie  par  les  Tatares  et  les  Russes ,  et  Chorasmie  par 
les  anciens.  Il  porte  encore  le  nom  de  Khivie  ou  Khanat 
Khwuy  de  celui  de  la  ville  principale.  Les  Turcs  de  Karism 
possédaient  dans  le  XIP  siècle  un  puissant  empire.  Cet 
Etat ,  après  avoir  été  réduit  à  la  province  de  Khiva ,  dont 
un  homme  à  cheval  peut  faire  le  tour  en  trois  jours,  est 
devenu  l'un  des  plus  étendus  de  tout  le  Turkestan. 

*  Les  géographes  orientaux  parlent  de  la  Kharizmie 
comme  d'un  pays  froid ,  en  comparaison  de  la  Perse.  Le 
fleuve  Djihoun  se  gèle  tous  les  ans  (i).  » 

D'après  les  relations  russes  les  plus  récentes,  l'air  de  ce 
pays  est  tempéré;  les  gelées  ne  durent  que  peu  de  jours, 
mais  le  thermomètre  y  descend  fréquemment  à  i6  ou  i8 
degrés  au-dessous- du  point  de  congélation,  et  le  froid  y 
est  très-sensible  à  cause  des  vents  perçans  et  continuels 
auxquels  on  est  exposé.  Il  y  tombe  peu  de  neige  ;  mais  le 
verglas  y  cause  souvent  de  grands  dommages  aux  cara- 
vanes, parce  qu'il  blesse  le  pied  des  chameaux,  et  que,  ne 
pouvant  continuer  leur  route,  ils  périssent  abandonnés 
après  quelques  jours  de  souffrances.  Les  chaleurs  de  l'été 
seraient  insupportables,  si  l'atmosphère  n'était  rafraîchie 
par  des  vents  d'est  et  de  sud -est  qui  soufflent  avec  force. 
Les  pluies  y  sont  rares,  même  en  s^utonme  :  pendant  cette 
saison,  comme  en  hiver,  régnent  des  vents  presque  conti- 


(0  lin  Haukal,  ap.  Aboulfeday  Descript.  Chorasm. ,  p.  a3.  Gcogr. 
GraîC!  minores,  t.  III. 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        6^9 

nuels  qui  apportent  des  steppes  des  nuages  de  sable  fin 
qui  obscurcissent  quelquefois  1  éclat  du  soleil.  Ces  sables, 
arrêtés  parle  moindre  obstacle,  une  pierre  ou  un  buisson, 
transforment  en  peu  de  temps  une  plaine  unie  en  une 
plaine  ondulée,  couverte  de  petits  tertres  qui  lui  donnent 
de  loin  lapparence  d une  mer  agitée.  En  général ,  le  ciel  y 
est  presque  toujours  serein  (1). 

«  Les  montagnes  qui  forment  la  chaîne  de  Chikh-djeri 
renferment  des  mines  d'or  et  d'argent,  jadis  exploitées^ 
mais  dont  il  est  aujourd'hui  défendu  de  chercher  les  traces. 
Les  Khiviens  s'occupent  d'extraire  seulement  le  soufre 
et  le  plomb.  On  y  trouve  aussi ^  dit-on,  dès  émeraudes, 
des  sardoines  et  d'autres  pierres  fines.  La  plus  grande  par- 
tie du  pays  est  en  plaines;  le  sol,  généralement  composé 
d'une  argile  rougeâtre,  se  prête  à  toutes  sortes  de  cultures; 
mais  les  déserts  de  sable  mouvant  qui  ceignent  la  fron* 
tière  en  envahissent  quelquefois  des  portions  considé- 
rables. 

«  Le  grand  fleuve  Djihoun  ou  Amou-déria ,  qui  traverse 
cette  contrée,  a,  selon  les  historiens  d'Alexandre,  6  à  7 
stades  de  largeur,  même  dans  la  partie  supérieure  de  son 
cours;  il  est  trop  profond  pour  qu'on  puisse  le  passer  à 
gué  (2).  Les  géographes  arabes  en  font  une  peinture  sem- 
blable j  ils  parlent  des  inondations  qu'il  cause.  Arrivé  au 
pied  des  monCs  Waïslouka  dans  la  Kharizmie,  il  est  par- 
tagé en  beaucoup  de  canaux  d'irrigation;  il  conserve  deux 
branches  principales.  Il  n'y  a  que  le  petit  bras  du  Djihoun 
qui  ait  toujours  de  leau;  l'autre,  dans  ses  crues,  se  répand 
sur  une  plaine  marécageuse  qui  le  borde  ;  et ,  comme  tous 
les  fleuves  mal  encaissés,  il  reste  quelquefois  à  sec  en  plu- 
sieurs endroits  de  son  cours.  ^ 

(0  Ephémérides  géographiques  de  M.   Bertuch,  v.   XXV,   p.    108. 
Consultez  surtout  le  Voyage  de  M.  Mouraviev  en  Turcomanic  et  à  Kliiva. 
(=»)  Jnian,  111 ,  29.  Straù. ,  XI ,  Sog-SiS,  éd.  x\lm. 


54o  LIVRE   CENT   TRENTE-XaOISlÈMR. 

D  après  les  rapports  faits  par  les  Khiviens  à  M.  Mou- 
raviev,  le  Djihoun  est  très-profond  et  si  large  que,  d'une 
rive  à  lautre,  deux  hommes  ne  peuvent  ni  se  reconnaître 
ni  s'entendre;  il  faut  être  au  milieu  pour  que  la  voix 
puisse  arriver  à  lautre  rive  :  ce  qui  supposerait  une  lar- 
geur de  6  à  700  pieds.  Les  principaux  canaux  de  dériva- 
tion qui  partent  de  ce  fleuve  ont  jusqu  a  3a  pieds  de  lar- 
geur. On  y  voit  plusieurs  digues  construites  aveu  art,  et 
quelquefois  même  deux  canaux  se  rencontrent  au  moyen 
dun  pont.  La  manière  dont  ces  travaux  sont  exécutés  a 
lieu  d'étonner,  quand  on  songe  que  les  Khiviens  nont 
aucune  idée  de  nivellement.  Les  eaux  de  ces  canaux  sont 
alimentées  par  une  infinité  d'autres  petits  canaux  qui  ar- 
rosent le  sol  et  le  fertilisent  ;  quelquefois  elles  se  rassem- 
blent dans  de  grands  étangs  qui  servent  de'  réservoirs 
pendant  les  temps  de  sécheresse. 

«  Parmi  les  productions  végétales  on  distingue  le  djwariy 
espèce  de  froment,  l'orge,  Xholcus  sorghum  ou  millet  de  Bou- 
kharie^  le  tchegoura^  espèce  de  riz,  les  pois,  les  fèves,  lès 
lentilles,  le  chanvre,  le  tabac,  le  coton,  le  cuscute  de 
Perse,  plante  qui  donne  de  l*huile,  toutes  sortes  de  fruits 
du  goût  le  plus  exquis ,'  des  mûriers  et  des  vignes  en  abon- 
dance, lie  raisin  y  mûrit  parfaitement,  mais  la  religion 
mahométane  empêche  quon  en  fasse  du  vin.  Dans  de 
magnifiques  prairies  on  voit  errer  nombre  de  bœufs,  mais 
les  chevaux  y  trouvent  peu  de  pâturages  qui  leur  con- 
viennent (0.  La  volaille  domestique  y  est  assez  commune, 
(Bt  les  espèces  variées  du  gibier  ailé,  parmi  lesquelles  la 
perdrix  rouge,  lalouette,  le  faisan,  les  canards  et  les  van- 
neaux sont  les  pliîs  communes,  fournissent  une  proie 
abondante  aux  chasseurs.  » 

Les  habitans,  presque  tous  de  race  turque,  sont  princi- 

(0  Bytschkow  ,   Topographie  d'Orcnbour^  r  «ïans  le  Mag.   hisl.   et 
géogr.  de  Busching  y  V,  470. 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan.       ^{\i 

paiement  des  Ouzbeks  et  des  Turcomans*  Les  Boukhàres, 
dit  un  savant  auteur,  sont  les  vrais  indigènes  du  pays  (i); 
mais  cette  assertion  est  inexacte ,  en  ce  sens  que  les  habitans 
de  la  Boukharie  se  composent  surtout  d*Ouzbeks  et  de  Ted- 
jiks  :  il  faut  dire ,  au  contraire ,  que  les  anciens  habitans  sont 
des  saiij.  Lés  peuples  tatares  donnent  aux  habitans  khiviens 
le  nom  A' Ourghenetch  (2) ,  d'après  celui  d'Ourghendj,  leur 
ancienne  capitale.  Les  Ouzbeks,  qui  sont  ces  mêmes  Oui- 
gours  qui  habitaient  jadis  au  sud  des  monts  Célestes  dans  le 
Turkestan  chinois,  se  partagent  en  Ouigour-Naïmariy 
Kangli'Kiptchak^  KiaUKonrat  ou  Kiat-Konkrad^  et  Nce- 
kious'Mangoud»  Les  Kiat-Konrat  se  subdivisent  en  Imheiy 
Balgali^  Atchataïli^  Kandjirgali y  Kochtamgaliy  Koegqese- 
gU  et  Boegoedjeli  (3).  Tous  ces  Ouzbeks  descendent  de  ceux 
qui  ont  conquis  le  pays  ;  ils  sont  fiers  de  leur  titre  de  con* 
quérans  et  méprisent  les  Sarty,  et  ceux-ci  justifient  leurs 
vainqueurs  par  leur  éloignement  pour  le  métier  des  armes« 
Les  Kara-Kalpaks  se  composent  en  partie  de  nomades  qui 
errent  au-delà  de  TAmou-déria ,  et  de  familles  sédentaires 
qui  cultivent  les  terres  au  sud  du  lac  Aral.  Ces  derniers  ont 
reçu  le  nom  dUArales.  à'Araliens, 

L'Etat  de  Khiva  ou  la  Khivie  compte,  sur  environ  19,000 
lieues  carrées,  une  population  d'environ  900,000  âmes.  Cha- 
cune des  quatre  principales  tribus  d'Ouzbeks  était  gouvernée 
autrefois  par  son  ancien  qui  prenait  le  titre  àHnakh,  Mais 
l'ancien  de  la  tribu  des  Kiat-Konkrad  possédait  quelques 
prérogatives  particulières  qu'il  devait  à  l'importance  et  à  l'an- 
cienneté de  sa  tribu.  Le  souverain  de  la  Boukharie  avait 
même  une  sorte  de  prépondérance  sur  ces  tribus  guerrières, 
et  le  khan  des  Kirghiz  limitrophes  profitait  des  divisions 
intestines  pour  envoyer  de  temps  en  temps  à  Khiva  un  chef 

(0  Histoire  générale  des  Tatares,  p.  5i5.  — (^)  Bytschkow ,  L  c. ,  468. 
(})  Klaproth  :  Notes  au  Voyage  de  M.  Mouraviev  en  Turcomanie  et  h 
Khiva. 


5/^2  LIVRE    CENT    TBENtE-ÏROISIÈME. 

qui  exerçait  1  autorité  suprême.  Cette  organisation  cessa  par 
lambitieuse  tentative  d'Elthezer  qui,  après  avoir  pris  le  titre 
de  khan,  sentant  la  nécessité  de  détruire  la  prépondérance 
qu  exerçait  sur  la  Khivie  le  gouvernement  boukhare ,  se  noya 
au  passage  de  FAmou-déria  dans  une  expédition  qu'il  diri- 
geait contre  Boukhara.  Il  n  avait  régné  qu*une  année.  Son 
frère , Koutli-Mourad ,  qui  lui  succéda,  rétablit  lancienne 
organisation  aristocratique  ;  mais  bientôt  deux  de  ses  paren^ 
se  disputèrent  le  pouvoir,  et  le  plus  heureux^  ou  plutôt  le 
plus  perfide  et  le  plus  cruel ,  Mohan^med-Rahim ,  après  avoir 
feint  une  réconciliation  avec  son  adversaire,  s*empara  de 
sa  personne  et  de  ses  principaux  partisans  ainsi  que  de 
.leurs  femmes  et  de  leurs  enfans,  les  fit  périr  sous  ses  yeux, 
et  prit,  en  1802,  le  titre  de  khan^  quil  a  conservé  jusqua 
ce  jour,  en  établissant  son  pouvoir  sans  bornes  sur  des 
assassinats  et  sur  des  atrocités  révoltantes.  I^orsquil  fut 
paisible  possesseur  de  l'autorité  suprême ,  il  organisa  son 
royaume,  institua  un  conseil  supérieur,  qui  est  en  même 
temps  le  seul  tribunal  civil  et  criminel  du  pays,  établit 
des  impôts  'réguliers  ^  détruisit  le  brigandage  de  ses  sujets 
et  de  ses  voisins ,  en  se  le  réservant  pour  lui  seul ,  força 
une  partie  des  Rirghiz  à  lui  payer  un  tribut,  créa  une 
douane,  fit  le  premier  frapper  monnaie,  et  fonda  plusieurs 
établissemens  utiles. 

Ce  khan  peut  mettre  sous  les  armes  i5  à  20,000  hom- 
mes, y  compris  les  nomades  qu'il  prend  à  sa  solde.  Cette 
armée  ne  se  compose  que  de  cavalerie  ;  un  arc ,  une 
lance ,  un  sabre ,  voilà  leurs  principales  armes  ;  rare- 
ment on  leur  voit  des  mousquets ,  et  ceux  qu'ils  ont  se 
tirent  au  moyen  d'une  mèche  (i).  Cependant  l'armée'  khi- 
vienne  comprend  un  corps  d'artillerie  composé  d'une 
dizaine  de  pièces  dé  différens  calibres.  On  y  voit  encore 

(0  Éphémérkies  géographiques,  p    110. 


ASIE  :  Tatarie  indép,  ou  Turkestan.  543 
quelques  cavaliers  armés  de  cuirasses  et  de  casques  en 
acier. 

Les  Khiviens  vivent  dans  un  état  assez  civilisé.  Selon 
Al-Bergendi,  ils  montrent  plus  desprit  naturel  que  les 
autres  peuples  du  Turkestan;  ils  s*adonnent  beaucoup  à 
la  poésie ,  et  naissent  avec  de  gi*andes  dispositions  pour  la 
musique  ;  les  enfans  semblent  pleurer  et  crier  en  cadence  (i). 
Les  personnes  aisées  ont  ordinairement  à  leur  suite  des 
espèces  de  troubadours  qui,  par  leurs  chants  improvisés 
sur  les  héros  de  Tantiquité,  ou  par  d*autres  récits- accom- 
pagnés du  son  d*une  mauvaise  guitare  à  deux  cordes, 
charment  les  loisirs  de  leurs  maîtres.  Ces  bardes,  vieillards 
à  barbe  blanche,  s'asseyent  quelquefois  devant  leur  porter 
et,  rappelant  à  leur  mémoire  le  souvenir  des  siècles  passés, 
se  livrent  à  leurs  inspirations  poétiques. 

L'habillement  des  Khiviens  consiste  en  trois  ou.  quatre 
robes  de  soie  ouatées,  qu'ils  mettent  Tune  par-dessus 
l'autre ,  même  dans  la  saison  la  plus  chaude.  En  hiver, 
leurs  chemises  et  leurs  caleçons  sont  également  ouatés. 
Ils  portent  de  longues  bottes  jaunes,  dont  la  semelle,  avec 
de  hauts  talons ,  se  termine  en  pointe.  Ils  se  rasent  la  tête 
et  se  coiffent  d'un  grand  bonnet  noir  en  peaux  d'agneaux, 
sous  lequel  ils  ont  une  calotte  de  la  même  couleur  que 
leur  habit.  Leurs  femmes  sont  très-jolies,  bien  qu'elles 
aient  la  physionomie  un  peu  kalmouke.  Leur  teint  basané 
ne  nuit  pas  à  l'agrément  de  leur  figure.  Comme  tous  les 
Orientaux ,  les  Khiviens  sont  très-jaloux  et  tiennent  leurs 
femmes  enfermées  dans  des  harems.  Ils  sont  fort  malpro- 
pres, et  passionnés  pour  les  épiceries,  les  aromates  et  les 
sucreries.  Leurs  maisons  n'ont  ni  plancher  ni  fenêtres; 
on  y  fait  le  feu  au  milieu  de  la  chambre,  et  la  fumée 
s'échappe  par  une  ouverture  pratiquée  au  plafond.  Depuis 

(0  D* Hevbelot ,  Bibliothèque  orientale. 


544  LIVRE    CENT    TEENTE-TROISIÈME» 

le  khan  jusqu'au  dernier  de  ses  sujets,  tous  les  Khiviem 
ont  lliabitude  de  s  asseoir  par  terre.  Leur  vaisselle  est  en 
terre,  sans  aucun  ornement;  mais  ils  prennent  le  thé  dans 
des  tasses  en  porcelaine  de  la  Chine  ;  leur  batterie  de  cui- 
sine est  en  fonte.  L'ameublement  des  gens  riches  ne  diffère 
pas  de  celui  des  pauvres,  si  ce  n'est  que  leurs  tapis  sont 
plus  beaux.  Chez  la  plupart,  la  famille  du  maître  et  tous 
ses  gens  logent  dans  une  seule  ou  tout  au  plus  dans  deux 
chambres  fort  sales  et  sans  vestibule.  Comme  ils  aiment 
beaucoup  les  chevaux,  l'écurie  est  souvent  tenue  plus 
proprement  que  la  maison  (i). 

La  langue  khivienne ,  dit  M.  Mouraviev,  est  un  dialecte 
turc,  nommé  Djagataïy  qui  ressemble  plus  à  celui  qu'on 
parle  à  Kazan  qu'à  celui  qui  est  usité  parmi  le  bas  peuple 
des  provinces  septentrionales  de  la  Perse.  Les  Ouzbeks 
parlent  vite  et  changent  souvent  d'intonation ,  ce  qui  fait 
que ,  pour  ceux  qui  ne  comprennent  pas  leur  langue ,  ils 
paraissent  se  disputer  et  s'injurier.  L'instruction  des  Khi- 
viens  est  très-bornée,  il  en  est  peu  qui  sachent  lire  et 
écrire.  Les  plus  instruits  sont  versés  dans  les  langues  arabe 
et  persane,  connaissent  l'astrologie  et  possèdent  des  no- 
tions de  médecine. 

«  Ces  peuples  cultivent  avec  soin  leurs  terres  \  ils  élèvent 
des  vers  à  soie  et  fabriquent  des  étoffes  de  soie,  de  coton , 
et  de  soie  et  coton  mêlés  ensemble.  Ils  excellent  surtout 
dans  la  fabrication  de  différentes  espèces  de  ceintures  en 
soie.  Ce  sont  les  femmes  qui  travaillent  ces  étoffes  dans 
leurs  maisons,  il  n'y  a  point  de  fabriques  à  la  manière 
européenne.  Les  caravanes  de  Khiva  portent^î^renbourg 
du  blé ,  du  coton  écru ,  des  étoffes  de  soie  et  coton ,  des 
robes  de  chambre  brodées  en  fil  dor^  toutes  faites,  et 
appelées  khalatesy  des  peaux  d'agneaux,  et  quelquefois  des 

(0  Mourai^ieu  :  Voyage  en  Turcomanie  et  à  Khiva. 


ASIE  :   Tatarie  indép,  ou  Turkestan.        545 

monnaies  persanes  et  indiennes  (i).  Us  achètent  en  Boii- 
kharie  des  toiles  imprimées ,  du  coton  filé ,  des  étoffes  de 
soie ,  des  peaux  d'agneaux  morts-nés ,  des  draps ,  du  tabac , 
et  une  grande  quantité  de  thé  de  la  Chine ,  dont  ils  font 
une  consommation  extraordinaire,  préférant  endurer  la 
faim  que  de  se  passer  de  cette  boisson.  Us  se  procurent 
en  Russie  des  produits  des  fabriques  européennes,  chez 
les  Turcomans,  des  chevaux,  des  bœufs  et  des  moutons. 
Khiva  est  encore  le  grand  marché  d!esclaçes  de  tout  le 
Turkestan.  Le  commerce  extérieur  de  cet  État  est  évalué 
à  3oo,ooo  roubles  d*argent,  ou  à  environ  i,4oo,ooo 
francs. 

K  La  ville  de  Khwa  est  située  sur  un  canal  tiré  du  Dji- 
houn.  Entourée  dun  fossé,  d'un  mur  en  îirglle  et  d'un 
rempart,  elle  a  trois  portes, un  château,  trente  mosquées, 
une  école  supérieure  (  médresséh  )  et  3ooo  maisons  bâties 
en  claies  revêtues  de  terre  glaise,  à  la  manière  du  pays; 
on  y  compte  10,000  habitans.  Les  environs  sont  remplis 
de  vergers ,  de  vignobles ,  de  champs  de  blé  et  de  villages 
populeux  (2).  Tout  le  canton  de  Khiva  renferme  une  po- 
pulation de  60,000  âmes.  » 

A  une  lieue  de  cette  capitale,  la  vue  plonge,  dit  M.  Mou- 
raviev,  sur  un  grand  nombre  de  jardins,  coupés  de  ruelles 
et  parsemés  de  fortins  où  demeurent  les  habitans  qui  ont 
de  l'aisance.  La  ville  charme,  par  son  aspect,  l'œil  du 
voyageur,  quand,  au-dessus  du  grand  mur  qui  l'environne, 
il  voit  s'élever  majestueusement  les  vastes  coupoles  des 
mosquées,  surmontées  de  boules  dorées  et  peintes  d'une 
couleur  d'azur  qui  tranche  agréablement  avec  la  verdure 
des  jardins;  ils  sont  tellement  multipliés,  que  l'œil  ne  sau- 
rait embrasser,  dans  toute  son  étendue,  l'enceinte  de  la 


(0  Géorgie  Dcscript.  de  la  Russie ,  III,  517.  Mourauiei*  :  Voyage  en 
Turcomanic  et  à  Khiva.  —  (0  Epliémérides  gcogr. ,  XXV,  110. 
Vin.  35 


546  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

ville.  Auprès  de  ces  lia1)itations ,  destinées  au  plaisir  de 
la  promenade,  s  élèvent  d  anciens  tombeaux.  La  grande 
mosquée  est  vaste  et  belle,  et  sa  coupole  est  peinte  en  bleu 
turquoise  ('). 

Ourghendj  la  Nouvelle,  à  ii  lieues  au  nord  de  Khiva, 
sur  le  même  canal,  renferme  20  mosquées,  3  grandes  et 
17  petites,  5ooo  maisons,  i5,ooo  habitons;  il  y  en  a 
55,000  dans  tout  le  canton.  Cette  ville  est  le  point  central 
du  commerce  des  Rhiviens;  elle  offre  un  aspect  extrême- 
ment animé.  «  Ses  nombreuses  boutiques,  remplies  de 
«  marchandises  de  prix,  venues  de  toutes  les  parties  de 
«  l'Orient,  éblouissent  la  vue  par  leur  éclat.  Il  règne  dans 
«  ses  rues  un  bruit  continuel ,  occasioné  par  l'affluence 
«  des  marchands  et  les  cris  des  chameaux  qui  plient  sous 
«  les  pesans  fardeaux  dont  ils  sont  chargés  W.  >»  Our- 
ghendj la  Vieille,  à  /{O  lieues  au  nord-ouest  de  Rhiva, 
près  de  l'ancien  lit  de  l'Amou-déria,  n'offre  plus  que  des 
ruines ,  parmi  lesquelles  on  voit  les  restes  d'un  palais  des 
khans.  On  découvre  fréquemment  dans  ces  ruines,  dit 
M.  Mouraviev,  des  sacs  contenant  d'anciennes  monnaies 
d  or  et  d'argent ,  dont  quelques  unes  passent  pour  remon- 
ter au  temps  des  sultans  de  Rharism.  Cet  argent  ne  rentre 
pas  dans  la  circulation;  chacun  est  obligé,  sous  peine 
d'un  châtiment  exemplaire,  de  l'apporter  au  khan,  qui 
l'envoie  aussitôt  à  la  monnaie. 

«  Chabat  ou  Chevot  et  Kiat  ou  Kati  sont  deux  petites 
villes;  l'une  a  2000  habitans,  l'autre  i5oo.  Anbar  ou 
Anbaiyy  ville  forte,  avec  une  belle  mosquée,  ne  compte 
que  1000  individus,  mais  son  canton  en  renferme  4i}OOo. 
Le  canton  de  Chanka  compte  27,000  Ames,  dont  2000  dans 
la  ville.  AzariSy  probablement  le  Hasaranp  d'Ibn  Haukal, 
a  i5oo  habitans,  t^t  avec  le  canton  ii,5oo.   Hurlian  ou 

(0  •\1oiiyavi€\>  :  Voyage  on  'rurcoiiianio  et  à  Kliiva.  —  C'^)  Idem ,  ibicl. 


I 


ASIE  :  Tatarie  ùidêp.  oa  Twrktmtan.         547 

Givrlicai^  autrement  (Irluirriien ,  très  petit  emlroit  aiir  la 
river  gauehe  du  Djihoun ,  passe  pour  une  irbrterease  ;  .son 
(tonton,  extrêmement  peuplé  pour  le  Turkestim ,  ren&rme- 
EÔ^onu  hubitans.  Cette  population,  concentrée  dans  an  es- 
pacfrde  10  à  !}o  lieues  de  long  et  de  Uu:<re,  offrirait  les  êlë- 
men&  d'un  État  puissant ,  ^  une  colonie  européenne  pouvait 
parvenir  a  s  établir  au  milieu  de  peuples  aussi  fortement 
attzichéfr  au  mahométisme. 

«Ees  OuzùeAsj  appelés  Jtm/iujis^  parce  cpiUs  occupent 
lës^  plaines  voisines  du  lue  Aral ,  prennent ,  iiinsi  ([ue  mius 
Tavon&dii.,  le  nom  de  Kuit-Konrat^  d'après  leur  principale 
ville  Konrat^  rpii  a  «*st ,  a  proprement  parier,  que  leur  camp 
«ITiirer  :  ce  camp,  qui  renferme  on  grand  nombre  de 
niOÂ({iiees.  a  ")  lieues  de  circoniierence  j  il  est  défendu  par 
»n  rpmpai'T:  «n  terre,  liant  <i.e  i.")  pieds;  les  poites  'Hint 
fermées.  •îîi  fîas  de  besoin,  par  des  »:hevaux  de  frise.  Ce  que 
Buonrat  ^*st  t^n  ^rand,  Maninmt^  qiu  passe  pour  <:ont«^nir 
8uoo  liahJtans,  <ft  [{.tsdklwzia  le  sont  àur  une  moindre 
échelle.  Les  Ai'aliens,  gouvernés  pju'  deux  hegs  éiectits^ 
dcijvent  i  l'Etat  de  Kliiva  un  tiibut  tmuuel  'ie  iooo  du- 
'.^ts;  mais  ils  ne  ie  paient  îjue  lorstpi  lis  ne  .i<»nt  piis-  eu 
yjuerre  av«c  les  Kliiviens ,  ce  qui  aiTÎve  fretpiemment.  A.vec 
les  Ktir'ikalmihs  et  des  T'ur^dwans  ■pu  ^ivont  parmi  eux- 
ils  peîivent  tonner  «lUi?  masse  de  loo.anii  âmes.  Ces  peu- 
ples, demi-uomatitîs-  iuppieent,  par  la  p«*-.!ne  et  ia  «îiiasse, 
aux  nroduits  «considéra  h  les  de  !«ïirs  ci^oupeaux. 

«  Les  pins  -If! les  provîncoa  île  ia  Tatarie  aous  attendent. 
On  les  comprenil  communément  sims  ie  nom  de  G/nniie-- 
Btmkhana  et  s<iiis  oeiid  de  Khanut  /e  Bimkliurn  ou  Bv- 
khdin:  mais  les  limites  de  ce  navs.  au  nord  et  a.  Touesi. 
varient  .ive<î  la  puissance  des  Ouzdieks  qui  y  'tiijnenr.  t^i 
d'aillesu's  comment,  entomxi  de  deseits  et  en  l'eufennani 
uièfiiepiusie!ii*s.  re  pavs  pouiTait-d  avoir  des  •"ivnUiei'eh  bien 


548  LIVRE    CEINT   TRENTE-TROISIEME. 

déterminées  ?  C'est  la  partie  de  la  Grand e-Boiikharie  située 
au  nord  du  Djihoun  ou  de  \  OxuSy  qui  porta  jadis  le  nom 
célèbre  de  Transoxiane  ou  de  Sogdiane^  et  plus  tard  chez 
les  Orientaux  celui  de  Mavaralnahar  ou  Mavarennahar, 
c'est-à-dire  pays  au-delà  du  fleuve ,  noms  qu'on  a  étendus 
à  tout  le  Turkestan.  » 

Le  colonel  G.  de  Meyendorff  trace  les  limites  de  la  Bou- 
kharie  en  tirant  une  ligne  passant  au  nord  d'Ankoï  et  de 
Baikh  et  enclavant  Aghtchou  et  Mervi-chah-Djehan  :  c'est 
la  frontière  méridionale;  de  cette  dernière  ville,  elle  va 
traverser  l'Amoù-déria  en  se  prolongeant  jusqu'aux  puits 
de  Kara-aghatch  :  c'est  la  limite  occidentale;  à  l'est 
d'Aghtchou ,  une  autre  ligne  se  dirige  vers  Deïnaou  et  suit 
les  contours  du  bassin  de  l'Amou-déria  jusque  vers  Oura- 
tepeh  qu'elle  enclave  :  c'est  la  frontière  orientale;  enfin, 
de  cette  ville  au  puits  de  Kara-aghatch,  une  ligne  droite 
forme  la  frontière  septentrionale.  Du  reste ,  les  voyageurs 
modernes  estiment  sa  superficie  à  10,000  lieues  géogra- 
phiques carrées  (i). 

«  La  partie  orientale  de  la  Boukharie  est  montagneuse; 
«  les  hauteurs  se  terminent  au  nord  de  Boukhara,  à  l'ouest 
«  de  Samarcande  près  de  Kachi ,  au  sud  vers  l'Amou-déria. 
«  Toute  la  partie  occidentale  du  pays  est  une  plaine  qui 
«  s'étend  à  perte  de  vue,  et  sur  laquelle  s'élèvent  de  pe- 
«c  tites  collines  isolées ,  ayant  i  à  3  toises  de  hauteur  sur 
«  3,  4  ^t  jusqu'à  100  toises  de  longueur  et  de  largeur; 
«elles  sont  de  nature  argileuse,  de  même  que  le  terrain 
«des  déserts,  notamment  de  ceux  que  l'Amou  traverse; 
o  cette  argile  est  couverte  de  sables  mouvans  qui  forment 
«  aussi  des  collines  dont  la  forme  est  différente  de  celle 
«  des  précédentes,  et  qui  sont  encore  plus  basses;  c'est  ce 
«  que  Ton  observe  dans  le  Kizil-coum.  » 

CO  G.  de  Meyendorff  :\oyv(Ç^c  d'Orenboïirg  à  Roukliara. 


ASiB  :  Tatarie  indèp.  ou  Turkestan.        049 

Le  Nouratagh  est  la  montagne  la  plus  élevée  du  côté 
septentrional  de  Boukhara  et  la  seule  qui  soit  visible, de 
cette  ville.  Cette  montagne  et  celles  auxquelles  elle  se 
rattache  renferment  du  cuivre,  de  l'argent,  de  l'or,  des 
turquoises  et  d autres  pierres  précieuses,  et  sont  compo- 
sées de  gneiss  et  de  marbre  blanc. 

Après  TAmou-déria,  les  principaux  cours  d'eaux  qui 
arrosent  la  Boukharie  sont  au  nombre  de  deux  :  le  Zer^ 
afchan  ou  le  Kouvan^  appelé  aussi  le  Sogd^  le  Kohek  et  le 
Kouan-déria ^  large  de  54  pieds,  profond  de  3  à  4?  long 
de  plus  de  100  lieues,  se  partage  en  deux  bras,  dont  le 
plus  septentrional  va  se  perdre  dans  les  sables,  et  dont 
l'autre  va  former,  au  sud-ouest  de  Boukhara,  le  lac  Kara- 
coul ,  qui  a  1 2  ou  1 5  lieues  de  tour  ;  la  Karcha  ou  le  Karchiy 
long  de  5o  lieues ,  se  perd  aussi  dans  les  sables  aux  envi- 
rons de  la  ville  du  même  nom. 

Le  climat  de  la  Boukharie ,  du  moins  celui  des  plaines , 
la  seule  partie  de  ce  pays  sur  laquelle  on  possède  quelques 
renseignemens ,  est  agréable  et  sain.  Les  saisons  y  sont 
régulières  :  vers  le  i5  février,  les  arbres  fruitiers  commen- 
cent à  fleurir  et  à  bourgeonner;  des  pluies  presque  con- 
tinuelles accélèrent  la  végétation  et  durent  jusque  dans 
les  premiers  jours  de  mars;  bientôt  commence  l'été,  ca- 
ractérisé par  des  chaleurs  d'autant  plus  accablantes  que 
l'atmosphère  est  rarement  rafraîchie  par  des  orages.  Cette 
saison  se  prolonge  jusqu'en  octobre,  époque  à  laquelle 
arrive  la  saison  pluvieuse  de  l'automne  qui  dure  à  peu 
près  trois  semaines.  En  novembre  et  en  décembre,  de 
petites  gelées  et  quelquefois  de  la  neige  annoncent  l'hiver  : 
cependant  le  20  décembre  on  trouve  quelquefois  encore 
des  melons  dans  les  champs.  C'est  au  mois  de  janvier  que 
le  froid  est  le  plus  rigoureux  :  il  est  alors  de  i  à  2  degrés , 
et  rarement  de  6  à  8;  la  neige  ne  reste  jamais  plus  de  i5 
jours  sur  la  terre.  En  hiver,  mais  surtout  en  été,  régnent 


55o  LIVRE    CENT    TRENTE -TROISIEME. 

des  vents  violens  qui  transportent  au  loin  les  sables  du 
désert  et  qui  donnent  à  l'atmosphère  une  teinte  grisâtre. 

Les  maladies  les  plus  fréquentes  en  Boukharie  sont  les 
rhumatismes,  généralement  dus  à  Thumidité  des  habita* 
lions  ;  la  cécité  causée  peut-être  par  les  nuages  de  pous» 
sière  soulevés  par  les  vents,  et  une  autre ,  plus  cruelle  en- 
core, contre  laquelle  il  ny  a  pas  de  remède,  et  que  les 
habitans  nomment  richta  :  le  corps  se  couvre  de  pustules 
qui  occasionent  des  plaies  très-douloureuses;  des  vers, 
longs  d'une  aune  et  de  la  classe  des  annélides,  sortent  de 
ces  pustules ,  particulièrement  aux  jambes.  Cette  maladie 
paraît  être  due  aux  eaux  stagnantes  que  boivent  les  habi- 
tans et  qui  donnent  naissance  à  des  vers  que  Ton  avale  sans 
s'en  apercevoir  (i). 

Les  plantes  que  Ton  cultive  en  Boukharie  paraissent  y 
être  indigènes,  cependant  les  fruits  d'Europe  y  mûrissent 
parfaitement.  On  y  mange  toute  l'année  d'excellens  melons 
d'eau ,  et  la  vigne  y  produit  des  raisins  délicieux.  Le  tabac 
est  une  des  plantes  les  mieux  cultivées;  la  rhubarbe  y 
vient  naturellement;  le  cotonnier  y  donne  trois  récoltes 
par  an  ;  enfin  la  grande  quantité  de  mûriers ,  le  soin  que 
l'on  prend  de  leur  culture,  attestent  celui  que  l'on  donne 
au  ver  à  soie  et  l'importance  de  ses  produits.  C'est  avec 
l'écorce  du  mûrier  que  l'on  fabrique  à  Boukhaia  un  papier 
célèbre  dans  tout  l'Orient. 

Les  tarentules,  les  scorpions,  les  lézards  et  plusieurs 
espèces  de  souris  abondent  dans  les  steppes,  et  des  nuées 
de  sauterelles  dévastent  souvent  les  champs.  Les  bœufs  et 
les  vaches  y  sont  rares,  mais  les  ânes,  les  mulets  et  les 
moutons  sont  nombreux;  ceux-ci  sont  de  deux  espèces, 
l'une  à  queue  épaisse,  et  l'autre  à  laine  frisée.  Quant  aux 
chevaux,  ils  sont  d'une  race  grande,  forte  et  belle. 

(0  G.  de  Meycndorff  :  Voyage  d'Orcnboiirg  à  BoulLhara. 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan,        55 1 

«  Les  oasis  de  la  Boukharie ,  dit  le  baron  de  Meyendorff , 
«c  offrent  Taspect  le  plus  agréable  et  le  plus  riant;  on  ne 
«  peut  voir  un  pays  mieux  cultivé  que  ces  plaines  couvertes 
«  de  maisons ,  de  jardins  et  de  champs  partagés  en  petits 
«  carrés  nommés  tanaby  dont  les  côtés,  garnis  de  gazon, 
H  sont  élevés  d'un  pied ,  afin  de  retenir  leau  qu'on  y  amène 
«  pour  les  îirroser.  Des  milliers  de  canaux  d'irrigation 
«  entrecoupent  la  plaine ,  et ,  ainsi  que  les  chemins  qui 
«  sont  fort  étroits ,  ils  sont  ordinairement  bordés  d'arbres. 
«  Les  eaux  de  ces  canaux  n'ayant  pas  toutes  le  même  ni- 
«  veau,  produisent  à  leur  jonction  de  petites  cascades,  dont 
«  le  murmure  flatte  agréablement  l'oreille.  La  grande  quan- 
«  tité  d'arbres  plantés  de  tous  les  côtés  forme  des  rideaux 
«  qui  empêchent  la  vue  de  s'étendre  au  loin ,  et  qui  ce- 
«  pendant  plaisent  à  l'œil ,  parce  qu'ils  prouvent  que  les 
«  habitans  du  pays  se  sont  occupés  des  moyens  de  le  rendre 
«  fécond.  >» 

Une  population  nombreuse  qui  indique  l'aisance  des. 
classes  laborieuses,  des  villages  d'une  centaine  de  maisons, 
les  uns  à  demi-cachés  par  des  groupes  d'arbres  fruitiers, 
d'autres  entourés  de  murailles  crénelées  et  flanquées  de 
tourelles,  tous  situés  sur  le  bord  d'un  canal,  et  ayant  dans 
leur  centre  un  puits  ou  un  réservoir  dans  lequel  l'eau  se 
renouvelle  au  moyen  d'un  fossé  :  tel  est  l'aspect  qu'offre 
la  campagne.  Les  villes  sont  bâties  sur  des  rivières,  et 
doivent  à  cette  position  l'agrément  d'être  environnées  de 
champs  cultivés. 

«  La  province  la  plus  célèbre  et  la  plus  fertile  de  toutes 
est  celle  de  Sogd^  ainsi  nommée  de  la  rivière  qui  la  tra- 
verse. «Pendant  huit  jours,  dit  Ibn  Haukal,  on  peut 
«  voyager  dans  le  pays  de  Sogd  sans  sortir  d'un  jardin 
>  délicieux.  De  tous  côtés  des  villages,  des  champs  riches 
^  de  moissons,  des  vergers  féconds,  des  maisons  de  cam- 
«  pagne ,  des  jardins ,  dos  prairies ,  des  ruisseaux  qui  les 


552  LIVRE   CENT   TRENTE-TROISIEME. 

«  coupent ,  des  réservoirs  et  des  canaux  retracent  le  ta7 
«  bleau  de  l'industrie  et  du  bonheur.  >• 

«  La  riche  vallée  de  Sogd^  à  laquelle  les  Arabes  don- 
naient 4o  parasanges  de  longueur  et  20  de  largeur  (i), 
produisait  une  si  grande  abondance  de  raisins  exquis ,  de 
melons,  de  poires  et  de  pommes,  qu'on  en  faisait  passer 
«en  Perse,  et  jusque  dans  l'Hindoustan.  » 

C'est  dans  cette  fertile  vallée  que  se  trouve  Samarkand, 
dont  le  nom  se  prononce  et  s'écrit  aussi  Samarcande. 
Cette  ville  s  élève  sur  la  rive  gauche  du  Sogd;  elle  est 
renfermée  dans  une  double  enceinte  ;  la  première  est  for- 
mée par  une  muraille  de  12  lieues  de  circonférence,  per- 
cée de  1 2  portes  en  fer,  avec  des  galeries  et  des  tours  pour 
la  défendre  5  après  l'avoir  franchie ,  on  traverse  des  champs^ 
des  jardins  et  des  faubourgs;  la  seconde  est  en  terre  et  percée 
de  quatre  portes  :  c'est  lorsqu^on  l'a  traversée  que  l'on  est 
dans  la  ville.  On  y  trouve  la  citadelle  qui  renferme  le 
palais  y  25o  mosquées,  la  plupart  en  marbre  blanc;  ^o 
médresséhs  où  des  professeurs  ecclésiastiques  font  des  cours 
de  langue  arabe  et  de  législation  musulmane;  un  grand 
nombre  de  fontaines  publiques,  plusieurs  bazars  et  trois 
grands  caravansérails.  Les  façades  de  tous  les  grands  édifices 
sont  couvertes  de  tuiles  vernissées.  Le  plus  beau  de  ses  mo- 
numens  est  celui  qui  a  été  érigé  à  Timour  ou  Tamer- 
lan  :  les  cendres  de  ce  prince  sont  dans  un  tombeau  en 
jaspe  placé  sous  une  immense  coupole  qui  renferme  aussi 
les  restes  de  quelques  autres  personnages  célèbres.  Sous 
Taraerlan,  qui  se  plut  à  lembellir,  cette  ville  devint  la 
capitale  d'un  des  plus  vastes  empires  du  monde  :  alors 
les  arts,  les  sciences,  les  lettres  et  le  commerce  la  ren- 
daient florissante;  alors  les  fêtes  animaient  le  palais  im- 
périal, la  ville  et  les  belles  campagnes  d'alentour;  alors 

(')  La  parasangc,  mesure  usitée  en  Perse,  égale  5564  lt!lonièlre&. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.       553 

i5o,ooo  habitans  animaient  ses  rues  et  ses  places  publi- 
ques; aujourd'hui  sa  population  ne  s  élève  qu*au  tiers  de 
ce  nombre.  La  plupart  de  ses  maisons  sont  construites 
en  glaise  durcie,  et  quelques  unes  en  pierres  que  four- 
nissent des  carrières  voisines  (i).  L'excellence  de  son  pa- 
pier de  soie  la  rend  depuis  long-temps  recommandable 
dans  toutes  les  contrées  d'Orient;  et  Ion  prétend  que 
c'est  d'elle  que  nous  tenons  cette  invention.  Ibn  Haukal 
rapporte  que  cette  industrie  fut  connue  vers  Tan  65o. 
Tous  les  ans,  à  son  avènement  au  trône,  le  khan  de  Bou- 
kharie  doit  aller  à  Samarcande  et  s'y  asseoir  sur  le  kouk- 
tachy  bloc  de  marbre  bleuâtre  qui  se  trouve  dans  le  mé- 
dresséh  de  Mirza  Oloug-beg.  C'est  une  pierre  carrée  d'envi- 
ron 9  pieds  de  longueur  sur  2  d'épaisseur,  recouverte  d'un 
feutre  blanc.  «On  soulève  trois  fois  le  khan  sur  ce  feutre, 
«  dont  les  coins  sont  soutenus  par  des  ouléma,  \esfoukera 
«  (les  pauvres),  \es  fouzéla  (les  docteurs)  et  les  seïd.  On 
«  a ,  dit-on ,  l'intention  de  faire  un  trône  de  cette  pierre , 
«<  qui  est  tirée  du  mont  Ghazgham  (2),, 

Samarcande  a  été  la  capitale  de  la  Boukharie  ;  mais  au- 
jourd'hui la  ville  qui  porte  ce  titre  est  Bokhara  ou  Bou- 
khara,  située  aussi  dans  une  plaine  fertile  traversée  par 
un  grand  canal  dérivé  du  Zer-afchan. 

«Je  me  suis  trouvé,  dit  le  géographe  Ibn  Haukal,  au 
Kokendizy  l'ancien  château  de  Bokhara;  j'ai  porté  mes 
regards  tout  à  l'entour  :  je  ne  vis  jamais  une  verdure  plus 
fraîche  et  plus  abondante;  jamais  la  nappe  n'en  fut  plus 
étendue.  Ce  vert  tapis  allait  à  l'horizon  se  mêler  à  l'azur 
des  cieux;  les  champs  prêtaient  aux  villes  leur  simple 
parure;  une  foule  de  maisons  de  plaisance  décoraient  la 

(0  Bentinck,  préface  à  la  trad.  de  l'Histoire  des  Talares,  par  Aboul- 
Ghazi.  — (^)  G.  de  Meyendorff  :  Voyage  d'Orenbourg  à  Boulthara ,  p.  i6o. 
—  Consullcz  aussi  l'ouvrage  de  M.  J.  Senkowsky  pour  l'histoire  de  la 
Boukharie. 


554  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

simplicité  des  champs.  Aussi  je  ne  m'étonne  pas  que,  de 
tous  les  habitans  du  Khorassan  et  du  Mavarelnahar,  ce 
soient  ceux  de  Bokhara  qui  atteignent  à  un  âge  plus 
avancé  (i).  » 

«  Lorsqu  en  1741  les  agens  commerciaux  anglais  visi- 
tèrent cette  cité,  qui  s  élève  sur  le  penchant  d'un  coteau 
en  forme  d'amphithéâtre,  ils  la  trouvèrent  grande,  popu- 
leuse, et  gouvernée  par  un  khan.  Les  habitans  fabriquaient 
du  savon  et  des  toiles  de  coton  ;  ils  recueillaient  du  riz  et 
élevaient  du  bétail.  Ils  recevaient  desKalmouks  de  la  rhu- 
barbe et  du  musc,  du  lapis -lazuli  et  quelques  autres 
pierres  précieuses  de  Badakhchan.  Ils  avaient  des  monnaies 
d'or  et  de  cuivre.  Le  peuple  était  civilisé,  mais  perfide.  Le 
sol ,  dit  le  géographe  turc ,  est  si  fertile ,  qu'un  champ  d'un 
ou  tout  au  plus  deux  dumen  ou  arpens  suffit  pour  nourrir 
une  famille  (2).  » 

.  Boukhara  se  distingue  par  ses  mosquées  dont  on  porte 
le  nombre  à  36o ,  par  ses  coupoles  élégantes ,  par  ses  légers 
minarets ,  par  ses  médresséhs ,  ses  palais  et  les  murs  crénelés 
qui  l'entourent.  Un  lac,  situé  près  de  son  enceinte,  envi- 
ronné de  jolies  maisons  de  campagne  à  toits  plats  et  en- 
tourées de  murailles  à  créneaux;  enfin  des  jardins  et  des 
bouquets  d'arbres  contribuent  à  rendre  sa  position  fort 
agréable.  Mais  l'intérieur  ne  répond  pas.  à  l'apparence 
qu'elle  présente  de  loin.  Les  plus  belles  rues  n'ont  pas  plus 
de  6  pieds  de  largeur,  les  autres  en  ont  à  peine  3  ou  4»  Les 
maisons ,  disposées  sans  alignement ,  sont  en  terre  de  cou- 
leur grisârtre  mêlée  à  de  la  paille,  et  n'offrent,  du  côté  des 
rues,  que  des  murailles  uniformes  sans  fenêtres.  Le  mur 
qui  entoure  la  ville  a  24  pieds  de  hauteur  et  la  même 
épaisseur  à  sa  base;  il  forme  des  angles  saillans  qui  res- 


(0  Géographie  oriciilaio,  trad.  par  Ouseley ,  p.    3oo.  — (^)  lladgi- 
Khalfahy  p.  844-  Vf  Hcrbelot ,  Biblictli.  orient. 


ASIE  :   Tatarie  indép,  ou  Turkestan,        555 

semblent  à  des  bastions ,  et  de  distance  en  distance  il  est 
flanqué  de  tours  rondes.  On  y  entre  par  1 1  portes  con- 
struites en  briques;  sa  circonférence  est  de  3  à  4  lieues; 
le  nombre  de  ses  maisons  est  de  8ooo,  et  celui  de  ses 
habitans  d  environ  70,000,  composés  de  5o,ooo  Tadjiksy, 
de  3ooo  Tatares,  de  2000  Afghans,  de  7000  Juifs ^  de 
8000  Ouzbeks ,  et  de  quelques  centaines  de  Kalmouks  et 
d'Hindous.  Presque  au  centre  de  Boukhara  s'élève  la  Nou- 
michkend^  colline  naturelle,  rehaussée  à  bras  d'hommes, 
haute  de  200  à  240  pieds,  et  sur  laquelle  se  trouve  le  palais 
du  khan ,  l'un  des  plus  anciens  édifices  de  la  ville  :  il  date 
de  plus  de  10  siècles.  Les  Boukhares  le  nomment  Arck; 
il  consiste  en  une  enceinte  de  murailles  qui  couronne  la 
colline,  et  qui  renferme  une  mosquée,  les  habitations  du 
khan  et  de  sa  cour,  le  harem  et  les  jardins.  On  arrive  à 
cette  enceinte  par  une  grande  porte  en  ogive,  flanquée 
de  deux  tours,  d'où  l'on  entre  dans  un  corridor  voûté  qui 
conduit  au  haut  du  monticule. 

La  plus  belle  mosquée  est  sur  la  grande  place  de 
Sedjistany  devant  le  palais;  le  plus  beau  minaret  est  le 
Mirgharaby  qui  a  72  pieds  de  circonférence  et  180  de 
hauteur.  Boukhara  possède  60  médresséhs  ou  écoles,  i4 
caravansérails,  renfermant  des  boutiques,  malgré  le  grand 
nombre  de  celles  qui  se  voient  dans  différens  quartiers  de 
la  ville;  i4  bains  publics  et  68  puits  d'environ  120  pieds 
de  circonférence  et  peu  profonds,  dans  lesquels  on  des- 
cend par  une  douzaine  de  marches  en  pierre  de  taille  (0- 

Cette  ville  fut  florissante  depuis  l'année  896  jusqu'en 
998 ,  sous  la  dynastie  des  Samanides  qui  y  faisaient  leur 
résidence.  Enrichie  par  son  commerce,  elle  fut  pillée  et 
brûlée  par  les  hordes  de  Djeiighiz-Khan  qui  ne  la  fit  re- 
bâtir que  vers  la  (in  de  sa  vio.  Sous  Timour,  elle  refleurit 

(0  G.  de  Meyendoi^ :  Voyage  d'Orcnbourg  à  Boukhara. 


556  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIEME. 

de  nouveau  et  redevint  une  ville  lettrée  qui  justifiait  son 
iincien  nom  dont  la  signification  est  trésor  (Tétude  ou  lieu 
■de  réunion  des  sciences  (i).  Ce  n*est  gue  depuis  la  domina- 
tion des  Ouzbeks,  que  l'amour  des  arts  et  des  lettres  s'y 
est  éteint.  Cependant  le  nombre  des  écoliers  et  des  étu- 
dians  y  est  encore  d  environ  10,000.  Quelques  uns  de  ceux- 
ci  pâlissent  pendant  10 ,  20  et  même  3a  années  sur  les 
nombreux  commentaires  du  Coran,  et  sur  quelques  tra- 
<luctions  plus  ou  moins  fidèles  de  certains  écrits  d*Aristote  : 
après  cela ,  ils  passent  pour  des  philosophes  consommés. 

La   science  de  la    médecine   est    en  vénération    chez 
les  Boukhares;  mais  elle  y  est  mêlée  de  secrets  et  de  re- 
cettes empiriques,  et  ne  fait  point  de  progrès,  par  une 
conséquence  de  la  persuasion  où  ils  sont  que  tout  ce  qui 
se  trouve  dans  les  anciens  ouvrages  de  médecine  ne  sau- 
rait être  contredit.  Un  bon  médecin  doit,  en  tâtant  le 
pouls  du  malade,  être  au  fait  de  la  maladie,  sans  faire  au- 
cune question.  L'astronomie  n  est  que  de  l'astrologie  :  en- 
core n'est-elle  fondée  que  sur  le  mouvement  du  soleil  au- 
tour de  la  terre,  et  sur  la  connaissance  de  ciiiq  planètes. 
L'astrologue  de  la  cour  doit  prédire  les  éclipses  deux  jours 
d'avance.  La  géographie  est  tellement  dans  l'enfance  que, 
bien  que  les  Russes  aient  porté  des  cartes  géographiques  à 
Boukhara ,  aucun  savant  n'a  pu  les  comprendre.  L'étude 
de  l'histoire  n'est  guère  plus  avancée  :  les  austères  mollahs 
la  regardent  comme  une  occupation  profane.  Cependant  il 
suffirait  d'une  meillieure  direction  donnée  aux  études  pour 
répandre  les  lumières  et  la  civilisation  dans  la  Boukharie^ 


(0  Le  colonel  de  Meyendoiff  A\t  qu'il  a  trouvé  dans  un  livre  oriental , 
qu'en  mongol  bouh  signifie  étude ,  et  ara ,  trésor.  M.  À,  Jaubert  cite  à 
oe  sujet  un  passage  du  géographe  Hadgi-Klialfah ,  dont  voici  la  traduc- 
lion  :  «  L'auteur  du  livre  intitulô  Ilabib-id-seir  ( l'Ami  du  Voyage) 
rapporte  que  le  nom  de  celte  ville  est  dérivé  du  mot  bouMutr,  qui  dans 
la  langue  des  infidèles  signifie  lieu  de  rèiuiion  des  sciences.  » 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        55 j 

et  de  là,  dans  tout  le  Turkestan;  car  Tamoiir  de  l  étude  est 
répandu  à  Boukhara  et  Ton  y  respecte  le  savoir. 

Les  autres  villes  de  la  Boukharie  méritent  à  peine  d  être 
mentionnées  après  Samarcande  et  la  capitale.  Cependant  il 
en  est  quelques  unes  assez  populeuses  pour  mériter  de  n'être 
pas  passées  sous  silence.  Karakoul y  à  i5  lieues  au  sud-ouest 
de  Boukhara,  prend  le  troisième  rang  immédiatement  après 
les  deux  précédentes;  elle  a  au  moins  3o,ooo  âmes.  Nakh- 
cheb  ou  Karchiy  près  de  la  rivière  de  ce  nom ,  à  25  lieues, 
au  sud-est  de  la  capitale ,  renferme ,  dit-on ,  25  à  3o,ooa. 
habitans ,  et  une  garnison  de  2  à  3ooo  hommes.  C est  len- 
trepôt  des  peaux  de  fouines,  de  renards  et  d'agneaux^ 
morts-nés  qui  viennent  du  midi  de  la  Boukharie.  A  Test 
de  cette  ville,  Tcharaghtchi  et  Ghoussar  sont  des  cités, 
considérables  :  la  place  de  gouverneur  de  la  seconde  est 
une  des  plus  importantes  de  la  Boukharie.  Ourdenzéi  est 
une  petite  forteresse,  si  Fon  peut  donner  ce  litre  à  une 
ville  entourée  d  un  mur  en  terre  de  24  pieds  de  hauteur. 
Tchardjouï  ou  TchardjoUy  sur  la  rive  gauche  de  TAmou- 
déria,  se  compose  d  un  millier  de  maisons,  et  contient  une 
assez  forte  garnison ,  qui  la  tient  à  labri  des  attaques  des 
Kirghiz.  Maçri  ou  plutôt  Marv-chahkljan  ou  Man^i-chah' 
(I Jehan  y  près  de  la  frontière  de  la  Perse  dont  elle  dépendait 
autrefois,  n'a  que  3ooo  habitans.  Elle  fut  jadis  importante; 
fondée  par  Alexandre-le-Grand ,  les  anciens  lui  donnaient 
le  nom  èiAntiochia  Margiana  ;  elle  fut  long- temps  une  des 
quatre  grandes  cités  du  Khorassan.  Termez  ou  Termouz^ 
sur  l'Amou,  est  une  ville  aujourd'hui  ruinée,  de  même 
qu'un  grand  nombre  d'autres  que  nous  nous  dispense- 
rons de  nommer,  et  qui  attestent  que  le  Mai^ar-elnahar  était 
autrefois  plus  florissant  que  la  Boukharie  d'aujourd'hui,  A 
25  lieues  au  nord- ouest  de  Samarcande,  Osrouchnah,  ville 
peu  considérable ,  avait  jadis  70,000  habitans. 

«  Le  père  de  la  géographie  arabe,  Ibn-Haukal,  nous  a 


558  LIVRE    CENT    TRENTE-TROISIEME. 

donné  une  vive  peinture  des  mœurs  du  peuple  boukhare 
de  son  temps. 

«  Telle  est  la  générosité  et  la  libéralité  des  habitans,  qu'il 
«  n'en  est  pas  un  qui  se  refuse  aux  devoirs  de  Ihospjtalité. 
«  Un  étranger  arrive-t-il  parmi  eux ,  chacun  s'empresse 
k  autour  de  lui,  chacun  veut  l'avoir,  on  se  le  dispute,  et 
«  Ion  porte  envie  à  celui  qui  obtient  cet  honneur.  Chacun, 
«  ne  possédât-il  que  son  nécessaire,  porte  à  la  cabane  où 
«  l'étranger  est  reçu  une  partie  des  fruits  de  sa  récolte. 
«  C'est  ainsi  que  leur  cœur  sait  trouver  des  richesses  au 
*  sein  de  la  pauvreté.  Etant  dans  le  pays  de  Sogd,  je  vis 
«  un  grand  édifice  ,  semblable  à  un  palais ,  dont  les  portes , 
«  entièrement  ouvertes,  étaient  fortement  attachées  aux 
<i  murs  avec  de  gros  clous.  J'en  demandai  la  raison  :  il  y  a 
«  plus  de  cent  ans,  me  répondit- on,  que  cette  maison  n'a 
«été  fermée  ni  nuit  ni  jour; -les  étrangers,  en  quelque 
«  nombre  qu'ils  soient,  peuvent  s'y  présenter  à  toute 
«heure;  le  maître  a  abondamment  pourvu  d'avance  à  la 
«  réception  des  hommes  et  de  leurs  animaux  ;  enfin ,  il 
«  n'est  jamais  plus  content  que  lorsque  ses  hôtes  s'arrê- 
«  tent  quelque  temps.  Je  ne  vis  jamais  rien  de  semblable 
«  dans  aucun  autre  pays.  Partout  ailleurs  les  riches  et  les 
«  puissans  prodiguent  leurs  trésors  aux  caprices  du  luxe 
«  ou  à  des  fatoris  dont  tout  le  mérite  est  d'être  aussi 
«  corrompus  qu'eux.  Les  habitans  du  Mavarelnahar  font  un 
«  usage  plus  raisonnable  de  leurs  économies;  ils  construi- 
<i  sent  des  caravansérails,  des  ponts  et  d'autres  ouvrages 
«  utiles.  Dans  le  Mavarelnahar,  vous  n'arrivez  pas  dans  unc' 
«  ville  quelque  triste  que  soit  sa  situation,  dans  un  désert 
«  même,  sans  y  trouver  le  secours  d'une  auberge,  d'une 
«  hôtellerie  pourvue  de  toutes  les  choses  nécessaires  à 
«  un  voyageur.  La  gloire  du  Mavarelnahar  ne  peut  être 
«  effacée  par  celle  d'aucune  autre  région;  il  a  produit  de 
«  grands  monarques  et  d'habiles  capitaines.  Aucun  peuple 


ASIE  :   Tatarie  indèp,  ou  Turkestan.        SSg 

«  musulman  ne  lemporte  sur  ce  peuple  du  côté  du  cou- 
«  rage.  Leur  nombre  et  leur  discipline  leur  donnent  la- 
«  vantage  sur  les  autres  nations  qui ,  par  ki  défaite  d  une 
«  armée ,  sont  réduites  à  Timpossibilité  d  en  avoir  de  long- 
«  temps  une  autre  pour  se  défendre  ;  mais  dans  le  Mava- 
«  relnahar,  si  cet  accident  arrive ,  une  tribu  est  toujours 
«  prompte  à  réparer  les  pertes  d'une  autre.  »> 

La  civilisation  introduite  par  le  mahométisme  chez  ces 
peuples  sest  éclipsée  avec  leur  gloire  et  leur  puissance. 
Cependant  on  reconnaît  encore  à  quelques  usages  les  tra- 
ces de  celle  qui  fut  introduite  par  Tamerlan. 

Dans  la  haute  société,  on  se  fait  des  visites  de  cérémo- 
nie ;  celui  qui  les  rend  ne  se  retire  qu'après  en  avoir  de- 
mandé la  permission  à  son  hôte  qui  offre  à  l'étranger  du 
thé,  des  fruits  et  des  sucreries.  Si  celui-ci  ne  les  accepte 
pas,  le  comble  de  la  politesse  est  de  les  faire  porter  chez 
lui.  il  Le  khan  lui-même,  dit  G.  de  Meyendorff ,  fait  aussi 
«  des  présens  en  sucre  ;  souvent  il  y  ajoute  un  habillement 
«  complet ,  sorte  de  cadeau  connu  à  Boukhara  sous  le  nom 
«  de  Sarpaï.  Avant  d'entrer  chez  un  Boukhare  marié ,  on 
«  attend  ordinairement  pendant  quelques  minutes  à  la 
«  porte,  pour  donner  aux  femmes  le  temps  de  se  retirer. 
«  Pour  saluer,  les  Boukhares  s'inclinent  un  peu ,  mettent 
«  la  main  droite  sur  le  cœur  et  prononcent  le  mot  khoch, 
«  Cette  politesse  est  souvent  exagérée  de  la  manière  la  plus 
«  ridicule,  surtout  par  les  esclaves  :  ils  font  le  geste  qui 
«  accompagne  le  salut,  en  tournant  plusieurs  fois  la  tête, 
«  la  penchant  vers  l'épaule  gauche,  soulevant  les  coudes, 
«  tenant  les  deux  mains  sur  le  cœur,  souriant  d'une  ma- 
«  nière  presque  niaise ,  et  prononçant  «ivec  empliase  le  mot 
«  khoch ^  comme  s'ils  se  pâmaient  de  plaisir  (i).  »  En  géné- 
ral, les  habitans  de  Boukhara  sont  extrêmement  cérémo- 

(0  G.  de  Meyendoiff  :  Voyage  d'Orenbourg  à  Boiikliara,  p.  a8(|. 


56o  LIVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

nieux  ;  niais  les  Ouzbeks  sont  polis,  tandis  que  les  Tadjiks 
sont  obséquieux  et  rampans. 

Les  Boukhares  se  nourrissent  d'une  manière  fort  simple: 
après  la  prière  du  matin,  ils  prennent  une  sorte  de  potage 
faite  avec  du  thé,  du  lait  et  du  sel;  vers  4  ou  5  heures ,  on 
sert  le  dîner,  qui  consiste  ordinairement  en  pilau  composé 
de  riz,  de  carottes  ou  de  navets  et  de  viande  de  mouton. 
Immédiatement  après  ce  repas ,  ils  prennent  du  thé  pré- 
paré comme  en  Europe.  Ils  ne  font  pas  usage  du  café,  et 
ne  se  servent  ni  de  cuillères  ni  de  fourchettes.  Les  agré- 
mens  de  la  société  et  les  jouissances  domestiques  sont 
très-peu  connus  en  Boukharie  :  la  bigoterie  proscrit  les 
jeux  et  Jes  plaisirs.  L'esprit  de  la  nation  est  mercantile,  et 
le  despotisme  du  gouvernement  fait  que  chacun  évite  de 
passer  pour  riche  en  se  gardant  bien  de  meubler  àa  maison 
avec  luxe. 

Les  personnes  opulentes  ont  ordinairement  une  quaran- 
taine d'esclaves  et  un  grand  nombre  de  chevaux ,  car  tout  le 
monde  va  à  cheval ,  et  la  civilisation  boukhare  ne  s'étend 
pas  jusqu'à  l'usage  des  voitures ,  à  l'exception  de  grandes 
charrettes  destinées  aux  longues  courses.  Le  prix  d'un 
homme  robuste  est  d'environ  4o  à  5o  tellas  (  64o  à  800 
francs  )  ;  s'il  est  artisan ,  par  exemple  menuisier,  maréchal 
ou  cordonnier,  on  le  paie  jusqu'à  100  tellas  (1600  francs). 
Les  femmes  sont  en  général  moins  chères  que  les  hommes; 
mais  si  elles  sont  jolies,  elles  coûtent  100  à  i5o  tellas 
(1600  à  2400  francs).  En  général,  les  esclaves  sont  fort  mal 
traités. 

L'habillement  du  peuple  se  compose  d'une  ou  deux 
robes  longues  en  cotonnade  bleue  et  rayée,  dont  lune, 
plus  courte  et  plus  étroite  que  l'autre ,  tient  souvent  lieu 
de  cl\/emise;  leur  tête  est  couverte  d'un  turban  blanc  en 
toile  de  coton;  sous  leur  robe  descend  un  large  pantalon 
blanc  qui  est  toujours  accompagné  d'un  caleçon  court.  Les 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan,        56 1 

personnes  aisées  se  servent  d*un  khalaat^  large  et  longue 
houppelande,  ordinairement  en  soie,  attachée  sur  les  reins 
par  une  belle  ceinture ,  et  se  coiffent  d'une  calotte  en  soie 
brodée  ou  d  un  turban  de  mousseline.  Les  fonctionnaires 
publics  riches  sont  vêtus  de  cachemires  et  de  drap  d*or. 
Les  femmes  ont  la  tête  couverte  d*un  turban ,  et  mettent 
un  large  pantalon  avec  une  robe  courte  à  manches  lon- 
gues et  étroites.  Dans  les  rues  elles  s  enveloppent  d  une 
longue  mantille  dont  les  manches  se  joignent  par-derrière ,  et 
elles  cachent  leur  visage  sous  un  voile  noir  peu  transparent , 
dont  elles  relèvent  furtivement  un  coin  pour  regarder  les 
étrangers  \  alors ,  et  surtout  si  ce  sont  des  femmes  tadjiks, 
elles  laissent  voh*  un  joli  visage  que  dépare  un  anneau 
passé  dans  leurs  narines,  mais  des  yeux  noirs  pleins  de  feu, 
des  dents  de  la  plus  grande  blancheur  et  un  beau  teint. 

Le  gouvernement  de  la  Boukharie  est  une  monarchie 
iiéréditaire  dont  le  despotisme  n*est  tempéré  que  par  Tin- 
fluence  de  la  religion  et  par  les  habitudes  nomades  d  une 
grande  partie  de  la  population.  Le  chef  de  FÉtat,  qui  doit 
toujours  être  de  la  famille  des  Djenghiz,  joint  au  titre  de 
khan  celui  diémir  el  momerun  ou  de  chef  des  vrais 
croyans  \  il  dispose  de  la  vie  et  des  biens  de  ses  sujets.  Le 
titre  d'atalik ,  qui  correspond  à  celui  de  grand- visir,  est  pu- 
rement honorifique  :  le  khan  en  décore  quelquefois  le  chef 
indépendant  d*un  dés  khanats  voisins.  La  seconde  charge 
de  l'État  est  celle  de  dad-khah  ou  de  pervanatchi  qui 
correspond  au  titre  de  généralissime.  La  troisième  est  celle 
de  cheik'Oul'islam  ou  chef  du  clergé.  Un  titre  important 
est  celui  à'inak  ou  de  conseiller  intime.  Le  destarhantchi 
remplit  les  fonctions  de  chambellan  et  de  maître  des  céré- 
monies. Le  couch'beghi  est  en  quelque  sorte  le  premier 
ministre.  Nous  citerons  encore  le  nùr-akhar^bachi  ou.  chef 
des  écuyers ,  le  cazirasker  ou  casù-ordou  ou  juge  des  trou- 
pes, \e  casi'i'kalan  ou  grand»juge,  lejassaoul-bachioxi  le 
VIU.  36 


560i,  WVRE  CENT   TREPTTE-TROISIÈMEi 

chef  de  la  police  ;  enfin  l'astrologue ,  le  trésorier  de  la  cas- 
sette du  khan  et  plusieiirs  autres  encore ,  dont  la  plupart 
fo^rment  le  divan  ou  conseil  d'Etat  que  préside  toujours  ce 
khan.  Ce  prince,  néanmoins,  fait  droit  aux  requêtes  de  ses 
sujets,  en  recevant  tous  les  matins  lés  |)étitions  en  au- 
dience publique. 

Suivant  la  hiérarchie  ecclésiastique,  le  cheik- oui -islam 
nomme  seul  à  tous  les  emplois  vacans  dans  le  clergé  ;  il 
remplit  quelquefois  les  fonctions  de  juge  suprême  :  c'est  à 
lui  qu'on  s'adresse  dans  les  procès  graves  pour  solliciter  un 
arrêt  conforme  à  la  loi.  Le  second  emploi  est  celui  A'a'lam; 
au  troisième  rang  se  trouvent  les  mufti;  puis  viennent  les 
prêtres  savans  ou  dana-mollah  et  les  simples  prêtres  ou  les 
akhoun.  Quiconque  sait  lire  reçoit  le  titre  de  mollah. 

Le  khan  a  quatre  épouses  légi tintes,  200  femmes  dans 
son  harem,  mais  point  d'eunuques  pour  les  garder.  Suc- 
cesseur des  conquérans  de  la  Boukharie,  il  est  considéré 
comme  le  propriétaire  du  sol.  Ses  domaines  sont  considé- 
rs^^les.  Sa  liste  civile  se  monte  à  environ  i  million  et  les 
revei^us  de  l'Etat  à  10  ou  12.  Sa  principale  dépense  est 
celle  de  la  police  et  de  l'armée  régulière.  Le  peuple  est 
soumis  à  une  taxe  personnelle,  et  même,  à  un  impôt  pour 
les  pauvres ,  espèce  de  dîme  nommée  zékat  et  oucfir. 

Hâtons-nous  de  terminer  ce  tableau  de  la  Boukharie,  en 
faisant  observer  que  cet  État  renferme  2,5oo,ooo  habi- 
tans,  qu«  l'armée  permanente  est  de  25,ooo  hommes  de  ca- 
valerie, mais  qu'en  temps  de  guerre  elle  peut  être  poitée 
à  80,000. 

Entre  Karchi  et  Samarcande,  au  centre  de  la  Boukharie, 
s'étend  le  kkcmat  de  Chersabès  ou  de  Chekri-sebz^  l'un 
des  plus  fertiles  du  Turkestan ,  et  même  l'un  des  plus  peu- 
plés. Il  peut  mettre  sur  pied  une  armée  ou  plutôt  une  le- 
vée en  masse  d'environ  20,000  cavaliers;  ce  qui  annoncerait 
une  population  de  plus  de  600,000  âmes.  Ce  khanat,  qui 


ASIE  :  Tatarie  inàép,  ou  Turàè)stan.        Ô6â 

àviait  ^é  réuni  à  k  Boukhârie  par  Mohamtnéd'-Rtdiikii- 
Khan ,  dit  le  baron  de  Mèyendorff ,  s  en  détacha  à  là  mort 
de  Cfe  priwcie ,  en  1 75 1 .  La  perte  de  ce  territoire  doit ébre  trèis- 
sén^ible  aux  Boukhares  :  traversé  dans  toute  sa  longueur 
p^aft*  lia  rivière  du  Karchi,  et  riche  en  diverses  productions , 
il  envoie  en  Boukharie  de  très-bon  coton  et  des  plàtftes 
propres  à  la  teinture;  eto  rétour,  il  en  tire  dii  fer,  dii  cuir 
et  d'^mi^s  marchandises  qui  "viehnent  de  Russie.  Là  tïâ- 
pitale,  appelée  Ckefisùèès  ou  Ckehri-sèbz  où  simplenvônt 
ChersebZy  noms  qui  signifient  ville  ^verte,  est  agréablement 
âtuée  près  de  la  rive  gauche  du  Karchi,  qui  a  protégé,  plus 
d'une  fois  ce  khanat  contre  les  entréprises  des  Boukhares , 
parce  qu'au  moyen  de  digUés  on  peut  inonder  les  envirohs 
de  la  ville  et  de  la  forteresse  qui  la  défend.  Gherisabès  é^t 
bâtie  sur  remplacement  du  village  de  Kech  où  naquit  le 
célèbre  Tamerlan.  Parmi  les  autres  lieux  les  pluS  rettiai:- 
quables  du  khanat ,  on  peut  citer  les  deux  fortereissés  de 
Kitdi  et  Donabf  Djmuz ,  Pitakarueh  ou  Boat-khanehy 
c'est-à-dire  temple  d'idoles  y  làkabak  ou  ïàka-bagh  >  jafdin 
ÉùUtaiteK^)  y  et  Outakour-ghati  dbnt  le  nom  signifie  tombeau 
du  père  ou  du  saint, 

A  l'est  de  la  Boukharie  se  trouve  le  khanat  dé  HissoTy 
pays  montagneux ,  situé  entre  lé  Djihoun  et  la  Toupàlak ,  et 
traversé  par  lé  Kafer-nikhan,  rivière  de  100  lieues  de  cours, 
affluent  du  Djihoun.  Ce  pays,  encore  peu  éonnu,  est  au 
moins  aussi  fertile  et  aussi  peuplé  que  celui  de  Ghersabès. 
Hissary  près  dé  la  rive  gauéhe  du  Kafer-nikhan ,  dans  une 
vallée  bien  cultivée  et  abondante  en  pâturages,  renferme 
environ  3ooo  maisons.  Deïnaouy  la  seconde  ville  de  cet 
Etat^  en  a  environ  2000.  Khùdja-Taman  est  célèbre  dans 
le  pays,  parce  qu'elle  renferme  le  tombeau  d'un  saint 
révéré  des  musulmans.  Decht-abad,  Saridjouiy    Tcok-ma- 


(0  Selon  M.  le  professeur  Senkowsky. 


564  UVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

zar  et  Toupalak,  qui  ont  le  titre  de  villes,  ne  sont,  pour 
ainsi  dire ,  que  des  villages.  Les  habitans  de  ce  pays  sont 
presque  tous  Ouzbeks  :  ils  possèdent  des  troupeaux  con* 
sidérables  et  jouissent  d'une  certaine  aisance.  Les  Tadjiks 
y  sont  en  très-petit  nombre^  mais  la  plupart  sont  fort 
riches. 

Les  six  khanats  dont  nous  allons  parler  étaient,  il  y  a 
quelques  années,  vassaux  du  royaume  de  Kaboul;  mais  ces 
petits  États  sont  exposés  à  de  fréquentes  vicissitudes.  Celui 
de  Badakhchan  est  un  des  plus  riches  et  des  plus  puissans  : 
cependant  il  ne  fournit  au  commerce  que  du  lapis-lazulL 
Badakhchan ,  située  sur  une  rivière  de  ce  nom  qui  se  jette 
dans  FAmou-déria,  est  son  ancienne  capitale.  Quelques 
géographes  distinguent  cette  ville  de  celle  de  Féizabady 
située  sur  la  même  rivière;  mais  le  baron  George  de  Meyen- 
dorff  affirme  que  ces  deux  noms  désignent  une  seule  et 
même  cité  (0. 

«  Dans  le  dernier  siècle ,  Badakhchan  qui  appartenait  au 
khan  de  la  Grande-Boukharie ,  ou  plutôt  de  Samarcande , 
était  petite,  mais  bien  bâtie  et  populeuse;  ses  habitans 
senrichissaient  de  For,  de  l'argent  et  des  rubis  qui  se 
trouvaient  dans  ses  environs  ;  car  les  torrens  qui  descen- 
dent des  montagnes  lorsque  la  neige  fond ,  au  commence- 
ment de  l'été,  entraînent  une  grande  quantité  de  grains 
d'or  et  d'argent.  Plusieurs  des  caravanes  qui  se  rendent 
à  la  Petite-Boukharie  ou  à  la  Chine  passent  par  cette  ville; 
d'autres  préfèrent  la  route  du  Petit-Tibet,  sur  le  côté 
oriental  de  ses  monts.  Ihn  Haukal  rapporte  que  non  seu* 
lement  le  sol  de  Badakhchan  renfermait  des  mines  de  rubis 
et  de  lapis,  mais  qu'il  produisait  une  grande  quantité  de 
musc.  » 

«  L'intéressante  contrée  qui  comprend  le  Kokhan ,  le 

(0  G.  de  Meyendofff:  Voyage  d'Orenbourg  à  Boukhara,  p.  i3i. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkertan.        565 

Badakhchan ,  la  Boukharie ,  le  Ghersabès  et  le  Hissar  que 
nous  venons  de  parcourir,  formait  le  célèbre  Mtwarelnahar 
de  ITiistoii-e  arabe  et  tatare.  Là  s'élevait  le  trône  de  Tamer- 
lan;  là  les  ambassadeurs  de  tous  les  princes  du  monde 
vendent  s'humilier  devant  le  chef  des  Mongols.  En  i494> 
Sultan-Baber,  descendant  de  Timour,  chassé  de  la  Grande- 
Boukharie  avec  ses  Mongols ,  s'enfonça  dans  FHindoustan , 
et  y  fonda  lempire  mogol.  Les  vainqueurs  tatares,  appelés 
Ouzbeks  j  établirent  une  puissante  monarchie  dans  la 
Boukharie,  dont  le  trône  fut  successivement  occupé  par 
plusieurs  khans,  depuis  i494  jusqu'à  i658.  G'est  vers 
cette  époque  que  cette  grande  et  fertile  contrée  paraît 
avoir  été  partagée  en  plusieurs  États,  sous  l'autorité  de 
diiférens  khans. 

«  Les  Ouzbeks ,  qui  probablement  demeuraient  dans  le 
pays  depuis  le  Ul®  ou  IV®  siècle,  n'ont  pourtant  pas  effacé 
la  trace  d'une  race  d'habitans  plus  ancienne.  Ces  habitans 
indigènes,  nommés  les  Tadjiks ^  sont  plus  beaux  que  les 
Tatares,  par  l'élégance  de  leurs  formes  et  l'agrément  de 
leurs  traits  ;  ils  se  rapprochent  de  ceux  de  la  Petite-Bou- 
kharie,  auxquels  ils  ressemblent  encore  par  le  costume. 
Les  vêtemens  des  gens  aisés  sont,  en  grande  partie,  de 
soie  et  de  fourrures  ;  les  longues  robes  des  femmes  offrent 
des  plis  larges  et  variés;  elles  ornent  leurs  cheveux  de 
tresses  de  perles.  Ils  mènent  une  vie  très-frugale ,  et 
leur  nourriture  consiste  principalement  en  riz,  froment, 
millet,  et  surtout  en  fruits,  tels  que  melons,  raisins, 
pommes,  etc.  Us  se  sei'vent  beaucoup  de  l'huile  de  sésame; 
le  thé ,  assaisonné  d'anis ,  et  le  moût  des  raisins ,  sont  leurs 
boissons  favorites.  Ils  s'enivrent  d  opium;  leur  pain  est  fait 
sans  froment. 

«  Les  Tadjiks  ne  portent  jamais  d'armes.  Les  Ouzbeks^ 
au  contraire,  ne  sont  pas  étrangers  à  l'usage  du  mous- 
quet ;  et  Ton  assure  que  les  femmes  même ,  qui  surpassent 


566  IIVBE   ÇEÇfT   TRBNTE-TBOISliME. 

6n  h^SLuXé  celles  des  autres  Tatar^s ,  suivent  leurs  ii^gris  à 
la  guerre  ^  et  comlb^titent  à  leurs  côtes,  « 

Le  hhanat  de  Balkh ,  autrefois  lui^  des  plys  puissapa  du 
Turkestam,  en  est  aujourd'hui  Fuq  des  plus  faibles  et  çlçs 
moins  peuplés.  Il  comprend  une  partjie  de  la  BactxiaDe  el; 
es|  limitrophe  de  FÉtat  de  Hérat;  sapopulatioj^^  quiétgit., 
aya^nt  1820,  de  pli^s  d'un  million  d'habitans,  nen  a^pçut^* 
être  pas  5oo,ooo,  aujourd'hui  quelesi  AfghwsetlesOu^beks 
Font,  tovir  à  tour  envahi  et  d^n36iub?é. 

«  Au  commencement  du  dernier  siècle ,  ce  pays  s^vaiJI  $011 
khan  particulier  ;  Balkh  était  alors  une  des  villes  l^s^  pAus 
Çjonsijdérables  de  ces  contrées  :  les  mjaisons  étaient  bâties  en 
briques  ou  en  pierres  ;  le  château  était  presque  entièirement 
construit  en  marbre  tiré  des  montagnes  enyironnan^s., 
objet  d'ambition  pour  les  puissances  voisines  y  la  Perse  et 
THindoustan.  Ijcur  jalousie  mutuelle  gara^ntissait  la  sjécu* 
rite  de  la  ville  de  Balkh  noueux  que  les  hautes  montagnes 
qui  renferment  d*uu  côté  et  les  déserts  qui  Tentiouirei^t 
de  l'autre.  Les  habitans  de  ce  pays ,  autrefois  Tun  des  plus 
civilisés  de  tout  le  Turk^stan,  préparaient  de  fort  belles 
soies  y  productions  de  leur  pays.  » 

Balkh  passf^  chez  les  Asiatiques  pour  ia  plus  ancienne 
villç  du  mpnde  :  iU  lui  donnent  le  titre  de  Mère-des-FUies 
{  Omm- elr Buldan),  C'est  en  effet  l'antique  Bactra  ou 
Zariaspay  capitale  de  la  Bactriane,  cité  qui  rivalisait  avec 
Ninive  et  Babylone.  Ce  fut  au  siège  de  cette  ville  par  Niniis^ 
que  M^énonès,  gouverneur  de  la  Syrie  qui  accompagnait 
le  prince ,  fit  venir  près  de  lui  Sémiramis ,  sa  lenune ,  dont 
les  conseils  et  le  courage  hâtèrent  la  prise  de  la  place 
assiégée.  Nin^us,  admirant  la  bravoure  et  les  charmes  de 
l'héroïne,  résolut  de  l'épouser;  Ménonès,  instruit  d^  cette 
résolution,  se  pendit  de  désespoir,  Sémiramis,  devenue 
veuve,  épousa  Ninus,  et  bientôt  la  mort  de  ce  second 
époux  la  mit  seule  en  possession  du  trône  d'Assyrie  qu'elle 


ASIE  :   Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        567 

occupa  avec  tant  d'éclat  et  de  gloire.  Balkh  est  située  sur  uoe 
éminence  au  milieu  d^une  plaine  fertile  ;  elle  est  grande  et 
défendue  par  une  muraille  et  un  château;  mais  sa  popu- 
lation, jadis  considérable,  n'est  plus  que  de  8  à  10,000 
âmes.  Andkou ,  autre  ville  du  khanat  de  Balkh,  n'offre  rien 
de  remarquable. 

«  Anderab,  chef-lieu  du  district  du  Tokarestouy  est  près 
d'un  défilé  par  lequel  on  traverse  les  montagnes  d'Hindou- 
Koh.  Ce  passage  était  soigneusement  gardé  par  le  khan  de 
Balkh ,  mais  les  Afghans  l'ont  franchi.  On  trouve  dans  le 
voisinage  de  riches  carrières  de  lapis,  substance  dont  il 
paraît  que  la  Grande -Boukharie  a  fourni  nos  pères,  et 
qu'elle  continue  de  nous  envoyer  encore  aujourd'hui.  » 

Au  nord-ouest  de  celui  de  Balkh  se  trouve  le  khanat  (VAn- 
koï  qui  paraît  être  Tun  des  moins  importans  du  Turkes- 
tan.  Ankoïy  sa  capitale,  est  une  ville  fort  grande,  qui  ren- 
ferme 4000  maisons  habitées  par  un  petit  nombre  d'Ouz- 
beks,  peu  de  Tadjiks  et  beaucoup  d'Arabes.  EHe  est  à 
environ  26  lieues  de  Balkh.  Une  petite  rivière  qui  coule 
auprès  est  à  sec  pendant  l'été  :  ce  qui  oblige  les  habitans 
à  creuser  des  puits  pour  avoir  de  l'eau. 

Dans  la  direction  du  sud ,  le  petit  khanat  de  Meimaneh  se 
présente.  Sa  capitale,  du  même  nom,  est  à  environ  20 
lieues  d'Ankoï;  la  route  est  parsemée  de  quelques  miséra- 
bles villages.  «  Meimaneh  est  une  ville  renfermant  environ 
«  1000  maisons;  elle  n'est  habitée  que  par  des  Ouzbeks  qui, 
«  en  été,  sont  nomades.  Ce  sont  des  brigands  déterminés; 
<(  ils  pillent  souvent  les  caravanes ,  sont  fréquemment  en 
«  guerre  avec  leurs  voisins,  font  des  excursions  dans  le 
«  Khorassan ,  et  amènent  leurs  prisonniers  au  marché  aux 
«  esclaves  de  Boukhara  (i).  » 

Le  khanat  de  Khoidm  passe  pour  l'un  des  plus  puissans. 

V»;  G.  de  Meyendorff  :  Voyage  d'Oicnbourg  à  Boukharti,  p.  i43. 


568  LIVRE   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

du  Turkestan  méridional.  U  peut  mettre  sur  pied  un  corps 
de  10,000  hommes  de  cavalerie.  Le  khan  jouit  d'un  revenu 
d'environ  3oo,ooo  francs  ;  il  exerce  une  grande  influence 
sur  les  pays  de  Balkh  et  de  Koundouz.  Gholam ,  KhouU 
hum  ou  Khoulm  sa  capitale,  sur  la  rive  gauche  du  Khoul- 
loum ,  dont  les  bords  sont  délicieux,  est  une  grande  ville, 
dominée  de  trois  côtés  par  une  montagne  et  défendue  par 
deux  châteaux;  les  maisons,  au  nombre  de  8000 ,  sont  bien 
bâties,  mais  en  briques  crues.  L'eau  y  est  abondante.  Cinq 
rivières  se  réunissent  à  Khoulm  et  y  forment  une  cascade. 
«On  m'a  assuré,  dit  G.  de  Meyendorff,  que  l'ancienne 
«  ville  de  Khoulm  a  été  détruite ,  et  que  celle  qui  porte 
«  aujourd'hui  ce  nom  est  la  même  qu'on  nommait  autre- 
«  fois    Tachkourghan  y    éloignée   de   Balkh  d'environ    65 
«  verstes  (i5  lieues  et  demie).  » 

A  l'est  du  précédent^  le  khanat  de  Koundouz  offre  un 
territoire  généralement  plat ,  terminé  vers  le  sud  par  une 
chaîne  de  collines  qui  forment  plusieurs  vallées  belles  et 
fertiles.  Bien  que  le  khan  puisse  mettre  sur  pied  une  force 
armée  à  peu  près  égale  à  celle  dont  dispose  le  khan  de 
Khoulm,  il  n'en  est  pas  moins  tributaire  de  celui-ci.  Koun- 
douz, dont  le  nom  signifie  château  (0 ,  rivalise  en  grandeur 
et  en  importance  avec  Khoulm.  Se^  environs  sont  fort  bien 
cultivés. 

Le  district  de  Talikhan,  peuplé  d'Ouzbeks ,  paraît  former 
un  khanat  indépendant,  mais  de  peu  d'importance;  il  est 
arrosé  par  une  rivière  du  même  nom ,  affluent  de  l'Âkséraï, 
et  par  une  autre  rivière  appelée  le  Fourkahr,  qui  passe  à 
Talikhnn  sa  capitale ,  ville  qui  paraît  être  d'une  faible  im- 
portance. Le  khan  de  Talikhan  fait  de  fréquentes  incur- 
sions sur  le  territoire  de  ses  voisins. 


(')  Vo^ez  la  Géographie  d*lbn-Haiikal  :  (raduclion  de  W.  Ouselcy, 
pag.  23B-u68-2()(j,  etc. 


ASIE  :  Tatarie  indép.  ou  Turkestan.        669 

Au  nord  du  Badakhchan  on  trouve  trois  khanats  sur  les- 
quels on  a  peu  de  renseignemens  ^  mais  qui  paraissent  être 
d  une  faible  importance.  Celui  de  Dervazeh  doit  probable- 
ment son  nom  à  la  rivière  qui  l'arrose.  Son  territoire  com- 
prend principalement  une  grande  vallée  au  fond  de  la- 
quelle la  Dervazeh  roule  ses  eaux  en  mugissant.  Ce  cours 
d  eau,  d'environ  5o  lieues  de  longueur,  charrie  de  l'or  que 
les  habitans  recueillent  en  y  jetant  des  outres  qui  se  rem- 
plissent promptement  de  limon  dont  ils  retirent  le  métal. 
Les  campagnes  sont  cultivées  par  de  paisibles  Tadjiks.  La 
petite  ville  de  Dervazeh  est  la  résidence  du  khan.  Ce  chef 
prétend  descendre  d'Alexandre-le-Grand. 

Koulaby  ville  de  3ooo  maisons,  est  la  capitale  d'un  kha- 
nat  du  même  nom ,  limitrophe  du  précédent.  Plus  au  nord, 
le  khanat  cVAbi-gherm ,  dont  le  chef  est  souvent  en  guerre 
avec  celui  d'Hissar,  a  pour  capitale  une  petite  ville  du 
même  nom  ;  mais  à  l'ouest  de  celui-ci,  le  khanat  de  Ramid, 
assez  important  pour  que  son  chef  puisse,  dans  ses  excur- 
sions,  mettre  10,000  cavaliers  sous  les  armes,  a  pour  chef- 
lieu  une  ville  assez  considérable  située  à  â5  lieues  à  l'est 
de  Hissar^  sur  la  route  de  Badakhchan  à  Khokhan.  Près  de 
Ramid  y  s'élève  une  des  plus  hautes  montagnes  d'un  des 
rameaux  des  monts  Kachghar.  Ces  trois  derniers  khanats 
sont  peuplés  d'Ouzbeks  pour  la  plupart  cultivateurs. 

Dans  la  contrée  montagneuse  où  prend  sa  source  le 
Kafer-nikhan  j  afQuent  du  Djihoun,  et  qui  se  terminé  au 
nord  par  les  monts  Kachghar  ou  le  Kachghar- davan,  ha- 
bitent les  GhaltchaSy  peuple  pauvre  et  indépendant^  for- 
tement attaché  aux  croyances  des  mahométans  sunnites. 
Des  voyageurs  russes,  dit  le  baron  de  Meyendorff,  les 
nomment  Persans  orientaux ,  et  en  effet  ils  ne  connaissent 
point  dautre  langue  que  le  persan.  Leurs  traits  diffèrent 
cependant  beaucoup  de  ceux  des  Tadjiks;  leur  teint  est 
très-basané  et  même  plus  brun  que  celui  des  Arabes  bou- 


ijO  UVI^E   CENT    TRENTE-TROISIÈME. 

khares^  Leurs  habitations  sont  de  misérables  cabanes  bâties 
dans  des  vallées.  Ils  sont  tous  cultivateurs  ;  ils  élèvent  du 
bétail  et  tiès-peu  de  chevaux  :  aussi  ne  sont-ils  point  re- 
doutés des  nations  voisines.  Leurs  chefs,  qui  prennent  le 
titre  de  khan,  habitent  Ignaou  et  Matchuy  qui  sont  plutôt 
de  gros  bourgs  que  des  villes.  Karateghin  paraît  être  aussi 
une  de  leurs  petites  cités. 

Peut-être  devrions-nous,  à  l'exemple  de  quelques  géo- 
graphes ,  terminer  la  description  des  différens  États  du  Tur- 
kestan  par  le  pays  des  Kafirs  ou  le  Kafiristan;  mais  ce 
pays  ne  pouvant,  sous  le  point  de  vue  physique,  être  sé- 
paré du  bassin  de  FIndus  y  nous  le  décrirons  en  traitant  de 
THindoustan. 


TA9l£AI)X^  57 1 

TABLEAU  APPROXIMATIF 

des  tribus  iurcomanes  qui  haf}itent  à  t orient  de  la  mer 
Caspienne  (d  après  M.  Mouraviev). 


TRIBUS  SEPTENTRIONALES. 

/Tchovdour. 
Igdyr. 
Abdal. 

iBoiiroundjouk. 
TcHov  DouR-£ssEii-Iu  -         1  Boussâ^lii. 
(  8000  kibitki^  )  <  MeogU-Koadja. 

|Ogr|. 
'DeU. 

i  Tchekakbaï. 
Rourban.  jOganych. 

(  KLjzlèr-Ghének. 

TRIBUS   MÉRIDIONALES. 

/'Nour-Ata. 
Ata.  \  Gèsl-Au. 

(  1000  kibitki.  )  ]  Oamar^Ata. 

'ibag-Ata. 

EKE. 

(  30)Ooo  kibitki.  ) 

Salyr. 
(  4000  kibitki.  ) 

£r-saré. 
(  100.000  kibitki.  ) 

Sakhkar. 
(*2o,ooo  kibitki.  ) 

Iemrelu. 
(  .3oo  kibitki.  ) 

Sabyk. 
(  20,000  kibitki.  ) 

loMouo. 
(  40,000  kibitki.  ) 

OUA-AIMAR. 

(  80,000  kibitki.  ) 


Sy^i 


KX&LBK. 

(4p,ooo  kibitki.  ) 


LIVRS  CENT   TRENTE-TROISIÈME. 


Lanjak. 
Sengryk. 
Khar. 
Chor. 

Baindyr. 
iKara-Balkan. 
Herkès. 
iKaï. 
Kyryl. 
'Keïk. 
Sovranli. 
lerkekli. 
Pytyr. 
vKychik. 


Bairama. 


/'Salak  (  3000  kibitki  ). 
i  Arkochtchi  (  aooo  kibitki  ). 
J  Okus  { I ooo  kibitki  ). 
i  Ouchak  (  looo  kibitki  ). 
f  Kara-Kodja  (  600  kibitki  ). 
\Djuneït  (  55o  kibitki  ). 


Koudjouk-Tatàr  . 


TcUOIYUKI 


Cher 


EB. 


Tatar  (4oo  kibitki). 
Ak-Karyn  (  aoo  kibitki  ). 
Kourama  (  aoo  kibitki  ). 
Marama  (  aoo  kibitki  ). 
Kyryk. 

Keké  (  400  kibitki  ). 
.Khivatchi  (  400  kibitki  ). 

/  Ata-Baï  (  1000  kibitki  ). 
I  Ak  (900  kibitki  ). 
I  Das  (700  kibitki  ). 
\  Badrak  (  600  kibitki  ). 
<  Ketcbek  (  600  kibitki  ). 
ilgdyr(55o  kibitki). 
J  lolma  (  aoo  kibitki  ), 
\  Eïmir  (  700  kibitki). 
\Mechrick  (900  kibitki). 

Beliké  (600  kib.  ). 

/^Karadagli. 
l  Evdek. 
]  Mind. 
Dugdi  (  3100  kib.  ).  <  Khivali. 

I  Ghereï. 
f  Outchmek. 
\Tchouk-bach. 

Karaoui  (800  k.  ). 
\  Baga  (  400  kib.  ). 
Ilgai  (  700 kib.  ). 


TABLEAUX. 


573 


Cbcrxb. 


Djafarbaï. 
(  2000  kibitki  ). 


T^rekli. 
Semidin. 
Nedim. 
Ghereï. 
Tchoukan. 
ISakbkali. 
Ark. 

I  Touraan-djan-ali . 
Pang. 
Kelté. 
Karindjik. 
Kèr-Toekel. 
.Kèr-Essen. 


TABLEAUX 

De  la  population  des  principaux  Etats  du  Turhestan. 
KHANAT  DE  KHOKHAN. 


SUPERFICIE 

lieues  géograpliiques 
carrées. 

POPULATION 

ABSOLUS. 

POPULATION 

par 

lieue  carrée. 

AHMÉE. 

10,000. 

1,200,000. 

120. 

10,000  homme&. 
3o  à  40,000 

(  arec  les  nomades  ). 

KHARISM  ou  KHANAT  DE  KHIVA. 


SUPERFICIE 

en 

lieues  carrées. 

POPULATION 

ABSOLUS. 

POPULATION 

par 
lieue  carrée. 

ARMÉE. 

19,000. 

900,000. 

47- 

8,000  hommes. 
i5  à  20,000 

(  avec  les  nomades  ). 

BOUKHARIE  ou  KHANAT  DE  BOUKHARA. 


SUPERFICIE 

en  lieues. 

POPULATION 

ABSOLVE. 

POPULATION 

par 
lieue  carrée. 

ARMÉE. 

11,000. 

2,5oo,ooo. 

227. 

25,000  hommes. 
80,000 

(  en  ttmps  de  guerre  ). 

5^4  LIVRE   CENT    tïttetrte-TROISlèME. 

^OPDLATIOK    DK   LA   BOUKHARIE   PAR   MATIOKS. 

Ouzbeks iy5oo,ooo 

Tadjikè 670,000 

Turcomans aoo^ooo 

Arabes 5o,ooo 

Persan».  V 4<)»<)^<) 

Kahnouks 20,000 

KîrgHiz 6  à  8,000 —  7»ooo 

Juifs.. 4  ^  S)Ooo —  4^^^^ 

Afghans ^ 4  ^  5,ooo —  ^fSoo 

Lesghiz a,  000 

Bohémiens a, 000 

'iTotâl a,5oo,ooo 


TABLEAU  ûfeiÇ  positions  iistronomiques  de  quelques  nns 
des  principaux  lieux  du  Turkestan. 


.*<«»*.i— jfct*. 


■■■ii^MÉfl  I  iT  ■  Il 


NOMS 

DSS    LIKUX. 


Mta 


Badakhchan. 

Balkh 

Boukhara..., 

Khiva 

Khoc^'end. . . . 
Samarcatide. 
Turkestan ... 


Latitudes. 


deg.  min.  sec 

37  ao    o  N.; 


36  40 

^9  ^^ 
41  40 

41   aa 

39  3o 

44  56 


oN. 
oN. 
oN. 
oN. 
oN. 
oN. 


Longitudes. 


deg.  min.  sec. 

t)6  3o    o  £. 


65  o 
6a  4o 
58  45 
67     o 

66  3o 


o  E. 
o  E. 
o  E. 
o  E. 
oE. 


66  aa     o  E. 


NOMS 

DES  OBSERVATEUHS. 


Auteurs. 

Idem, 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem . 


♦»ooo«ooo-»oo>»oo>o»»aoo»o»»o»oo»iBoa'0'>fcooobooi»<BOO'00«-»o»»o»»oo-»oo^*^»p< 


TABLE  DES  MATIERES 


CONTENUES  DANS  CE  HUITIEME  VOLUME. 


Pages. 

LIVRE  CENT  VINGT-UNIÈME. —Description  de  l'Asie. 
— Généralités  sur  cette  partie  du  Monde. — Montagnes, 
Neuves ,  mers  et  golfes.  —  Température.  —  Productions. 

—  Habitans.  —  Etat  civil  et  politique i 

Origine  du  nom  d'Asie , Ib. 

Limites * 'i 

Superficie.  —  Dimensions 5 

Montagnes.  —  Systèmes.  —  Système  hymalayen 6 

Groupe  de  l'Altaï 7 

Le  Tarbagataï  ,  chaîne  de  l'Altaï » lo 

Groupe  du  Thian-chan i v  n 

Thsoung-ling.  —  Hindou-Koh. i a 

Himalaya ♦ .  ♦ i  .B 

Minéraux  et  roches  de  l'Himalaya.  . . . , * 1 4 

Volcans • 1 5 

Lac  d'Issi-Koul.  —  Volcans  de  Tour-fan.  —  Système  ouralien.. . .  i6 
Cours  d'eau  de  ce  système.  — Roches  ,  minéraux.  —  Monts  Ilmen. 

—  Monts  IrencUk 17 

Montagne  de  Blagodat iS 

Monts  Moughodjar.  —  Lacs  Balek-Koul,  Koum-Koul,  etc 19 

Système  caucasique.  —  Monts  Taurus^  Elvend  ,  Liban 20 

Massif  du  Caucase.  —  Système  arabique.  —  Système  indien.  —^^■ 

Région  centrale * ^1 

Région  méridionale.  —  Région  septentrionale a 2 

Régions  orientale  et  occidentale !23 

Affaissement  de  l'Asie  occidentale a5 

Bassins  de  l'Asie a6 

Volumes  des  fleuves  de  l'Asie.  —  Lacs 29 

Mer  Caspienne.  —  Lac  ou  mer  d'Aral ,  etc 3o 

Vents  dominans 33 

Température.  —  Climat 34 

Caractère  des  habitans 37 

Considérations  politiques 4  * 


5*76  TUkBhE   DES   MA.T1ÈRES. 

Pages. 

Productions.  —  Animaux 44 

Richesse  végétale  de  l'Asie 45 

Règne  animal 53 

Tableau  des  points  culminans  des  montagnes  de  l'Asie Sq 

LIVRE  CENT  VINGT-DEUXIÈME.— Suite  de  la  Descrip- 
tion de  TAsie.  —  Pays  Caucasiens  soumis  a  la  Russie  ^  ou 
Géorgie.  Grande-Abasie  ^  Iméréthie,  Mingrélie,  Chirvan 

et  Arménie 6i 

Origine  du  mot  Caucase 16, 

Partes  caucasiennes  et  albaniennes * . . .  6a 

Description  du  Caucase.  —  Roches 64 

Animaux.  —  Végétaux , 65 

Peuples 60 

Géorgiens.  —  Origine  de  leur  nom 67 

Description  de  la  Géorgie 68 

Tijlis 70 

Mtzkhetha 71 

Gori.  —  AnanouTy  Telaxf  et  autres  villes 72 

Population  de  la  Géorgie 7$ 

Revenus.  —  Précis  historique.  —  Iméréthie 74 

Population.  —  Scharaùatia  et  autres  villes 75 

Koutaïs ,  Génath  ,  etc.  —  Gouriens ^ . . . .  76 

Gourie.  —  Mingrélie y^ 

Bedout'Kalé,  —  Àimkria 78 

Industrie.  —  Mœurs  des  Mingréliens 79 

Grande-Abasie • 80 

Soudjouk-Kalé ,  Soubachi ,  etc 81 

Chirvan 82 

Culture.  —  Pêcheries 83 

Population.  —  Nouki,  —  Cheki ,  et  autres  villes 84 

Feux  de  Bakou 86 

Arménie.  —  Population.  —  Villes 88 

Tableau  des  positions  géographiques  de  la  Russie  au  sud  de  la 

crête  du  Caucase 90 

LIVRE  CENT  VINGT -TROISIÈME.— Suite  de  la  Des- 
cription de  l'Asie. — Turquie  d'Asie. —Première  section. 
—  Péninsule  de  l'Anatolie  ou  de  TAsie-Mineure ,  avec  les 

côtes  de  la  mer  Noire g  i 

Description  du  mont  Taurus 93^ 


TABLE    DES    MATIÈRES.  Syy 

Page». 

Fleuves  de  TAsie-Mineurc 96 

Lacs.  —  Climat 98 

Végétaux.  — Animaux y^ 

Minéraux 101 

Gouvernemens.  —  Villes. loa 

Pachalik  de  Trébizonde.  —  Rizeh ,  Of ,  Sourmeni io3 

Trébizonde 1  o4 

Traboli;  Keresoun.  —  Lazes , , .  io5 

Pachalik  de  Sivas.  —  Cunieh,  —  Jn{cisieh ^ 1 06 

Tokat.  —  Zileh , 1 08 

Djanik,  —  Tcheldir.  —  Bâfra ,  etc 1 09 

Ouscat.  —  Niksar.  —  Sivas 110 

Dev^righi.  —  Jrabkir.  —  Kastamouni ,  etc 111 

Inéùoli.  —  Jmastrah.  —  Erekli.  —  Scutati.  —  Ismid.  —  Isnik,  112 

Peramo.  —  Jjwusse.  —  Moudaiiia 1 13 

Terekli  ou  Tarakli.  —  Boly^  etc '.  114 

Koutaïéh.  —  Afioum-Kara-Hissar 1 1 5 

Akcheher.  —  Eilgoim.  —  Konieh 1 1(5 

Caraman.  —  Jkseraï.  —  Nigdeh.  —  Begbazar.  r—  Angora 117 

Kaisariéh 118 

Malatiah.  —  Jyas   —  Marach.  —  Àïniab 119 

Cilicic.  —  Jdana.  —  Tarsous y 120 

Selefkeh.  —  Pachalik  de  KouialUék,  —  Satali 1:2 1 

Jlmali.  —  Cacamoi  —  Sparta.  —  Moglah 1 2j 

JDegnizli.  —  Jla-cheher.  —  TireJi ,  etc 1  îjU 

Gouzel-Hissar.  —  Smyrne , 126 

Manika.  —  Phokia ,  etc 127 

Iles  de  la  mer  de  Marmara , 1 28 

Ténédos,  —  Mételin.  —  Scio 1 29 

Nicaiia.  —  FaUunos.  —  Lero ,  etc 1 3 1 

Starî-co 1 3'2 

Rhodes 1 33 

Description  de  Tile  de  Chypre i34 

Tableau  comparatif  des  différentes  acceptions  des  noms  à'Asia  ^ 

d'Asia  propria  et  â! Asie-Mineure i38 

Tableaux  synoptiques  des  divisions  de  l'Asie- Mineure 1^9 

LIVRE  CENT  VIJNGT-QUATRIÈME.  — Suite  de  la  Des- 
cription deTAsie.  —  Turquie  d*Asie.  — Deuxième  section, 
comprenant  l'Arménie,  le  Kourdistan,  la  Mésopotamie  et 

rirak-Araby i48 

Divisions  des  provinces  orientales  de  Fempirc  Turc  en  Asie Ib 

VIII.  37 


578  TABLE    DES    MATIÈRES. 

Pag  M. 

Arménie ...  1 49 

Montagnes.  —  Fleuves 1 5o 

Lac  de  Van 1 54 

Erzeroum i55 

Erz-inghian.  —  Hassan-Kaleh ,  etc.  —  Pachalik  de  Kars 167 

Fan.  —  Bayazid ,  etc. . i58 

Habitans.  ~  Caractère.  —  Religion.  —  Moeurs 169 

Kourdistan 161 

Villes  principales.  —  Djoulamerk.  —  Àmadieh,  —  Djezyreh 162 

Kerkoiik. —  Erbil ,  etc i63 

Mœurs  des  Kourdes i64 

Mésopotamie.  —  Pachalik  de  Diarbekir 167 

Villes  principales.  —  Âmid.  —  Merdin ,  etc 1 68 

Palou,  —  Pachalik  de  Mossoul t . . .  169 

Orfa.  —  Harran ,  etc 1 70 

Bir.  —  Nisibïn.  —  Kara-Déré,  etc 171 

Désert  de  Mésopotamie 172 

Pachalik  de  Bagdad 1 7^ 

Babylonie ^  • 176 

Bagdad « 1 77 

Babylone ,  Hillah 1 79  , 

Koufa  f  Lemloun 180 

Korna  >  Bassorah 181 

Tableau  des  divisions  des  pays  sur  le  Tigre  et  TEuphrate 18a 

Tableau  Ae,s  divisions  les  plus  récentes  de  TArménie ,  du  Kourdis.- 

tan  et  de  la  Mésopotamie. i83 

Tableau  des   divisions  de   TArraénie ,   d'après  l'histoire  armé- 
nienne  composée  par   Moïse  de   Khorène  dans  le  V®  siècle, 

comparées  avec  celles  qu'ont  connues  les  Grecs  et  les  Romains.  i85 

LIVRE  CENT  VINGT -CINQUIÈME. -Suite  de  la  Des- 
cription de  l'Asie.  —  Turquie  d*Asie, — Troisième  partie. 

—  La  Syrie  avec  la  Palestine 187 

Limites  de  Syrie Ib, 

Montagnes 1 88 

Constitution  géognostique 189 

Terrains  volcaniques 190 

Tremblemens  de  terre.  —  Jourdain.  —  Fleuves 191 

Lacs.  —  Climat « 19a 

Végétaux 193 

Animaux » 194 

Populations 196 

Langues.  —  Religions 196 


TABLE    DES    MATIÈRES.  B'JC) 

P3gC^. 

Pachalik  ctAlep 197 

Scaïuierouti.  —  Killis ,  ctc 199 

Hamah îit>o 

Latakiéh •  •  •  201 

Tripoli a02 

Batroiui.  —  Bairout,  —  Saïde » 2o!J 

Saint-Jean-d'Acre 204 

Assassins 2o5 

Description  du  Liban ♦ 207 

Maronites.  —  Druzes 210 

Moutoualis.  —  Baalbek ai  4 

Damas ; 2 1 5 

Description  de  la  Palestine 217 

Galilée • à  1 8 

Nazareth u  19 

Mont  Thabor.  —  Kaisarièh •:......  2!2o 

Mont  Carmel.  —  Naplous 211 

Judée.  —  Jaffa 22*i 

Jérusalem 224 

Bethlchem 228 

Mer  Morte 2^0 

Tableau  des  divisions  de  la  Syrie  sous  les  Romains  ,   dans  les 

trois  premiers  siècles 23-^ 

Tableau  comparatif  des  divisions  de  la  Palestine  ou  du  Chanaan  , 
d'après  les  douze  tribus 233 

Tableau  des  divisions  du  diocèse  d'Orient ,  établies  par  Constan- 
tin-le-Grand  et  ses  successeurs ,  et  en  partie  par  Trajan 234 

Tableau  des  divisions  du  royauine  de  Jérusalem  dans  le  XII«  siècle, 
d'après  l'abbé  Guénée 235 

Tableau  des  grandes  divisions  modernes  de  la  Syrie 23(j 

Tableau  des  divisions  modernes  de  l'ancienne  Palestine  d'après 
Busching,  Volney,  etc Ih. 

Tableau  des  divisions  les  plus  récentes  de  la  Syrie 287 

Population  et  superficie  de  toute  la  Turquie  d'Asie Ib. 

Tableau  des  longitudes  et  des  latitudes  des  principaux  lieux  de  la 
Turquie  d'Asie ,  d'après  les  meilleures  observations :?3S 

LIVRE  CENT  VINGT-SIXIÈME.— Suite  de  la  Descrip- 
tion de  l'Asie.  —  Arabie  ,  avec  les  golfes  Arabique  et 
Persiquo v.4  i 

Bornes  de  TArabie ]h. 

Coup  d'œil  historique t'.j-i 

07. 


58o  TABLE    DES    iMATlKRES. 

Pages. 

Golfes  Arabique  et  Persique 343 

Montagnes 245 

Climat 246 

Vents  du  Samoum 247 

Aridité  et  constitution  du  sol 248 

Végétaux 249 

Animaux 261 

Minéraux 266 

Provinces.  —  Villes  remarquables.  —  Jïlah ,  Hérac  ,  7 or 257 

Mont  Sinaï '. 268 

Tribus  arabes 269 

Ruines  de  l'antique  Petra 260 

Médine 263 

Yamboel'Bakr 267 

La  Mekke 268 

Tayef, 278 

Djeddah 279 

Déserts  du  Nedjed 281 

Principales  villes  des  Wahabys .* 28a 

lémarnah.  —  Ei-Soulemyeh.  —  Plaine  à*El-IIamad 283 

Coup  d'oeil  liistorique  sur  les  "Wahabys  ou  Wahabitcs 285 

Hadjar  ou  Lahsa 289 

Villes  remarquables 290 

Iles  Bahreïo 291 

Oman 293 

Villes  principales.  —  Habitans 293 

Hadramaout 295 

Revenus.  —  Divisions.  —  Villes  remarquables 297 

Beïsché 299 

Damar.  —  Doran.  —  Kousma 3oo 

Deifan,  Barrad,  Chamiry  Aden 3oi 

Moka 3o2 

Peuples  de  l'Arabie 3o3 

Langue 3 1 1 

Mœurs « 3 12 

Sectes  religieuses 3 1 4 

Industrie.  —  Population ', 3i5 

Tableau  des  positions  géographiques  de  l'Arabie 3 16 

Tableau  des  principales  tribus  de  Bédouins 3 1 7 

LIVRE  CENT  VINGT-SEPTIÈME.  — Suite  de  la  Descrip- 
tion de  TAsie.  —  Description  de  la  Perse. — Description 

physique  générale  de  ce  royaume 323 

Coup  d'œil  historique 73. 


TABLE    DES    MATIÈRES.  58 1 

Pages. 

Etendue ,  superficie 328 

Montagnes Sag 

Portes  caspiennes 33o 

Déserts  salins 33a 

Lacs 333 

Fleuves  et  rivières 334 

Constitution  géologique.  —  Tremblemens  de  terre 336 

Mines.  —  Climat 337 

productions  végétales 339 

Forêts 341 

Animaux  domestiques 344 

Animaux  sauvages 345 

LrV^RE  CENT  VINGT-HUITIÈME.  — Suite  de  la  Descrip- 
tion de  J'Asie.  — Détails  topogrnphiques  sur  les  provinces 

et  les  villes  de  la  Perse 346 

Limites  de  la  Perse  d'après  le  dernier  traité  avec  la  Russie Ib. 

Division  en  onze  provinces 647 

Irak-Adjemi.  —  Ispakan 3^8 

Kachan.  —  Koum 35i 

Téhéran 35a 

Ruines  de  Reï  ou  Rhagx.  —  Cazbin 354 

Sultaniéh 355 

Zinghan.  —  Hamadan 356 

Trône  de  Roustèra 857 

Kirmanchah.  —  Kourdistan  persan.  —  Senney 358 

Azerbaïdjan 359 

Tauris 36o 

Maragha.  —  Ourmiah.  —  Selmas.  —  Khoï.  —  Marend 36 1 

Ardebil.  —  Le  Ghilan '.  36a 

Recht 364 

Fomen.  —  Lahidjan.  —  Lengher-Roud 365 

Le  Mazanderan.  —  Ralfrouqh 366 

Amol.  —  Sari.  —  Aster-abad 867 

Porte-Caspienne.  —  Fehr-abad.  —  Province  de  Tabaristan 368 

Damavend.  —  Damagan.  —  Province  du  Kbouzistan 869 

Dizfoul.  — Ruines  d'Elymaïs.  — Goban.  — Havisé.  — Kourmaabad.  370 

Farsistan.  — •  Portes  de  la  Susiane.  —  Chiraz 371 

Ruines  de  Persépolis 873 

Antiquités 375 

lezd 376 

Aberkouh.  —  Komm-chah.  —  Kazroun.  —  Ruines  de  Chapour. . .  377 


58a  TABLE    0KS    MATIÈRES. 

Pdges. 

Firouz-abad.  —  Yezd-kliâçt 378 

Darabdjerd 3^q 

Productions  du  Farsîstan.  —  Abou-Chehr 38o 

Bender-Ryk.  —  Arabes  indépendaDs 38i 

District  de  Kourd-i-Kobad .  —  Méraacena 38u 

Kala-i-Séfid.  -r-  Nevbendjan.  —  Ardjan.  —  Province  de  Laristan. 

—  Lar , 383 

Bender-Abassî.  —  Bender-Congoun.  —  Siraf.  —  Ile  de  Kharek. . . .  384 

Iles  de  Kais ,  Kichmich.  —  Ormouz.  —  Province  de  Kerman 385 

Kerman.  —  Kcrmasïp.  —  Velazgherd.  —  Khomda.  —  Le  Mo- 

ghistan.  —  Minab 380 

Province  de  Khorassan.  —  Productions 387 

Mechehcd.  —  Nicliabour.  —  Kaboucban 38<) 

Province  de  Kohistan.  —  Giiéheristan.  —  Tabs.  —  Toun 390 

LIVRE  CENT  VINGT-NEUVIÈWE.  — Suite  de  la  Des- 
cription de  l'Asie.  —  Fin  du  Tableau  de  la  Perse. — Aperçu 

moral  et  politique 391 

Les  Partbes.  —  Langue 391 

Persans * ' 397 

Costumes 399 

Nourriture.  —  Usages 4^^ 

Caractère  des  Persans 4^3 

Pétes  et  coutumes 4^^ 

Calendrier  persan 4^9 

Religion 4  '^ 

Les  Sabiens 4*^ 

Industrie ^i3 

Commerce 414 

Tribus  nomades /^i6 

Gouvernement.  —  Dignités 4  *  ^ 

Finances.  —  Impôts 4^^ 

Armée 4^4 

Tableau  de  la  population,  de  là  superficie,  des  contributions  et 

du  contingent  en  soldats  de  chaque  province  de  la  Perse. , . . . .  4^7 
Tableau  dés  positions  astronomiques  des  principaux  lieux  de  la 

Perse 4^^ 

Tableau  comparatif  des  divisions  anciennes  et  modernes  de  la 

Perse 4^9 

Tableau  des  nations  qui  habitent  la  Perse ,  tiré  des  itinéraires  de 

plusieurs  voyageurs  français '• .  •  43f 

LIVRE  CENT  TRENTIÈME.— Suite  de  la  Description  de 

TAsie.  —  Description  du  Béloulchistan 4^5 


TvVBLE    DES    MATIÈRES.  583 

Pdge». 

Description  physique 4^5 

Climat.  —  Forêts 437 

Population.  —  Origine 4^8 

Béloutchis.  —  Mœurs 4^9 

Costume.  —  Brahouis 44<^ 

Province  de  Mékran.  —  Kedge ... ,. 44 * 

Kellégan.  — Tiz.  — Tcharbagh.  —  Jalk.— Kasr-Kend.—- Koulaj. 

—  Pendjgour 44* 

Province  de  Lous.  —  Bêla.  —  Laïari.  —  Province  de  Kotch- 

Gondava • •  •  44^ 

Gondava.  —  Dador.  —  Horrond.  —  Province  de  Djlialavan.  — 

Zouhri.  —  Khozdar.  — •  Province  de  Saravan 4  i4 

Kélat.  —  Saravan.  —  Kharnn.  —  Province  de  Koubestan 44^ 

Pourba.  —  Sourboud 44^ 

Langues.  —  Gouvernement 44? 

Tableau  des  principales  tribus  du  Béloutcbistan ,  diaprés  H.  Pot- 

tinger 449 

LIVRE  CENT  TRENTE-UNIÈME.  — Suite  de  la  Descrip- 
tion do  l'Asie.  —  Description  de  TAfghanislan  occidental, 
comprenant  le  royaume   de   Kaboul,   le  Scdjistan   et   le 

Khorassan  af'gban <. 4^  i 

Origine  et  caractère  des  babitans Ib, 

Mœurs > 4^^ 

Langage 4^^ 

Berdourabnis.  —  Youssoufzaïs.  —  Kattaks.  —  Otmankbaïls.  — 

Turcolanis 4^^ 

Cbiranis.  —  Visiris.  —  Dourabnis.  —  Gbildjis.  —  Hazarehs.  — 

Le  Kaboulistan.  —  Description  pbysique .  4^7 

Montagnes.  —  Climat 4^^ 

Végétaux.  —  Animaux. 4^1) 

Gouvernement 4^^ 

Province  de  Kaboul.  —  Kaboul 4^i 

Province  de  Djelal-abad. — Djelal-abad. — Province  de  Gbiznib. 

—  Gbizneb 4^^ 

Sourmoul.  —  Sivi.  —  Province  de  Logbmon.  —  Dir.  — Bandjaour. 

—  Province  de  Ferrab.  —  Province  de  Kandabar 4^^ 

Kandabar , ^^.j 

Meïmoud.  —  Ourgbessan.  — ^  Le  Gbermsyl 4^ 

Le  Kbountcbi.  —  Le  Kborabouk.  — Le  Sedjestan 4^> 

Zarang.  —  Koulinout.  —  Rodbar.  — lUoumdar.  —  Kborassan 

oriental /|6S^ 

Constitution  pbysique.  —  Climat.  —  Productions 4% 


584  TABLE   DES    MATIÈRES. 

PagM. 

Populations.  —  Mœurs.  —  Gouvernement.  —  Province  de  Hérat . .  4?*^ 

Hérat 4?  * 

Goiir.  —  Oubah.  —  Province  de  Siahband 474 

EVmaks.  -^  Province  de  Bamiam.  —  Bamiara 4?^ 

Habitans.  —  Mœurs.  —  Costume 4?^ 

Tableau  des  positions  astronomiques  des  principaux  lieux  de  TAf- 

ghanistan  occidental 479 

LIVRE  CENT  TRENTE-DEUXIÈME.— Suite  de  la  Des- 
cription de  TAsie.  —  Recherches  sur  la  mer  Caspienne  et 

sur  Tancienne  embouchure  du  fleuve  Oxus  ou  Djihoun. . .  480 

Dimensions  de  la  mer  Caspienne Ib. 

Erreur  des  anciens  relativement  à  cette  mer.  —  Premiers  explo- 
rateurs  ; 4^' 

Premières  cartes  des  géographes  français 4^4 

Description  physique 4^^ 

Opinions  sur  Tëtendue  qu'elle  occupait  jadis 4^^ 

Poissons.  — Coquillages.  — Plantes  marines 4^9 

Différens  noms  de  la  mer  Caspienne < .    . . .  49^ 

Examen  de  la  question  relative  à  Tancienne  embouchure  de  TOxus.  49^ 

Expédition  faite  par  ordre  de  Pierre-le-Grand. 49^ 

Note  par  laquelle  on  prouve  que  le  lac  Aral  a  fait  jadis  partie  de  la 

mer  Caspienne ' 49^ 

LIVRE  CENT  TRENTE-TROISIÈME.  — Suite  de  la  Des- 
cription de  l'Asie. — Tatarie  indépendante  ou  Turkestan  , 
comprenant  le  pays  des  Kirghiz,  le  khanat  deKhokhan, 
la  Turcomanie  y  le  khanat  de  Khiva ,  la  Grande-Roukharie , 
les  khanats  de  Chehri-sebz  et  de  Hissar ,  le  Badakhchan  ,  le 
khanat  de  Balkh  et  ceux  d'Ankoï  ,  de  Meïmaneh  ,  de 
Kboulm,  de  Koundouz  ,  de  Talikhan  ,  de  Dervazeh  ,  de 

Koulab  ,  d'Abi-gherm  ,  de  Ramid  ,  etc 5oo 

Anciens  habitans Ib, 

Tatares 5o  i 

Constitution  physique.  —  Population.  —  Divisions 5o6 

Montagnes 507 

Monts  Alghidin.  —  Moughodjar 5o8 

Steppes.  —  Fleuves v 609 

Lacs • 5ia 

aimât 5i3 

Productions , 5i4 


TABLE    DES    MATIÈRES.  585 

Richesses  minérales .'  5i5 

Constitution  physique 5i6 

Hordes  Kirghiz  5i8 

Climat.  —  Lac  Indersk.  —  Productions ♦. . .  519 

Animaux.  —  Origine  des  Kirghiz 5io 

Mœurs  des  Kirghiz 62 1 

Langue.  —  Gouvernement 622 

Usages.  — Costume 5i'i 

Religion.  —  Commerce.  —  L'ancien  Turkestan 525 

Khokhan 526 

Andekhan.  —  Och.  —  Turkestan  ou  Taras ,  -ville 527 

Tachkend.  —  Marghalan.  —  Yarmarzar.  —  Khodjend.  —  Akhsi- 

kat.  —  Sousak 52S 

Ouratepeh. — Population,  étendue,  industrie,  armée,  mœurs  de 

l'Etat  de  Khokhan 529 

Karakalpaks ,  etc.  —  Chefs  des  Oulous.  —  Turcomans , . . . .  53a 

Chaîne  de  Manghichlak  ;  Abichtcha ,  golfe  de  Balkan ,  iles 53 1 

Gourghen  j  Atrek .  —  Végétation 532 

Caractères  physiques,  mœurs,  habillement  des  Turcomans 533 

Villages.  —  Chefs ,  elc 534 

Caractère  moral,  langue ,  histoire  des  Turcomans 535 

Constructions  anciennes  sur  les  bords  du  Goiirghen 536 

Autres  ruines. — Monument  de  Saré-Baba.  —  Lieu  appelé  Touer.  53^ 
KaHsm  ,   Kharyzmie  ,   Khoi^aresm  ,    Chorasmie  ou   khanat  de 

Khwa ,  autrement  Khi\fie.  — Climat  de  ce  pays 538 

Sables  mouvans. — Chaîne  de  Chikh-djeri.  —  Djihoun  ou  Amou- 

déria 539 

Canaux.  —  Productions  végétales.  —  Animaux  domestiques.  — 

Gibier 540 

Peuples.  —  Tribus.  —  Superficie  et  population  de  TÉtat  de  Khiva.  54 1 

Coup  d'œil  historique  sur  cet  Etat.  —  Armée^ 542 

Mœurs  des  Khiviens 543 

Langue  khivienne.  —  Industrie 544 

Commerce.  —  Ville  de  Khiva 5^5 

Ourghendj   la  Nouvelle ,   Ourghendj  la  Vieille ,   Chabat ,   Kiat  , 

Anbar,  Chanka,  Azaris 5.j(5 

Ghurulen.  —  Ouzbeks  araliens.  —  Konrat ,  Manhout ,  Kisilkhozia.  547 

Boukharie Ib, 

Montagne  de  Nouratagh.  —  Cours  d'eau.  —  Climat 549 

Maladies.  —  Culture.  —  Animaux 55o 

Oasis.  — Villages.  —  Ancienne  province  de  Sogd 55 1 

Samarcande. 552 

Boukhara 553 

Aspect  de  la  ville 554 


586  TA3L*:    DES    MATliRlïS. 

Pagp« 

Population.  — Edifices 555 

Instruction .  —  Sciences    ...» 556 

Karakoulj  Karchij  Tcharaghtchi  ^  Ghoussar,  etc 557 

Peinture  des  mœurs  des  anciens  Boukhares 558 

Cérémonies.  —  Usages 559 

Repas.  —  Esclaves.  —  Costumes 56o 

Costume  des  Boukhares.  —  Gouvernement.  —  Dignités 56î 

Revenus.  — Population.  —  Armée.  —  Khanat  de  Chehri-sebz. . . .  56» 
Chehri-scbz  et  autres  villes.  —  Khanat  de  Hissar. — Ville  de  ce 

nom.  —  Deïnaou  >  etc ■. 563 

Rhanat  de  Badakhchan 564 

Khanat  de  Balkh.  —  Ville  de  ce  nom 566 

Andkou.  —  Anderab.  —  Kh'anats  d'Ankoï ,   de  Meïmaneh  ,  de 

Khoulm 567 

Khanat  de  Koundouz.  —  District  de  Talikhan t . .  568 

Khanats  de  Dcrvazeh,  de  Koulab,  d*Abi-gherm,  de  Ramid. — 

les  GhaUchas 569 

Tableau  approximatif  des  tribus  turcomanes  qui  habitent  à  Forient 

de  la  mer  Caspienne  (  d'après  M.  Mouravîev  ) r . .  57 1 

Tableaux  de  la  population  des  principaux  États  du  Turkestan. . .  573 
Tableau  des  positions  astronomiques  de  quelques  uns  des  princi- 
paux lieux  du  Turkestan 574 


FIV    DE    LA   TABLE    DU    TOME    HUITIEME. 


ADDITIONS. 


OBSERVATIONS 


FAITES  RÉCEMMENT  DANS  L'ASIE-MINEURE. 

PAR  M.   C.   TEXIER, 

CHABCÉ  FAR   LK   OOCrERNEMENT   rSANÇA»  c'BxrLORKR   CETTE  CnKTRGK  y 
SOUS    LE    RAPPORT   DR    l'uISTOIRR  ,   DK»   AHTIQUU  ÉS   ET  DKS   SCIRNCK.V, 


PACHALIR    D*ANADOLI. 


Antiquités.  M.  C.  Texier  vient  de  reconnaître  Fantiqae 
Azania^  que  quelques  auteurs  nomment  Azaniuniy  ville 
de  la  Phrygie.  On  y  voit  encore  un  théâtre,  un  temple 
d'ordre  ionique ,  un  gymnase ,  des  ponts ,  des  basiliques  en 
marbre  dans  le  plus  bel  état  de  conservation.  Cette  an- 
cienne cité,  qui  a  été  visitée  récemment  par  M.  Keppel, 
n'est  plus  qu'un  misérable  village  dont  le  nom  moderne 
Azani  rappelle  encore  le  nom  antique. 

M.  Texier  a  retrouvé,  en  allant  à  Angora,  la  nécropole 
des  rois  phrygiens,  située  dans  un  terriain  volcanique. 
L'architecture  de  ces  tombeaux,  les  inscriptions  grecques 
et  phrygiennes,  rendent  cette  découverte  fort  intéressante 
pour  l'histoire ,  l'archéologie  et  les  langues  de  l'Asie- 
Mineure. 

Géologie.  La  géologie  de  l'Asie-Mineure  est  très-peu 
connue  :  M.  Fontanier  a  publié  en  1829  quelques  ob- 
servations relatives  aux  parties  qu'il  a  visitées;  M.  Texier 
en  a  iiiit  de  nouvelles.  Il  a  observé  de  superbes  volcans 
dans  la  Phrygie  brûlée,  des  soulèvemens  trachytiques  à 
Kara-Hissary  à  Serri-Hissar  et  à  Angora.  Le  bassin  de 
Koutaïeh  est  crayeux.  Le  Sakaria  dirige  son  cours  rapide 


588  ADDITIONS. 

et  sinueux  au  milieu  d'un  dépôt  argileux.  Isnik  ou  Nicée 
est  sur  le  calcaire  alpin;  Ismid  ou  Nicomédie  est  sur  le 
grès  rouge,  passant  à  la  grauwachey  c'est-à-dire  au  psam- 
mite  ou  grès  micacé,  dans  les  vallées. 

«  J'ai  vu ,  dit  M.  Texier,  peu  d'exemples  d'épanchemens 
«  de  trachytes  aussi  beaux  que  ceux  de  Kara-Hissar  (  le 
«  château  noir);  ce  sont  huit  îlots  placés  au  milieu  d'une 
«  plaine  unie  et  disposés  circulairement  suivant  deux  lignes 
u  concentriques.  J'ai  relevé  un  plan  de  cette  ville  et  dessiné 
«  tous  les  rochers  à  la  chambre  claire.  J'en  fais  de  même 
«  partout  où  je  trouve  des  formations  intéressantes;  pour 
«  les  échantillons,  j'en  recueille  peu,  à  caiîse  de  l'extrême 
«  difficulté  du  transport.  » 

PACH..4.LIK    DE    KONI£H. 

Antiquités.  M.  Texier  annonce  avoir  trouvé,  près  de 
l'ancienne  Tdnia^xv  Cappadoce,  les  restes  d'une  ville  an- 
tique inconnue  aux  géographes ,  dont  la  superficie  est  plus 
grande  que  celle  de  Paris,  et  dont  le  palais  est  grand 
comme  une  ville.  Près  de  là  il  a  découvert  un  monument 
qui  doit  être  antérieur  à  Hérodote  et  qui  contient  plus 
de  soixante  figures  colossales  armées  et  vêtues.  Le  sujet  de 
ces  sculptures  paraît  êtreM'entrevue  de  deux  puissans  sou- 
verains de  l'Asie ,  parmi  lesquels  on  reconnaît  distinctement 
le  grand  roi  de  Perse. 

M.  Texier  a  relevé,  dessiné,  mesuré  et  décrit  tous  ces 
monumens. 

(  Communication  faite  à  l* Académie  des  Sciences  de 
r  Institut  y  dans  sa  séance  du  24'noifembre  i834  j  /^«^  M.  Du' 
reau  de  la  Malle.  —  Voyez  le  Journal  de  t Institut  du  26 
novembre.  ) 


N.  B.  Les  Corrections  relatives  à  ce  tome  Vlll  paraitront  dans  le 
tome  IX. 


DO  NOT  CIRCULATTE 


/  /